Chapitre quinze : Secret de Polichinelle


– Sympa.

Xenophilius, habillé dans un étrange assortiment dépareillé de vêtements moldus, dévisagea Edward avec curiosité. Son compagnon de route, déguisé lui aussi pour passer inaperçu, désigna un mur couvert d'avis de recherche. Sur chacun d'entre eux apparaissait une photographie d'Edward, sous laquelle des avertissements du Premier ministre moldu informaient la population de la dangerosité du fugitif, en plus d'offrir une prime de 60 000 livres sur sa tête. Visiblement, Pius Thickness n'avait pas perdu de temps dès qu'il avait appris son « évasion » de sa tombe.

Voldemort avait repris espoir. Edward était encore en vie et pouvait lui donner ce qu'il avait perdu avec la disparition d'Envy. Les mondes sorciers et moldus étaient tous deux sur le qui-vive. Une véritable chasse à l'homme venait de débuter. Si la population moldue craignait seulement un fou furieux évadé de prison, la population magique, elle, ne comprenait plus la situation. Un jour, Edward Elric était un héros, le lendemain, un traître. Nombreux s'étaient tournés vers le Chicaneur, dans l'espoir de réponses, que le journal leur avait fournies bien évidemment.

L'article rédigé par Luna, Hermione, Harry et Ron avec la participation de Neville Londubat, avait ébranlé la communauté. Les témoignages recueillis prouvaient l'innocence d'Envy, qui en tant que Serviteur avait juré de protéger et servir la communauté, non pas de l'attaquer. Des nombreux élèves témoins de l'attaque de Poudlard avaient accepté de raconter ce qu'ils avaient vu, c'est-à-dire comment Envy avait détruit les créatures du lac noir qui s'apprêtaient à attaquer le château.

L'article expliquait également les intentions du gouvernement concernant son arrestation, servant à le livrer à Voldemort, de qui le ministère de la Magie prenait ses ordres. Puis l'article expliquait la disparition d'Edward, qui avait dû simuler sa mort pour que le ministère de la Magie ne puisse pas lui mettre la main dessus et le torturer pour obtenir des informations.

D'après Luna, Harry avait contacté Neville pour qu'il les aide à enquêter sur le terrain, à Ste Mangouste. Le Gryffondor s'était rendu à l'hôpital sorcier sous prétexte de visiter ses parents, et avait mené l'enquête. Il avait trouvé une multitude de coïncidences troublantes prouvant que les mesures prises lors de l'internement d'Edward sortaient de l'ordinaire, que sa chambre était sous surveillance de plusieurs Aurors qui l'avaient apparemment attaché à son lit et que son départ pour un service privé du ministère de la Magie avait été prévu. À Azkaban.

Suite au scandale que les révélations avaient soulevé, Ryan Dee avait été obligé de prendre des mesures au nom du MIAM. Dans un communiqué mondial officiel, il annonça l'ouverture d'une enquête avec la collaboration du CSE et du gouvernement britannique. Edward était recherché pour interrogatoire, pour répondre à des questions sur la nature d'Envy puis être placé « sous protection ».

Ce Ryan Dee avait de l'espoir ! Comme si Edward comptait se livrer au MIAM alors que le Serviteur trempait dans l'idéologie de la pureté du sang et qu'il pouvait très bien fricoter avec les Mangemorts. Si la population souhaitait garder Edward vivant, ce n'était certainement pas le cas du gouvernement.

Sans compter l'Ordre du Phénix, qui le recherchait activement également. Luna les avait prévenus que Scrimgeour l'avait interrogé après la sortie de la nouvelle édition du Chicaneur, qui prouvait la survie de Xenophilius. Luna n'avait rien révélé sur la présence d'Edward et de Xenophilius rue Goldrop. Elle n'avait même pas avoué savoir qu'Edward était en vie.

Résultat : seuls Luna et Xenophilius savaient où se cachait Edward, bien que le secret de sa survie n'en soit plus un pour quiconque. Edward espérait que cette situation continuerait en ce sens. Il s'était remis de ses blessures et avait commencé à chercher Envy. Il avait besoin d'encore un peu de temps avant de revenir dans la lumière.

Après enquête de Luna auprès de Sirius qui s'était rendu à l'enterrement d'Envy, Edward en avait conclu que son ami n'avait pas subi le même sort que lui, c'est-à-dire terminer enterré vivant, puisque d'après Sirius, Envy était sous apparence humaine dans son cercueil, ce qui était impossible. La dernière fois qu'Edward l'avait vu, il était un minuscule lézard. Le cadavre était donc logiquement un faux.

Quelqu'un avait dû l'enlever. Ni l'Ordre du Phénix ni l'Ordre noir. Alors qui ?

L'évidence sautait aux yeux. Malgré la mise en scène soignée, il ne doutait pas une seconde que Gladpy était impliquée. Il savait d'ores et déjà que Gladpy était une Mangemort sous couverture au Bureau des Aurors. Mais alors, pourquoi Envy n'avait-il pas été livré à Voldemort directement ? Était-ce une ruse pour brouiller les pistes, en attendant plusieurs jours avant de le livrer dans le plus grand secret, sans que les autres Mangemorts le sachent ? Ou bien Gladpy avait-elle d'autres plans pour Envy ? En bien ou en mal ?

« L'unique péril qu'Envy encourt dépend de sa force de caractère. Il devra trouver la force de surmonter cet obstacle seul » Ça pouvait signifier tout et n'importe quoi !

– Nous y sommes, indiqua Edward en ralentissant. Je ne vois pas de policier.

– Après seulement neuf jours de disparition ? répliqua Xenophilius. Ils ont abandonné bien vite. Le jeune Potter aurait donc raison ?

– C'est ce que je crains.

Depuis cinq jours, Harry avait des visions toutes les nuits sans exception. Au départ, l'équipe pensait qu'il s'agissait uniquement de cauchemars, puis Harry avait commencé à être assailli de visions pendant la journée. Les scènes auxquelles il assistait fréquemment montraient toujours la même chose et tous ceux à qui il en avait parlé ne pouvaient qu'angoisser. Harry parlait de sang, de cris, de douleur et de suppliques. Voldemort torturait Envy. Il l'interrogeait, le battait, expérimentait.

Harry ne voyait pas où les scènes horribles se déroulaient. Lui et son équipe au Square Grimmaurd espionnaient chaque réunion de l'Ordre, chaque conversation de couloir, chaque rumeur, dans l'espoir de pêcher la moindre information pouvant les mettre sur une piste. Comme ils perdaient patience, Luna avait demandé à son père d'agir sur le terrain, là où les jeunes ne pouvaient pas se rendre. En ce moment même, ils devaient attendre tout en sachant que Xenophilius était en train d'agir clandestinement et dans l'illégalité pour creuser leur unique piste.

Jolene Gladpy. Dumbledore avait fourni à Edward le dossier personnel de l'Auror des mois auparavant, et il servirait enfin concrètement à cette occasion en leur fournissant son adresse.

– Il pourrait y avoir des sortilèges Anticatimini, marmonna Edward en fixant la façade avec ressentiment. Il va falloir faire vite. Vous avez votre Portoloin d'urgence sur vous ?

– Oui. Et toi ?

– Je l'ai. On entre, on jette un œil et on repart. S'il y a des carnets, dossiers ou livres, on prend tout et on étudiera ça à Goldrop.

Le duo traversa la rue, passa le petit portail grinçant menant dans l'allée puis monta les quelques marches jusqu'au perron. Sortant le couteau que Sirius lui avait offert l'an passé, Edward força la serrure et s'engouffra dans le hall d'entrée. Xenophilius referma avec précaution.

– Je fais l'étage.

Edward monta les escaliers en vitesse pour déboucher sur un étroit couloir orné de trois portes. La première donnait sur une salle de bain qu'il fouilla de fond en comble à la recherche d'une cache, mais dans laquelle il ne trouva rien d'intérêt. Gladpy était une personne très portée sur l'efficacité et le pragmatisme. Rien dans ses placards n'était inutile, rien ne dépassait. Ça ne l'étonnait pas d'elle.

La deuxième porte donnait sur un bureau plongé dans la pénombre par des planches de bois clouées à la fenêtre. Apparemment, Gladpy passait le plus clair de son temps ici. Des piles de cartons remplis de dossiers s'empilaient de façon méthodique le long des murs, chacun marqué de dates, de noms et d'identifiants. Une Auror qui ramenait du travail à la maison, ça lui ressemblait. Par contre, il se demandait pour quelle raison les policiers qui avaient sûrement enquêté sur sa disparition n'avaient pas rapporté tout ça au ministère.

En survolant plusieurs fichiers, il reconnut des rapports officiels sur des mages noirs présumés.

Pour que de tels documents soient laissés là, il fallait qu'une haute instance ait demandé à la police de lâcher l'affaire. Pius Thickness devait être dans la confidence du plan concernant Gladpy. Edward ne voyait pas d'autre solution. Sa théorie sur la fausse disparition s'avérait de plus en plus plausible.

Reducio.

Les cartons réduisirent de dix fois, laissant un grand vide dans l'autrefois étroit bureau. Edward se pencha pour ramasser la trentaine de cartons aussi petits que des boîtes d'allumettes et les fourra dans sa besace dotée d'un sortilège d'Extension Indétectable. Il prit également les papiers présents dans les tiroirs et les jeta en pagaille avec le reste. Ensuite, il vérifia la présence de faux-fonds sans en trouver.

La troisième et dernière porte donnait sur la chambre de Gladpy. Les murs étaient tout aussi nus que tous les autres. Pas une photo, pas un cadre, rien qu'un papier peint bleu ciel. L'armoire ne contenait que quelques robes de travail et une collection de tenues moldues ainsi que quelques treillis. En toquant sur les surfaces en bois, Edward découvrit un endroit sonnant creux. Il semblerait que le Niffleur ait débusqué la pièce.

La cachette dissimulait un épais volume en cuir dur dont la propriétaire prenait visiblement grand soin. Edward ne prit pas la peine de l'ouvrir, lui fit subir un sortilège de ratattinage et le rangea dans sa besace. Après un dernier tour d'horizon et un passage sous le lit, Edward rejoignit son complice au rez-de-chaussée. Xenophilius terminait de placer un tas de journaux dans son sac.

– J'ai tout vidé, annonça Edward.

– Il n'y a pas grand-chose ici. Nous ferions mieux de plier bagage.

De retour rue Goldrop, Xenophilius prévint Luna que son expédition s'était déroulée sans anicroche. De son côté, Luna lui apporta le compte-rendu d'une situation imprévue avec Dumbledore. Apparemment, Harry avait perdu patience et lâché la bombe de « l'affaire Gladpy » devant plusieurs membres de l'Ordre du Phénix, dévoilant par là le plan secret de Dumbledore concernant Envy et la Mangemort sous couverture. Harry avait tout dit : l'utilisation d'Envy comme un appât, l'agression d'Edward et la perte de magie de Dumbledore à cause du contrat magique rompu.

L'écart du vieux mage ne resterait ni secret ni impuni, Molly comptait bien y veiller. Comme Edward l'avait deviné depuis le départ, l'Ordre du Phénix ne sortirait pas indemne de cette révélation, mais ces problèmes ne le concernaient plus. Que l'organisation s'accorde ou plonge, le fait est qu'il n'en ferait plus jamais partie.

– « Tout va bien, Ed ? Tu penses que Harry n'aurait pas dû en parler ? »

– Il a bien fait. L'Ordre a besoin de changement. Peut-être qu'ils se mettront sérieusement à rechercher Envy maintenant qu'ils savent.

– « Est-ce que vous avez trouvé des indices chez Gladpy ? »

– Pas vraiment. De la paperasse et encore de la paperasse. Elle ne vit que pour son job.

– « Vous allez rendre visite à son père ? »

– On devrait essayer demain, suggéra Xenophilius. Edward, j'ai quelque chose ici. Une recommandation d'Alastor Maugrey envoyée à Rufus Scrimgeour lorsqu'il était encore chef du Bureau des Aurors. Il y a un autre document qui y est joint. Apparemment, Gladpy a demandé personnellement à avoir la charge d'Envy.

Edward haussa un sourcil et prit les feuilles tendues pour les consulter.

– Aucun sorcier normalement constitué n'aurait demandé à se faire refiler cette patate chaude en particulier. Devenir le garde du corps personnel du Serviteur est pratiquement suicidaire. Mais ça s'explique si Voldemort lui a ordonné de le faire.

– Sauf que ça ne correspond pas.

– Quoi ?

– La date d'envoi. Sur l'enveloppe de la demande de Gladpy.

Les yeux d'Edward survolèrent ladite enveloppe.

– 26 juillet. Envy a ouvert le coffre des Alighieri le 29. L'arrivée d'Envy à la banque de Rome avait fuité. Voldemort aurait donc su qu'Envy voulait essayer d'ouvrir le coffre. Il aurait pu prévoir la possibilité qu'Envy devienne Serviteur et a pris les devants... Mais ça ne colle pas. Selon Rogue, Voldemort a appris la nouvelle le jour même de l'ouverture. C'est même à cette occasion que Crabbe a été arrêté. Donc Gladpy aurait fait cavalier seul ? Elle aurait su qu'Envy deviendrait Serviteur avant même que nous-mêmes sachions qu'il était effectivement l'héritier direct des Alighieri ? Pourquoi était-elle si sûre d'elle ? Et comment a-t-elle deviné ce qu'il se passerait ? Elle devait forcément surveiller Envy de loin depuis pas mal de temps pour prévoir ses faits et gestes aussi précisément.

– Peut-être qu'elle n'a pas prévenu son maître parce qu'elle hésitait à reprendre son rôle de Mangemort pendant cette guerre-ci.

– Pourquoi aurait-elle surveillé Envy si elle hésitait à rejoindre Voldemort ? J'ai lu son dossier, elle n'est pas du genre chasseur de prime prêt à vendre une célébrité au plus offrant pour une poignée de Gallions. Et je doute qu'elle ait fait tant de zèle pour une promotion. Elle devait avoir un autre objectif. En cours d'année, elle a dû décider qu'il valait mieux prendre le côté de Voldemort et elle a commencé à l'espionner à Poudlard en profitant de sa position pour gagner la confiance d'Envy.

– Plus je retourne ces éléments dans tous les sens, plus je crois que Gladpy a toujours un autre objectif, rétorqua Xenophilius en se levant pour venir s'asseoir à côté d'Edward. C'est l'album que tu as trouvé dans sa chambre. Regarde. Gazette du Sorcier, édition du 3 mars 1994. Le procès de la Tour du Cauchemar. Édition du 4 septembre 1994. L'attaque de la Coupe du Monde de Quidditch. Chicaneur, édition du 5 septembre. Encore l'attaque de la Coupe du Monde. Et ça continue. Elle a soigneusement conservé chacun des articles ayant été publiés sur Envy.

– Personne n'avait la moindre idée du retour de Voldemort à cette date-là, réalisa Edward en relisant des passages des articles qu'il connaissait déjà. Même les Mangemorts, excepté Pettigrow et Croupton junior. Et seulement après le procès contre Drago.

Xenophilius croisa les doigts devant sa bouche en fixant le vide.

– J'ai une question importante à te poser. Concernant Harry Potter.

– C'est quoi le rapport avec Gladpy ?

– J'y viens, j'y viens... Est-on sûrs qu'elle a livré Envy à Voldemort ? Je ne sais rien sur le lien qui unit Harry à Voldemort, et j'ignore son fonctionnement. Toi qui sais, ces visions sont-elles fiables ? Peuvent-elles être orientées ou... créées ?

– Pourquoi Voldemort voudrait que Harry croie qu'il a Envy ? Le torturer psychologiquement ?

– J'ignore les plans de Voldemort. Mais en théorie, serait-ce possible de créer des visions ?

– Comme les leçons d'Occlumancie de Harry ont été interrompues et si Voldemort a pris conscience du lien, ça pourrait être possible, effectivement. Si ces visions sont fausses, ça expliquerait la version de Rogue, qui continue d'affirmer que les Mangemorts n'ont pas Envy. Gladpy aurait jeté un sort de confusion à Ombrage, oubliété McKollughan et aurait mis sa disparition en scène avant de prendre le large avec Envy ? Comme ils sont tous les trois des Mangemorts, ça veut dire qu'elle ne comptait pas le livrer.

– Je pense qu'Envy était son but final. Elle a joué sur tous les fronts — Auror, Mangemort, garde du corps — uniquement pour atteindre Envy et l'emmener. Je pense qu'elle n'était pas partisane de Voldemort par conviction, mais pas intérêt. En s'engageant comme espionne, elle a pu suivre les plans des Mangemorts à Poudlard et les empêcher d'enlever Envy. Après tout, combien d'occasions a-t-elle eues depuis la rentrée pour le kidnapper ?

– Énormément.

– Exact.

– C'est pour ça qu'elle a dénoncé Malefoy et Goyle aux Aurors quand elle a appris qu'ils préparaient quelque chose en début d'année... Si elle était vraiment Mangemort, elle n'aurait pas pris le risque de gâcher une mission de son maître. Elle aurait aussi pu profiter d'une multitude d'occasions en or lorsqu'elle a accompagné Envy à Florence.

– C'est ce que je pense aussi, approuva Xenophilius. Maintenant, il faut découvrir ses motivations et peut-être que nous la retrouverons de cette manière. Pourquoi se donner tant de mal pour sortir Envy de Poudlard ?

– « Moi, je crois que Gladpy protège Envy parce qu'elle l'aime »

Le duo sursauta en se tournant vers le miroir à double-sens, qu'ils avaient complètement oublié.

– « Vos théories pointent bien vers cela, vous ne croyez pas ? » poursuivit Luna d'un air rêveur. « Pour se donner tant de mal, il faut soit être motivé par la haine, soit par l'amour. Vous n'êtes pas d'accord ? Pourquoi Gladpy haïrait-elle Envy ? »

– Pourquoi ne le haïrait-elle pas ? rétorqua Edward. Qu'est-ce qui te fait dire qu'elle l'aimerait ?

– « Son sourire. »

– Quel sourire ? Gladpy ne sourit jamais. C'est bien pour ça qu'Envy la surnomme Miss-Grincheuse.

– « Pour une personne d'aussi observatrice que toi, c'est étonnant que tu n'aies pas remarqué ça. Gladpy sourit souvent quand elle est avec Envy. Elle prend toujours soin de lui. Des fois, tu trouvais même qu'elle en faisait trop et qu'elle le couvait. Tu ne te souviens plus ? »

En y réfléchissant, Edward se souvint de plusieurs occasions de ce genre.

Gladpy plongée dans un dictionnaire des maladies magiques après une crise d'Envy. Gladpy forçant Envy à enfiler une veste lors d'une sortie. Gladpy défroissant un dessin brouillon d'Envy et le glissant précieusement dans son roman. Gladpy écoutant les confessions d'Envy sur Hughes et le réconfortant. Gladpy acceptant qu'Envy soit inhumain et s'énervant contre les scientifiques l'ayant blessé.

Ces petits gestes n'étaient pas ceux de la haine.

– Luna, je crois que tu as raison.

– « Évidemment »

– Je pourrais comprendre que Gladpy se soit attachée à Envy depuis leur rencontre, intervint Xenophilius. Mais qu'en est-il de cette surveillance avant leur rencontre ?

– « Elle devait être dans le secret quant à sa naissance et être à sa recherche depuis le massacre de 1976 »

– Personne ne savait pour l'enfant d'Antonia, répondit Edward. Pas même sa famille.

– « Pour l'enfant d'Antonia, peut-être »

– Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

– « On ne fait pas un enfant tout seul, pardi ! Gladpy vient de l'autre côté de la famille d'Envy ».

La révélation laissa Edward bouche bée. Puis il se frappa le front et éclata de rire.

– Je suis tellement bête ! Pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ?

Luna sourit dans le miroir et secoua la tête.

– D'après Bill, Roméo Alighieri voulait annoncer les fiançailles d'Antonia avec un Sang-Pur britannique quelques jours avant que Voldemort ne décime la famille et...

Edward se tut, submergé par des informations dont il avait oublié jusqu'à l'existence.

« Son père, comment se porte-t-il ? »

« Et sa fille ? »

« Sont-ils heureux tous les trois ? »

– Et... ?

– Sa sœur. Gladpy est la sœur d'Envy. Sa demi-sœur, en fait. C'est la fille de Peter Gladpy. Et Peter Gladpy est le père d'Envy. C'est le Sang-Pur qu'Antonia devait épouser. Comment j'ai pu oublier ça ? Antonia me l'a dit elle-même quand j'étais à Florence !

– Elle a survécu ?

– Qui ? Antonia ? Non ! C'était son portrait. Elle m'a posé des questions sur Envy et son père. Puis elle a mentionné « sa fille ». Je n'y avais pas vraiment fait attention à l'époque, parce que j'avais d'autres soucis en tête.

– « Si Gladpy est la sœur d'Envy, ça veut dire qu'elle le protège, alors ? Donc Envy est en vie et en sécurité ? » demanda Luna avec espoir.

« L'unique péril qu'Envy encourt dépend de sa force de caractère. Il devra trouver la force de surmonter cet obstacle seul ». Était-ce la capacité d'Envy à accorder sa confiance à Gladpy ? Sa capacité à lui pardonner ses mensonges ? Qu'il trouve la patience d'ignorer qu'elle soit une Mangemort pour écouter sa version des faits ? Selon la Vérité, Envy ne courait aucun danger autre que celui-ci. Et si cet obstacle n'était rien de plus simple que d'accorder une seconde chance à Gladpy ?

– Je pense qu'on peut penser ça, souffla Edward en se frottant le menton. Mais il faut retrouver Envy quoi qu'il arrive. On a besoin de lui pour vaincre Voldemort. Et si Gladpy est de son côté, elle pourrait aussi nous aider. Grâce à elle, nous n'aurions plus besoin de l'Ordre pour les informations rapportées par Rogue.

– Nous en revenons au problème initial, reprit Xenophilius. Nous ne savons pas où la trouver.

– Pourquoi ne pas avancer notre petite visite à Peter Gladpy ?

Xenophilius partagea son avis et ils repartirent, profitant de ne pas avoir retiré leurs tenues moldues pour utiliser le métro jusqu'à la station la plus proche de l'hôpital sorcier. Malgré leur curiosité pour le moyen de transport moldu, les deux sorciers ne flânèrent pas sur la route. Ils prirent un escalier débouchant sur une large avenue bondée et bordée de boutiques, puis slalomèrent entre les badauds. Abandonnée sur un banc, la Une d'un journal narguait Edward avec son avis de recherche. Cette vision lui fit instinctivement remonter ses lunettes à la monture épaisse et à enfoncer sa casquette de tweed sur son front.

Bientôt, le bâtiment Purge & Pionce Ltd à l'aspect miteux s'offrit à leur vue, avec ses vitrines poussiéreuses et ses mannequins écaillés aux tenues démodées. Xenophilius se pencha sur l'une des vitrines en fixant un mannequin en robe verte.

– Bonjour, nous venons rendre visite à des amis.

Avant d'arriver, ils s'étaient mis d'accord pour rester vagues, plutôt que de donner le nom de leur vraie cible, par précaution si un employé reconnaissait Edward et que le ministère menait une enquête sur ses agissements. Mieux valait garder le secret sur la famille Gladpy.

Le mannequin hocha faiblement la tête. Edward et Xenophilius traversèrent la vitrine, sans qu'aucun moldu remarque leur brusque disparition. À l'intérieur, le hall d'accueil fourmillait de sorciers et de sorcières assis sur plusieurs rangées de chaises, certains lisant patiemment, d'autres braillant ou hélant chaque guérisseur passant à leur niveau avec leurs blocs-notes. Edward écarquilla les yeux en voyant passer un petit sorcier rondouillet dont les yeux avaient été remplacés par des oreilles couvertes de fourrure.

– Par là, chuchota Xenophilius dans son oreille en l'entraînant vers une double porte sur leur droite.

Ils longèrent un long couloir étroit en ignorant les regards des portraits de guérisseurs célèbres pour ne pas attirer leur attention plus que nécessaire. Le secret, c'était de ne pas montrer sa nervosité, sinon, les portraits s'intéresseraient à eux et pourraient très bien reconnaître le fugitif. Au bout de plusieurs couloirs et d'autant de volées de marches, ils atteignirent le quatrième étage, où une double porte marquait l'entrée du service de « Pathologie des sortilèges ».

Xenophilius lui serra l'épaule de façon réconfortante lorsqu'il vit son frémissement. La dernière fois qu'Edward s'était rendu ici, il s'était passé la corde au cou.

– Bonjour ! les salua une guérisseuse armée d'un éclatant sourire. Que puis-je faire vous aider ?

– Mon fils et moi venons rendre visite à des amis. Frank et Alice Londubat, répondit Xenophilius. La sorcière de l'accueil nous a indiqué qu'ils se trouvaient à cet étage.

– Oh ! En effet, en effet ! Suivez-moi, je vais vous guider jusqu'à eux. C'est vraiment si gentil à vous de venir les voir. Ces pauvres, pauvres agneaux ! Ils ont si peu de visiteurs, et pourtant ils sont tellement aimables. Par ici, par ici. Comme tous nos résidents de longue durée, ceux atteints de maladies incurables consécutives à des sortilèges, ils sont réunis dans la salle Janus Thickey...

La guérisseuse, une certaine Miriam Strout très enthousiaste babilla joyeusement en les guidant vers la salle Janus Thickey. Manifestement, Ste Mangouste souhaitait rendre le séjour prolongé de ses patients le plus agréable possible et chaque lit s'entourait de beaucoup d'effets personnels, comme ce sorcier blond au grand sourire éclatant dont le mur au-dessus de son lit se tapissait de photographies de lui-même. Le malade écrivait frénétiquement sur des portraits souriant avec une plume, en se concentrant visiblement sur son écriture.

Le lit d'en face était vide, la table de chevet croulant sous les fleurs en pot. Un lit plus loin, une sorcière au visage couvert de fourrure aboyait avec frustration contre l'exemplaire de la Gazette du Sorcier ouvert sur ses genoux.

– M. et Mme Londubat sont ici, indiqua Strout en désignant deux lits sur la droite, dans la même rangée que le blond narcissique. Je vais vous laisser papoter entre vous, hum ? Vous avez beaucoup de chance, ils sont dans un bon jour. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à demander !

– Nous n'y manquerons pas, merci.

Après une petite courbette et un sourire, la guérisseuse repartit.

– Ça doit être lui, chuchota Edward en désignant le dernier lit, tout au fond près de la fenêtre, en face de celui de Frank Londubat.

Ils dépassèrent la sorcière velue, la mère de Neville et s'arrêtèrent au pied du dernier lit. Recroquevillé sur une chaise à bascule, un vieil homme aux cheveux blancs contemplait le paysage sans bouger, les mains posées sur ses genoux. Edward le contourna pour lui faire face et tenta de croiser son regard, mais l'homme ne releva pas ses yeux bleus vitreux.

– Peter Gladpy ?

L'homme demeura de marbre, se contentant de cligner lentement des paupières à intervalle régulier. Edward tira une chaise pour s'asseoir en face de lui. Xenophilius, lui, tira les rideaux autour des lits des Londubat et de Gladpy puis se posta dans l'allée pour guetter le retour de la trop collante Ms Strout.

– Peter, nous avons besoin de votre aide. Je m'appelle Edward, je suis l'ami de votre fils, Envy. Il est peut-être en danger. Il faut que je le retrouve avant que Vous-Savez-Qui ou ses partisans ne puissent lui faire du mal. Votre fille a emmené Envy. Il faut que je sache où. Je vous en prie, Peter. La vie de vos enfants en dépend.

Mais le visage resta stoïque. Edward tenta par tous les moyens de le convaincre de lui répondre, mais rien n'y fit. L'homme n'émit pas le moindre son ni ne fit le moindre geste. Au bout d'une vingtaine de minutes, Edward dut s'avouer vaincu.

– Quelqu'un arrive, l'avertit Xenophilius en rouvrant le rideau.

Edward et lui se réfugièrent chez les Londubat en faisant semblant de mettre un terme à leur visite. La vue du couple de sorciers peina Edward, qui hésita à rester, rien que pour réellement leur rendre cette visite.

Au même instant, la guérisseuse revint accompagnée d'un sorcier en robe de chambre jaune.

– Oh, vous partez déjà ! s'exclama Strout, déçue, en voyant Xenophilius s'éloigner des patients. Quel dommage !

– Nous ne sommes que de passage très brièvement, raconta le sorcier avant de passer avec un hochement de tête comme salut.

La tête baissée et essayant de se faire discret, Edward suivit Xenophilius vers la sortie.

Soudain, une main se referma sur son bras. Il commit l'erreur de lever les yeux et croisa le regard du patient nouvellement arrivé. Une lueur de récognition brilla dans les yeux marron qu'Edward reconnut aussitôt.

– Vous...

– Eh bien, Keith, que se passe-t-il ? demanda Strout, interloquée, en remarquant son manège. Connaissez-vous ce jeune homme ?

Xenophilius se retourna pour voir de quoi il s'agissait. Un soupçon de crainte passa brièvement sur son visage tandis qu'il comprenait qu'Edward était découvert.

– Nous sommes de vieilles connaissances, se justifia McKollughan en resserrant sa prise.

Strout interrogea Edward du regard, comme pour vérifier s'il s'agissait de la vérité. Le blond fit son possible pour dissimuler son visage derrière ses mèches et hocha la tête en se raclant la gorge. Il sentait que s'il niait, le membre du ministère n'hésiterait pas à le dénoncer directement.

– Nous ferions mieux d'y aller, les pressa Xenophilius en désignant son poignet dépourvu de montre. Nous allons être en retard.

– Restez donc un peu, les pria Keith d'un ton appuyé. Nous avons tellement de temps à rattraper depuis notre dernière rencontre ! D'ailleurs, j'ai des nouvelles du fils d'Antonia qui vous intéresseraient sûrement énormément. Venez donc discuter un peu avec moi.

Le souffle d'Edward se coupa un instant. Envy !

– On peut rester, papa ? demanda-t-il sans se tourner vers Xenophilius. J'aimerais beaucoup discuter avec Keith.

– S'il le faut, soupira faussement l'aîné en souriant d'un air complice à Strout. Ces jeunes... Ils n'ont aucun respect pour les horaires, n'est-ce pas ?

Strout gloussa, rassurée par leur comédie. Finalement, elle les laissa entre eux et rejoignit le sorcier narcissique d'en face pour l'aider à lire son importante masse de courrier. D'un mouvement de baguette, Xenophilius ferma les rideaux et lança un sortilège d'insonorisation. Keith n'avait toujours pas lâché Edward.

– J'avoue que vous m'impressionnez, Edward Elric. Votre suicide a convaincu tout le monde. Bien entendu, j'étais déjà admis à l'hôpital pour une amnésie violente au moment de votre disparition, comme vous devez le savoir.

– Vous n'avez pas l'air très malade.

Keith le dévisagea avec beaucoup d'attention. Une idée se forma dans l'esprit d'Edward.

– Vous faites partie de la mise en scène de Gladpy, continua-t-il soudain, les méninges tournant à plein régime. Vous avez simulé votre amnésie et Gladpy a simulé son agression avant de partir avec Envy. Vous êtes le Directeur du Département des Mystères, vous avez une enquête sur Envy depuis des mois et vous avez la prérogative dès qu'il est en contact avec la justice. Vous en avez profité pour exiger de vous occuper de son emprisonnement et de son procès. Puis vous avez simulé son exécution par le Baiser du Détraqueur.

– Comme toujours, vous vous montrez d'une grande perspicacité.

– Où sont Envy et Gladpy ?

– En sécurité avec une personne de confiance.

– Je ne comprends pas.

Keith fronça les sourcils, perplexe.

– Plaît-il ? Vous semblez parfaitement comprendre la situation, d'après votre discours.

– Je comprends le procédé, mais je ne comprends pas vos motivations. Pourquoi préparer un plan aussi élaboré ? Vous prenez des risques énormes à mentir à Voldemort et à le manipuler, en plus de l'empêcher d'attraper sa cible numéro un. Pourquoi faire cela ? Et quand avez-vous planifié tout ça avec Gladpy ? Ça ne s'est sûrement pas fait du jour au lendemain. Vous étiez déjà fin prêts quand il y a eu l'attaque à Poudlard. Depuis quand êtes-vous en contact avec elle ?

– Ne soyez pas si étonné. Alighieri et vous êtes ceux qui m'ont mis en contact avec Gladpy la première fois, lorsque vous avez décidé de m'utiliser pour éviter la justice. En ce qui concerne la planification de cette mise en scène, j'ai contacté Gladpy il y a deux semaines, après vous avoir aidé à voler la prophétie.

– Quelles sont vos motivations ? interrogea tout à coup Xenophilius, debout derrière Edward. Vous n'avez pas répondu.

– Quelles sont les vôtres ? rétorqua Keith.

– La justice et la paix.

– Alors nous sommes dans le même camp.

– Que comptez-vous faire désormais qu'Envy est en sécurité ? demanda Edward. Quelle est la suite du programme ?

– Je vais reprendre mon rôle au ministère et obéir à ma hiérarchie en faisant profil bas.

– Vous n'avez pas pensé plus loin que le sauvetage d'Envy ?

– Gladpy ne pense pas réellement plus loin qu'Envy en général, commenta Keith avec ennui en lâchant Edward pour s'asseoir sur la chaise à côté de son lit. J'ai essayé de la contacter à plusieurs reprises depuis mon hospitalisation, sans y parvenir. Elle ne répond à aucun de mes appels.

– Comment pouvez-vous dire qu'ils sont en sécurité si vous n'arrivez même pas à les contacter ? Qui est la personne de confiance dont vous avez parlé tout à l'heure ? Vous ne savez pas où les trouver ?

Keith secoua la tête de droite à gauche avant de pousser un long soupir de fatigue.

– Il faut l'avouer, Gladpy sait couvrir ses arrières. D'autant plus dès qu'il s'agit de la protection d'Envy. Elle a refusé de me communiquer le nom de la personne chez qui elle prendrait refuge après sa fuite du ministère. Comme d'habitude, je n'étais qu'un pion jetable.

Edward sentit le reproche à peine voilé. Lui aussi avait utilisé le Langue de plomb par le passé, mais il n'en ressentait que peu de culpabilité.

– Vous n'avez pas la moindre idée ? insista Xenophilius. Gladpy a peut-être encore de la famille, autre que son père.

– Elle est fille unique.

Ignorant si McKollughan connaissait l'existence du lien filial entre Envy et Gladpy, Edward préférait garder le silence sur ce détail.

– Elle n'a plus ni mère ni grands-parents, ajouta Edward, les épaules basses. Elle n'a pas d'amis non plus. Son seul « lien », c'est Maugrey. Ils ont l'air au moins de se respecter l'un l'autre. Mais on sait déjà que ce n'est pas lui qui les abrite.

– Pourquoi ne l'aurait-il pas fait ?

– J'avoue ne pas comprendre non plus pourquoi vous êtes si catégorique.

Edward fixa Xenophilius et Keith l'un après l'autre, doutant tout à coup de son raisonnement. Véridique. Pourquoi Maugrey ne serait-il pas cette personne de confiance ? Après tout, il avait lui-même recommandé Gladpy à Scrimgeour pour le poste de garde du corps. Il avait été l'instructeur de Gladpy et comme dit plus tôt, les deux Aurors se respectaient mutuellement. S'il y avait bien quelqu'un de plus paranoïaque que Gladpy, c'était bien Maugrey. En plus, bien qu'il soit membre de l'Ordre du Phénix — ce qui l'avait amené à penser qu'il n'était pas le complice — il faisait partie de ceux doutant de Dumbledore, comme le prouvait son vote pour faire de Scrimgeour le leader de l'organisation.

– Vous avez raison, admit Edward en posant les mains sur ses hanches. Ça pourrait très bien être lui. Il n'y a personne d'autre qui puisse coller. On devrait tenter de l'interroger.

– Interroger Fol'Oeil ? répéta Xenophilius, incrédule.

– Il n'est pas du genre à discuter, renchérit Keith. S'il protège effectivement Alighieri et Gladpy, il va tirer à vue.

– Il sait que je ne suis pas un ennemi d'Envy.

– Ce n'est pas l'avis de Gladpy, répliqua Keith avec beaucoup de sérieux. Quand nous étions en contact pour préparer l'évasion, elle ne cessait de proprement pester contre vous et l'Ordre du Phénix. Elle savait que vous alliez ruiner notre plan. Elle a clairement eu raison, vu ce qu'il s'est passé.

– Comment aurais-je pu savoir ! s'exclama Edward en levant les mains au ciel. J'ai agi par réflexe en voyant que mon meilleur ami allait se faire arrêter et livrer à son pire ennemi !

– Gladpy n'était pas de votre avis quand elle est venue au ministère avec Ombrage après l'arrestation.

Edward sentit la moutarde lui monter progressivement au nez. Ces derniers temps, sa relation avec Gladpy lui avait semblé s'arranger pourtant ! Pourquoi ne pas lui accorder sa confiance alors qu'il était l'allié le plus fidèle d'Envy ? Quelle plaie ! Cette recherche leur faisait perdre un temps précieux dans le combat contre Voldemort.

– Je vais quand même essayer d'aller chez Maugrey.

– C'est une très mauvaise idée, Edward.

Xenophilius affichait une réelle inquiétude.

– McKollughan, si vous êtes vraiment dans notre camp, est-ce que vous m'informerez du moindre message que Gladpy pourrait vous envoyer ?

– Qu'aurais-je en échange ?

Keith croisa les jambes et s'adossa plus confortablement contre sa chaise, l'air prêt à négocier. Que voulait-il ? Edward s'attendait à une embrouille et le fit clairement savoir en prenant un ton suspicieux.

– Qu'est-ce que vous voulez ?

– Je veux entrer dans l'Ordre du Phénix.

La surprise des deux anciens membres de l'organisation se peignit sur leur visage.

– Vraiment ? Pourquoi ?

– Je ne veux plus être le civil ignorant que tous les camps utilisent à leur guise. Je ne veux plus être un acteur passif et risquer ma vie sans savoir exactement quand et pourquoi.

– Ça me paraît équitable, concéda Edward. Seul problème, pour votre gouverne, nous avons eu quelques... différends avec l'Ordre et l'avons quitté.

– Vous mentez.

– Pas du tout. On a encore quelques contacts là-bas, si vous voulez. Mais si vous les rejoignez, vous devrez garder ce que vous savez à propos d'Envy et de Gladpy secret.

– Attendez, si vous avez quitté l'Ordre, avez-vous cessé de lutter contre Vous-Savez-Qui ?

– Loin de là. Nous avons seulement d'autres méthodes et des mentalités différentes.

Une idée effleura Edward en disant cela. Ils avaient quitté l'Ordre exactement pour les mêmes raisons que McKollughan désirait y entrer.

– J'ai une proposition à vous faire et j'irai droit au but. Alliez-vous à nous plutôt qu'à l'Ordre et je vous assure que vous serez l'acteur le plus actif qui puisse être. Je ne vous mentirai pas ni ne vous utiliserai sans votre consentement et sans vous avoir mis au parfum de la situation. Vous connaîtrez tous les détails des plans mis en œuvre et votre voix aura autant de poids qu'une autre dans les débats.

Xenophilius acquiesça distraitement, appréciant apparemment la proposition à sa juste valeur. Tout le monde serait gagnant. Depuis qu'ils avaient découvert les motivations profondes de Gladpy, ils avaient émis l'idée de lui demander d'espionner l'Ordre noir pour eux. Si McKollughan acceptait de les rejoindre, il serait leur atout au ministère de la Magie.

Dans le silence prolongé tombé suite à l'intervention d'Edward, Keith se mit à fixer le jeune sorcier avec circonspection, semblant peser le pour et le contre et s'interroger sur sa bonne foi. Cependant, au fond de lui, son choix était déjà fait. Tout avait commencé avec Edward Elric et Envy Alighieri. Tout finirait avec eux.

– Marché conclu.

Lorsque la main d'Edward se referma sur la sienne, il sut qu'il avait fait le bon choix.