Chapitre vingt-huit : Et le prix du meilleur acteur est décerné à...
Envy attendit une éternité avant de finalement revoir la lumière du jour. Ruth l'avait gardé au fond de sa poche étroite et hermétique pendant toute l'évasion, sans même penser à le consulter pour décider de l'endroit où cacher Edward. Autant dire que l'Homonculus était de mauvaise humeur lorsque la poche s'ouvrit et qu'une main l'attrapa sans cérémonie pour le jeter à terre.
– Non, mais t'es pas net ! s'insurgea Envy, étalé sur un parquet lisse et brillant.
Il reprit ses esprits et se tourna vers Ruth, pour tomber sur deux pieds nus et blêmes. Quand il leva les yeux, ce ne fut pas pour croiser un regard doré, mais pourpre. Eh merde.
– Finalement, nous voilà face à face, siffla Voldemort en scrutant Envy comme s'il n'était qu'un insecte insignifiant. Je dois m'avouer déçu. À l'évidence, il est facile de te berner. Ta capture a été plus facile que ce à quoi je m'attendais. Bien sûr, qui se serait attendu à ce que tu désires si ardemment te livrer à moi !
Envy lança un regard circulaire autour de lui. Où était passé Ruth ?
Le sourire carnassier de Voldemort s'étira devant la mine déconfite d'Envy.
– Quel dommage pour l'effet de surprise sur lequel tu comptais tant.
Et Envy comprit.
Il n'était qu'un idiot.
Comment n'avait-il pas vu ça venir ? Il savait que Voldemort avait réussi à soutirer des informations compromettantes à Edward. Des choses secrètes. Des choses intimes. Comment n'avait-il pas compris ? Le désespoir de la situation l'aurait aveuglé à ce point qu'il en aurait oublié tout bon sens ? Il avait espéré un miracle si fort qu'il avait invité le loup dans la bergerie à bras ouverts. Il avait tout gobé. Envy n'avait rien soupçonné. Voldemort avait bien joué son coup. Il fallait avouer que le sorcier psychopathe était un acteur compétent.
Comment faire maintenant que son effet de surprise était effectivement tombé à l'eau ?
– G.O.D. n'est jamais venu, hein ? marmonna Envy en tentant un ton indifférent. Comment t'as fait pour l'imiter si bien ? Et pour ton apparence ?
– Disons que j'ai reçu l'aide inestimable d'un précieux allié...
Le regard de Voldemort s'adoucit en dérivant quelque part derrière Envy. Son expression fit frémir l'Homonculus d'horreur, qui se retourna pour ne voir qu'un lit trop haut pour qu'Envy puisse apercevoir qui y était allongé, bien qu'il ait une bonne idée de son identité. Cette fois, son masque de nonchalance se dissipa et il sentit son cœur tambouriner sous la force de sa peur. Si Voldemort était Ruth depuis le début, ça voulait dire qu'Edward était là.
Envy feula. Voldemort rit.
– Qu'est-ce que tu lui as fait ? cracha l'Homonculus en foudroyant Voldemort du regard.
– Voyons, qu'aurais-je bien pu faire pour pénétrer si profondément l'esprit de ton ami que je suis parvenu à en extraire le moindre souvenir et à mes les approprier ? Ce matin, tu m'as demandé de ne pas insulter ton intelligence, alors prouves que j'ai eu tort et réfléchis.
Au fond de lui, il savait. Depuis la crise d'Edward, il se doutait de ce qu'il avait subi. La seule manière de lui voler ses secrets malgré les protections mentales placées par la Vérité. La seule raison pour l'aspect de ses iris lorsqu'il avait livré son message.
Il savait.
Les yeux d'Envy s'humidifièrent et son cœur se déchira.
– Enfoiré ! Enlève ton morceau d'âme dégueulasse de lui immédiatement !
Voldemort perdit son sourire un instant avant de le retrouver, plus maniaque qu'auparavant.
– Es-tu bien sûr de cela ? Après tout, la partie de moi qui vit en lui est l'unique chose qui le garde en vie.
– Foutaise !
– Souhaites-tu vérifier ?
– Ne le touche pas !
– Crucio !
Envy s'écroula sous la douleur. Puis Voldemort leva son sortilège et l'Homonculus se remit à respirer. Le visage pâle du sorcier grimaçait de fureur.
– Je ne laisserai personne dicter ma conduite. Encore moins lorsqu'il s'agit de mes précieux Horcruxes. Sache que ton ami m'appartient, désormais, et que je compte lui faire ce que bon me semble. Son corps, son esprit et son âme sont miens. J'ai effacé sa vie passée de son esprit, le laissant ainsi vierge de toute influence extérieure à la mienne. Edward Elric est mon esclave. A jamais. Et si ma visite à Poudlard s'était passée comme prévu, il aurait été celui qui t'aurait livré à moi. Poétique, n'est-ce pas ? Autant que le jour où il tua Dumbledore de ses mains.
Cette fois, Envy resta sans voix.
– Oh, tu l'ignorais ? Pourtant, c'était là un spectacle inoubliable. Albus Dumbledore, le grand défenseur de la lumière et de l'amour, qui meurt par la main de son très cher ami.
– C'est des foutaises ! Tu racontes de la merde !
– Ne sois donc pas si vulgaire, réprimanda Voldemort avec un mélange d'ennui et d'amusement. La vérité n'est pas à ton goût, mais elle n'en reste pas moins vraie. J'ai vaincu ce vieux fou de Dumbledore, j'ai vaincu l'Ordre du Phénix, j'ai vaincu Edward Elric et très bientôt, je vaincrai la Mort et Dieu lui-même !
– T'es taré !
– Père a failli réussir, n'a-t-il pas ? Qu'importe sa défaite, car je ne commettrai pas la même erreur que lui et ni Edward Elric ni Van Hohenheim ne seront là pour déjouer mes plans.
Il savait tout. Absolument tout sur leur passé. Il avait tout vu dans l'esprit d'Edward. Il savait pour la Vérité, il savait pour la Porte, il savait pour les Reliques, il savait pour l'Arcade de la Mort. Il avait raison. Personne ne pouvait l'arrêter. S'il désirait sacrifier la population entière du pays, ou du monde, pour prendre la place de Dieu, il en aurait les moyens et l'opportunité. Tout ce qu'il lui restait à obtenir pour réussir, c'était un moyen d'activer le cercle de transmutation.
– Et tu comptes faire comment sans alchimie ? Elle ne fonctionne pas dans ce monde !
– Elle fonctionnera, car je compte activer la transmutation grâce à la pierre philosophale que tu caches à l'intérieur de toi.
Envy déglutit difficilement. Il comptait sur le fait que Voldemort désirait le garder en vie à tout prix. Ce changement de programme n'arrangeait pas ses affaires.
– Et pour les cinq sacrifices ? demanda Envy, en examinant son opposant d'un œil critique. Même avec ma Pierre, Ed ne suffira pas à activer le cercle.
– Il ne sera pas seul, sois-en sûr. Il m'a d'ailleurs d'ores et déjà fourni un autre candidat lors de cette fameuse nuit au ministère, susurra Voldemort avant d'émettre un rire bref et grinçant. Mais tout cela ne te regarde pas. Tu n'es qu'un combustible, après tout. Et toi qui pensais pouvoir me vaincre aujourd'hui ! Que m'as-tu dit tout à l'heure ? « Et peut-être même que tu pourras récupérer les Reliques restantes d'ici la fin de semaine et mettre un terme à la guerre ». Je suis tout à fait navré de t'apprendre la triste nouvelle... Ta mission est un échec. Tu ne connaîtras jamais la vie d'humain que tu désirais et la guerre ne prendra fin qu'après la mort de toute vie.
– Tu te fourres le doigt dans l'œil tellement profond, lâcha tout à coup Envy, blasé. Que j'en ai presque mal pour toi. C'est pas encore terminé pour moi.
Voldemort s'avança et un éclat brilla dans le regard d'Envy. Son opportunité approchait, il le sentait !
– Tu cries victoire un peu vite, continua Envy en se tordant le cou pour fixer son ennemi dans les yeux. Après tout, j'ai pas dit que j'avais un plan ? Tu croyais quoi ? Que j'allais me livrer et après ? Vraiment, t'as pas pensé une seule seconde que j'avais réellement un plan ? Vous êtes tous pareils ! Personne ne me croit ! Pourtant mes plans ne sont pas tous si pourris, malgré ce que le nabot prétend !
– Veux-tu te taire, vermine ? Tu n'es rien ! À peine un résidu d'âme et de chair malade et chétive ! Tu ne peux rien contre moi ! Je pourrais t'écraser —
– Bah vas-y alors ! Te gêne surtout pas, crétin ! C'est fort venant du type qui a été vaincu par un bébé ! Tu crois que t'es de taille contre un lézard ? Moi, j'en suis pas si sûr !
Le pied blême se leva vivement et s'abattit en même temps qu'un cri de rage. Envy poussa une exclamation de victoire et bondit sur le mollet imberbe et blanchâtre. Puis il grimpa, passant genou, cuisse et une partie anatomique dont il aurait préféré continuer d'ignorer l'existence. Voldemort hurlait des menaces de mort et se frappait pour déloger l'Homonculus qui gambadait sous sa robe. Malheureusement pour lui, là où Envy avait perdu en force, il avait gagné en rapidité. Bientôt, il se logea dans le cou du sorcier et y planta ses crocs.
Voldemort poussa un cri abominable en comprenant ce qu'Envy avait prévu depuis tout ce temps.
– Eh oui, mâchonna l'Homonculus en fusionnant sa chair à celle de sa victime. T'es pas le seul parasite ! Moi aussi je peux prendre le contrôle de ton corps, bouffon !
– Lâche-moi, sale vermine ! hurla Voldemort, qui se débattait de toutes ses forces contre l'emprise d'Envy. Lâche-moi !
– Inutile de résister !
Les crocs d'Envy s'enfoncèrent davantage. Son emprise s'approfondit. D'abord, il prit les rênes du corps et fit cesser les cris et les mouvements paniqués de Voldemort. Ensuite, il perçut des émotions, surtout de la rage, du dégoût et de la terreur qu'il jeta de côté pour rester concentré. Puis vinrent les souvenirs les plus récents.
Voldemort sous les traits de Ruth, jouant la comédie pendant qu'il recherchait ses Horcruxes à Poudlard. Voldemort libérant Edward, Molly et Hagrid du manoir Malefoy. Voldemort prenant l'apparence d'Hohenheim. Voldemort observant Rogue effacer la mémoire d'Edward. Voldemort absorbant la mémoire d'Edward. Voldemort transformant Edward en Horcruxe. Voldemort tuant Percy pour commencer le rituel.
Ces souvenirs enragèrent Envy et manquèrent de lui faire perdre sa prise sur l'esprit de son hôte. Mais un souvenir en particulier lui fit reprendre pied avec la réalité et il fut frappé par une révélation. Les souvenirs d'Edward n'étaient pas perdus ! Voldemort les détenait dans son propre esprit, ce qui signifiait que le flux pouvait être inversé et rendre sa mémoire à Edward. Évidemment ! Si Voldemort n'avait pas conservé une copie de ces souvenirs, comment aurait-il pu jouer le rôle de la Vérité de façon aussi authentique ?
– Tu vas rendre ses souvenirs à Ed ! grogna Envy avec détermination. Maintenant !
Le corps et l'esprit de Voldemort ne lui appartenaient plus. Le sorcier obéit machinalement et contourna le lit pour s'y pencher. Les longues mains blanches encadrèrent le visage endormi d'Edward et Envy sentit comme une porte psychique s'ouvrir entre les deux humains. Envy reconnut la même sensation qu'à ses leçons d'Occlumancie avec Rogue, des mois auparavant.
Les souvenirs s'enchaînèrent à une vitesse étourdissante, se déversant de Voldemort pour s'écouler dans l'esprit vacant d'Edward. Le procédé, trop rapide et puissant, réveilla Edward en sursaut. Ses yeux pourpres s'écarquillèrent et il hurla de douleur en s'arcboutant. Envy jura. Voldemort esquivait l'emprise sur son esprit pour tuer Edward en lui rendant sa mémoire de façon trop brutale.
– Bâtard !
Envy suça plus fort jusqu'à ce que le goût rance de l'âme de Voldemort envahisse sa bouche. Aussitôt, le sorcier perdit le peu de volonté qu'il avait conservé et se soumit entièrement à Envy. Le flux de souvenirs s'adoucit. Edward retomba sur le lit, les yeux à demi-ouvert et fixant le vide. Ses pupilles s'éclaircirent. Lorsque sa mémoire lui fut rendue dans sa globalité, ses yeux avaient repris leur éclat doré. Peu après, il perdit connaissance.
Le liquide aigre de l'âme souillée de Voldemort emplit la pierre philosophale de l'Homonculus qui sentit son corps se fondre dans la nuque de son nouvel hôte. Leurs chairs se mêlèrent jusqu'à ce qu'il soit difficile de les différencier. Le petit corps reptilien se fondit dans l'humain. Bientôt, il aspira la dernière goutte de la matière pourrie.
Quand il rouvrit les yeux, Envy avait pris possession du corps de Lord Voldemort. Le processus n'avait en tout duré que quelques minutes à peine et Envy se sentit déboussolé et étourdi en voyant le sol si loin en dessous de lui. Il s'assit au bord du lit en s'agrippant aux draps.
« Vermine ! »
La voix de Voldemort résonna dans sa tête.
– Tiens, ça faisait longtemps que j'avais pas eu de voix dans ma tête, soupira Envy en se frottant la poitrine, là où l'âme de Voldemort le frappait pour quitter sa Pierre. Je sens que ça va être plus désagréable qu'avec Anna et Alaïn. Et c'était pas de la tarte !
« Si tu penses t'en sortir comme ça, Homonculus ! »
– Pour le moment, c'est toi qui es « à peine un résidu d'âme », donc ferme-la.
Sa Pierre pulsa, provoquant un haut les cœurs qu'Envy retint à grand-peine derrière une main. Son geste lui fit prendre conscience d'une absence notable. Celle d'un nez.
– Argh ! Bordel ! T'es vraiment dégueu comme mec !
Un coup dans la poitrine lui répondit. Envy ôta les mains du visage de Voldemort — il ne voulait pas du tout appeler ça « son » visage — et il ferma les yeux en se concentrant sur son apparence habituelle. Il visualisa son propre visage, ses traits fins et androgynes, ses grands yeux violets, ses cheveux sombres et son corps mince. Mais rien n'y fit. Aucune métamorphose ne s'opéra.
Il força son corps à lui obéir. Ses cheveux poussèrent puis tombèrent à plusieurs reprises. Ses muscles bougèrent sous sa peau, tentant de reprendre la forme désirée. Ses os tremblèrent, se raccourcissant puis se rallongeant de façon douloureuse. Envy se laissa tomber à quatre pattes sur le parquet, grognant et se débattant contre son impuissance à se transformer.
Il puisa dans ses dernières forces pour quitter l'aspect monstrueux de Voldemort. Quand il comprit finalement qu'il n'y avait rien à faire, il se prostra à même le sol et perdit connaissance, épuisé.
–... Maître ?
Envy se réveilla en sursaut. Il lui fallut quelques longues secondes pour se souvenir de sa situation présente. Fuite de Poudlard. Vraie identité de Ruth. Fusion avec Voldemort. Échec de métamorphose. Où diable se trouvait-il en ce moment ? Il se redressa. S'il se fiait à la lumière déclinante, il était resté inconscient pendant quelques heures. Pour ce qui était de sa localisation, il dirait qu'il se trouvait au Manoir Malefoy, en toute logique.
La raison de son réveil lui revint à l'esprit lorsque l'on toqua doucement à la porte. Envy paniqua intérieurement.
Que devait-il faire ? Dans son plan initial, il absorbait Voldemort, reprenait sa vraie forme et retournait se réfugier avec Edward à Goldrop pour le requinquer avant de partir à la chasse aux Horcruxes, peut-être avec l'aide de l'Équipe. Mais s'il restait coincé dans ce corps, qu'adviendrait-il de lui ? Il serait traqué par ses amis. Et si les Mangemorts apprenaient ce qu'il avait fait à leur maître, ils le traqueraient eux aussi.
Ne restait plus qu'à jouer le jeu. Mais se sentait-il capable d'incarner Voldemort de façon convaincante ? Il ne s'agissait pas que d'un cinglé cruel, il possédait forcément d'autres facettes qu'Envy ne connaissait pas. En fait, il ne connaissait même pas encore tout à fait son corps !
Envy observa les mains pâles de son hôte et serra les poings, sidéré par la longueur de ses ongles.
« N'aie crainte... Les armes dont tu auras besoin, tu les possèdes déjà... »
Les mille voix de la Vérité lors de l'énonciation de la prophétie lui revinrent spontanément. Il se sentit inondé par un sentiment chaleureux de confiance. Il avait joué des centaines de rôles à la perfection à travers les décennies. Il savait comment puiser dans les souvenirs de l'âme de Voldemort pour en apprendre davantage sur lui. La Vérité avait raison. Il avait toutes les cartes en main.
– Qu'y a-t-il ? aboya-t-il en époussetant sa robe noire tandis qu'il se relevait.
Il tourna le dos à la porte pour observer le corps allongé dans le lit à baldaquin. Edward lui paraissait bien moins imposant maintenant qu'il n'était plus un lézard minuscule. Il lui semblait malheureusement aussi plus frêle et l'inquiétude le tarauda. Bien qu'Edward ait retrouvé sa mémoire — supposément —, sa santé n'en était pas moins désastreuse.
– Maître ! s'extasia une voix féminine derrière la porte. J'ai capturé les traîtres comme vous nous l'aviez demandé. Ils attendent leur châtiment... Les autres sont dans le grand salon pour leurs rapports, maître.
Sa manière de prononcer le mot « châtiment » fit frissonner Envy. Elle avait l'air euphorique et excitée du spectacle à venir. Cela permit au moins à Envy de mettre un nom sur la voix de la sorcière. Il ne connaissait qu'une grande psychopathe sanguinaire proche de Voldemort. Celle qui avait récemment tué Pétunia Dursley et mutilé Kingsley Shacklebolt à vie. Bellatrix Lestrange.
– Maître ?
Envy s'affola. Il n'avait aucune envie de sortir de cette chambre et laisser Edward alors qu'il allait affronter une assemblée de Mangemorts et « châtier » des personnes sûrement innocentes. Mais il le fallait. Alors il vérifia la poche intérieure de la robe qu'il portait et y trouva une baguette. Dès qu'elle entra en contact avec sa paume, Envy fut électrisé par la puissance s'en dégageant.
Avec un froncement de sourcils — qu'il ne possédait pas —, il sortit la baguette pour l'observer. La baguette de Sureau ! Voldemort avait dû la récupérer après la mort de Dumbledore. Quel pied ! Cette journée se déroulait décidément au-delà de ses espoirs les plus fous ! D'abord, son plan fonctionnait, ensuite il rendait sa mémoire à Edward et maintenant il avait une Relique en sa possession ! Que demandait le peuple ?
– Salveo maleficia, murmura Envy en remuant sa baguette au-dessus d'Edward.
La puissance qu'il ressentit en réutilisant la magie pour la première fois depuis des mois le rendit béat. La confiance qu'il gagna le poussa à quitter la chambre l'esprit apaisé. Il claqua la porte derrière lui pour cacher la présence d'Edward et fit face au bras droit de Voldemort.
– Tout s'est-il déroulé selon votre plan, maître ? Alighieri, vous l'avez ? souffla Bellatrix d'un ton exalté.
Sans pouvoir s'en empêcher, Envy la regarda de haut en bas, surpris par son physique. Il avait vu les photographies, bien sûr, mais leur qualité ne lui faisait pas honneur. Dans le genre vilaine sorcière, il la trouvait plutôt séduisante. Sûrement était-il obsédé de façon légèrement malsaine par sa sœur, mais il trouvait que Bellatrix ressemblait à Lust. À l'évidence, il la voyait partout. Antonia Alighieri, Bellatrix Lestrange... Bien qu'il leur trouve à toutes les deux un air de Lust pour des raisons différentes.
Visiblement, Bellatrix se méprit sur la nature de son observation et ses joues rougirent brusquement alors que ses yeux se mettaient à briller. Lorsqu'il se souvint de son apparence, Envy sentit un dégoût sans borne pour la sorcière. Comment pouvait-elle regarder un tel monstre avec une telle admiration ?
– Allons voir ces traîtres, répondit Envy en ignorant la remarque de la sorcière.
– Bien sûr, maître.
Bellatrix lui fit une petite courbette et ouvrit la marche. Pendant le trajet silencieux, Envy fit de son mieux pour retenir le trajet et se familiariser avec les lieux. Il doutait qu'on le regarde d'un bon œil s'il perdait son chemin dans le manoir où il habitait. En même temps qu'il étudiait les couloirs qu'ils passaient, Envy pensa à la question de Bellatrix qu'il avait tout bonnement ignorée. Elle savait pour le plan d'infiltration à Poudlard, ça c'était certain. Voldemort avait-il confié le secret à d'autres Mangemorts ? Malefoy, peut-être. Le moins ils en savaient, le mieux c'était pour conserver sa couverture.
Bellatrix s'arrêta devant une lourde porte de bois menant au grand salon et tourna la poignée de bronze sans hésitation. La salle était remplie d'une vingtaine de Mangemorts silencieux, assis autour d'une longue table massive, unique meuble présent. Une forme carrée et rose en bout de table attira son attention. Dolorès Ombrage.
Envy retint un reniflement de dédain et traversa la pièce en direction de ce qui semblait être son siège réservé. Bellatrix s'assit à sa gauche. Severus Rogue était assis à sa droite. Une fois installé, Envy parcourut des yeux l'assemblée de mages noirs qui avait baissé la tête respectueusement dès son arrivée.
À la droite de Rogue se tenaient Lucius et Narcissa Malefoy, pâles, mais confiants. Le chef de famille était dans les bonnes grâces de son maître depuis sa réussite au Département des mystères et lors de l'attaque des Dursley. À la gauche de Bellatrix, son mari et son frère, Rodolphus et Rabastan Lestrange évitaient consciencieusement de regarder dans la direction d'Envy. Ils étaient en disgrâce depuis leur échec au Département des mystères.
En dehors de son entourage le plus proche, Envy reconnut Thickness, Rookwood, Bondupois, Savage, les deux Carrow, Dolohov, Avery, Macnair, Crabbe, Nott, Mulciber, Travers, Ombrage — qu'on ne pouvait pas manquer — et Peter Pettigrow. En somme, Envy avait atterri dans un nid de vipères. Heureusement pour lui, il possédait leur loyauté et leur respect, si ce n'est leur crainte.
Un peu de courage, pensa Envy en relevant le menton avec fierté. Il avait toutes les cartes en main. Il en savait plus que n'importe qui dans cette pièce, même Rogue.
– Alors ?
Bellatrix hocha la tête suite à la question de son maître et prit la parole :
– Maître, nous avons transmis le message dans toutes les villes et villages sorciers du pays. Le groupe de Fol Œil n'y résistera pas. La nouvelle se répand déjà. La population perd la confiance qu'elle a placée dans la résistance.
Envy n'avait pas la moindre idée du message dont elle parlait, mais pas question de creuser pendant sa première « scène » en tant que Voldemort.
– Bien, très bien, félicita Envy en fixant Bellatrix, qui se mit à trépigner sur place en se mordant la lèvre. Y a-t-il eu des contretemps ?
Peut-être l'Équipe avait-elle essayé d'endiguer ce « message ». Il espérait que personne n'avait été blessé dans la manœuvre.
– Maître, commença Lucius en inclinant la tête. Il n'y a eu qu'un contretemps mineur lors du raid rue Goldrop. Certains... pièges dont nous n'avions pas connaissance. Néanmoins, nous avons réussi à les déjouer aisément. L'endroit a été fouillé et saccagé, de même que l'ancien quartier général de l'Ordre du Phénix.
Envy dut rassembler tout son sang froid pour ne pas montrer sa surprise et son inquiétude. Il n'aurait pas dû être ni l'un ni l'autre. Bien sûr que Voldemort avait extrait les secrets des deux QG et qu'il en avait profité, et bien sûr Envy savait que Maugrey avait fait évacuer ces endroits. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de redouter un accident. Sentiment qui se confirma quand Lucius poursuivit comme Envy restait silencieux.
– Nous n'avons trouvé qu'un seul traître au manoir des Black, Maître.
– Qui était-ce ?
– Mondingus Fletcher. J'ai pris la décision de l'exécuter sur-le-champ, informa Lucius, qui semblait tout à coup dans l'attente, comme si ce nom devait provoquer une réaction spéciale.
Ah oui. Lucius n'était pas en disgrâce à proprement parler, mais son fils, Drago, l'était suite à son échec lors de l'attaque des Dursley. Apparemment, il n'avait pas eu le cran de tuer Fletcher et l'avait laissé filer, ce qui lui avait valu comme punition d'assister aux séances de torture d'Edward. Lucius devait s'attendre à ce que le meurtre de Fletcher lave l'affront causé par son fils.
– Ton fils aurait dû être celui qui lui prendrait la vie, commenta Envy en lançant un regard féroce à Malefoy.
Lucius baissa la tête, n'osant pas croiser le regard flamboyant de son maître. Envy se félicita mentalement. Pour l'instant, il se débrouillait bien. Tant que les Mangemorts auraient peur de lui, Envy serait en sécurité.
« Même pas une once de regret pour ton compagnon tombé au combat... Quelle humanité dans le camp de la Lumière... »
Envy ignora les murmures de Voldemort et se concentra sur sa tâche. Il perçut plusieurs regards perplexes lancés vers lui. Qu'avait-il dit ou fait d'étrange ? Avait-il été plus transparent qu'il ne le pensait ?
– Eh bien, poursuivez, ordonna-t-il, espérant briser le silence appréhensif de l'assemblée.
Aucun ne semblait prêt à prendre la parole. Ainsi, il y avait bien une autre mission et cette fois, elle n'était pas une réussite. Ce qui était une bonne nouvelle pour son vrai camp. Finalement, ce fut Béatrix Savage, la cheffe du Bureau des Aurors, qui prit son courage à deux mains.
– Maître, nous n'avons pas trouvé la moindre trace d'Edward Elric. Ni à son ancien domicile ni au manoir des Black.
Oh oui, ça. Envy avait complètement oublié que depuis l'évasion d'Edward, les Mangemorts étaient sur le pied de guerre. Maintenant qu'il savait que l'évasion avait été orchestrée par Voldemort, il réalisait également que cette chasse à l'homme n'était qu'une partie de la mise en scène pour faire croire à cette évasion miracle. Aussi, cela signifiait-il que le plan de Voldemort était un secret bien gardé, seulement partagé avec ses fidèles les plus proches.
Le regard d'Envy circula à nouveau avec une lenteur calculée. Autour de la table, tout le monde détournait le regard. L'expression de chacun et de chacune trahissait la crainte de se voir punir pour cet échec cuisant. Seule Bellatrix observait son maître avec un petit sourire qu'il aurait jugé de complice si toutes ses expressions faciales ne bordaient pas la démence. Envy en conclut avec soulagement que Voldemort n'avait confié son secret qu'à Bellatrix.
– Face à votre incompétence, j'ai pris la décision de m'occuper du garçon moi-même. Trop longtemps ai-je dû attendre qu'il me soit rendu. Je suis responsable en partie de cette attente. Jamais n'aurais-je dû accorder une once de confiance en vos capacités. Aussi aurais-je dû m'appliquer moi-même à sa surveillance, plutôt que de la confier à une bande d'incompétents, incapables de garder un garçon aux portes de la Mort, une traîtresse à son sang au bord de la folie et une vermine de demi-géant lourdement enchaîné.
Certains Mangemorts se mirent à trembler, dont Macnair et Pettigrow, tous deux assignés à la surveillance des prisonniers. Nombreux baissèrent les yeux, sans aucun doute s'attendant à un accès de fureur destructrice. Voldemort était connu pour ne pas hésiter à torturer et même tuer ses fidèles. Envy allait devoir trouver une parade, car il doutait qu'Edward accepte une telle action et même si Envy s'en était senti capable mentalement, il n'était pas sûr d'avoir la puissance et les connaissances magiques nécessaires.
D'ailleurs, il ne savait toujours pas ce qu'il comptait faire lorsqu'il ne pourrait plus reculer le châtiment des traîtres que Bellatrix avait mentionné.
– Ne vous montrez donc pas si lugubre, souffla Envy. Ma chère Bellatrix m'a annoncé une excellente nouvelle qui promet beaucoup d'amusement.
Cette déclaration suscita un intérêt manifeste. Certains s'agitèrent, d'autres affichèrent des sourires incertains. Au centre de l'attention, Bellatrix profitait de la jalousie des autres Mangemorts ayant sûrement participé à la capture des traîtres, mais qui ne recevraient clairement pas le crédit qu'ils méritaient.
– Queudver, va chercher les traîtres, siffla Envy sans détacher les yeux de Bellatrix. Macnair, Crabbe, allez avec lui.
– Oui, M-Maitre, balbutia Pettigrow.
Les trois Mangemorts se levèrent précipitamment et filèrent hors de la pièce. Envy jeta un regard en coin à Rogue pour jauger sa réaction en ce qui concernait les traîtres. Le maître des potions n'eut aucune réaction notable. Soit il jouait la comédie, soit il ne connaissait pas les traîtres personnellement. Envy espérait que c'était la seconde proposition.
– Comme je le disais, certains... déchets ont pris la décision discutable de me trahir, ainsi que notre... famille.
Envy espérait qu'il n'en faisait pas trop. Apparemment, le peu de souvenirs de Voldemort qu'il avait aperçu l'avait déjà influencé, puisque son discours lui venait naturellement et que personne ne tiquait à son vocabulaire ou son comportement, maintenant qu'il avait rattrapé la petite bourde concernant Edward.
– Quelle douce punition vont-ils se voir infliger ? acheva-t-il en appuyant sur les s.
S'il n'était pas sur le point de faire face à une situation où il devrait ordonner des choses abominables sur des personnes innocentes, Envy pourrait presque s'amuser à jouer ce rôle. D'une certaine manière, même s'il appréciait d'être regardé comme une personne normale par ses amis, être observé avec crainte par les Mangemorts lui rappelait la grande époque. Celle où il n'était pas « Envy le boulet ».
La porte se rouvrit. Envy serra les dents. Les Mangemorts jetèrent des insultes aux deux traîtres amenés et agenouillés de force à la vue de tous, à quelques mètres du bout de table. Envy leva la main pour ramener le silence. Tout le monde se tut.
– Jolene, Keith, quel plaisir de vous voir vous joindre à nous.
Les visages tuméfiés de ses deux compagnons se levèrent. Malgré ses blessures et les salissures maculant son visage, Gladpy avait conservé son air dur et confiant, défiant ses tortionnaires de la briser. Le contraste avec l'expression de terreur mal dissimulée de McKollughan était frappant. Le sorcier avait l'air sur le point de s'oublier. Le pauvre homme n'avait vraiment pas les nerfs pour son rôle d'espion. Envy s'était toujours demandé combien de temps il lui faudrait avant d'être démasqué.
– Quelle étonnante performance tu nous as donnée là, Keith... J'ai fait preuve de... naïveté à ton égard. Naïveté, oui, je l'admets. J'ai cru pendant un instant aux beaux discours d'Albus Dumbledore sur l'humanité dont son Ordre faisait preuve. Comme je le pensais, il ne s'agissait que de poudres aux yeux. Mes amis, Keith McKollughan ici présent, nous espionne depuis exactement un mois aujourd'hui.
Gladpy et McKollughan eurent l'air désarçonnés une seconde qu'il sache la durée exacte de sa traîtrise, puis ils se reprirent en pensant qu'Edward les avait dénoncés.
– Sa loyauté a pourtant été durement éprouvée. Il a tué des dizaines de sangs de bourbe sans ciller. Il a torturé son ami Edward Elric. Afin de prouver son allégeance pour notre cause, ce soi-disant gardien de la lumière a assassiné sans vergogne. Quelle hypocrisie de la part de nos ennemis, n'est-ce pas ?
Sa plaisanterie provoqua quelques rires essoufflés le long de la table. Keith avait verdi lorsque ses crimes lui furent remémorés en public. Après des années sans démontrer de réelle cruauté, Envy aurait dû s'inquiéter de la facilité qu'il avait à prendre le rôle d'un être aussi dérangé que Voldemort. C'était comme s'il ne contrôlait pas ses mots et que Voldemort parlait à sa place. Mais Envy sentait qu'il avait le contrôle total sur son hôte. Toute cette cruauté venait de lui-même.
– À moins que... cette facette barbare de ta personnalité ne soit héréditaire. Tu es issu d'une famille de Moldus, si je ne me trompe pas. Tous des barbares, évidemment.
Quelqu'un autour de la table le traita de Sang de bourbe, d'autres suivirent son exemple, enthousiasmés par l'humiliation du traître. Bellatrix émit un bruit écœuré en se pinçant le nez tandis que d'autres grimaçaient de dégoût en scrutant Keith.
– Tu as donc froidement exécuté des chiens de ta propre espèce. Je trouve l'idée particulièrement réjouissante ! Mes amis, n'êtes-vous pas curieux de tester jusqu'où il serait capable d'aller ?
Alors de nombreux sorciers explosèrent en rires moqueurs et d'autres martelèrent la table de leurs poings.
– Dis-moi, Keith, que dirais-tu de faire de même avec tes sœurs ?
– Non ! hurla Keith, terrassé par l'horreur. Non, vous ne pouvez pas ! Non !
Les rires redoublèrent. Le prisonnier se débattit contre ses chaînes, criant comme un animal et écumant à force de balbutier des suppliques sans queue ni tête. À côté de lui, Gladpy émettait des ondes meurtrières qui firent reculer Pettigrow de quelques pas. Envy ressentit une certaine fierté à l'idée que sa Miss-Grincheuse soit capable de garder son aura menaçante dans cette situation précaire.
– Faites-le taire, ordonna Envy avec un calme qu'il ne ressentait pas.
Macnair soumit Keith à un sortilège de mutisme. Bien que les sons ne passent plus ses lèvres, Keith persistait à implorer Envy d'épargner la vie de ses sœurs. L'Homonculus s'en voulut brièvement d'avoir utilisé la famille de Keith pour crédibiliser son rôle. C'était la première idée qui lui était venue à l'esprit.
Maintenant venait le tour de Gladpy d'en prendre pour son grade. Bien que les méninges d'Envy tournaient à plein régime, il n'avait toujours pas la moindre idée de la conclusion adéquate pour cette mascarade. Simplement les emprisonner ne suffisait pas. Les tuer était hors de question. Les torturer... ne lui plaisait pas.
« Que vas-tu faire, dans ce cas ? Tu fais preuve de la même hypocrisie que McKollughan... Jusqu'où iras-tu pour ton rôle ? »
– Jolene.
La sorcière croisa ses iris rouges sans sourciller. Le silence revint dans le grand salon. On n'entendait plus que le craquement des bûches dans l'âtre immense de la cheminée.
– Quelle déception. Quinze ans que nous nous connaissons. Ta traîtrise me blesse, railla Envy d'un ton sarcastique. Notre grande famille n'avait-elle donc pas assez à t'offrir ?
– Votre famille, cracha Gladpy, le visage déformé par la répulsion. Vous ne connaissez rien à la famille. Si vous n'étiez pas une telle erreur de la nature, je pourrais vous plaindre pour cette abomination sans saveur et sans valeur que vous osez appeler « vie ».
Bellatrix bondit hors de sa chaise, furieuse de l'insulte envers son maître. Envy se leva lentement, interrompant le flot d'injures des Mangemorts, et contourna la table pour se camper face à Gladpy. Il la surplomba de toute sa hauteur et pour la première fois depuis son arrivée, il hésita à la réponse à donner. Même si les dernières paroles qu'il lui ait dite en tant qu'Envy aient été une insulte, il tenait à cette femme. Cette « sœur » qui malgré tout, n'avait jamais fait autre chose que le protéger. Il abhorrait l'idée de la blesser. Pourtant, il le fallait.
– Sans saveur et sans valeur, répéta-t-il, pensif. Ces termes décrivent tout aussi bien ta propre pathétique existence. Qu'as-tu accompli depuis ma chute il y a tant d'années ? Isolement et dépression. Voilà une vie savoureuse qui vaille la peine d'être vécue, en effet ! Tu te mens à toi-même... Ne te sens-tu pas revivre depuis ma résurrection ? Ne sens-tu pas cette flamme de combativité te retourner ? Ta vie n'a-t-elle pas retrouvé un but ?
– Je ne vous dois rien ! vomit Gladpy avant de cracher à ses pieds. Vous avez fait de ma vie un enfer ! Vous m'avez pris tout ce que j'avais !
– Détrompe-toi, Jolene. Je t'ai libéré d'un grand poids en débarrassant le monde des traîtres à leur sang qu'étaient les Alighieri.
Le long de la table, des murmures déconcertés s'échangèrent entre les Mangemorts, qui ne comprenaient pas l'implication de la célèbre famille sorcière dans la conversation. Contrairement à eux, Gladpy comprit et perdit toute contenance. Sa verve extraordinaire s'effilocha derrière ses yeux écarquillés.
– Mes chers amis, il est l'heure de vous conter un émouvant récit, s'exclama Envy de façon théâtrale en s'éloignant de Gladpy pour faire face à l'assemblée. L'histoire tragique de Jolene Ann Gladpy ! Pauvre Jolene perdit sa mère très jeune. Guidée par la faiblesse que l'on appelle communément « sentiments », pauvre Jolene se réconforta dans les bras d'une mère de substitution du nom d'Antonia Alighieri.
Envy marqua une pause, car les réactions de son public vinrent immédiatement répondre à la révélation. Écrasée par un poids terrible, Gladpy fixait le conteur sans le voir, les pupilles dilatées et la bouche entrouverte. Cette vision abîma quelque chose à l'intérieur d'Envy, qui y resta sourd.
– Eh oui, mes amis, la réponse au grand mystère de la naissance d'Envy Alighieri n'est autre que celle-ci : pauvre Peter Gladpy se consola de son veuvage entre les cuisses de cette traînée traîtresse à son sang et de là naquit l'obstacle le plus contrariant à mon règne.
L'insulte envers Antonia réveilla Jolene qui se jeta en criant vers Envy, avant d'être brutalement ramenée en arrière par Macnair et Crabbe.
– Le fait qu'Envy Alighieri ait si longtemps contrecarré mes plans est dû bien davantage à mes négligences qu'à ses victoires, poursuivit Envy avec une fausse humilité qui lui attira les foudres de Gladpy. J'ai appris de mes erreurs et ai cessé de sous-estimer mon adversaire. Tout comme il était nécessaire que Lord Voldemort s'adonne lui-même à la traque d'Edward Elric, il lui fallait consacrer sa personne à la capture d'Alighieri. C'est pourquoi le hasard et la bonne fortune m'ont souri en ce jour glorieux.
Assis sur leurs chaises, plusieurs Mangemorts parurent sur le point de se lever avec effarement quand ils comprirent le sous-entendu. McKollughan secouait la tête de droite à gauche, ne voulant pas y croire. Gladpy ne se débattait plus, le visage levé au plafond et les yeux exorbités.
– Car oui, mes chers amis, je les ai capturés. Envy Alighieri et Edward Elric sont miens. Ils seront mes esclaves. A jamais.
Au milieu des effusions de joie et des félicitations, le masque d'Envy faillit être réduit à néant lorsque Gladpy s'effondra, irrémédiablement coupée du monde extérieur et retranchée dans sa bulle de souffrance. Cette femme, si fière et maître d'elle-même, se recroquevilla en position fœtale et poussa des sanglots déchirants qui ne firent que redoubler les railleries des Mangemorts.
Ce que le choc de Gladpy avait endommagé chez Envy s'effrita pour de bon alors qu'il écoutait ses lamentations à fendre l'âme. L'élan d'affection qu'il ressentit pour la sorcière faillit l'étouffer. Il savait qu'elle l'appréciait, car elle croyait qu'il était son frère disparu, mais il n'aurait jamais pensé qu'elle l'aimait à ce point. En vérité, il ne pensait pas jusque là que quiconque puisse sincèrement l'aimer.
Edward avait-il réagi de cette manière lorsqu'il l'avait cru mort ?
– Ça suffit.
Les rires s'évanouirent aussitôt pour laisser place à un silence chargé d'électricité. Envy prit une profonde inspiration et tendit sa main droite en direction de sa place, à l'autre bout de la table. Son geste ressemblait à s'y méprendre à une invitation pour une danse.
– Bellatrix.
La sorcière se leva promptement et rejoignit son maître. Son regard avide passant de la paume offerte d'Envy à son visage, déchiré entre la crainte de mal lire les intentions de son maître et l'espoir qu'il s'agissait bien d'une invitation. Quand Envy lui lança un regard appuyé, Bellatrix posa sa main dans la sienne, le visage rayonnant de pur bonheur. Avec un soupir d'extase, elle se laissa guider jusqu'à avoir les traîtres à ses pieds.
Il était temps que le rideau tombe avant que la volonté d'Envy flanche.
– En cette formidable occasion, une récompense à la plus dévouée de mes fidèles est de mise. Pour ses bons et loyaux services, Bellatrix se voit octroyer l'honneur de châtier les traîtres tout à loisir.
– Merci, Maître, murmura Bellatrix, les yeux baignés de larmes de gratitude.
– Toutefois, interrompit Envy en la dévisageant lourdement. Je nourris quelques projets avenirs pour ces deux scélérats. Ils devront de ce fait garder un esprit suffisamment sain pour me rester utiles à ce que je leur réserve.
– Oui, Maître. Je ne vous décevrai pas, promit Bellatrix, quelque peu déçue par son interdiction d'utiliser ses techniques favorites, mais ravie tout de même de sa récompense.
Avant que les deux prisonniers ne soient ramenés aux cachots, Envy essaya de croiser le regard de Gladpy, mais celle-ci semblait désertée de toute vie. Ce rôle promettait d'être le plus difficile que l'Homonculus ait eu à jouer jusqu'à ce jour.
