Chapitre trente : Abandon


S'il s'agissait effectivement d'une vision de Voldemort, Edward se demandait bien ce qui avait pu passer par la tête du grand mage noir pour que son scénario prenne cette direction.

–Pas de cheveux, pas de nez, pas de nombril. Il a vraiment rien pour lui ce type !

Étalé en étoile de mer sur le lit à baldaquin de Voldemort, Edward tourna à peine la tête pour jeter un coup d'œil au propriétaire de la chambre qui s'examinait dans son miroir en pied. Depuis deux jours, le blond s'était trouvé cloué au lit suite à une lourde opération des jambes, ce qui l'obligeait à assister aux monologues incessants de son geôlier sans possibilité de les éviter.

Un froissement de tissu lui indiqua que Voldemort venait finalement d'enfiler sa longue robe noire au lieu de se balader nu comme un ver. Quel soulagement.

–Pas de chaussures non plus. Au moins, un point positif, commenta Envy qui faisait les cent pas. Comment c'est possible de ne pas avoir de nombril, au fait ?

–Little Hangleton, répondit machinalement Edward en fixant le plafond d'un air blasé.

–C'est-à-dire ?

–Queudver a créé un corps à partir d'une potion. Pas besoin de cordon ombilical dans ce cas-là. Donc pas de nombril.

Voldemort marqua un temps d'arrêt.

–Tu arrives même à expliquer pourquoi Voldechose n'a pas de nombril. T'es chelou.

Edward ne répondit pas, son intérêt pour la conversation évanoui. Voyant qu'il avait perdu son faible auditoire, Voldemort se racla la gorge avant de reprendre la parole.

–Bon. Prêt pour ton arrivée dans le grand monde des Mangemorts ?

–Hm.

–Lève-toi alors. La réunion va bientôt commencer.

Avec un soupir au bord des lèvres, Edward roula sur le côté puis s'assit au bord du lit, les pieds pendant dans le vide. Il attrapa ses béquilles qui reposaient contre la table de nuit et se leva sans grand enthousiasme. Une fois à la verticale et à peu près stable, Edward fit face à la porte avec indifférence.

– Tu as besoin d'une potion pour la douleur ? s'enquit Envy. Tes jambes sont encore faibles.

–Je n'ai plus mal.

–Sûr ?

–Hm.

Voldemort soupira lourdement. Visiblement, il avait du mal à communiquer avec la nouvelle version de son prisonnier. Ou de son ami. Tout dépendait de l'humeur d'Edward. Humeur qui n'était pas des plus faciles depuis que sa mémoire souillée lui avait été rendue et encore plus après deux jours d'agonie lors de la repousse de tous les os de ses jambes. Dommage qu'il n'y ait pas eu de traitement alternatif possible.

Trois coups secs sur la porte firent sursauter Voldemort.

–Maître ?

Voldemort lança un regard appuyé à Edward qui ne chercha pas à en comprendre le sens, puis ouvrit la porte pour tomber sur l'expression discrètement méfiante de Bellatrix. Edward crapahuta hors de la chambre sans accorder un regard à la sorcière dont les yeux sournois suivaient le moindre de ses mouvements.

Envy, quant à lui, plissa les yeux en direction de Bellatrix. Il n'appréciait pas du tout la façon dont elle dévisageait Edward comme si elle réfléchissait à un moyen de se débarrasser de lui. Elle risquait d'être l'obstacle le plus conséquent du double-jeu d'Edward et Envy. Depuis que son maître lui avait ordonné de ramener de force les deux meilleurs médicomages de Sainte-Mangouste pour soigner Edward, Bellatrix observait l'évolution du statut de l'ex-prisonnier d'un mauvais œil. Voldemort passait beaucoup trop de temps à s'occuper d'Edward à son goût.

Envy allait devoir régler ce petit problème de jalousie avant que la situation dégénère. Edward courait un assez grand danger avec son état mental instable actuel. Pas besoin d'y ajouter l'amour contrarié d'une vraie psychopathe.

–Allons-y.

Le ton autoritaire d'Envy remit Bellatrix en marche et elle prit la tête du trio pour les guider vers le grand salon. Aujourd'hui avait lieu l'introduction de la nouvelle recrue des Mangemorts, à savoir Edward Elric en personne. Envy devrait se montrer convaincant pour faire croire à ce retournement de veste. Par chance, Edward portait constamment un air vide qui aiderait à semer le doute quant à sa possible mise sous Imperium.

Il faudrait arranger ça. Envy avait décidé de s'occuper de ses jambes en priorité, et la prochaine étape consisterait à rendre à Edward sa propre personnalité. Pour l'instant, il devait se contenter d'une pâle copie et son meilleur ami lui manquait plus que tout au monde. Il avait hâte de le revoir.

Lorsque le trio passa les lourdes portes du grand salon, un silence de plomb tomba sur la salle obscure. Complètement insensible à l'attention qu'on lui portait, Edward ne marqua aucun temps d'arrêt et claudiqua vers le bout de table. Envy partit à sa suite en essayant de demeurer impassible.

–Severus, va donc t'asseoir près de Lucius.

Rogue se leva avec lenteur et se décala d'une chaise. Il n'en croyait pas ses yeux. La présence d'Elric le plongea dans l'incompréhension la plus totale. La dernière fois qu'il l'avait vu, le garçon était tout bonnement détruit, incapable de penser ou de bouger. Désormais, il se tenait aux côtés du Seigneur des Ténèbres tel un animal obéissant. Quelque chose ne tournait pas rond. Le garçon chassé, emprisonné et torturé avait-il fini par céder ?

Lorsqu'Elric s'assit entre le Seigneur des Ténèbres et Rogue, celui-ci le dévisagea d'un air dubitatif qu'il ne put maîtriser.

–Vous aurez remarqué une présence étonnante à notre table, débuta Voldemort avec un enjouement vicieux. Edward ici présent a finalement pris la sage décision de rejoindre notre grande famille.

Le jeune Mangemort en herbe portait une robe de sorcier noire couplée d'une cape comme la majorité de ses congénères. Son récent changement de statut dans l'organisation ne laissait pas le moindre doute.

–Je sens quelques réticences autour de cette table, remarqua Voldemort, la voix empreinte d'une fausse indulgence. Faites-moi donc part de vos doutes, chers amis, et je les lèverai. Dolorès, vous semblez bien indisposée par mon partenaire.

Ombrage se trémoussa sur sa chaise quand l'attention se tourna vers elle.

–Hum hum. Eh bien, pour être tout à fait franche, il m'avait semblé comprendre que vous comptiez achever Elric après lui avoir soutiré les informations dont vous aviez besoin. Je l'ai connu pendant mon temps à Poudlard et il n'est qu'un petit menteur, un pion fidèle à Dumbledore.

–Vous semblez oublier que c'est justement ce pion fidèle qui a tué ce vieux fou, commenta Voldemort.

Une vague de murmures parcourut la salle. Rogue réprima bien vite son malaise. À l'évidence, comme tous Mangemorts, il avait entendu les rumeurs sur le véritable déroulement du meurtre d'Albus, mais il n'y avait jamais accordé trop de crédit. En vérité, il avait préféré ne pas y penser. Imaginer son ami mourir de cette façon l'avait assez horrifié pour qu'il ne creuse pas le sujet avec les quelques témoins de la scène. Severus avait même pris la décision de ne pas évoquer ces rumeurs avec l'Équipe, qui avait été suffisamment choquée en apprenant où se trouvait la tête du vieux sorcier.

Certains visages trahirent leur excitation quand la rumeur fut confirmée.

–Edward a tué Dumbledore selon mon souhait, confirma Voldemort avec un regard en biais vers le jeune sorcier. Aujourd'hui, sa loyauté m'est acquise et il en sera ainsi de façon définitive.

Que ce soit les yeux vides ou le visage dépourvu d'émotion, les signes indiquaient clairement un contrôle mental.

–Elric était le meilleur élève de Croupton Junior, fit remarquer Severus. Il a appris à lutter contre l'Imperium. J'ai même entendu dire que le sortilège n'avait aucun effet sur lui. Il y a donc un risque non négligeable qu'il brise le contrôle sur son esprit. Il pourrait se jouer de vous, maître.

Le Seigneur des Ténèbres émit brièvement un rire grinçant.

–Severus… Je n'ai besoin d'user d'aucun artifice pour m'attirer la loyauté de mes sujets les plus proches. Mon cher Edward est en pleine possession de ses moyens. N'est-ce pas, Edward ?

Les doigts effilés du mage noir s'enroulèrent autour de l'épaule du garçon. Pas un frémissement de sa part ne trahit son dégoût ou son appréhension.

–Je le suis, répondit Elric mécaniquement.

Severus ne pouvait décemment pas croire qu'il ne se trouvait pas sous Imperium.

–Tout homme a un prix, annonça fièrement Voldemort. Même Edward Elric. Je vous demanderai de lui faire bon accueil. Nous ne voulons pas décevoir notre hôte, après tout.

Les yeux carmin passèrent sur chacun des vingt et un visages présents afin de faire passer un message très clair. Personne ne toucherait à Elric sans son accord. Il lui appartenait corps et âme, comme il l'avait annoncé trois jours plus tôt. En y repensant, le Seigneur des Ténèbres leur avait également annoncé la capture d'Alighieri. Peut-être était-ce là la raison du changement d'allégeance d'Elric. Si Voldemort faisait pression sur lui en faisant planer une menace sur son meilleur ami, alors Severus comprenait mieux le comportement d'Elric.

–Bien. Il est temps d'aborder un sujet pressant. Je compte m'absenter dès demain, et ce pour une durée indéterminée. Durant mon absence, le commandement incombera à Edward.

Des protestations surgirent de tous côtés.

–Maître ! Je ne pourrais pas suivre les ordres d'un simple garçon ! s'exclama Bellatrix, outrée que son statut de bras droit soit bafoué à ce point.

Voldemort siffla entre ses dents. Les protestations se turent net.

–Ses ordres seront les miens. Sa parole sera Loi. À partir d'aujourd'hui, le dénigrer revient à me dénigrer. Si tu ne te sens pas capable de suivre ses ordres, je me ferai un plaisir de t'y aider.

Du bout des doigts, Voldemort pointa négligemment sa baguette vers la sorcière. Celle-ci se raidit avant de se recroqueviller dans sa chaise avec une soumission évidente. L'air pensif, Voldemort marqua une pause avant de sembler prendre une décision.

–Maintenant, à moins que l'un d'entre vous désire faire part d'autres doléances, vous êtes congédiés. À l'exception de Bellatrix, Severus, Lucius et Rookwood.

Dans un raclement de chaises collectif, les dix-sept Mangemorts quittèrent le salon. Queudver ferma les portes derrière lui, laissant le petit comité dans l'intimité. Severus sut immédiatement qu'il s'agirait de la nouvelle lubie « purificatrice » du mage noir. Depuis quarant-huit heures, Voldemort ne cessait de les houspiller afin que l'un d'eux trouve un rituel de purification. Sans plus de détails, les recherches s'avéraient compliquées.

La suite de la conversation lui donna raison. Aucun membre de leur petit comité n'avait rencontré le moindre succès, que ce soit dans la bibliothèque personnelle des Malfoy, des Black, des Lestrange ou encore au Département des Mystères. En vue de ces résultats médiocres, Voldemort perdit rapidement patience et les congédia sèchement, visiblement sur le point de les punir pour leur échec.

–Bande d'incapables, grogna Envy lorsqu'il se retrouva seul avec Edward dans le grand salon. Tu devrais jeter un coup d'œil aussi, tu sais. T'es bon dans le domaine « rat de bibliothèque ». Je devrais t'emmener à Florence avec moi, en fait. Tu me serais plus utile là-bas qu'ici à garder le fort.

–Hm.

Envy poussa un soupir exaspéré en rejetant la tête en arrière. Malheureusement, il lui fallait bien garder quelqu'un de confiance au manoir Malfoy pendant son absence qui risquait fort de se prolonger. Mais Edward était-il réellement « quelqu'un de confiance » ? Même si son nouveau pessimisme poussé à l'extrême avait été amusant les premières heures, ce n'était plus le cas du tout.

Envy s'inquiétait énormément à l'idée de devoir laisser Edward sans surveillance alors qu'il agissait à l'opposé de ses habitudes. Souvent, il se montrait presque lugubre, en plus de ne plus avoir la moindre émotion positive. C'en était à se demander lequel des deux était un Homonculus et lequel était un humain.

Pour cette raison, Envy avait mis un point d'honneur à régler le problème d'Edward en priorité sur la guerre. Il travaillait donc en secret sur un moyen de « purifier » la mémoire de son ami. Les résultats peu concluants le désespéraient. Si seulement il pouvait trouver même une minuscule piste !

Il se tourna vers Edward, qui fixait le vide et dont l'unique mouvement se résumait à sa respiration et ses battements de cils occasionnels.

–Eh ben c'est pas gagné. Allez, viens. On retourne dans ma chambre. C'est plus sûr.

Envy entraîna Edward à sa suite. Il avait eu le temps de visiter le manoir pendant les opérations d'Edward et il avait mémorisé un plan détaillé de la propriété pour posséder une plus grande mobilité. Il utilisa le chemin le plus court vers sa chambre, ayant pitié de l'estropié qui le suivait comme son ombre.

Une fois enfermés dans les quartiers personnels de Voldemort, les deux comparses s'assirent dans les fauteuils confortables en face d'une imposante cheminée.

–Booky.

Un elfe de maison maigre et vêtu de chiffons apparut à côté d'Envy, les yeux baissés avec respect et crainte.

–Deux Whiskys Pur feu.

En un claquement de doigts, Booky revint avec les verres remplis d'un liquide ambré. Envy but le contenu de son verre cul sec avant d'en demander un autre.

–Ramène la bouteille.

L'elfe de maison obtempéra, puis Envy le congédia. Il contempla la bouteille d'Ogden's Old Firewhisky en méditant la question qui le turlupinait tant. Filtrer des souvenirs ne devait pas être si compliqué avec de la magie ! Il suffisait de prononcer la bonne formule et le nabot serait comme neuf.

Du coin de l'œil, Envy scruta son partenaire avant de déchanter en voyant qu'Edward n'avait pas bougé d'un pouce, lourdement affalé dans son fauteuil et les yeux à nouveau perdus dans le vide. Son unique mouvement venait de ses mains qui tournaient et retournaient sa baguette entre ses doigts. Ce qu'il ne cessait de faire depuis qu'il l'avait à nouveau en sa possession. C'était sûrement un moyen de se rassurer.

–Remue-toi les méninges et aide-moi à trouver une solution. C'est ton problème, à la base !

Edward regarda Envy avec désintérêt.

–Hm.

–Rah !

Le verre d'Envy s'éclata contre le manteau de la cheminée.

–Bouge, fais quelque chose, n'importe quoi ! Agis ! T'es insupportable ! Je te demande pas grand-chose !

–Des indices et des instructions.

– Oui, si tu veux ! maugréa Envy en désespoir de cause. Donne-moi ce que tu veux tant que ça fait avancer ce merdier.

–Tu as déjà tout ce dont tu as besoin, remarqua Edward avec détachement.

Si Envy avait eu des cheveux, il se les serait arrachés. Il était sur le point de se lancer dans un concours de hurlements quand les réponses d'Edward firent tilt.

« Des indices et des instructions »

« Les armes dont tu auras besoin, tu les possèdes déjà... »

–La prophétie ! Tu es un génie !

Envy se précipita vers sa table de nuit où il récupéra le carnet de voyage que Voldemort avait confisqué à Edward lors de sa capture. Il feuilleta hâtivement les nombreuses pages noircies avant de tomber sur la transcription codée de la prophétie de la Vérité.

« Le temps vient pour toi d'embrasser ta Destinée, Edward Elric... Tu failliras au devoir qui t'est le plus cher... Bientôt, Envy annihilera le Seigneur des Ténèbres... Il fusionnera avec lui pour ne faire plus qu'un... Un nouveau Seigneur des Ténèbres plus puissant verra le jour et régnera sur le monde de la Magie... Pour trouver la force de combattre les ténèbres régnant au sein de l'ami qui t'est cher, tu devras d'abord acquérir le pouvoir du cœur... La victoire ne sera possible qu'avec un sacrifice... N'aie crainte... Les armes dont tu auras besoin, tu les possèdes déjà... Mais prends garde... Trahison et Mort guettent... Elles viendront de la main d'un ami... Sois prêt... »

La prochaine instruction !

« Pour combattre les ténèbres régnant au sein de l'ami qui t'est cher, tu devras d'abord acquérir le pouvoir du cœur. »

Était-ce le prochain indice ? Et si ce message ne s'adressait pas à Edward, mais à Envy ?

–Le pouvoir du cœur... C'est quoi ces conneries ? Ed, dis-moi ce que ça t'inspire, ce « cœur ».

–Anatomie. Organe de l'appareil circulatoire.

–Non. Balance d'autres idées moins littérales.

–Partie centrale de quelque chose.

–Trop vague.

–Siège des sentiments et émotions.

–Je ne vois pas comment l'amour pourrait te soigner. En plus, on n'a pas que ça à faire. Autre chose.

–Beedle le Barde.

–Ça me dit vaguement quelque chose... Tu m'en avais déjà parlé, non ? C'est qui ce type en gros ?

–Un sorcier du 15e siècle qui a écrit des contes pour les enfants sorciers. Il est connu mondialement. L'un de ses contes s'appelle « Le sorcier au cœur velu ». Il a aussi écrit le conte des trois frères que ceux à la recherche des Reliques de la Mort prennent comme une preuve de leur existence.

–Eh ben s'il a écrit sur les Reliques, ses autres contes pourraient nous intéresser. Ça me paraît une piste à creuser ! Dis-m'en plus sur ce conte. Ça dit quoi ?

–C'est l'histoire d'un jeune sorcier qui s'est arraché le cœur pour ne pas devenir stupide en tombant amoureux. Plus tard, il décide de se marier pour sa réputation. La sorcière qu'il a choisie ne le croit pas quand il dit qu'il a un cœur, donc il va lui montrer son cœur desséché et velu. Elle le supplie de le remettre en place. Il le fait, ne supporte pas et essaie d'arracher le cœur de la sorcière. Ils meurent tous les deux en se vidant de leur sang.

–Ah oui je me souviens. Bill me l'avait raconté. C'est... dérangeant. Quel genre de parent raconte un truc pareil à un gosse ?

Edward haussa les épaules.

–Et tu sais autre chose ?

–Noël dernier. Le portrait d'Antonia nous a dit qu'il y avait des rumeurs comme quoi le conte s'inspirerait de l'histoire de Dante.

–Vraiment ? Je m'en souviens plus du tout ! Ça ne peut pas être une coïncidence. C'est forcément ce qu'il nous faut. Il doit sûrement y avoir des réponses dans ma bibliothèque à Florence. Et cette fois, je compte bien sortir le fantôme d'Antonia de sa cachette. Même si je dois faire un rite de magie noire, rien à faire ! J'irai jusqu'au bout ! Quand je reviendrai, je serai capable de te rendre ton ancienne vie et on s'occupera de détruire les Horcruxes et de décider quoi faire des Mangemorts.

–Je pourrais les tuer pendant ton absence.

–Par la culotte de Merlin ! Qu'est-ce qui cloche chez toi ? Non, ne réponds pas. C'était une question idiote. Écoute, Ed, ne tue personne tant que je ne t'ai pas donné le feu vert, compris ?

Edward hocha faiblement la tête, visiblement quelque peu déçu par cet ordre.

–J'étais vraiment comme ça avant ? marmonna Envy pour lui-même avec dépit. Je comprends mieux pourquoi t'en avais tellement marre de moi des fois. J'en reviens pas d'être devenu la voix de la raison dans notre duo. C'est le monde à l'envers.

Soulagé d'avoir une piste viable, Envy laissa tomber la conversation pour plutôt préparer son départ pour l'Italie. Il fit des recherches sur la communication avec les fantômes récalcitrants et emprunta quelques ouvrages dans la bibliothèque des Malfoy. Une fois sa valise prête et envoyée directement dans son propre Manoir par Touflam, Envy fit mander Bellatrix pour lui faire part de ses dernières instructions. Il exigea que la sorcière ramène Nagini au Manoir avec l'aide d'Edward, qui en serait désormais le gardien.

Mieux valait garder Edward occupé pour réduire ses envies meurtrières ou suicidaires.

–Bon... Ed. C'est le moment de partir, annonça Envy lorsque la nuit tomba sur le Wiltshire. Tu tiendras quelques jours sans moi ?

–Probablement, rétorqua Edward d'un ton acerbe.

–Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ça, mais bon, ça s'arrangera. J'imagine. Un câlin d'au revoir ?

Edward plissa les yeux, fusillant l'Homonculus du regard. Envy leva les mains en signe de paix.

–OK. Bref, on se reverra bientôt. Je te tiendrai au courant de mes progrès, préviens-moi grâce à Toufeu si jamais il se passe quelque chose.

Edward hocha la tête et retourna à sa contemplation boudeuse des flammes dans la cheminée. Derrière lui, Envy se sentit complètement délaissé et finit par prendre son Portoloin avant de l'activer et de disparaître pour sa destination.


Trois heures plus tard, le manoir Malfoy subissait une invasion ennemie. Ce jour-là, c'était le deux mars, c'est-à-dire le jour qui avait été choisi par l'Équipe pour sauver les otages détenus par Voldemort. Bien que les cibles à libérer aient changé -pour la plupart-, l'Équipe avait apparemment pris la décision de maintenir le plan initial malgré l'intervention de Ruth une semaine auparavant.

Une explosion ébranla le manoir, réveillant Edward en sursaut. Il mit quelques pénibles secondes à se remémorer sa situation. Envy parti, il se retrouvait en charge des Mangemorts. Des bruits de course à l'extérieur de sa chambre le firent bondir sur ses béquilles et quitter sa chambre précipitamment. Était-ce là que sa vision devenait à nouveau cauchemardesque avant qu'il se réveille enchaîné dans les cachots ?

Edward boita le long du couloir interminable de l'aile ouest, son trajet uniquement éclairé par les faibles lueurs des lampes à huile bleuâtre à intervalle régulier. À chaque mètre parcouru, les cris au rez-de-chaussée s'intensifiaient, angoissant Edward au-delà de la raison. L'enfant au fond de lui n'avait qu'une envie : rebrousser chemin et se cacher dans le plus petit espace disponible.

Un goût de bile envahit sa bouche. Il s'arrêta sur le côté et s'adossa contre le mur où il se laissa glisser. Son souffle haletant demeura incontrôlable malgré sa tentative de prendre d'amples respirations. Ses tripes se crispèrent à l'en rendre malade. Un homme hurla un ordre indistinct. Un grand froid l'envahit des pieds à la tête. Ça y était. La fin de sa courte paix.

Son cœur se mit à battre plus fort. Ses tempes pulsaient douloureusement. Son front luisait d'une fine pellicule de sueur tiède. Ses bras l'enlacèrent par instinct et serrèrent ses épaules convulsivement malgré ses tremblements. La lueur vacillante à laquelle il s'était accroché ces derniers jours tremblota faiblement.

–Envy, murmura-t-il du bout des lèvres en retenant ses larmes à grand-peine. Tu as promis.

Plusieurs hommes crièrent avant une seconde explosion. Peut-être était-ce un test concocté par Envy pour vérifier s'il méritait son aide ? Peut-être devait-il suivre les cris et se mêler à la bataille qui faisait rage ? Edward ne désirait pas se battre. Il n'avait aucun camp. Il n'avait rien à faire dans cette guerre. Il n'avait rien à faire en vie tout court.

–Qu'est-ce que mon ancien moi aurait fait ?

La réponse était évidente et l'effrayait plus que tout. Mais s'il souhaitait sincèrement redevenir lui-même, il lui faudrait prouver sa valeur en suivait les instructions et les conseils d'Envy. Il fallait qu'il se batte. Qu'importe l'horreur qui puisse l'attendre en bas, il fallait qu'il s'y rende.

–Bouge, idiot. Bouge.

Edward se leva brusquement, ses béquilles sous les bras et sa baguette coincée dans sa main gauche. Il claudiqua jusqu'aux escaliers menant au hall d'entrée. Les sorts fusaient en tout sens. Lucius se battait contre Sirius et un homme ressemblant fortement à Albus. Rabastan, quant à lui, se faisait acculer par Fol'Œil et Rodolphus poursuivait Tonks.

– Je vais crever ton deuxième œil, traître à ton sang ! railla Bellatrix en jetant un maléfice à Shacklebolt.

À l'autre bout de la salle, Bellatrix se battait contre Scrimgeour et Shacklebolt.

– Ed ! cria une voix familière sur sa droite.

Edward se tourna brusquement pour voir qui l'avait interpellé. Remus Lupin. De manière distante, Edward sut qu'il avait apprécié l'homme par le passé et qu'il aurait dû ressentir du soulagement à l'idée de le retrouver, ainsi que les autres membres de l'Équipe. Malheureusement, ses meilleurs sentiments n'étaient plus à l'ordre du jour. Il ne ressentit rien en voyant Remus accourir vers lui.

Rien d'autre que de la peur et de la rage. Peur d'avoir à abandonner cette flamme qu'avait allumée Envy à l'intérieur de lui. Rage que ses prétendus amis soient arrivés trop tard pour le sauver. Seul Envy pouvait le secourir désormais. Il n'avait pas d'autre solution.

–Ed, est-ce que tu es blessé ? Il faut que l'on t'évacue avant que-

Stupéfix !

Le corps du loup-garou se rigidifia et dégringola dans les escaliers, fonçant dans les jambes de Lucius et Sirius qui perdirent l'équilibre. Le sosie d'Albus se tourna d'un bond et lança un maléfice vers l'agresseur. Edward para l'attaque d'un sort de protection et répliqua d'un coup sec de baguette qui touche le vieil homme en pleine poitrine.

–Abelforth ! Ed ! Qu'est-ce que vous fichez ?

Le regard choqué de Sirius se posa une fraction de seconde sur Edward avant que Lucius ne l'envoie s'écraser contre la rambarde. Ledit Abelforth réattaqua. Ed laissa tomber une béquille et s'engagea dans un duel acharné contre le frère d'Albus. Le seul fait de savoir qu'il s'agissait du frère de son pire ennemi suffit à le remplir d'une rage de vaincre qui le fit vibrer de tout son être.

–Elric, nous sommes là pour vous sauver !

– Je n'ai pas besoin d'être sauvé, vieux fou ! cracha Edward.

–Tu as perdu l'esprit, gamin, haleta Abelforth en évitant un vicieux maléfice explosif. Ils contrôlent tes pensées !

Confringo !

Le maléfice toucha la jambe gauche d'Abelforth qui s'écroula sous son poids et dévala les marches jusqu'à atterrir au cœur du duel entre Lucius et Sirius.

Sonorus ! Tuez les intrus, mais Dumbledore est à moi ! hurla Edward avant de laisser tomber sa deuxième béquille pour partir à la poursuite de son adversaire.

L'adrénaline lui permit de se déplacer malgré la douleur cuisante dans ses jambes. Il sauta par-dessus le corps immobile de Remus, poussa Sirius hors de son chemin et atterrit à deux pas d'Abelforth, qui tentait de se relever. Edward abattit son pied sur le dos du vieil homme pour le clouer au sol. Il lâcha un cri pitoyable qui amena un sourire sans joie au jeune sorcier. Fondant sur sa victime, Edward attrapa les cheveux blancs à pleine main, enfonçant la pointe de sa baguette contre la gorge découverte.

–Je vais te tuer comme j'ai tué ton vieux fou de frère, Dumbledore, aboya Edward. Le fait même qu'un homme de son sang existe me dégoûte au plus haut point. Crucio.

Abelforth se contorsionna, le corps raidit par la souffrance et les yeux exorbités. Dans un coin de sa tête, Edward savait pertinemment que sa capacité à infliger le sortilège de torture était mauvais signe, que cela venait de la souillure de Voldemort en lui et qu'il devait arrêter immédiatement. Mais cette même part de Voldemort en lui trouvait le spectacle de l'agonie du frère d'Albus trop alléchante pour se priver de ce plaisir. Alors il intensifia le sortilège. Abelforth cria à pleins poumons.

–Ed ! Arrête !

Edward fit volte-face, envoyant un maléfice cuisant à Sirius pour le faire taire. Lucius en profita pour le stupéfixer. Sirius à terre, Lucius rejoint alors Rabastan contre Fol'Œil.

–Tu n'es pas toi-même, gamin ! Ouvre les yeux ! Tu peux combattre son influence !

Pas toi-même... Pas toi-même... Pas toi-même...

–C'est votre faute ! Crucio ! C'est votre faute si je suis comme ça ! Ordure ! Vous m'avez tué !

Une vague de haine engloutit les restes de conscience d'Edward. Il sentit la soif de sang le submerger jusqu'à ce que son esprit ne tienne plus qu'à un fil. Voldemort prit le dessus. Sa volonté avait disparu au tréfonds de son esprit, emprisonnée dans la partie de sa mémoire où sa santé mentale se retrouvait tiraillée entre souvenirs terrifiants et visions horrifiantes.

Ses yeux ne voyaient plus. Son corps bougeait de lui-même. Plus aucune trace de l'ancien Edward Elric n'existait. Et il s'en fichait allégrement. Laisser le contrôle sur sa vie et sur ses choix à un tiers le soulagea d'un grand poids. Voldemort le garderait en vie. La part de son âme à l'intérieur de son corps ferait tout pour le protéger du danger. Il se sentait bien, léger, libre.

Avada Kedavra !

–Il faut se replier !

La voix de Remus lui parvint comme à travers des eaux profondes. Puis deux bras se refermèrent autour du cou d'Edward comme un étau. Son corps se plia en arrière, l'oreille agressée par un cri étouffé. Dans un réflexe dû à sa longue vie de combattant, il agrippa les poignets de son agresseur et se baissa pour l'envoyer au tapis. Remus roula sur le côté pour éviter un coup de talon. Mais il ne put éviter le sortilège de Torture qui suivit.

– Repliez-vous ! hurla Maugrey.

– Prenez Ed ! s'écria Tonks.

Avada Kedavra !

L'impardonnable rata sa cible d'un cheveu. Tonks disparut, agrippée aux corps inconscients de Sirius et Abelforth. Des protestations suivirent d'une voix criarde lorsque Bellatrix perdit ses adversaires qui fuirent par Portoloin.

–Vermines ! Lâches !

La sorcière donna un coup de pied dans le vide avec frustration. Ensuite, le silence revint dans le hall plongé dans la pénombre. Les eaux de folies de Voldemort refluèrent et la vision d'Edward se précisa jusqu'à ce qu'il sente sa conscience lui revenir peu à peu. Il sentit des fourmillements au bout de ses doigts quand le contrôle complet de son corps lui revint. Alors seulement jeta-t-il un regard circulaire pour vérifier l'étendue des dégâts.

Rodolphus et Rabastan étaient étalés au sol, visiblement inconscients. Bellatrix boitait légèrement en allant récupérer son poignard quelques mètres plus loin, fiché dans un mur. La chance avait souri à Lucius qui ne semblait pas arborer la moindre égratignure.

–Allez vérifier les cachots, ordonna Edward.

Il se doutait déjà que Gladpy et McKollughan avaient disparu de la cave.

–Non, mais-

–Bien sûr, coupa Lucius en jetant un regard d'avertissement à Bellatrix. Tout de suite.

Prodigieusement agacée, Bellatrix quitta le hall en direction de la cave sans même un coup d'œil pour son mari immobile ou son beau-frère. Les deux Mangemorts disparurent dans un couloir obscur et Edward en profita pour souffler, toute panique envolée. Il ne s'agissait pas d'une vision, après tout. Envy avait réellement volé à son secours en prenant le corps de Voldemort sous son emprise. Ça signifiait également qu'Envy l'avait réellement abandonné dans un manoir rempli de Mangemorts alors qu'il avait promis de rester à ses côtés.

Fermant les yeux et levant le visage au ciel, Edward se laisser choir sur la dernière marche des escaliers. Une indicible lassitude s'empara de lui en contrecoup de sa fureur passée. Il aurait aimé qu'Envy soit avec lui à ce moment précis. Malgré ses bavardages incessants et idiots, sa présence apaisait la peur et la colère qui irradiait de ses souvenirs pollués.

Peut-être était-il le seul à penser ainsi. Peut-être Envy l'avait-il laissé là pour ne pas avoir à le côtoyer de près. Peut-être l'abandonnerait-il quand il réaliserait que rien ni personne ne ferait réapparaître le vrai Edward Elric. Peut-être était-ce lui, le vrai Edward Elric, désormais. Peut-être qu'Envy ne voudrait pas de cette pâle copie de son meilleur ami.

Le claquement de talons attira son attention dans la direction que Bellatrix et Lucius avaient prise. Le duo était de retour accompagné de Pettigrow et Macnair.

–Les prisonniers se sont échappés, expliqua Lucius. Nous avons trouvé ces deux-là stupéfixés. Ils disent que les intrus sont arrivés ici grâce à l'intervention d'un elfe de maison et les ont stupéfixé pour éviter qu'ils donnent l'alarme.

–Comment avez vu su qu'il se passait quelque chose, dans ce cas ?

Le visage de Lucius se ferma.

–Black a joué avec le feu, comme à son habitude. Il est venu à l'étage avec Lupin pour vous chercher.

–Hm. Faites venir Narcissa. Qu'elle s'occupe des blessés. Faites venir Rookwood et les Carrow. Je veux que cette faille de sécurité soit réglée dans les plus brefs délais. Je vais prévenir le maître de ce qu'il s'est passé.

Ignorant les regards qui le suivirent, Edward retourna dans la chambre de Voldemort, ferma la porte à double tour et s'écroula sur le lit. Il tira les couvertures et s'en recouvrit entièrement avant de ramener les genoux contre sa poitrine et de les y serrer de toutes ses forces.

–Envy... Ne m'abandonne pas.