TW : description dégueu et violente.
Chapitre trente-deux : Rituel, vision et conséquences
Somme toute, le quotidien au manoir Malfoy s'apparentait davantage à celui de l'Équipe qu'à celui d'une bande de terroristes. À l'évidence, il n'en était rien, puisque des dizaines de nés-moldus et de Sang-mêlés continuaient à être raflés et à finir à Azkaban ou exécutés. Depuis quelques jours, Ombrage préparait même un programme pour traquer les hybrides et les abattre. Mais si l'on oubliait ce qu'il se déroulait à l'extérieur du manoir, la vie s'avérait dépourvue de tout intérêt.
Les Mangemorts se contentaient de leur succès en prenant le ministère sous contrôle et se reposaient sur leurs lauriers, attendant qu'Ombrage s'occupe de purger le pays des indésirables. Bien sûr, certains Mangemorts organisaient une « traque » occasionnelle pour s'amuser entre « amis », mais elles avaient diminué en fréquence depuis qu'Envy leur avait ordonné de traquer les membres de l'Équipe à la place. Envy espérait que Rogue les préviendrait si un quelconque membre de la résistance se retrouvait en danger.
Le statu quo durait depuis presque un mois. L'Équipe n'avait plus tenté d'envahir le manoir Malfoy et la formule pour activer le Cœur demeurait introuvable. Edward restait tout aussi amorphe et généralement blasé que depuis le jour où Envy lui avait rendu ses souvenirs. Pour faire court, Envy menaçait à tout moment d'exploser. Cette situation insupportable avait besoin d'un bon coup de fouet pour sortir de ce marasme global.
Envy revint au présent avec mauvaise humeur et poursuivit sa route vers le grand salon, où il entendrait sûrement son équipe de bras cassés lui faire leur rapport hebdomadaire qui serait sûrement identique à celui de la semaine précédente. Et celle qui la précédait. Et celle d'avant encore.
– Sale petit sang-mêlé ! hurla une voix criarde.
Envy haussa un sourcil inexistant. Un peu d'animation, au moins. Bien qu'il se doute de l'identité des deux protagonistes de cette bruyante dispute. La jalousie de Bellatrix quant à la relation entre son maître et Edward n'était un secret pour personne. Depuis qu'il avait rejoint leurs rangs, Edward était la cible de railleries et de provocations de la part du second lieutenant de Voldemort.
– Tu ne mérites même pas de respirer le même air que moi, infâme vermine ! Alors cesse de me regarder d'un tel air condescendant ! Tu n'as pas ta place ici et notre maître le prouve en refusant de te donner l'infini privilège de porter sa Marque !
– Si je la lui demandais, il me la donnerait, répondit Edward, désabusé comme à son habitude. Je ne manquerai pas de la lui demander, d'ailleurs.
– N'y pense même pas, scélérat !
Envy passa dans les portes entrebâillées. Les Mangemorts debout en cercle autour d'Edward et Bellatrix le remarquèrent immédiatement et cessèrent d'encourager la dispute. Bellatrix, elle, tournait le dos au nouveau venu et ne remarqua pas le changement d'atmosphère. Edward, lui, aperçut Envy sans problème, mais ne mit pas un terme à l'échange pour autant. Envy doutait que ces joutes verbales plaisaient au blond. Dans une certaine mesure, vu son apathie. Envy le laissa donc poursuivre sans les interrompre.
– Après tout, je suis la personne la plus proche de notre maître, reprit Edward en affichant un air détaché. Son ami le plus intime.
Sans surprise, Bellatrix explosa de fureur.
– Cruci —
Faisant preuve d'une réactivité sans égal, Edward lui fit une clé de bras. La sorcière tenta de s'en dégager, mais le corps à corps n'était décidément pas le point fort de ces gens. Le coude du blond s'enfonça davantage contre le biceps de Bellatrix. Elle poussa un feulement animal, partagé entre la douleur et la frustration. Son changement de position lui permit de remarquer son auditoire et elle pâlit. Envy avança dans la lumière sans se départir de son masque insondable.
Un choix s'imposait à lui. Voilà un mois déjà qu'il avait promu Edward à son rôle de bras droit et les autres Mangemorts avaient de sérieuses raisons de se questionner sur son absence de Marque. Seulement, Envy ignorait le rituel pour créer la Marque des Ténèbres et il n'avait pas non plus envie de marquer son ami à vie avec cet infâme tatouage. Malheureusement, le rôle d'espion exigeait parfois des sacrifices.
– La cérémonie de la Marque aura lieu dans une semaine.
Envy se détesta pour cette décision.
Aucune des tentatives d'Envy pour pénétrer la mémoire de Voldemort n'aboutit. Il avait tellement insisté qu'il s'en était rendu malade. Son dernier assaut s'était soldé par un échec cuisant causé par la rebuffade violente de Voldemort. Envy fut cloué au lit pour deux jours complets, exténué. Pendant d'horribles heures d'attente, il avait craint que ses défenses mentales tombent, laissant ainsi à Voldemort la possibilité de prendre possession de lui. Heureusement, il n'en fut rien.
Aujourd'hui signait l'avant-dernier jour d'attente avant la cérémonie. S'il ne trouvait pas le moyen d'effectuer le rituel, la suite des événements risquait de dégénérer. Soit il annonçait l'annulation de la cérémonie et les soupçons se porteraient sur Edward, soit il montrait à tous qu'il était incapable d'effectuer le rituel et les Mangemorts le démasqueraient comme un imposteur. Pas moyen de se débiner.
– Tu devrais tenter une autre approche, commenta Edward, le regard pensif tourné vers le paysage extérieur.
– Oh, génie, éclaire-moi de ta sagesse infinie ! Comment je suis censé pénétrer dans la tête de ce psychopathe autrement ? Il a des défenses impénétrables, mais vas-y, dis-moi comment quiconque est censé entrer là-dedans ?
– On connaît quelqu'un qui en est capable.
– Ah oui ? Bah vas-y, dis-moi tout !
– Harry.
Envy ravala sa tirade suivante et cligna bêtement des yeux. En y réfléchissant, c'était plutôt évident.
– Il t'a fallu six jours pour te manifester ! s'écria Envy avec fureur. Pourquoi tu fais tout le temps ça ? T'es insupportable depuis que t'es un putain d'Horcruxe !
La fenêtre vola en morceaux. Envy fit volte-face et se prit un poing au milieu du visage. Sa chute en arrière s'interrompit brusquement lorsqu'on l'agrippa par le col de sa robe. Un pied le frappa sans pitié dans le tibia, une, deux, trois fois. Éberlué, Envy fixa Edward dans l'incompréhension la plus totale. Edward en profita pour le gifler sur les deux joues. Cette attaque eut le mérite de réveiller Envy de sa stupeur et il riposta d'un coup de coude dans l'estomac de son adversaire.
La prochaine chose qu'il vit fut sa lampe de chevet avant qu'elle le frappe en plein visage.
– Aïe ! Eh, casse pas le mobilier, crétin !
Edward poussa un meuble sur le côté pour attraper la table de nuit qu'il lança sur Envy avec une force surprenante. Envy l'évita in extremis.
– Mais qu'est-ce qui te prend !
Lorsque son ami se retourna, Envy fut frappé d'étonnement en voyant ses yeux rouges.
– Oh bordel !
La botte d'Edward se connecta avec la bouche d'Envy. Cette fois, il tomba à la renverse et s'étala par terre. Il cracha un peu de sang puis roula sur le côté pour éviter le pied vengeur. Il attrapa la cheville la plus proche et tira de toutes ses forces. Le crâne d'Edward rencontra le sol avec un bruit mat. Puis son corps se ramollit et il cessa tout mouvement. L'Homonculus paniqua brièvement en se rasseyant.
– Je te hais.
Envy soupira de soulagement. Il n'avait pas tué le nabot. Ensuite seulement réalisa-t-il ce qu'il venait d'entendre.
– Eh ! Je proteste là ! C'est toi qui m'as attaqué sans raison !
– C'est toi qui m'as rendu comme je suis sans raison ! cracha Edward en retour.
Le bord de ses pupilles rougeoyait toujours, mais le reste de l'iris avait repris sa couleur dorée. Avec un peu de chance, ça signifiait qu'il ne comptait plus attaquer.
– OK. T'en as gros sur la patate, j'ai pigé, concéda Envy en baissant les épaules. Mais si t'avais parlé plus tôt au lieu de faire ton je-m'en-foutiste, ça aurait pu se passer autrement. Tu sais que je fais de mon mieux. C'est pas ma faute si l'autre cake a trouvé ça drôle de me donner le Cœur, mais de garder la formule pour lui. J'y peux rien ! Et pour ce qui est de ton état ? Qu'est-ce que j'étais censé faire d'autre pour te sauver ? J'allais pas te laisser rester un légume le restant de tes jours !
– Hm.
– Va te faire voir, Elric.
– Je te déteste, Homonculus.
Envy fit la moue, blessé.
– C'était bas, ça.
– Tu le mérites.
– Je te déteste aussi, nabot.
Edward se releva péniblement et quitta la chambre sans un mot de plus. Les remords assaillirent Envy. Il hésita à suivre le blond. Peut-être valait-il mieux le laisser apaiser ses envies meurtrières d'abord.
Edward se réfugia dans un coin obscur de la bibliothèque pour y ruminer ses sombres pensées. Ce qu'il avait dit était vrai, il détestait Envy. Son prétendu ami ne comprenait rien à rien et baissait déjà les bras au lieu de persévérer. Il aurait dû s'en douter. Tout le monde le laissait tomber un jour ou l'autre. Envy ne faisait pas exception.
Il ne se rendait même pas compte qu'Edward était constamment terrifié. Le morceau d'âme de Voldemort à l'intérieur de lui prenait le contrôle de plus en plus souvent et Edward craignait de bientôt disparaître pour de bon. Il avait déjà cessé d'exister une fois, il ne reviendrait pas une seconde. Plus personne ne comptait lui porter secours.
Désormais, il n'était question que de jours avant qu'Envy l'abandonne, car il était évident qu'il ne désirait pas d'un ersatz de son meilleur ami. Edward avait eu raison de penser ça quand Envy l'avait quitté pour partir à Florence. Sa prédiction se concrétisait davantage chaque jour. Tout ça prendrait fin le lendemain soir, lors de la cérémonie. D'une façon ou d'une autre, Edward ne s'en sortirait pas.
Il y pensait jour et nuit depuis une semaine. Le seul moyen de se sauver aurait été de pénétrer l'esprit de Voldemort qui sommeillait en lui. L'angoisse le déchirait dès qu'il songeait à ce qu'il verrait dans cet esprit malade. Il avait eu assez d'aperçus de ses dépravations pour redouter d'y retourner. Envy ne pouvait-il donc pas comprendre ça ? Qui voudrait sciemment voir le contenu de la tête du plus grand mage noir de ce siècle ? Certainement pas lui.
– Hey.
Edward se renfrogna, les yeux obstinément fixés sur les plus hautes étagères en face de lui. L'intrus s'assit à côté de lui, à même le sol, et jeta un charme de privatisation autour d'eux, masquant leur présence à d'éventuels témoins.
– Je ne pensais pas ce que j'ai dit. Je te déteste pas... Ed… Dis quelque chose... OK. Je te présente mes excuses. Là, ça te va ? … Qu'est-ce que je suis censé te dire d'autre ? Je suis désolé de t'avoir mis dans cet état ? … Ça va s'arranger. On va trouver une solution, comme on le fait toujours... Mais j'ai besoin de toi. Si on n'avance pas, c'est parce qu'on ne travaille plus ensemble. On n'est plus une équipe. Pas comme ça... Ed ? Faut que tu me parles...
Finalement, Envy se tut. Il était las. Depuis le début de cette affaire, il faisait de son mieux pour arranger les choses, mais tellement d'obstacles se présentaient sur sa route qu'il finissait par crouler sous les problèmes sans recevoir la moindre aide. Tout ce dont il avait besoin, c'était d'un petit coup de pouce.
– J'ai peur.
Envy réprima un soupir de soulagement lorsqu'il entendit ce minuscule murmure.
– De quoi ?
– De tout. De Lui. De moi. De ce que je suis devenu. J'ai peur d'entrer dans son esprit, mais j'ai aussi peur de ce qui se passera si je ne le fais pas. Je ne suis pas prêt. Je n'osais pas t'en parler plus tôt...
– Tu m'en as quand même parlé tout à l'heure. Pourquoi aujourd'hui ?
– On n'a plus de temps. Demain, tu devras me marquer ou on sera démasqués. Et là... Je serai de retour dans ces cachots. Personne ne m'en sortira si ça arrive encore une fois.
Ils partagèrent un silence lourd de tension. Puis Envy leva son bras pour l'enrouler autour des épaules de son ami. Il l'attira à lui et le serra contre lui. Aucun d'eux ne prononça un mot pendant un long moment. Les idées tourbillonnaient dans la tête d'Envy. Il fallait qu'il trouve une option différente pour qu'Edward n'ait pas à pénétrer l'esprit de Voldemort. Mais à part continuer sur la même voie en tentant d'utiliser son lien avec l'âme qu'il avait absorbé, Envy ne voyait aucune alternative viable. Ils manquaient cruellement de temps.
– Si je le fais, tu resteras avec moi ? demanda Edward qui triturait nerveusement sa baguette.
– Promis.
– Alors, allons-y.
Ils quittèrent la bibliothèque pour revenir dans leur chambre saccagée par leur dispute. Ils ignorèrent les dégâts et s'installèrent. Assis en tailleur au centre de leur lit, Envy et Edward se faisaient face. Le premier redoutait dans quel état cette manœuvre mettrait son ami. Il préférait ne pas imaginer ce qu'il se passerait si jamais Voldemort réussissait à prendre le contrôle total sur son Horcruxe. Le monde se retrouvait flanqué de deux Seigneurs des Ténèbres, pour le meilleur et surtout pour le pire.
Heureusement qu'Envy croyait en sa bonne étoile. « La victoire ne sera possible qu'avec un sacrifice ». Cette phrase passe-partout était tout à fait inutile. Bien sûr que la guerre nécessitait des sacrifices. Ils avaient déjà énormément sacrifié. Ce qu'Edward comptait faire dans les prochaines minutes en faisait définitivement partie. Depuis toujours, Envy savait que son Edward devait forcément se cacher quelque part dans ce corps au regard vide. Il n'avait pas pu perdre toute la bravoure qui l'avait guidé jusqu'ici. C'était impensable.
– Prêt ?
Edward se mordit la lèvre. Il hésitait visiblement à commencer. Cette preuve d'humanité ne fit que renforcer l'idée d'Envy que son véritable ami se trouvait bien là, enfoui sous ces couches de colère et de désintérêt flagrant. Il n'aurait pas fallu grand-chose pour le faire revenir de manière définitive.
– Ce sera plus facile si je dors, expliqua Edward en sortant une fiole de potion de sa poche. Le lien est plus fort pendant que je rêve.
– Comme pour Harry.
– Oui. C'est la même chose. Tu resteras jusqu'au bout, tu le promets ?
– Juré, craché. Si je mens, j'embrasse le cake.
Edward hocha la tête. S'il avait été lui-même, Envy était certain qu'il aurait ri de son challenge. Vivement qu'il revienne dans le monde réel, pensa-t-il lorsque le blond se coucha après avoir avalé le contenu de la fiole. Quelques secondes plus tard, ses paupières papillonnèrent paresseusement avant de se fermer. Le jeune sorcier avait rejoint le pays des rêves.
Severus Rogue connaissait la douleur de façon intime. Durant sa vie, il y avait été confronté à maintes reprises, davantage depuis qu'il avait rejoint les rangs des Mangemorts. Toutefois, rien ne se comparait au rituel de la Marque des Ténèbres. Après un sortilège de torture, la douleur s'estompait, mais pas avec ce rituel. La Marque demeurait. Elle se renforçait, même. Sa brûlure restait aussi vive que la première fois, même après quinze ans.
Severus abhorrait la cérémonie de la Marque. Ayant rejoint l'Ordre noir après tous les premiers Marqués, il n'avait assisté qu'à trois rituels jusqu'ici. Ceux de Peter Pettigrow, Grégory Goyle et Draco Malfoy. Ce soir, il assisterait à celui d'Edward Elric. Jamais il n'aurait imaginé voir un spectacle pareil se réaliser. Si le garçon se jouait de Voldemort, alors Severus devait lui tirer son chapeau. Réussir à obtenir la Marque et la confiance du Seigneur des Ténèbres n'était pas chose aisée, et pourtant, il avait obtenu les deux en un mois.
Qu'importe le sens dans lequel il regardait la situation, Severus ne parvenait pas à comprendre le jeu d'Elric. Était-il lui-même ? Était-il sous Imperium ? Était-il un Horcruxe ? La dernière proposition semblait évidente. Depuis qu'il l'avait vu interagir avec Nagini, Severus ne doutait pratiquement plus à ce sujet. Voldemort avait fait d'Elric son dernier Horcruxe. Avant cela, il l'avait brisé et vidé de sa personnalité. Peut-être était-ce là la réponse. Voldemort aurait effacé la mémoire d'Elric pour en faire son fidèle Horcruxe, comme il l'avait fait avec Nagini. Sans personnalité et empli de l'âme vile du Seigneur des Ténèbres, Elric ne pouvait qu'être loyal à son maître.
Severus aurait préféré trouver une autre réponse. Néanmoins, il fallait se rendre à l'évidence. Elric n'était définitivement plus lui-même. Depuis leur conversation, le fidèle serviteur avait fait part de ses soupçons à Voldemort. Depuis lors, Severus sentait que quelqu'un le suivait où qu'il se rende. Il n'avait pu contacter l'Équipe depuis plus d'un mois. Elric se méfiait de lui et ne s'en cachait pas. Bellatrix non plus, ne s'en était jamais cachée, mais Voldemort faisait plus grand cas des sentiments d'Elric que de ceux de la sorcière.
Rodolphus et Rabastan terminèrent d'allumer les nombreuses chandelles éclairant faiblement la vaste salle vide. Puis les deux sorciers vinrent rejoindre le cercle composé des douze Marqués disponibles : Rogue, Malfoy, les trois Lestrange, Pettigrow, Dolohov, Avery, Macnair, Crabbe, Nott, Rookwood. À l'évidence, il manquait Draco Malfoy, que ses parents cachaient encore de Voldemort, et Grégory Goyle, toujours prisonniers à Poudlard suite au raid de l'Équipe.
Autour de lui, Lucius respirait le calme, malgré sa traîtrise qui n'avait pas encore été découverte, et Bellatrix trépignait, sûrement rongée entre l'impatience de voir Elric souffrir et la frustration que le privilège de la Marque lui soit accordé. La sorcière jalousait Elric de façon si ouverte que c'en était pathétique. Si Elric s'avérait être un Horcruxe, Bellatrix ne risquait pas de regagner du terrain dans l'estime de son maître. Celui-ci se montrait extrêmement protecteur et possessif, encore davantage qu'avec Nagini, qui pourtant avait longtemps été le seul être vivant à trouver grâce à ses yeux.
De plus, les rumeurs couraient à propos de la relation ambiguë entre Voldemort et Elric. Personne ne doutait qu'ils soient amants, malgré les cris terribles que l'on pouvait entendre la veille venant de la chambre du Seigneur des Ténèbres. Severus ne souhaitait aucunement savoir ce qu'il s'était déroulé derrière ces portes closes.
Autour de lui, les autres Mangemorts remontèrent leurs capuches et enfilèrent leur masque. Il les imita, frissonnant légèrement au toucher du métal glacé contre sa peau.
Les doubles portes s'ouvrirent sur le Seigneur des Ténèbres en personne. Les douze Mangemorts s'agenouillèrent. Voldemort traversa le cercle de ses fidèles et se positionna en son centre, le visage impénétrable et ses yeux carmin fixés sur les portes.
– Mes chers amis, notre grande famille a d'ores et déjà accueilli un nouvel allié de choix, il y a quelque temps de cela. Après délibération et de nombreuses preuves de sa loyauté envers moi et notre cause, j'ai pris la décision d'introduire Edward Elric à notre cercle. Mulciber, Travers. Faites-le entrer.
Les doubles portes se rouvrirent aussitôt. La silhouette nue d'Elric entra dans la salle, flanquée de chaque côté par Mulciber et Travers. Les deux Mangemorts fermèrent le cercle tandis qu'Elric s'agenouillait aux pieds de Voldemort. Le regard de Severus glissa sur les impressionnantes cicatrices du jeune homme. Il avait entendu les remarques de Pomfresh à ce sujet et avait longtemps pensé qu'il s'agissait d'exagérations. Maintenant, voyant de près le corps meurtri d'Elric, il ne faisait aucun doute que la Marque n'était qu'une tâche parmi tant d'autres pour le blond.
– L'Ordre noir a été crée il y a 35 ans dans une optique de purge globale de la communauté sorcière. Trop longtemps notre peuple a-t-il été envahi par les étrangers, trop longtemps nos coutumes ont-elles été bafouées, trop longtemps notre sang a-t-il été souillé. C'est pour cette raison que Lord Voldemort et ses Mangemorts agissent pour purifier le monde impur dans lequel nous vivons. Les temps ont changé. Notre mouvement est en marche. Nombreux ont rejoint nos rangs et adhèrent à nos idéaux. Le gouvernement de ce pays nous appartient et les Sang-de-bourbe disparaissent, de même que cette vermine de moldus. Les hybrides et les traîtres à leur sang seront les prochains... Edward Elric, ton but ultime et ton unique motivation à partir de ce jour seront de mener cette lutte à bien jusqu'à l'éradication complète de la souillure. À partir de ce jour et jusqu'à ta mort, tu me resteras fidèle et tu montreras ta loyauté à notre cause jusqu'à sa finalisation et bien après. À partir de ce jour et jusqu'à ta mort, ton âme m'appartiendra et à moi seul. Tu agiras selon ma volonté et tueras, tortureras et mourras pour notre cause. Ma parole est Loi.
Le Seigneur des Ténèbres baissa les yeux pour rencontrer le regard de son futur fidèle alors qu'il lui tendait sa main squelettique.
– Je m'y engage, annonça Elric solennellement.
Il tendit son bras en retour. Les longs doigts pâles de Voldemort se refermèrent autour de son poignet.
– Ce soir est le soir de ta renaissance.
Sachant ce qui allait suivre, Severus se retira dans son esprit, prêt à ignorer le sang et les cris qui ne tarderaient pas.
Suite à un enchaînement savant de sortilèges et de mouvements lents et précis de baguette, le marquage à proprement parler débuta. Voldemort prit la dague en argent tendue par Bellatrix et la planta dans la chair tendre de l'avant-bras exposé à la vue de tous. Le sang mêlé à un liquide noir d'encre suppura de la large plaie ouverte.
Elric suait à grosses gouttes, mais n'avait pour l'instant pas fait part audiblement de son inconfort. Il tint bon malgré les larges et profondes coupures se dessinant à allure tortueusement lente dans sa chair qui se gangrenait à vue d'œil. Des cloques apparurent sous la peau pâlissante et se remplirent d'un liquide marron. D'épaisses coulures se répandirent sur le sol immaculé. Une odeur nauséabonde envahit la pièce. Severus se sentit nauséeux.
Voldemort termina son œuvre et rendit la dague à Bellatrix. Il admira un instant le dessin grossier d'un crâne à la mâchoire ouverte dont un serpent à la gueule ouverte sortait. La blessure à vif saignait abondamment et le bras d'Elric avait commencé à trembler, bien qu'il réprima sa réaction de façon admirable. Severus se souvenait que Pettigrow et Malfoy pleuraient à cette étape somme toute plutôt traumatisante.
Après une nouvelle série de mouvements de baguette, Voldemort en enfonça la pointe au centre du dessin, entraînant une perte de sang plus abondante encore. Sous son souffle, le Seigneur des Ténèbres murmura des incantations en langues étrangères. De la fumée et une odeur de chair brûlée se diffusèrent dans le cercle. La peau se mit à crépiter sous l'action du feu et la respiration d'Elric se fit superficielle. Les cloques s'ouvrirent, se vidèrent et se résorbèrent.
Enfin vint la dernière étape. Severus n'oublierait jamais ce qu'il avait ressenti lors de cette phase. Visiblement, personne ici ne l'avait oublié, puisque Severus vit la majorité de ses congénères frémir. Voldemort retira sa baguette de la plaie et psalmodia la dernière formule. Des filets de fumée noire s'échappèrent de sa baguette et frappèrent la blessure en plein cœur. Elric perdit pied avec la réalité. Il tomba en avant, le corps soutenu uniquement par la prise de Voldemort sur son poignet. Des cris rauques lui arrachèrent la gorge et il eut un mouvement instinctif pour se dégager.
La prise sur son bras se raffermit. Elric se mordit la lèvre jusqu'au sang pour se retenir de se manifester ouvertement. Les rubans de gaz toxique s'enroulèrent possessivement autour de l'avant-bras entier, bouillonnant à une température que Severus sentit sur son visage malgré son masque. Elric ne put se retenir plus longtemps.
Puis tout prit fin. Les cris s'interrompirent abruptement, la fumée disparut et la chaleur se dissipa. Le rituel était terminé. La Marque des Ténèbres apparaissait, parfaitement nette, sur le bras découvert. Le tatouage d'un noir profond contrastait avec la peau devenue blanche durant l'opération extrême.
Au lieu de lâcher Elric, Voldemort le tira sur ses pieds pour lui faire face comme d'égal à égal. Le Seigneur des Ténèbres siffla en Fourchelang. Et Elric lui répondit pareillement. Severus sentit la surprise des spectateurs. Jamais encore Voldemort n'avait conclu une cérémonie de cette manière auparavant. Severus n'aurait pas dû s'en étonner. Elric ne suivit que rarement les sentiers battus.
D'un œil critique, Severus observa l'échange silencieux et presque intime ayant lieu entre Voldemort et Elric. Si comme il le pensait, Voldemort avait fait d'Elric un réceptacle vierge avant de le transformer en Horcruxe, sa connexion à Voldemort et aux Horcruxes devait être bien plus puissante que celle de Potter. Cette différence pourrait bien permettre à l'Équipe de traquer les autres Horcruxes.
Mais pour ça, il allait falloir attirer Elric à l'extérieur du manoir Malfoy et hors des griffes de Voldemort, ce qui ne serait pas aussi facile que ça y paraissait de prime abord.
Cette nuit-là, il rêva.
Il rêva qu'il était un aigle noir à deux têtes voguant dans les nuages au-dessus de l'océan. Il survola une ville aux toits orangés. De nombreuses petites taches noires coloraient les maisons innombrables aux murs beiges. Il ne reconnut pas cette ville, pourtant, il ressentit un sentiment familier en la contemplant ainsi. Quelque chose l'attirait. Il suivit son instinct animal, slalomant entre les courants d'air et plongeant vers la montagne calcaire qui surplombait la ville.
Des nuées de hêtres et de pins recouvraient la roche blanche et friable. Il dut les éviter, zigzaguant avec expertise, ignorant les lièvres qu'il aurait pu attraper au vol pour les dévorer. Le sentiment qui l'attirait l'entraîna jusqu'au plus près de la montagne, près du sol couvert de fleurs jaunes, violettes et blanches. Puis il atterrit à l'entrée d'une grotte. Quelque chose l'attendait à l'intérieur. Quelque chose de vil et à l'odeur rance. Quelque chose de terrible, issu de la magie la plus noire qui soit.
L'aigle leva ses deux têtes vers le sommet de la montagne. Il y vit un géant pourvu d'une longue barbe blanche et entouré de quatre aigles perchés sur les pentes enneigées.
– N'entre pas !
Envy se réveilla en sursaut. À côté de lui, il sentit Edward faire de même. Tous deux avaient le souffle court et le cœur au bord des lèvres.
– J'ai fait un rêve trop bizarre, lâcha Envy.
– Pareil pour moi.
– L'aigle... ?
Edward acquiesça. Ils se regardèrent dans le blanc des yeux, essayant d'absorber l'information.
– Horcruxe ?
– Horcruxe.
À plusieurs kilomètres du Wiltshire, dans le château de Poudlard en Écosse, Harry Potter se réveilla d'un bond et attrapa ses lunettes par réflexe pour les percher sur son nez. Il quitta son lit et sortit des dortoirs pour se réfugier au calme de la salle commune des Gryffondors où il ouvrit une fenêtre pour prendre un grand bol d'air.
Ça y était enfin. Après des semaines de leçons de Légilimencie infructueuses, il venait finalement de ranimer leur lien par la force. Il avait vu où Voldemort avait caché le prochain Horcruxe. Maintenant, il suffisait de localiser cet endroit qu'Harry n'avait jamais visité de toute sa vie. Et puis, il fallait également trouver quelle était cette langue inconnue et la traduire pour découvrir ce que la voix grave de son rêve lui avait dit.
Encouragé par cette percée, Harry regroupa plusieurs rouleaux de parchemin, un encrier et une plume avant de se mettre au travail et de retranscrire sa vision de la façon la plus détaillée qui soit. Pas question de perdre le moindre indice !
Le lendemain matin, Harry demanda à rencontrer Maugrey pour parler de sa vision. L'ancien Auror organisa une réunion dans la salle sur Demande où tous les membres se rejoignirent sans comprendre la raison de leur présence imprévue. Lorsque tout le monde fut assis, Maugrey prit la parole.
– Cette nuit, Potter a déclenché une vision à propos d'un Horcruxe. Il a vu sa localisation, mais ignore de quelle ville il s'agit. Notre mission à partir d'aujourd'hui sera de trouver cet endroit grâce à la description fournie par Potter.
Des exclamations réjouies se répandirent dans la salle. Des mois qu'ils attendaient une nouvelle piste !
– Toutefois, comme chaque victoire doit obligatoirement s'accompagner d'une tâche au tableau, Potter a eu une autre vision, plus tôt dans la soirée, annonça Maugrey. Elric a reçu la Marque des Ténèbres. Son camp ne fait désormais plus de doute. Rogue nous fera son rapport à ce propos dès qu'il sera de nouveau en mesure de nous contacter en toute sécurité. Ce sera tout pour aujourd'hui. On a du pain sur la planche !
