Chapitre trente-quatre : A la recherche d'indices
– Ce sera suffisant pour aujourd'hui, conclut Edward en hochant sèchement la tête en direction de Lucius. Nous continuerons l'examen demain matin à 9 h.
– Je tiens à vous prévenir du léger problème présent dans nos jardins...
– Plus tard. Disposez.
Edward referma la fiole dans laquelle Lucius avait déposé son souvenir de sa réunion du Conseil de la sorcellerie européen survenue dans la matinée. Il avait également récupéré d'autres scènes éparses lors de missions pour le compte des Mangemorts.
Edward et Envy avaient choisi de se concentrer sur le sort des Mangemorts après la guerre, puisque l'Équipe s'occupait de détruire les Horcruxes de leur côté.
Évidemment, Edward refusait de façon catégorique d'assassiner les Mangemorts. Il préférait la voie plus difficile et longue qui consistait à monter des dossiers complets sur les agissements des mages noirs. Ainsi, dès la fin de la guerre lors de la mort officielle de Voldemort, les Mangemorts seraient directement envoyés à Azkaban pour le restant de leurs jours sans les mêmes cafouillages de la Première Guerre, lors desquels Sirius avait été envoyé derrière les barreaux sans être coupable.
Grâce à sa place privilégiée dans la hiérarchie des Mangemorts, Edward pouvait facilement leur ordonner de lui fournir certains de leurs souvenirs sans rencontrer la moindre résistance de leur part. À part Bellatrix, bien sûr. Pour cette raison, il se concentrait davantage sur les autres et la laissait travailler pour lui en extérieur. En ce moment même, elle surveillait Hector Gurdjieff de près afin de découvrir dans quel camp il penchait.
Edward avait besoin d'avoir confirmation que le directeur du Département de la justice magique était contre les idéaux Mangemorts afin qu'il puisse lui confier les dossiers secrets sur les Mangemorts. Après tout, en tant qu'agent double dont seuls Sirius et Envy connaissaient le vrai camp, Edward ne pouvait décemment pas transmettre ces dossiers au MIAM, que ce soit pour sa couverture ou pour son manque de crédibilité. Il avait donc besoin d'un contact extérieur à l'Équipe et avec l'autorité nécessaire pour assermenter des documents d'une telle sensibilité.
Tous les directeurs de Département au ministère de la Magie étaient pourris, à l'exception peut-être de Gurdjieff qui tanguait entre deux eaux depuis le début de la guerre. Edward devait être sûr une bonne fois pour toutes de ses loyautés avant de montrer son visage en public pour la première fois en tant que Mangemort. Pour l'instant, seules des rumeurs circulaient sur son retournement de veste, mais rien de plus. Edward aurait préféré qu'il en reste ainsi, mais il lui faudrait forcément se dévoiler un jour ou l'autre, même si ce n'était qu'à Gurdjieff.
– Elric.
Edward réprima sa surprise lorsque la voix aiguë de Bellatrix résonna derrière lui.
– Je croyais t'avoir dit de suivre Gurdjieff jour et nuit, réprimanda Edward. Qu'est-ce que tu fais là ?
Bellatrix siffla entre ses dents, mécontente. Elle détestait lorsque le « sang-de-bourbe » se montrait autoritaire avec elle malgré son statut de seconde de Voldemort. Et malgré le danger de sa conduite, Edward ne parvenait pas à s'empêcher de mettre de l'huile sur le feu. Envy se chargeait bien assez de la charmer et de la rendre heureuse de son côté.
– Gurdjieff disparaît dès qu'il quitte le ministère.
– Dis plutôt que tu le perds.
Bellatrix eut soudain une grande ressemblance avec sa sœur Narcissa. Elle affichait le même air de dégoût profond comme si elle venait de renifler une bouse de dragon.
– As-tu au moins trouvé quoi que ce soit d'utile ?
– Rien d'importance.
Frustré, Edward réfléchit rapidement aux options s'offrant à lui.
– Arrête la surveillance. Occupe-toi d'enquêter sur les successeurs possibles de Ryan Dee à la tête du MIAM. Je veux savoir lesquels sont fidèles à notre cause et lesquels sont des traîtres à leur sang. J'exige des résultats dans la semaine à venir. Tu peux disposer.
La sorcière se retint mal de grogner et s'en alla en claquant fort des talons. Un sourire narquois étira brièvement la bouche d'Edward avant qu'il ne replonge dans ses pensées. Il fallait absolument purger le Maintien international de l'association magique de tous les sorciers et sorcières en accord avec la théorie de la pureté du sang. Ensuite, Edward leur ferait parvenir les dossiers accusant les Mangemorts. Après cela, le MIAM serait obligé d'agir en Grande-Bretagne pour le bien de la communauté magique mondiale.
– Maître.
Renfrogné, Edward ignora la silhouette rabougrie de Pettigrow.
– Le dîner est servi.
Super. Encore un repas passé en charmante compagnie et dans la bonne humeur. Edward rechigna à suivre le petit sorcier, mais malheureusement pour lui, sa présence était attendue. Pettigrow le guida jusqu'à la salle à manger principale où Envy, Lucius, Narcissa et Bellatrix s'étaient déjà installés. Il prit sa place attitrée à la droite de Voldemort, en face de Bellatrix et à côté de Lucius. Des plats au fumet agréables se répandirent le long de la table. Au moins, la nourriture ici était bonne.
Comme de coutume, les quatre Mangemorts attendirent la première bouchée de leur maître avant de débuter leur propre repas. Pendant les prochaines minutes, on entendit plus que le raclement des couverts sur les assiettes et la mastication bruyante de Bellatrix. Edward fixa la bouche de la sorcière avec irritation avant de l'ignorer complètement lorsqu'elle le fusilla du regard.
– Combien de temps comptiez-vous cacher Draco ?
Lucius cacha très mal son malaise derrière une toux mal feinte. Au contraire, le visage de Narcissa ne bougea pas d'un pouce. Bellatrix fronça les sourcils, son regard alternant entre sa famille et son maître.
– Que voulez-vous dire par là, maître ? demanda Lucius, son masque impassible remis en place.
– Tu sais pertinemment ce que je veux dire, Lucius. Maintenant, réponds à ma question. Je me suis montré d'une patience infinie jusqu'ici, mais elle arrive à son terme. Je pensais qu'au moins l'un de vous aurait la clairvoyance de m'informer de ce petit secret. J'ai clairement mal jaugé la loyauté de votre famille.
– Je n'ai jamais soupçonné la moindre traîtrise, maître ! se défendit Bellatrix, affolée.
– Ce qui te rend d'autant plus coupable d'incompétence, Bellatrix, siffla Envy en dardant la sorcière d'un regard carmin. Ton attachement à ta famille te rend aveugle à leurs fautes.
– Cissy ! Est-ce la vérité ? As-tu trahi notre maître ?
Narcissa leva le menton pour scruter la tablée avec indifférence. Avant qu'elle puisse prendre la parole, Lucius la devança d'un ton implorant.
– Maître, veuillez pardonner cette erreur. Nous ne désirons que protéger notre fils. Il est faible, maître. Il n'est pas fait pour la guerre.
– Un trait dont il a hérité de toi, Lucius.
Eh bien, pensa Ed. C'était plus intéressant que d'habitude. Bien qu'il s'interroge sur le jeu auquel Envy se livrait en dévoilant qu'il savait pour la présence de Draco au Manoir Malefoy. Edward se demandait ce que son ami préparait. Peut-être était-ce uniquement par ennui.
– Qu'il nous rejoigne.
– Keeky, appela Narcissa. Amène-nous Draco.
L'elfe de maison s'inclina et disparut. Plongés dans un silence inconfortable, les Malfoy attendirent en silence tandis qu'Envy et Edward reprenaient leur déjeuner avec sérénité. Le blond lança une œillade interrogative à Envy qui lui sourit en coin. Edward haussa un sourcil et ouvrit la bouche pour lui demander, avant que la porte s'ouvre et que Draco fasse son entrée tant attendue. Le garçon avait l'air tout bonnement pétrifié de terreur.
– Draco, quel plaisir de te revoir.
– Maître, bredouilla Draco en s'inclinant profondément.
Envy émit une exclamation de désapprobation.
– Ta trahison me peine, Draco. Tes parents se sont toujours montrés fidèles et voilà que tu manigances avec l'ennemi. N'ai-je pas été assez généreux avec ta famille ? N'apprécies-tu donc pas la précieuse Marque que je t'ai donnée ? Je suis très déçu que tu dénigres ainsi un présent que je n'offre qu'aux privilégiés. Tu es ingrat, Draco. Sais-tu ce qui arrive à ceux qui se montrent ingrats envers leurs bienfaiteurs ?
– Maître, je vous en prie, supplia Lucius. Il n'est qu'un enfant. Il a agi sous l'impulsion de la peur et de l'ignorance. Nous nous attelons à le remettre sur le droit chemin.
– Suffi !
Edward eut pitié des trois Malfoy. Il semblerait qu'ils regrettent amèrement leur lien avec Voldemort et qu'ils préféreraient abandonner cette guerre. Peut-être devrait-il trouver des souvenirs qui leur donnent des circonstances atténuantes. En tout cas pour Narcissa et Draco, que Lucius avait entraînés dans ce conflit pour une stupide erreur de jeunesse.
– Draco, approche.
Le garçon avança à petits pas pressés puis s'agenouilla à quelques pas d'Envy.
– Pourquoi m'as-tu trahi ? J'attends la plus grande franchise de ta part.
Draco déglutit bruyamment. Tout en sauçant son assiette vide, Edward observa la scène avec curiosité. Il se demandait ce que son ancien camarade allait dire pour s'en sortir.
– J'avais peur. J'étais perdu. J'ai cru aux discours de l'ennemi, j'ai cru qu'ils pouvaient m'éviter de combattre. Mais mes parents m'ont montré mes erreurs.
– Tu crois donc mériter une autre chance. Je t'en ai d'ores et déjà offert une seconde. Pourquoi devrais-je commettre la même erreur à nouveau ? Tu ne cesses de décevoir mes attentes. Ton échec lors de l'attaque de Privet Drive, la perte de Poudlard, l'intrusion dans notre Quartier général, la perte de deux prisonniers. Dis-moi, mérites-tu réellement une autre chance de prouver ta valeur ?
– Maître, implora Draco, les yeux embués de larmes. Je vous suis fidèle. Jusqu'à la mort.
Envy émit un rire grinçant.
– Maître, intervint Edward en déposant ses couverts. Je pourrais faire usage de lui dans ma prochaine mission.
Lucius et Narcissa se figèrent, le fixant avec un mélange de méfiance et d'effroi. Bellatrix grimaça horriblement. Aucun d'eux ne lui faisait confiance pour bien traiter Draco.
– Maître, si je puis me permettre —
– Silence, Bellatrix. Très bien, Edward. Je te l'offre. Désormais, il t'appartient. Tu auras l'occasion de tester sa loyauté. S'il trahit notre cause, je suis certain que tu trouveras la punition adéquate.
– Merci, maître. Viens t'asseoir, ordonna Edward en s'adressant ensuite à Draco. Booky, sers-le.
Une assiette bien garnie apparut à côté de Lucius. Draco se releva, contourna la table avec précaution et s'assit lentement en gardant la tête baissée. Personne ne manqua ses faibles reniflements dans le silence oppressant de la salle à manger. Edward détourna le regard du garçon et demanda à Booky de le resservir. Les Malefoy ne touchèrent pas une miette de leur assiette et s'excusèrent de table dès qu'ils le purent.
– Draco, appela Edward alors que les trois Malfoy se dirigeaient vers la sortie. Reste.
Il obéit. Envy entraîna Bellatrix, Narcissa et Lucius hors de la salle à manger, laissant les deux jeunes sorciers en tête à tête. Edward le dévisagea un long moment, jusqu'à ce que Draco craque.
– Tu fais ça pour te venger à cause de ce qu'il s'est passé dans les cachots, c'est ça ? Tu veux me rendre la pareille ? Ils sont beaux les discours sur le pardon et les secondes chances ! C'est bon pour les autres, pas pour les Serpentards, je n'ai pas raison ? Tu n'es qu'un hypocrite, Elric.
– T'as fini ?
Draco grinça des dents.
– Tu devras être disponible jour et nuit. Si tu fais tout ce que je te dis de faire, je te récompenserai.
– Je ne suis pas ton elfe de maison, s'écria Draco en rougissant d'humiliation.
– Le maître t'a offert à moi. Ce qui signifie que j'ai droit de vie et de mort sur toi. Tu es exactement comme un elfe de maison. Je peux décider quand te faire trimer et je peux également décider quand te mettre à la porte.
Cette fois, Draco parut comprendre le lourd sous-entendu et un éclat se mit à briller dans son regard. Sa manière de dévisager son nouveau propriétaire changea et il acquiesça modestement.
– Tu peux disposer.
Dès l'entrevue terminée, Edward rejoignit sa chambre. Ce soir, il devait rencontrer Sirius pour la première fois depuis l'extraction du Horcruxe du mont Tomor deux jours auparavant. Il avait hâte de savoir comment la mission s'était déroulée et il espérait que tout le monde se portait bien et que le Horcruxe avait été détruit. Si c'était le cas, cela signifiait qu'il ne restait qu'à détruire deux Horcruxes avant de devoir tuer le morceau d'âme de Voldemort à l'intérieur d'Envy.
Personne à part Envy n'avait le droit de questionner les agissements d'Edward, ce qui facilita grandement son départ du Manoir Malefoy pour rejoindre son point de rendez-vous en transplanant directement à Londres. Il apparut dans des fourrées derrière la Cathédrale Saint-Paul.
Il sortit de sa cachette en restant sous le couvert des arbres. À quelques mètres de lui, il localisa Sirius assis sur un banc, le rejoignit en trois grandes enjambées et s'affala à côté de lui.
– Yo, Patmol.
– Hey, Ed.
– T'as l'air entier. J'en déduis que ça s'est bien passé.
– On a trouvé l'objet dans une grotte. Je ne te raconte pas la galère quand il a fallu battre toutes ces créatures ! Heureusement qu'on avait un Fourchelang avec nous. On a quand même tous failli se noyer dans une rivière souterraine, mais dans l'ensemble, ça s'est bien passé.
– Vous l'avez détruit ?
– Fol'Oeil veut voir comment Harry interagit avec la prophétie. Voir s'il peut localiser le prochain.
– La prophétie ? Quelle prophétie ?
– Voldechose a utilisé la prophétie de Trelawney que Malfoy a récupéré pendant la Bataille du Département des Mystères. Il a tué la tante d'Harry pour le rituel.
– Quel cinglé, maugréa Edward en enfonçant ses mains dans ses poches. Ça veut dire qu'il reste plus qu'à trouver la Coupe de Poufsouffle et à purifier Harry. C'est encourageant.
– Tu es sûr qu'il n'y a plus aucun autre morceau ?
– Quand Voldechose a découvert qu'on savait, il a bien envoyé une vision à Harry, non ? Il a montré qu'il comptait cacher la Coupe et Nagini. Aucun autre. Ça veut dire qu'entre sa découverte et son intrusion à Poudlard, il n'a eu que deux jours pour les cacher. Ça m'étonnerait qu'il ait eu le temps d'en créer un nouveau. J'étais le seul avec la prophétie.
– J'espère que tu as raison. S'il ne reste plus qu'à trouver la Coupe, ça veut dire qu'on approche du but.
– Suffit de trouver la première piste. Ça m'étonnerait qu'on reçoive une nouvelle vision maintenant que j'ai perdu ma vraie Marque. Ce qu'il faudrait, ce serait de marquer Harry. Mais c'est hors de question.
– On est déjà arrivés si loin, on réussira. J'en suis sûr, l'encouragea Sirius en lui tapotant l'épaule. Et toi, comment ça avance de ton côté ?
– On s'occupe de rassembler des preuves contre les Mangemorts.
– Vous préparez déjà l'après-guerre, à ce que je vois. C'est bien de se projeter. Ça rend tout ça plus concret.
– C'est mieux d'être préparé. On n'arrivera jamais à renverser le régime sans aide extérieur. L'Équipe n'a pas le bras assez long pour ça. Alors je profite de mon statut au sein de l'organisation. Autant que je me rende utile.
– L'Équipe pense la même chose, prévint Sirius tout à coup redevenu sérieux. Pendant qu'une partie travaille sur la chasse, l'autre organise ton enlèvement. Ils veulent t'attirer à l'extérieur du Manoir.
– Ça pourrait se faire plus tard, quand je devrais purifier Harry. Pour l'instant, j'ai du boulot à terminer. Tu me préviendras de leurs tentatives ? Quand ce sera le moment, je te laisserai m'enlever.
– Ce n'est pas vraiment un enlèvement si tu es consentant, Ed.
– Détails, détails.
– Ils essayeront de t'attirer dehors avec un appât donné par Rogue. Je n'ai pas les détails pour l'instant.
– D'accord, ça devrait me suffire pour éviter le piège. Hors sujet, mais je risque de vous envoyer Draco un de ces jours. Envy a trouvé marrant de révéler qu'il savait pour sa présence au Manoir. J'ai fait en sorte de l'avoir à mon service. Je le libérerai quand je pourrai faire en sorte que ça paraisse accidentel.
– On pourrait se servir de l'une des tentatives d'enlèvement de l'Équipe.
– J'y pensais justement. On pourrait monter quelque chose de convaincant. Faudra voir quand ce sera le bon moment. À part ça, tu as des nouvelles sur Gurdjieff ?
– Je crois qu'il est dans son propre camp.
– Ça aurait pu être pire. En tout cas, merci pour les infos. Autre chose à partager ?
– En effet, cher ami, chuchota Sirius sur un ton complice en se penchant vers l'oreille d'Edward. Une info de premier plan. Hier, devine ce que j'ai vu au QG... Le vieux Fol'Œil et la Cerchi en train de se murmurer des mots doux.
– Eh...
– Ouais, je sais. Effrayant. Et fascinant à la fois.
– Merci pour le potin. Si c'est tout, je vais rentrer. J'ai une journée spéciale à préparer.
Les deux complices se saluèrent chaleureusement puis se séparèrent. L'agent double se hâta de rentrer au Manoir où il rejoignit Envy dans leur chambre. Comme souvent, l'Homonculus s'observait dans la glace avec un air déconfit. Il n'accorda pas une once d'attention au nouveau venu, s'examinant dans les moindres détails.
– Je pense que j'ai pris un peu de couleur.
Ed roula des yeux et s'installa au bureau d'ébène pour fouiller dans son bazar.
– J'envisage de commander une perruque. T'en penses quoi ?
– C'est pourri comme idée. Arrête d'envisager des trucs. Bon, t'as fait quelque chose de productif aujourd'hui ou tu t'es contenté de te promener à poil ?
– Figure-toi que mon petit numéro au dîner n'était pas par ennui — bien que ça ait joué — et que cette manœuvre fait partie d'un plan.
– Lequel ?
– Je vais faire pression sur Lucius. Il sera plus productif s'il sait que je peux faire ce que je veux de son fils. Quand ce sera le moment de le retirer du CSE, il sera obéissant comme un boursouf.
– Ou alors la pression va le faire déguerpir. Et là tu seras bien embêté quand tu devras annoncer leur traîtrise et mettre un prix sur leur tête. Ta fan-girl ne se laissera pas faire.
Envy fit un mouvement négligent de la main.
– J'ai promis un tête-à-tête à Bellatrix. Ça la calmera.
– Passe une bonne soirée, souhaita distraitement Edward en se plongeant dans ses notes.
Il passa la soirée et une bonne partie de la nuit à travailler et peaufiner la phase finale de son plan. Envy revint vers minuit, légèrement éméché, mais le dissimulant bien et tomba comme une bûche dans le lit. Edward le rejoignit peu après, poussant l'Homonculus dans un coin. Comme toujours, son sommeil fut peuplé de cauchemars. Ceux-là concernaient majoritairement Albus ces derniers temps. Il revivait sa mort encore et encore, ses derniers instants et la culpabilité qu'il ressentait toujours et réprimait quand il était éveillé.
Le lendemain matin, il se leva aux aurores. Envy lui avait organisé un rendez-vous avec Pius Thickness au ministère. Il souhaitait arriver à l'heure d'ouverture pour ne rien rater. Après tout, de cette journée dépendait une majeure partie de son plan. Il devrait se montrer subtil et persévérant. Autant dire que le premier n'était pas sa tasse de thé. Peut-être n'était-ce pas non plus celle de Gurdjieff.
Après avoir enfilé une robe formelle en prenant grand soin de cacher le tatouage sur son bras gauche, il utilisa le réseau de cheminette. Il apparut directement dans l'Atrium où une foule d'employés traversaient la vaste salle en gardant la tête soigneusement rentrée dans les épaules. Edward se sentit frissonner. Cette salle, il la voyait souvent en rêve. Trop souvent. Il haïssait l'Atrium pour les souvenirs qu'il faisait remonter à la surface. C'était ici, à une dizaine de mètres de là qu'il avait tué Albus de ses propres mains en le poignardant en plein cœur.
Un poids lui fonça brusquement dans le dos.
– Eh ! Sors de là, gamin, au lieu de boucher le passage !
Il sortit précipitamment de la cheminée. Le sorcier mécontent le dépassa avec un reniflement agacé, en maugréant à propos des blancs-becs mal élevés. Haussant les épaules, Edward reprit sa route. À son passage près de l'immense statut « La Magie est puissance », son sang se glaça et il resta pétrifié sur place. Son regard ne parvenait plus à se détacher de la tête d'Albus exposée à la vue de tous. La honte qui le submergea le força à baisser les yeux et à reprendre sa route comme si de rien n'était.
L'esprit tourmenté, il s'arrêta machinalement au bureau d'enregistrement des baguettes pendant un moment avant de se fondre dans la masse de sorciers prêts pour une longue journée de travail. Il reconnut quelques têtes des différents procès auxquels il avait participé. Lorsqu'il entra dans une cabine d'ascenseur, plusieurs regards se tournèrent dans sa direction avec curiosité. Pendant des mois, sa photographie avait circulé avec une mise à prix sur sa tête. Les gens s'en souvenaient. Il espérait que personne ne penserait qu'il était encore un fugitif et tenterait de l'arrêter. Il n'avait pas la patience pour un contretemps de cette nature.
Les autres passagers quittèrent l'ascenseur à différents étages, avant qu'il ne reste plus que lui pour le premier, où se trouvait le bureau du ministre de la Magie. Une secrétaire aux yeux sournois l'accueillit et le pria de patienter quelques instants. Ce satané Thickness se laissa désirer quinze longues minutes avant de daigner l'inviter dans son bureau. Edward sourit avec satisfaction en voyant quel visiteur avait pris le temps du ministre.
– Monsieur le ministre, Auror Gurdjieff.
– Directeur Gurdjieff, corrigea l'ancien Auror.
– Mr Elric, joignez-vous à nous.
Il s'assit dans le luxueux fauteuil à la gauche de Gurdjieff.
– Après réflexion, le Directeur Gurdjieff a accepté votre requête. Il vous accueillera dans son service pour une durée indéterminée jusqu'à ce que vous ayez obtenu satisfaction.
À voir le regard meurtrier de Gurdjieff, le sorcier avait été lourdement influencé dans son choix. Il ne devait pas apprécier qu'on marche sur ses plates-bandes. Encore moins lorsqu'il s'agissait d'Ed, avec qui il n'entretenait que des rapports plutôt froids depuis leur rencontre. Néanmoins, il s'était montré bien plus cordial après les événements de Little Hangleton. Edward lui en voulait toutefois encore d'avoir refusé de perquisitionner chez Malfoy et Goyle après que Gladpy ait prévenu le Bureau de leur implication dans des manigances louches.
– Ça me convient.
– Dans ce cas, reprit Gurdjieff en faisant mine de se lever. J'ai du travail qui m'attend. Elric.
– Monsieur Elric, corrigea Edward en retenant bien mal son sourire malicieux.
Gurdjieff claqua de la langue sans répondre à la provocation. Les yeux calculateurs de Thickness passèrent de l'un à l'autre.
– Très bien. Je vous souhaite une bonne journée.
Edward suivit Gurdjieff hors du bureau, passa la secrétaire sans un au revoir et s'engouffra dans l'ascenseur. Adossé contre la paroi de la cabine, le jeune Mangemort sentait le regard du sorcier peser sur lui, mais il n'en fit pas cas. Il avait pris l'habitude d'être observé depuis qu'il avait rejoint les Voldemort.
– Je ne compte pas jouer à la nounou, Elric. Fais ce que tu as à faire et laisse-moi faire mon travail en paix, compris ?
– Je vais devoir discuter avec vous pendant mon séjour, monsieur le Directeur. C'est une partie intégrante de ma présence en votre compagnie.
– Nous verrons ça pendant mes pauses déjeuner.
L'ascenseur s'arrêta au deuxième étage. Ils traversèrent le quartier général des Aurors, qui se composait d'une vaste salle divisée en boxes. Des portraits des membres recherchés de l'Équipe couvraient les cloisons et les murs. Edward remarqua que ni son visage ni celui d'Envy n'apparaissaient parmi les avis de recherche.
– Il n'y a pas si longtemps, tout le monde ici voyait ta photo tous les jours.
Edward ignora le commentaire de son accompagnateur. Il reconnut quelques Aurors et capta le regard de la plupart d'entre eux. Rawkin le suivit du regard jusqu'à ce que le duo entre dans le bureau de Gurdjieff. Le bruit du Bureau s'estompa dès que la porte se referma derrière eux. Edward examina d'un œil critique la décoration spartiate du bureau du Directeur de la justice magique. Tout semblait à sa place et aucun objet personnel ne parsemait les étagères parfaitement rangées.
Sans un regard pour son invité forcé, Gurdjieff se mit au travail, lisant et signant des documents à l'allure officielle. Edward en profita pour faire un petit tour du propriétaire. Peu importe la durée de son « stage », il lui faudrait trouver des indices quant aux allégeances de cet homme et s'approprier sa confiance. Le premier contact n'allait pas exactement dans ce sens. Edward aurait pu se montrer plus amical.
Leur première journée de cohabitation se déroula dans un silence monotone que les tentatives d'Edward ne purent briser. Il décida de faire un effort supplémentaire le lendemain matin pour se faire mieux voir. Il ne pouvait pas laisser son sale caractère mettre son plan en péril. Jamais personne n'était mort d'avoir ravalé sa fierté.
Malchanceux comme il était, Scabior et ses hommes ramenèrent une rafle de nés-moldus peu après son arrivée et Gurdjieff n'eut pas une minute à lui accorder de toute la matinée. Il dut attendre la pause déjeuner dans le réfectoire des Aurors pour lui toucher un mot lorsqu'ils s'assirent à l'écart de la foule avec leurs plateaux-repas. Gurdjieff entama son sandwich d'un air indifférent. Il avait apparemment pris le parti de complètement ignorer le parasite qu'on lui avait collé aux basques.
– On n'est pas parti du bon pied. J'aimerais me rattraper.
Gurdjieff releva les yeux de son déjeuner. Son sourire froid laissa Edward de marbre.
– Ne crois pas que je vais tout simplement copiner avec toi parce que tu as des amis assez haut placés pour te coller dans mon département. Je ne crois pas à ce genre de pistonnage, Elric.
Sa remarque aurait pu faire doucement ricaner Edward s'il ne comptait pas sur la collaboration future de son interlocuteur. Gurdjieff était clairement le même type de personne que le Général Armstrong. Il n'ouvrirait le dialogue qu'avec une personne qu'il estimait digne d'intérêt et dont il aurait eu la preuve de la valeur. Apparemment, Edward allait devoir se mettre au boulot et rendre ce séjour plus productif.
– Laissez-moi vous prouver ce que je vaux.
Gurjieff l'envisagea un long moment. Puis il reprit son repas.
– Prépare-toi à en baver, dans ce cas.
Il n'avait pas menti. Après trois semaines de stage intensif auprès du Directeur de la justice magique, Edward en avait plus appris sur le ministère de la Magie qu'il ait pu en rêver un jour. Il travaillait en moyenne 14 heures par jour, et c'était sans compter les heures supplémentaires que Gurdjieff lui faisait faire très fréquemment. Edward n'avait pas le temps de souffler. Heureusement que l'Équipe s'attelait à trouver les Horcruxes et qu'Envy tenait les Mangemorts d'une main de fer, sinon il aurait vraiment l'impression de se ruiner la santé pour rien.
Mais Gurdjieff était un élément clé. Ça, il en était désormais sûr et certain. Ses doutes quant aux motivations profondes de l'ancien chef des Aurors augmentaient chaque jour. Le sorcier ne pouvait certainement pas adhérer à la théorie de la pureté du sang. Il se révélait trop équitable et scrupuleux pour que ses idées politiques volent aussi bas. À force de passer tellement de temps avec le sorcier, Edward avait réussi à installer une relation basée sur une sorte de respect mutuel dû au bon travail qu'il rendait à son « maître de stage ».
Néanmoins, une ombre subsistait au tableau. Edward savait que Gurdjieff savait qu'il fricotait avec les Mangemorts de très près. L'ancien Auror n'était pas né de la dernière pluie. Il savait que le ministère de la magie était sous contrôle Mangemort et que l'« ami commun » de Thickness et Edward était un Mangemort, bien qu'il ne devait pas se douter qu'il s'agissait de leur leader en personne. Pour un sorcier si intègre, Gurdjieff montrait une indifférence étrange à l'alliance de son stagiaire avec l'organisation terroriste.
Pourtant, Edward lui avait montré ses meilleures facettes pour compenser ce handicap. Il travaillait dur et ne comptait pas ses efforts. En plus, on ne le payait même pas !
– Elric, arrête de bayer aux corneilles et va me chercher ces dossiers aux archives, aboya Gurdjieff en lui lançant une liste.
– Oui, monsieur le directeur.
Le ministère était bien le seul endroit où il doive encore montrer la base du respect à quiconque. Au Manoir Malefoy, il étendait son influence et son autorité un peu plus chaque jour. La méfiance qu'il inspirait à certains avait comme fondu au soleil lors d'une embuscade de l'Équipe visant à l'enlever et durant laquelle il avait fait ses preuves en combattant vaillamment et remportant son duel contre le célèbre Sirius Black. Désormais, on ne contestait plus ses ordres. À part Bellatrix, comme d'habitude. Quoi qu'il fasse et qu'importent les numéros de charme d'Envy, la sorcière le haïrait pour l'éternité. Et peut-être même plus. À ce jour, il ne manquait plus que les souvenirs de Bellatrix pour finaliser le dossier sur ses compagnons Mangemorts.
Edward arriva au cœur des Archives de la Cour de justice magique où Mrs Cunningham et son apprenti prenaient une pause visiblement bien méritée. Les manches de Matthew servaient comme toujours à éponger son front humide de sueur et le nouveau venu retroussa le nez.
– Eh, salut ! Comment ça va aujourd'hui, Ed ? Le directeur te fait bosser dur ?
– Il me martyrise, se plaignit le blond en enjambant la chaise libre en face de l'apprenti. Il m'a fait traduire tout le Code pénal allemand. J'y ai passé des nuits blanches ! Je ne sais même pas quand j'ai dormi pour la dernière fois.
– Sûrement il y a trop longtemps, commenta Mrs Cunningham en remettant son pince-nez pour lire la liste qu'il lui tendit. Pour quand as-tu as besoin de tous ces documents ?
– Pour hier.
La gérante des archives partit en chasse aussitôt, laissant les deux jeunes sorciers entre eux.
– Eh, tu as entendu les rumeurs sur l'Auror Morton ? Il paraît qu'il a disparu. J'ai entendu dire par Margaret que la police avait trouvé sa maison sens dessus dessous et que la Marque des Ténèbres flottait dans le ciel.
– Il a dû se mêler d'affaires qui ne le regardaient pas.
Macnair et Rowle avaient tué l'Auror après qu'il ait publiquement désapprouvé le sort réservé aux Nés-moldus. Ce n'était pas le premier Auror à disparaître ainsi et certainement pas le dernier.
– Il faut avoir un sacré culot pour afficher ses idées politiques par les temps qui courent.
– Sauf si elles concordent avec celles des hautes sphères. Va crier dans le réfectoire que tu penses que tous les hybrides méritent de mourir et personne ne lèvera le petit doigt.
– Ed !
Le visage de Matthew avait perdu son peu de couleur naturelle pour devenir blanchâtre.
– Tu ne peux pas dire ce genre de choses, chuchota le sorcier à voix basse en se penchant dans sa direction. On ne sait jamais qui écoute ce qu'on dit !
– Ne t'en fais pas pour moi. Je ne compte pas faire de vagues.
Pour le moment, tout du moins. Ses pensées avaient peut-être filtré de son cerveau, car Matthew n'eut pas l'air très convaincu.
– Eh, j'ai entendu dire que Fol'Oeil avait attaqué des Mangemorts la semaine dernière. Le Bureau a étouffé l'affaire d'après ce que j'ai compris. Tu en sais plus là-dessus ?
Oh oui, il en savait énormément sur cette affaire. Il y avait participé très activement. L'Équipe l'avait ciblé, comme Sirius l'avait prévenu, et l'avait attaqué alors qu'il faisait quelques courses dans l'allée des embrumes. Envy avait su en avance pour l'attaque puisque Rogue avait transmis des informations quelques heures avant. Il avait donc envoyé des renforts Mangemorts pour protéger son « second ». Une fois la menace passée et l'enquête des Aurors commencée, Thickness avait ordonné de classer l'affaire. Personne au Bureau ne connaissait l'implication d'Edward dans cette échauffourée.
– Non. C'est aussi tout ce que je sais, mentit Edward en rajustant le col de sa robe. Fol'Oeil et ses sbires se sont battus contre un groupe de Mangemorts près du chemin de Traverse. Les Aurors ne sont pas arrivés à temps pour arrêter qui que ce soit.
– Waouh. Ça ne donne pas envie de sortir. Je fais toutes mes courses par hibou depuis des mois ! La seule fois de la journée que je mets le nez dehors, c'est quand j'arrose mes Voltiflores.
– Je peux te dire que ce n'est pas joyeux là dehors. Le chemin de Traverse est constamment désert et la plupart des boutiques ont fermé leurs portes. Même Ollivander ne vend plus de baguettes.
– Tu sors encore malgré les circonstances ?
– Je ne vais pas me laisser dicter ma conduite par qui que ce soit.
– Et si tu tombais au milieu d'un combat de ce genre ? Et si les Mangemorts décidaient de s'amuser avec toi ? Tu n'es qu'un sang mêlé. En plus, on sait tous quel genre d'amis tu as...
D'après l'opinion publique, Edward Elric demeurait avant tout un allié de Maugrey et de la résistance. Certains se doutaient même qu'il en fasse partie. D'autres savaient qu'il trafiquait avec les Mangemorts. En somme, personne ne comprenait quel rôle il jouait. Edward jouait de ce flou pour gagner la confiance de Gurdjieff tout en entretenant le respect des Mangemorts. Cet exercice d'équilibriste exigeait un sang-froid à toute épreuve.
– Je gère, rétorqua Edward fermement.
