Chapitre trente-cinq : Garde à vue et anniversaire
– Stupéfix !
Le corps de Tonks se pétrifia et tomba à la renverse. Edward baissa sa baguette et inspira profondément. Autour de lui, le chaos se déchaînait alors que les Aurors luttaient contre une demi-douzaine de membres de l'Équipe. Cette fois, Maugrey avait ordonné à ses hommes d'enlever Edward au cours de l'une des patrouilles de routine auxquelles il participait avec Savage de temps à autre quand Gurdjieff était en réunion et ne voulait pas de lui dans les pattes.
Rogue n'avait pas prévenu Envy de cette tentative. Ainsi, Edward avait tout misé sur l'efficacité des Aurors qui l'accompagnaient. Savage était une duelliste brillante. À elle seule, elle envoya Scrimgeour et Charlie au tapis. Flukett, son second, mit Remus en fuite. Rawkin et Garbain dispersèrent les autres. Bientôt, les membres restants de l'Équipe partirent par Portoloin d'urgence en emmenant le corps inconscient de Charlie. Le calme revint sur le chemin de traverse.
– Bon travail, s'exclama Savage en retournant le corps immobile de Scrimgeour du bout de sa botte. Vous aussi, Elric.
Ils échangèrent un hochement de tête respectueux. La Mangemort savait qui d'eux deux donnait réellement les ordres et elle préférait ne pas le contrarier. Elle savait pertinemment ce qui arrivait à ceux qui contrariaient le favori de Lord Voldemort et ce n'était pas du joli. Dolohov en avait fait les frais très récemment après une boutade anodine. Envy aimait définitivement trop son rôle de maniaque sadique et sanguinaire.
– Rawkin, Flukett, menottez les prisonniers. Retour immédiat au quartier général.
Une fois Tonks et Scrimgeour solidement attachés, le groupe d'intervention transplana dans l'Atrium. Lorsqu'ils traversèrent le quartier général des Aurors, ceux-ci les félicitèrent chaudement d'avoir attrapé de tels poissons. Cela faisait tout de même plus de 100 jours que les membres de la résistance leur échappaient sans cesse.
– Auror Savage, interpella Gurdjieff depuis le pas de la porte de son bureau. Je veux un rapport sur la situation tout de suite.
– Bien, monsieur le directeur. Rawkin, Flukett, enfermez ces deux-là en cellule. Je veux une sécurité renforcée et quatre gardes en faction devant leur porte. Personne à mon exception n'aura le droit de les approcher dans les prochains temps.
Les deux Aurors obtempérèrent et disparurent entre les boxes. Edward glissa dans le bureau de Gurdjieff à la suite de Savage. Le propriétaire du bureau le remarqua bien évidemment, mais ne lui demanda pas de sortir. Alors il s'installa dans son coin personnel tandis que Savage demeurait debout devant le bureau de son supérieur, les mains croisées dans son dos.
– Expliquez.
– Mon unité et moi étions en patrouille lorsque des individus en lien avec Alastor Maugrey nous ont tendu une embuscade. Nous nous sommes battus et sommes parvenus à faire deux prisonniers. Les quatre autres se sont échappés. Monsieur Elric a bien combattu. Il a permis l'arrestation de l'ancien Auror Nymphadora Tonks.
Le regard acéré de Gurdjieff se posa brièvement sur son stagiaire qu'il détailla des pieds à la tête. Le moment passa, le sorcier se concentra sur sa subordonnée.
– Nous allons les interroger avant de les envoyer à Azkaban.
Savage hocha la tête et les précéda pour quitter le bureau. Le trio traversa le quartier général pour se diriger vers les cellules d'emprisonnement. La cheffe des Aurors ordonna à ce que Scrimgeour soit placé en salle d'interrogatoire n° 1. Pendant qu'ils patientaient dans le couloir, Thickness passa les féliciter de leur capture avant de s'inviter dans l'interrogatoire. C'était l'événement de l'année, pensa Edward, désabusé.
Thickness, Savage et Gurdjieff entrèrent dans la salle d'interrogatoire.
– Elric, bougez-vous, le rabroua ce dernier en sortant la tête dans l'entrebâillement de la porte.
Edward pointa son visage du doigt.
– Moi ? Je participe ?
– Ça fait partie de la formation.
Préférant ne pas le contrarier, Edward se hâta de le rejoindre et referma soigneusement la porte derrière lui. Scrimgeour avait été fermement ligoté à une chaise elle-même soudée au sol pour plus de sécurité. La crinière de cheveux gris de l'ancien Auror avait souffert de la lutte et collait à son front et ses joues émaciées. Derrière ses lunettes cerclées de fer, ses yeux à l'éclat jaune se vissèrent sur le visage d'Edward pour ne plus le quitter. Edward lui rendit son regard tandis qu'il s'adossait au mur qui lui faisait face, à côté de Gurdjieff.
– Rufus Scrimgeour. Nous ne nous étions pas rencontrés depuis un long moment, commenta Gurdjieff. Le service a bien changé depuis votre départ du Bureau, bien que je fasse de mon mieux pour maintenir votre héritage en tant qu'ancien chef du bureau des Aurors. Notre Département a beaucoup perdu sans votre présence. Vous avez été un modèle et un mentor pour nombre de nos hommes. J'imagine que vous vous en doutiez. Je ne parviens pas à comprendre comment un homme avec une telle carrière dans les forces de l'ordre a pu changer à ce point. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point, monsieur ?
Honnêtement, Edward ne croyait pas que Scrimgeour parlerait. Il avait été Auror pendant des années et connaissait sûrement toutes les techniques d'interrogatoire imaginables. Mais bon, Edward aussi les connaissait et pourtant son impulsivité le pousserait sûrement à lâcher quelques informations.
– Les temps changent, répondit Scrimgeour laconiquement.
– À l'évidence, admit Gurdjieff en s'asseyant sur le coin de la table.
Son allure décontractée aurait même pu convaincre Edward, s'il ignorait que cet homme n'avait jamais été détendu de toute sa vie.
– Vos idées politiques ont grandement évolué depuis notre dernière discussion. Le nouveau gouvernement ne vous convient-il pas ?
– Aucune personne saine d'esprit n'accepterait un tel gouvernement.
– Est-ce la raison pour laquelle vous avez pris le contrôle de l'école de sorcellerie Poudlard ?
Scrimgeour garda le silence.
– Bien sûr. Vous souhaitez protéger votre entourage de ce gouvernement que vous désapprouvez. N'est-ce pas là un comportement excessif ? Je vous ai connu comme un homme raisonnable, monsieur... Vos nouveaux amis pensent certainement la même chose que vous à propos du ministère, n'est-ce pas ? Vous vous êtes entouré de beau monde. Alastor Maugrey, Kingsley Shacklebolt, Nymphadora Tonks. Tous d'anciens Aurors compétents. Ils partagent sans aucun doute vos idéaux.
– Aux dernières nouvelles, il ne s'agit pas d'un délit. D'après la loi, chaque sorcier et sorcière est en droit de manifester les idées politiques qui lui plaisent.
– Nous sommes sous la loi martiale, monsieur, rétorqua Gurdjieff. Ceux qui désapprouvent le gouvernement sont susceptibles d'être interrogés par les autorités afin de découvrir s'ils agissent contre l'intérêt du pays.
– J'ai toujours agi pour la Grande-Bretagne.
– Je le sais, monsieur. Nous le savons tous. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui pour protéger la Grande-Bretagne, c'est de savoir ce que votre groupe prépare afin de protéger les civils. Personne dans cette pièce ne souhaite causer de victimes collatérales. S'il vous plaît, monsieur Scrimgeour, pour votre pays, dites-nous quelles sont les prochaines cibles de votre groupe.
– Je ne les connais pas.
– Quelqu'un d'autre est donc en charge de votre groupe. Qui est-ce ?
Scrimgeour ne répondit pas.
– Il s'agit de Maugrey, je pense. Qui de mieux pour diriger ce groupuscule que la légende vivante Alastor Maugrey ? Je me le demande bien.
Le regard de Scrimgeour glissa brièvement sur Edward avant de revenir au mur en face de lui. Edward serra les dents lorsque Savage et Thickness lui jetèrent des coups d'œil furtifs. Gurdjieff agit comme s'il n'avait pas remarqué.
– Bien. Si vous ne connaissez pas les cibles précises de votre organisation, au moins êtes-vous en mesure de me détailler vos objectifs. Quels sont-ils ?
– Vous les connaissez parfaitement bien, Hector.
– Éclairez-moi, je vous prie.
– Je sais à quel jeu vous jouez, Hector. Ne jouez pas l'ignorant. Nous savons tous quels sont mes objectifs. Jusqu'à peu de temps, nous les partagions tous les cinq. La paix et la justice. Ces deux concepts n'existent plus depuis la montée au pouvoir de Vous-Savez-Qui. Vous le savez pertinemment.
– Vous tentez donc de lutter contre le Seigneur des Ténèbres. Si c'est réellement le cas, je m'interroge sur les événements d'aujourd'hui. Pourquoi attaquer une patrouille d'Aurors si vos cibles sont les Mangemorts ?
La pomme d'Adam de Scrimgeour monta et redescendit à plusieurs reprises. Il donnait l'impression de se retenir de faire ou dire quelque chose. Edward sut qu'il avait failli le regarder une deuxième fois. Son langage corporel l'aurait trahi plus que la première fois. Ça ne dérangeait pas Edward que Scrimgeour le désigne comme une cible de l'Équipe auprès de Savage et Thickness, puisqu'ils savaient qu'il appartenait à l'entourage de Voldemort, mais qu'il trahisse sa position à Gurdjieff le dérangeait au plus haut point.
Cette fois encore, Scrimgeour choisit de garder le silence plutôt que de trahir l'Équipe.
– J'admets volontiers que vous vous montrez d'une efficacité remarquable pour un groupe d'origine si... disparate. Il nous a fallu plus de trois mois pour n'arrêter que deux de vos membres. Pourtant, vous vous êtes montrés plus qu'actifs durant tout ce temps. L'embuscade des géants, plusieurs attaques de Détraqueurs, une dizaine de rafles... Votre coordination inspire le respect. Comment faites-vous pour harmoniser une telle défense ?
Edward se retint de grogner. Tout le monde connaissait la fierté de Scrimgeour et son goût pour la flatterie. Si Gurdjieff continuait à le caresser dans le sens du poil, Scrimgeour finirait par lâcher des informations par inadvertance.
– Comme vous l'avez dit, nos têtes pensantes sont expérimentées. Cela n'a rien d'extraordinaire.
– Je vous assure que si, monsieur. Votre réseau de récolte d'information doit être développé de manière exceptionnelle. Les événements d'aujourd'hui m'amènent même à me demander si vous possédez un contact au sein du Bureau.
– Je pense que vous avez d'ores et déjà réduit au silence tous les opposants à votre gouvernement qui auraient pu se dissimuler au ministère.
Pas faux. Mais Edward se demandait bien comment l'Équipe avait su pour la patrouille. Il ne connaissait aucun espion de l'Équipe présent au ministère depuis la fuite de Keith. En tout cas, Sirius ne lui avait rien rapporté sur un quelconque espion infiltré au ministère. Depuis le début de son stage, Edward avait rencontré tous les Aurors, tireurs d'élite et policiers. Il était curieux de découvrir l'identité de la taupe.
Après des heures d'interrogatoire, le Bureau n'avait pas beaucoup avancé. Scrimgeour décida de devenir muet comme une tombe au bout d'un moment et ne pipa plus un mot malgré les tentatives de Gurdjieff, puis celles de Savage, qui était un peu plus musclée dans sa manière de mener sa barque. La technique du bon/mauvais Auror était vieille comme le monde et Edward doutait qu'elle fonctionne encore sur qui que ce soit.
Frustré par le sur-place de l'enquête, Gurdjieff annonça une pause vers 14 heures. Il traîna Edward au réfectoire déserté pour un déjeuner tardif en tête à tête. Les elfes de maison chargés de la cuisine leur servirent des restes de ragoûts qui remontèrent légèrement le moral d'Edward. Il attaqua son assiette goulûment sous le regard circonspect de son supérieur.
– Ce matin...
Edward accorda son attention à Gurdjieff, attendant la suite.
– C'était toi la cible.
Évidemment, Edward s'étouffa avec sa cuillerée de ragoût et cracha sur le devant de sa robe. Il grogna en nettoyant le désastre avec une serviette. Quand il eut tout étalé et aggravé, Gurdjieff lui rappela subtilement qu'il était un sorcier. Edward lava son vêtement d'un geste de baguette en rougissant violemment.
– Réaction intéressante à mon hypothèse. Je me demande bien pourquoi la résistance te cible, toi, Edward Elric. Tu n'es qu'un étudiant qui a abandonné ses études avant même de passer tes buses. La seule chose intéressante à ton sujet, c'est ta relation passée avec l'ancien Serviteur Alighieri.
– J'espère bien que c'est pas la seule chose intéressante à mon sujet, bougonna Edward en poursuivant son déjeuner dans la mauvaise humeur. Je suis une personne complexe et fascinante, merci bien. J'ai pas besoin de l'influence d'un palmier pour présenter un intérêt pour les autres.
– Pardonne mon manque de tact. Alighieri est visiblement un sujet sensible, remarqua simplement Gurdjieff. J'ai entendu dire que sa mort t'avait beaucoup touché.
Edward sentit son cœur se serrer en se remémorant l'instant épouvantable où il avait cru à la mort d'Envy, des mois auparavant. Il avait cru devenir fou en perdant Envy en plus de tout le reste. Son ami était tout ce qu'il lui restait, le seul à qui il pouvait accorder une totale confiance. Il préférait ne pas penser à ce moment sombre de sa vie.
– Vous pensez que Tonks sera plus facile à faire craquer ?
– Ne crois pas que je vais abandonner le sujet si facilement, Elric. Je sais maintenant que tu es la cible du groupe de Maugrey et je veux découvrir pour quelle raison il te poursuit.
– Votre hypothèse m'a juste surpris, c'est tout. Si ça se trouve, ils ne me visaient pas. J'en sais rien, moi.
– Tu connais exactement la raison de leur intérêt pour ta petite personne.
Un tic nerveux fit frémir la joue d'Edward. Irrité par le qualificatif, le jeune sorcier choisit d'ignorer la provocation. Il termina son ragoût en deux bouchées et repoussa son assiette pour mieux croiser les bras devant lui. Son interlocuteur observa son manège d'un œil calculateur.
– Vous devriez manger aussi, monsieur le directeur. Sinon vous ne tiendrez pas pendant l'interrogatoire de Tonks.
– Tu parles d'elle de manière plutôt familière. As-tu rencontré l'Auror Tonks avant aujourd'hui ?
– Bien sûr.
– À quelles occasions ?
– Ça dépend. C'est un interrogatoire ?
– Ce n'est qu'une conversation cordiale entre un mentor et son apprenti.
– Elle a pris ma déposition après l'incident de la Coupe du Monde. Et je l'ai aussi recroisé quand elle a enquêté avec vous sur le meurtre de Barty Croupton l'an dernier, si vous vous souvenez bien.
– En effet. Ce détail m'avait échappé.
Edward plissa les yeux avec suspicion. Gurdjieff sourit. Pour une fois, il avait l'air sincèrement amusé. Edward haussa un sourcil.
Finalement, ce Gurdjieff n'était vraiment pas si mal.
Ce soir-là, Edward rentra au Manoir fourbu de fatigue et les doigts en compote. Après l'interrogatoire de Tonks, Gurdjieff lui avait fait rédiger un rapport complet sur ce qu'ils avaient appris en devant y ajouter ses conclusions personnelles afin que Gurdjieff évalue ses capacités de réflexion. Ça, c'était la raison qu'il avait donnée. Mais Edward savait que Gurdjieff le soupçonnait d'en savoir plus qu'il le prétendait. Il s'attendait peut-être à ce qu'Edward laisse malencontreusement passer quelques indices.
– Malin comme un singe celui-là.
Edward entra dans sa chambre sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Envy. Il ôta ses chaussures et s'assit sur le rebord de la fenêtre pour regarder le paysage baignant dans les rayons lunaires pendant qu'il dépeignait sa tresse. Le grincement du lit l'avertit de l'approche d'Envy. Bientôt, un menton pointu se posa sur le haut de sa tête.
– Tu rentres tard. Il s'est passé quelque chose ? Rogue avait l'air agité.
– Nouvelle tentative de l'Équipe. Tonks et Scrimgeour ont été arrêtés. Les autres ont pu s'échapper. Pour l'instant, ils n'ont rien révélé d'important. Gurdjieff compte les garder en cellule tant qu'il n'en saura pas plus sur la résistance. Je crois qu'il essaie surtout de leur éviter Azkaban le plus longtemps possible.
– Si tu le dis.
Edward remarqua finalement l'air malheureux de son ami. Un éclair d'inquiétude le prit.
– Et ici ? Il s'est passé quelque chose de particulier ?
– Non.
– Ça n'a pas l'air aller.
– C'est rien. Je vais me coucher. Bonne nuit.
Perplexe, Edward fixa le tas sombre que formait Envy sous la couette. Jouait-il la diva comme d'habitude ou avait-il un vrai problème ? Avec Envy, c'était difficile à savoir. Il jouait bien la comédie.
– Allez, dis-moi ce qui cloche ou je ne te lâche pas.
Envy poussa un soupir à fendre l'âme. Une main pâle sortit de son cocon de chaleur pour pointer dans la direction du bureau. Edward sauta de son perchoir pour s'y rendre. Il observa son bazar avec embarras sans trouver la source du malheur de son ami.
– Tu veux que je range ?
Envy soupira.
– Le calendrier.
Edward cligna plusieurs fois des yeux. Il prit le calendrier et le fixa sans comprendre pendant de longues secondes. Puis la date fit tilt.
– Oh. Joyeux anniversaire.
– T'avais oublié, crétin.
– Désolé. J'avais d'autres trucs en tête. Tu veux qu'on fasse quelque chose de spécial pour fêter ça ?
– Fêter quoi exactement ? T'as vu la tronche que je me trimballe ?
– Arrête de bouder. 180 ans, ça se fête !
– J'en ai que 179, nabot.
– À partir de 100, je crois qu'on peut se permettre une petite marge d'erreur.
– Sérieux, mec, tu t'enfonces. Arrête les frais. J'm'en fiche de toute façon.
Ce fut au tour d'Edward de soupirer.
– Qu'est-ce que tu veux pour me faire pardonner ?
– Laisse-moi pioncer en paix.
Envy se recouvrit la tête de son oreiller et lui tourna obstinément le dos. Trop fatigué pour continuer à se disputer, Edward laissa tomber l'affaire. Il se mit en pyjama et se glissa de son côté du lit. Il s'endormit comme une pierre.
Cette nuit-là, il rêva.
Il rêva qu'il était un paon aux plumes éclatantes de blancheur. Il parcourait les grandes étendues de son territoire d'un pas silencieux et gracieux. Autour de lui, sa colonie marchait paisiblement dans l'herbe grasse et verte de leur colline aux douces rondeurs. Il crut reconnaître cet endroit et ressentit une sensation familière en le contemplant de son œil curieux.
Quelque chose l'attirait. Il suivit son instinct animal, sautant sur les haies basses et évitant les hauts ifs touffus. Il s'enfonça dans le jardin assombri par la végétation luxuriante. Ses pas le guidèrent le long d'un chemin tortueux bordé d'un buisson non domestiqué. Il évita les bancs et les statues d'anges et de personnalités avec un instinct né de l'habitude. Malgré sa faim, il ignora l'herbe tendre grouillant d'insectes et parcourut les quelques mètres qui menaient à l'extrême limite de la propriété.
Il s'arrêta près d'un buisson très différent de tous les autres. Celui-ci paraissait mourant, décharné et dangereux. Il sut immédiatement que quelque chose se trouvait sous la plante malade. Quelque chose de vil et à l'odeur rance. Quelque chose de terrible, issu de la magie la plus noire qui soit.
Le paon leva la tête. Au loin dans son dos, de la lumière éclairait les vitres en losange d'un imposant Manoir.
– Éloigne-toi !
Edward se réveilla en sursaut lorsque le lit trembla. Il chercha à tâtons sa baguette sur sa table de nuit et alluma la lumière pour voir ce qui arrivait à son colocataire. Plié en deux, Envy respirait bruyamment et de façon hachée, les mains agrippées à son crâne chauve.
– Envy ? Ça va ?
– J'ai eu une nouvelle vision.
Excité, Edward se rapprocha et demanda des détails.
– Il est ici. Dans le jardin des Malfoy. J'étais un des stupides piafs de Malfoy. L'Horcruxe est enterré au fond du jardin.
– Original.
– Il a dû cacher la Coupe en deux jours. J'imagine qu'il a fait avec ce qu'il avait sous la main. Eh. On sait enfin pourquoi Lucius n'arrête pas de nous harceler avec son fichu jardin. L'Horcruxe a dû créer les mêmes problèmes que le médaillon dans le lac noir.
– Ça te dit qu'on remette ça à un autre jour ? Je suis crevé.
– Je peux m'en occuper seul.
– S'il te plaît.
– Tch. Comme tu veux.
– Génial, marmonna Edward en s'enfouissant sous la couette.
Harry se réveilla brusquement. Ses yeux s'ouvrirent directement sur la prophétie-Horcruxe qu'il avait posé sur son oreiller, à côté de sa tête. De part et d'autre de son lit, Sirius et Rogue se tenaient prêts à intervenir si l'expérience venait à mal tourner. Par chance, rien de dangereux n'était survenu cette nuit.
– J'ai eu une vision.
Les expressions des deux adultes se détendirent perceptiblement, même pour le maître des potions connu pour son flegme à toute épreuve. Harry comprenait leur sentiment. Lui aussi se sentait soulagé de ce progrès après des semaines d'expériences en tout genre. Maintenant, l'Équipe lui laisserait heureusement la paix pour un moment. Au moins le temps qu'ils trouvent l'endroit qu'il avait vu.
– Dis-nous ce que tu as vu. Tu reconnais cet endroit ?
– Pas vraiment, admit Harry piteusement. Mais c'était un jardin, ça, j'en suis sûr. Un jardin anglais avec des haies et des ifs. J'ai vu un bâtiment aussi. Ça ressemblait à... un manoir ? J'imagine, je n'en ai jamais vu en vrai. Il y avait des fenêtres en forme de losange.
Les sourcils de Rogue se froncèrent imperceptiblement.
– De quelle créature avez-vous pris la forme, cette fois-ci ?
– Euh... Un paon. Mais il n'était pas comme ceux que j'ai vus au zoo. Ils étaient entièrement blancs. Ça avait l'air naturel.
– Lucius Malefoy possède des paons albinos sur sa propriété, commenta Rogue à voix basse en s'adressant à Sirius.
– Voldechose a caché un Horcruxe dans le jardin de Malefoy ? Quelle originalité !
– Prévenons Maugrey.
Rogue envoya un Patronus à Maugrey pour lui faire part de leur découverte. En réponse, leur leader organisa une réunion restreinte avec quelques membres clés de l'Équipe vivant à Poudlard. C'est ainsi que Rogue, Sirius et Harry arrivèrent dans la salle sur demande où Maugrey, Remus, Gladpy, McKollughan et Xenophilius discutaient à voix basse, certains avec des airs légèrement ensommeillés.
– Nous avons localisé le prochain Horcruxe, annonça Maugrey. Selon Rogue, l'objet est caché dans le jardin du Manoir Malefoy dans le Wiltshire.
– Au quartier général des Mangemorts, donc, remarqua McKollughan avec une trace de défaitisme. Notre dernier passage là-bas ne s'est pas exactement passé comme prévu.
– Comment y pénétrer maintenant que nous n'avons plus Draco Malefoy pour nous partager les failles de sécurité ? intervint Gladpy, les bras croisés sur sa poitrine. D'après Rogue, les Mangemorts ont réglé la faille des elfes de maison. Il va falloir recommencer de zéro.
– On a déjà un homme sur le terrain, s'immisça Xenophilius en lançant un regard en coin à Rogue. Il pourrait s'en occuper.
– Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre notre seul espion chez les Mangemorts, répliqua Remus. Rogue est trop important pour que nous le perdions maintenant.
– Détruire les Horcruxes ne devrait-il pas être notre priorité ? rétorqua Xenophilius.
– Lupin a raison, trancha Maugrey. Les informations de Rogue sont précieuses.
– Comment va-t-on récupérer le Horcruxe, dans ce cas de figure ? demanda McKollughan.
– Hum... On pourrait attendre que Vous-Savez-Qui le déplace ? proposa timidement Harry.
Les regards de l'assemblée se posèrent sur lui.
– Que veux-tu dire par là ? interrogea Remus gentiment. Pourquoi le déplacerait-il ?
– Eh bien... Edward a peut-être aussi eu la même vision que moi ? On ne sait pas vraiment comment mon lien avec lui fonctionne et Hermione pense que nos esprits et donc nos visions sont liés... Ce n'est qu'une théorie, mais Edward a pu voir ce que j'ai vu. Et il pourrait prévenir Vous-Savez-Qui.
– Si c'était le cas, Elric aurait prévenu le Seigneur des Ténèbres lors de ta première vision, rétorqua Gladpy. Pourtant, le Horcruxe était bien en Albanie, dans la grotte que tu avais vue dans ton rêve.
– Vous-Savez-Qui devait avoir confiance dans la sécurité de cet endroit, tenta Xenophilius. Après tout, nous avons tous bien vu ce qu'il avait mis en place pour protéger son Horcruxe. Nous avons failli ne pas parvenir à le récupérer. En revanche, la cachette de son Horcruxe dans le jardin de Malfoy paraît bien moins sophistiquée. N'importe qui pourrait le trouver, même pas inadvertance.
– En regardant la situation de ce point de vue, Potter n'a peut-être pas tort, renchérit Maugrey.
– Voldechose n'a pas eu le temps de mieux cacher la Coupe, il n'a eu que deux jours pour le faire, interrompit Sirius, fier de son filleul. Le jardin de Malfoy était peut-être provisoire.
L'animagus se rendit compte de son lapsus lorsque les regards interloqués de ses camarades se posèrent sur lui.
– Pourquoi n'aurait-il eu que deux jours pour cacher cet Horcruxe ? demanda Remus, perplexe. Ça fait des mois qu'il l'a sorti du coffre de Bellatrix Lestrange. Il a largement eu le temps de lui trouver un meilleur emplacement. S'il ne l'a toujours pas changé de place, c'est qu'il le pense en sécurité où il est.
– Hm. Oui, c'est vrai. Tu as raison. Je dis n'importe quoi.
– Si c'est pour débiter des âneries, marmonna Rogue.
Sirius montra les dents. Rogue secoua la tête de gauche à droite avec dépit.
– Agissons prudemment, conclut Maugrey en voyant que la fatigue rattrapait son équipe. Réfléchissez tous à un moyen de pénétrer les défenses du Manoir. Pendant ce temps, Rogue surveillera l'emplacement actuel du Horcruxe et nous préviendra si quoi que ce soit a changé. Bonne nuit.
Edward passa sa journée au ministère à penser au Horcruxe caché au fond du jardin. Ils étaient si proches du but. Il suffisait de détruire cette Coupe de Poufsouffle pour toucher la liberté du bout des doigts. Dès qu'Envy et lui auraient déterré et détruit cet Horcruxe, il ne leur resterait plus qu'à fournir le dossier d'accusation à Gurdjieff, le transmettre au MIAM puis purifier Harry et Envy. Les étapes restantes avant la fin de la guerre se comptaient sur les doigts de la main. Peut-être deux mains encore pour l'instant. Mais l'idée était là ! Ils approchaient de la fin de ce calvaire.
– Tu es particulièrement distrait aujourd'hui, fit remarquer Gurdjieff alors qu'Edward triturait sa plume au lieu d'écrire. Quelque chose sur la conscience ?
– Pff. Je n'ai pas commis de crime depuis hier, ne vous en faites pas, monsieur le directeur.
– Si tu ne veux pas en parler, alors arrête de t'agiter et travaille.
Gurdjieff replongea dans ses dossiers. La capture de Scrimgeour et Tonks avait créé une avalanche de paperasse officielle à remplir pour le plus grand plaisir du directeur de Département. Edward, quant à lui, se noyait littéralement dans les rouleaux de parchemin.
– Oui, monsieur le directeur, soupira Edward en se courbant au-dessus de sa petite table de travail. Tout de suite.
La journée s'avéra interminable. Et comble de la malchance, une urgence empêcha Edward de rentrer chez lui lorsque 20 heures sonnèrent finalement. Une équipe de rafleurs menée par Scabior avait attrapé un groupe de Nés-moldus en fuite pour la France. Les mages noirs avaient arrêté neuf fuyards, ce qui était un record depuis que l'Équipe informait le pays des endroits à éviter pour ne pas être pris lors d'une rafle de routine. En tant que directeur d'un Département concerné par l'arrestation, Gurdjieff dut s'en occuper. Il traîna Edward avec lui.
Ils se postèrent devant les cellules de garde à vue provisoire du Bureau. Savage se joignit à eux. Gurdjieff lui ordonna de donner la récompense aux Rafleurs. Ensuite, ce fut au tour de Rookwood et Ombrage de les rejoindre.
– Hector ! Quelles bonnes prises avez-vous pour nous ce soir ? s'exclama Ombrage avec un grand sourire.
Edward la fusilla d'un regard glacial. Le sourire de la sorcière se figea. Elle se souvenait visiblement très bien de ce qu'il était arrivé à Dolohov lorsqu'il l'avait contrarié lors d'une réunion Mangemort. Autour d'elle, Rookwood et Savage s'en souvenaient apparemment tout aussi bien et ils se raidirent perceptiblement. Gurdjieff ignora leur réaction et son origine.
– Il y a une heure, les Rafleurs ont appréhendé neuf nés-Moldus. C'était un raid préparé de longue date.
La cellule contenait sept adultes et deux enfants en bas âge. Cette vision dégoûta Edward. Il sentait un goût de bile lui remonter dans la gorge. Tout le monde savait ce qu'il arrivait aux numéros envoyés au Département des Mystères, bien que personne n'en parle. Ceux qui finissaient à Azkaban n'étaient pas mieux lotis.
– Rookwood. L'un d'eux vous intéresse pour votre Département ?
– Ces deux-là, indiqua Rookwood en pointant deux personnes au hasard.
– Numéros 18Z000 et 18Z001 pour le Département des Mystères. Numéros 17A577, 17A578, 17A579 et 17A580, énuméra Gurdjieff à Savage qui notait les immatriculations sur un parchemin. Transfert dans les cellules d'interrogatoire du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques au Service de la Commission d'enregistrement des nés-Moldus. 17B501, 17B502 et 17B503 pour Azkaban. Flukett, Jorki, héla Gurdjieff vers deux Aurors qui s'en allaient. Un instant. Flukett, escortez les numéros pour le niveau neuf. Jorki, escortez ceux pour le niveau quatre. Savage, transférez les autres à Azkaban.
Edward ne put s'empêcher de remarquer que Gurdjieff avait envoyé les trois né-moldus à l'allure la plus costaud à Azkaban tandis que les deux enfants et leurs parents allaient se faire interroger et enregistrer. Il choisissait toujours de cette façon. Personne n'avait protesté publiquement pour le moment. Mais Edward savait qu'Ombrage s'en plaignait souvent en privé.
Gurdjieff salua les deux directeurs de Département d'un hochement de tête avant de les quitter. Les trois Aurors désignés pour les transferts se mirent au travail, triant les numéros leur ayant été attribués.
– Rentre chez toi, Elric.
– Mais on —
– Je m'occuperai des numéros moi-même. Rentre chez toi. Tu ne tiens plus en place.
– D'accord, monsieur le directeur. Bonne nuit.
– Et reviens moins agité, Elric, recommanda Gurdjieff en tournant les talons pour retourner dans son bureau.
Edward s'enfuit vers les ascenseurs sans demander son reste. Il s'engouffra dans la cabine et cogna le bouton indiquant « Bas ». Les grilles se refermèrent derrière lui et il se permit enfin de laisser tomber son masque. Ses épaules s'affaissèrent. Il souffla longuement par le nez pour se calmer. Il haïssait les rafles. Il ne parviendrait jamais à se faire à l'idée que des êtres humains pouvaient faire vivre un tel cauchemar à d'autres êtres humains.
Étrangement, la tension d'Edward chuta drastiquement lorsqu'il arriva au Manoir Malefoy. Il avait tellement l'habitude de poser ses valises n'importe où, qu'il se mettait à l'aise qu'importe l'endroit choisi. Une certaine routine s'était installée au quartier général des Mangemorts et il s'y complaisait volontiers. Tant que son plan progressait et qu'Envy se tenait à ses côtés, tout allait pour le mieux.
Edward trouva Envy, Bellatrix et les trois Malefoy dans la salle à manger pour un dîner tardif. Fréquemment, Edward plaçait Draco dans le département d'Ombrage pour y travailler. Edward choisissait exprès les jours où le Service devait interroger des nés-moldus. C'était un moyen comme un autre qu'Edward avait trouvé pour donner une leçon de vie à Draco. Il souhaitait sincèrement que le garçon comprenne la réalité de la guerre et ce que les idéaux politiques de son père causaient. Edward voyait un changement s'opérer chez son ancien camarade de classe et il s'en réjouissait. Draco n'était pas une cause perdue. Il pouvait devenir quelqu'un de bien, il en était convaincu.
– Draco, tu iras au ministère demain.
Le garçon hocha la tête sans marquer de pause dans son repas.
– Une nouvelle rafle ? s'enquit Envy en observant son ami.
– Neuf nés-moldus.
– Il y a longtemps que les Rafleurs ne s'étaient pas montrés aussi productifs, commenta Lucius sur le ton de la conversation. Le bureau des Aurors travaille bien ces derniers jours.
– En effet.
Edward bloqua le reste de la conversation effrayante et se concentra sur son assiette. Tout à l'heure, Envy et lui comptaient déterrer le Horcruxe au fond du jardin. Edward redoutait les pièges placés par Voldemort. Il n'avait pas pu tout simplement recouvrir la Coupe de terre et la laisser là à la portée de tous. Ils tomberaient forcément sur des choses pas commodes.
Sa nuit s'annonçait aussi longue que sa journée.
