Chapitre trente-sept : Vers la bataille finale


Comme souvent dans sa vie mouvementée, Edward courait. Non seulement courait-il, mais aussi courait-il pour sa vie. Les menaces de mort à son encontre étaient monnaie courante et il ne s'en souciait que peu d'habitude. Mais quand un mouvement terroriste comme les Mangemorts le poursuivait, Edward avait tendance à remettre son train de vie en question. Ce n'était pas forcément que la montée d'adrénaline le dérangeait, loin de là. Toutefois, il aimait posséder un corps entier.

Ce qui ne risquait pas de durer étant donné les circonstances.

Ce matin-là, Edward avait secrètement facilité l'arrestation de Rabastan Lestrange et de Gaspar Avery en plus de malencontreusement mettre Walden Macnair dans la ligne de mire de la nouvellement réembauchée Auror Gladpy. Le Mangemort n'avait pas survécu à l'arrestation musclée. Dans tous les cas, cette nouvelle coïncidence avait fait déborder le vase déjà bien rempli de Bellatrix. Elle persuada ses camarades Mangemorts de la trahison d'Edward et leur commanda de partir à sa poursuite pour le punir comme il se doit.

Edward n'eut d'autre choix que la fuite.

En ce moment même, et ce depuis deux heures, Bellatrix, Rodolphus, Dolohov, Travers et les Carrow le chassaient à travers les champs verdoyants du Wiltshire. Les sorts fusaient derrière lui et frôlaient ses mollets lorsque l'un de ses poursuivants se montrait chanceux. Cependant, Edward gardait l'avantage de la vitesse. Il profitait clairement du manque d'exercice physique des sorciers pour les semer et les appâter.

Son piège pouvait se refermer d'un instant à l'autre. Il suffisait de tenir jusque là.

Tout à coup, des silhouettes apparurent sur une colline vers laquelle Edward se dirigeait. Des jets de lumière fusèrent dans sa direction et il vira brusquement sur la droite en se jetant à terre. Les sortilèges sifflèrent au-dessus de sa tête et touchèrent plusieurs cibles, si Edward se fiait au bruit mat de corps tombant dans l'herbe. Instinctivement, il rampa vers un creux à la limite du champ de bataille et s'y coucha sur le dos pour y patienter.

Bellatrix hurla de fureur en ripostant contre les Aurors. Edward reconnut Gurdjieff, Maugrey, Gladpy, Tonks, Shacklebolt et Rawkin. L'équipe de chasseurs de mages noirs avait finalement été prévenue de la présence des fugitifs à cet endroit. Envy avait décidément bien pris son temps, le bougre ! Un peu plus et il aurait cru que son meilleur ami l'avait abandonné à son triste sort pour se venger d'une petite plaisanterie de la veille.

Amycus Carrow fut le premier à tomber. Il ne faisait pas le poids contre Shacklebolt, qui le ligota avant de rejoindre Rawkin contre Alecto. Elle ne fit pas long feu non plus et tomba aux côtés de son frère. Le prochain à perdre son duel s'avéra être Dolohov que Gladpy assomma d'un sort de stupéfixion impressionnant. Edward assista au spectacle de loin tout en encourageant silencieusement l'équipe d'Aurors. S'ils n'avaient pas eu la situation sous contrôle, Edward aurait sûrement rejoint la bataille dès le départ, mais il préférait rester hors de portée de baguette aussi longtemps que possible.

Il ne faisait aucun doute qu'il passerait un sale quart d'heure entre les mains de l'Équipe lorsque la bataille serait terminée et qu'il se rendrait. En tout cas, en voyant Gladpy et Tonks faire équipe pour malmener Travers, il pensa que son plan aurait pu être plus réfléchi, même s'il aimait sa technique du « fonçage dans le tas ».

Quand il ne resta plus que les deux Lestrange contre six Aurors surentraînés, Bellatrix transplana, laissant son époux se faire arrêter à son tour. Une fois les cinq fugitifs regroupés, Gurdjieff s'adressa à sa troupe :

– Rawkin, allez chercher une équipe de ramassage. Je les veux derrière les barreaux le plus rapidement possible. Et ramenez un médicomage.

L'Auror transplana au ministère. Quelques minutes plus tard, deux médicomages du ministère apparurent sur une colline environnante. Ils rejoignirent les Aurors et soignèrent les blessés. La plupart n'avaient subi que de légères blessures et se portaient pour le mieux. Les médicomages avaient terminé leur ouvrage lorsque Rawkin revint avec l'équipe de ramassage. Ils prirent les cinq Mangemorts et transplanèrent.

– Yo la compagnie, salua Edward en sortant de son fourrée. Ça fait un bail !

L'équipe d'Auror le menaça de leur baguette dans une parfaite synchronisation. Edward leva les mains en signe de paix.

– Je ne suis pas armé ! Je veux seulement discuter. Vous pouvez au moins m'accorder le bénéfice du doute puisque je viens de vous livrer un bon paquet de Mangemorts.

Gurdjieff ordonna à son équipe de baisser leurs baguettes. Maugrey fit mine de protester, mais son supérieur le rappela à l'ordre. Bon gré mal gré, Maugrey, Gladpy, Tonks et Shacklebolt obtempérèrent. Edward ne baissa pas les mains pour autant.

– Elric. As-tu décidé de te rendre ? lâcha Gurdjieff sur le ton de la plaisanterie.

– Exactement. J'ai des choses à voir avec l'Équipe et ça ne peut plus attendre. Et puis maintenant que les Mangemorts ont découvert que je suis un traître, je n'ai plus vraiment d'endroit sûr où me réfugier.

– Tu prétends être un agent double ? aboya Maugrey d'un ton bourru.

– J'ai de quoi le prouver ! Monsieur le ministre ?

– Il dit la vérité, affirma Gurdjieff en s'adressant à son équipe au complet. C'est Elric qui m'a fourni les dossiers contenant toutes les preuves accusant les Mangemorts. C'est aussi lui qui a organisé ma rencontre avec le MIAM. Nous n'en saurions pas là où nous en sommes aujourd'hui sans son aide.

Gurdjieff leur laissa le temps de digérer ces informations. L'attitude de Tonks et Shacklebolt avait déjà changé pour le mieux. Maugrey et Gladpy, quant à eux, restaient fidèles à eux-mêmes. C'est-à-dire suspicieux à souhait.

– Qu'en est-il de la Coupe ? interrogea Gladpy. Rogue nous a dit que tu l'avais prise là où elle était cachée dans le jardin des Malefoy.

– J'ai détruit le Horcruxe, répondit franchement Edward malgré la présence de Gurdjieff, qui ignorait l'existence de ces artefacts. Je peux vous donner la Coupe pour le prouver, si vous voulez. Elle est dans ma sacoche. Si vous me laissez juste la prendre...

– Vas-y. Mais pas de mouvement brusque, ordonna Maugrey.

Edward baissa la main vers le rabat de sa sacoche et le fit glisser pour ouvrir le compartiment principal. Sa main se referma sur la Coupe qu'il sortit d'un geste mesuré. Il prévint de son intention de la lancer à Maugrey pour qu'il l'examine lui-même puis la jeta avec précision entre les mains du sorcier. Pendant plusieurs minutes, Maugrey vérifia la Coupe sous tous les angles et lui jeta plusieurs sortilèges et charmes.

– Elle est propre de toute magie noire. Elric dit la vérité. Tu dis que tu as des affaires à régler avec nous. De quoi s'agit-il ?

– J'ai trouvé un moyen pour régler le petit problème qu'Harry Potter et moi avons en commun. J'aimerais l'aider et pour ça, j'ai besoin que vous m'emmeniez à lui. Vous pourrez me faire passer tous les tests que vous voulez. Tout ce que je veux, c'est mettre un terme à la guerre.

– Tu vas venir avec nous et nous verrons quoi faire de toi, conclut Maugrey. Monsieur le ministre.

– Allez-y, concéda Gurdjieff. Mais sachez une chose. Si Elric ne revient pas me voir au ministère d'ici trois jours, je vous ferais arrêter, vous et tout votre petit groupe. Est-ce clair ?

– Limpide, monsieur le ministre.

Maugrey agrippa Edward par le bras et commanda à ses hommes de retourner à Poudlard pour une réunion exceptionnelle de l'Équipe. Au bout d'une heure, la vingtaine de membres du groupe avaient répondu à l'appel et affluèrent dans la Salle sur Demande. Les amis d'Edward se réjouirent lorsqu'ils le virent assis entre Maugrey et Gladpy. Il leur rendit leur salut avec un grand sourire. Voir des visages amicaux lui fit le plus grand bien après des mois passés presque uniquement en la seule compagnie d'Envy.

Lorsque tout le monde fut prêt à écouter, Maugrey leur rapporta ce que Gurdjieff avait déclaré à propos du rôle d'Edward dans la reprise du gouvernement par le MIAM ainsi que la destruction de la Coupe-Horcruxe. La majorité crut Edward sur parole et Molly lui souhaita même un bon retour parmi eux. Néanmoins, Rogue décida d'intervenir.

– Nous savons que vous êtes un Horcruxe, Elric. Le Seigneur des Ténèbres vous manipule sûrement pour obtenir des informations sur nous.

– Je ne suis plus un Horcruxe depuis maintenant plus de douze semaines. On a trouvé un moyen de détruire le morceau d'âme à l'intérieur de moi sans avoir à me tuer. C'est pour ça que je suis là. Pour Harry.

– Tu peux vraiment me débarrasser de ça ? demanda Harry en désignant sa cicatrice. Tu peux me rendre normal, comme tout le monde ?

Edward hocha la tête. Hermione et Ron eurent tous deux l'air ravis tandis qu'ils donnaient chacun l'accolade à leur ami. D'autres membres se réjouirent de cette nouvelle et leur voix couvrit celles des protestataires, pour qui ce revirement de situation ressemblait à un piège grossier. Au bout d'un moment, quand les esprits commencèrent à s'échauffer alors qu'Abelforth et Molly luttaient verbalement l'un contre l'autre, Maugrey ramena le silence en frappant son bâton contre le sol en pierre.

– Dumbledore a raison, trancha Maugrey. Nous étudierons d'abord cet artefact avant de décider si oui ou non nous pouvons l'utiliser sur Potter. McKollughan et Lupin, vous vous en occuperez.

Edward récupéra la petite bourse dans laquelle il conversait le Cœur et le passa à Keith, qui était le plus proche. Avant de le laisser ouvrir le sac, il le prévint du danger de brûlure sur les êtres considérés « impurs » par la Pierre. Suite à cet échange, la conversation prit une direction qu'Edward aurait préféré taire, mais qui était inévitable. On l'interrogea sur son parcours afin de découvrir comment il en était arrivé à espionner Voldemort.

– Après que Voldechose, alias Ruth, a enlevé Envy, Envy a réussi à me rendre ma mémoire. Ensuite, il a trouvé le Cœur et m'a débarrassé du morceau d'âme. À partir de là, j'ai commencé à récolter des informations sur les Mangemorts et sur les Horcruxes. Vous avez trouvé la prophétie-Horcruxe et nous avons détruit la Coupe. Il n'y a rien de plus à dire sur ce sujet.

– Vous n'êtes de loin pas un Occlumens accompli, Elric. Vous n'auriez jamais pu cacher vos véritables intentions au Seigneur des Ténèbres.

Comptez sur Rogue pour toujours mettre son grand nez là où il ne fallait pas.

– J'ai plus d'un tour dans mon sac, Rogue. L'essentiel, c'est que j'ai réussi à affaiblir les Mangemorts et que la guerre est sur le point de se terminer. Tout ce qu'il reste à faire, c'est de détruire le Horcruxe à l'intérieur d'Harry et de tuer Voldechose pour de bon. La suite, ce sont les Aurors qui s'en occuperont en chassant les derniers Mangemorts en liberté.

– Tu dis qu'Envy est en vie ? intervint soudain Edwina Cerchi.

– Je dirai même qu'il est au mieux de sa forme.

– Où est-il en ce moment ? demanda Gladpy. Est-il en sécurité ? Pourquoi n'est-il pas avec toi ?

– Il est au QG où il règle quelques derniers détails. Entre autres faciliter la capture de Bellatrix et la fuite des Malefoy vers un endroit sûr.

– Lucius Malfoy est un criminel en fuite, rétorqua Shacklebolt.

– Il a des circonstances atténuantes. J'ai décidé de l'aider, lui et sa famille, à démarrer une nouvelle vie loin d'ici. Si vous voulez m'arrêter pour ça, allez-y. Ça n'y changera rien. Ils seront partis d'ici quelques jours et vous ne les retrouverez pas.

– Toujours prêt à sauver la veuve et l'orphelin, n'est-ce pas, Edward ? commenta Sirius avec complicité. C'est bien ton genre.

– Ne commence pas comme Envy, toi !

– Sirius, nous essayons d'avoir une conversation sérieuse ici, le rabroua Remus.

– Je suis toujours sérieux, figure-toi ! Et puis j'en ai marre de tout ce blabla ! On sait tous très bien qu'Edward est lui-même et qu'il dit la vérité. Pourquoi continuer à l'interroger comme un criminel ? Edward a toujours combattu de notre côté, avant même que l'on sache que nous devions nous battre. Il nous a tous au moins une fois sauvé la vie, même si l'on ne l'a pas su au moment où ça se passait. Maintenant, il demande qu'on lui accorde notre confiance et je compte bien le faire. Bon sang, il a même trouvé le moyen de sauver mon filleul, bien sûr que je vais le laisser faire ! On a toutes les cartes en main pour gagner cette fichue guerre et vous discutez le bout de gras pendant que dehors, la liberté nous tend les bras ? Eh bien continuez à vous cacher si ça vous chante, mais moi je ne veux plus de tout ça ! Donne-moi ça !

Sirius arracha la bourse des mains de McKollughan et contourna la table pour se poster à côté de Harry. Plusieurs chaises raclèrent le sol et basculèrent dans un vacarme assourdissant. Quelques baguettes se pointèrent sur Sirius de façon menaçante.

– Harry, tu me fais confiance ? murmura Sirius à son filleul.

Harry acquiesça sans marquer la moindre hésitation. Sirius sortit le Cœur de son sac et siffla lorsqu'elle commença à le brûler.

– Edward, comment ça fonctionne ? Ça chauffe, ça chauffe !

– Donne-la à Harry ! s'exclama Edward lorsqu'Abelforth essaya de le tirer à l'écart du désordre.

Harry prit la Pierre chauffée à blanc dans ses mains et serra les dents pour ne pas la lâcher.

Psyché d'ek retheon ptamenè... goasa ! s'écria Edward avant que Remus n'ait pu arracher le Cœur des mains d'Harry.

Comme lors de sa première utilisation, le Cœur explosa en un nuage de fumée rouge qui enveloppa le corps entier d'Harry. Puis le garçon s'évanouit dans les bras de Sirius. Le chaos s'ensuivit et l'affolement général submergea la Salle sur Demande. Quelqu'un plaqua Edward au sol en criant des menaces sans queue ni tête. Edward crut qu'il venait de remporter un aller simple pour les cachots lorsque Ron poussa une exclamation de soulagement.

– Harry !

Un attroupement se forma autour du corps allongé d'Harry. Son parrain l'aida à se redresser tout en lui posant mille questions sur son état de santé. Le garçon plissa les yeux avant d'enlever ses lunettes. Aussitôt, sa bouche forma un o de surprise et il cligna bêtement des yeux. Sa vue était parfaite. Il ne s'était jamais aussi bien senti de toute son existence.

– Ta cicatrice ! Elle a disparu, s'écria Ginny, stupéfaite.

Des conversations enthousiastes et étonnées s'ouvrirent dans toute la salle et Luna profita de la célébration générale pour approcher Edward. Euphoriques, les deux blonds souriaient de toutes leurs dents. Edward attira Luna à lui et l'étreignit de toutes ses forces.

– Toi aussi tu m'as manqué, Ed !


Cette nuit-là, Edward la passa dans les anciens appartements d'Envy en compagnie de ses amis. Accordant une entière confiance à son cercle proche, Edward leur raconta ce qu'il avait déjà rapporté à Sirius concernant le rôle actuel d'Envy dans la guerre. Ron eut l'air vaguement malade en apprenant que le pauvre Homonculus vivait en portant le visage de Voldemort.

– Que va-t-il se passer pour Envy ? demanda Hermione à la fin de son récit. Je veux dire, le Cœur a fonctionné sur Harry et toi, mais vous êtes tous les deux humains, alors qu'Envy non. Est-ce que le Cœur va le considérer comme complètement impur ? Ça pourrait le blesser ou pire...

– On y a beaucoup réfléchi et on a décidé de prendre le risque. C'est le seul choix que nous ayons pour le débarrasser de ce morceau d'âme.

– Vous n'êtes pas obligés de vous sacrifier, murmura Luna tristement. Vous avez déjà tellement fait... Si le Cœur tue Envy, vous mourrez tous les deux. Ce n'est pas juste.

Sirius, Ron, Harry et Hermione se souvinrent soudain qu'Envy et Edward étaient effectivement liés l'un à l'autre. Si le Cœur considérait Envy impur et le détruisait, Edward mourrait avec lui.

– Il doit y avoir un autre moyen, s'exclama Hermione. Nous avons fait des recherches pendant des mois. Nous avons encore quelques pistes à creuser. La solution doit se trouver là, quelque part !

– C'est pas la peine, Hermione. Tout ira bien, tu verras. On a un plan de secours.

– Un plan de secours que vous utiliserez comment si vous êtes morts ? rétorqua Ron.

– Un magicien ne dévoile jamais ses tours, répondit Edward malicieusement. Par contre, Harry peut m'aider à le mettre en œuvre.

– Ah bon ? Comment ça ? Qu'est-ce que je peux faire ?

– J'aurais besoin que tu me donnes ta cape d'invisibilité.

– Bien sûr !

– De manière définitive, ajouta Edward solennellement. Je sais que tu y tiens beaucoup parce qu'elle venait de ton père, mais c'est la seule chose qui peut nous sauver à ce stade. Je ne te demanderais pas ça si j'avais une autre option.

Harry hocha la tête. Bien sûr, la perte de la cape de son père l'attristait, mais si abandonner cet objet permettait de sauver ses deux amis, alors il la donnait volontiers. Déterminé, Harry fouilla dans son sac de cours où il avait rangé sa cape. Il la contempla de longues secondes avant de l'offrir à Edward.

– Fais-en bon usage.

– J'y compte bien. Merci, Harry. Infiniment.

Maintenant possesseurs de la Baguette de Sureau et de la Cape d'invisibilité, Envy et Edward n'avaient pas la moindre chance de mourir. Il leur suffirait d'échanger les Reliques contre leur résurrection si jamais la Vérité leur jouait un énième mauvais tour. Ils avaient de quoi acheter leur liberté, enfin ! Plus rien ne les arrêterait désormais, pas même Dieu en personne.

On toqua à la porte. Edward alla ouvrir.

– Gladpy. Quel bon vent vous amène ? Vous n'habitez tout de même plus ici, ou bien ?

– Cesse de faire le pitre, Elric, grinça Gladpy en entrant sans y être invitée. J'ai des nouvelles du Bureau. Le ministre Gurdjieff a décidé qu'il fallait frapper les Mangemorts au cœur et il a appris l'existence de leur quartier général. Il compte attaquer le manoir Malefoy à l'aube. Je fais partie du commando d'élite choisi pour le raid. Maugrey nous a donné la permission de tirer à vue.

– Pourquoi vous me dites tout ça ?

– Tu as dit qu'Envy était au manoir. Il est en danger et j'ai besoin de toute l'aide disponible pour l'empêcher d'être blessé lors de la bataille. Je ne pourrais pas quitter mon poste pour m'occuper de lui. Tu es le seul à qui je peux confier cette mission.

– Tu peux compter sur moi, Jolene. Je ne le laisserai jamais tomber.

– Parfait. Il faut que je m'en aille. Maugrey a prévu une réunion pour organiser le raid.

Gladpy rouvrit la porte et s'arrêta sur le pas de la porte.

– Merci. Fais attention à toi, Edward.

La porte se referma derrière elle, laissant la pièce dans un silence pantois.

– Waouh. Miss-Grincheuse vient de t'appeler par ton prénom et de te remercier et de faire preuve d'inquiétude pour toi, il va pleuvoir des gnomes demain matin ! s'exclama Ron.


Peu après, Maugrey ordonna l'arrestation d'Edward Elric. Pour sa propre sécurité, cela va de soi. À l'évidence, la nouvelle de son départ pour le Manoir Malefoy avait fuité bien malgré lui et sa participation à la bataille finale n'était pas la bienvenue aux yeux des Aurors et de l'Équipe en général. Ainsi, on l'enferma dans les cachots de Poudlard où il faisait actuellement les cent pas en proliférant les pires insultes de son large répertoire.

Ces bougres lui avaient même confisqué sa baguette ! Et pour couronner le tout, il faisait sacrément humide dans ces cachots. Edward se frotta les bras avec vigueur dans l'espoir vain de se réchauffer un tant soit peu. Quand il pensait qu'Envy ne se doutait pas un instant de ce qui l'attendait...

Frustré par son impuissance, Edward frappa dans un petit bout de roche qui alla s'éclater contre le mur opposé. Quand le silence revint, l'écho de pas sur la pierre lui indiqua la venue d'un visiteur. Edward se rapprocha de la porte et se cacha, prêt à bondir pour assommer le nouveau venu et s'échapper.

Alohomora, chuchota la voix familière d'Hermione.

Le verrou grinça et la porte s'entrouvrit. La lumière d'un Lumos éclaira l'intérieur de la cellule.

– Edward ? Tu es là ?

– Ron ?

– Vite, il faut qu'on parte avant qu'Abelforth et Remus se débarrassent des jumeaux, répondit Sirius en ouvrant grand la porte.

Au même instant, une alarme puissante leur vrilla les tympans.

– Courez ! cria Harry.

Leur petit comité démarra au quart de tour et détala dans un couloir adjacent.

– Ils ne doivent pas être loin !

– On atteindra jamais la grande porte avant eux !

– Suivez-moi ! s'exclama Edward lorsqu'il eut une idée. Je connais un passage. Par ici !

– Tous les passages secrets ont été bloqués ! rétorqua Sirius. Je le sais, je les ai tous essayés !

– Pas celui-ci !

Edward bifurqua à droite, suivi de près par Sirius, Harry, Hermione, Ron et Luna. Il savait exactement où passer. Edward dérapa devant une tapisserie qu'il connaissait bien et la souleva pour leur permettre de se glisser entre elle et le mur. Ses amis se coincèrent autour de lui avec des expressions paniquées et perplexes.

– S'il vous plaît, ouvrez-moi, murmura Edward en se collant contre la paroi vierge. S'il vous plaît. S'il vous plaît. S'il vous plaît. S'il vous plaît.

À la stupéfaction générale, une vieille poignée en fer forgé jaillit du mur où une porte en bois vermoulu apparut tout aussi subitement. Edward poussa sur la porte en tournant la poignée jusqu'à ce qu'elle s'ouvre difficilement en grinçant bruyamment. Les six s'engouffrèrent dans la pièce secrète juste à temps pour entendre les pas précipités de leurs poursuivants. Le martèlement des chaussures s'arrêta devant la tapisserie.

– Je suis sûr de les avoir vu aller dans cette direction, grommela une voix masculine indistincte. Ils ne peuvent pas être bien loin. Allez chercher de ce côté !

Les voix s'éloignèrent progressivement avant de se dissiper entièrement. Edward et ses amis lâchèrent le même soupir de soulagement.

– On fait quoi maintenant ?

– On utilise la porte de sortie.

Edward indiqua la trappe encastrée dans le sol au centre de la pièce obscure. Il murmura le « mot magique » et la trappe s'ouvrit d'elle-même dans un grincement sinistre. Le clapotis de l'eau remplit la pièce et les autres formèrent un cercle autour du trou béant plongé dans le noir. Curieux, Harry baissa le bout de sa baguette pour illuminer l'intérieur.

– Un tunnel, se réjouit Luna.

– Où est-ce qu'il mène ? demanda Sirius, fasciné par le nouveau passage secret.

– Le lac noir. Il va falloir nager un petit bout de temps. Sans ma baguette je ne suis pas sûr de —

– Oh, mais je l'ai ! l'interrompit Hermione en sortant l'objet de sa poche. On l'a récupéré tout à l'heure.

– Comment va-t-on quitter Poudlard ? s'immisça Ron. Les grilles sont gardées et McGonagall surveille le réseau de cheminette.

– Et le passage du Saule Cogneur est bloqué, soupira Harry. Même chose pour celui de la Sorcière Borgne. Sirius, est-ce que tu connais un autre moyen de quitter l'enceinte de Poudlard ?

– Il n'y a pas si longtemps, on pouvait utiliser les elfes de maison. Mais plus maintenant.

– Donc Dobby ne peut pas nous aider...

– On peut quand même lui demander de nous indiquer où les membres de l'Équipe nous cherchent, commenta Edward. Ça nous permettra de les éviter.

Pendant qu'Harry appelait Dobby et lui expliquait la situation, Edward réfléchissait à un moyen de quitter Poudlard sans passer par les grilles principales. Depuis le début de la guerre, la sécurité du château avait été magistralement augmentée. S'ils ne trouvaient pas une solution rapidement, ils arriveraient trop tard pour sauver Envy. Il ne fallait surtout pas qu'il meure sans l'aide du Cœur. Sinon, Voldemort risquait de prendre le contrôle de son corps, si la mauvaise âme quittait la Pierre philosophale d'Envy.

Dobby revint avec les informations demandées. Selon lui, l'Équipe surveillait principalement l'étage de la Salle sur Demande et les toilettes de Mimi Geignarde. Apparemment, Remus avait la Carte du Maraudeur avec lui et avait décrété que si les fugitifs n'apparaissaient pas sur la carte, alors ils devaient se trouver soit dans la salle va-et-viens, soit dans la chambre des secrets. Malheureusement pour les évadés, les gardes n'avaient pas quitté les grilles principales.

– Si on ne peut pas marcher... alors, volons, fit remarquer Luna.

– Aucun balai ne peut passer la barrière, répliqua Sirius.

– Nous n'avons pas forcément besoin de balai pour voler. Il suffit de trouver quelqu'un qui veuille bien le faire pour nous. Nous pourrions emprunter les Sombrals de l'école.

– On ne te le dit pas assez, mais tu es un génie, Luna.

La jeune fille rougit de plaisir en réponse au compliment d'Harry. Leur plan décidé, ils plongèrent un par un dans l'eau glacée. Une obscurité totale les accueillit. Edward lança un Lumos en plus de son sortilège de Tête en bulle. Le tunnel vertical fit bientôt place à une pente douce qui leur permit d'accélérer. Après une quinzaine de mètres, la lumière éclaira les bords de l'ouverture béante donnant sur le lac. Avant de continuer, Edward compta sa troupe pour vérifier que personne ne manquait à l'appel. La façon de nager de Ron lui arracha un rire muet qu'il dissimula en reprenant sa route.

Ils naviguèrent entre les algues et les souches, sans croiser la moindre créature. Edward se souvenait que la dernière fois qu'il avait utilisé ce passage, les poissons affluaient ici. Le médaillon-Horcruxe avait causé bien des dégâts dans la faune locale. Une pointe aiguë de culpabilité le piqua. Il avait engendré tellement de malheurs avec ses erreurs.

Edward se secoua vivement la tête pour se focaliser sur le moment présent. Envy avait besoin de lui. Il devait se dépêcher. Avec un peu de chance, il arriverait au manoir avant les Aurors. Déterminé à y parvenir, Edward accéléra l'allure après avoir indiqué à ses camarades qu'ils devaient remonter à la surface.

Leurs six têtes crevèrent la surface peu après. Ils prirent de grandes goulées d'air frais et éteignirent leurs baguettes pour ne surtout pas alerter leurs poursuivants de leur présence dans le parc plongé dans l'obscurité. En s'entraidant, ils parvinrent à rejoindre la rive et à se hisser sur la terre ferme. Étant dans l'incapacité de se repérer, ils traversèrent la pelouse à l'aveuglette, comptant sur leurs souvenirs pour se diriger vers la Forêt interdite.

Une fois leurs yeux habitués à la nuit noire, ils discernèrent l'orée de la forêt à quelques mètres à peine. Il ne fallut pas plus longtemps pour se dissimuler sous le couvert des arbres et être en mesure de rallumer leurs baguettes.

– Ils nous trouveront sur la carte d'un moment à l'autre, commenta Edward à voix basse en continuant d'avancer droit devant lui. Mais on a une bonne avance. Luna, est-ce que tu sais où se trouve le nouveau territoire des Sombrals ?

– Ils le partagent avec les centaures depuis l'incendie.

Ron s'étrangla.

– On va tous mourir.

Edward lâcha un reniflement vaguement amusé, mais davantage nerveux. S'aventurer sur le territoire des centaures en pleine nuit lui paraissait beaucoup plus téméraire que d'appâter des Mangemorts assoiffés de sang à travers champs. Peu rassuré, Ron se rapprocha d'Edward sans lâcher la main d'Hermione qu'il tirait derrière lui.

Ils poursuivirent ainsi leur route pendant un temps qui parut très long et s'enfoncèrent si loin dans la forêt qu'ils déboulèrent bien vite dans une clairière créée par l'incendie. Leurs pieds s'enfoncèrent dans l'épais coussin de cendres humides et Harry glissa après quelques pas. Edward sut immédiatement qu'ils avaient été repérés. Il ressentait la même sensation qu'à ses autres promenades dans la forêt interdite, celle d'être observé par des yeux invisibles.

– C'est encore loin ? chuchota Ron.

– Non, plus maintenant, répondit Luna sans s'embarrasser de baisser la voix. Juste un petit peu plus loin.

Une flèche siffla dans l'air juste au-dessus de leurs têtes et se ficha dans un arbre. Le martèlement de sabots les informa aussitôt de l'identité de leurs visiteurs. Le sol se mit à trembler. Instinctivement, Edward poussa Ron et Luna derrière lui et brandit sa baguette. Sirius se posta à sa droite, dissimulant Harry dans son dos. La faible lueur de leurs baguettes leur permit d'apercevoir les ombres d'une trentaine de centaures, les flèches de leurs arcs pointées sur eux. Tous les six reculèrent lentement jusqu'au centre de la clairière.

– Qui êtes-vous ? demanda l'un des centaures au pelage brun. Que faites-vous dans notre forêt, humains ?

– Nous sommes des élèves de Poudlard, répondit Edward. Nous ne faisons que passer. Nous rejoignons le territoire des Sombrals.

– Je te reconnais, dit un autre centaure. Tu es l'humain qui a causé la perte de notre territoire !

Il y eut autour d'eux de nombreux murmures furieux et quelques arcs se tendirent.

– Je n'ai rien fait ! protesta Edward. C'est le ministère qui a brûlé la forêt. Je ne faisais que fuir pour ma vie ! Je ne voulais pas ce qui s'est passé !

– Les humains sont tous les mêmes ! Ils rejettent leurs propres erreurs sur d'autres !

Plusieurs centaures se mirent à rugir de rage en frappant le sol de leurs sabots.

– Ça suffit, maintenant, rugit un centaure qu'Harry reconnut comme étant Firenze. Ne voyez-vous donc pas qui est cet humain ? Ne reconnaissez-vous pas les signes ? Les constellations nous ont annoncé sa venue des siècles auparavant. Il s'agit de l'Alchimiste, l'ami de la Vérité !

Aussitôt, les martèlements de sabots cessèrent et les arcs se baissèrent sous les regards ébahis des humains. Edward cligna plusieurs fois des yeux, comme pour confirmer qu'il avait bien vu le changement radical d'attitude à leur égard. La suite de leur rencontre fortuite se passa comme dans un rêve surréaliste. Plusieurs centaures approchèrent pour l'observer de plus près et il sentit même quelques mains passer dans ses cheveux, comme curieux de leur existence.

Figé, Edward les laissa l'examiner en manifestant plus de patience qu'il s'en sentait habituellement capable. Puis sa surprise grimpa encore d'un cran lorsque les centaures proposèrent de les guider jusqu'à un troupeau de Sombrals. Noyés au milieu de la horde de centaures, les humains suivirent sans se poser de question. Ils arrivèrent très vite à destination et leurs guides leur désignèrent une direction vers l'ouest.

Entre deux arbres se tenaient deux Sombrals aux yeux blancs luisants d'un reflet inquiétant. Edward approcha et tendit la main pour caresser l'encolure de la créature reptilienne la plus proche. Habituée à prendre soin des Sombrals lors de son temps libre, Luna sortit le morceau de viande crue qu'elle avait demandé à Dobby avant de partir. La nourriture attira plusieurs autres Sombrals. Pendant que Luna nourrissait et appâtait leurs montures, Edward fit volte-face pour s'adresser à Firenze.

– Merci pour votre aide.

– Il ne tient pas à vous de nous remercier, Edward Elric, rétorqua le centaure en s'inclinant. Puisse votre règne durer et fleurir.

Interloqué par la notion de « règne », Edward préféra ne pas se ridiculiser en balbutiant une réponse et garda un silence plus digne. Les centaures disparurent peu après. Edward se retourna. Harry, Ron et Luna montaient déjà chacun un Sombral et Sirius aidait Hermione à grimper sur le sien, puisqu'elle était la seule à ne pas pouvoir les voir. La jeune sorcière paraissait plutôt frustrée par ce fait.

– T'es incroyable, Edward.

– Le prochain qui commente, je le jette de son cheval ! Bon... Très bien, allons-y, marmonna Edward en grimpant difficilement sur le Sombral restant. Vous êtes prêts ?

Tous acquiescèrent. Il s'accrocha alors solidement à la crinière de sa monture qui n'opposa pas la moindre résistance.

– Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre.