Chapitre 5: An offer that can't be refused
Assise devant un long bureau en bois Molly ne put s'empêcher de se demander pourquoi le meuble n'était pas arrangé de manière différente pour que l'occupant du bureau puisse apprécier la vue plutôt que d'avoir Londres dans son dos toute la journée.
- C'est une vue formidable, n'est-ce pas ?
Lady Smallwood se tenait près d'une petite table dans le coin de son bureau. Quelques dizaines d'années plus tôt elle devait contenir des bouteilles d'alcool, un seau à glace et des verres à whisky. Aujourd'hui il contenait une bouilloire électrique, un pot à lait et une boîte de thé. L'attention de Lady Smallwood était concentrée sur sa préparation du thé.
- Vous n'avez pas besoin de paraître si effrayée. Malgré ce que mon personnel raconte je ne mords pas. Thé ?
- Non, merci. Est-ce que j'ai des ennuis ? S'empressa de dire Molly alors que son esprit se repassait rapidement les dernières semaines essayant de découvrir si elle avait fait quelque chose pour causer cela – quoi que ce fut.
- Non. Bien sûr que non.
- Alors, pourquoi suis-je ici ?
- Vous avez offert votre aide, répondit simplement Lady Smallwood tandis qu'elle s'asseyait dans son fauteuil et prit une gorgée de thé.
Les mots tournèrent dans l'esprit de Molly mais elle ne trouva aucun souvenir auquel les rattacher. Haussant les épaules et secouant la tête, Molly resta aussi confuse que lorsque la conversation avait commencé.
Lady Smallwood prit une profonde inspiration.
- Je crois savoir qu'il y a 13 jours vous avez fait l'autopsie d'une de mes employés - Anthea Jones.
- Oui, répondit Molly avec hésitation.
- Et trois heures et 18 minutes plus tard vous avez signé le rapport mentionnant qu'il y avait deux visiteurs pour voir le corps.
Le visage de Molly devint rouge écarlate.
- Oui, répondit-elle faiblement. Mais je – je n'ai pas quitté la pièce. Ils ne sont jamais restés seuls avec le corps.
Lady Smallwood leva la main et la secoua.
- Dr Hooper, Molly, je vous ai dit que vous n'aviez pas d'ennui - mais Mycroft Holmes en a.
Le bouche de Molly s'ouvrit pour former un 'O' parfait.
- Anthea était votre employée ? Elle ne travaillait pas pour Mycroft ? Oh, ça veut dire –
Lady Smallwood tint le regard de Molly alors que le côté droit de sa bouche se contractait.
- Oui, même le prétentieux Mycroft Holmes a un patron. Revenons à notre sujet, lorsque le duo a quitté la morge vous avez offert votre aide si Mycroft en avait besoin, correct ?
- Ah, oui. Oui je l'ai fait.
Acquiesçant de la tête, Molly sentit un peu de son angoisse disparaître.
- Mycroft a en effet besoin d'aide et je pense que vous êtes la personne la plus appropriée pour le job.
Ouvrant un dossier sur son bureau Lady Smallwood jeta un regard sur le contenu avant de revenir à Molly.
- Moi ? Vous êtes sûre ? En fait je ne connais pas Mycroft très bien et je ne suis pas sûre qu'il sera intéressé –
- Qu'est-ce que vous voulez dire par je ne connais pas Mycroft « très bien » ? Quand Sherlock fait presque des overdoses c'est vous qu'il appelle.
- Oui, et bien –
Lady Smallwood leva son regard vers Molly.
- Dans les derniers 12 mois, vous avez passé la nuit chez Mycroft sept fois.
Molly put sentir des picotements d'embarras sur ses joues.
- Oui mais pas comme ça, je veux dire, il m'appelle quand Sherlock a des ennuis et je vais chez lui pour aider. Donc, oui je suppose que j'ai fini par rester la nuit chez lui, mais ce n'est pas comme si nous étions dans la même chambre. Je veux dire, nous y sommes mais seulement quand nous sommes réveillés. Ce n'est pas comme si nous étions ensemble, ensemble –
- Mon argument tient toujours. Non seulement Mycroft vous autorise à pénétrer dans sa maison mais il vous autorise à passer la nuit si nécessaire. Lui et moi nous connaissons depuis des décennies et je ne suis jamais allée plus loin que la porte d'entrée.
Molly regarda Lady Smallwood regarder le document devant elle et se demanda s'il était listé que le shampoing habituel de Molly était apparu dans la chambre d'amis après la seconde fois où elle était restée, qu'un bain moussant coûteux l'attendait après la cinquième nuit et du fait qu'elle avait laissé une paire de leggings dans le tiroir du bas de la commode après la septième nuit.
Molly s'assit en silence pendant un moment avant de demander :
- Qu'est-ce qui lui arrive ?
Lady Smallwood prit une profonde inspiration.
- Ce ne sera pas une surprise pour vous que Mycroft prend très mal la mort d'Anthea. Lui et moi avons été dans, dirons-nous, des situations difficiles au fil des années et je ne l'ai jamais vu comme ça. Il est d'une humeur massacrante. Et en ce moment, à ses yeux, personne ne peut rien faire correctement. Au cours des 13 derniers jours, il a épuisé 13 assistantes personnelles. Mycroft Holmes a toujours été ferme mais juste, certains pourraient dire sévère, mais les récents lynchages verbaux qu'il a fait subir à ses associés sont sans précédent.
Molly souffla.
- On dirait qu'il a besoin d'un pistolet tranquillisant.
- Avec votre qualification médicale et en tant que sa nouvelle assistante personnelle si vous jugez bon d'utiliser ce moyen, ce sera autorisé.
Molly attendit que Lady Smallwood craque un sourire et rit à sa propre plaisanterie – mais elle ne le fit pas.
Les yeux de Molly s'écarquillèrent.
- Vous êtes sérieuse ?
- Oui, fut la simple répondre de Lady Smallwood.
- Attendez. Quoi ? Vous voulez que je devienne l'assistante personnelle de Mycroft ?
- Oui.
La tête de Molly trembla même avant que les mots ne sortent de sa bouche.
- Mais je ne suis pas douée avec les gens. C'est pour ça que je travaille dans un laboratoire de pathologie et que je passe mes journées à la morgue.
- Vous n'avez pas à être douée avec les gens. Vous avez seulement à être bonne avec lui.
Lady Smallwood lança un regard sans équivoque à Molly.
- Oui -mais je n'ai pas –
- Vous serez généreusement compensée pour votre mutation. Il y a un budget pour les vêtements, l'utilisation d'une voiture et d'un chauffeur. Et vous aurez accès au personnel nécessaire pour effectuer toutes les tâches personnelles requises afin que vous puissiez vous concentrer sur votre travail.
- Mais je ne sais pas comment être une assistante personnelle.
- C'est bien plus qu'un simple rôle opérationnel – Mycroft est à la dérive et quelqu'un doit le ramener sur le bon chemin avant qu'il ne tombe complètement à l'eau et n'emporte le gouvernement de cette île avec lui.
- Je ne peux pas –
- Dr Hooper. Votre pays a besoin de vous. Il y a une visite d'état sensible dans quelques mois. J'ai besoin que tout le monde fonctionne au meilleur de ses capacités. Faites que Mycroft Holmes passe cet événement. Puis vous serez libre de retourner à votre jolie et calme morgue. Votre travail vous attendra.
- Et si je n'y arrive pas ? Si je n'arrive pas le ramener à temps. Que m'arrivera-t-il ?
- L'échec n'est pas une option Molly.
Fermant les yeux, Molly prit une profonde inspiration. Lentement les épaules de Molly retombèrent tandis qu'elle se souvenait à quel point Mycroft avait eu l'air abattu la dernière fois qu'elle l'avait vu. Il avait vraiment besoin de son aide.
- Ok. D'accord.
Elle leva les bras au ciel en signe de défaite.
- Dois-je m'habiller en noir comme Anthea le faisait ? Demanda Molly avec un air résigné.
Une expression de choc traversa le visage de Lady Smallwodd mais il ne resta pas. A la place, le coin droit de sa bouche s'étira vers le haut.
- Non, bien sûr que non. La seule tenue noire que vous n'ayez jamais eu est cette robe qui ne vous allait pas du tout et que vous avez porté aux funérailles de votre grand-mère l'année dernière. Même si on prend en compte votre chagrin évident de perdre votre chère Nana, le noir ne vous va pas.
- Que – Comment avez-vous - ? ça n'a pas d'importance.
Molly repoussa toutes les questions de son esprit et à la place leva simplement les yeux au ciel.
- Le code vestimentaire est « business chic ». Il y aura un portant de..., le regard de Lady Smallwood balaya Molly de haut en bas, ... vêtements et accessoires appropriés qui vous attendra dans votre appartement ce soir. Vous êtes libre de garder ce que vous voulez. Si vous souhaitez autre chose pour votre garde-robe, ajoutez-le à votre note de frais et vous serez remboursée.
Baissant les yeux vers ses habits démodés, tous achetés dans différentes friperies, Molly sentit un léger pincement d'embarras. Elle n'avait jamais eu à s'inquiéter de ce qu'elle portait au travail avant. Les morts s'en fichent et de toute façon ses vêtements étaient dissimulés par sa blouse blanche la plupart de la journée.
- Je suppose que la mode friperie ne va pas le faire.
Secouant avec douceur sa tête, Lady Smallwood resta silencieuse.
- Ok.
Lâchant un autre profond soupir, Molly se redressa sur sa chaise. Il n'y avait pas d'échappatoire, alors elle devait en tirer le meilleur parti. Tandis qu'elle s'attendait à ce que des costumes très classiques et corrects l'attendent dans la garde-robe, il y avait un mince espoir de trouver une ou deux robes portefeuilles colorées qu'elle pourrait porter le vendredi. Elle chercherait les points positifs et elle s'en sortirait.
- Alors, quand est-ce que je commence ?
Soudain, des cris à la réception et le bruit de quelque chose volant en éclat arrêta Lady Smallwood dans sa réponse à la question de Molly.
Lançant un regard inquiet à Molly, Lady Smallwood fit rapidement le tour de son bureau et ouvrit la porte de la pièce. Le son de Mycroft criant à tue-tête poussa Molly à quitter sa chaise, et elle suivit Lady Smallwood hors de son bureau.
Des traînées sombres de thé coulaient le long de la vitre et s'accumulaient sur le sol, donnant l'impression que la Tamise avait développé un étrange affluent. L'assistante de Lady Smallwood, au bord des larmes, était à genoux récupérant la tasse de thé brisée pendant que Mycroft était assis sur une chaise, le dos arc bouté, flanqué de Walter et de l'homme au costume bleu de l'ascenseur.
Le choc de voir Mycroft déstabilisé injecta de l'adrénaline dans le système de Molly. Retournant à toute vitesse dans le bureau de Lady Smallwood, elle parcourut rapidement les sachets de thé, son angoisse se calmant légèrement lorsqu'elle trouva ce qu'elle cherchait.
Pendant qu'elle priait pour que l'eau boue plus vite, Molly fit un effort pour écouter l'échange dans l'autre pièce.
- Y a-t-il un problème Mycroft ?
Molly put entendre le sourire forcé dans la voix de Lady Smallwood.
- On m'a proposé du thé et on m'a donné de la flotte, cracha Mycroft.
- Je suis désolée de l'entendre. Peut-être voudrais-tu venir dans mon bureau. Nous pourrons discuter de cela et des récents défis que nous avons à te trouver une nouvelle assistante.
- C'est pour cela que tu m'as appelé ici ? Pour me dire de bien me comporter ? ET BIEN, CA NE VA PAS MARCHER !
Prenant une profonde inspiration et s'obligeant à arrêter de trembler Molly retourna rapidement à la réception, dépassant silencieusement Lady Smallwood. Walter se recula une seconde pour lui permettre d'accéder à Mycroft. Ses joues étaient rougies et il était assis sur une chaise, sa main gauche massant ses tempes.
- Salut Mycroft.
Mycroft ouvrit ses doigts pour regarder en direction de Molly.
- Qu'est-ce que tu fais ici bon sang ? Demanda-t-il à travers ses dents serrées.
- Il est presque 15 heures, alors je t'ai fait une tasse de ton thé de l'après-midi.
Molly lança à Mycroft un doux sourire tout en lui tendant la tasse et la soucoupe. Tous, Lady Smallwood, Walter et Monsieur Costume Bleu de l'Ascenseur, se tendirent, inquiets par un second emportement.
- Pas de miel donc j'ai mis deux cuillères à café et demi de sucre, juste comme tu l'aimes.
Molly garda sa voix chaleureuse, stable et calme.
- Thé ?
- Ceylan Pekoe pour la base et Assam pour les deux biscuits.
Avec hésitation, Mycroft prit la tasse et le renifla profondément avant de le boire avec avidité.
Ce faisant, le stress se dissipa et il se détendit visiblement, terminant la tasse en une demi-douzaine de gorgées.
- Merci.
Un Mycroft calme et satisfait apparut quand la tasse se rabaissa sur la soucoupe.
La tension à la réception se dissipa, et pendant un moment, la normalité fut de retour.
- Bien joué, murmura Monsieur Costume Bleu de l'Ascenseur dans sa barbe.
Molly sentit un éclat chaud sous sa cage thoracique. Aucun cadavre n'avait jamais complimenté son travail.
- Mycroft, Molly.
Lady Smallwood fit un signe en direction de la porte ouverte de son bureau.
Levant les yeux au ciel, Mycroft se leva lourdement de sa chaise et se traina à travers la pièce comme un écolier égaré se dirigeant vers le bureau de la directrice. Avant la porte, Lady Smallwood fit un signe du menton en direction de son assistante.
- Désolé, marmonna Mycroft dans sa barbe avec un reniflement d'indignation avant d'entrer dans le bureau de Lady Smallwood.
