Chapitre 7 No One Can Replace Her
Assis à l'arrière de la voiture de Mycroft, Molly relisait les quatre pages de prise de notes puis plia deux fois les deux feuilles A4 le long des plis avant de glisser les feuilles dans son sac à main. Elle se déplaça légèrement sur son siège et regarda Londres défiler lentement de l'autre côté des vitres de la voiture.
Mycroft était assis à côté d'elle et il n'avait pas décroché un mot depuis qu'ils avaient quitté le bureau de Lady Smallwood. Finalement, la tension dans la voiture fut trop pour Molly et elle lâcha un long soupir qui fit abaisser ses épaules. Elle se tourna légèrement, lui donnant une meilleure vue sur Mycroft.
Elle le connaissait depuis des années, ils étaient sans aucun doute plus que des connaissances. Une fois, après que Sherlock lui ait fait un cocard par accident, Mycroft lui avait envoyé le plus beau bouquet de jacinthes violettes, d'iris et de roses jaunes. Mais est-ce qu'un bouquet coûteux et le fait de sauver à plusieurs reprises la vie du frère de quelqu'un font de vous des amis ? Ce n'est pas comme s'ils s'étaient un jour retrouvés autour d'une rapide tasse de café un après-midi.
- Ecoute. Ce n'était pas mon idée. Et je ne veux pas que tu penses-
Mycroft leva la main de son genou et fit un léger geste de ses longs doigts tandis qu'il tournait le dos à Moly et regardait à l'extérieur par la vitre.
Le reste du voyage continua en silence.
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La voiture dépassa les paysages familiers pour se rapprocher de sa destination et Molly commença à planifier sa soirée, en se demandant si la bouteille de vin qu'elle avait ouvert le week-end précédent serait encore buvable. Ce soir, elle aurait besoin de quelque chose de plus substantiel que son café habituel après le travail. Un verre de vin, une douche et puis la télé... non, elle secoua la tête pour se sortir de sa routine des soirs de semaine.
Après aujourd'hui sa vie ne serait plus « habituelle » pour des semaines. Peut-être qu'elle retrouverait sa vie dans quelques mois si elle était chanceuse. Si elle se débrouillait pour exécuter correctement ce travail. La première chose à faire ce soir était de passer en revue les vêtements que Lady Smallwood avait envoyé à son appartement. Elle devait trouver une tenue appropriée pour demain. Soudain, l'esprit de Molly se remplit de questions.
- A quelle heure dois-je venir travailler demain ?
La voiture s'arrêta devant l'appartement de Molly. Mycroft ne manifesta aucun signe qu'il l'avait entendu.
- Mycroft- demain, quelle heure dois-je –
Mycroft, agissant comme un contorsionniste, se tordit dans sa ceinture de sécurité aussi loin que possible de sa question.
Étant donné que Mycroft avait cessé de communiquer avec elle ou quiconque depuis plus d'une heure, Molly abandonna avec un soupir et sortit de la voiture.
- Il est habituellement là à 7h30 donc je vous suggère d'être là à 7h15 au plus tard. Une voiture sera à l'extérieur 6h50, chuchota Walter en lui ouvrant la porte.
- Merci, mima Molly en réponse.
A un moment de la journée, le temps londonien était devenu aussi terne que l'humeur de Molly. En marchant vers son appartement, elle frissonna, l'humidité s'infiltrant à travers son pull fin. Des nuages gris recouvraient la capitale, rendant tout détrempé, mais sans précipitation perceptible. La hâte avec laquelle elle avait quitté son bureau lui avait fait oublier son manteau, accroché dans son casier à l'hôpital.
Je le reprendrais demain – Oh, minute, je ne retourne pas à mon bureau demain. Molly ajouta « Quand retrouverais-je mon manteau ? » à la longue liste des questions remplissant sa tête.
Après avoir mis sa clé dans la serrure et poussé la porte, Molly pouvait sentir une présence proche derrière elle, et elle laissa échapper un cri de surprise lorsque Mycroft se précipita dans son appartement derrière elle.
- Qu'est-ce qui se passe ? Tu m'as fait peur ! s'exclame Molly, la main tendue pour allumer la lumière du hall.
Mycroft attrapa son poignet et elle poussa un petit couinement. Molly, le cœur battant la chamade, se figea. Elle serra les dents et se tendit, s'attendant à ce que son poignet soit écrasé par la poigne de Mycroft. Puis elle réalisa qu'il n'y avait pas de douleur, simplement elle ne pouvait plus bouger librement le bras.
- Arrête ça, lui ordonna Mycroft.
- Je te jure Mycroft. Ce n'était pas mon idée.
Les mots sortirent en un murmure rauque, des larmes remplirent les coins des yeux de Molly qui renifla pour empêcher son nez de couler.
- Personne ne peut la remplacer.
Dans le couloir sombre, Molly put voir les épaules de Mycroft bouger de haut en bas alors qu'il s'efforçait d'empêcher les sanglots de s'échapper. Sa voix était tranchante comme un rasoir.
- Je sais, murmura doucement Molly.
Elle posa sa main libre sur son biceps et le serra légèrement. Elle pouvait sentir les sanglots silencieux qui secouaient Mycroft, les sanglots qu'elle s'attendait à voir il y a 13 jours à la morgue, lorsque Sherlock s'était tenu aux côtés de son frère alors qu'ils regardaient tous Anthea.
Un souffle embarrassé s'échappe de Mycroft avant que sa prise ne se relâche et qu'il ne s'esquive rapidement hors du couloir pour retourner dans le crépuscule de la pluie londonienne, tirant la porte derrière lui.
Affalée contre le mur dans l'obscurité, Molly n'essaya pas de maîtriser sa respiration. Elle la laissa s'échapper alors que sa tête retombait dans ses mains.
« Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? » Se demanda Molly dans l'obscurité de son couloir.
