Chapitre 10:
Harry fixait le plafond. Il repensait à ce baiser. Il était gravé dans son esprit. Ça avait été différent cette fois. Cette fois, ça n'avait pas été forcé. Rabastan ne l'avait pas embrassé pour le distraire du sexe qui lui donnait l'impression d'être sale, ni pour apaiser la douleur venant du sexe. Cette fois, Harry l'avait voulu.
Il avait été accusé de devenir un sorcier sombre parce qu'il utilisait l'Avada Kedavra. C'était la première fois qu'il pensait qu'ils avaient peut-être eu raison de s'inquiéter de son état de santé mentale. Comment pourrait-on expliquer différemment son envie d'embrasser Rabastan? Cet homme a commis de nombreuses atrocités. La visage de Neville lui vint en tête. Rabastan avait participé à l'envoi de Alice et Frank Londubat à St-Mangouste, les rendant incapable d'élever leur fils. Comment pouvait-il laisser cet homme le toucher alors que Neville était devenu orphelin, malgré la présence de sa grand-mère.
C'était dégoûtant.
Harry se tourna et se mit en boule. La réponse était simple dans la tête d'Harry, même s'il n'osait pas le dire à haute voix. Rabastan lui donnait l'impression d'être vivant. Il avait eu l'impression de suffoquer jusqu'à ce que les lèvres de Rabastan touchent les siennes.
La porte s'ouvrit.
Harry ne leva pas la tête. Pas besoin de saluer un de ses gardiens.
« Pas de 'bonjour' pour moi? Aïe, tu me blesses. »
Harry s'assit rapidement. « Désolé, j'ai cru que c'était l'un d'eux. »
George sourit. « J'avais deviné. J'ai entendu dire que tu avais eu des problèmes aujourd'hui. Si mon cher frère n'avait pas réussi à te trouver, on ne serait peut-être pas en train de parler en ce moment. J'imagine que je devrais le remercier même si on a pas mal de désaccords ces derniers temps. »
Harry avait besoin de parler à quelqu'un, et George était le seul auquel il faisait confiance. George ne comprendrait peut-être pas. Après tout, George avait rappelé à Harry que Rabastan était toujours un mangemort quand Harry lui avait parlé de leur étrange relation à Azkaban, mais il avait besoin de laisser tout ça sortir pour essayer d'y voir le sens. Et Charlie ne méritait vraiment aucun remerciement pour avoir 'sauvé Harry. '
« George… » Harry s'arrêta, incertain de ce qu'il allait dire.
George perdit son sourire. « Qu'est-ce qu'il y a ? Il y a un problème? »
« Le mangemort c'était Rabastan. »
« Et? » Demanda George.
« On ne s'est pas battu. On ne s'est lancé aucun sort. On a parlé et… »
« Et? » Insista George, gardant son ton neutre.
« Et on s'est un peu embrassés. Je lui ai dit de partir en entendant la voix de Charlie. »
George passa sa main à travers ses cheveux roux. « Mon pote, c'est le bordel. »
« Je sais. Et Rabastan le sait aussi. On savait tous les deux que ce baiser était une erreur. On savait que ces sentiments étaient une erreur, mais aucun d'entre nous ne pouvait s'en empêcher. »
George sembla décortiquer l'autre garçon du regard. « Des sentiments? De vrais sentiments? Peut-être que tu es juste perturbé à cause de tout ce que tu as vécu. »
« C'est ce que je me suis dit à ce moment-là, mais je n'en suis pas si sûr. Je ressens quelque chose pour Rabastan. Je sais que c'est mal. Je sais que c'est un sorcier sombre. Je sais qu'il peut être un connard, mais je ressens quand même quelque chose pour lui. »
George s'assit sur le lit. « Tu es sûr que ce n'est pas à sens unique? Rabastan pourrait juste être en train de gagner ta confiance pour te livrer à Voldemort. »
« Fais-moi confiance. Il aurait pu hier. Il a même dit qu'il devrait le faire parce que Voldemort allait le punir car il a dit à Azkaban à Voldemort que je ne combattrais plus pour Dumbledore maintenant. Même quand j'avais ma baguette braquée sur lui, il n'a jamais levé la sienne. »
« Qu'est-ce que tu comptes faire? » Demande finalement George après une minute de silence.
« Je ne sais pas. Et toi? Tu vas le dire à Dumbledore? »
George n'hésita pas un instant. « Bien sûr que non. Ça va devenir encore plus compliqué, tu le sais non? »
« Je sais. Je ne suis juste pas sûr de pouvoir le combattre. Dès que j'ai réalisé que c'était Rabastan derrière ce masque, je ne pouvais plus lancer de sort. Peut-être qu'ils avaient raison à propos de ma santé mentale avant de m'envoyer à Azkaban. Peut-être que cet endroit a juste aggravé mon état. »
« Arrête. » Ordonna George. « Tu n'es pas quelqu'un de mauvais. Rabastan t'a montré de la tendresse quand personne d'autre ne l'a fait. Ce n'est pas étonnant que tu te sois attaché à lui. Peut-être que tes sentiments vont disparaître d'eux-mêmes au fil du temps. »
« Peut-être, mais et les sentiments de Rabastan? »
George n'avait pas de réponse à lui donner.
X
Harry sentit un regard sur lui. Il tourna la tête sur Charlie, qui n'essayait même pas de se cacher. « Quoi? » Demanda-t-il.
« Rien. C'est juste que...Eh bien, j'ai discuté avec Dumbledore à propos de ton entraînement. »
« Et? »
« Il pense que tu iras bien sans. Il pense que tu t'amélioreras au fil des batailles. »
« Ou alors j'y mourrais, » Murmura Harry, mais c'était dit assez fort pour que Charlie entende le ton amer dans sa voix. Plus fort, il continua. « Dumbledore espère sûrement que j'emporte Voldemort avec moi. Sinon, il devrait bouger son cul et vraiment se battre. »
« Ce n'est pas très gentil. » le réprimanda Charlie.
Harry haussa les épaules. « Eh bien, il espère que je survive sans aucun entraînement. Je te parie que Kingsley organise des entraînements réguliers. C'est un petit peu bizarre, n'est-ce pas? »
Charlie détourna le regard. « Dumbledore a ses propres raisons. »
Harry souffla. « Tu es tellement aveuglé par ta loyauté. C'est ça qui te tuera. »
« Je dois croire que Dumbledore a une bonne raison pour faire tout ceci. Je dois croire que c'est parce qu'il est en train d'essayer de gagner une guerre. »
Harry décida d'arrêter d'essayer de prouver la vérité à Charlie. Il aurait sûrement à prendre plusieurs coups sur la tête avant d'admettre que Dumbledore avait fait son lot d'erreurs. Il décida à la place de poser une question qui le démangeait.
« Où est Bill? Et Fleur? J'ai vu tous les membres de ta famille sauf Bill. »
Charlie ne releva pas les yeux du lit. « Lui et Fleur sont en France. »
De tout ce à quoi il s'attendait, c'était le plus inattendu. « Depuis combien de temps? »
« Environ un mois après que tu aies été envoyé à Azkaban. Ça l'a fait douter de Dumbledore, mais c'est quand Fleur a annoncé sa grossesse, qu'il a décidé de prendre sa famille et de s'enfuir au lieu de se battre, tout ce dont il se souciait était de mettre Fleur et le bébé en sécurité. Il ne voulait pas que son fils ou sa fille ne 'devienne un pion sur le plateau de jeu de Dumbledore.' Et ce sont ses mots exacts. »
' Bill voit les choses de la même manière que George. Je suis heureux que lui et Fleur soient en sécurité.' « Tu connais un moyen de lui envoyer une lettre? »
« Oui, bien sûr. »
« J'ai envie d'écrire à Bill. Evidemment, je n'ai aucun moyen d'envoyer de lettre. » Il sentit une douleur à la poitrine en se rappelant la perte de sa loyale compagne, Hedwige.
« Je vais envoyer la lettre pour toi. »
Harry se leva et alla jusqu'au bureau marron. Il prit un parchemin, une plume et ouvrit une bouteille d'encre. Il ne savait pas qui les avait mis là. Peut-être que c'était pour qu'il écrive des livres, dans une vaine tentative de chasser l'ennui, mais il en était reconnaissant.
Il réfléchit un moment avant de commencer à griffonner.
'Cher Bill, Fleur, et'
Il s'arrêta. « Eh, Charlie, c'est quoi le nom du fils ou de la fille de Bill? »
« c'est Victoire. »
Harry hocha la tête et se reconcentra sur son parchemin.
'Cher Bill, Fleur et Victoire,
J'espère que vous allez bien tous les trois. Charlie m'a dit que vous aviez quitté le Royaume-Uni quand Fleur est tombée enceinte, je suis content que tu aies fait passer ta famille en premier. J'aurais aimé que mes parents aient décidé de fuir quand ma mère est tombée enceinte de moi. Ma vie aurait été si différente.
Tout va bien ici, si on n'oublie tout ce qui s'est passé. Je te connais Bill. Toi aussi Fleur. Même si je suis sorti d'Azkaban, restez loin d'ici. Vous devez penser à Victoire avant toute autre chose.
La raison pour laquelle je vous écris est pour que vous sachiez que je suis vivant et que je vais bien, même si c'est relatif. Vous n'avez pas besoin de venir au Royaume-Uni pour vérifier.
Vous devez prendre soin de Victoire. Lui donner une enfance heureuse et lui dire qu'oncle Harry l'aime même s'il ne l'a jamais rencontré. Je compte bien survivre à cette guerre et j'espère que je pourrai la rencontrer quand tout sera fini.
Je vous aime tous les trois.
Harry'
Il prit garde à faire paraître sa lettre aussi innocente que possible dans l'hypothèse où Dumbledre voudrait y jeter un coup d'oeil avant son envoi. Il n'y avait rien que Dumbledore trouverait problématique, à part peut-être l'ambition d'Harry de survivre à cette guerre. Il donna la lettre à Charlie.
Ce n'était pas secret ou quoi que ce soit d'autre, donc Charlie la lut. Il opina aux mots d'Harry. « Si je me souviens bien, Fleur voulait te nommer parrain, mais ils ne pouvaient pas puisque tu étais à Azkaban. Je vais m'assurer de leur transmettre aussi vite que possible. »
« Qui a été nommé parrain et marraine? » Demanda Harry
Charlie baissa les yeux vers ses mains. « Gabrielle et George. »
« Oh. » Harry ne dit rien mais l'idée que ça aurait dû être Charlie fit son chemin. Bill avait toujours semblé plus proche de Charlie que George dû fait de leur plus grande proximité dans l'âge.
Comme s'il lisait dans ses pensées, Charlie s'expliqua: « Je ne pense pas que Bill ou Fleur me font confiance pour m'occuper de leur fille après que j'ai soutenu les décisions de Dumbledore. »
Harry se sentit un petit peu mal, mais c'était la faute de Charlie pour avoir été aussi aveugle face aux manigances du vieil homme. « Peut-être que tu devrais y penser. » lui assura doucement Harry.
Charlie quitta rapidement la chambre, la lettre à la main.
Harry était sûr que Dumbledore lirait la lettre avant son envoi, pour être sûr qu'Harry ne planifiait pas son évasion, mais il n'y avait rien de caché dans cette lettre. Il espérait juste que Bill l'écouterait et resterait à l'écart. S'il venait au Royaume-Uni pour voir Harry, Dumbledore pourrait l'empêcher de repartir.
X
Harry était allongé quand George entra. « J'ai croisé Charlie sur le chemin. Tu as envoyé une lettre à Bill hier? »
Harry acquiesça. « J'espère qu'ils resteront en sécurité là-bas. »
George le rejoint sur le lit et plaça sa tête sur l'oreiller, à côté de la tête d'Harry. « J'ai essayé de parler avec Dumbledore, pour qu'il te laisse voir Tonks et Teddy. »
« Il ne le fera jamais. Il aime les utiliser pour me motiver mais sans me permettre de les voir. »
« J'essaie de le persuader en lui disant que s'il t'accorde ça, tu te sentiras redevable ensuite. »
Harry souffla du nez. « Il n'est pas aussi crédule. »
« Eh bien, il n'a pas dit 'non' clairement, donc peut-être qu'il est un peu crédule. »
« J'imagine. » Il fit une pause avant de tourner sa tête vers George. « J'ai fait un rêve hier soir. »
« Un cauchemar? »
« Nope. C'était à propos de Rabastan. Et moi. Et on se touchait. On se touchait beaucoup. »
« Tu as fait un rêve érotique. »
Harry rougit. « J'ai déjà rêvé de Rabastan avant, mais ça avait toujours commencé par un cauchemar avec l'un des autres mangemorts ou des gardes. Il se transformait ensuite en Rabastan car c'était moins douloureux. Ça n'avait jamais été Rabastan depuis le début. Et je n'était vraiment pas effrayé cette fois-ci. »
« Les rêves érotiques sont parfaitement normaux. »
« Mais c'est sur un mangemort. Cette partie-là, elle n'est pas normale. »
« Tu as déjà admis que tu avais des sentiments pour Rabastan. N'aie pas l'air aussi surpris. »
« C'est le bordel. Je le sais. Mais… »
« Rien n'est simple pour toi gamin. »
« Je ne suis pas un gamin. » Marmonna Harry. Il commença à rire tout seul en se souvenant de quelque chose. « Rabastan est devenu jaloux en me voyant sauver Charlie d'un Cruciatus. »
« C'était essentiel à l'histoire? » Demanda sarcastiquement George.
« J'imagine que j'aime plutôt l'idée qu'il soit jaloux? Est-ce que c'est mal? »
« Pas plus que le fait d'avoir des sentiments pour un mangemort. A ce niveau là ce n'est plus important. »
« Je me demande si il y a un autre univers, où Dumbledore et Voldemort n'existeraient pas, où Rabastan et moi aurions pu vivre heureux ensemble. »
« Il y aurait toujours la différence d'âge. »
Harry fit une grimace. « Il est allé à l'école avec mes parents, » Concéda Harry. « Mais j'ai l'impression que je ne pourrais pas sortir avec quelqu'un de mon âge, pas après Azkaban. »
« C'est logique. » Acquiesça George.
Harry soupira. « Je ne sais pas pourquoi je pense à lui. Dans cet univers tout du moins, on ne pourra jamais vivre heureux ensemble. »
« Il ne faut jamais dire jamais. » Lui conseilla George.
Harry haussa les sourcils. Pourquoi George essayait-il de lui donner de l'espoir? Ils étaient dans des camps opposés. Même si Rabastan le choisissait au détriment de son camp, Voldemort le tuerait avant même de pouvoir quitter la pièce. Et n'oublions pas ce que feraient Dumbledore et les autres fanatiques de l'Ordre s'ils avaient vent de leur relation secrète. Il ferma les yeux. C'était sans espoir. Et c'était inutile d'espérer quelque chose qui n'arriverait jamais.
