Bonsoir à toutes et tous ! Je vous remercie pour l'accueil que vous avez fait à cette histoire. Voici le tout premier chapitre et j'espère de tout coeur qu'il vous plaira !

Je vous souhaite une bonne lecture...


Chapitre un

Le silence... Le silence remplissait la pièce de toute sa présence. On ne pouvait l'ignorer. Il était là presqu'en permanence, lui rappelant sans cesse qu'il était seul avec lui. Et que le seul bruit qui pouvait le briser était celui de ses pensées... Il ne pouvait faire ça qu'ici. Et elles s'égaraient sur tout... Sur les brèches du mur, sur ce qui pouvait bien se passer derrière la porte close ou encore sur ses cheveux blancs qui lui tombaient devant les yeux. Cette couleur qu'il détestait tant était vite revenue le hanter dans ces lieux. Après tout, ce n'était pas comme s'il avait le luxe de pouvoir se les teindre ici... Ça n'avait pas d'importance. Enfin, ça en avait eu les premières années, mais plus maintenant.

Huit ans. Ça faisait huit années qu'il était enfermé ici. L'endroit était lugubre, sombre et froid. Surtout froid. Il ne pouvait même pas compter sur son alter pour se réchauffer. Les bracelets qu'il portait à ses poignets – sans pouvoir les retirer – l'en empêchaient. C'était une nouvelle technologie développée il y a peu de temps. Ça lui permettait, certes, d'avoir plus d'autonomie dans sa maigre cellule, mais ça ne réglait pas son problème de froid.

Ce froid mordant s'attaquait à sa peau abimée... à cette peau que les médecins s'étaient acharnés à sauver lorsqu'il avait été arrêté, comme s'ils étaient incapables de ne pas agir. Dabi aurait préféré qu'on le laisse tranquille. Peut-être était-ce un égo mal placé, mais il ne supportait pas l'idée d'être réparé. Cependant, ses cicatrices n'avaient pas disparu pour autant. Elles étaient toujours très visibles, même si leurs couleurs étaient moins sombres. Il n'avait plus d'agrafes, en revanche. Il aurait dû en être satisfait. Peut-être... Peut-être pas... Dans le fond, ça ne lui faisait plus rien. Enfermé dans cette pièce, son apparence et même ses douleurs n'avaient aucune importance...

Il n'avait que ses pensées. Qu'il ressassait encore et encore. Qu'il voulait pourtant fuir. Surtout lorsqu'elles se posèrent sur la Ligue... Dire qu'ils avaient été si loin ensemble. Ils auraient pu en faire bien plus si seulement... si seulement il n'avait pas fait cette terrible erreur. S'il n'avait pas fait confiance à Hawks, s'il n'avait pas cédé à ses désirs stupides... Après la trahison de Hawks, Dabi avait longtemps rêvé de se venger de lui. Cette envie avait accompagné ses premières nuits ici, le réchauffant de sa fureur. Mais ce sentiment avait fini par se dissiper au fil des années. Le temps passé ici avait un pouvoir dévastateur. Tout finissait par perdre de son intensité... de son intérêt... pour le plonger dans une profonde indifférence...

Ce sentiment le dévorait depuis tant d'années et ce n'était pas prêt de s'arrêter... Il en avait pris pour quinze ans après tout. C'était énorme, c'était peu. Il se doutait bien que quelqu'un était intervenu pour qu'il évite une peine trop lourde, mais il ne voulait pas y penser... Parce que, même si c'était peu par rapport à ses crimes, se prendre quinze ans de prison, ça lui paraissait une éternité.

Quand il pourrait enfin sortir d'ici, il aurait quarante ans. Il aurait passé toute sa jeunesse en prison. Toutes ces années perdues, gâchées... Chaque jour qui s'écoulait ici emportait avec lui sa motivation, son côté mordant, ses émotions... Il le méritait sans doute, au regard de la loi. Mais ça ne changeait rien au résultat... Il n'avait aucun espoir. Quand il sortirait, il serait trop tard. Son objectif ne serait jamais atteint. Le monde continuait à tourner avec tous ces héros. Il n'avait plus sa place dans ce monde-là. Quand il sortirait, il ne serait plus rien. Rien ne l'attendrait dehors. Personne non plus.

A vrai dire, il ne savait même pas si quelqu'un avait demandé à le voir pendant toutes ces années. C'était la seule liberté qu'on lui avait donnée : il pouvait accepter ou refuser les visites, en dehors d'éventuels inspecteurs. Il avait donc fait savoir dès le départ qu'il ne voulait voir personne. Et en huit ans, il n'avait jamais changé d'avis. Peut-être que c'était lâche, mais il ne voulait pas faire face à sa famille.

Et pourtant, malgré lui, elle s'imposait par moment dans son esprit. Il revoyait les traits flous de sa mère, de Fuyumi et de Natsuo. Parfois, il se demandait ce qu'ils faisaient en ce moment même, ce qu'ils pensaient de lui à présent. Mais la plupart du temps, il préférait les repousser dans un coin de sa tête. Ce n'était pas très compliqué. Ça l'était plus avec Shoto.

Shoto... Le fils parfait. Celui qui l'avait vaincu... Alors que Dabi avait combattu avec rage et violence, Shoto s'était montré meilleur, inexorablement. Ça avait rendu Dabi tellement amer. Mais, à nouveau, ce sentiment était devenu de moins en moins fort au fil des années. Comme s'il avait perdu de ses couleurs, qu'il s'était délavé après avoir trop tourné dans son esprit. Ça n'avait plus d'importance désormais. Un voile s'était emmêlé autour de son esprit, Dabi devenait de plus en plus insensible à toutes formes d'émotion...

Même celles liées à Enji... C'était ça qui était le pire dans cet endroit. Même la haine qu'il éprouvait pour Endeavor était devenu terne. Elle était surement encore présente derrière ce voile. Dabi refusait de croire qu'elle ait réellement disparu. Pourtant, il ne la ressentait plus. Il ne ressentait plus rien en dehors de ce vide créé par son enfermement.

Que restait-il de Dabi ? Il n'en savait rien. Il ne savait plus qui il était dans cet endroit où il ne pouvait être lui-même et où son esprit s'effilochait. Parfois, il se disait qu'il avait eu tort de refuser toutes les visites. Peut-être qu'il serait resté Dabi si son père était venu le voir. Cela aurait pu raviver la flamme en lui. Une partie de lui voulait se rassurer et voir qu'il n'avait pas changé, qu'il pouvait toujours être comme avant, mais une autre partie de lui savait qu'il était trop tard de toute manière. Le temps ne se rattrapait pas, il était perdu pour toujours et ce qu'il emportait sur son sillage s'effaçait à tout jamais...

Il se demandait parfois si les autres membres de la Ligue ressentaient ça aussi. Il avait, d'ailleurs, essayé de demander aux gardes ce qu'ils étaient devenus, mais il s'était fait, à chaque fois, méchamment remballer – et encore, c'était un euphémisme. L'ignorance le rendait fou. Même si Dabi ne s'était jamais totalement impliqué avec eux, il avait besoin de savoir. Le dernier combat avait été si dévastateur... Il y avait peut-être eu des morts...

Pourtant, les gardes refusaient de lui dire quoi que ce soit. Dabi était sûr que ça les amusait. Ces derniers pouvaient, après tout, se montrer très violents. Il l'avait bien compris lors de sa première année ici. Le mieux pour être tranquille dans cet endroit horrible, c'était d'être neutre, d'être vide afin de ne pas attirer l'attention des gardiens.

Mais, même sans interaction néfaste, cette maudite prison avait un pouvoir terrible sur lui... Le temps... Le temps était une arme destructrice. Et il était persuadé que les gardes le savaient. Ce n'était pas pour rien qu'il n'y avait aucune horloge dans sa cellule. La plupart du temps, il ne voyait pas non plus la lumière naturelle. Ses seuls repères temporels étaient les repas qu'on lui apportait trois fois par jour. Par moment, il avait l'impression de perdre la tête. Il n'arrivait pas toujours à se souvenir du moment de la journée où il était. Il perdait souvent le fil. Et cette sensation était insupportable...

La seule information à ce sujet, que les gardiens avaient acceptés de laisser filtrer, c'était sur le nombre d'années qui s'étaient déjà déroulées depuis son enfermement. Mais ça se faisait si lentement que c'était plus déprimant qu'autre chose. Une année de gagnée sur sa peine, c'était surtout une année de perdue sur sa vie. Alors oui, le temps était une arme terrible et dangereuse... Surtout dans cet endroit où les secondes semblaient des heures et les minutes des jours entiers...

Et aujourd'hui n'aurait pas dû être différent des autres jours. Il s'était déjà préparé à attendre que le temps défile. Allongé sur le lit, la maigre couverture sur le corps, il fixait le plafond sans aucune expression. Il connaissait déjà par coeur les moindres défauts, les moindres fissures. Mais c'était son seul spectacle. Il était réveillé depuis... depuis combien de temps au juste ? Il n'en avait aucune idée, mais il avait l'impression que ça faisait une éternité. Pourtant, personne n'était encore venu le voir et sa cellule était toujours plongée dans l'obscurité. Alors il devait être très tôt. Peut-être même qu'il faisait encore nuit dehors... Soupirant, il ferma les yeux un instant. Il aurait bien aimé se rendormir. Le sommeil, c'était la seule chose qui faisait réellement passer le temps.

Mais lorsque du bruit se fit entendre derrière sa porte blindée, il se redressa légèrement. Il n'avait pas particulièrement faim, mais au moins, ça voulait dire qu'il avançait dans sa journée. Cependant, lorsque que la porte s'ouvrit sur l'un des gardiens, Dabi le regarda, un peu étonné. Il n'avait aucun plateau repas en mains. D'ailleurs, il ne souvenait même pas de l'avoir déjà vu... Enfin, si, peut-être... Il lui disait vaguement quelque chose, mais il n'arrivait pas à se souvenir de lui. L'homme était immense, il devait bien faire deux mètres. Sa musculature était impressionnante. Sans alter, Dabi savait clairement qu'il ne pourrait rien faire contre lui.

« Dépêche-toi et lève-toi ! On n'a pas toute la journée ! »

Sa voix était désagréable, sourde et autoritaire. Dabi retira alors à regret la couverture et se leva. Dieu qu'il détestait leur obéir comme ça. Lui qui avait été libre pendant tant d'années, qui ne s'était même pas plié aux exigences de Tomura, il était obligé de suivre chaque ordre des gardiens s'il voulait éviter les problèmes. Il s'était battu au début, mais il avait été le seul à s'essouffler... Ce qu'il était devenu le dégoûtait. Mais ce dégoût n'était plus aussi fort que pour se rebeller. Il avait juste baisser les bras. Tant qu'on lui foutait la paix, il pourrait supporter ça.

Le gardien s'approcha alors de lui et lui passa les menottes. Dabi réfléchit un moment. Il était tellement perdu dans le temps... Pourtant, il n'avait pas l'impression qu'aujourd'hui était un jour de sortie. Enfin, si on pouvait parler de sortie... Il ne quittait pas la prison bien évidemment et ne rencontrait personne. A croire qu'il était seul ici... Mais parfois il pouvait aller à la bibliothèque. D'autres fois, bien que c'était plus rare, il pouvait également profiter d'une minuscule cours extérieure. L'air frais faisait toujours du bien, mais c'était presque aussi déprimant que sa cellule. Tout était quadrillé. Même lorsqu'il levait les yeux pour observer le ciel, le grillage lui rappelait qu'il était toujours en cage. Malgré tout, ça cassait un peu sa routine morne. Seulement, ça ne pouvait pas tomber aujourd'hui... Il avait eu droit à une douche hier et sa sortie hebdomadaire avait déjà eu lieu... En tout cas, dans ses souvenirs...

Le gardien l'attrapa alors par le bras sans aucune douceur et le fit sortir de sa cellule. Ils traversèrent en silence le couloir. Il y avait d'autres portes, d'autres cellules... Mais les portes étaient bétonnées. On ne pouvait rien voir à travers. Les gardiens surveillaient chaque prisonnier grâce aux caméras qui étaient installées dans les cellules. Ils n'avaient donc pas besoin de visibilité dans le couloir. Mais à chaque fois qu'il passait par là, Dabi ne pouvait s'empêcher de se demander si les autres membres de la Ligue étaient juste là... derrière l'une de ces portes... Peut-être même que Tomura était enfermé en face de lui...

Lorsqu'ils quittèrent le couloir et passèrent plusieurs portes de sécurité, Dabi se rendit compte qu'ils se dirigèrent vers un endroit qu'il ne connaissait pas. Sans réfléchir, il se mit à ralentir l'allure.

« Qu'est-ce que tu fais ?! s'agaça aussitôt le gardien. Avance plus vite !

— Où va-t-on ?

— Tu as de la visite. »

Il s'arrêta net en entendant ces mots. De la visite ? Mais il avait pourtant précisé qu'il ne voulait voir personne ! On ne lui avait quand même pas retiré cette liberté là ?

« Crois-moi, c'est pour ton bien, soupira le gardien en voyant sa réaction. Tu vas rencontrer une assistante de justice. »

Dabi fronça les sourcils. Une quoi ? Il ne connaissait pas ce métier. Mais, normalement, ce n'était donc pas l'un de ses proches. Il se détendit un peu et reprit sa marche. Eh bien, il ne savait pas ce que cette femme lui voulait, mais au moins ça allait égayer sa journée...

Le gardien le fit alors entrer dans une petite pièce qui avait juste assez de place pour contenir une table et deux chaises placées face à face. Une femme était déjà présente. Elle avait de longs cheveux noirs et des yeux verts qui semblaient vifs. Le gardien obligea Dabi à s'assoir. Il lui laissa les menottes et lui lança un regard d'avertissement.

« Je suis juste derrière la porte. Ne fais rien de stupide. »

Sur ces mots, il sortit, les laissant seuls. Dabi détourna aussitôt son regard vers la fenêtre. La lumière du jour n'était pas très forte. Il devait être encore tôt. Peut-être dans les sept heures... Il faisait si sombre... L'hiver était là. Dabi pouvait voir des résidus de neige sur le rebord de la fenêtre. Le paysage qu'il observait n'était malheureusement pas très joyeux. C'était juste la cours extérieure. Et elle était désespérément vide.

« Bonjour, commença alors la femme qui n'avait cessé de le regarder depuis son arrivée, je m'appelle Mariko Yamani. Je suis votre assistante de justice.

— Ma quoi... ? finit par demander Dabi d'un ton paresseux.

— Je travaille pour la justice, mais je suis là pour vous aider. Un nouveau programme de réinsertion vient d'être mis en place. Je suis donc chargée de vous accompagner dans votre sortie. »

Dabi fronça les sourcils. Mais de quoi est-ce qu'elle parlait à la fin ? Sa sortie était prévue dans sept ans. C'était un peu tôt pour lui en parler.

« Je comprends votre incompréhension. J'imagine que personne ne vous a encore parlé, n'est-ce pas ? »

Dabi se contenta d'acquiescer. Mariko l'observa un moment, avant d'ouvrir le dossier qui lui faisait face.

« Vous êtes en prison depuis huit ans et cinq mois. Soit plus de la moitié de votre peine. Depuis que vous êtes ici, les gardiens ont noté que vous avez un comportement respectable. Vous ne faites pas d'histoire et suivez les ordres. Vous remplissez donc les premières conditions pour faire partie de notre programme de réinsertion.

— C'est quoi ce programme à la fin ?

— On parle de libération conditionnelle. Il s'agit de superviser certains prisonniers qui ont fait plus de la moitié de leur peine et de les aider à se réinsérer dans la société. »

Libération conditionnelle ? Réinsertion ? Mais qu'est-ce qu'elle voulait dire au juste ? Dabi avait peur de comprendre...

« Pour être plus claire, reprit Mariko, le programme propose de transformer la deuxième partie de la peine. Au lieu de la passer en prison, les personnes choisies le font à l'extérieur sous certaines conditions. »

Dabi la regarda longuement. Avait-il bien entendu ? Est-ce qu'il comprenait bien ce qu'elle voulait lui dire ?

« Votre dossier a été approuvé par le comité. Nous pensons sincèrement que vous pourriez suivre nos conditions et parvenir à vous réinsérer.

— ... Vous me proposez réellement de sortir ? Même si j'ai encore sept ans à faire ? demanda Dabi, plus que sceptique.

— Comme je vous l'ai dit, vous serez dehors, mais pas libre pour autant. Pendant ces sept années restantes, vous devez rester à la disposition de la justice et répondre à nos exigences. Si vous rompez notre contrat, vous retournerez en prison. »

Dabi avait du mal à y croire. C'était trop beau pour être vrai... Le piège résidait forcément dans les conditions. Il resta donc sur ses gardes. Même si la vie ici était horrible, au moins on lui fichait relativement la paix.

« Et quelles sont vos exigences ? demanda-t-il d'une voix lente.

— On vous trouvera un logement de taille modeste. Mais vous devrez assuré seul vos frais et vos charges. Pour cela, la première exigence est de trouver un travail. On vous aidera, mais il faudra le garder. Travailler, être de bonne volonté, c'est le plus important. Nous, on peut juste vous donner les bases, mais le reste, ce sera à vous de le gérer. »

Dabi n'aimait pas la façon dont elle présentait les choses. Comme si elle se sentait supérieure. Elle avait une manière condescendante de s'adresser à lui. Il savait travailler. Ce n'était pas parce qu'il n'avait jamais eu de travail légal jusqu'ici qu'il ne pouvait pas s'y conformer.

« Bien évidemment, vous ne devrez plus commettre aucun acte illégal. Vous n'avez pas le droit non plus d'entrer en contact avec les autres membres de la Ligue des Vilains. »

Dabi plissa les yeux lorsqu'elle lui dit ça.

« Est-ce que eux aussi vont pouvoir sortir ?

— Je ne peux rien vous dire à ce sujet.

— Dites-moi au moins s'ils sont tous ici, exigea-t-il d'une voix mécontente.

— Je ne peux pas vous donner cette information. »

Dabi avait l'impression de devenir dingue. C'était toujours les mêmes phrases... Pourquoi est-ce qu'on ne voulait pas lui répondre ? Qu'est-ce que ça pouvait bien changer pour eux de lui dire la vérité ? Cette incertitude était horrible. Et si certains s'étaient déjà fait exécutés ? Il pensait à Tomura en particulier. C'était leur chef, celui qui avait mené à bien toutes leurs opérations, celui qui avait tué All Might... Même si Dabi avait toujours aimé se moquer de lui, ils avaient créé un lien malgré tout... Tomura n'avait sans doute pas eu sa chance. Sa peine devait être plus lourde... Peut-être même qu'il avait déjà été exécuté... Cette pensée le rendait malade.

« C'est si mal que ça de vouloir savoir s'ils sont encore en vie ou non ? » finit-il par souffler.

Mariko l'observa un moment, avant de détourner le regard. Elle sembla plus intéressée par les feuilles qui lui faisaient face lorsqu'elle reprit la parole.

« Il n'y a pas eu de mort lors de vos arrestations, finit-elle par murmurer. Et la peine de mort a été abolie il y a trois ans. Personne n'a été exécuté. »

Dabi releva les yeux vers elle... Enfin une réponse... Il se sentit satisfait et... soulagé. Il n'avait jamais souhaité une telle fin pour les autres membres de la Ligue.

« En ce qui concerne vos autres conditions, reprit-elle d'une voix plus forte, vous n'avez pas le droit d'utiliser votre alter tout le long de votre peine. Vous devrez donc garder vos bracelets. Si vous essayez de les retirer, nous le saurons immédiatement. Sachez qu'ils sont également équipés d'un GPS. Nous connaitrons donc à chaque seconde votre position. Tant que vous ne quittez pas le Japon et sauf indication contraire, aucun endroit ne vous est interdit. Vous pouvez vous déplacer seul, mais n'essayez pas de nous manipuler ou de nous cacher des éléments essentiels. Si vous recommencez des activités illégales, croyez-moi, nous le saurons. Même si vous ne vous en rendrez pas compte, vous serez surveillé en permanence. »

Evidemment. C'était bien ce qu'il pensait. Libre, mais pas tout à fait. D'ailleurs, Mariko n'avait jamais parlé de liberté. Il resterait emprisonné. Sauf que ce ne serait plus dans cette prison. Et que ces gardiens se montraient plus discrets.

« Vous aurez également un responsable. Si je m'occupe aussi de votre dossier, un héros professionnel vous suivra plus régulièrement. Vous aurez des rendez-vous avec lui tous les quinze jours. Vous ne pouvez manquer aucun de ces rendez-vous. Ces suivis sont très importants. Nous évaluerons alors vos avancées, vos difficultés et autres points problématiques à des intervalles réguliers. »

Dabi se refroidit clairement à cette information. Elle, à la limite, il pourrait l'accepter, mais un héros professionnel... Il ne voulait rien avoir à faire avec eux... Encore moins s'il ne tombait sur Endeavor... ou Shoto... ou Hawks...

« Et ce serait qui ? demanda-t-il alors.

— Ça n'a pas encore été décidé, répondit Mariko. Ce sera fait lorsque vous nous aurez donné votre réponse et signé votre contrat. »

Elle l'observa un moment, comme si elle pouvait lire dans ses pensées.

« Ne vous en faites pas, ce choix n'est pas fait au hasard. Tous les héros ne participent pas au projet. Et lorsque c'est le cas, nous nous assurons d'une certaine neutralité. Il ne peut donc avoir un lien de famille avec vous. »

Dabi retint un sourire moqueur. De toute manière, il ne voyait pas Endeavor ou son frère vouloir s'occuper de son cas. Mariko reprit alors la parole.

« A partir de cette entrevue, vous avez trois jours pour prendre votre décision. Si vous acceptez, vous relirez le contrat, qui reprend tout ce que nous venons de dire, et vous pourrez sortir d'ici deux semaines, le temps qu'on mette tout en place. Est-ce que vous avez des questions ? »

Dabi resta silencieux un moment. Tout ça lui paraissait bien irréel. Le voile opaque autour de son esprit l'empêchait de savoir ce qu'il en pensait réellement. Alors, il ne put répondre que d'une seule manière :

« Non. Pas pour l'instant.

— Très bien. Je vais vous laisser ces papiers, de toute manière. Vous pourrez tout lire à votre aise. Nous nous revoyons donc dans trois jours. »

Elle lui sourit, d'un air encourageant, avant de se redresser. Elle le salua, puis quitta la pièce. Le gardien revint aussitôt et il fut raccompagné dans sa cellule dans un silence complet. A son retour, Dabi vit qu'un plateau repas était posé sur son lit. Lorsqu'il fut seul, il s'assit, posa les papiers plus loin et se mit à manger lentement. Il n'avait pas faim, mais il forçait malgré tout la nourriture jusqu'à son estomac. Le repas n'était pas bon. Cependant, depuis le temps, il s'y était fait.

Ses yeux se posèrent alors sur les documents... Il ne s'était pas attendu à ça... Une libération conditionnelle... Dans deux semaines, il pourrait être dehors s'il acceptait... Pourquoi lui avait-on proposé d'entrer dans un tel programme ? Il était plus que sceptique. Terminant péniblement son déjeuner, il finit par attraper les papiers et les lut. Mais au plus il avançait dans sa lecture, au moins il comprenait. Ce genre de conneries, c'était peut-être utile pour les petits délinquants, mais pour lui ? Ça ne lui semblait pas être destiné. Est-ce que quelqu'un était intervenu pour qu'il en bénéficie ? Après tout, on l'avait sûrement déjà fait pour réduire sa peine de prison. Dabi n'aimait pas ça. Il détestait ça même.

Ça lui rappelait ces héros qui étaient venus l'interroger peu après son incarcération. Ils avaient découvert sa véritable identité, ils voulaient comprendre. Etait-ce de la vengeance ? C'était clairement ce qu'ils voulaient entendre. Peut-être que c'était plus simple à accepter, mais Dabi avait toujours refusé d'aller sur ce chemin-là. A nouveau, c'était donner trop d'importance à Endeavor. Dabi avait fait ses propres choix, il n'avait pas agi uniquement par vengeance. Bien sûr, elle avait guidé certaines de ses actions. Sa finalité avait toujours été de s'en prendre à Endeavor, mais elle ne se cachait pas pour autant derrière chacun de ses actes... Sauf que personne ne semblait le comprendre. Etait-ce que c'était à cause de ça qu'on lui proposait ce programme ? Dabi n'en savait rien... Et dans le fond, il s'en moquait bien pour l'instant. Tout ce qui comptait, c'était ces nouvelles informations... Ses yeux ne cessaient de parcourir les mots qui lui faisaient face...

Quitter cette prison... Rien ne l'attendait dehors, mais... ce n'était pas pour ça que c'était mieux de rester ici... Enfermé dans une pièce qui ne devait pas faire plus de huit mètres carré, qui ne contenait qu'un lit et une toilette, son rythme de vie dépendait entièrement du bon vouloir des gardes qui étaient les seuls à décider du moment où ils allumaient et éteignaient les lumières... Alors que dehors... il pourrait retrouver certaines libertés... comme celle de pouvoir prendre une douche quand il le désirait, celle de reteindre ses cheveux en noirs s'il le souhaitait ou encore celle de sortir dès que l'envie l'en prenait... Il serait sous haute surveillance, mais ça lui paraissait être une meilleure perspective que de rester ici. Enfin, tout ça restait un peu trop beau que pour être vrai.

Il réfléchit de plus en plus. Qui avait mis en place ce programme au fait ? Tout comme l'abolition de la peine de mort... Tous ces changements... Dabi se demanda ce qu'il avait manqué d'autres. En réalité... En réalité, il se rendait compte seulement maintenant que tant de choses avaient dû changer en l'espace de huit années. Alors qu'il était resté à l'ombre, le monde, lui, avait continué d'avancer. Mais il ne savait rien de tout ça... Comment réagirait-il une fois dehors ? Il avait du mal à se l'imaginer...

Deux semaines... C'était juste... incroyable... Au lieu de sortir à quarante ans, il n'en aurait que trente-trois... Trente-trois ans... Ça lui laissait plus de temps... le temps d'espérer vivre encore quelque chose de sa vie... Ah... Peut-être que c'était pour ça aussi que ce programme avait été mis en place. Pour redonner de l'espoir...

D'un geste mécanique, Dabi plaça alors son plateau près de la porte et retourna sous sa maigre couverture. Couché sur le lit, il se tourna vers le mur, délaissant les documents. Il n'aimait pas ce sentiment. L'espoir. C'était un pouvoir encore plus dangereux que le temps. Mais il devait bien reconnaitre que ça fonctionnait... Il ne voulait pas rester ici pour sept années encore... Sa vie ne serait probablement jamais glorieuse, mais qu'importe... Avoir un toit sur sa tête, un boulot même déplaisant, une nouvelle routine... Peut-être qu'il pourrait s'y faire. Peut-être que ce ne serait pas aussi déprimant qu'ici. Peut-être que ce voile finirait par s'en aller.

Il respira fortement. Il n'avait aucun argument pour refuser... Enfin si... Il en avait un, juste un seul... Ici... Même si tout avait perdu de son importance, il restait Dabi... Un peu en tout cas... Malgré tout, Dabi survivait dans un coin de sa tête. Mais dehors... dehors, Dabi était le synonyme de sa vie antérieure de méchant, cette vie qu'il devrait oublier, à laquelle il ne pourrait plus retourner. Si ici, on le laissait tranquille, dehors, les héros ne cesseraient d'être sur son dos. Il n'aurait sans doute pas le choix de redevenir officiellement Touya. Et pour ça non... il n'était pas sûr d'être prêt...

Pourtant, il savait que cet endroit était mauvais pour lui. Cette perte de repère... Cet enfermement excessif... Cette déshumanisation... Il avait survécu à ces huit dernières années. Oui, survivre, c'était le bon terme. Il n'était plus qu'un corps désarticulé. Et chaque jour, ce sentiment se renforçait de plus en plus dans son esprit : celui d'être mort de l'intérieur... Il voulait que ça s'arrête... et pouvoir enfin revivre, même si c'était une vie ennuyeuse et banale.

Il s'était fait à la routine de la prison, il s'était préparé à la supporter encore de longues années, mais cette femme avait chassé sa résignation par de l'espoir. Et il n'arrivait pas à s'en débarrasser. Il n'était pas sûr d'aimer retrouver la vie extérieure avec toutes les entraves qui l'entouraient encore, mais une question ne cessait de le tarauder : est-ce qu'il pourrait supporter ses prochaines années d'enfermement en sachant qu'il aurait pu retrouver certaines libertés ? La réponse ne fut pas longue à trouver...

Au fond, il savait qu'il n'y avait pas à hésiter, que tout était bon à prendre pour quitter cet endroit. Alors, trois jours plus tard, lorsqu'il fit à nouveau face à Mariko, la décision qu'il lui annonça ne fut pas surprenante. Il savait que c'était mieux pour lui, qu'il avait besoin de sortir d'ici. Quant aux conséquences que cela aurait... Eh bien, il verrait bien au moment venu...

Avec elle, il relut donc le contrat avec attention. Il ne tenait pas à se faire avoir. Même s'il n'était pas en position de se plaindre, il ne leur faisait pas confiance pour autant. Il ne leur ferait jamais confiance...

Lorsqu'il arriva à la partie qui mentionnait le rôle de son héros responsable, Dabi marqua une pause. Il put enfin voir qui s'occuperait de son cas : Eraser Head . Ce nom lui rappela de mauvais souvenirs. Il n'avait vraiment pas hâte de lui faire à nouveau face, même s'il était satisfait que ce ne soit pas Hawks. Il eut, malgré tout, une hésitation. Ces rendez-vous avec le héros seraient une véritable torture. Devoir l'écouter, suivre ce qu'il lui dirait pour avoir la paix... ce serait bien plus difficile à faire qu'avec les gardiens, Dabi le savait... Est-ce que ça en valait vraiment le coup ? En repensant à ces heures interminables qu'il passait dans sa cellule sombre et froide, il ne put que flancher. Et puis, si cette situation pouvait ramener de la colère dans cette sombre indifférence, il ne pouvait en être que gagnant.

Après sa lecture, Dabi finit donc par signer le contrat. Et voilà, c'était officiel... Mariko lui sourit alors et reprit tous les documents.

« Je nous souhaite de faire un bon travail ensemble. Je vous attendrai à votre sortie dans deux semaines. A bientôt... »

Elle sembla hésiter sur le nom à utiliser et ne termina pas sa phrase. Elle garda, néanmoins, son sourire. Elle paraissait réellement satisfaite de cette avancée, comme si elle était contente pour eux deux. Mais Dabi, lui, ne parvenait pas à se réjouir. Un sentiment mitigé s'empara de lui. Même s'il avait hâte de sortir d'ici, il n'avait aucune idée de ce qui l'attendait à l'extérieur. Une chose était néanmoins sûre : ça ne pouvait pas être pire qu'ici...


Et voilà... Merci de m'avoir lue. Je vous dis à dans 15 jours pour le chapitre 2 qui sera centré sur Enji...

A bientôt !