Bonsoir :) Comme vous pouvez le constater, ce chapitre est tout à fait posté dans les temps... n'est-ce pas ? Ahem... Désolée... J'espère qu'il vous plaira quand même !
J'en profite pour remercier Turand pour ses conseils !
Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre deux
La journée était déjà bien entamée. L'horloge, accrochée sur l'un des murs de la salle des professeurs de Yuei, indiquait dix-sept heures passées. Pourtant, la pièce était loin d'être vide. Plusieurs professeurs travaillaient encore. Sur un coin de bureau, Enji était en train de s'énerver sur les copies de ses élèves. C'était n'importe quoi. Au plus le temps passait, au plus il trouvait que le niveau baissait. Ce n'était franchement pas glorieux. Le japonais était pourtant l'une des matières les plus importantes ! Quel genre de héros était-on si l'on ne pouvait pas parler correctement sa langue maternelle ? Parfois... Non, le plus souvent, Enji avait clairement l'impression que ses élèves n'étaient que des idiots qui suivaient la tendance actuelle ! En effet, le métier de super-héros, après avoir été en léger déclin, était de nouveau à la mode. Et il devait gérer tous ces imbéciles qui trouvaient juste que c'était un métier cool et qui étaient dépourvus de toute maturité...
Cela faisait six années qu'Enji avait accepté ce poste. Au départ, il ne voulait même pas en entendre parler. Etre professeur à Yuei, hors de question ! Il n'allait quand même pas faire comme All Might ! Mais après en avoir discuté plusieurs fois avec Fuyumi, il avait commencé à changer d'avis. Il ne se voyait pas passer ses journées à ne rien faire, après tout. Et, au final, malgré ses réticences, c'était un travail qui lui plaisait.
Il s'occupait donc des cours de japonais pour les trois années et de certains cours pratiques héroïques pour les dernières années. Il préférait ces derniers et de loin. D'ailleurs, à long terme, il ne devrait plus que dispenser ces cours. Mais le proviseur voulait prendre son temps par rapport à l'opinion publique. Enji était loin d'être patient et ça lui pesait parfois d'être cantonné à son poste de professeur de japonais. Il valait mieux que ça. Il avait été le numéro un des héros quand même! Mais ça faisait partie de l'accord qu'il avait passé avec Nezu... Chaque chose en son temps, c'était ce qu'il lui avait dit. Mais quand même... si ce temps pouvait arriver plus rapidement ! Enji avait de plus en plus de mal à supporter les bêtises de ses élèves.
La preuve encore avec ce contrôle de japonais qu'il était en train de corriger. Certaines copies étaient tellement mauvaises ! Soupirant, il finit par mettre un grand zéro en haut de la copie. C'était tout ce que l'élève méritait. Et il était encore gentil de ne pas descendre dans les négatifs.
« Oh oh, toujours aussi dur Endeavor ! »
Il ne se retourna même pas. Il avait déjà reconnu la voix insupportable de Present Mic.
« Tu sais que tu es le prof qui fait le plus peur ? reprit celui-ci tout en se posant contre son bureau.
— Je n'en ai rien à faire de ce que les élèves pensent de moi. »
Sa voix était basse et exaspérée. Sa journée finissait dans quelques minutes et il comptait bien terminer ses corrections avant de partir. Il ne releva donc même pas la tête vers lui et resta plongé dans ses copies.
« Yeah ! Tu devrais ! C'est amazing d'être le plus populaire !
— Si tu le dis. »
Même s'il se fichait complètement de ce que Present Mic lui disait, il essayait d'être un minimum courtois. C'était l'un des nombreux conseils de Fuyumi lorsqu'il avait pris ce travail. Elle voulait qu'il soit agréable avec ses collègues dans le but de se faire des amis. C'était ridicule. Il ne voulait pas d'amis...
« Plus sérieusement, Todoroki, j'organise une soirée samedi avec Shota. »
Une soirée avec Shota ? Bien sûr. Enji voyait d'ici le tableau. Present Mic avait plutôt choisi d'en faire une et Aizawa n'avait rien trouvé à y redire.
« Tu es le bienvenu si tu veux. »
Enji retint un rictus à cette phrase. Comme s'il allait se joindre à eux pour une quelconque soirée. Il n'était pas stupide, il savait très bien que sa nomination au sein de l'école n'avait pas été approuvée par tout le monde. En particulier par Aizawa. Bien que ce dernier ne lui ait jamais rien dit, il était évident qu'il ne le portait pas dans son cœur. Enji s'en fichait, il n'avait jamais prêté attention à l'opinion que les autres avaient de lui. Il avait l'habitude des critiques. Il en avait essuyé des tonnes depuis le début de sa carrière. Et ça avait été encore pire huit ans auparavant. Mais il n'avait pas vacillé. Il ne vacillait jamais.
« Je vais y réfléchir. »
Il resta néanmoins poli. Du moins, c'était le mieux qu'il puisse faire. Fuyumi serait fière de lui, tiens ! Heureusement, Present Mic sembla comprendre et n'insista pas. Il n'avait dû l'inviter que par obligation, de toute manière. Il le salua alors et alla rejoindre son propre bureau, le laissant tranquille. Enji put se concentrer pleinement sur ses copies, même si les voix de ses collègues qui commençaient à quitter les lieux résonnaient derrière lui. Dieu que c'était difficile pour lui de travailler dans un plateau ouvert. Heureusement, il avait presque fini.
Lorsque sa dernière correction fut terminée, il rangea ses affaires, salua vaguement ses collègues encore présents dans la salle et s'en alla. Il quitta l'établissement et s'élança dans l'allée. Mais alors qu'il avançait, il aperçut de longues ailes rouges bien reconnaissables devant l'entrée du lycée. Partagé entre l'envie de sourire et de soupirer, son visage resta finalement de marbre. Ça faisait bien longtemps que Hawks ne l'avait pas attendu au travail. Ce n'était pas déplaisant en soi. En réalité, Hawks était bien son seul ami. Enji appréciait sa compagnie, même s'il ne le criait certainement pas sur tous les toits.
Mais, contrairement à d'habitude, Hawks ne semblait pas enclin à rire ou à l'embêter. Ses expressions étaient plutôt fermées, malgré le maigre sourire qu'il força sur son visage lors de son arrivée. Il n'avait pas besoin de parler, Enji savait ce qui le tracassait. Lui-même sentit alors une lourdeur s'installer dans son ventre.
« Dis-moi tout, commença-t-il sans préambule.
— Dabi a été accepté dans le programme. Il va sortir la semaine prochaine. »
La phrase fut lâchée sur un ton amer. Hawks avait à nouveau laissé trainer ses oreilles. Même s'il ne participait pas à ce programme, il connaissait déjà tous les noms des criminels qui allaient bientôt en bénéficier.
Face à lui, Enji se tendit de façon imperceptible. Alors après tout ce temps, Touya allait finalement sortir... Il fronça les sourcils. Il avait peine à le réaliser. Depuis le départ, il tâchait de ne pas penser à cette possibilité, persuadé que cela n'arriverait jamais... Mais il y était... Et... il ne savait pas très bien ce qu'il ressentait. Il y avait de la colère bien sûr, une colère familière, mais il y avait d'autres choses... C'était flou, mais il n'était pas certain de vouloir savoir ce que c'était au juste...
Voyant qu'Enji ne disait toujours rien après quelques minutes, Hawks lui proposa de s'éloigner du lycée et de se rendre au café qu'ils appréciaient tous les deux. C'était un endroit qu'ils fréquentaient souvent lorsque Hawks était dans les parages, surtout quand ils traversaient des moments difficiles. Au fond, malgré les années qui avaient défilé, ils avaient toujours pu compter l'un sur l'autre, construisant lentement une solide amitié. Même s'ils avaient une grande différence d'âge, ils s'entendaient très bien.
Tout au long du chemin, Enji ne cessa de penser à la nouvelle qu'il venait d'apprendre. Et plus il y pensait, plus il avait du mal à y croire. Bien entendu, il avait suivi cette histoire de réinsertion depuis le début. Et très clairement, il avait toujours été contre ce programme ridicule, même si on ne lui avait jamais demandé son avis. Ça n'avait aucun sens pour lui de faire sortir plus tôt que prévu les criminels. Et encore moins des assassins comme Touya. Certes, il avait fait en sorte qu'il ait une peine allégée, mais cela ne signifiait pas pour autant que Touya méritait de retrouver la liberté aussi tôt...
Honnêtement, même si les médias avaient parlé de Dabi, lui n'avait jamais cru qu'il entrerait dans le programme. Malgré le fait que Touya réponde aux premiers critères, Enji savait très bien que la décision était entre les mains du comité. Un comité d'expert qui réunissait psychologues, assistants sociaux, héros, policiers et juristes. Ils ne libéraient donc pas n'importe qui. Ils faisaient même des évaluations psychologiques en externe et en interne avant de prendre leur décision. Enji avait entendu dire – par Hawks évidemment – qu'ils étaient allés rencontrer les prisonniers en prison sous de faux prétextes d'enquête. Il n'y avait donc eu aucune chance, pour Enji, que Touya réussisse ces évaluations... Et pourtant...
Pensif, il remarqua à peine qu'ils étaient arrivés à destination. Devant eux se dressaient un petit café somme toute assez classique. Enji l'appréciait parce qu'il n'y avait jamais beaucoup de monde. Comme à son habitude, il se dirigea vers la table du fond, celle qu'il trouvait la plus tranquille.
« Qui d'autre le sait ? finit par demander Enji, une fois qu'ils furent tous deux installés.
— Personne, en dehors du comité et d'Aizawa. C'est lui qui va s'occuper de son dossier. »
Enji dut se retenir pour ne pas hausser les sourcils. Aizawa était au courant ? Aizawa allait prendre en charge Touya ? Pourtant il n'avait pas changé d'attitude ces derniers jours. Il n'avait absolument rien laissé paraître. Pour une raison quelconque, cela dérangea Enji qui préféra néanmoins enchainé.
« Donc Shoto l'ignore toujours...
— Pour l'instant. Mais quelque chose me dit que Deku le tiendra au courant. »
Ils furent interrompu quelques secondes par le serveur. Hawks commanda un chocolat chaud alors qu'Enji prit un café serré.
« D'ailleurs, en parlant de ton fils, reprit Hawks une fois qu'ils furent à nouveau seuls, il va finir par me passer devant au classement s'il continue comme ça. Je me sens très menacé. »
Son sourire espiègle contredisait ses paroles. Enji en fut amusé l'espace d'un instant, même si l'esprit n'y était pas vraiment.
« Oui, je suis fier de lui, commenta-t-il. C'est un grand héros. »
Un grand héros qui n'avait plus besoin de lui depuis bien longtemps... Enji ne le dirait jamais à voix haute, mais Shoto lui manquait. Ce dernier avait quitté la maison quelques années auparavant pour vivre seul dans un appartement au coeur de la ville. Enji savait qu'il ne s'était jamais bien occupé de lui, mais son départ avait été une période difficile. Il avait craint de le perdre à tout jamais. Mais Shoto revenait vers lui de temps en temps. A sa manière. Même si c'était sans doute maladroit, Enji essayait de maintenir le lien tant bien que mal.
« Et tes autres enfants, comment vont-ils ? »
Alors que Hawks semblait prendre ses aises, Enji, lui, n'était pas dupe. Il voyait bien que Hawks faisait la conversation pour ne pas avoir à aborder directement le sujet sensible. Et peut-être que c'était mieux comme ça. Enji ne savait pas exactement comment il se sentait après avoir appris la prochaine libération de Touya.
« Fuyumi va bien. Son métier lui plait toujours et je pense qu'elle est heureuse avec son nouveau compagnon. »
Ça avait pourtant été l'une de ses craintes pendant un long moment. Fuyumi n'avait pas semblé vouloir se mettre en couple au début de sa vie d'adulte. Enji avait eu peur que cela ne soit de sa faute. Il lui avait donné un mauvais exemple... Il avait craint aussi qu'elle ne reste à la maison que pour de mauvaises raisons. Il voulait qu'elle ait sa vie à elle. Qu'elle soit heureuse. Alors quand elle lui avait enfin présenté un petit-ami, deux ans auparavant, il s'était senti soulagé, même s'il ne s'était pas montré très sympathique au départ avec cet homme. Il fallait bien qu'il s'assure que c'était quelqu'un de bien pour sa fille unique.
A présent, ils vivaient ensemble et semblaient heureux. Eh bien, c'était tout ce qui comptait. Même si ce garçon était également professeur. Il ne gagnait pas beaucoup d'argent, il ne pouvait donc pas subvenir seul au besoin de sa famille. Mais quand il en avait parlé à Fuyumi, elle s'était moquée de lui en disant que les temps avaient changé et que, de toute manière, elle ne se voyait pas arrêter de travailler. Par moment, Enji se sentait complètement dépassé par les évènements.
« Tu t'entends un peu mieux avec lui ? se moqua alors Hawks. Tu as fini par accepter qu'il ait volé ta petite fille ?
— Tais-toi ! Tu comprendras le jour où tu auras des enfants ! »
Hawks rigola longuement à cette pensée.
« Tu as trente-deux ans, il serait temps que tu t'y mettes, grogna Enji d'un air sombre.
— Tu dis ça aussi à ta fille ?
— Non, grommela le plus âge. Mais elle devrait y penser, encore plus que toi. Le temps commence à tourner.
— Tu sais que tu es sexiste au moins ? »
Enji serra les poings et lui jeta un regard furieux. Hawks se contenta de sourire, amusé par la situation.
« Allez Papy, ne te vexe pas pour si peu.
— Je t'interdis de m'appeler comme ça ! »
Les flammes léchèrent son visage dans un geste furieux alors que Hawks se tordait de rire sur son siège.
« ... Tu as pu le voir d'ailleurs la semaine passée ? finit par demander ce dernier après s'être calmé.
— Non... »
La réponse d'Enji était sombre. Il n'aimait pas s'attarder sur ce sujet. Son unique petit-enfant allait bientôt avoir trois ans. Et en trois ans, il pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de fois où il l'avait vu. Natsuo était toujours réticent à lui laisser passer du temps avec son fils. A l'époque, il avait même refusé qu'il ne vienne à son mariage. Ça avait été un coup dur. Mais que pouvait-il y faire ? Sa relation avec son cadet était désastreuse. Natsuo refusait de lui pardonner pour ses actes passés. Et c'était encore pire depuis qu'on avait découvert qui était réellement Dabi.
« Ça n'a pas d'importance, lâcha-t-il. Ne parlons pas de ce genre de futilité. »
Heureusement, dans un timing parfait, le serveur leur apporta leur commande à ce moment-là. Enji but alors une gorgée de son café, les sourcils froncés. Il était en colère. Il était toujours en colère. C'était plus fort que lui. Il en avait marre de tourner autour du pot, surtout si c'était pour parler de son petit-fils... Ça faisait sans doute du bien à Hawks, mais lui, il avait besoin de crever l'abcès une bonne fois pour toutes.
« Quand Touya va-t-il sortir exactement ? demanda-t-il alors de façon un peu trop abrupte.
— ... Jeudi prochain. »
Hawks baissa les yeux sur sa boisson. Touya. Dabi. C'était bien l'un des rares sujets qui pouvaient les déchirer. Et c'était en partie pour ça qu'ils n'en parlaient jamais. Hawks avait souffert lors de son infiltration. Beaucoup souffert... C'était une partie de sa vie qu'il aimerait pouvoir oublier... Mais ce n'était, malheureusement, pas possible. Il ne pourrait jamais oublier les crimes que Shigaraki l'avait poussés à commettre. La culpabilité était un lourd fardeau à porter... à plusieurs niveaux... Hawks ne pouvait donc pas voir Dabi comme étant Touya. Cela mettait trop à mal l'équilibre précaire qu'il tentait de maintenir dans son esprit depuis l'arrestation de la Ligue. Il ne voulait pas repenser aux moments intimes qu'il avait passé avec lui dans le but de gagner sa confiance... Alors, le plus simple pour Hawks, c'était de voir Dabi comme un vilain sans lui donner aucune autre nuance. C'était ce qu'il était après tout. Un vilain qui avait tué énormément de gens...
« Je vais devoir en parler à Rei, soupira Enji, le sortant de ses pensées. Je ne sais pas comment elle va le prendre. »
Enji but une nouvelle gorgée de son café, pensif. Il n'avait pas beaucoup parlé avec elle ces derniers temps. Il s'en voulait tellement. Si seulement il pouvait reprendre ses gestes, revenir dans le passé. Mais ce n'était pas possible... Alors il lui avait donné la seule chose qu'il pouvait : une totale liberté. Ils avaient divorcé peu après sa sortie de l'hôpital. Et depuis, ils ne s'étaient plus revus. Mais aujourd'hui, il devait prendre ses responsabilités. Enji savait qu'elle s'en voulait autant que lui. Ils étaient les parents de Touya, ils s'étaient plantés. Lui plus qu'elle. Mais les faits étaient là... Comment allait-elle réagir à l'annonce de sa prochaine sortie ? La dernière fois qu'ils avaient évoqué Touya ensemble, cela n'avait pas été sans conséquence... Enji s'en souvenait encore dans les moindres détails, même si cela faisait déjà huit ans à présent...
La Ligue venait d'être arrêtée. Le temps aurait dû être à la fête, mais les récentes révélations étaient venues tout gâcher. L'agence d'Endeavor était assaillie de journalistes. Ces sales vautours voulaient ses réactions à chaud. Mais Endeavor refusait de répondre à leur demande pour l'instant. Il était bien trop furieux pour ça. Une colère sourde et presque meurtrière remplissait tout son corps. Il n'arrivait pas à y croire... que son fils ainé ait pu tourner aussi mal... C'était inadmissible. Mais qu'en plus il s'en prenne à Shoto... Heureusement, ce dernier n'avait que des blessures superficielles. Il était déjà sorti de l'hôpital. Endeavor aurait aimé le voir, mais Shoto ne voulait pas qu'il l'approche. Depuis qu'ils avaient appris la vérité sur Dabi, aucun de ses enfants n'était venu lui parler. Ils avaient sans doute besoin de digérer tout ça... A moins qu'ils ne le mettent volontairement à l'écart... Ils avaient de quoi après tout...
Mais Endeavor était tout de même furieux. Furieux contre Dabi, mais également furieux contre lui-même. Il avait fait face à son fils au cours d'une bagarre, juste après l'attaque du nomu... Pourquoi ne l'avait-il pas reconnu ? Il aurait dû se rendre compte que c'était Touya... Mais à aucun moment... à aucun moment il n'avait pas pensé à son fils ainé... Touya était parti depuis des années. Il n'aurait jamais cru recroiser sa route un jour... Et maintenant, il devait faire face à cette situation plus que pénible.
Les médias n'arrêtaient pas de parler de sa famille. Les demandes d'interview ne cessaient d'affluer. Il avait du mal à quitter son agence et même sa maison. Ses propres enfants étaient embêtés par ces journalistes peu scrupuleux. Enji voulait juste les envoyer bouler, leur crier dessus, leur faire comprendre que ce n'était pas leurs affaires, mais il ne pouvait pas. La commission lui avait demandé de se faire discret le temps qu'ils trouvent la meilleure manière de répondre à cette crise.
En temps normal, Enji se moquait pas mal de la commission. Mais vu qu'il ne savait pas lui-même comment réagir face à cette nouvelle, il ne voyait pas l'intérêt d'aller contre leur directive. Il n'ignorait pas non plus que cette situation amenait beaucoup de tension. Alors que la population aurait dû se réjouir de la victoire des héros sur une organisation criminelle qui sévissait depuis plusieurs années, elle affichait, au contraire, un haut taux de scepticisme face aux héros.
Depuis la retraite d'All Might, la confiance accordée aux héros avait été mise à mal. Endeavor avait tout fait pour prouver qu'il était à la hauteur, mais ça avait été très compliqué. Et lorsque All Might était décédé, une pluie de critique lui était tombé dessus. Alors même qu'il n'était pas dans le secteur lorsque cela était arrivé. Cette victoire décisive aurait donc dû faire remonter la confiance de la population, mais avec cette révélation, c'était tout le contraire qui se passait.
Sur de nombreux forums, les gens commençaient à s'interroger sur l'intégrité d'Endeavor. Comment pouvait-on suivre et avoir confiance en un héros qui avait élevé un criminel aussi dangereux ? Enji savait que la situation était complexe. Tout allait dépendre de leur façon de réagir publiquement. Même s'il détestait l'admettre, Endeavor devait bien reconnaître que la commission avait peut-être raison. Mieux valait ne pas trop se précipiter au risque d'envenimer la situation.
Il pensait pouvoir gérer tout ça. Seulement, au plus le temps passait, au plus la situation empirait. Alors que la population semblait de plus en plus négative, les rumeurs sur les peines prononcées à l'égard des membres de la Ligue allaient bon train. Vu sa position, Endeavor savait démêler le vrai du faux. Et ce n'était pas bon. Pas bon du tout. A cause de la situation critique, la commission était bien décidée à redorer son blason et à montrer l'exemple. Puisque le meurtre d'All Might avait fortement ému la population, ils étaient bien décidés à requérir la peine de mort envers Shigaraki. Enji s'en fichait pas mal. Il n'était pas contre cette sanction. Mais ce qui le dérangeait plus, c'était ce qu'ils avaient prévu pour Dabi.
Enji savait qu'ils voulaient montrer que leur justice était juste et inaltérable. Il se doutait donc que Dabi ne serait pas jugé de manière équitable. Ils seraient plus dur avec lui pour bien faire comprendre à la population que personne n'était au-dessus des lois, même pas le fils du numéro un des héros. Cela dérangeait profondément Endeavor. Même s'il ne ressentait que du mépris envers les actes de Touya, il voulait qu'il puisse avoir un bon jugement. Un jugement juste. Mais cela ne semblait pas prendre cette direction. Peine de mort ou perpétuité... Cela paraissait être les deux seules options qui se profilaient...
Face à cette possibilité, Enji se sentait perdu. Et il détestait ça. Il ne supportait pas ce sentiment. Il devait toujours savoir quoi penser et quoi faire ! Cette situation lui était donc intolérable... Il ressentait la pression de tous côtés. De la commission qui n'avait toujours pas repris contact avec lui, des journalistes en recherche de scoop et de ses enfants absents qui devaient lui en vouloir. Il souhaitait faire de son mieux, mais dans cette situation précise, il était incapable de savoir ce qui était le mieux au juste... Et ce n'était pas prêt de s'arrêter...
Cela faisait trois jours que la vérité avait explosé lorsqu'il reçut un coup de fil qui le mit dans une rage folle. C'était l'hôpital de Rei. Son médecin ne l'appelait que rarement. Le plus souvent, il lui faisait son compte rendu lorsqu'Enji se rendait sur place... Mais là...
« Votre femme veut vous voir.
— ... Comment ça ? demanda Endeavor, abasourdi.
— Elle a appris la nouvelle concernant votre fils dans les journaux. Depuis, elle n'arrête pas de vous réclamer.
— Comment est-ce possible ?! s'énerva le héros. Vous êtes censé la protéger ! Comment a-t-elle pu avoir accès à ce genre d'information ?!
— Elle fait beaucoup de progrès, nous ne pouvons pas la laisser à l'écart des journaux. Et jamais nous n'aurions cru qu'une telle chose puisse arriver... »
Endeavor était furieux de ses explications. Il ne voulait rien entendre. Sa femme n'aurait jamais dû apprendre la vérité sur Touya de cette manière-là. Et surtout pas maintenant alors que rien n'était encore décidé !
« Elle ne va pas bien du tout, reprit le médecin. J'ai peur qu'elle ne fasse une rechute. Même si j'étais contre votre venue ces derniers temps, je pense qu'ici, cela pourrait être utile.
— … Très bien... Je vais venir... »
Enji raccrocha, toujours aussi furieux. Mais un autre sentiment s'empara vite de son esprit. Revoir Rei... Cela n'allait pas être facile... Pour lui, bien sûr, mais surtout pour elle. Qu'allaient-ils bien pouvoir se dire après tout ce temps ? Et surtout maintenant ? Avait-elle besoin de déverser toute sa colère sur lui ? Il serra les poings un moment. Cela ne faisait que trois jours et il ne supportait déjà plus toute cette situation. Mais il n'était pas du genre à se défiler non plus. Il prit donc quelques minutes pour se calmer avant de se rendre à l'hôpital.
Il n'aimait pas cet endroit. Il n'aimait pas l'odeur, il n'aimait pas croiser des médecins et des infirmiers qui le regardaient de travers. Il le méritait, il le savait, mais il n'aimait quand même pas ça... Arrivé sur place, il écouta à peine le médecin de sa femme qui était venu le chercher à l'accueil. Il l'insupportait trop pour ça.
« Je resterai avec vous dans la chambre. J'en suis désolé, mais c'est une mesure de sécurité. »
Enji hocha la tête, raide. Lorsqu'il fut devant la pièce, il hésita une fraction de seconde, avant d'ouvrir la porte. A peine eut-il posé un pied dans la chambre que Rei releva son visage vers lui. Assise sur le lit, elle semblait livide. Elle le regardait avec des yeux écarquillés. Enji n'osa pas avancer davantage.
« Est-ce que c'est vrai ? murmura Rei. Est-ce que c'est vrai... ? »
Elle semblait être sur le point de s'effondrer et Enji ne savait si c'était à cause de Touya ou de sa proximité.
« Oui. »
Il essayait de ne pas trop élever la voix, d'être le plus neutre possible, mais cela n'empêcha pas Rei de frissonner. Les larmes lui montèrent aux yeux, avant de couler le long de ses joues. Enji se sentait mal à l'aise. Il avançait alors de quelques pas, afin de pouvoir refermer la porte. Le médecin resta à l'écart, mais il était attentif aux moindres réactions de Rei.
« C'est de ma faute... J'aurais dû... C'est de ma faute... »
Rei ne cessait de marmonner ces mots jusqu'à ce qu'ils perdent leur sens. Enji fronça les sourcils. Il ne voulait pas la voir comme ça. Elle qui allait tellement mieux ces derniers temps. Il était hors de question qu'elle rechute à cause de leur fils ainé !
« Nos malheurs ne justifient pas nos actes, déclara-t-il alors. Tu n'es pas responsable de ce qu'il a fait. »
Rei ne répondit pas, mais continua à pleurer. Enji se sentait de plus en plus maladroit à rester bêtement debout face à elle. Cependant, que pouvait-il faire d'autre ?
« Que va-t-il lui arriver ? finit-elle par reprendre.
— Il va aller en prison.
— Mais pour combien de temps ? Les journaux... Ils ne cessent de dire qu'il mérite la peine de mort ou, au moins, la perpétuité.
— La décision n'a pas encore été prise. Mais oui, ce sera probablement l'un des deux. »
Rei poussa un cri de désespoir. Le médecin se rapprocha aussitôt d'elle, mais elle le repoussa faiblement.
« Ce n'est pas possible... pas mon Touya... Tu dois faire quelque chose...
— Je ne peux rien faire, Rei.
— Si, tu peux ! Tu es le numéro un maintenant, non ? Ne le laisse pas mourir en prison... Je t'en prie... Ne le laisse pas mourir... »
Elle semblait perdre pied de plus en plus. Elle était pâle comme la mort, ses mains tremblaient et elle avait l'air d'être sur le point de vomir. Enji eut du mal à rester insensible à cette vision. Il pouvait sentir toute sa peur... La peur qu'elle éprouvait à son égard, mais surtout la peur qu'elle ressentait à l'idée de perdre son fils ainé. Enji aurait voulu lui dire qu'ils l'avaient déjà perdu il y a longtemps, mais... mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas la faire se sentir encore plus mal qu'elle ne l'était...
« Vous devez partir, déclara le médecin en voyant que Rei ne parvenait pas à se calmer.
— ... Très bien... »
Il s'éloigna de quelques pas, avant de s'arrêter. Il lui tournait le dos, mais il pouvait entendre à sa respiration saccadée qu'elle n'allait vraiment pas bien.
« Je vais essayer... »
C'était tout ce qu'il pouvait lui promettre... Il n'était pas indifférent à son état. Même s'il n'était pas persuadé que Dabi le méritait, il pouvait le faire pour Rei... Il se devait de le faire pour Rei... et peut-être aussi pour apaiser sa propre culpabilité qu'il avait toujours du mal à reconnaître...
Le jour suivant, il retrouva donc la commission dans son propre bureau. Ils avaient l'air extrêmement tendu et fatigué par les récents évènements.
« Ça tombe bien que vous ayez demandé à nous voir, commença la Présidente. Nous sommes également parvenu à une conclusion de notre côté. »
Endeavor n'appréciait pas du tout le ton qu'elle employait.
« Je ne voulais pas parler de l'opinion publique, rétorqua Enji, mais de la peine de Dabi.
— Oui bien sûr, je comprends, lui répondit-elle d'une voix faussement compatissante. Par égard pour vous, nous n'allons pas réclamer la peine de mort. La perpétuité nous semble plus adéquate. Et cela devrait satisfaire la population. »
Enji fronça les sourcils. Il s'y attendait, mais l'entendre dire oralement n'avait rien d'agréable. Il ne pouvait s'empêcher de revoir le visage de Rei rempli de désespoir et... et celui de Touya... Quand il était plus jeune... Quand il le regardait encore avec des yeux plein d'espoir...
« Il y a moyen de lui donner une peine plus courte.
— ... C'est ce que vous voulez? lui demanda la Présidente d'un air pincé.
— Oui. Donnez lui une peine assez longue pour être réaliste, mais assez courte pour qu'il ait encore une vie après ça. »
De cette manière, Rei devrait aller un peu mieux... non ? C'était tout ce qu'il pouvait faire en tout cas. Face à lui, les membres de la commission ne parurent pas surpris, comme s'ils s'attendaient à cette réaction. Le visage de la Présidente se fit malgré tout plus fermé.
« Vous vous rendez compte de ce que vous nous demandez, Endeavor ? Pendant des années, nous avons couvert les conséquences de votre attitude, mais on ne peut pas continuer aujourd'hui. La population a les yeux rivés sur les procès qui vont arriver. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être indulgent. Ce qui nous ramène à la raison première de notre visite... »
Enji n'aimait pas du tout la tournure que prenait la conversation. Et encore moins le ton hautain de la Présidente.
« Nous devons réagir face à cette révélation. Et il faut le faire en notre faveur. Au plus nous laisserons trainer tout ça, au plus il y a un risque que d'autres éléments ressortent. Il est hors de question que la population commence à se questionner sur votre façon d'élever vos enfants ou sur la raison de la présence de votre femme dans un hôpital psychiatrique. Les gens creusent face au silence. Nous avons donc annoncé un communiqué cet après-midi.
— Et vous me prévenez seulement maintenant ? grogna Endeavor.
— Nous sommes persuadé que vous saurez prendre la bonne décision... »
Elle lui fit un sourire mielleux qui ne fit que renforcer sa colère.
« Vous n'allez rien avouer du tout. Que votre comportement ait été à l'origine du changement de camp de Dabi ou non, cela n'a aucune importance, mais surtout, cela ne les regarde absolument pas. Vous comprenez ? Cependant, vous ne pouviez nier vos responsabilités en tant que héros numéro un. »
Enji fronça les sourcils. Il commençait à sentir où elle voulait aller, mais cela ne lui plaisait absolument pas.
« La population a besoin d'avoir confiance dans le système héroïque. Alors admettez que vous avez eu une défaillance. Admettez que vous avez commis une erreur d'appréciation. Insistez bien sur le fait que la nouvelle génération, qui a vaincu la Ligue, est tout à fait apte à reprendre le flambeau, et démissionnez. »
Enji sentit la colère monter en lui. Démissionner ?! Et puis quoi encore ?!
« Nous ne pouvons pas vous garder dans nos rangs, reprit la Présidente. Pas après tout ça. Alors vous avez deux possibilités : soit démissionner et passer pour quelqu'un de bien; soit nous forcer à vous virer et passer pour un mauvais héros sans aucun discernement. A vous de choisir. »
A vous de choisir ?! Comme s'il y avait le moindre choix dans ce qu'elle venait de lui présenter ?! Bien entendu qu'il ne voulait pas perdre la face, qu'il préférait partir de la meilleure façon possible. Mais il ne voulait pas partir pour autant !
« Je sais que vous êtes en colère, mais vous devez comprendre notre position. Si on ne fait rien, c'est comme si on acceptait qu'un héros puisse élever un vilain, que ce n'est pas grave, que les héros sont au-dessus de ces considérations. Cela aurait peut-être marché à une époque, mais plus maintenant. Nous avons besoin d'un geste fort de votre part pour leur montrer que notre système fonctionne. Démissionnez et les gens vous aimeront d'avoir pris vos responsabilités. Ils vous trouveront même admirable de prendre pour votre fils si ingrat qui ne mérite pas un tel père. »
Enji se sentait coincé. Ce qui l'énervait d'autant plus.
« C'est tout ce qui compte, l'opinion publique hein ?! grogna-t-il. Vous êtes prêt à tout pour redorer votre image pathétique !
— Exactement... Les temps sont durs... Vraiment, nous préfèrerions que vous collaboriez avec nous. Cela aurait de meilleures conséquences sur la population et pour vous-même. Vous saurez rebondir après ça. »
Voyant qu'Endeavor ne semblait toujours pas vouloir céder, la Présidente reprit :
« Si vous allez dans notre sens, nous accepterons de faire un geste pour vous également. Vous vouliez une peine plus légère pour Dabi, cela peut se faire.
— Ah oui et comment allez-vous l'expliquer à votre chère population ?
— Dabi a donné des informations sur la Ligue à Hawks, répondit la Présidente. Bien sûr, il l'a fait parce qu'il pensait que c'était un allié, mais il suffit de modifier un peu la réalité. Ce n'est pas bien compliqué. On saura faire croire aux gens qu'il a volontairement donner des informations aux héros, qu'il a collaboré avec nous pour avoir une peine réduite. »
Enji serra les poings. Il savait que c'était important pour Rei, pour ses autres enfants et... et même pour lui, mais la façon dont tout cela était amené le mettait en colère.
« Nous allons vous laisser y réfléchir quelques heures. Le communiqué aura lieu à quinze heures. Pensez-y Endeavor... Vous pouvez passer pour quelqu'un de bien en faisant cela et éviter le risque que des gens mécontents viennent fouiller dans votre passé et ne viennent déranger votre famille. Quant à Dabi... Nous pouvons certainement descendre jusqu'à quinze ans de prison... N'est-ce pas là un accord correcte ? Songez à la population, elle a besoin d'être rassurée, elle a besoin de croire de nouveau au système héroïque... »
Cette phrase, prononcée huit ans auparavant, lui revenait encore parfaitement en tête, alors que le silence s'était installé à table. Replongé dans ses souvenirs, Enji avait du mal à garder son calme. Même après tout ce temps, ces évènements lui restaient en travers de la gorge. Et même si la commission avait eu raison (la population avait réagi favorablement à sa démission, retrouvant leur confiance et saluant le courage d'Endeavor), Enji ne l'avait jamais accepté. Et y repenser était difficile pour lui. Heureusement, Hawks semblait comprendre ce qu'il ressentait. Il buvait tranquillement son chocolat chaud, sans essayer de l'entrainer dans une conversation. Enji appréciait ça. Etre en sa compagnie l'aidait à y voir plus clair. Hawks avait souvent cet effet là sur lui...
Enji avait craint de le perdre après les évènements qui s'étaient déroulés il y a huit ans. Quand la vérité sur Dabi avait éclaté... Quand Enji lui avait demandé de taire ses mensonges... Hawks n'avait pas apprécié, mais il était resté malgré tout. Enji savait qu'il ne méritait pas son dévouement. Cependant, il était tellement soulagé de l'avoir qu'il ne pouvait le refuser. Hawks n'avait jamais minimisé ses actes, mais il lui avait dit que ce n'était pas à lui de le juger. Enji savait que, malgré tout, l'image que Hawks avait de lui s'était un peu effritée. Mais c'était mieux comme ça. Au lieu de l'idéaliser, Hawks avait enfin une vision correcte de lui. Et c'était sans doute grâce à ça qu'ils pouvaient être réellement amis.
Il finit par inspirer profondément. Il pensait qu'il avait encore du temps avant de faire face à Touya, mais savoir qu'il n'avait plus qu'une semaine... Il devait bien reconnaître qu'il ne savait pas quoi faire... Pour une fois, il décida de mettre son ego de côté et requit l'aide de son cadet.
« Tu crois que je devrais aller le voir à sa sortie ?
— ... Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée..., répondit Hawks à voix basse. Après tout ce temps, c'est impossible de savoir ce qu'il pense de toi.
— Je voulais le voir quand il était en prison ! J'étais prêt à entendre tous ses reproches ! C'est lui qui a refusé ! Qu'est-ce que je pouvais faire de plus au juste ? »
Hawks le regarda un moment. C'était une situation compliquée. Il avait son avis sur la question, bien entendu, mais il savait également qu'il était de parti pris.
« Parfois, certaines relations ne peuvent être sauvées, déclara-t-il après quelques minutes. Tu n'as pas bien agi envers lui, mais il a fait ses propres choix ! »
Enji le fixa un instant. Ce n'était pas dans les habitudes de Hawks d'être aussi dur avec quelqu'un d'autre. Mais vu ce qu'il avait vécu, c'était sans doute normal. Dabi avait commis tant d'atrocité... Même s'il savait qu'il était mal placé pour juger, Enji ne pouvait, malgré tout, pas oublier les actions de Touya. Il avait toujours haï les vilains. Il ne pouvait pas dire qu'il haïssait Touya, mais... mais c'était compliqué. Dans tous les cas, même si Hawks avait raison, il devait prendre ses responsabilités. Il fallait qu'il fasse face à Touya.
« Je n'irai pas le voir directement, reprit-il alors, mais plus tard. Il faut au moins que j'essaye Hawks. »
Hawks ne répondit pas, se contentant de hausser les épaules. A vrai dire, la conversation le mettait mal à l'aise. Parler de Dabi était toujours aussi pénible, même après toutes ces années...
Ils finirent alors leur boisson en silence, avant de quitter le café. Enji observa du coin de l'oeil Hawks. Il avait ses propres soucis en tête, mais cela ne l'empêchait pas de voir que le plus jeune n'allait pas bien. Toute cette histoire devait raviver de mauvais souvenirs.
« Fais attention à toi, marmonna-t-il alors lorsqu'ils s'apprêtèrent à se séparer.
— Tu t'inquiètes pour moi, Enji ? Quel honneur ! »
Hawks rigola doucement, mais Enji savait que ce n'était que de la comédie. Il pouvait lire au-delà de la barrière que le plus jeune mettait devant lui. Il ne comptait pas le lâcher aussi facilement.
« Ne t'en fais pas, reprit Hawks comme s'il avait lu dans ses pensées. Je vais gérer, comme toujours. »
Enji ne répondit pas, se contentant de grogner, plus que sceptique. Ils finirent ensuite par se saluer et Hawks s'éloigna vers la gare alors qu'Enji rentra chez lui.
Ce dernier se sentait lessivé. Il avait l'impression qu'une journée entière s'était écoulée depuis qu'il avait quitté Yuei. Heureusement, le trajet en voiture n'était pas très long. Il retrouva assez vite sa maison... Une maison immense... Une maison vide... Tous ses enfants vivaient désormais ailleurs. Rentrer chez lui n'avait donc jamais rien d'agréable...
Dès qu'il pénétrait dans le hall d'entrée, son regard tombait systématiquement sur les photos qui étaient accrochées au mur. C'était une idée de Fuyumi pour rendre la maison plus chaleureuse. Elle voulait la rendre accueillante pour les fêtes de famille. Mais pour le moment, il n'y avait eu aucune fête ici. Aiichiro, le fils de Natsuo, allait bientôt fêter son troisième anniversaire. Il aurait aimé pouvoir les inviter pour l'occasion. Revoir toute sa famille... Il avait fait tellement d'erreurs avec ses enfants. Une part de lui voulait se rattraper avec son petit-fils. Construire une relation qu'il n'allait pas gâcher pour une fois. Si seulement Natsuo acceptait de le laisser faire. Mais il ne pouvait que comprendre sa réticence...
Parmi toutes les photos, il y en avait une devant laquelle il s'arrêtait plus souvent que les autres. Et aujourd'hui ne fit pas exception. Elle représentait ses quatre enfants. Il pouvait voir leur visage, souriant, un peu hésitant. Ses doigts passèrent sur celui de Touya. Les cheveux blancs en bataille, les yeux bleus aussi perçants que les siens, le corps maigre et trop petit pour son âge... Si seulement, Enji avait su prendre soin de lui... Touya était son premier enfant. Malgré ses ambitions, Enji avait ressenti beaucoup d'émotion à sa naissance. D'autant plus que l'accouchement avait été compliqué. Rei avait du accouché en urgence deux mois plus tôt que la date prévue. Né prématurément, Touya avait eu beaucoup de problème. Il avait même été infernal quand il avait pu retourner à la maison. Enji se souvenait sans peine de ses cris à ne plus en finir. Rei avait été épuisée, il avait même engagé une nounou pour la soulager. Mais lui...
Lui n'avait jamais réussi à s'en occuper. Même s'il était la chair de sa chair, il l'avait délaissé rapidement en le voyant être aussi faible. Il avait tellement honte de lui désormais, mais à l'époque, il était obnubilé par la première place. Battre All Might... Touya n'en était pas capable... Du moins, c'était ce qu'il avait cru en premier lieu. Ce fut pour ça qu'il avait eu Fuyumi peu de temps après. Pourtant, malgré les apparences et contre toutes attentes, Touya avait hérité de son alter. Un alter de feu puissant et destructeur. Un feu plus puissant que le sien. Enji avait alors commencé à le regarder d'une manière différente. Finalement, ce fils faible et fragile en valait peut-être la peine...
Il l'avait alors entrainé durement. Trop durement. Le corps de Touya n'était pas fait pour être capable de supporter une aussi grande puissance. Il n'était tout simplement pas fait pour son alter. Enji n'avait pas écouté ses plaintes. Pourtant, dans le fond, il le savait, il savait que c'était vrai, mais l'avait forcé malgré tout. Forcé jusqu'à ce que le corps de Touya craque.
Il avait tout gâché. Ils avaient pourtant eu une relation particulière, avant la naissance de Shoto. Mais cette dernière avait tout détruit. Forcément, Enji avait mis Touya de côté pour s'occuper de son dernier fils. Et ce qui en avait découlé... Enji n'était pas aveugle, il s'en était clairement rendu compte, mais il avait préféré faire comme s'il ne voyait rien. Parce que, c'était horrible à dire, mais à l'époque, il n'en avait rien eu à faire.
Touya était devenu jaloux. Touya était devenu amer. Mais ces sentiments s'étaient lentement transformés en profonde dépression. Touya avait décliné d'année en année. Et quand Rei avait quitté la maison, c'était devenu pire que tout. Et il n'avait rien fait...
Enji passa une main sur son visage d'un geste nerveux. Il avait tout foiré. Et maintenant... Il ne savait plus quoi faire. Même après sa conversation avec Hawks, il se sentait tout aussi perdu. Décidant de repousser ses pensées dans un coin de sa tête, il finit par se ressaisir et sortit son téléphone. Il chercha le numéro de Rei, hésita un instant, avant de pousser dessus. En temps normal, il ne serait pas passé par là, il aurait directement été chez elle. Mais il ne pouvait agir de la sorte avec son ex-femme. Même si elle allait mieux et avait réussi à le revoir, elle n'était pas remise de leur histoire pour autant. Elle ne le serait jamais. Il attendit donc avec patience qu'elle décroche. En espérant qu'elle décroche.
« ... Enji ? »
La voix faible de son ex-femme lui parvint à ses oreilles. Elle semblait sur ses gardes.
« Bonjour Rei, commença-t-il en se forçant pour que son ton soit le plus calme possible. Comment vas-tu ?
— Je vais bien et toi ? »
Elle était toujours tendue, mais sa voix se fit un peu plus forte.
« ... Il faut que je te parle de quelque chose d'important, Rei...
— De quoi il s'agit ?
— De Touya. »
Il y eut un silence, avant que son ex-femme ne reprenne la parole.
« Il lui est arrivé quelque chose ? demanda-t-elle avec crainte.
— Non... Il va bien. Enfin, je suppose. Ce n'est rien de grave. Mais il y a du nouveau... par rapport à sa peine de prison. »
Il l'entendit haleter.
« C'est lié à ce programme dont tout le monde parle ? finit-elle par reprendre d'une voix tremblante d'espoir.
— Oui. Il va pouvoir en bénéficier... Il va sortir de prison la semaine prochaine. »
Rei ouvrit grand les yeux, surprise. La semaine prochaine ? Mais... Il en avait encore pour sept ans normalement. Elle baissa la tête. Des larmes remplirent ses yeux alors que ses mains se mirent à trembler.
« Aussi vite, je... j'ai tellement espéré que cela arrive, mais... Il va vraiment sortir... ? On va... On va pouvoir le revoir... »
Enji ne dit rien, mais il repensait aux paroles de Hawks un peu plus tôt. Ils ne savaient pas ce que Touya avait en tête. Enji n'avait même jamais su ce que Touya pensait de sa mère. Leur relation était floue pour lui. Il ne s'y était jamais intéressé par le passé, et maintenant ce serait juste déplacé de poser des questions à Rei à ce sujet. Mais, malgré tout, Touya ne l'avait pas autorisé non plus à venir le voir en prison.
« Rei... Je voudrais quand même te dire de faire attention. On ne connait rien de lui. Même si c'est notre fils, ce Dabi, c'est une part de lui qu'on n'avait jamais vu. »
Rei s'essuya les yeux, essayant de se calmer. Mais elle avait du mal à gérer ses émotions après une telle nouvelle. Elle avait suivi les journaux, elle avait questionné Shoto, ... elle avait attendu d'en savoir plus... tout en ayant peur de trop y croire...
« Je le savais..., murmura-t-elle. Enfin, pas à ce point, mais... j'avais déjà pressenti qu'il avait une part d'ombre en lui. Par moment, il avait un drôle de regard... Mais jamais je n'aurais cru qu'il puisse commettre des actes si horribles. Je m'en veux tellement. Je ne l'ai pas toujours bien traité. Son alter de flamme... Sa personnalité... le fait que je voulais compenser pour Shoto... Et si c'était de ma faute s'il était devenu Dabi ? »
Enji dût se retenir pour ne pas grincer des dents. Cette discussion, ils l'avaient déjà eu quand Touya avait été envoyé en prison. Il ne tenait pas à revenir là-dessus.
« Il est le premier responsable de ses actes. Ce qui compte maintenant, c'est ce qu'on va faire.
— ... Est-ce que les enfants sont au courant ? demanda Rei.
— Shoto ne va pas tarder à l'être.
— Il faut le leur dire.
— Bien sûr, concéda Enji.
— Natsuo saura sans doute ce qu'il faut faire. »
Rei savait que de la famille, c'était Natsuo qui avait été le plus proche de Touya. Ils avaient toujours eu une relation très forte. En théorie, c'était lui le mieux placé pour savoir comment contacter Touya, même si Rei n'aimait pas trop cette idée. C'était placer sa responsabilité sur les épaules de son fils. Sans parler du fait que Natsuo n'était peut-être pas prêt. Elle ne savait pas ce qu'il pensait de tout ça. Elle avait essayé d'en discuter plusieurs fois avec lui, mais Natsuo ne s'était pas épanché. Il lui avait juste répondu que c'était comme ça. En voulait-il à Touya ? Le haïssait-il ? Ressentait-il encore cette complicité qui les avait longtemps lié ? Rei n'en avait aucune idée. Ils n'étaient pas doué pour la communication dans cette famille. C'était tellement plus simple de tout garder pour soi. Elle ne pouvait pas le forcer à se confier. Mais maintenant... vu la situation, il allait bien falloir...
« Je peux leur dire si tu veux, proposa Enji soucieux de ne pas donner trop de fardeau à Rei.
— Non, ça va. Je les vois bientôt, je le ferai... Enfin, si ça te convient.
— Bien sûr. »
Enji était un peu amer. Il était à nouveau dépossédé de son rôle parental, mais il ne pouvait rien dire. Ce n'était pas comme s'il ne l'avait pas cherché.
« Est-ce que tu as eu des nouvelles, d'ailleurs, pour les trois ans d'Aiichiro ? demanda-t-il malgré lui.
— Oui. Natsuo et Hanayo ont fixé la date. Ils le feront le jour même chez eux. »
Enji acquiesça, raide. Natsuo ne lui avait rien dit. Il supposait donc qu'il n'était, à nouveau, pas le bienvenu.
« S'il ne t'en a pas encore parlé, c'est parce qu'il veut me protéger, déclara Rei comme si elle pouvait lire dans ses pensées. Tu sais comment il est. Si têtu. Il a hérité ça de toi. »
La phrase était prononcée avec une étrange douceur. Comment Rei pouvait-elle se montrer aussi gentille avec lui après tout ce qui s'était passé ? Il ne méritait pas ça.
De l'autre côté du téléphone, Rei affichait un léger sourire sur son visage, malgré la peur qu'elle ressentait. Parler avec Enji était éprouvant. Heureusement, elle n'était pas seule. Tout au long de la conversation, elle n'avait quitté des yeux son nouveau compagnon. Sa présence la rassurait. Elle savait qu'elle ne risquait rien. Même si elle ne voulait plus avoir de contact avec son ex-mari, elle pouvait le gérer lorsque ça arrivait.
« Nous verrons bien, finit par soupirer Enji. Mais tiens-moi au courant quand tu leur auras parlé de Touya. J'aimerais qu'on soit soudé là-dessus. »
Rei hocha la tête. Un noeud se forma dans son ventre lorsqu'elle repensa à son fils ainé. C'était tellement plus facile de parler de ses autres enfants... Elle s'en voulait tant... Elle ne savait pas comment réagir. Là-dessus, elle était bien au même niveau qu'Enji. Comment reprenait-on contact avec l'un de ses enfants qu'on avait plus vu depuis dix-huit ans ? Le lien entre un parent et son enfant était censé être naturel... Mais pas pour elle... Elle avait réussi à renouer avec Fuyumi et Natsuo. Elle avait même pu se pardonner et se faire pardonner par Shoto. Mais Touya... Ce dernier n'était jamais vu la voir à l'hôpital... Même avant qu'elle ne s'en aille, leur relation s'était ternie...
« Bien sûr, Enji. Je suis d'accord avec toi. »
Malgré les craintes qu'elle ressentait toujours, pour une fois, elle était contente qu'il soit à ses côtés. Même s'il n'était pas plus doué qu'elle, sa détermination avait un côté réconfortant... Peut-être qu'ensemble, ils allaient enfin réussir à faire quelque chose de bien...Et ce fut ce sentiment-là qui les enveloppa tous deux lorsqu'ils finirent par raccrocher...
Après cette conversation, Enji se sentit un peu mieux. Il ne savait toujours pas ce qu'il ressentait, mais il savait au moins ce qu'il devait faire. Et tant qu'il n'était pas perdu à ce niveau-là, il savait que tout irait bien...
Et voilà... Suite à ce chapitre, je tenais quand même à préciser quelque chose d'important pour moi. Même si dans cette histoire, Rei aura quelques contacts avec Enji, cela ne signifie pas que toutes les femmes qui ont été maltraitées doivent en faire de même. Même si l'agresseur regrette, même s'il change, il n'y aura jamais d'obligation à lui pardonner et à renouer avec lui. Prenez soin de vous, c'est le plus important !
Sinon, malgré mon retard, le prochain chapitre sera bien posté à la date prévue, donc ce dimanche-ci.
Merci pour votre lecture. J'espère que ça vous a plu.
