Chapitre trois

Deux semaines, quatorze jours, 336 heures...

Dabi n'avait cessé de penser au temps qui défilait, couché sur son lit. Il comptait les repas et tentait de ne pas perdre le fil, mais il avait du mal. Il dormait toujours beaucoup. Il n'avait pas eu de sortie ces derniers jours en plus. Comme si sa prochaine libération incitait les gardiens à le garder exclusivement dans sa cellule jusqu'au bout.

Mais alors que la date butoir approchait, Dabi le sentait de moins en moins. Il avait relu plusieurs fois les documents laissés par Mariko, essayant de voir s'il avait raté des phrases en petits caractères. Il se demandait encore où était le piège... Même si le suivi avec ce héros s'annonçait particulièrement pénible, Dabi avait encore du mal à croire qu'il pourrait vivre seul. Comment est-ce que ça allait se passer au juste ? Du jour au lendemain, on allait réellement le laisser seul ? Le changement lui paraissait tellement abrupt qu'il était plus que sceptique. Enfin, il serait surveillé en permanence, mais il retrouverait pleinement son autonomie... Même s'il avait reçu une tonne de papiers à lire et à signer après avoir avoir accepté d'entrer dans le programme, certains points lui paraissaient encore flou...

A quoi ressembleraient ses rendez-vous avec Eraser Head ? Et comment allaient-ils le forcer à se réinsérer dans la société ? Ils allaient l'obliger à avoir un travail respectable... Mais qu'allait-on lui demander de faire au juste ? Dabi avait toujours aimé avoir sa tranquillité et son propre rythme de vie... Il se sentait de moins en moins confiant... Il espérait ne pas avoir fait d'erreur en acceptant ce programme. Une part de lui ne voulait toujours pas sortir. Dehors... Il n'avait jamais trouvé à sa place à l'extérieur. Pas avant qu'il ne se joigne à la Ligue en tout cas. Grâce à eux, il avait eu une bonne excuse pour libérer son alter et sa colère...

Il jeta un air sombre aux bracelets qui entouraient ses poignets. Il les sentait à peine, mais il ne pouvait les oublier. Il devrait encore les porter tout au long de sa conditionnelle. Retrouver la vie active sans pouvoir se servir de son alter... Il n'aimait pas ça. Cela lui rappelait une mauvaise époque de sa vie. Celle où il vivait encore avec son père...

Dabi soupira. Il avait beau ne pas savoir ce qu'il attendait, il ne pouvait, malgré tout, pas s'empêcher de continuer à compter. Bientôt, il ne resta plus qu'une semaine... cinq jours... trois jours... un jour...

Le matin de sa libération, Dabi fixait le plafond de sa cellule sans vraiment l'apercevoir. Il ne cessait de se poser des questions sur ce qui allait arriver. Il n'avait aucune idée de la façon dont cette journée allait se dérouler. Il se sentait en position de faiblesse et il détestait ça...

Mais alors qu'il était plongé dans ses réflexions, la porte de sa cellule grinça, s'ouvrant sur un gardien que Dabi avait déjà vu quelques fois. Malgré son air froid et sa carrure impressionnante, il était plutôt sympathique – enfin, comparé aux autres.

Quand il entra dans la pièce, Dabi se redressa, quittant sa maigre couchette.

« Tu vas pouvoir sortir maintenant. Tu es prêt ? lui demanda l'autre homme.

— Oui. »

Non. Mais ça n'avait pas vraiment d'importance. Il s'avança alors vers le gardien et s'arrêta devant lui, attendant qu'il lui mette les menottes.

« C'est fini pour toi tout ça, sourit le gardien. Tu es libre. »

Dabi le regarda un instant. Rien à faire, cette phrase résonnait étrangement dans son esprit. Même si ce n'était pas tout à fait correct, il était quand même libre d'une certaine manière...

« Tiens, reprit le gardien tout en lui donnant une petite boite en carton. Rassemble tes affaires. Tout ce que tu laisseras ici sera jeté. »

Dabi prit la boite d'un geste nonchalant. Il n'avait pas grand-chose à prendre avec lui. Il mit dedans ses documents importants et les deux rares livres qu'on l'avait autorisé à garder. Puis, il suivit le gardien, sans aucune entrave. Ils déambulèrent dans plusieurs couloirs. C'était un vrai labyrinthe ici, Dabi en perdait le fil. Et tous ces systèmes de sécurité ! Il ne serait pas surpris si on le faisait tourner en rond exprès pour qu'il n'ait aucun repère.

Lorsqu'enfin le gardien s'arrêta, ce fut dans une petite salle où étaient entreposés plusieurs dizaines de grands casiers. Il se dirigea vers l'un d'entre eux et l'ouvrit à l'aide d'une clé. Il en ressortit les vieux habits de Dabi. Ceux qu'il portait sur lui au moment de son incarcération. Dabi remarqua qu'ils avaient été lavés parce qu'il n'y avait plus aucune trace de sang dessus.

« Change-toi et rejoins-moi dans le couloir. »

Sur ces mots, il quitta la pièce pour lui laisser une certaine intimité. Dabi changea alors rapidement de vêtements. Il n'était pas mécontent de quitter l'horrible uniforme de la prison. Lorsqu'il remit sa longue veste noire, il soupira, satisfait. Il se sentait bien mieux comme ça. Après avoir déposé ses anciens vêtements dans le bac, il sortit à son tour. Il suivit alors le gardien qui l'entraina dans plusieurs couloirs, lui faisant à nouveau perdre le sens de l'orientation. Mais, bientôt, Dabi aperçut la lueur du jour. Son appréhension se mit à grimper en même temps que ses pas le rapprochaient de la sortie. Il ne restait plus qu'une dernière grille de sécurité à ouvrir. Le gardien se tourna alors vers lui.

« C'est une vraie chance qu'on te donne. Ne la gâche pas. Je ne veux plus jamais te voir ici, d'accord ? »

Dabi acquiesça d'un geste faible. Les portes s'ouvrirent finalement. Le gardien l'accompagna jusqu'à l'extérieur, où l'attendait son assistante de justice. En la voyant, Dabi fut rassuré. Il avait craint un instant que ce ne soit quelqu'un d'autre qui ne vienne le chercher...

L'air frais frappa alors son visage. Cette sensation si banale, si ordinaire lui fit pourtant une étrange impression...

Ses yeux se levèrent vers le ciel. La lumière l'éblouissait. Toutes ces années passées à l'ombre de sa cellule, éclairé aux lampes de mauvaises qualités avaient dû altérer sa vue... Ses yeux lui faisaient un peu mal, mais, pourtant, ça lui faisait du bien aussi. Il retrouvait enfin ces sensations-là.

« M. Todoroki... »

Dabi tourna un regard incrédule vers Mariko. Cette dernière semblait mal à l'aise. Clairement, elle ne savait pas comment elle devait l'appeler.

« ... Suivez-moi s'il vous plait. »

Dabi remarqua enfin qu'elle l'attendait auprès d'une voiture. Il acquiesça alors et s'avança vers elle. Arrivé près du véhicule, il se tourna une dernière fois. Le gardien était déjà retourné à l'intérieur. Dabi fixa un instant l'immense bâtisse qui lui faisait face. Il avait encore du mal à réaliser qu'il partait d'ici pour toujours... Enfin, s'il arrivait à suivre sa conditionnelle. Cet endroit... Même de l'extérieur, il était peu accueillant. Dabi se souvenait sans peine de ce qu'il avait ressenti quand il avait été emmené ici. Il avait eu beau faire semblant de rien, il avait eu peur malgré tout. L'enfermement... Cette perte totale de liberté... les quinze ans qui l'attendaient... Oui, ça l'avait effrayé. Mais maintenant qu'il pouvait enfin en sortir, il se rendait compte qu'il n'était pas tellement plus rassuré que le jour de son arrivée...

Alors que Mariko s'installa derrière le volant, il prit place à ses côtés. Il soupira longuement tout en fermant la portière. Il détestait les trajets en voiture, il était vite malade. Un mal qui était apparu dans sa petite enfance et qui n'avait jamais disparu.

« Vous êtes prêt ? »

Encore cette question. Ça ne touchait que le matériel, il en était persuadé. Et de ce côté-là, oui, il était prêt. Il avait tout ce qu'il lui fallait. Mais pour le reste... Non, il ne serait jamais prêt. Il finit, malgré tout, par acquiescer et Mariko démarra la voiture. Dabi resta silencieux. Il aurait dû avoir pas mal de question à lui poser. Pourtant, il se moquait bien de tout ça. De l'endroit où ils allaient, où il allait vivre, de tout ce qui allait changer pour lui. Pour l'instant, tout ça n'avait pas de réelle importance. Ce qui comptait, c'était juste le paysage qui défilait sous ses yeux. Il avait du mal à croire que tout ça était bel et bien vrai.

Après toutes ces années en prison, il pouvait enfin retrouver la vie réelle. L'extérieur... Il n'avait jamais réalisé, avant son incarcération, à quel point cette liberté était précieuse. Tout comme le fait de pouvoir s'informer. Il ne savait rien de ce qui s'était passé ces huit dernières années et il se sentait complètement impuissant. C'était sans doute pour ça qu'il observait avec tant d'attention le paysage. Il voulait voir si les choses avaient changé en son absence. Mais, jusqu'ici, aucun changement ne lui sautait aux yeux.

Des arbres, des maisons... La vie qui reprenait son cours... Non, en fait, c'était pire que ça, c'était la preuve que la vie avait continué sans peine en son absence. Non pas qu'il en doutait, mais... le voir de ses propres yeux n'était tout de même pas très agréable.

La voiture roula pendant plusieurs heures. N'importe qui d'autre aurait essayé de faire la conversation, mais Mariko semblait comprendre son besoin de calme. Elle ne prononça pas un mot, le laissant dans une bulle silencieuse bien agréable. Dabi ne se sentait pas à l'aise. En dehors du fait qu'il avait mal de tête et qu'il se sentait légèrement nauséeux, un autre mal le rongeait. La part de lui qui n'avait pas envie de cette nouvelle liberté ne cessait de se poser des questions. Qu'allait-il faire ? Qu'allait-il devenir ? Il n'avait aucune ambition, aucune réelle envie. Sans la Ligue, sans Shigaraki, sans moyen concret pour pouvoir mener à bien ses idéaux, ... plus rien n'avait de sens... Il était juste... mort de l'intérieur. Alors est-ce que cela avait un intérêt ? A part celui d'avoir un quotidien un peu plus confortable...

La voiture finit par quitter l'autoroute et s'engagea sur des petites routes. Dabi essaya de reconnaitre la ville. Ça ressemblait à Tokyo... Une ville qu'il ne connaissait que trop bien... Il finit par reconnaitre certains bâtiments. Ils étaient à Shinagawa. Le véhicule finit par s'immobiliser dans une petite rue remplie de résidences qui semblaient être des appartements. Comme Mariko sortit de la voiture, il en fit de même, non sans un certain soulagement.

« C'est ici que vous allez vivre. » déclara alors Mariko d'une voix enjouée.

Dabi releva les yeux. Il était face à un haut bâtiment. Il compta douze étages. C'était un immeuble typique des grandes villes. L'aspect n'était pas insalubre. De l'extérieur en tout cas...

« Suivez-moi, je vous expliquerai tout ça à l'intérieur. »

A l'aide de clé, elle ouvrit la porte d'entrée et entra dans l'immeuble. Ils marchèrent dans le petit hall pour rejoindre l'ascenseur. Une fois à l'intérieur, elle appuya sur le numéro sept. L'ascenseur monta, tandis que Dabi resta silencieux. Il ne savait pas quoi penser, mais il ne se sentait, à nouveau, pas très à l'aise.

Une fois arrivé au bon étage, ils sortirent dans le couloir. Il y avait quatre portes sur le pallier. Mariko le mena à la première sur la droite.

« C'est un studio de quarante mètres carrés, proche des magasins, déclara-t-elle tout en pénétrant dans l'appartement. Il appartient au gouvernement et a été mis à leur disposition pour le programme de réinsertion. Vous êtes donc locataire et vous devrez payer un loyer. »

Dabi l'écouta sans rien dire. Son regard se perdait sur les lieux tandis que Mariko lui fit rapidement le tour du propriétaire. C'était bien plus grand et plus propre que tout ce qu'il avait connu avant la prison. La cuisine était ouverte sur le salon. L'endroit était très lumineux grâce aux deux grandes porte-fenêtres qui menaient à une petit terrasse. La chambre était à part. C'était petit, à peine de quoi mettre un lit et un petit meuble, mais ça lui suffisait amplement. Tout était déjà meublé au minimum.

« Toutes les informations sont sur ces papiers. »

Mariko lui montra un dossier qu'elle posa sur la table.

« Vous voulez qu'on regarde ça ensemble ? »

Dabi acquiesça. Mieux valait montrer qu'il s'intéressait un minimum, même si ce n'était pas spécialement le cas... Ils s'assirent alors tous deux. Les chaises n'étaient pas inconfortables... Malgré lui, Dabi laissa son regard trainer à travers la fenêtre... Le temps n'était pas très beau. Les nuages se faisaient de plus en plus présents et grisâtres. Il allait sans doute pleuvoir. Mais il ne pouvait s'empêcher d'être fasciné par cette vision.

« Bien, alors..., commença Mariko tout en sortant certaines feuilles. Voilà, ça, c'est le loyer que vous devrez payer tous les mois. Vous voyez, là c'est la date limite pour faire le paiement et là, le numéro de compte. »

Dabi força son regard à revenir sur les documents qu'elle lui présentait. Bien, oui, il savait lire. Il n'était pas stupide tout de même.

« Ici se trouve mon numéro de téléphone. Si vous avez le moindre problème, n'hésitez pas à m'appeler ! A tout instant, d'accord ? Je suis là pour ça. »

Dabi acquiesça pour la forme, mais se promit déjà de ne jamais utiliser son numéro.

« De toute façon, je reviendrai vous voir d'ici un mois. Je préfère mener les premiers rendez-vous à domicile. C'est une meilleure manière pour moi de m'assurer que tout va bien pour vous. »

Ou pour mieux me contrôler, corrigea Dabi dans sa tête.

« Sinon, vous verrez Eraser Head demain à dix heures. Je vous ai noté l'adresse ici. Au dos, vous avez l'itinéraire en métro. Ce n'est pas très compliqué. Mais ne soyez pas en retard. C'est un rendez-vous très important. D'autant plus que c'est lui qui vous a trouvé votre travail. Il vous expliquera tout ça demain. En attendant, tenez... »

Elle sortit du dossier une carte bancaire qu'elle lui tendit.

« Elle ne contient pas beaucoup d'argent pour l'instant, juste le strict nécessaire pour vous permettre de vivre avant de recevoir votre salaire. »

Dabi la prit du bout des doigts. Malgré son âge, il n'en avait jamais eu une auparavant. Il s'était toujours servi d'argent liquide. Il n'était pas stupide. C'était sans doute censé passer pour un acte charitable, mais ça n'en était pas un. Avec cette carte, tous ses achats seraient traçables. Il allait falloir qu'il trouve un distributeur. Et puis... il n'aimait pas cette idée d'être redevable. Il n'avait rien demandé. Il pouvait s'en sortir seul... Même si, sans argent, la tentation de replonger dans les activités illégales était plus forte...

« Cet argent est une avance, reprit Mariko. Il sera retiré de votre première paye. »

Ah, là c'était plus clair et plus logique.

« Vous pouvez trouver toutes les informations nécessaires sur cette carte ici. »

Dabi laissa trainer ses yeux sur le papier, retenant mentalement le code qui y était associé.

« Je vous ai, également, noté plusieurs adresses de commerce utiles.

— Très bien...

— Sinon, ça aussi c'est important. Tenez. »

Elle lui tendit une autre carte.

« Nous l'avons fait refaire un peu avant votre libération. Votre nouvelle adresse est déjà écrite dessus. »

Dabi plissa les yeux lorsqu'il lut Touya Todoroki sur sa carte d'identité. Ils avaient dû utilisé une des photos prises lors de son arrivée en prison... C'était étrange d'avoir à nouveau ses papiers en règle...

« Voilà, je pense que j'ai fait le tour. Vous avez d'autres questions ?

— Pas pour l'instant. »

Il allait lire ces documents plus tard, mais il n'était pas inquiet. Il avait toujours su se retrouver quand il vivait dans la rue. Il n'y avait pas de raison que cela ait changé.

« Est-ce que vous voulez que je fasse un tour des environs avec vous ?

— Non. »

Non mais pour qui elle le prenait ? Il n'était plus un gamin. Il n'avait pas besoin qu'elle le prenne par la main.

« Très bien... Si vous n'avez plus d'autres demandes, je ne vais pas tarder à vous laisser. »

Les yeux de Dabi s'écarquillèrent à cette phrase. Comme ça ? Aussi vite ?

« Nous voulons vraiment vous laisser le plus d'autonomie possible, reprit-elle en voyant son expression. Cela fait partie du programme. »

Sans doute, mais il avait du mal à s'y faire. Après avoir été sous surveillance non-stop pendant huit années, il trouvait ça hallucinant qu'on le laisse seul aussi rapidement.

« Vous êtes sous libération conditionnelle dès aujourd'hui. Il n'y a donc aucune raison pour que vous ne retrouviez pas cette liberté. Nous sommes vraiment intransigeant sur ce point, sinon le programme n'aurait aucun sens. »

Probablement. Cependant, il aurait cru que la transition serait peut-être moins brutale... bien qu'effectivement, il ne voyait pas ce qu'elle pourrait encore lui dire... et il n'était pas contre son départ.

« Bien, avant d'y aller, j'ai encore quelques recommandations pour vous... Sachez que c'est une chance que l'on vous offre. Un chance précieuse et unique. Si vous la gâchez, vous n'en aurez pas d'autres. Je sais que sortir de prison n'est pas aussi simple que ce que l'on pourrait croire. Les premiers jours sont souvent déstabilisants, c'est pourquoi il est préférable que l'ancien détenu ne reste pas seul, mais vu votre situation... »

Ils s'échangèrent un regard tandis qu'elle hésitait sur les mots à employer.

« N'hésitez vraiment pas à m'appeler si vous n'allez pas bien. Ce ne sera jamais vu comme quelque chose de négatif. Au contraire même. D'ailleurs, si vous décidez un jour de commencer une thérapie, cela serait très positif pour votre dossier. »

Dabi fut complètement blasé en entendant cette phrase. Comme s'il allait aller voir un psy. Il n'avait absolument aucune confiance en ces gens-là.

« Sachez qu'Eraser Head et moi-même, nous nous réunirons tous les mois pour discuter de votre situation. Il nous incombe de vérifier si vous respectez bien vos conditions de libération. Alors, si vous avez la moindre question à ce niveau-là, le moindre doute, vous n'hésitez pas. D'accord ? »

Dabi acquiesça plus pour la forme qu'autre chose.

« Bien... Et s'il y a un problème dans votre collaboration avec Eraser Head, venez m'en parler également. Je suis là pour vous aider. D'ailleurs, souhaitez-vous que je vous accompagne à votre rendez-vous de demain ?

— Non... »

Sa voix était terne et fatiguée. Elle commençait sérieusement à l'agacer avec son attitude.

« Parfait. Dans ce cas, il n'y a plus qu'à espérer que notre collaboration se passe pour le mieux. Je vous souhaite bon courage. »

Après s'être assurée qu'il l'ait bien entendue, elle le salua. Dabi fit un geste vague de la tête. Mariko le regarda alors une dernière fois, comme pour s'assurer qu'il n'avait réellement plus besoin de rien, puis elle s'en alla, laissant derrière elle un long silence étrange et intense.

Dabi regarda autour de lui, un peu perdu. Et maintenant ? Qu'était-il censé faire ? Ses armoires ne contenaient que le strict nécessaire. Peut-être devrait-il aller faire quelques courses. Il ne savait pas... Peut-être qu'il y verrait plus clair après son rendez-vous du lendemain... Mais en attendant, que faire ? Il regarda l'heure qu'affichait son micro-onde. Il n'était qu'onze heures du matin. Il regarda longuement les chiffres. La notion du temps... Il avait de nouveau droit à l'avoir... Ce n'était rien... C'était tout...

Il soupira... Il se sentait encore plus perdu. Une partie de lui était restée en prison. Et peut-être qu'elle y serait pour toujours. Ce studio était agréable, bien situé, lumineux et loin d'être insalubre. Mais ce n'était pas lui... Perdu, il finit par s'éloigner dans la salle de bain, pour passer un peu d'eau sur son visage et peut-être profiter d'une douche. Maintenant qu'il pouvait décider quand en prendre une et combien de temps rester sous l'eau, il n'allait pas s'en priver...

Mais lorsque son regard croisa son reflet dans le miroir, il se stoppa net. Il n'aimait pas se voir, pas de cette manière-là. A la prison, il n'avait pas souvent l'occasion de faire face à sa propre image et quand c'était le cas, il faisait ça rapidement sous une lumière terne et faible. Mais ici... Il ne pouvait s'empêcher de s'attarder sur ses traits. Sa main passa lentement sur son visage, touchant sa peau rugueuse. Ça avait un meilleur aspect que ce qu'il avait remarqué jusqu'ici. Avec une bonne luminosité, il pouvait mieux apercevoir les détails. Sa peau marquée était juste un peu plus foncée. Ce n'était pas si visible que ça. Enfin, comparé à avant... Il ne ressemblait plus tellement à un monstre ou un cadavre ambulant. Même si ses cicatrices ne pouvaient pas passer inaperçues, elles semblaient moins prononcées malgré tout...

Ses yeux remontèrent ensuite vers ses cheveux blancs. Il les détestait toujours autant. En se regardant dans le miroir, il avait l'impression d'être une toute autre personne. Une personne qu'il ne connaissait pas. Si différente de Touya, si différente de Dabi. Peut-être qu'au fond il n'était juste plus personne. Un mort encore en vie. Un simple corps sans âme. Marcher, avancer, manger, ... Il effectuait tout ça comme un automate. Mais était-ce si grave ? C'était comme ça, c'était tout.

Au moins, il avait vécu. Ça avait été court, mais il était allé au bout de ses idées, au bout de sa colère. Maintenant, il faisait face aux conséquences. La prison n'était pas la seule entrave à sa liberté. Même en étant dehors, il était toujours prisonnier. Parce que son châtiment, il se l'était pris à perpétuité. Il n'existait plus. Tout ce qui survivait de lui, c'était ce corps décharné qui n'était qu'un vulgaire mélange entre ce qui avait défini Touya et ce qui avait caractérisé Dabi.

Il détourna alors les yeux du miroir et retira rapidement ses vêtements. Il entra dans la douche et fit couler l'eau. De plus en plus chaude. La chaleur n'était pas un réel problème, même si sa peau fut rapidement marquée de rouge. Il avait l'habitude avec son alter... Ça lui faisait du bien... Il resta longtemps sous l'eau, appréciant les picotements que cela provoqua sur sa peau. Il était entouré par de la vapeur. C'était agréable. Il frotta longuement ses cheveux, avant de laver son corps. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait plus pu prendre son temps pour ça. Il faisait trainer les choses exprès, se détendant lentement. Lorsqu'il eut fini, il coupa l'eau à regret et sortit, enroulant son corps dans un épais essuie de bain. Le miroir était désormais couvert de buée. C'était bien mieux comme ça...

Quand il sortit de la salle de bain, séché et habillé, il se retrouva confronté au même problème que tout à l'heure. Que devait-il faire à présent ? Il n'avait rien... Il avait, certes, passé des années sans rien, déambulant dans les rues, mais c'était différent malgré tout. Il n'avait pas ce vide en lui...

Il se laissa alors tomber sur le divan et fixa le plafond. Comme à la prison... Est-ce que tous les prisonniers se sentaient comme ça quand ils pouvaient enfin sortir ? Qu'était-on supposé faire pour reprendre sa vie en main ? Est-ce que ça en valait seulement la peine ? Peut-être que non... Peut-être qu'il devrait juste fuir tout ça... Il y avait pensé en prison, mais avec toutes ces caméras braquées sur lui, c'était impossible. Mais ici... Il était seul, personne ne le surveillait. Du moins, à sa connaissance... Ce serait facile. Ce ne serait pas la première fois qu'il essayerait...

Dabi ferma les yeux et soupira profondément. Il s'en souvenait parfaitement. De cette nuit où tout aurait dû finir. Mais c'était tellement différent d'aujourd'hui. Aujourd'hui, c'était le vide qui l'entourait. A l'époque, ça avait été un trop plein d'émotions négatives. Il ne savait pas ce qui était le pire. Peut-être que les deux étaient tout aussi horribles à leur manière. Mais Dabi se demandait quand même s'il ne préfèrerait pas ressentir à nouveau la douleur qui l'avait paralysé à l'époque. La souffrance, la jalousie, la rancoeur... Au moins, il se sentait vivant. Douloureusement vivant, mais vivant quand même. Alors que maintenant...

Il imaginait déjà les grands titres s'il venait à s'ôter la vie. Ou peut-être que non. Peut-être que tout le monde l'avait oublié et qu'on se fichait bien de Dabi. Peut-être qu'Endeavor avait fait en sorte d'effacer son nom de la mémoire collective. D'ailleurs, est-ce que cet enfoiré était toujours numéro un ? Il y avait tant de chose qu'il ignorait... Comme sur Shoto. Malgré lui, la curiosité était là. Est-ce que le fils parfait avait réussi à réaliser les attentes de son cher père ? Ah... Peut-être qu'il était encore amer après tout... Mais cette ignorance l'avait tant rongé en prison... Sauf qu'il n'y était plus.

Dabi se redressa, étonné de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il n'avait ni ordinateur, ni téléphone portable – il avait bien remarqué le téléphone fixe dans le salon, mais ça ne lui serait pas d'une grande utilité pour ce qu'il voulait faire. Ceci dit, il n'en avait pas besoin pour mener à bien ses recherches. Il n'avait qu'à se rendre dans un cyber-café. Il remit donc ses bottes et sortit de son appartement sans attendre, tachant de ne pas oublier les clés.

Une fois dehors, il inspira profondément. Il se sentait un peu incertain. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'on le laissait réellement seul et aller où il voulait. Enfin, ce n'était pas tout à fait exact. Il se savait qu'on avait placé un localisateur géographique dans son bracelet qu'il ne pouvait retirer. Ils l'espionnaient surement à distance. Mais qu'importe. Il avait bien le droit d'aller dans ce genre d'endroit. Il ne comptait rien y faire de mal en plus.

Il fallait juste le trouver. Dabi connaissait vaguement le quartier, mais ça faisait bien longtemps qu'il n'y avait pas mis les pieds, même avant son incarcération. Ce n'était rien, ça lui faisait une excuse pour découvrir les environs. C'était l'une de ses vieilles habitudes, quand il devait sans cesse changer d'endroit : toujours connaitre comme sa poche les rues qui l'entouraient.

Marcher dans la rue sans devoir se cacher... C'était nouveau ça aussi. Et pourtant, personne ne faisait attention à lui. Personne ne semblait reconnaitre le méchant Dabi. Et ce n'était sans doute pas plus mal. Il avait suffisamment à gérer comme ça. Il avait l'impression d'être comme dans un rêve. Il savait que c'était réel, mais, en même temps, ça lui paraissait tellement étrange... Etre dehors... Sans aucune contrainte... seul... Il n'arrivait définitivement pas à s'y faire.

Alors qu'il avançait à pas lents, il ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'oeil discrets derrière lui. On devait forcément le suivre. Le contraire lui paraissait impensable. Mais, dans tous les cas, il ne ressentait aucune menace. Il ne semblait être qu'un passant parmi tant d'autres dans cette ville. Pour la première fois, il fut content que son apparence physique ait changé. Au moins, personne ne le remarquait. Cela ne durerait peut-être pas, alors il devait en profiter...

Il visualisa assez rapidement où se trouvait les magasins alimentaires, ainsi que le centre commercial. Et au bout de vingt minutes de marche, il trouva ce qu'il cherchait. Il entra dans le cyber-café et loua une pièce individuelle. Il l'avait souvent fait, juste après s'être enfoui de chez lui, quand il n'osait pas encore passer la nuit dehors. Une fois seul, il s'installa sur la chaise et alluma l'ordinateur. C'était tellement étrange. Tout était allé si vite. Il devait s'habituer, se réadapter. Pour l'instant, tout lui paraissait flou. Comme si son esprit était en dehors de son corps et que celui-ci continuait de fonctionner par pure habitude.

Il lança le moteur de recherche sans attendre et, sans aucune hésitation, il écrivit le nom de la Ligue des Vilains. Plusieurs articles lui apparurent alors. Plissant des yeux, il essaya de repérer un site fiable. Lorsqu'il cliqua sur le lien, son regard parcourut rapidement les mots qui lui faisaient face.

Il regarda ensuite d'autres articles, et encore et encore. Il dut faire pas mal le tri. Il ne cherchait pas de débat, ni d'opinion quelle qu'elle soit. Il voulait juste les faits. Il finit donc par apprendre que Shigaraki avait été sauvé de la peine de mort grâce à une réforme de la loi. Il était actuellement détenu en hôpital psychiatrique. Ce que beaucoup de personnes n'avait pas trouvé juste. Dabi lui-même ne savait pas trop quoi en penser...

Au moins, Shigaraki n'était plus à Tartarus... C'était sans doute mieux comme ça... Il n'aurait pas pu supporter cet endroit bien longtemps. Même s'il était fort, il avait toujours eu une santé mentale fragile. Mais comment était l'hôpital psychiatrique ? Est-ce que c'était réellement mieux que Tartarus ? Dabi avait besoin de savoir. Dabi avait besoin de le revoir. Mais c'était impossible avec cette interdiction de revoir la Ligue... Il devrait attendre sept ans... Une éternité... Non, il allait falloir qu'il trouve une solution pour au moins avoir de ses nouvelles. Il ne trouvait aucune indication sur la durée de sa peine. Sans doute qu'elle était à vie...

La plupart des autres membres de la Ligue avait atterri à Tartarus également, sauf Twice qui avait directement intégré un hôpital psychiatrique. Les peines oscillaient entre quinze ans et la prison à vie... Dabi avait vraiment eu de la chance... A moins que son intuition ne se soit révélée juste. Quelqu'un avait plaidé en sa faveur. Vu sa position dans la Ligue, il aurait dû avoir le même châtiment que Shigaraki ou, au moins, une peine de prison à vie. Quinze ans... C'était lui qui avait eu la peine la plus légère au final... Ça cachait forcément quelque chose... Mais il n'était pas sûr de vouloir le savoir...

Soupirant fortement, il finit par se ressaisir. Si, il allait faire face à la vérité quelle qu'elle soit. Après toutes ces années passées dans l'ignorance, il ne tenait plus à y rester. Il tapa alors son nom dans le moteur de recherche...

Dabi, le célèbre tueur incendiaire, va-t-il pouvoir bénéficier de ce nouveau programme d'insertion ? De nombreuses voix s'élèvent en opposition !

Dabi tiqua. Il n'avait pas besoin de ce genre d'article ridicule. Il voulait plutôt savoir ce qui s'était passé bien avant ça. Il remonta donc dans ses recherches, tachant d'en apprendre plus.

Scandale : l'un des membres de la Ligue des Vilains, Dabi, s'avère être le fils ainé d'Endeavor !

Touya Todoroki, véritable identité de Dabi, le terrible meurtrier !

Arrestation de Dabi ! Effroi dans le monde héroïque !

Endeavor assume être responsable des actes de son fils.

Quinze ans de prison seulement pour Touya Todoroki, son nom de famille a-t-il joué un rôle ?

Endeavor déclare ne plus être apte à être un héros après l'arrestation de l'un de ses enfants.

Endeavor démissionne, Hawks devient le nouveau numéro 1 des héros !

Les mots défilèrent sous les yeux de Dabi. Plus qu'étonné, il lisait les moindres détails qui s'affichaient devant lui. Il ne sut qu'en penser... Endeavor avait renoncé à son rôle de héros pour atténuer sa peine... Ça n'avait aucun sens. Dabi pensait que c'était peut-être Shoto qui était intervenu en sa faveur... Il avait réellement beaucoup de mal à croire ces articles. Mais ce qu'il lut ensuite le désarçonna encore plus.

Révélations de dernière minute ! Dabi aurait collaboré par les héros pour avoir une peine plus légère !

Quoi ? Dabi fronça les sourcils, tout en lisant l'article. C'était... c'était n'importe quoi. Ce n'était jamais arrivé ! Jamais il n'aurait trahi les autres pour avoir une peine plus courte. D'où sortaient ces mensonges ? Etait-ce une manipulation d'Endeavor ? A moins que... Hawks aurait-il menti à la commission pour lui ? Le cœur de Dabi rata un battement à cette pensée, mais il se ressaisit très vite. Non. C'était impossible. Cela avait forcément un lien avec la démission d'Endeavor. Mais c'était tellement étrange...

Dabi se laissa aller contre son siège, réfléchissant. Jamais, jusqu'ici, il n'avait eu conscience que son arrestation ait pu avoir de telles conséquences sur son géniteur. Et, honnêtement, il ne savait pas ce qu'il en pensait. C'était trop flou dans son esprit. Mais c'était une bonne chose que ce faux héros cesse de pratiquer son travail. Cependant, la nouvelle était tellement surprenante qu'il ne put s'empêcher de vouloir en savoir plus. Il fit alors rapidement une nouvelle recherche pour connaitre le top dix actuel des héros...

Le nouveau top des héros a été révélé lundi ! Sans surprise, il n'y a pas eu de changements majeurs parmi les premières places. Retrouvez ci-dessous le classement intégral des 100 meilleurs héros actuels !

1. Deku

2. Ground Zero

3. Hawks

4. Shoto

5. Edgeshot

6. Miruko

7. Sun Eater

8. Dieu Sylvestre

9. Nejire-chan

10. Ouragan

11. ...

Il y avait des images à côté... Alors ce gosse... Celui que Shigaraki voulait tant tuer... C'était lui le numéro un à présent ? Dabi se souvenait de la force incroyable qu'il avait déployée contre Shigaraki. Peut-être que ce n'était pas si étonnant que ça dans le fond... Et Katsuki... Ce sale gamin qu'ils avaient kidnappé pour en faire un vilain était numéro deux. Dabi l'avait pourtant bien dit à Shigaraki que ça ne servait à rien. Mais à l'époque, Shigaraki ne l'écoutait pas... Chassant ses souvenirs, il passa rapidement sur le nom de Hawks, ne voulant pas s'y attarder. Le numéro quatre était bien plus intéressant. Shoto n'était donc pas premier, ni même deuxième. Un sourire mauvais s'afficha sur le visage de Dabi. C'était mesquin, mais qu'importe. Ce n'était pas comme s'il l'avait porté dans son coeur un jour. Ils ne se connaissaient même pas réellement. Les liens du sang n'avait parfois aucune signification...

Mais en tout cas, c'était vrai alors... Il n'y avait plus aucune trace d'Endeavor... Il n'arrivait toujours pas à savoir comment il se sentait... Il ne voulait pas trop y penser... Ses émotions étaient toujours trop confuses quand il pensait à sa famille. Mieux valait laisser ce sujet loin de son esprit...

Il passa alors son temps à s'informer sur des choses et d'autres. Plus que de la connaissance, il cherchait surtout à tuer le temps. Rien ne l'attendait chez lui. Il n'avait aucune perspective en dehors de son rendez-vous du lendemain. Ça ne l'enchantait pas des masses, mais au moins ça lui faisait une activité. Il en était arrivé là... Peut-être que ce héros saurait le renseigner sur l'état de santé de Shigaraki. C'était tout ce qui importait encore à Dabi.

Mais il ne pouvait malheureusement pas dépenser trop d'argent dans ce cyber-café. Il finit donc par sortir après quelques heures. Il ne rentra pas directement à l'appartement. Ce n'était pas vraiment chez lui de toute façon et il se sentait mieux dans les rues. Après tout ce temps passé enfermé, il voulait juste sentir l'air frais sur son visage, dans ses cheveux, même si les nuages étaient toujours là. Heureusement, les rues n'étaient pas fort fréquentées. Même après toutes ces années de solitude, Dabi ne tenait pas à passer du temps entouré. A vrai dire, il voulait plutôt fuir les autres comme la peste.

Il marcha donc sans but, sans faire attention au temps qui passe. Il essayait de s'habituer à nouveau à l'extérieur, à cette semi-liberté qui s'offrait à lui. Il aurait voulu ressentir plus d'émotions que ça, mais son cœur resta terne...

Au bout d'un moment, il décida de passer au magasin pour s'acheter quelques vêtements. Juste le strict nécessaire, mais au moins de quoi pouvoir s'habiller différemment plusieurs jours d'affilé. Après ça, il ne trouva plus d'excuse pour rester à l'extérieur. La pluie s'était mise à tomber. Cela ne le dérangeait pas tant que ça. Ça faisait si longtemps qu'il n'avait plus senti la pluie sur lui. Mais... il se sentait fatigué... tellement fatigué...

Il retourna à son appartement vers dix-huit heures. Après avoir rangé ses affaires, il se rassit sur le divan. Le silence l'entourait. Un silence lourd et pesant. Avec son premier salaire, il faudrait qu'il s'achète une télévision pour qu'il ait au moins de quoi passer le temps. Qu'allait-il faire de sa soirée ? En temps normal, il aurait été trainer dehors. Il avait toujours aimé marcher pendant la nuit. C'était son élément. Mais il ne s'en sentait pas la force. Pourquoi faire de toute manière ? Errer sans but ? Il l'avait trop fait. A l'époque, il était animé de rage. Ça l'aidait à se sentir vivant. Mais une coquille vide ne pouvait pas être vivante. Il n'y avait plus rien qui l'animait.

Et puis, mine de rien, sans qu'il ne s'en rende compte sur le moment même, ça lui avait fait un choc de lire toutes ces nouvelles. Les autres membres de la Ligue... Les savoir dans cette situation, c'était pénible pour lui. Oh oui, tout le monde disait qu'ils l'avaient bien mérité, qu'ils n'avaient eu que ce qu'ils cherchaient. Peut-être oui. Mais ils devaient souffrir malgré tout... Souffrir ou pire... Se sentir vide... Se sentir mort... Comme lui...

Dabi ferma les yeux. Il ne voulait pas penser à ça. Il ne voulait penser à rien... A rien du tout... Et être juste allongé sur le divan. Ne rien faire. C'était peut-être tout ce qu'il était capable de faire pour l'instant. Si pathétique... Il ne valait vraiment rien décidément. Etre ici ou en prison... Il s'était bercé d'illusion, ça n'allait rien changer.

Il dut s'obliger à se préparer à manger. On lui avait laissé des ramen. Parfait. Il n'aimait pas perdre son temps à cuisiner de toute manière. Il força ensuite la nourriture au fond de sa gorge. Ça n'avait rien de plaisant, rien d'agréable. C'était juste nécessaire. Oui, il était bien mort à l'intérieur... Chaque minute qui passait depuis sa libération ne faisait que lui confirmer cette sensation.

Il n'y avait pas d'alcool dans les provisions données par la commission. Evidemment. Ce n'était pas une surprise. Il aurait dû en acheter. Peut-être que se perdre dans l'alcool lui aurait fait du bien... Mais il n'avait rien et il n'avait plus envie de ressortir. Il se sentait juste épuisé... Epuisé de tout... Epuisé de la vie. Il alla alors dans sa chambre, retira ses vêtements qu'il laissa simplement trainer au sol et se glissa dans ses draps. Ils sentaient bons, ils avaient dû être récemment lavés. On faisait beaucoup trop d'effort pour qu'il soit bien installé. Ça cachait quelque chose. C'était toujours comme ça quand on était gentil avec lui après tout.

C'était ce qui c'était passé avec Hawks. Bon, pas au début. Au début, le héros avait été trop sur ses gardes. Il avait clairement eu du mal à communiquer avec lui. Dabi aurait dû rester sur cette première impression ! Mais au fil du temps, il s'était rapproché de lui, faisant semblant d'avoir les mêmes intérêts. Lui faisant presque les yeux doux. Dabi ne l'avouerait jamais, mais il avait toujours manqué d'affection. Et quand ce type avait commencé à lui en donner, il s'était laissé prendre au piège. Hawks était beau et il avait réussi à l'atteindre... Mais, au final, tout ça, c'était faux. De simples illusions. Des mensonges horribles.

Même si sa haine avait disparu avec le temps, comme toutes ses émotions d'ailleurs, il savait qu'il ne pourrait jamais pardonner ça. Il pourrait pardonner l'infiltration de Hawks dans la Ligue, mais pas le fait qu'il ait joué avec ses sentiments. Peut-être qu'il avait imaginé tout ça, dans le fond... Mais il avait réellement senti comme... une forme de tendresse entre eux... Il devait vraiment perdre la tête à cette époque... Comme si quelqu'un pouvait avoir de la tendresse pour lui... Pas quelqu'un comme Hawks en tout cas. Le héros n'était pas assez abimé que pour tomber aussi bas. Pas comme l'étaient les autres membres de la Ligue.

Et dire que c'était de sa faute... De la faute de Dabi s'ils étaient emprisonnés. Et maintenant, il était le seul à être sorti... Même s'il s'était toujours montré détaché d'eux, la culpabilité était un lourd fardeau... Fermant les yeux pour dormir, Dabi ne put s'empêcher de souhaiter qu'il ne se réveille pas.

Mais la vie ne fut pas clémente avec lui. Elle ne lui permit pas de quitter la partie aussi facilement. Dabi se réveilla avec les premiers rayons de soleil qui infiltrèrent son appartement. Tellement habitué à ne pas avoir de rideaux, il n'avait même pas pensé à les tirer...

Il avait étrangement bien dormi. Son matelas était bien plus confortable que celui de la prison. Il s'étira et regarda l'heure. Bien, il avait largement le temps de se préparer avant son rendez-vous. Il se leva, un peu hagard. Ça lui fit bizarre de pouvoir se réveiller comme ça... De ne pas entendre les gardiens dans le couloir, de ne pas avoir ce grincement caractéristique de la porte qui annonce le repas. Ce silence... Si différent de celui de la prison... Il n'a même pas entendu ses voisins...

C'était sa première nuit en dehors de la prison... Il n'arrivait toujours pas à savoir comment il se sentait. Tout ça... c'était tellement étrange. Il suivait les évènements, sans trop se poser de questions, comme un automate. C'était ce qu'il était devenu après tout... Un simple corps. Il aurait tant voulu se réjouir ou même ressentir une quelconque émotion autre que la lassitude. Il était sorti de sa cellule et pourtant, c'était comme s'il y était encore. Comme si elle s'était simplement changé en studio. Même sa sortie de la veille n'avait pas réussi à lui faire quitter son état presque... comateux... Oui, peut-être que c'était le bon terme. Il voyait la réalité, mais il ne la vivait pas réellement. Il était à un pas de côté... Un pas de côté de son corps, un pas de côté de sa vie. Est-ce que cette sensation s'en irait un jour ?

Poussant un soupir, il finit par repousser ses draps et se dirigea vers la cuisine. Il se prépara à manger. Ses gestes étaient lents, encore un peu endormis. Mais il ne pouvait s'empêcher d'apprécier cette nouvelle liberté, de pouvoir enfin reprendre le rythme qui lui plaisait. C'était toujours ça de pris, même s'il savait qu'il passerait les heures après son rendre-vous à errer dans l'appartement. Tout en mangeant, il fit mentalement l'inventaire de ce qu'on lui avait donné. S'il arrivait à se motiver assez, il pourrait faire quelques courses cette après-midi. Juste des choses élémentaires, il devait faire attention avec l'argent après tout. Il ne se voyait plus voler de la teinture noire. Retourner en prison pour une bêtise pareille, ce serait stupide. Il allait falloir qu'il y réfléchisse. Mais en attendant, il était temps pour lui d'aller à son rendez-vous. Dabi reprit alors le plan que Mariko lui avait laissé.

Apparemment, l'agence d'Eraser Head n'était pas très loin. Il n'avait qu'à prendre deux stations de métro. Ça ne devrait pas être compliqué... Mais lorsqu'il sortit de son appartement et que l'air froid s'engouffra dans ses cheveux, il se sentit à nouveau mal. Il n'avait plus qu'une envie : celle de retourner à l'intérieur. Voire même en prison. La vie n'était pas facile là-bas, mais au moins il n'avait pas à affronter un héros. Il n'était pas à l'aise à l'idée de le rejoindre dans son agence. Il n'avait pas envie qu'on le fixe étrangement. Il n'avait pas envie, non plus, de tomber sur d'autres personnes qui connaissent sa véritable identité.

Ce n'était pas de la lâcheté. Ni de la honte. Il assumait chacun de ses actes. Mais il était tellement fatigué... Il n'avait pas envie qu'on vienne l'emmerder, qu'il doive se justifier... Il n'avait pas envie de se rendre compte que la colère ne pulsait plus dans ses veines, que le goût du combat n'était plus en lui. Et que même s'il voulait se défendre, ses flammes bleues ne sortiraient plus de ses paumes... Il le savait, mais il n'avait pas envie d'y être confronté pour autant... Oui, peut-être qu'il était lâche en fin de compte... Il ne savait pas... Il ne savait plus. Ça n'avait pas d'importance. Il voulait juste qu'on lui fiche la paix.

En plus, il ne le sentait pas trop ce héros. Il l'avait combattu des années auparavant. A tous les coups, il lui en voulait encore. Dabi ne se sentait pas d'humeur à recevoir des leçons de morales de ce genre de type.

Encore ton égo mal placé... Dabi pouvait sans peine entendre la voix de sa mère dans le creux de son oreille. C'était ce qu'elle lui répétait souvent quand il avait commencé à changer. Quand le gentil petit Touya avait commencé à être ravagé par la haine. Elle le disait toujours pour protéger Shoto, ce qui avait le don de l'énerver encore plus ! Ne pas être aimé par son père avait déjà été assez dur à vivre comme ça, mais quand sa mère s'y était mise...

Non. Dabi bloqua ses pensées aussitôt. Il refusait de songer à ça à nouveau. Heureusement, le métro arriva et il put s'y engouffrer. Il sentit alors une certaine appréhension monter en lui. Trop de choses s'étaient passées en peu de temps et non... Il n'était toujours clairement pas prêt pour ça. Et pourtant, ses pas continuait d'avancer dans la bonne direction. Parce que c'était désormais tout ce qu'il était capable de faire. Juste avancer...


Merci de m'avoir lue :)

Je vous dis à dans 15 jours pour un petit retour en arrière sur le reste de la famille Todoroki.

A bientôt !