Et voici enfin le chapitre 5 qui a pris pas mal de retard. Désolée pour ça. Malheureusement, le prochain risque de mettre du temps à arriver également. Mais je devrais retrouver un rythme de publication régulier pour novembre. Je vais tout faire pour en tout cas.
Je vous souhaite une bonne lecture
Chapitre cinq
Aizawa fixait le dossier qui lui faisait face, tout en retenant un soupir. Pourquoi avait-il fallu qu'il récupère le cas le plus compliqué du programme ? Il s'était porté volontaire parce qu'il pensait que les secondes chances étaient possibles. Qu'avec un accompagnement adéquat et une sérieuse rééducation, un ancien détenu pouvait reprendre une vie normale. Oui, il y croyait. Mais il était nettement plus sceptique si l'ancien détenu en question était Dabi. Honnêtement, il était plutôt surpris que ce type ait pu entrer dans le programme, même si, à sa connaissance, personne n'avait fait de demande pour qu'il sorte. Cette fois-ci, en tout cas, le système avait donc été juste.
Aizawa relisait les différents rapports que contenait le dossier, tout en attendant son premier entretien avec Dabi. Il était tellement tôt. Il aurait préféré utiliser ce moment pour dormir encore un peu. Il espérait au moins que le méchant ne lui ferait pas trop perdre son temps. Même si Aizawa n'était pas convaincu que le programme puisse réinsérer quelqu'un comme lui dans la société, ce n'était pas pour autant qu'il allait négliger son travail. Tout comme les autres libérés sous condition, Dabi aurait sa chance de s'en sortir. A lui de voir s'il voulait la saisir ou non. Mais Aizawa ne lui laisserait rien passer. D'ailleurs, depuis que Dabi était sorti de prison la veille, Aizawa avait régulièrement consulté ses données géographiques. Il avait analysé chaque déplacement du vilain. Pour un criminel de sa trempe, Aizawa ne prendrait aucun risque. Les bracelets que Dabi devait porter en permanence étaient donc d'une précieuse utilité, en plus de l'empêcher d'utiliser son alter. Mais, malgré ces protections, Aizawa n'était pas à l'aise à l'idée de le savoir dehors. Après tout, ce programme de réinsertion avait encore de nombreuses failles. Ce n'était pas étonnant vu que c'était la première fois qu'il était mis en place.
Fatigué d'avance, Aizawa jeta un coup d'oeil à la paperasse qui l'attendait. Faire un retour sur la réalité du terrain était normal, mais ça l'épuisait déjà. Enfin, en attendant l'heure du rendez-vous, il pouvait tout de même faire quelques annotations. Son regard se tourna un instant vers l'écran qui indiquait la position de Dabi. Bien, ce dernier se mettait en route. Il devrait être à l'heure. C'était déjà ça. Il retourna ensuite son attention sur les papiers qui lui faisaient face.
En lisant le dossier de Dabi, il avait trouvé plusieurs anomalies. Dont une en particulier qu'il comptait bien retranscrire dans son rapport. Le vilain avait passé plus de sept ans en isolement. Aizawa savait que c'était une technique souvent utilisée sur les grands criminels. Stain y avait eu droit également. Les personnes jugées trop dangereuses étaient confinées en cellule individuelle avec, pour seul contact régulier, les gardiens. Et ce, pour deux fins bien distinctes. La première, c'était que certains alters dangereux étaient difficiles à contrôler. Enfin, c'était le cas avant. A présent, et depuis plusieurs années d'ailleurs, la technologie avait évolué et ce genre de problème ne se posait plus. La deuxième raison, en revanche, était toujours d'actualité. En effet, on se servait également de cet isolement pour détruire les convictions des vilains. Même si ce système avait fait ses preuves, Aizawa était totalement contre ce procédé.
Pour lui, il était inhumain de laisser un individu, quelque qu'il soit, aussi longtemps en isolement. D'ailleurs, c'était rare que ce soit aussi long, à part dans des cas très extrêmes. Même si la Ligue des Vilains n'avait pas été épargnée à ce niveau-là, Dabi avait morflé plus que les autres. Une vengeance du pénitencier pour la peine plus que clémente qu'il avait eue ? C'était possible. Aizawa lui-même n'était pas dupe. Comme par hasard, le vilain qui se révélait être le fils d'Endeavor et qui aurait dû avoir la peine de mort se retrouvait être celui qui avait collaboré avec les héros. Aizawa n'y croyait pas. Et il n'était sûrement pas le seul. Cet isolement prolongé lui paraissait d'autant plus suspect que Toga, par exemple, avait été placé dans une cellule avec une codétenue très rapidement. Enfin, dans son cas, son jeune âge avait dû jouer également. Dabi aurait sans doute pu faire valoir ses droits, mais il n'avait jamais demandé à voir un avocat...
Ceci dit, dans tous les cas, l'isolement de Dabi aurait dû bientôt toucher à sa fin. Si le programme de réinsertion n'avait pas été mis en place, Dabi aurait été transféré dans une aile avec d'autres détenus. Aizawa pensait d'ailleurs que c'était une étape obligatoire avant de pouvoir sortir définitivement. Dans quel état psychologique se trouvait Dabi ? Passer de l'isolement à une quasi-liberté n'était pas une bonne idée. Il aurait fallu un temps d'adaptation. Une réforme des prisons était donc nécessaire. Au lieu de vouloir mater certains individus, mieux valait tout mettre en place pour commencer le travail de réinsertion dès le premier jour de l'emprisonnement. Prévoir plus d'activités et plus de thérapies en prison, voilà par où il fallait débuter.
En parlant de thérapie... Dabi avait été évalué par les gardiens et par des psychologues spécialisés. Ces derniers avaient feint un interrogatoire pour lui poser toutes sortes de question de manière détournée. Aizawa en avait le rapport sous les yeux. Il pouvait y lire que Dabi ne représentait plus une menace pour les autres, mais plus pour lui-même. Certaines remarques portaient sur son mental qui ne semblait pas très bon. Dans tous les cas, les psychologues préconisaient un changement d'environnement. En dehors de ça, ses évaluations étaient très bonnes. Il coopérait et ne montrait aucun signe d'agressivité. Malgré tout, Aizawa ne pouvait s'empêcher de tiquer. Tout ça, c'était très bien, mais Dabi avait-il manifesté des remords pour ce qu'il avait fait ? Il n'en était mention nulle part dans tous les rapports qu'il avait pu lire.
Enfin... Il avait quelques critiques, mais ce qui était déjà mis en place n'était pas si mal. Deku avait fait du bon boulot. Et puis, si tout le travail de réinsertion était déjà fini, Aizawa n'aurait plus rien à faire. Or, le programme insistait bien là-dessus. Les héros référents devaient guider les anciens détenus dans leur rééducation. Et pour ça, ils avaient carte blanche. Ils pouvaient leur imposer d'autres conditions s'ils en ressentaient le besoin. Et il n'était pas question que Dabi se laisse aller dans une douce routine. Il était plus que temps qu'il se confronte à ce qu'il avait fait. Aizawa avait trouvé le programme idéal pour ça. Restait la question de son état mental. Suivre une thérapie individuelle lui semblait nécessaire. Mais il tenait à voir d'abord le vilain de ses propres yeux avant de se prononcer là-dessus. Il était d'ailleurs interpelé par le fait que Dabi n'ait accepté aucune visite en prison. Il pouvait lire dans les rapports que plusieurs personnes avaient voulu le voir, mais que le vilain n'avait jamais accepté. Qu'il soit en froid avec sa famille, ça pouvait se comprendre. Mais qu'il n'ait vu personne en plus de sept ans, ça restait étonnant. Ce n'était pas bon signe pour Aizawa. Maintenant qu'il était à l'extérieur, il ne fallait pas qu'il reste isoler socialement.
Ah. Il allait avoir beaucoup de travail avec lui. Aizawa pouvait déjà sentir un début de migraine l'envahir. Son regard se tourna à nouveau vers l'écran. Dabi n'allait plus tarder à présent. D'un geste paresseux, il se releva. Peut-être qu'Hizashi avait raison. Il en faisait un peu trop...
A quelques centaines de mètres de là, Dabi marchait avec des pieds de plombs. Il venait de quitter le métro. Heureusement, personne n'avait semblé faire attention à lui. Ses changements physiques lui permettaient au moins de passer inaperçu. C'était déjà ça de gagné. Il inspira profondément alors qu'il se rapprochait de l'adresse donnée par Mariko. Il se détestait pour ça. Pour être aussi docile. Si seulement, il avait pu tous les envoyer balader. Lui qui était si désinvolte avant, voilà qu'il allait bien sagement au rendez-vous qu'on lui avait imposé. Mais qu'était-il devenu ? Il aurait voulu s'échapper de cette réalité. Dire que dans quelques minutes, il allait se retrouver face à un héros sans rien pouvoir faire, sans rien pouvoir dire et sans autre choix que celui de l'écouter. Tout ça lui était insupportable. Il avait l'impression de se soumettre et ça lui laissait un arrière-goût amer dans la bouche.
Mais alors que ses pas le menaient à l'adresse indiquée, il ne vit qu'une maison à l'aspect délabré. S'était-il trompé d'endroit ? Il regarda à nouveau le papier que lui avait laissé Mariko. Non, c'était bien là. Il s'était attendu à tomber sur une agence... Enfin, qu'importe. Si c'était bien là, au moins, il n'aurait pas à croiser trop de monde. Il s'avança alors et frappa à la porte. A peine quelques secondes plus tard, celle-ci s'ouvrit sur Eraser Head. Dabi le reconnut sans peine. Le héros n'avait pas trop changé. Dabi ne l'aimait déjà pas beaucoup auparavant, mais il suffit qu'il croise son regard pour savoir que son opinion n'était pas prête de changer.
« Vous voilà, fit remarquer Aizawa d'une voix neutre. Entrez. »
Dabi ne prit pas la peine de lui dire quoi que ce soit. Une fois ses chaussures retirées, Eraser Head ne lui laissa pas le temps d'observer l'intérieur et le mena directement vers une pièce isolée tout au bout du couloir. La salle n'était pas très grande et était entièrement occupée par un bureau dont deux chaises se faisaient face de part en part. Dabi était trop à l'étroit. Il avait l'impression de retourner en prison. Peut-être que c'était l'effet voulu. Rien dans cet endroit ne lui donnait l'impression d'être libre. Au contraire même, rien qu'en s'asseyant en face de l'autre homme, il sentait qu'il n'aurait aucune emprise sur ce qui allait se passer.
Le héros le fixa d'ailleurs un long moment, avec un regard qui aurait pu glacer n'importe qui. Il n'était clairement pas là pour perdre son temps. Au contraire de Mariko, qui s'était toujours montrée bienveillante et positive avec Dabi, Eraser Head lui faisait bien comprendre qu'il devait déjà s'estimer heureux d'être là.
« Bien, avant de commencer, je dois vous appeler Dabi ou Todoroki ? »
Dabi plissa les yeux. Cette question était clairement un piège. S'il répondait Dabi, cela signifiait qu'il était encore attaché à cette identité qui représentait tout ce qu'il y avait de mal en lui. Du moins, c'était sûrement ce que devait penser Eraser Head. Alors s'il voulait qu'il lui fiche un peu la paix, il valait mieux ne pas choisir cette option. Mais Todoroki... Il haïssait ce nom plus que tout. Jamais il n'accepterait qu'on l'appelle comme ça à nouveau.
« Touya, c'est bien. » répondit-il alors.
Son ancien prénom sortit de sa gorge avec un goût amer. Il détestait le fait de devoir céder, de ne même pas pouvoir choisir la façon dont on l'appellerait. Mais au moins, au contraire de Todoroki, il pouvait encore supporter qu'on utilise le nom de Touya, même si ce n'était plus lui.
« Comme vous voulez, répliqua Eraser Head imperturbable. Avant tout, je veux que les choses soient claires. Je crois en ce programme, mais tout dépendra de votre bon vouloir. Vous avez commis beaucoup de mauvaises actions et si ça ne tenait qu'à moi, vous ne seriez pas sorti maintenant. »
Il lui lança un regard perçant pour qu'il saisisse bien le message. Mais ce n'était pas utile. Franchement, Dabi l'avait bien compris dès qu'il avait croisé ses yeux.
« Je ne compte donc rien vous laisser passer. Faites un pas de travers et je vous renvoie directement en prison. C'est compris ?
— ... Oui. »
Dabi lâcha ce mot d'un ton acerbe. Il haïssait Eraser Head. Ce dernier essayait de le faire céder pour lui faire comprendre que c'était lui qui avait le contrôle. Dabi ne supportait pas ça, mais que pouvait-il y faire ? Il était foutu, obligé de se conformer aux règles stupides des héros s'il voulait éviter de retourner à Tartarus.
« Bien, reprit le plus âgé d'un ton toujours aussi imperturbable. Je suis donc là pour encadrer votre réinsertion dans la société. Ce sera fastidieux, mais si vous y mettez du vôtre, vous aurez une chance de vous en sortir. Même si je serai strict, notre objectif final reste le même. Ne l'oubliez pas. »
Dabi se retint de hausser les sourcils. Comme s'il pouvait croire en ces conneries.
« Et votre réinsertion passera déjà par une activité professionnelle régulière et légale. J'ai fait jouer mes relations pour vous trouver un travail, donc ne me décevez pas. »
Le son de sa voix lui fit clairement comprendre qu'il n'était pas une personne qu'on osait décevoir. Dabi ne répondit pas. Il se fichait pas mal de tout ça. Etre obligé de travailler ne l'enchantait pas. Mais, au moins, il n'aurait pas à s'en faire pour l'argent et ça lui ferait passer le temps.
« Vous n'êtes pas allergique aux poils de chat ? »
De quoi ? Le héros se moquait de lui, là ? Dabi resta silencieux un moment, le temps de comprendre qu'il était réellement sérieux. Puis, il dût se forcer à lui répondre.
« Non. Pourquoi ?
— Je vous ai obtenu un contrat d'un an dans un bar à chats. C'est un petit café à un kilomètre d'ici. C'est un endroit calme et la clientèle n'est pas à risque. »
Un bar à chats ? Il ne s'attendait clairement pas à ça. Mais passée la surprise, il ne ressentit aucune émotion particulière. Là ou ailleurs, quelle importance ? Ce n'était pas comme s'il avait de réels objectifs de carrière de toute manière.
« Vous travaillerez toute la journée. Quant à vos soirées... Bien que vous êtes libre d'en faire ce que vous voulez, je vous conseille de ne pas trainer dans des endroits compromettants. »
Il lui lança à nouveau un regard froid. Dabi dût se retenir pour ne pas lui répondre, mais le héros commençait sérieusement à l'agacer. Dabi ne comptait pas aller n'importe où. Qu'est-ce que ça pourrait lui apporter ? Non, il n'avait pas envie de se mêler aux autres. Il se voyait plus cuver son alcool seul chez lui.
« Sachez également que je connais bien la gérante du bar et que j'y vais de temps en temps.
— J'ai compris. »
Ça oui, il avait bien compris qu'Eraser Head ne comptait pas le laisser tranquille. Il allait être sans cesse surveillé. Comme Mariko le lui avait dit, on ne lui offrait pas la liberté, on changeait juste le format de sa peine. Restait à savoir ce qui était le pire entre Tartarus et Aizawa...
Ce dernier le regarda d'ailleurs fixement, comme s'il sondait son esprit. Dabi n'aimait pas ça, mais il n'était pas en mesure de riposter quoi que ce soit. Il avait peut-être à nouveau droit à son intimité, droit de marcher dans la rue, droit de retrouver la notion du temps, mais le droit d'être lui-même et de ne pas se faire rabaisser, ça, il ne le retrouverait pas de sitôt.
« Nous nous verrons toutes les semaines, reprit Aizawa. Si vous avez le moindre problème, vous devez m'en parler. Surtout si c'est illégal. Je peux vous aider à ne pas replonger, mais je ne pourrai rien pour vous si le mal est déjà fait. On est bien d'accord ?
— ... Oui. »
Cette impression désagréable de se soumettre à l'autorité... Il détestait ça. Il avait toujours détesté ça. Les seuls ordres qu'il pouvait recevoir étaient ceux de Shigaraki... parce qu'il était différent... parce que Tomura lui avait donné l'envie de se battre pour lui. Dabi aurait donné sa vie pour leur cause. Et maintenant, il avait l'impression de le trahir. Etre là, en face d'un héros... de ce héros ! ... alors que lui était en hôpital psychiatrique.
« Dans ce cas, sachez que nous aurons rendez-vous tous les jeudis à sept heures du matin. Ne soyez pas en retard. Nos entretiens ne seront pas forcément longs, mais vous devrez répondre à toutes mes questions. Je ne tolérerai pas le mensonge. »
Dabi hocha vaguement la tête. Il ne pouvait pas juste lui foutre la paix ?
« Vous commencez votre travail dès demain. Voici le contrat, l'adresse et les numéros de contact. Et mon numéro en cas d'urgence. »
Dabi prit les papiers, pas très motivé. Pourquoi est-ce que tout devait s'enchainer aussi vite ? Depuis qu'il était sorti, il avait à peine eu droit à un moment de répit. Tout avait été parfaitement orchestré dans son dos. Il n'avait pas son mot à dire, juste à suivre la route qu'on lui indiquait. Le changement était brutal et pas vraiment agréable. Mais qu'avait-il d'autres comme alternative ? Rester toute la journée couché dans son lit, comme en prison ?
« J'ai quelque chose pour vous. »
Sur ces mots, Eraser Head plongea sa main dans l'une de ses poches et en sortit un smartphone un peu vieillot. Dabi haussa les sourcils alors qu'il poussa l'objet vers lui.
« Ça vous aidera dans votre réinsertion, expliqua Aizawa. Prenez-le. »
Dabi attrapa le téléphone du bout des doigts. Il avait l'air d'être de bonne qualité. Mais recevoir un tel cadeau de la part d'un héros était plus que suspect. Ça cachait forcément quelque chose.
« On a intégré une puce dedans, le prévint alors Aizawa comme s'il lisait dans ses pensées. Nous aurons accès à tous les messages et appels que vous passerez ou recevrez. Nous n'allons pas les regarder systématiquement, mais si nous avons un doute sur vos activités, nous n'hésiterons pas le faire. »
Génial. De mieux en mieux. Dabi posa alors le téléphone sur le bureau et lança un regard peu amène au héros.
« Et si je n'en veux pas ?
— Vous pouvez vous en passer si vous voulez, répondit Aizawa tout en haussant les épaules. Mais vous ne pouvez pas en acheter un autre. Et croyez-moi, on le saura si vous le faites. »
Dabi retint une grimace. Il avait l'impression que les barreaux de sa prison invisible ne cessaient de se rapprocher, lui laissant de moins en moins d'espace libre. Il se sentait tellement amer.
« Très bien, lâcha-t-il de mauvaise humeur. Il y a encore autre chose ? »
Eraser Head le fixa un moment avec son habituelle froideur. Si seulement Dabi pouvait encore utiliser son alter... Il avait tellement l'impression d'être pris de haut. Les flammes le dévoraient de l'intérieur. Mais cette colère... Quelque part, elle était rassurante. Au moins ça signifiait qu'il n'était pas entièrement vide. Peut-être qu'il restait encore un peu de lui dans ce vieux corps inutile et fatigué.
« Maintenant que nous avons réglé les premiers détails pratiques, reprit le héros comme si de rien n'était, dites-moi comment vous vous sentez depuis hier ? »
Simple et direct. Dabi se tendit encore plus. Comme s'il allait répondre à ça.
« Vous êtes psy maintenant ? le railla-t-il. Vous vous êtes reconverti ? »
Aizawa plissa les yeux, n'appréciant clairement pas son humour.
« Répondez juste à la question.
— Ça va, soupira alors Dabi. Pourquoi ça n'irait pas ?
— Vous pensez encore à Stain parfois ?
— Je me demande surtout si lui aussi aura droit à un tel geste. Que les héros lui tentent la main, il y aurait quelque chose d'ironique là-dedans.
— Vous voulez vraiment jouer à ça ? »
Dabi le fixa un moment. Non, pas vraiment. Son comportement était comme un mécanisme de défense. Mais là... Il se sentait juste épuisé d'avance.
« Vous pouvez être honnête avec moi, reprit Aizawa. Je ne vais pas vous remettre en prison parce que vous avez toujours les mêmes idéologies. De toute manière, je doute qu'elles aient changé. Il vaut mieux pour vous que vous vous montriez sincère. »
Dabi retint un soupir. Se montrer sincère, hein ? Comment pouvait-il faire alors qu'il ne savait même pas lui-même ce qu'il ressentait exactement ? Mais soit... Si c'était ce qu'il voulait.
« Oui, ça m'arrive de penser encore à lui. C'est injuste qu'il soit condamné à moisir en prison. Il a lancé un mouvement qui méritait qu'on se penche dessus. Mais au lieu de se remettre en question, les héros ont préféré cacher leurs vices. »
Aizawa l'observa un moment. Son visage était neutre de toutes émotions.
« Et la Ligue ? Vous pensez à elle ?
— Oui. » répondit Dabi sans détour.
A quoi bon mentir ? Il était persuadé que le héros le savait déjà, de toute façon.
« Vous savez ce qui est arrivé à chacun des membres ? le questionna Eraser Head
— Oui, je me suis renseigné, avoua Dabi.
— Vous trouvez ça aussi injuste ?
— Oui. »
Dabi soutint son regard en donnant sa réponse. Comme par défi. Il n'avait peut-être droit à aucun choix, mais ce n'était pas pour autant qu'il allait se montrer docile avec lui. Et puis, c'était lui qui voulait la vérité, non ?
« Shigaraki a pourtant eu droit à une modification de peine, répliqua Aizawa sans sourciller.
— Oh oui, l'hôpital psychiatrique. C'est sûr que c'est mieux. »
Un long silence s'installa entre eux deux, après cette remarque moqueuse. Dabi sentait la colère monter à nouveau en lui. Shigaraki était si fort, mais si fragile en même temps. Dabi était persuadé qu'il était en train de mourir à petit feu là-bas.
Aizawa, quant à lui, reprit son observation, toujours aussi impassible. Il laissa délibérément quelques minutes s'écouler avant de reprendre.
« C'est effectivement un endroit difficile pour lui, mais c'est là qu'est sa place. Les médecins essayent de l'aider.
— Comme vous en ce moment, hein ? »
Le ton de Dabi était moqueur et clairement peu apprécié par Eraser Head. Mais le héros gardait son calme, d'une façon plutôt étonnante.
« Oui, comme moi en ce moment. Mais si vous ne voulez pas d'aide, ça me va aussi. Dites-le juste directement. Ça fera gagner un temps précieux à tout le monde. »
Dabi resta silencieux. Que pouvait-il dire ? Il ne pourrait jamais gagner avec lui.
« Bien, maintenant que ce point est réglé, on va pouvoir continuer. »
Sur ces mots, Aizawa attrapa une feuille sur le coin de son bureau et la tendit à Dabi. Aussitôt, ce dernier plissa des yeux. Il lut rapidement les mots en haut de la page. Une thérapie de groupe ? Eraser Head était vraiment sérieux là ?
« Toutes les informations sont sur ce document. Je vais vous demander de suivre une thérapie pour les personnes libérées sous condition comme vous. Elle a été mise en place récemment. Vous vous retrouverez toutes les deux semaines. Les séances seront animées par un psychologue spécialisé.
— Génial, ironisa Dabi. Et que va-t-on y faire ? Echanger nos expériences de la prison ?
— Non, répondit Aizawa d'un ton calme mais ferme. Vous allez plutôt parler de vos actes pour comprendre le mal que vous avez fait autour de vous. Il est temps pour vous de repenser à vos victimes. Prendre conscience de ce que vous avez fait vous aidera à ne plus commettre les mêmes erreurs. Du moins, c'est ce que nous pouvons espérer. »
Le héros lui lança à nouveau un regard perçant. Dabi, quant à lui, tiqua à ses mots. Comme s'il n'avait pas déjà assez d'obligations, il fallait qu'on lui en rajoute une. Eraser Head ne pouvait pas juste le lâcher ? Dabi lut le papier en diagonale. Cette connerie commençait dans quinze jours. Super.
Face à lui, Aizawa l'observait toujours. Il voyait bien que l'autre homme était agacé. Ça n'avait rien de très étonnant. Il ne s'était pas attendu à une autre réaction. Grâce à ses questions, Aizawa situait à peu près son état d'esprit. Même si la prison l'avait calmé, Dabi restait opposé à l'autorité. Peut-être était-il trop tard pour lui. Mais il était là, malgré tout. Alors tant que Dabi essayerait, Aizawa était disposé à lui laisser une chance.
« Si vous rencontrez le moindre problème pendant cette thérapie, n'hésitez pas à m'en parler, reprit-il alors. Je tâcherai de le régler. Vous n'êtes plus seul désormais. Vous pouvez également compter sur Mariko. Nous ne sommes plus adversaires à présent. »
Dabi ne répondit pas. Ils n'étaient peut-être plus adversaires, mais ils n'étaient pas alliés pour autant.
« Si vous n'avez pas de question, nous en avons fini pour aujourd'hui. »
Oh non, il n'avait pas de question. Il voulait juste rentrer chez lui et se recoucher. Il secoua alors la tête, avant de se relever. Aizawa le raccompagna ensuite jusqu'à la porte.
« On se revoit la semaine prochaine. »
Dabi ne prit pas la peine d'acquiescer et sortit sans rien ajouter. Il put enfin retrouver un semblant de liberté. Ce rendez-vous n'avait fait que réveiller ses craintes. Foutus héros ! Toujours là à essayer de mettre une laisse à ceux qui sortaient du rang. Si seulement il n'y avait que Mariko pour le surveiller. Mais qui de mieux placé qu'un héros pour empêcher un prisonnier de redevenir un vilain, hein ? C'était surement cette logique-là que la commission avait suivie. Dabi les haïssait tous !
Il marcha alors jusqu'au métro, sous un ciel de plus en plus nuageux. Il se sentait épuisé, complètement lessivé. Il détestait Aizawa. Il détestait sa vie... Et dire que c'était ce qui l'attendait pour les sept prochaines années de son existence... Etre sous les ordres des héros... Ne plus rien contrôler de sa vie... Faire un boulot qui ne lui plairait surement pas... Survivre... Avancer tel un automate... Est-ce qu'il pourrait le faire ? Est-ce que ça en valait la peine ? Il n'en savait rien... Plus rien n'avait vraiment d'importance. Et même cette colère qui l'avait rassuré s'essoufflait déjà. Elle n'était pas plus forte que sa fatigue...
Une fois dans le métro, il essaya de se détendre et focalisa ses pensées sur Tomura. Aizawa avait confirmé ses doutes. Shigaraki n'arrivait pas à s'habituer à cet horrible endroit. Si seulement Dabi pouvait aller lui rendre visite. Il craignait que Tomura ne finisse par abandonner, qu'il perde la tête. Si personne n'était à ses côtés, comment pourrait-il s'en sortir ? Dabi ne pouvait s'empêcher de s'en faire pour lui. Parce que, quelque part, c'était plus facile de penser aux problèmes de Tomura que de se pencher sur sa propre situation...
Le lendemain, il se réveilla très tôt. Mais ce n'était pas vraiment un problème. A vrai dire, il commençait à penser que les horaires à la prison étaient pires, même s'il n'en avait aucune preuve. Il se prépara alors tout en prenant son temps. Il jeta à peine un coup d'oeil au miroir. Il n'aimait toujours pas son reflet. Il fallait vraiment qu'il se rachète de la teinture. Avec les cheveux noirs, il se sentirait peut-être un peu plus lui-même. Soupirant, il finit par quitter l'appartement au petit matin et se joignit à la horde de travailleur qui affrontait, tout comme lui, le froid hivernal pour se rendre à leur boulot. Il suivit le mouvement, la tête vide de toute pensée. Il n'avait pas hâte de commencer son travail, mais au moins, ça lui ferait une occupation.
Lorsqu'il arriva à l'adresse mentionnée, il fut presque surpris de ne pas y retrouver Aizawa. Bien, il ne le surveillait pas pour son premier jour, c'était déjà ça. Il entra alors et fut accueilli par plusieurs miaulements.
« Ah, tu es Touya Todoroki ? »
Une voix chaleureuse s'éleva à quelques mètres de lui. Se hérissant au nom employé, Dabi vit une femme d'une trentaine d'années arriver vers lui. Elle avait de longs cheveux bruns et des rondeurs qu'elle semblait porter sans complexe. Elle avait l'air gentille, même si Dabi restait sur ses gardes. Il n'avait jamais été très social et ce n'était clairement pas maintenant que ça allait commencer.
« Oui, c'est moi, se força-t-il à répondre.
— Bienvenue ! Moi, c'est Nekoka. Suis-moi, que je te montre un peu la maison ! »
Nekoka ? Ce surnom lui parut stupide, mais il ne dit rien. Il se contenta de la suivre. Le café n'était pas très grand, il n'aurait pas de mal à trouver ses marques. D'autant plus qu'il avait travaillé un temps dans un bar avant de rejoindre les idéaux de Stain.
« Tu verras nos chats sont adorables ! Tu t'entendras bien avec ! »
Dabi baissa alors les yeux vers eux. Il y en avait déjà plusieurs qui se frottaient contre ses jambes. Dabi les observa, il les trouvait presque mignons. Quand il était petit, il aurait bien aimé avoir un animal à la maison, mais c'était loin tout ça maintenant.
Après lui avoir expliqué le fonctionnement du café et ce qu'elle attendait de lui, Nekoka lui sourit avec douceur.
« Ça va ? Tu as tout compris ? N'hésite pas si tu as des questions.
— Ça ira. »
Honnêtement, ça n'avait pas l'air compliqué. Nekoka lui demanda alors de rester à ses côtés pour les premières commandes. Quelques minutes plus tard, le café ouvrit. Dabi suivit le mouvement, sans beaucoup d'entrain. Il observa vaguement les gestes de Nekoka. Il ne se sentait pas à sa place dans cet endroit. Comme s'il était une tache sur un tableau. Il avait beau essayer de se concentrer, son esprit s'échappait de lui-même. Il avait l'impression de ne pas être réellement là, de ne plus être dans son corps.
Le temps passait lentement. La matinée ne fut pas passionnante. Heureusement, Nekoka le laissa travailler seul l'après-midi. Prendre des commandes n'avait rien de palpitant, mais c'était mieux que de se contenter d'observer. Au moins, son esprit fut occupé, ce qui permit aux heures de défiler plus vite.
« C'était pas mal pour une première journée, lui sourit Nekoka à la fin de son service. Je pense que le boulot entrera vite. »
Elle était encore débordante d'énergie et si optimiste. Lui était fatigué et voulait juste rentrer. Heureusement, Nekoka ne le retint pas longtemps et lui souhaita une bonne soirée. Cette journée confirmait ses premières impressions sur elle. Elle était plutôt gentille. A aucun moment elle n'avait fait allusion à son passé. Ce qui était plutôt étonnant. Vu qu'elle était en contact avec Eraser Head, Dabi aurait cru qu'elle lui ressemblerait plus que ça dans ses réactions. Il avait beau ne pas être social, l'attitude de Nekoka lui avait fait du bien. Au moins, elle, elle lui fichait la paix. Elle se comportait de manière trop familière par moments, mais c'était bien mieux que ce qu'il avait dû endurer avec le héros. Il rentra alors chez lui, déjà épuisé par cette première journée...
Et sans qu'il ne s'en rende compte, une petite routine se mit alors en place. Dans les jours qui suivirent, Dabi se comporta comme un bon petit automate, se sentant toujours aussi vide à l'intérieur, mais au moins le temps défilait beaucoup plus vite qu'en prison. Il passait le plus clair de sa journée au café et ce n'était pas si désagréable que ça. Les clients n'étaient pas trop pénibles et aucun ne semblait l'avoir reconnu. Le soir, il rentrait chez lui, mangeait un plat rapide, avant de retourner dans le lit. Il trainait ensuite sur son téléphone, regardant des pages nets sans grand intérêt à part celui de lui faire perdre du temps, jusqu'à ce que le sommeil l'emporte. A vrai dire, c'était un quotidien plutôt tranquille. Rien d'excitant, mais rien de trop pénible non plus.
Mais alors qu'il s'habituait à ce nouveau rythme, un évènement vint gâcher son relative calme intérieur. Il était tard, son service allait se terminer dans quelques minutes, lorsqu'il entendit Nekoka rigoler derrière le comptoir.
« Le pauvre chou, il n'ose pas entrer. Avec ses ailes en même temps... Ah là là, mais qu'est-ce qu'un héros comme lui vient faire ici ? »
Cette phrase figea complètement Dabi. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir de qui elle parlait, même s'il espérait se tromper ! Ce type n'avait quand même pas osé se pointer ici ?! Il regarda alors vers la vitre et, sans surprise, aperçut Hawks derrière... Cette simple vue fut comme un coup de poing dans l'estomac. Aussitôt, il ressentit une démangeaison dans ses poignets. Il voulait tant pouvoir activer son alter. Merde ! La colère montait en lui, mais ce fut bien pire lorsqu'il croisa le regard de cet enfoiré ! Hawks l'observa un moment, le visage sombre, avant de lui faire un signe. A quoi il jouait au juste ?!
« Tu peux aller lui parler si tu veux. »
Dabi se tourna vers Nekoka qui venait de prononcer cette phrase. Elle lui souriait avec bienveillance, tout en caressant l'un de ses nombreux chats. Dabi tiqua. Comme s'il avait envie de parler avec ce héros de merde !
« Non, c'est bon. Il n'a qu'à attendre.
— Il n'y a pas de clients, tu peux finir plus tôt, ça ne me dérange pas. »
Elle faisait ça pour être gentille, il le savait. C'était ridicule, elle n'avait pas à l'être. Mais Dabi ne souhaitait pas lui expliquer pourquoi il haïssait plus que tout ce type. Il se contenta alors de hocher la tête et alla chercher ses affaires. Tant qu'à faire, autant rentrer chez lui plus tôt. Il passa ensuite sa longue veste noire et se dirigea vers la sortie. Il faisait déjà noir dehors et le temps s'était encore refroidi. Sans jeter le moindre regard à Hawks, il commença à s'éloigner.
« Oh tu m'ignores maintenant ? »
Evidemment, cet oiseau de malheur devait le suivre. Dabi s'arrêta alors et lui lança un regard glacial. Entendre à nouveau sa voix après toutes ces années, le revoir, ça le mettait tellement en colère.
« Tu préfères que je te crame ?
— Ça te ressemblerait plus en tout cas. »
Ils s'observèrent un moment. Ils étaient tous deux sur leur garde. Les retrouvailles n'étaient clairement pas un plaisir. Pourtant, Dabi se serait attendu à ressentir plus de haine que ça. Il était en colère, oui, mais ce sentiment commençait déjà à faiblir pour se transformer en lassitude. Comme une flamme qui avait brûlé trop longtemps et se fatiguait d'exister. Si même revoir l'homme qui l'avait trahi ne ravivait pas pleinement ses émotions, qu'est-ce qui pourrait le faire ?
« Pourquoi es-tu là héros ? finit par lâcher Dabi sur un ton acerbe. Tu es venu te réjouir de la vue ? »
Hawks fronça les sourcils. Non, la vue ne l'amusait pas. Revoir Dabi était loin de le réjouir. Pourtant, il était venu ici en toute connaissance de cause. Il avait laissé trainer ses oreilles, comme d'habitude, pour savoir où travaillait Dabi. Il était venu ici sans en parler à personne, pour... pour différentes raisons.
« Je voulais te parler. »
Dabi mit ses mains dans ses poches, essayant de se détendre. Même s'il avait du mal. Il ne voulait pas parler avec lui. Il lui en voulait tellement. Et même si sa haine avait faibli, au moins, il n'était pas entièrement vide.
« Et pourquoi je t'écouterais ? le railla alors Dabi.
— Parce que c'est important. »
Dabi afficha un sourire moqueur. Hawks jouait le même rôle qu'auparavant, mais Dabi n'y croyait plus désormais. Il savait que sa véritable personnalité était son côté héroïque qu'il montrait à tout le monde.
« Ce qui est important pour toi ne l'est pas pour moi.
— C'est à propos de ta famille. »
Dabi plissa les yeux. Sa famille ? Un malaise s'empara de son ventre. Il ne voulait rien savoir. Encore moins de Hawks.
« Quelles sont tes intentions envers eux ?
— Ça ne te regarde pas, Hawks. Reste en dehors de ça. »
Cette fois, il tourna les talons, agacé. Pour qui il se prenait au juste ? Mais à nouveau, Hawks le rattrapa et marcha à ses côtés.
« Je ne te laisserai pas leur faire du mal.
— C'est ta nouvelle famille ? se moqua Dabi. Il y a quelque chose que tu veux me dire ? Endeavor t'a adopté ?
— ... Bien sûr que non, mais c'est mon ami. »
Dabi renifla, moqueur. Ce qu'il ne fallait pas entendre... Il continua son chemin, de plus en plus énervé. Il voulait que l'autre lui fiche la paix, mais bien sûr Hawks ne semblait pas le comprendre. Ou il s'en moquait, ce qui était probablement le cas.
« Ecoute, je...
— Non ! le coupa Dabi. Je t'ai assez écouté pour toute ma vie. De toute façon, tout ce qui sort de ta sale bouche n'est que mensonge. Mais au moins, je comprends mieux maintenant. C'est pour lui que tu as menti à ta foutue commission. Tu as raconté que j'avais collaboré pour lui faire plaisir, hein ? »
Hawks le regarda un moment. Ses ailes s'abaissèrent. D'accord, il ne s'était pas attendu à ce reproche-là.
« Ce n'est pas ce qui s'est passé, lui répondit-il à voix basse. Je n'ai rien dit du tout. C'est Endeavor qui voulait que tu aies une peine réduite, il a fait des sacrifices pour ça.
— Arrête de le défendre sans cesse. Tu sais au moins tout ce qu'il a fait ?
— Oui, avoua Hawks. Il m'en a parlé. Il m'a tout raconté. »
Ils s'observèrent un instant, comme s'ils se jaugeaient. Hawks soutint son regard.
« Je sais ce qu'il a fait, reprit-il voyant qu'il avait enfin toute son attention, et je comprends que tu sois en colère contre lui. Mais ça ne justifie pas tes actes envers les autres héros.
— ... Et toi, Hawks, faire tomber la Ligue, ça justifiait tes actes ? »
Le regard de Hawks se troubla un instant. Evidemment... Ils y venaient... Il n'était pas stupide, il savait bien que Dabi y ferait allusion, mais... mais ça restait compliqué. Cette culpabilité qu'il trainait depuis des années... Elle était loin d'avoir disparu. Elle était même devenue, au contraire, de plus en plus forte au fil du temps.
« Je n'avais pas le choix... C'est ça aussi le rôle d'un héros... »
Du moins, c'était ce qu'il souhaitait croire. Mais la vérité était tout autre... Il savait qu'il avait été trop loin pour obtenir la confiance de Dabi, beaucoup trop loin. Il passa une main dans ses cheveux alors qu'il repensa aux échanges de plus en plus intimes qu'il avait eus avec Dabi. Il l'avait trompé, lui faisant croire que l'attirance était réciproque. Enfin, il n'avait pas eu à se forcer, mais l'affection... l'affection, il l'avait simulée. Et il s'était haï pour ça. Chaque fois que Dabi avait baissé sa garde, chaque fois qu'il avait accepté ses gestes tendres, Hawks s'était dégoûté. Ça l'avait détruit. Mentir comme ça... Il aurait préféré pouvoir l'éviter. Mais la mission avait pris tellement de temps... Il y avait eu trop de morts... Et la commission n'avait pas arrêté de le presser pour qu'il gagne la confiance de Dabi.
« ... Je ne voulais pas te blesser, murmura-t-il. Je voulais juste... arrêter la Ligue. Ce n'était pas personnel. »
Dabi préféra ne pas répondre. Pas personnel. C'était tellement facile à dire. Il se souvenait encore du goût amer de la trahison. Il aurait aimé avoir l'envie de plaquer Hawks contre le mur, de le frapper, de le brûler. Mais tout ce qu'il ressentait, c'était une immense fatigue. Il voulait juste être seul.
« Ecoute, Dabi, je comprends que tu ne me pardonnes pas. Je ne te le demande pas, d'ailleurs. Mais la vengeance ne sert à rien. A part te faire du mal.
— Garde tes discours pour toi, Hawks. Je ne comptais pas me venger. Je n'en ai rien à faire de tout ça. Je ne veux plus te voir, fiche-moi la paix.
— ... Bien, comme tu veux. »
Dabi s'éloigna alors à nouveau. Cette fois-ci, Hawks le laissa faire, restant silencieux. Il se contenta de le regarder partir, se sentant impuissant. Une part de lui regretta d'être venu, mais ça avait été plus fort que lui. Il avait voulu lui faire face, prendre ses responsabilités et... s'assurer qu'il allait bien, malgré tout. Après l'arrestation de Dabi, il n'avait pas osé aller lui rendre visite en prison. Mais ne pas connaître son état d'esprit l'avait rongé. Même s'il ne pourrait jamais accepter ses actes, Hawks s'en voulait de l'avoir blessé comme ça. Alors oui, il n'avait pas pu s'empêcher de venir jusqu'ici. Mais il ne se sentait pas mieux. Sa culpabilité semblait encore plus forte. Comme brulée à vif. Et revoir Dabi...
Revoir Dabi après tout ce temps lui avait fait encore plus bizarre que ce qu'il n'aurait cru. Quand il l'avait aperçu dans le bar à chats, il ne l'avait même pas reconnu au départ. Ses cicatrices s'étaient atténuées, ses agrafes avaient disparu. Quant à ses cheveux... Ses cheveux blancs lui donnaient un air vraiment différent... Il ressemblait tellement à Rei comme ça... et à Enji... C'était étrange, bizarre. Mais Hawks ne pouvait s'empêcher de penser que ça lui allait bien.
Ah, il avait tellement de questions en tête. Il aurait voulu savoir comment s'était passé la prison et si ça l'avait changé. Mais Dabi avait directement mis un mur entre eux. Hawks savait que ça ne servait à rien d'insister, mais il comptait quand même laisser encore trainer ses oreilles ici et là. Il aurait toujours Dabi dans son viseur. Parce qu'il se sentait encore responsable et parce qu'il voulait s'assurer que l'ancien vilain ne ferait pas n'importe quoi. Poussant un soupir, Hawks finit par déployer ses ailes et s'envola dans la nuit froide...
De son côté, Dabi reprit le métro, pressé de rentrer chez lui. Il ne s'était pas attendu à ça. Hawks l'avait surpris. Jamais Dabi n'aurait cru qu'il ose se ramener. Il n'en pouvait plus. Il voulait juste être chez lui, manger et trainer sur internet. Pourtant, quand il fut enfin de retour à son appartement, en train de réchauffer son repas préparé, il ne put s'empêcher de repenser aux moments qu'il avait partagés avec Hawks. Ces moments précieux qui s'étaient révélés être faux.
Dabi n'avait jamais cru aux relations amoureuses. Mais avec Hawks, il y avait eu des échanges... des échanges qu'il ne pouvait pas oublier. Ces moments où la lutte n'avait plus eu tant d'importance que ça. Où il s'était juste senti bien. Une illusion, un mensonge... Mais ça avait au moins comblé sa solitude... Aujourd'hui, il était juste vide. Il ne restait plus que des cendres froides de la colère qu'il avait ressentie plus tôt. Hawks venait de réapparaitre dans sa vie et pourtant, il ne ressentait déjà plus rien. Comme si toutes ses émotions avaient été anesthésiées...
Dérangé par cette sensation désagréable, il finit malgré tout par manger, assis à table, le regard perdu à travers la baie vitrée. Il aimait regarder le ciel. Celui-ci était complètement sombre. La pluie se mit à tomber, de plus en plus fortement. Malgré son alter, Dabi avait toujours aimé la pluie. C'était presque apaisant... Il inspira profondément. Il avait l'impression que tout lui tombait dessus. C'était différent de la prison où on lui fichait la paix. Mais à quel prix ?
Ce soir-là, Dabi alla au lit encore plus tôt que d'habitude. Il était épuisé. Son corps semblait peser une tonne. Il s'endormit aussitôt. Sa nuit fut longue et sans rêve. Pourtant, le lendemain, Dabi ne se sentit pas plus en forme. Mais il prit sur lui et se mit en route. Il se plongea dans le travail pour éviter d'être dérangé par ses souvenirs.
Heureusement pour lui, le reste de la semaine fut plutôt calme et même monotone. La devise métro-boulot-dodo ne lui avait jamais autant parlé. Mais ça lui allait. Nekoka était gentille avec lui. Dabi n'avait pas de mal à s'occuper du café et des chats et Aizawa ne s'était pas montré.
De plus, ses journées étaient tellement remplies qu'il n'avait plus beaucoup de temps pour penser. Il agissait sans réfléchir, il suivait le mouvement. Et après la prison, ce n'était pas si mal dans le fond. Le plus dur, c'était la nuit. Quand il n'arrivait pas à s'endormir directement. C'était alors le seul moment où son esprit n'était pas occupé. Le seul moment où tout lui revenait en mémoire. La trahison de Hawks, l'enfermement du reste de la Ligue, sa solitude, son mal-être, le retour de Hawks... et toujours... toujours cette horrible sensation d'être mort de l'intérieur. C'était tellement fort qu'il avait parfois la sensation qu'il n'allait pas se réveiller. Son corps était si lourd qu'il lui donnait l'impression de l'emmener dans les profondeurs. Il ne savait toujours pas ce qui serait le mieux... Et pourtant, il continuait à avancer...
Comme un automate. Une routine à laquelle il s'était étrangement fait. Bien plus vite qu'à la prison. Ou peut-être que c'était parce qu'il était déjà cassé. Qu'il n'avait plus rien à défendre... Alors suivre le mouvement, ce n'était sans doute pas si mal.
Cela faisait désormais une semaine et demie qu'il avait quitté le pénitencier. Il essayait de se faire à cette nouvelle vie. D'oublier la visite de Hawks, de ne penser à rien, de gérer cette fatigue de plus en plus prenante...
Ce soir-là, il était près de dix-neuf heures lorsqu'il rentra enfin chez lui. Epuisé, plongé dans sa routine, il ne remarqua pas directement la personne qui était devant l'immeuble. Il sortit ses clés pour entrer lorsque cette dernière l'apostropha d'un ton hésitant.
« ... Touya... ? »
Dabi se tourna, étonné. Cette voix... Non... Ce n'était pas possible... Il croisa alors le regard de son interlocutrice et se figea complètement. Le souffle court, il ne savait plus quoi penser. Rien, sauf son prénom lui restait en tête...
« Fuyumi... »
Ne m'en voulez pas trop pour cette fin ;p Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu en tout cas.
