Bonjour à toutes et tous, je suis très contente de pouvoir enfin poster ce chapitre. Novembre a été, finalement, plus chargé que prévu. Mais la bonne nouvelle, c'est que je vais pouvoir reprendre le rythme de parution de départ sur cette fic. Un chapitre tous les 15 jours plus ou moins.
Un grand merci pour votre soutien sur le dernier chapitre ! J'espère que celui-ci vous plaira ! Je vous souhaite une bonne lecture...
Chapitre six
Le silence était complet. Comme si le temps s'était arrêté. Dabi l'observa longuement. Oui, c'était bien Fuyumi. En un peu plus âgée, plus... adulte... Mais il n'avait aucun mal à reconnaitre les traits de sa jeune soeur. Que faisait-elle là ? Il se mit aussitôt sur la défensive et regarda derrière elle. Il n'y avait personne d'autre. Elle était donc venue seule. A moins que cela ne soit un piège. Il n'aimait pas ça. Il voulait juste rentrer chez lui et l'ignorer. Pourtant, il ne bougea pas. Il lui était impossible de détacher ses yeux de sa soeur. Les souvenirs remontaient, inévitablement, à la surface, l'empêchant de s'enfermer dans une totale indifférence.
Fuyumi, quant à elle, fit un pas hésitant dans sa direction. L'homme qui lui faisait face ne ressemblait pas aux images qu'elle avait vues de Dabi. Mais il était également bien loin du souvenir qu'elle gardait de Touya. Sa peau abimée avait bien changé son physique, même si ses yeux restaient toujours les mêmes. Fuyumi se perdit dedans, sentant son cœur battre de plus en plus fort. Elle pouvait enfin le revoir... son frère disparu bien trop tôt... Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle aurait aimé pouvoir le prendre dans ses bras, mais la froideur qu'il dégageait ne l'incitait pas à avancer davantage.
Ils se regardèrent alors, sans qu'aucun d'eux n'ose reprendre la parole. Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient plus vus... Toutes ces années avaient, malgré elles, créé un gouffre entre eux. Sans parler de tout ce que Dabi avait fait... Comment étaient-ils censés se parler après tout ça ?
Fuyumi avait pourtant prévu chacun des mots qu'elle voulait lui dire. Elle était arrivée ici plein de bonnes résolutions. Mais quand elle avait vu son frère... quand elle avait croisé son regard... tout s'était évanoui. Elle ne s'était pas attendu à ça. Cet homme, elle n'avait pas l'impression de le connaître. Elle avait beau savoir que c'était Touya, elle avait plus l'impression de faire face à un inconnu plutôt qu'à son frère ainé. Elle passa alors une main nerveuse dans ses cheveux, puis inspira. Elle n'avait pas fait tout ce chemin pour rester silencieuse face à lui. Elle se força à reprendre la parole.
« Est-ce qu'on peut parler ? »
Sa voix n'était pas aussi assurée qu'elle ne l'aurait souhaité. Ses tremblements trahissaient son émotion. C'était tellement dur pour elle d'être ici. Et d'être seule. Natsuo avait voulu l'accompagner, mais elle savait que ça n'aurait pas été une bonne idée. Touya ne devait pas se sentir acculé. Et puis, Natsuo était toujours en colère contre son frère. Il valait mieux que la première approche soit plus douce. Fuyumi, elle, savait contenir sa colère. Elle l'avait fait toute sa vie. Tout ce qu'elle voulait, c'était que sa famille soit enfin réunie. Elle pouvait enfin retrouver Touya. Elle n'allait pas le laisser repartir.
En face d'elle, Dabi n'en menait pas large non plus. Il était pris de court par cette visite. Entendre à nouveau la voix de sa sœur lui faisait ressentir d'étranges émotions. Il l'avait pourtant laissée tomber depuis si longtemps. Et même avant ça, il n'avait pas toujours été en très bons termes avec elle. Et pourtant, elle était là. Il n'avait pas envie de lui parler. Mais il ne pouvait pas la rejeter non plus. Il la connaissait, elle n'abandonnerait pas facilement. Autant en finir au plus vite, même s'il se sentait déjà las. Il hocha alors la tête.
« Rentrons, ce sera mieux. »
Il lâcha cette phrase d'une voix basse, avant de pénétrer dans l'immeuble. Fuyumi le suivit, d'un pas fébrile. Ils montèrent ensuite jusqu'au septième étage, dans un silence inconfortable. Ils s'évitaient même du regard. Ils étaient mal à l'aise. Se revoir après tout ce temps... après tout ça... Ce n'était pas simple... pour aucun des deux.
Une fois dans l'appartement, Dabi essaya de rester calme, mais il avait du mal. Revoir Fuyumi lui paraissait presque surnaturel. Il n'arrivait pas à se souvenir de la dernière fois qu'il l'avait vue. Les moments qu'il avait passés avec elle semblaient appartenir à une autre vie. Une vie qu'il avait voulu oublier. Alors être face à elle en cet instant, c'était... c'était étrange. Comme si ce n'était pas la réalité. Il la regardait, sans comprendre ce sentiment étrange. Il savait que c'était Fuyumi, qu'elle était sa soeur, mais, en même temps, il n'avait pas l'impression que ce soit réellement le cas. C'était désagréable. Il n'avait, en plus, aucune idée de ce qu'elle voulait lui dire. Il resta donc sur la défensive, tandis que Fuyumi regarda timidement autour d'elle.
« ... C'est plutôt sympa comme endroit, commenta-t-elle alors d'une voix douce. Tu es bien ici ?
— Oui. »
Réponse courte. Il n'avait pas envie de s'attarder sur des détails sans importance. Au plus vite Fuyumi lui dirait ce qu'elle lui voulait, au plus vite il pourrait retrouver sa solitude. Dabi s'assit alors sur le divan. Fuyumi l'imita quelques secondes plus tard, un peu hésitante.
L'ambiance était tendue. Fuyumi sentait bien la distance que son frère mettait entre eux deux. Elle avait du mal à se reconnecter avec lui. Mais elle ne comptait pas baisser les bras aussi vite.
« Ça fait presque deux semaines que tu es sorti, murmura-t-elle. Je me disais que tu n'oserais peut-être pas venir nous voir... »
Dabi détourna son regard en entendant ses mots. Il n'avait pas envie de les commenter. Que pouvait-il lui dire, de toute façon ? Que ça n'avait rien avoir avec ça? Qu'au contraire, ça ne lui avait même pas effleuré l'esprit ? Qu'à aucun moment il n'avait prévu de reprendre contact avec elle ?
« Mais au final, reprit Fuyumi d'une voix plus tremblante, j'ai l'impression que ça ne change rien que tu ne sois plus en prison. Tu ne veux plus nous voir... n'est-ce ça ? »
En voyant que Touya ne la contredisait pas, Fuyumi sentit la tristesse l'envahir.
« Est-ce que tu sais, au moins, qu'on a essayé de venir te voir à Tartarus ? demanda-t-elle, tout en tentant de ne pas s'effondrer. On n'a jamais voulu te laisser tomber. Dès qu'on a su la vérité, on voulait te soutenir Touya. Te montrer qu'on était toujours là pour toi, malgré tout. Maman est même venue chaque année. C'était dur pour elle de voir que tu refusais toujours de la voir.
— Je ne lui devais rien, répliqua froidement Dabi. Sa réaction, ce n'est pas mon problème. »
Fuyumi fut heurtée par sa réponse. Elle ne s'attendait pas à ça. D'accord, leur mère n'avait pas toujours bien agi envers eux, mais elle avait fait de son mieux. Fuyumi ne parvint plus à retenir ses larmes. Elles se mirent à couler le long de ses joues. Elle baissa les yeux, ne voulant plus voir Touya.
« Qu'est-ce qui t'est arrivé pour que tu deviennes comme ça ? Je ne te reconnais plus...
— ... Ça fait longtemps que je ne suis plus ton frère.
— Alors comment est-ce que je dois te voir maintenant ? demanda Fuyumi, la voix entrecoupée de sanglots. Juste comme Dabi ? »
Dabi soupira, tout en fixant le sol. Qu'est-ce qu'il pouvait lui répondre ? Sa tristesse le touchait, malgré tout. Ce n'était pas ce qu'il voulait. Même s'il s'était détaché de tout, il n'avait jamais aimé se disputer avec Fuyumi. Pas comme ça, en tout cas. Ça n'en valait pas la peine. Rien n'en valait la peine.
« Ne reste pas silencieux, s'il te plait. Dis-moi quelque chose...
— ... Je n'ai rien à te dire, Fuyumi. Rien que tu ne veuilles entendre en tout cas.
— Parle-moi quand même, même si ça ne me plait pas. Je veux savoir pourquoi tu as fait ça, Touya... Pourquoi as-tu rejoint la Ligue... ?
— ... Tu veux vraiment le savoir ? »
Dabi croisa alors le regard de Fuyumi. Cette dernière tenta de se calmer. Elle remarqua que les yeux de Touya étaient vides... comme autrefois... lorsqu'il allait mal et que Fuyumi avait peur qu'il ne finisse par s'ôter la vie... Désemparée, elle sentit les sanglots la reprendre. Elle avait, à nouveau, envie de le prendre dans ses bras, mais elle ne bougea pas. Elle ne ressentait plus cette complicité qui les avait liés autrefois... Touya... Où était passé son Touya ? Elle voulait tellement comprendre. Bien sûr, elle savait pourquoi il était parti de la maison. Mais de là à rejoindre un groupe aussi dangereux et criminel que la Ligue...
« Oui, répondit-elle alors à voix basse. Je veux tout savoir... »
Dabi la regarda un moment. Sans doute qu'il lui devait la vérité, même s'il avait tout fait pour éviter cette confrontation. Devoir s'expliquer, c'était juste... épuisant... mais Fuyumi le méritait... probablement... Il se lança alors, sans trop entrer dans les détails.
« J'étais d'accord avec l'idéologie de Stain, tout simplement. Cette hypocrisie envers les héros est ridicule. Après tout ce qu'on a vécu, je ne pouvais pas le supporter.
— Alors quoi ? Ça justifie que tu tues des gens ? Que tu t'en prennes à Shoto ?
— J'ai pris mes propres décisions, lui aussi. On n'allait pas s'arrêter parce qu'on a du sang en commun.
— Du sang en commun ? répéta Fuyumi, médusée. C'est tout ce qu'il représente pour toi ?
— Parce qu'il faudrait quelque chose en plus ? Je t'en prie Fuyumi, on ne s'est jamais réellement parlé lui et moi. Il n'y a aucun lien entre nous.
— Mais tout ça, ce n'est pas de sa faute ! Tu ne peux pas lui en vouloir parce que papa a décidé de l'isoler. Shoto n'y est pour rien. »
Dabi soupira. Evidemment, il n'était pas étonné par sa réaction... Pauvre Shoto. Il n'y est pour rien. C'étaient les phrases préférés de sa mère... Sois gentil avec ton frère. Il doit déjà supporter tellement de choses. Il avait toujours détesté ça.
« Tu... Est-ce que tu aurais pu le tuer... ? finit par demander Fuyumi en voyant que Touya ne reprenait pas la parole.
— ... Je n'en sais rien. Quelle importance, puisque ça n'arrivera jamais ? »
Quelle importance ? Sérieusement ? Il avait dit qu'il n'en savait rien... Il n'en savait rien... De quelle façon Fuyumi devait-elle réagir en entendant ses paroles ? Elle se sentait de plus en plus perdue. Est-ce que Touya les pensait réellement ? Comment pouvait-il dire de telles horreurs sur un ton aussi indifférent ? Fuyumi avait beau savoir qu'il ne lui ferait pas de mal, en cet instant précis, elle ne put s'empêcher d'avoir peur de lui. Pour la première fois depuis son arrivée, elle comprenait qu'elle avait face à elle Dabi de la Ligue des Vilains. Les larmes remontaient jusqu'à ses yeux. Etait-il déjà trop tard pour son frère ? Elle aurait cru que, peut-être, la prison l'aurait changé. Qu'il aurait compris. Qu'il aurait des remords... Mais il semblait n'en avoir aucun.
« Que tu adhères aux idées de Stain, je peux comprendre, finit-elle par lâcher d'une voix tremblante. Mais ça s'arrête là. Tu as fait du mal à Shoto. Tu as tué plusieurs personnes. La Ligue, c'était d'un tout autre niveau que Stain. Comment as-tu pu rester avec des personnes qui faisaient autant de mal autour d'elles ?
— Disons qu'on avait finalement pas mal de point en commun. »
A ces mots, Fuyumi se sentit, à nouveau, défaillir. Elle avait du mal à se dire que son frère avait réellement des points en commun avec ces personnes-là. La tristesse l'envahit de plus en plus. Elle ne comprenait pas ses paroles. Qui était cet homme aussi froid ? Et où était le frère qu'elle avait aimé ? Celui qui réconfortait toujours Natsuo et qui l'avait même rassuré sur son alter ? C'était grâce à lui si Natsuo avait réussi à s'accepter. Ça lui avait fait tellement de bien. Sans ça, Natsuo serait peut-être, lui aussi, tombé dans la dépression...
Etait-ce donc la haine qui avait perverti à ce point Touya ? A moins que Fuyumi n'ait idéalisé son frère ? Peut-être qu'il avait toujours eu ce côté méchant et cruel au fond de lui. Cette hypothèse était pire que tout. Fuyumi voulait encore y croire. Mais au plus la conversation avançait, au plus elle avait du mal. Elle avait l'impression de se confronter à un mur. Elle ne savait plus quoi faire. Elle avait tant besoin de continuer à lui parler, mais comment devait-elle s'y prendre ? Elle se sentait de plus en plus perdue.
Dabi, quant à lui, la regarda un instant, avant de détourner les yeux. Le silence s'installa à nouveau, inconfortable. Jamais ils n'avaient ressenti une telle distance entre eux deux. Touya et Fuyumi avaient été des frère et sœur plutôt proches. Mais Dabi et Fuyumi n'étaient que des inconnus. Est-ce qu'il y avait quelque chose entre ? Quelqu'un entre Touya et Dabi ? Il n'en savait rien. Cela faisait longtemps qu'il ne le savait plus, qu'il n'était juste plus personne...
Mais au fond de lui... Il se souvenait... de ces fois où elle se glissait dans sa chambre pour calmer ses brûlures, de ces fois où il la taquinait juste pour le plaisir de l'entendre rire. C'était un son qu'il avait toujours aimé... Mais il avait fini par grandir et par s'isoler de plus en plus, jusqu'au jour où il s'était enfui. Laisser de côté sa famille... les laisser tomber... ça l'avait rendu malade. Il y avait tant pensé que ça l'avait rendu fou. Et pourtant, il restait persuadé qu'il avait pris la meilleure décision. Parce qu'au moins, il avait survécu.
« ... Je suis désolé si je ne suis pas la personne que tu croyais, finit-il par murmurer. Mais il faut croire que le passé est juste le passé.
— ... Pourtant, je veux comprendre Touya. Je veux vraiment te comprendre.
— Tu ne peux pas.
— Alors explique-moi. Explique-moi ce que tu as en commun avec quelqu'un comme Shigaraki. »
Il ne pouvait pas. Il n'en avait pas envie. Peut-être qu'il l'aurait fait huit années auparavant. Il lui aurait, sans doute, craché en plein visage la haine qu'il avait pour la société. Mais aujourd'hui, il était bien trop épuisé pour ça. Ses ressemblances avec Shigaraki ne comptaient plus désormais, vu qu'ils avaient perdu. Et puis, comment lui expliquer que cet homme l'avait dégoûté, avant de le fasciner ? Comme lui dire qu'il s'était attaché à lui pendant sa peine de prison pour ne pas sombrer totalement dans la folie ?
Mais sa sœur attendait une réponse. Et la voir dans un tel état de détresse ne le laissait pas totalement indifférent. Même si ses sentiments étaient faibles et vacillants, ils étaient là, malgré tout. Il soupira et détourna son regard.
« Quand on a tout perdu, les envies de destruction n'en deviennent que plus fortes. »
C'était ce qui les avait rapprochés en premier lieu, après tout, même si ça n'avait pas été suffisant. Dabi s'était toujours servi de la Ligue pour atteindre ses propres buts. Il était resté à l'écart. Il ne s'était pas réellement attaché à eux. Mais les choses avaient changé quand la Ligue avait commencé à être démantelée. Ils n'étaient pas tous tombés en un coup. Ils avaient subi plusieurs attaques rapprochées. Petit à petit, ils avaient perdu des membres. Et, au final, il n'y avait plus eu que lui et Shigaraki. Ils avaient été en cavale plusieurs semaines. Shigaraki s'était occupé de ses blessures lorsqu'il n'avait plus été en état de s'en occuper lui-même. Durant cette période, ils n'avaient pas eu le choix d'être proches l'un de l'autre. Ils n'avaient plus qu'eux. Ils s'étaient fait confiance. Dabi, ayant trop utilisé son alter, avait dû se reposer sur lui. Shigaraki ne lui avait même pas reproché son manque de jugement sur Hawks. Alors qu'il aurait dû. Dabi avait tellement merdé. Mais Shigaraki était resté un chef solide. Jusqu'au bout, ce dernier y avait cru. Dabi s'était senti porté par sa volonté de détruire le monde. Cependant, ça n'avait pas duré. Une autre attaque de héros avait eu lieu. La dernière.
Mais après avoir passé des semaines à fuir avec Shigaraki, à veiller l'un sur l'autre, il avait mal vécu l'isolement. Toute l'incertitude autour de l'état de ce dernier l'avait rongé. Et maintenant qu'il savait ce qui lui était arrivé, ça le rendait malade. Cette époque en venait à lui manquer. C'était dur, mais à deux, ils avaient su continuer à avancer. A présent, ils devaient se débrouiller chacun de leur côté...
« Est-ce qu'il te manque ... Shigaraki ? »
La voix de Fuyumi le sortit de ses pensées. Dabi se tourna à nouveau vers elle. Il voyait bien qu'elle essayait de le comprendre. Mais c'était si compliqué.
« ... Parfois... »
Il tâcha d'être honnête. Il ne savait pas vraiment ce qu'il ressentait pour Shigaraki. Mais il s'était rattaché à lui pendant ces huit années d'emprisonnement. Parce qu'il avait été bien plus simple de penser à lui, à cet homme qui l'avait aidé et soutenu jusqu'au bout, plutôt qu'à sa famille ou encore à Hawks.
« Je suis désolée pour toi. »
La phrase de Fuyumi le surprit. Il la regarda alors avec incompréhension. Comment pouvait-elle lui dire ça ?
« Je ne peux pas dire que je te comprenne, avoua Fuyumi. Et je ne pense pas que tu devrais rester attacher à lui. Mais je suis désolée si tu te sens mal. »
Ah... Il la reconnaissait bien là. Trop gentille pour son propre bien. Il avait toujours détesté ça.
« Et tu... tu ne regrettes jamais ce que tu as fait ? » reprit-elle d'une petite voix.
Dabi ne lui répondit pas. Il ne pensait pas regretter, non. A vrai dire, il n'y avait pas réfléchi pendant ces dernières années. Il n'avait pas voulu faire face à ses actes. A quoi ça servirait ? Qu'il regrette ou non, ça ne changerait rien au présent. Les morts seraient toujours morts. Qui s'en soucierait ?
Voyant qu'elle n'obtiendrait aucune réponse de son frère, Fuyumi n'osa pas insister. Elle resserra ses mains tremblantes sur ses jambes. Elle devait tenir bon. Elle avait encore des questions et elle n'était pas sûre qu'elle aurait une autre occasion de pouvoir lui parler aussi franchement.
« Et nous, demanda-t-elle alors en prenant son courage à deux mains, est-ce qu'on t'a manqué ? »
Dabi fit trainer le silence, se laissant le temps d'y réfléchir.
« Quand je suis parti, j'ai fait une croix sur vous, finit-il par avouer. La vie dans la rue te fait vite rendre compte de la réalité. Si je voulais aller plus loin dans mes idées, je devais vous laisser derrière moi. »
Ça ne répondait pas à sa question, mais, visiblement, elle allait devoir s'en contenter. Cependant, elle ne voulait pas s'arrêter là. Elle se doutait bien que les paroles de son frère pouvaient la faire souffrir, mais si elle était venue jusqu'ici, c'était aussi parce qu'elle était prête à faire face à la vérité, même si elle devait être blessante.
« Est-ce que tu nous détestes ? »
Malgré l'horreur de sa question, sa voix resta douce. Elle voulait juste une réponse. Touya la fixa un moment de ses yeux vides.
« Je ne te déteste pas, Fuyumi. Ni toi, ni Natsuo. »
Fuyumi se rendit compte qu'il ne mentionna pas les autres membres de leur famille. Elle baissa tristement les yeux.
« C'est pour ça que tu es là ? soupira Dabi en reprenant la parole. Pour essayer de renouer les liens ?
— Est-ce si mal que ça ?
— Non, mais c'est inutile. J'ai fait un choix, il y a des années, et je dois vivre avec ça.
— Alors tu ne veux plus nous voir du tout ? »
La voix de Fuyumi ne cessait de trembler. Dabi détourna, à nouveau, son regard. Même si elle l'agaçait par moment, il n'avait jamais voulu faire souffrir sa sœur. Une partie de lui aurait voulu retourner à l'époque où ils étaient proches l'un de l'autre. Avant qu'il ne commence à changer. Cependant, c'était impossible.
Il ne savait pas quoi lui répondre. Non, il ne se voyait pas reprendre contact avec sa famille. Mais il y avait un mais... Ce n'était pas si simple. Ses convictions avaient tendance à vaciller lorsqu'il voyait le regard rempli de larmes de Fuyumi. Tout ça, c'était derrière lui. Il était censé n'avoir plus aucune attache. Si seulement, il pouvait rester insensible...
« Natsuo aurait voulu venir, reprit Fuyumi tout en tâchant de rester courageuse malgré le silence de son frère. Il est encore très attaché à toi. C'est peut-être parce qu'il était si proche de toi qu'il est aussi celui qui est le plus en colère. Mais ça ne veut pas dire qu'il veut t'effacer de sa vie. Bien au contraire... »
Voyant que Touya ne répondait toujours pas, elle continua sur sa lancée.
« Tout le monde voudrait te revoir, à vrai dire. Shoto ne sait pas très bien comment se positionner, mais il ne ferme pas la porte pour autant. Je sais qu'il est prêt à t'écouter. Et maman... Tu sais, elle va mieux. Elle a réussi à reprendre sa vie en main. Tu te souviens de toutes ces fois où on a prié pour qu'elle retrouve le sourire ? Eh bien, c'est le cas maintenant. »
Fuyumi essayait d'être assurée dans ses paroles. Mais elle sentait bien que Touya n'y était pas réceptif. C'était comme si le fossé entre eux ne cessait de s'agrandir, au lieu de se combler. S'il était aussi indifférent au bien-être de leur mère, qu'est-ce qui pourrait le toucher ? Elle doutait de plus en plus.
« Qu'est-ce que tu suis censée faire, Touya ? finit-elle par lui demander. Qu'est-ce que je dois faire pour réparer notre relation ?
— Rien. »
Fuyumi le regarda, blessée. Touya ne lui laissait aucune ouverture.
« Tu es trop gentille, Fuyumi, reprit Dabi d'une voix froide. Tu pardonnes tout et n'importe quoi. Tu refais les mêmes erreurs qu'avec Enji. Parfois, il faut juste accepter qu'une relation ne peut pas continuer. »
Les paroles de son frère lui firent le même effet qu'un coup de poignard. Pourquoi... Pourquoi se montrait-il aussi méchant ?
« Alors quoi... Je dois juste m'en aller et oublier le fait que tu es enfin libre ?
— Peut-être, oui. »
C'était la phrase de trop. Son corps fut à nouveau parcouru de sanglot. Elle avait de plus en plus de mal à contenir ses émotions.
« Tu as beau dire que tu ne me détestes pas, j'ai du mal à le croire, souffla-t-elle. Je... Ce n'était pas facile pour moi de venir ici... Tu as essayé de tuer notre père. Tu aurais pu en faire de même avec Shoto... Je t'en ai voulu pour ça, Touya... »
Son souffle était de plus en plus irrégulier.
« Et pourtant, je suis là, reprit-elle d'une voix hachée. Parce que je te pardonne. J'estime que tu as payé pour tes crimes. Je n'arrive pas à t'en vouloir pour le mal que tu as fait... Et peut-être que ça fait de moi une mauvaise personne... mais tu es mon frère, Touya... Est-ce si difficile à croire que je veux renouer avec toi ? »
Dabi s'enferma dans son mutisme. Il ne voyait pas quoi lui répondre. Il voulait rester en retrait, mais Fuyumi ne le laissait pas faire. Elle l'obligeait, sans s'en rendre compte peut-être, à faire face à ses émotions profondément enfouies. Et il détestait ça.
Voyant que Touya restait, une nouvelle fois, silencieux, Fuyumi savait qu'elle avait sa réponse. Elle n'avait pourtant pas eu l'impression de lui demander grand-chose. Elle aurait aimé juste avoir un peu d'attention de sa part. Mais Touya n'avait même pas demandé de ses nouvelles. Il ne savait rien de leur vie actuelle et ça n'avait pas l'air de le déranger. Elle était désolée qu'il se sente mal, mais ça, elle avait du mal à l'accepter. Elle avait su, dès le départ, que ce serait compliqué, mais c'était douloureux malgré tout. Que pouvait-elle faire maintenant ?
« Je ne t'ai rien demandé, Fuyumi. » finit par lâcher Dabi.
Après tout, il n'était pas entièrement responsable de la tristesse de sa sœur. C'était Fuyumi toute seule qui avait décidé d'essayer de reformer leur famille. Il avait le droit aussi de ne pas le vouloir.
« C'est vrai, mais... j'aurais voulu que tu ressentes ça, toi aussi. »
Aucune réponse ne lui parvint. Touya se montrait de plus en plus froid. Il n'avait même pas besoin de parler pour qu'elle sache qu'elle le dérangeait avec toutes ses questions. L'ambiance ne s'était pas apaisée une seule seconde depuis son arrivée. Malgré son obstination, Fuyumi se demanda, pour la première fois, ce qu'elle faisait là. Touya ne semblait pas regretter ses crimes. Il ne savait même pas lui dire s'il aurait pu tuer Shoto ou non. C'était grave. Et pourtant, elle continuait de lui laisser des ouvertures. Elle ne cessait de lui tendre la main. Mais elle ne recevait que des refus en retour. Pourquoi ? Pourquoi n'essayait-il pas de faire un effort ?
« Tu aurais préféré que je ne reprenne pas contact avec toi ? demanda-t-elle d'une petite voix.
— Oui. »
Dabi savait que sa réponse et son ton glacial allaient la blesser. Mais il n'avait pas le choix. Fuyumi ne semblait pas vouloir comprendre. Il n'y avait plus rien à attendre de lui. Que cherchait-elle à la fin ? Leur relation n'était plus qu'un vague souvenir. Elle ne reviendrait jamais. Et ce serait mieux pour elle qu'elle lâche l'affaire. Elle méritait mieux que ça.
« N'as-tu pas été assez blessé par notre cher père ? siffla-t-il alors avec froideur. Tu veux que je te rappelle toutes les fois où il t'a fait pleurer ? Toutes les fois où on s'est mutuellement réconforté parce qu'il ne daignait pas nous regarder ? Mais tu n'as jamais pu lui en vouloir bien longtemps et tu as continué à souffrir. Moi, j'ai essayé de changer les choses.
— Et de quelle façon au juste ? demanda Fuyumi. En devenant un meurtrier ? Tu crois vraiment que c'est mieux ?
— Au moins, j'ai fait quelque chose, au lieu de subir. »
En plus de sa froideur, Fuyumi ressentit du mépris dans sa voix. Ça faisait mal, mais elle soutint son regard.
« J'ai fait ce que j'ai pu, répondit-elle alors. J'ai essayé de continuer à soutenir Natsuo. J'ai tenté de me racheter auprès de Shoto. J'ai surement fait un tas d'erreurs, mais c'était tout ce que j'étais capable de faire... Est-ce que tu m'en veux pour ça ?
— ... Non, Fuyumi, soupira Dabi. Mais ne recommence pas avec moi. Arrête de te faire du mal. Tu vaux mieux que ça.
— Je suis la seule à pouvoir décider de ça, Touya. Et j'ai déjà fait mon choix. Je ne compte pas t'abandonner. »
Dabi resta, à nouveau silencieux. Il aurait aimé pouvoir la repousser plus franchement, mais il n'y arrivait pas.
« J'aimerais savoir, Touya... Est-ce qu'il n'y a vraiment aucune chance qu'on arrive à se réconcilier ?
— Je ne sais pas, Fuyumi. Est-ce que ça en vaut la peine ? »
Ces mots furent particulièrement violents à entendre. Fuyumi savait que les larmes coulaient le long de ses joues, mais elle ne fit rien pour les arrêter. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait. Elle le regarda alors, essayant de déceler une quelconque émotion, mais elle voyait bien que rien ne paraissait l'atteindre. Alors... c'était ça ce qu'était devenu son frère ? Elle ne savait plus quoi faire. Elle voulait lui répondre qu'évidemment ça en valait la peine, mais elle resta silencieuse. Elle ne savait pas si elle avait la force de poursuivre cette conversation, majoritairement à sens unique, et de subir encore son indifférence. Elle savait qu'elle devrait essayer de tenir plus longtemps. Mais elle n'y arrivait plus. Touya se rendait-il compte de sa froideur ? Le faisait-il exprès pour la faire fuir ? Fuyumi avait toujours été forte. Elle s'était accroché pendant de longues années pour rassembler tous les morceaux de leur famille brisée. Mais là... elle se sentait plier. Cette dernière phrase était celle de trop. Elle n'arriverait plus à en supporter davantage ce soir. Elle n'abandonnerait pas, mais elle avait besoin de prendre de la distance.
« La réponse me semblait évidente... »
Sa voix tremblait d'émotion. Elle était complètement perdue face à l'attitude de son frère.
« Je vais te laisser, murmura-t-elle alors. Je suis désolée d'être venue sans prévenir. »
Dabi fronça les sourcils en entendant cette phrase. Elle ne devrait pas avoir à dire ça. Pourtant, il ne la contredit pas, même si ses paroles ne cessaient de tourner dans sa tête. Elle allait réellement partir ? Il pensait qu'elle serait restée encore un peu, mais c'était sans doute mieux comme ça. De toute façon, que pouvaient-ils se dire de plus ? Ce n'était pas comme si leur relation pouvait se reconstruire par miracle. Ce n'était pas ce qu'il voulait. Avec la distance qu'il avait mise entre eux, elle avait bien du le comprendre. Pourtant, avant qu'elle ne parte, il avait, lui aussi, une question à lui poser. Juste pour s'assurer de quelque chose...
« Est-ce que vous êtes heureux ? » finit-il par demander.
Au final, c'était la seule chose qui lui importait réellement. Face à lui, Fuyumi fut surprise par sa question. Elle ne s'était pas attendue à cette approche.
« Il y a parfois des moments plus difficiles que d'autres, avoua-t-elle, mais oui, je peux dire qu'on est heureux.
— Tant mieux alors. »
Ils s'observèrent, sans plus savoir quoi se dire. Il y avait une telle distance entre eux qu'il était difficile de croire qu'ils étaient frère et sœur. Fuyumi se sentait fatiguée de tout ça. Elle avait fait ce qu'elle avait pu, pour ce soir en tout cas. Elle n'avait plus assez d'énergie pour continuer.
« Avant que je m'en aille, j'ai juste une dernière question... Je sais que tu ne voulais pas que je vienne ici ce soir, mais... est-ce que... est-ce que tu acceptes au moins qu'on te contacte par téléphone... plus tard ? »
Elle se força à lui poser cette question. Parce que, malgré tout, elle ne voulait pas le laisser tomber. Pas après une seule tentative. Elle souhaitait lui laisser encore une ouverture, même si son frère, lui, ne lui en avait donnée aucune.
Face à elle, Dabi resta silencieux un instant. Il voulait lui dire non. L'envoyer balader. Mais ce n'était pas si simple de garder cette froideur qu'il s'était imposé. Ce n'était pas comme en prison. Tartarus lui avait, au moins, donné l'occasion de garder sa famille à l'écart. Mais c'était bien plus difficile à faire lorsque Fuyumi lui posait directement la question en face. Il ne pouvait nier le fait que ça avait dû être difficile pour elle de venir jusqu'ici. Et même s'il n'était pas prêt à lui parler pour l'instant, il n'était pas sûr, non plus, de vouloir lui fermer totalement la porte. Il sentit alors l'incertitude le gagner et sa froideur vaciller.
« Seulement Natsuo et toi. » finit-il par lâcher.
C'était le seul compromis qu'il pouvait lui faire.
« Mais ne t'attends pas à grand-chose, ajouta-il.
— Ne t'en fais pas, Touya. Je l'ai bien compris aujourd'hui. »
La froideur avait changé de camp, désormais. Dabi fixa sa sœur un instant. Il ne savait pas quoi lui dire. Il n'avait pas voulu la blesser. D'un geste peu assuré, il prit alors le téléphone qu'elle lui tendait pour encoder son numéro. Nulle doute qu'elle aurait pu l'avoir d'une autre façon. Elle avait bien trouvé son adresse. Mais il appréciait qu'elle le demande.
« Bien, je vais y aller, dit alors Fuyumi une fois son téléphone rangé. Bonne soirée, Touya. »
Son ton était devenu plus froid. Ce n'était pas vraiment ce qu'elle voulait, mais elle avait besoin de se protéger, elle aussi. Elle quitta alors l'appartement, sans que Touya ne tente de l'arrêter. Dès qu'elle fut dans l'ascenseur, elle sentit toute la tension retomber. Son corps se remit à trembler. Mais elle tint bon. Elle sortit ensuite de l'immeuble et s'en éloigna, perdue. Elle se dirigea vers le parking le plus proche et monta dans la voiture de Makato. A ce moment-là seulement, elle permit à son corps de se relâcher. Les larmes se remirent à couler, sans s'interrompre.
A ses côtés, son petit ami ne lui posa aucune question. Il l'entraina dans une douce étreinte, essayant de la réconforter. C'était pour ça qu'il avait tenu à l'accompagner après tout, même si ça l'obligeait à attendre un temps indéfini dans la voiture. Il se doutait que ce serait une épreuve difficile pour Fuyumi. Et il se devait d'être présent pour elle.
« Il a été tellement distant, souffla-t-elle dans un murmure. Je ne comprends pas ce que j'ai fait de mal...
— Tu n'as rien fait de mal. »
Makato resserra ses bras autour d'elle, tout en tâchant de garder sa colère cachée. Il n'avait jamais connu Touya, mais il n'en avait pas besoin pour le détester. Il avait blessé Fuyumi... encore. Mais Makato savait que Fuyumi n'apprécierait pas ce genre de sentiment. Il le garda alors pour lui. De toute façon, ce n'était pas ça qui allait l'aider.
« Tu veux qu'on rentre ? Je vais te préparer un bon repas, d'accord ? »
Fuyumi hocha la tête et finit par s'éloigner, tandis que Makato démarra la voiture. Elle savait que sa famille attendait de ses nouvelles, mais elle ne se sentait pas capable de leur en donner pour l'instant. Qu'allait-elle leur dire ? Touya avait été si froid. Il n'avait plus rien en commun avec le frère qu'elle avait connu. Etait-ce encore possible de renouer avec lui ? Malgré tout, Touya n'avait pas dit non. Il n'avait pas été enthousiaste, mais il n'avait pas dit non... Fuyumi ne savait plus quoi penser. Elle savait qu'elle continuerait à se battre pour le ramener dans son existence. Mais en attendant... elle allait rentrer, profiter du soutien de Makato et essayer de se calmer...
Alors qu'ils s'éloignaient, de son côté, Dabi était parti prendre une douche. Les muscles tendus, il essayait de se détendre sous l'eau chaude, sans succès. Il ne se sentait pas bien. Comme s'il avait un poids sur son estomac, qui ne cessait de grandir depuis le départ de sa sœur. Quelque chose n'allait pas. Pas du tout... Après ça, il partit se coucher sur son lit, le ventre vide. La venue de Fuyumi lui avait complètement coupé l'appétit.
Il se sentait fatigué. Epuisé. Lessivé. Comme tous les soirs quand il allait se coucher. Mais là, c'était encore pire. Les mots de Fuyumi ne cessaient de lui revenir en mémoire. Il n'avait pas fait beaucoup d'effort pour que la conversation se passe bien... Il n'en avait pas eu envie. Il avait juste fait le minimum. Parce que c'était Fuyumi. Qu'elle le méritait. Mais il avait dû se forcer. Parce que ça ne l'intéressait plus. Parler aux autres, se socialiser... Pour quoi faire ? Ce n'était pas comme si ça pouvait changer quoi que ce soit...
Mais, malgré tout, sa venue avait remué pas mal de chose en lui. Quelques sentiments, fugaces, étaient venus se loger dans sa poitrine. Et il détestait ça. Les yeux rivés sur le plafond, il se sentait de plus en plus perdu. Tout était allé beaucoup trop vite. Sa sortie de prison, son nouveau travail, Hawks et maintenant Fuyumi. Ça s'enchainait trop rapidement. Il ne savait plus quoi penser. Ni comment réagir. Qu'est-ce qu'on attendait de lui maintenant ? Etait-il censé renouer avec Fuyumi ? Pardonner à Hawks ? Il ne le pouvait pas. C'était trop lui demander... Pourtant, ils étaient les seuls à avoir effacer le vide en lui, l'espace d'un instant.
Et pourtant, pour rien au monde, il n'aurait voulu les revoir. Il avait tiré un trait sur sa famille le jour où il s'était enfui. Il avait renoncé à Hawks lorsqu'il avait compris sa trahison. Il voulait s'isoler. Il n'avait pas besoin d'eux dans sa nouvelle vie. Malgré tout, ils venaient se rappeler à lui, sans son accord. Et s'il était facile d'ignorer Hawks – il n'allait probablement pas insister – cela s'avérait plus compliqué avec Fuyumi et Natsuo.
Son frère et sa sœur n'avaient rien fait de mal. Touya les avait toujours aimés. Ne plus être auprès d'eux avait été une véritable déchirure. Mais il avait vécu tellement de choses. Sa vision de la vie avait changé. Il était devenu Dabi. Il soupira, tout en passant ses doigts sur sa peau cicatrisée. Fuyumi ne pourrait jamais comprendre à quel point son feu l'avait brûlé de l'intérieur. Il avait fallu qu'il fasse quelque chose pour ne pas suffoquer. A la différence de Natsuo, elle ne semblait pas avoir saisi à quel point Enji l'avait détruit. Quelque part, Touya était mort à cause de lui. Ce garçon faible et inutile avait été tellement meurtri par son père qu'il n'avait pu que disparaître. Du moins, c'était ce qu'avait cru Dabi. Mais force était de constater qu'il existait encore un peu.
Maintenant il devait savoir... il devait savoir ce qu'il voulait... Rester vide... ou prendre le risque de renouer avec Fuyumi et Natsuo. Sans qu'il ne s'en aperçoive, des larmes apparurent dans ses yeux et coulèrent le long de ses tempes. C'était comme si un voile s'était levé... Sa vie ne ressemblait à rien... Il avait tout perdu... Il avait tout gâché...
S'il avait su être Dabi jusqu'au bout, il aurait pu répandre le chaos. Régner sur les ténèbres et voir tout ce qu'il détestait être détruit. Ça l'aurait apaisé. Il n'aurait sans doute pas vécu longtemps, mais il aurait été au bout de ses convictions. Seulement, il n'avait pas pu être Dabi à cent pour cent. Avec Hawks... il avait montré des faiblesses... des faiblesses qui provenaient de son ancienne identité. Et à cause de ça, la Ligue avait coulé.
S'il avait pu être Touya jusqu'au bout, il aurait pu profiter de sa vie de famille. S'il n'avait pas commis tous ses crimes, il n'aurait peut-être pas été des plus heureux, il aurait poursuivi un chemin de vie qui ne lui ressemblait pas tant que ça, mais au moins il aurait toujours de bons liens avec Fuyumi et Natsuo. Peut-être que ça lui aurait suffi. Il aurait été là pour eux, il aurait partagé leur bonheur. Et, peut-être, qu'au bout du compte, il aurait réussi à vivre une vie qui lui aurait plu.
Mais il n'avait jamais réussi à choisir entre les deux. Et au final, il avait juste tout perdu. Il n'irait jamais au bout de sa vengeance, il ne rattraperait jamais le temps perdu avec sa famille. C'était fini... Tout était fini... Il avait tout raté...
Les larmes s'écrasèrent dans ses cheveux. Les regrets l'avaient longtemps étouffé, mais là... c'était de pire en pire... Si seulement il pouvait tout recommencer pour ne prendre qu'une seule voie... Si seulement oui... mais quel chemin il choisirait... ? Touya ou Dabi ? Il ne savait pas ce qui était le mieux... Et sans doute qu'il ne le saurait jamais...
Merci de m'avoir lue ! Je vous retrouve bientôt !
