Hello hello ! Hum... Beaucoup plus tard que prévu, voici enfin le chapitre 9 de Perpétuité. Je suis sincèrement désolée pour tout ce retard. Je pensais vraiment reprendre le rythme mensuel, mais il s'est passé plusieurs choses qui ont compliqué la correction. J'ai notamment vécu un évènement personnel difficile l'an passé qui m'a fait m'éloigner de cette fic en particulier. Et puis, j'ai eu beaucoup de mal à me relancer dans l'écriture et j'ai du faire face à mes nombreux blocages. Mais je vais mieux à présent ! Et je peux enfin me replonger avec plaisir dans cette histoire que j'aime vraiment beaucoup. Je vais d'ailleurs essayer de reprendre un rythme mensuel de parution.

Depuis le dernier chapitre, plusieurs éléments sur la famille Todoroki sont sortis dans le manga. Je compte m'inspirer de ceux qui peuvent coller avec mon histoire. Malheureusement, ils ne sont pas tous compatibles, donc tant pis. J'espère que ça ne vous gênera pas trop !

Comme toujours, un immense, un gigantesque merci à Moira-chan pour sa superbe bêta et pour tout son soutien ! Elle supporte tous mes drama, c'est vraiment un ange. Je dirais même que c'est juste LA meilleure :)

J'en profite pour répondre aux reviews anonymes :

Guest : Merci beaucoup pour tes compliments, ça me fait super plaisir ! :) Et je te rassure, cette histoire ne sera jamais abandonnée. Elle me tient vraiment très à coeur. Même si j'ai du prendre un peu de recul, je ne l'oublie pas et je ne la laisse pas tomber :)

Mio : Merci ! Je suis contente qu'on ressente bien les émotions de Touya ! Ce n'est pas toujours facile à bien les décrire ! Merci pour tous tes mots, ça me touche ! J'espère que la suite te plaira tout autant :)

Ilems : Oh là là... merci beaucoup pour tes compliments ! Ça me fait tellement plaisir que tu aimes cette histoire et le fait qu'il y ait plusieurs points de vue présentés. Ah la question sur le nombre de chapitres... Ha ha, très honnêtement, je n'en sais rien. J'ai le plan globale dans ma tête, mais pas découpé par chapitre. J'ai 16 chapitres actuellement dans mes dossiers et c'est pas prêt d'être terminé. Je pense qu'il y en aura peut-être une trentaine du coup ? Mais sans certitude. Je suis désolée pour l'attente en tout cas !

Jounrei : Je suis désolée que cette histoire soit en parution très irrégulière. Mais, à nouveau, cette histoire ne sera jamais à l'abandon. Je vais vraiment tout faire pour, au moins, poster un chapitre tous les mois. Merci beaucoup pour tes compliments T.T Franchement, ça me touche énormément. J'essaye de faire en sorte que la progression de l'histoire et des émotions de Dabi soient le plus réaliste possible. Je suis super contente si ça rend bien ! Encore désolée pour tout ce retard. J'espère de tout coeur que la suite te plaira !

Zedd : À aujourd'hui ! :p Désolée pour cette longue attente :(

Et voilà, je vous laisse avec Hawks pour ce chapitre et je vous souhaite une très bonne lecture :)


Chapitre neuf

Le temps se refroidissait de plus en plus. La neige s'était mise à virevolter en tout sens. Hawks n'avait jamais beaucoup aimé cette période, comme ce n'était pas agréable de voler dans ces conditions. Ce matin-là, il aurait donc clairement préféré rester au chaud chez lui. Surtout vu le travail qu'il avait à faire. Cette émeute dans l'annexe psychiatrique avait causé pas mal de soucis et c'était de sa responsabilité de vérifier que tout était en ordre, à présent. C'est pourquoi il s'y rendait en ce moment même, ses plumes tremblant légèrement à cause du froid. Il retint ensuite un frisson quand il aperçut l'hôpital. Hawks détestait cet endroit, mais il n'avait pas le choix. Heureusement, ça ne devrait pas lui prendre trop de temps. Il se posa alors à terre et tenta de chasser ses mauvaises pensées.

Il entra dans le grand bâtiment peu engageant et présenta son permis à l'agent de sécurité. Puis, il s'avança dans le grand hall. Ses yeux balayèrent rapidement la pièce, avant de se poser sur un homme qui se tenait un peu plus loin, près de l'accueil. Hawks le reconnut aussitôt. Le numéro un des héros. Il alla à sa rencontre sans attendre.

« Deku ! l'apostropha-t-il. Je ne pensais pas te retrouver ici.

—Oh, bonjour Hawks ! Oui, je voulais vérifier certaines choses par moi-même. »

Hawks l'observa un instant, se doutant de ses intentions. Il força un sourire sur ses lèvres, mais ça ressemblait plus à une grimace qu'à autre chose. Il laissa alors tomber tout faux-semblant.

« Tu es venu pour Shigaraki ? »

Hawks tenta d'avoir une voix dégagée, mais c'était difficile. Parler du vilain le mettait toujours mal à l'aise. Il n'arrivait pas à oublier les choses horribles qu'il avait dû faire pour entrer dans ses bonnes grâces. Face à lui, Deku resta silencieux quelques secondes, avant de hocher la tête.

« Je voulais m'assurer de son état, avoua ce dernier.

—Et connaître sa responsabilité dans cette affaire ?

—Aussi, oui. Mais il n'y est pour rien, Hawks. À vrai dire, il n'a même pas pu quitter sa chambre lors de l'émeute. Il est bien gardé.

—C'est une bonne chose alors. »

Deku acquiesça, mais Hawks voyait bien qu'il ne le pensait pas réellement. Quelque chose avait toujours dérangé Deku dans le traitement qu'on infligeait à Shigaraki. Pourtant, il devrait en être satisfait. Shigaraki avait évité la peine de mort et était même soigné ici. Si tant était qu'il puisse être soigné, bien sûr. Hawks savait qu'en plus Deku venait lui rendre visite de temps en temps. Il prenait clairement son rôle de héros très à cœur, même si Hawks ne voyait pas vraiment ce qu'il tentait d'obtenir avec ces visites. Mais parfois... parfois, il devait bien reconnaître qu'il se demandait comment il se sentirait si lui-même revoyait Shigaraki. Le vilain devait sûrement le haïr... Et la haine était réciproque. Hawks ne parvenait pas à passer au-dessus de son ressentiment. Tant de sang avait coulé à cause de lui. Et, pour le bien de sa mission, il avait été obligé d'y prendre part...

« Tu vas bien, Hawks ? »

Ce dernier releva les yeux vers Deku, surpris par sa question. Celui-ci sembla un instant mal à l'aise, comme s'il était gêné de sa propre audace.

« Je suis désolé, reprit-il. Ça ne me regarde pas, mais... Je sais que tu as vécu des moments difficiles et tout ça... T'occuper de cette affaire ne doit pas te rappeler de bons souvenirs. »

C'était vrai... Mais il ne voulait pas en parler. Pas maintenant. Pas ici. Pas avec lui. Il haussa alors les épaules et réussit enfin à afficher un sourire convaincant.

« Ne t'en fais pas, je gère ! »

Oui, il gérait. C'était ce qu'il répétait sans cesse à tout le monde pour ne pas les inquiéter. Il voulait les convaincre que ce n'était pas ça qui allait l'arrêter. Il ne savait pas si ça fonctionnait. Mais dans la mesure où il peinait à se convaincre lui-même, il en doutait... Heureusement, Deku n'ajouta rien. Il se contenta de poser une main sur son épaule et de la serrer brièvement. C'était étrange... Etre rassuré par un héros plus jeune que lui... Mais Deku était si rayonnant que ce n'était pas réellement un problème. Hawks devait bien reconnaître qu'il se sentait un peu mieux en sa présence.

« Allez, finit-il malgré tout par dire, on n'est pas payés pour seulement discuter. Même si ce serait bien.

—Tu as raison, sourit Deku. On se voit plus tard ! »

Hawks acquiesça vaguement, puis ils reprirent chacun leur route. Deku se rendait probablement dans la chambre de Shigaraki. Hawks, lui, retrouva le directeur qui lui parla longuement de l'incident. Il discuta ensuite avec les membres du personnel. Puis, il évalua les dégâts et, enfin, il vérifia la sécurité du bâtiment. Tout semblait en ordre, à présent. Les gardiens avaient su gérer la situation. Néanmoins, les tensions restaient palpables dans l'établissement. Le directeur n'avait pas voulu faire appel aux héros pendant l'émeute, persuadé qu'il parviendrait à tout arranger sans eux. Ça avait été le cas, mais avec quelles conséquences... Deux morts et vingt-trois blessés. C'était beaucoup trop. Hawks aurait peut-être pu les aider à régler ça sans trop de dégâts. Heureusement, le directeur semblait avoir compris son erreur. Ils purent ainsi convenir d'un plan d'attaque si la situation venait à se reproduire. Maintenant que tout était réglé, Hawks n'avait plus qu'à faire son rapport.

Il préféra alors ne pas s'attarder dans l'hôpital. Dès qu'il le put, il retourna affronter la neige. Malgré le mauvais temps, il se sentait bien mieux dehors qu'à l'intérieur. Au plus il mettait de distance entre lui et cet endroit, au mieux il se portait.

Lorsqu'il fut bien au chaud dans les locaux de son agence, il secoua ses plumes, pour les sécher, puis s'avança d'un pas tranquille jusqu'à son bureau. En chemin, il salua ses acolytes, un faux sourire accroché sur le visage. Repenser à Shigaraki le plongeait toujours dans une humeur particulière. Mais il était quand même bien décidé à chasser rapidement tous les sombres souvenirs qui lui revenaient en mémoire.

Malheureusement pour Hawks, tout semblait être contre lui aujourd'hui. En effet, seulement quelques minutes après qu'il se fut remis au travail, il reçut un message de la Commission. Et les mots qui s'affichèrent alors devant ses yeux le figèrent aussitôt.

L'ex-détenu Touya Todoroki, plus connu sous le nom de Dabi, a tenté de vous joindre sur votre ancien numéro. Restez sur vos gardes.

Hawks eut l'impression que l'air s'échappait de ses poumons. Son coeur sauta plusieurs battements, peinant à se stabiliser. C'était une plaisanterie ? Comment ? Pourquoi ? Mais enfin... Non... Non, ce n'était pas possible. Hawks relut le message. Encore. Et encore. Il ne pouvait pas se tromper. Mais... il n'arrivait pas à y croire. Dabi avait essayé de l'appeler... ? Ce n'était pas...

Plusieurs pensées se mirent à se bousculer dans l'esprit de Hawks. Il n'avait vu Dabi qu'une seule fois depuis sa sortie et, très clairement, le vilain lui avait bien fait comprendre qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec lui. Alors... pourquoi est-ce qu'il prendrait la peine de l'appeler ? Ça n'avait pas de sens... Hawks n'y comprenait rien... Si seulement il avait toujours son ancien numéro ! Il aurait pu décrocher et... et quoi... ? Dabi et lui auraient-ils su se parler ?

Le coeur de Hawks se serra à cette pensée. Il ne savait plus où il en était. Le retour de Dabi dans sa vie ne lui faisait clairement pas du bien. Hawks se sentait complètement dépité. Ses ailes tremblaient légèrement dans son dos. Il savait qu'il ne devait pas s'y attarder, mais c'était impossible. Il ne parvenait pas à s'apaiser. Tentant malgré tout de garder ses émotions à distance, il retourna alors dans tous les sens les hypothèses qui lui venaient à l'esprit. Pourquoi Dabi l'avait-il appelé ? Il n'avait pas pu se tromper de numéro... C'était d'ailleurs étonnant qu'il s'en souvienne encore. À cette pensée, Hawks se sentit encore plus mal, mais il refusa d'y prêter une quelconque attention. Non... Il devait se concentrer sur ce qui avait vraiment de l'importance. Dans quel état se trouvait donc Dabi pour avoir composé son numéro ? Etait-il furieux ? Ou bien... perdu ? Les gens disaient de telles horreurs sur les détenus libérés plus tôt que prévu... Et si ça atteignait Dabi ? Non... Ce n'était pas son problème. Ce n'était plus son problème... Pourtant, il y pensait quand même. Parce que, à une époque, il avait été la bouée de sauvetage de Dabi.

Lors de cette courte période, Hawks l'avait soutenu, tentant de l'empêcher de se noyer dans ses ténèbres. En lui mentant chaque jour, en faisant semblant de s'en faire pour lui, Hawks avait su gagner sa confiance... Peut-être aurait-il même pu être son sauveur ? Peut-être aurait-il pu être tant de choses pour lui. Mais Dabi avait fait ses choix. Hawks ne devait pas s'en vouloir pour ça ! Il n'était pas responsable de lui !

Hawks essayait vainement de s'attacher à cette pensée, mais les démons qui l'avaient dévoré ces dernières années resurgissaient de façon cruelle. Il avait eu besoin de beaucoup de temps pour se remettre de ce qu'il avait fait. Et aujourd'hui... avec la sortie de Dabi... Il se rendait bien compte qu'il ne s'en était toujours pas complètement remis. L'appel de l'ancien vilain ne cessait de tourner dans son esprit. La curiosité le dévorait. Et ça lui faisait peur. Il était déjà allé voir une fois Dabi. Et ça avait été une fois de trop. Il avait cru qu'il pourrait le gérer, mais il s'était trompé. Se retrouver face à Dabi avait été un véritable électrochoc. Il n'en avait parlé à personne, mais il y avait beaucoup pensé. Il avait retourné plusieurs fois leur conversation dans sa tête. Il s'était arrêté sur des détails qu'il n'avait pas forcément compris la première fois. Ce regard que lui avait lancé Dabi... si vide... Ce regard, Hawks pouvait encore le voir lorsqu'il fermait les paupières. Ce regard le rendait mal à l'aise. Il tenta alors de le repousser.

Que pouvait-il faire, de toute façon ? Dabi avait essayé de l'appeler pour il ne savait quelle raison et voilà... Ça s'arrêtait là. Ça devait s'arrêter là. Mais il n'y arrivait pas. Il ne parvenait pas à stopper le flux de ses pensées de plus en plus oppressantes. Des pensées qui emmenaient avec elles des souvenirs qu'il voulait juste oublier...

Les doigts de Dabi frôlèrent ses ailes. Puis, lentement, il se mit à caresser ses plumes. Hawks sentait que Dabi se détendait à ce doux contact. Sa propre main glissa alors vers le corps du vilain. Une rare tendresse traversa ses yeux bleus et-

Hawks inspira profondément. Ça n'allait pas. Ça n'allait vraiment pas. Le passé le rongeait, le regard de Dabi le hantait de plus belle. Qu'il soit vide ou rempli d'émotions, il ne cessait de le poursuivre. Hawks y songeait sans arrêt et... Il ne pouvait pas... Non... il ne pouvait pas y faire face.

La respiration troublée, il attrapa alors son téléphone et appela la seule personne qui pouvait l'aider lorsqu'il se trouvait dans cet état-là. Son souffle tremblait toujours lorsqu'on décrocha.

« Qu'est-ce que tu veux, Hawks ? »

Oh, quelqu'un semblait de mauvaise humeur. En temps normal, ça l'aurait amusé, mais là... il n'arrivait même pas à sourire. Ses ailes pendaient tristement dans son dos. Il se sentait si mal...

« Enji..., souffla-t-il. Je te dérange ? »

Il y eut un petit silence, avant que l'autre homme ne reprenne la parole.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

La voix d'Enji était toujours abrupte, mais Hawks pouvait sentir une légère inquiétude poindre dans son ton. Il soupira. Il détestait ça. Il ne pouvait pas autant se laisser aller. Il ne voulait pas qu'Enji s'en fasse à nouveau pour lui. Seulement la situation devenait vraiment difficile à supporter...

« Rien, je... je suis juste fatigué, chuchota-t-il alors. On pourrait se voir bientôt ? »

Il se sentait tellement stupide. Il devrait se montrer plus fort que ça. Il était un héros, après tout. Mais avec Enji... avec Enji, il savait qu'il pouvait se le permettre. Et il en avait besoin... tellement besoin...

« Je ne travaille pas demain après-midi, lui répondit Enji. Tu peux me rejoindre à la fin de mes cours, vers treize heures.

—D'accord, faisons ça. Merci Enji... »

La perspective de voir son ami le rassura un peu, même si son cœur restait lourd.

« Hawks, grogna Enji, ça ira... ça ira jusque là ? »

Hawks pouvait voir à quel point l'autre homme se sentait mal à l'aise. Il parvint enfin à sourire.

« Oui, ça ira... Ne t'en fais pas. À demain.

—À demain. »

Hawks raccrocha et soupira. Il avait l'impression qu'un poids s'enlevait un peu de ses épaules. Il avait quelqu'un à qui il pouvait se raccrocher. Dans l'idéal, il aurait préféré ne pas parler de Dabi à Enji... Il savait à quel point cette situation était compliquée pour lui, mais... mais il ne tiendrait pas le coup tout seul. Il avait besoin d'aide... pour ne pas sombrer, une fois de plus. Penser à Shigaraki et à Dabi la même journée ne lui faisait vraiment pas du bien. Il revoyait la mort, le désespoir. Il inspira profondément.

Il se sentait tellement instable. Il détestait cette sensation. Il enfouit alors son visage entre ses mains et prit une nouvelle inspiration. Il voulait tant réussir à ne plus penser à rien. Ne plus être aussi sensible. Il avait honte de lui-même et il espérait qu'en parler avec Enji l'aiderait à y voir plus clair.

Péniblement, il se força ensuite à reporter son attention sur l'écran de son ordinateur. La journée venait à peine de commencer qu'il était déjà au bout du rouleau. Mais il n'allait pas se laisser abattre. Il n'en avait pas le droit. Il ouvrit alors l'un de ses fichiers et commença son rapport. C'était ennuyeux au possible, mais, lentement, ça lui permit au moins de mettre son cerveau en mode automatique. Et, en ce moment, c'était tout ce dont il avait besoin...

Malheureusement, cette méthode arrêta de fonctionner lorsque Hawks rentra chez lui. Seul dans sa grande maison, il n'avait désormais plus rien pour le distraire. Alors, les mots qu'il avait péniblement réussi à éviter jusqu'ici revinrent le frapper avec force. Dabi avait tenté de le joindre. Les émotions se mélangeaient en lui, puissantes et contradictoires. Hawks en était juste épuisé. Si seulement il n'avait jamais rencontré cet homme...

« Tu ne devrais pas faire ça, petit oiseau. »

Le ton était étrangement incertain.

« J'en ai envie. Je t'assure. »

Sa propre voix le dégoûtait. Mais ce fut encore pire lorsque l'espoir se mit à briller dans ces beaux yeux bleus qui étaient posés sur lui.

Non ! Non, il ne voulait plus penser à ça ! Il fallait que ces souvenirs le laissent tranquille ! Il fallait juste que tout s'arrête... Il n'en pouvait plus... Et pourtant, ils ne cessaient de revenir le hanter. Parce que jamais il ne pourrait les oublier...

« Les héros partent toujours. Ils ne savent qu'abandonner ceux qui ont besoin d'eux.

Je suis différent. Je ne partirai pas, je ne t'abandonnerai jamais. Tu peux me faire confiance. »

Des mots si creux que Dabi avait crus, sacrifiant là les derniers morceaux de son cœur déjà si abimé... Hawks ne pouvait qu'y penser. Encore et encore... Avec toujours ce même regret qui revenait en lui. Il n'aurait jamais dû aller aussi loin. Non... Il n'aurait jamais dû jouer avec les sentiments de Dabi...


Le lendemain...

À plusieurs centaines de kilomètres de là et après une matinée fort compliquée, Enji quitta UA de mauvaise humeur. Ses élèves avaient pourtant été corrects, mais Enji n'avait cessé de penser à Hawks. Ça faisait bien longtemps que le héros ne l'avait plus appelé dans un tel état. Et il n'aimait pas ça. Il ne pouvait s'empêcher de s'en faire pour l'autre homme. Il sentait bien qu'il n'était pas au mieux de sa forme. Si son mental s'était légèrement amélioré ces dernières années, depuis la libération de Touya, il semblait rechuter. Enji se posait beaucoup de questions. Et ça ne s'améliora pas lorsqu'il aperçut Hawks devant l'école. Il était pâle et horriblement cerné. Enji tiqua aussitôt. Il était clairement temps qu'ils aient une sérieuse discussion !

Il ne répondit donc pas au faible sourire que lui adressa Hawks lorsqu'il arriva à sa hauteur et lui fit juste un signe de la tête, pour l'enjoindre à le suivre. Ils marchèrent alors dans les rues silencieuses, jusqu'à ce qu'ils arrivent au restaurant. Ils s'installèrent face à face. Enji passa ensuite sa commande, sans quitter un seul instant Hawks des yeux.

Ce dernier sentait son regard le brûler. Pourtant, il ne fit aucune remarque. Il n'en avait pas la force. Pas après la nuit éprouvante qu'il avait passée. Il avait eu tant de mal à s'endormir et quand il avait enfin réussi à le faire, d'horribles cauchemars s'étaient enchaînés dans son esprit. Il s'était vu manipuler, à nouveau, Dabi pour arriver à ses fins. Il l'avait vu s'effondrer devant lui. Et il en avait ri. Ri jusqu'à en avoir mal. Hawks en avait plus qu'assez de ce genre de rêves qui gâchaient ses nuits. Il voulait pouvoir enfin se reposer. Depuis qu'il s'était levé ce matin, il était dans un état pathétique. Heureusement, revoir Enji lui faisait du bien. Il essaya alors de se détendre, impatient de manger son poulet. Mais, face à lui, Enji ne comptait pas le laisser tranquille aussi facilement.

« Tu as une tête épouvantable, grogna-t-il d'ailleurs.

—Ha ha, merci ! se força à répondre Hawks.

—Je suis sérieux ! Tu crois que je ne le vois pas ? C'est de pire en pire ! Alors arrête de me mentir et dis-moi la vérité. Pourquoi avais-tu besoin de me voir ? »

Hawks le regarda, las. Ses ailes pendaient tristement dans son dos. D'un côté, il aurait aimé qu'Enji attende un peu avant de lancer cette conversation, mais d'un autre, il se connaissait. Il savait qu'il aurait fini par se défiler si le sujet avait trop tardé à venir. Et il avait besoin d'en parler à Enji. Il inspira alors profondément, avant de baisser les yeux sur la table.

« Je ne sais plus quoi faire, Enji..., souffla-t-il d'une petite voix.

—Par rapport à quoi ?

—... À Dabi... Je suis allé le voir il y a deux semaines..., avoua Hawks. Je pensais que ça m'aiderait, mais en fait... c'est encore pire... Je n'arrête pas d'y penser depuis. »

Enji fronça les sourcils. Il aurait dû s'en douter. Hawks était bien trop curieux pour rester longtemps loin de son fils.

« ... Est-ce qu'il t'a fait du mal ? gronda-t-il au bout d'un moment.

—Non. Mais... mais je me suis senti tellement sale face à lui et-

—Il faut que tu arrêtes avec ça, le coupa Enji. Tu as fait ce qu'il fallait dans le cadre de ton travail, c'est tout. »

Hawks ne répondit pas. La vérité lui brûlait pourtant la gorge, mais il ne parvenait pas à l'avouer à Enji. Il avait dépassé le cadre de son travail. Il avait été horrible. Il avait joué avec les sentiments de Dabi juste pour pouvoir mener à bien sa mission. Ce n'était... Ça n'avait rien eu d'héroïque. Seulement, ça, il ne pouvait pas le partager. Mais le poids de son silence devenait si dur à porter. Il aurait tant voulu avoir agi autrement...

Face à lui, Enji l'observa, tout en se perdant dans ses propres pensées. Il s'en faisait toujours pour Hawks, mais savoir qu'il avait revu Touya... Une étrange émotion se diffusa dans son corps. Douce et amère. Il avait déjà eu un retour négatif de Fuyumi, mais peut-être que Hawks... peut-être que Hawks avait eu une autre vision de lui...

« Comment était-il ? » demanda-t-il alors, sans pouvoir s'en empêcher.

Hawks se força à relever les yeux vers lui. Il pouvait voir que le regard d'Enji était maintenant différent. Son inquiétude était plus franche, mais elle ne lui était plus destinée. C'était normal, bien sûr. Cependant, Hawks sentait que la conversation allait devenir plus compliquée pour lui.

« Je ne m'attendais pas à ça, lui répondit-il. Il est... différent... Il ne ressemble plus à Dabi... Il a de nouveau les cheveux blancs. Ça m'a fait bizarre de le voir comme ça. Et son attitude... Sa façon de me parler... Je ne l'ai pas vraiment reconnu. »

Hawks sentit ses ailes frissonner en y repensant. Malgré toute sa bonne volonté, il ne pouvait rien y faire. Il revoyait Dabi aussi clairement que si c'était lui qui était assis à la place d'Enji.

« Ses yeux étaient vides, ajouta-t-il dans un souffle, comme si plus rien n'avait d'importance pour lui. »

Ces paroles firent à Enji le même effet qu'un coup de poing. Malgré lui, les mauvais souvenirs se mirent à remonter à la surface. Oui... Il pouvait, sans peine, imaginer ce regard sans aucune vie... Après tout, il l'avait déjà vu. Juste avant que Touya ne s'en aille... C'était peut-être ça qui était le pire dans le fond. Il l'avait vu, il l'avait senti. Ce regard s'était rempli de détresse lorsqu'Enji avait cessé de l'entrainer. Puis, lentement, il était devenu entièrement vide. Enji l'avait remarqué à chaque fois qu'il l'avait croisé dans un couloir... Pourtant, il avait toujours continué son chemin. Parce qu'il devait entrainer Shoto. Parce qu'il ne voulait pas perdre de temps. Parce qu'il croyait qu'un seul regard de sa part raviverait l'espoir de Touya. Mais, en réalité, il n'avait fait que se chercher des excuses. Aujourd'hui, il donnerait tout pour revenir en arrière. Il s'arrêterait alors à sa hauteur. Il lui parlerait. Il ne le laisserait plus jamais seul. Et surtout, il l'empêcherait de devenir cet horrible meurtrier...

« Désolé, murmura Hawks tout en le sortant de ses pensées. Je n'aurais pas dû te dire ça.

—... Ce n'est rien. »

Bien sûr que non, ce n'était pas rien ! Hawks voulait le contredire, mais il n'y arrivait pas. Les sentiments l'étreignaient trop pour ça. Ce regard vide... Il le hantait tant. Et si c'était de sa faute ? Et si c'était à cause de sa trahison que Dabi n'avait plus envie de rien ? Pouvait-il lui avoir fait mal à ce point-là ?

« Je ne devrais quand même pas t'en parler, murmura-t-il, mais je n'arrête pas de penser à lui. J'ai essayé de faire comme si de rien n'était, j'y suis presque parvenu seulement... seulement j'ai appris hier que Dabi avait essayé de m'appeler sur mon ancien numéro. La Commission me l'a dit. Il a voulu me parler et je ne sais pas pourquoi... »

Enji fut surpris par ses paroles. Il ne s'attendait pas du tout à ça, mais, au moins, il comprenait maintenant pourquoi Hawks allait si mal.

« Je sais que je dois l'éviter, reprit ce dernier d'une voix peu assurée. Le revoir ne m'a fait aucun bien. Mais... je n'arrête pas de me poser des questions. Et si ce qu'il avait à me dire était important ? »

Enji resta silencieux, ne sachant pas quoi lui répondre. Lui-même était perdu. Il n'avait aucune idée de ce qui se passait dans la tête de Touya. Et pourtant, il aurait tout donné pour le savoir. Il aurait même tout donné pour que ce soit lui que Touya essaye de joindre. Même si une part de lui était toujours en colère, il voulait tant pouvoir lui parler...

« Désolé, répéta alors Hawks. Je ne devrais pas te mêler à ça. C'est ton fils, après tout... Mais j'ai tellement besoin de savoir... »

Hawks s'arrêta en pleine phrase. Il se sentait mal. Il se montrait terriblement égoïste en ce moment même, seulement ça le rongeait tant de l'intérieur qu'il ne voyait pas d'alternative...

« Est-ce que tu sais s'il va bien ? » finit-il par demander, honteux.

Enji serra les mains sous la table. Cette question le touchait de plein fouet. Parce qu'il aurait dû pouvoir y donner une réponse claire, mais qu'il en était incapable. Et cet aveu le rendait malade.

« Fuyumi est allée le voir, mais ça ne s'est pas bien passé, répondit-il malgré tout. Natsuo et elle tentent quand même de renouer le contact avec lui. Seulement il a été très clair. Il ne veut voir personne d'autre de sa famille. »

Hawks pouvait voir les traits du visage d'Enji se crisper. Ce qu'il lui disait ne le rassurait pas. Alors Dabi avait même repoussé Fuyumi ? Un sentiment étrange se forma dans sa poitrine. Peut-être que Dabi se sentait désemparé... Peut-être que c'était pour ça qu'il l'avait appelé...

« Que vas-tu faire ? demanda-t-il à Enji tout en tentant de se calmer.

—Je ne peux rien faire ! s'agaça Enji. Je dois prendre mon mal en patience. C'est insupportable, mais je n'ai pas le choix. Je veux toujours essayer de lui parler, mais... il vaut mieux que j'attende. »

La colère grimpa dans son corps. Enji détestait être aussi impuissant ! Il était forcé d'être un spectateur et il ne supportait pas ce rôle. Mais que pouvait-il faire d'autre ? C'était de sa faute, après tout. Et si attendre lui permettait de revoir un jour Touya, alors, il tâcherait de s'en contenter. Même si la douleur que ça lui causait était juste insupportable...

Face à lui, Hawks hocha la tête. Il valait mieux qu'il attende, en effet. Lui aussi aurait peut-être dû prendre son temps avant d'aller voir Dabi. Mais il était trop tard, à présent...

« La vraie question, c'est plutôt qu'est-ce que tu vas faire, toi, reprit Enji après quelques secondes de silence.

—Je ne sais pas encore, avoua Hawks. Mais je n'arrive pas à me l'enlever de la tête. Je sens que j'ai besoin de savoir pourquoi il a essayé de m'appeler. »

En effet, comment pourrait-il réussir à laisser Dabi derrière lui si le doute l'habitait sans cesse ? Peut-être que le revoir lui permettrait d'enfin clôturer cette terrible histoire.

« Je n'ai pas de conseils à te donner, Hawks, finit par soupirer Enji, mais tu ferais bien de faire attention à toi. Tu reviens de loin. Ne le laisse pas t'atteindre à nouveau. »

Enji avait raison, mais, malgré tout, Hawks se sentit mal en entendant ses mots. Enji ne prenait absolument pas en compte le mal que lui avait fait à Dabi. Forcément, comment aurait-il pu le faire alors que Hawks l'avait tenu dans l'ignorance ? Le dégoût laissa une tache sombre dans son estomac.

« Et s'il n'allait pas bien ? demanda-t-il alors. Si c'était pour ça qu'il m'avait appelé ? Si je ne lui réponds pas, qui sera là pour l'aider ? »

Enji détesta aussitôt cette question. Parce qu'il le savait, la réponse aurait dû être évidente. C'était le rôle des parents de prendre soin de leurs enfants lorsqu'ils n'allaient pas bien. Mais ici... ? Ici... Enji n'aimait vraiment pas les sentiments qui l'assaillaient.

« Il y a des gens qui veulent l'aider, répondit-il malgré tout. Des gens qui tiennent à lui. Mais c'est lui qui les repousse. »

Il pensa à Fuyumi et à Natsuo en disant ces mots. Si seulement Touya acceptait leur aide, il se sentirait surement bien mieux. Mais Touya semblait rejeter toute sa famille et ça... Dans le fond, c'était de sa faute aussi...

« Hawks..., reprit-il alors tout en essayant de s'éloigner de ses regrets. Je ne sais pas ce qui s'est exactement passé entre Touya et toi pendant ta mission, mais, même s'il va mal, tu ne dois pas te sentir obligé de prendre cette charge. Encore moins si ça te met dans un tel état. »

Enji préférait rester vague, mais il n'était pas stupide. Il nourrissait quelques doutes sur la nature de la relation qui avait uni Touya et Hawks. Hawks n'était pas si subtil que ça. Et peut-être que c'était pour cette raison qu'il tenait tant aussi à protéger Hawks. D'après ce qu'il savait, Touya détestait toujours les héros. Il n'y avait donc aucune raison qu'il ait pardonné à Hawks sa trahison. Mais s'il devait être honnête envers lui-même, Enji devait bien reconnaitre que ce n'était pas la seule chose qui l'inquiétait... Si ce dernier retournait auprès de Touya, arriverait-il à faire la part des choses ? Pourrait-il prendre soin de lui pour les bonnes raisons ? Si Hawks blessait à nouveau Touya... Enji tiqua. Il ne devait pas penser comme ça. Touya était le principal responsable de ce qui lui était arrivé dans son histoire avec Hawks, après tout. Pourtant, il n'arrivait pas à rester totalement impartial dans son esprit...

De l'autre côté de la table, loin de se douter de ses pensées, Hawks baissa son regard sur ses mains. Il semblait abattu. Bien sûr, il savait que ce n'était pas son rôle... Après tout ce qui s'était passé entre eux, c'était mieux qu'il reste loin de lui. Il n'avait même jamais aimé Dabi. Pas réellement. Mais ça n'empêchait pas la culpabilité de s'emparer de lui. Ses sentiments contradictoires le détruisaient un peu plus chaque jour. Et il ne savait plus comment y faire face.

« Je suis désolé, Enji, souffla-t-il. Je fais vraiment tout de travers ces derniers temps.

—Bien sûr que non ! répliqua l'autre homme, de mauvaise humeur. Combien de fois devrais-je te dire que ce n'est pas de ta faute ?

—Surement encore une fois de plus. »

Hawks tenta un sourire à cette phrase, mais il le garda à peine quelques secondes sur son visage. Il n'arrivait pas à jouer la comédie. Il se sentait complètement perdu.

« Alors, reprit-il d'une voix faible, tu penses que je ne devrais pas aller le voir ? »

Enji fut pris de court par sa question directe. Heureusement pour lui, le serveur les interrompit en venant leur apporter leur repas. En attendant sa réponse, Hawks ne put s'empêcher de se lancer sur ses morceaux de poulet. Il se mit à manger à toute vitesse, sous le regard désapprobateur d'Enji.

Ce dernier retint un soupir, avant de commencer son propre repas. Mais il savait qu'il ne pourrait pas se défiler comme ça. Il fallait qu'il lui réponde. Effectivement, il avait envie de dire à Hawks de ne pas aller le voir. S'il le faisait, l'autre héros l'écouterait sans aucun doute. Enji était persuadé que c'était le meilleur choix autant pour Hawks que pour Touya. Seulement... seulement, Enji s'était déjà bien trop trompé en croyant bien faire. Il avait pensé faire les meilleurs choix pour Touya pendant son enfance et il l'avait juste mené à la dépression. Il ne pouvait s'empêcher de se demander si Hawks avait raison ou non. Et si Touya avait essayé de le joindre parce qu'il allait mal ? Enji avait déjà été responsable de son isolement dans le passé. S'il conseillait à Hawks de ne pas y aller, n'allait-il pas juste recommencer à faire les mêmes erreurs ? Certes, il n'était toujours pas persuadé que Hawks et Touya devraient se revoir, mais qui était-il, dans le fond, pour décider ça ? Si Touya avait essayé de joindre Hawks, il devait avoir une bonne raison. Enji n'avait pas à intervenir. Il ne voulait plus jamais se montrer égoïste. Il inspira alors profondément.

« Ecoute, Hawks, peu importe ce que j'en pense. Tu dois le faire comme tu le sens, en fonction de tes propres envies. Je veux juste que tu fasses attention à toi. Et que tu continues à me parler quand tu vas mal, d'accord ? »

Hawks fut si surpris par ses paroles qu'il en lâcha presque son aile de poulet. Son cœur rata un battement. Avait-il bien entendu ? Il le fixa longuement, réalisant petit à petit ce qu'il lui avait dit. Ses épaules s'affaissèrent légèrement. Enji le soutenait. Il ne prenait pas position, mais, au moins, il était là pour lui. Ses mots lui firent plus de bien que ce qu'il n'aurait cru. Oui... C'était tout ce dont il avait besoin en ce moment. Un léger sourire s'afficha sur son visage.

« ... Je le ferai, promis. »

Enji hocha la tête, avant de continuer à manger. Hawks en fit de même. Le silence s'installa entre eux, mais il n'avait rien d'oppressant. L'ambiance devenait plus légère. Hawks sentit la confiance revenir lentement en lui. Si Enji ne l'empêchait pas de voir Dabi, alors, il pourrait très bien se rendre auprès de lui. Hawks n'avait jamais aimé se prendre la tête. Il n'était pas non plus du genre à laisser le passé le freiner. Il avait bien su laisser ses parents de côté pour avancer. Mais avec Dabi, ce n'était pas vraiment pareil. Parce qu'il avait une certaine responsabilité dans cette situation. Il irait donc le voir pour tirer ça au clair... Oui, il allait le revoir, le laisser s'exprimer et après... après, ses cauchemars ne cesseraient surement pas, mais au moins, il arrêterait de se poser des questions sur ce coup de téléphone. Avec l'accord d'Enji, il comptait bien tout faire pour aller de l'avant. Il faisait tout, en tout cas, pour s'en persuader.

Lorsqu'ils eurent fini de manger, au moment de sortir du restaurant, Enji se tourna vers Hawks. Même si ce dernier semblait aller un peu mieux, son état restait préoccupant.

« Tu veux passer à la maison ? » lui proposa-t-il alors.

Hawks aurait bien voulu accepter, mais maintenant qu'il s'était décidé, il savait qu'il n'arriverait plus à attendre. Il avait son après-midi de libre et il comptait bien la mettre à profit. Bien sûr, il n'était pas des plus à l'aise avec cette idée, mais il ne voulait pas revivre une nuit comme celle de la veille. Et pour ça, il devait savoir ce que Dabi avait en tête.

« Je suis désolé, Enji...

—Tu vas aller le voir, n'est-ce pas ?

—Oui... »

Le regard d'Enji lui brûla le visage. Mais Hawks ne voulait pas lui mentir. C'était peut-être une mauvaise idée, mais il en avait besoin... Il en avait tant besoin. De son côté, Enji hésita un moment. Il craignait que ça tourne mal, mais il n'allait pas reprendre ses paroles pour autant. Parce qu'il le savait, ce n'était pas son histoire.

« Bien, finit-il par lâcher. Vas-y alors, mais fais attention à toi. »

—Merci Enji... »

Ce dernier grogna pour toute réponse. Hawks savait qu'Enji s'inquiétait pour lui, mais, au moins, il le laissait faire ce qu'il voulait. Il lui faisait confiance. Et ça faisait beaucoup de bien à Hawks. Cette conversation lui avait permis d'exprimer ses craintes. Maintenant, il était temps pour lui de se confronter à la réalité. Pour passer à autre chose, il sentait qu'il n'avait pas d'autre choix que de le faire.

Enji, quant à lui, lui lança un dernier regard avant de s'éloigner. Il prit la direction de sa maison, sans beaucoup d'enthousiasme. Il ne pouvait rien faire d'autre. C'était si frustrant. Que n'aurait-il pas donné pour pouvoir, au moins, accompagner Hawks. La patience n'avait jamais été son fort, mais il n'avait pas le choix. Il avança alors, sans se retourner. Mais jamais le silence de sa maison ne lui avait paru plus imposant que lorsqu'il rentra chez lui...


Toujours près du restaurant, Hawks attendit qu'Enji soit hors de vue pour se lancer à son tour. Lorsque ce fut le cas, il inspira profondément, puis déploya ses ailes. Il connaissait la direction qu'il devait prendre. En volant à vitesse moyenne, il devrait y être d'ici une quinzaine de minutes. Oui, dans à peine un quart d'heure, il allait revoir Dabi. Cette pensée amena avec elle un tas de souvenirs désagréables. Hawks les avait repoussés avec acharnement ces dernières années, mais, aujourd'hui, alors qu'il se dirigeait vers son ancien amant, il sentait qu'il perdait tout simplement le combat...

« Les héros ne sont que des hypocrites. Ils ne s'intéressent qu'aux affaires qui peuvent les faire grimper dans le classement ! Ils ne voient pas le reste... Ils ne nous voient pas. »

La dernière phrase avait presque été murmurée. Hawks s'avança vers Dabi qui semblait perdu dans ses pensées. Il posa lentement son aile sur son dos. Lorsque Dabi se tourna vers lui, ses yeux étaient troublés. Hawks lui sourit avec une infinie douceur.

« Je vous vois, moi. Je te vois. »

Hawks frissonna en repensant à ce mensonge. Il pouvait sans peine revoir l'éclat de joie qui avait alors traversé les yeux bleus de Dabi, avant que ce dernier ne fasse semblant de rien. Hawks l'avait juste manipulé. Quand il avait découvert que Dabi était en réalité Touya Todoroki, il avait tiré profit de cette connaissance. Il avait joué avec ses faiblesses. Il savait tout, Endeavor s'étant confié à lui. Il savait que Touya avait manqué de reconnaissance et qu'il en avait beaucoup souffert. Hawks avait décidé de se servir de ces informations comme d'une arme de manipulation. Il avait su utiliser les bons mots. Il l'avait sans cesse regardé, lui prouvant qu'il était important. Grâce à ça, il avait enfin réussi à se rapprocher de lui. Mais il s'était senti tellement sale. Il se sentait encore sale. Dabi avait beau être un méchant, ce que Hawks avait fait était juste immonde. Il avait joué son rôle jusqu'au bout, il avait tout fait pour que Dabi s'attache à lui. Il n'avait jamais su jusqu'où les sentiments du méchant s'étaient développés, mais parfois il se demandait... il se demandait si Dabi avait pu tomber amoureux de ce Hawks inventé...

Le héros se souviendrait toujours du regard que Dabi lui avait lancé quand il avait compris qu'il l'avait trahi. C'était un regard qui le hantait encore aujourd'hui. Il y avait senti tout le mal qu'il lui avait fait. Désespoir. Souffrance. Haine. Ces sentiments si forts avaient transcendé ses yeux. Il avait vu ensuite Dabi se faire arrêter, presque inconscient. Cette nuit-là avait été horrible. Hawks avait eu tellement peur qu'il y ait des morts. Du côté des héros, mais... mais pas seulement...

Le combat entre Dabi et Shoto avait été dévastateur. Et quand Dabi était tombé... Hawks avait cru qu'il était mort... Et en un coup, il avait juste cessé de respirer. Mais heureusement... Heureusement, Dabi avait survécu. La police l'avait menotté dès que possible et l'avait emmené à l'écart. Dabi avait à peine réagi. C'était le meilleur résultat que Hawks aurait pu espérer, pourtant la fin de la guerre l'avait paradoxalement détruit.

Il avait passé les semaines qui avaient suivi à rester enfermé dans son appartement. Sa mission étant terminée, tout ce qu'il avait fait pour la mener à bien n'avait cessé de lui retourner l'estomac. Il avait vu et revu sur ses mains le sang qu'il avait fait couler. Tous ces gens qu'il aurait pu – qu'il aurait dû – sauver. Le regard désespéré de Dabi. Au plus mal, il avait même envisagé de ne plus être un héros. Ce métier lui avait trop coûté... beaucoup trop... Mais alors qu'il sombrait de plus en plus, Enji était venu le voir. Hawks s'en souvenait encore dans les moindres détails, même après toutes ces années...

« Tu comptes rester dans cet état encore longtemps ? gronda Endeavor tout en jetant un regard critique autour de lui.

Tu n'as rien de mieux à faire ? »

Même s'il était content de le voir, avec tout ce qui s'était passé, Endeavor devait sûrement être très occupé. Ce dernier tiquait toujours sur le désordre présent dans le salon, mais il finit par se concentrer sur Hawks qui avait l'air en piteux état.

« Je me suis déjà occupé du plus important, lui dit-il en le regardant d'un air sombre. Tu dois te ressaisir, Hawks. C'est ce qu'on attend du numéro un des héros. »

Hawks cligna des yeux plusieurs fois, sans comprendre. Quoi ? Avait-il bien entendu ?

« De quoi tu parles ? demanda-t-il d'une voix blanche.

J'ai démissionné.

... Quoi ? Mais... Pourquoi ? »

Hawks le regarda, perdu. Comment était-ce possible ? Endeavor était le numéro un ! Hawks ne pouvait pas l'être ! Endeavor soupira devant son air surpris.

« J'ai négocié une peine moins lourde pour Touya. Il en aura pour quinze ans de prison. Et en échange, j'ai accepté mes responsabilités en quittant mon poste de héros.

... Alors... Il n'aura pas la peine de mort ?

Non. La Commission va dire à la population que Dabi a collaboré avant son arrestation pour faire passer sa décision. »

Hawks ne savait pas quoi penser de ces mensonges. Il n'appréciait pas vraiment ça. Pourtant, il se sentait étrangement soulagé, en même temps. Quinze ans, c'était long, mais ça aurait pu être tellement pire...

« Hawks, j'ai une question à te poser, reprit alors Enji. Et cette fois-ci, je ne veux plus de mensonge. On est d'accord ? »

Hawks hocha la tête. Au stade où il en était, il n'avait plus grand-chose à cacher.

« Est-ce que tu tiens à Touya ?

... Je suis de votre côté ! se défendit aussitôt Hawks. Je n'ai jamais douté de mon rôle de héros !

Je sais, mais ce n'est pas ma question »

Le regard d'Endeavor était froid, autoritaire. Hawks sentit ses ailes s'abaisser quelque peu.

« ... C'est compliqué... »

Endeavor soupira, avant de fermer les yeux un instant.

« Je vois... Je suis désolé pour ses actions... S'il t'a blessé...

... Je crois que c'est plutôt moi qui l'ai blessé... »

Hawks se sentit terriblement mal. Un silence désagréable s'installa, avant qu'il ne reprenne la parole.

« J'ai blessé tant de personnes. J'ai laissé mourir... trop de gens. J'ai du sang sur les mains, Endeavor. La Ligue est arrêtée, mais... mais est-ce que ça en valait vraiment la peine ? »

Ses ailes tremblèrent légèrement lorsqu'il osa enfin poser cette question. Toutes ces vies gâchées... Le rôle d'un héros était d'aider les autres, mais il n'avait aidé personne. Il avait laissé tomber tous ces gens qui auraient dû pouvoir compter sur lui, tout ça pour faire chuter Shigaraki. Et dans toute cette horreur, il n'avait même pas tendu la main à Dabi. Alors qu'il aurait peut-être pu le sauver, lui aussi. Mais, au lieu d'être un héros, il avait juste fait en sorte d'aggraver son état.

« Tu as fait ce qu'il fallait, Hawks, finit par lui répondre Endeavor après un moment de silence. Sans ton intervention, la Ligue aurait causé bien plus de victimes que ça. Alors accorde-toi encore quelques jours pour t'en remettre, puis mets ça de côté. Tu as un rôle à jouer pour la population. Mais ne t'en fais pas, la nouvelle génération est forte. Tu ne resteras pas longtemps numéro un. »

Hawks aurait dû se sentir vexé par ses paroles, mais il en fut plutôt soulagé. La place de numéro un ne l'avait jamais attiré. Et il estimait qu'il ne la méritait vraiment pas. Endeavor posa une main sur son épaule, dans un geste vaguement réconfortant, et Hawks ferma les yeux, sentant la tension quitter quelque peu son corps.

Suite à leur conversation, Hawks avait suivi son conseil. Il avait repris son masque de héros quelques jours après cette conversation et avait tout fait pour ne plus penser à ce qu'il avait fait. Et ça avait marché. Du moins, jusqu'à maintenant... Il n'aurait jamais cru que Dabi serait libéré avant ses quinze années de prison. Il avait essayé d'enfermer tous ses regrets dans un coin de sa tête, mais il ne pouvait plus le faire maintenant. C'était juste impossible. Il était si fatigué. Les souvenirs, eux, semblaient plus forts que jamais.

« Tu penses vraiment que je vais te croire, héros ? se moqua Dabi d'une voix délibérément lente.

Ne m'appelle pas comme ça. Ce n'est qu'une couverture.

Oui, je sais. Ta chère couverture. Ta vie entière est dévouée à la Ligue. Tu n'arrêtes pas de me le dire.

Parce que tu ne veux pas l'entendre. »

Dabi ricana, avant de se rapprocher de lui. Ils étaient dans un entrepôt désaffecté. À croire que le vilain avait un faible pour ce genre d'endroit lugubre. Hawks l'observa, essayant de ne pas reculer, mais l'aura de Dabi avait subitement changé. Et Hawks ne savait pas s'il devait s'en inquiéter ou non. Dabi ressemblait à un prédateur. Comme un chat qui regardait un oiseau. La comparaison ne lui plaisait vraiment pas. Ils étaient si proches maintenant que Hawks pouvait sentir la chaleur qui se dégageait naturellement du corps de Dabi. Leurs regards se croisèrent. Hawks pouvait voir tellement de choses dans ses yeux brûlants. Les battements de son coeur s'accélérèrent.

« J'aime quand tu es fâché, héros, souffla-t-il. Mais c'est mieux quand tu souris. Tu le fais sans cesse avec tes fans.

Parce qu'ils le méritent, répliqua Hawks.

Oh... Et pas moi ?

Non. »

Dabi rigola doucement. Sa main droite se rapprocha dangereusement de son visage.

« Tu es plutôt beau quand tu es fâché, se moqua-t-il. Mais je crois que tu le sais déjà. »

Hawks fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il sous-entendait par là ? Dabi se pencha ensuite vers lui. Hawks sentit son coeur battre de plus en plus fort. Dabi allait-il l'embrasser ? Qu'était-il censé faire ? Il ne savait pas... Mais alors qu'il se posait toutes ces questions, Dabi s'arrêta à quelques centimètres de lui.

« Tâche de ne pas en abuser. »

Il lui fit un étrange sourire, avant de s'éloigner, les mains dans les poches. Hawks le regarda partir, l'esprit tournant déjà à toute vitesse.

Après ça, les intentions de Dabi étaient devenues de plus en plus claires. Hawks avait senti qu'il lui plaisait. Ou, en tout cas, que son physique lui plaisait. La Commission, de son côté, avait commencé à s'agacer de la lenteur de toute cette affaire. Ils avaient alors pressé Hawks pour qu'il accélère son infiltration. À croire qu'ils prenaient les méchants pour des idiots. Leur méfiance était naturelle. Mais, pour être honnête, même Hawks aurait pensé que ça serait plus facile que ça. Et sans doute que ça l'aurait été s'il était tombé sur quelqu'un d'autre que Dabi. Dabi... Ah, Dabi avait été tellement suspicieux. Alors quand Hawks avait vu cette petite ouverture... il avait honte de se l'avouer, mais il avait foncé sans se poser de question. C'était juste un rôle. Et c'était pour la bonne cause. Il était tellement endoctriné par sa mission et par la pression que lui mettait la Commission, qu'il ne pouvait pas se mettre à réfléchir réellement à la moralité de ses actions.

Bien sûr, il avait su que le chemin sur lequel il s'engageait était une pente glissante et dangereuse. Pourtant, il l'avait fait. Parce que la mission était importante... Subtilement, il avait alors changé d'attitude, essayant de se montrer plus ouvert, plus agréable avec Dabi. Il avait commencé à flirter avec lui, se réjouissant du trouble qu'il avait vu se refléter dans les yeux bleus du vilain. Et, au bout de quelques rencontres, ses efforts avaient payé. Ce soir-là, tout avait changé.

« Ton rapport est enfin plus complet, se moqua Dabi. À croire que tu commences seulement à collaborer.

Je fais de mon mieux pour toi, rétorqua Hawks avec un léger sourire. J'espère que ça te plait. »

Dabi lui lança un étrange regard, avant de s'avancer vers lui. Ils étaient à nouveau dans cet entrepôt sale et peu engageant. Dabi ne ressemblait plus autant à un prédateur, mais la lueur dans ses yeux était parfaitement claire. Il avait envie de lui. Hawks essaya de rester calme, malgré l'appréhension qui montait en lui. Ils étaient tellement proches à présent. Dabi se pencha légèrement. Mais, tout comme l'autre fois, il s'arrêta à quelques centimètres de lui. Son regard se plongea dans le sien. Il le scrutait, toujours méfiant, mais, malgré tout, ouvert à d'autres possibilités. Hawks lui sourit alors et franchit la distance qui les séparait. Leurs bouches se frôlèrent, avant de se rejoindre dans un baiser. La texture des lèvres de Dabi était différente, mais c'était moins dérangeant que Hawks ne l'aurait cru. Il ferma alors les yeux, tout en continuant à l'embrasser avec douceur.

Il sentit ensuite les mains hésitantes de Dabi se poser sur ses bras. Il frissonna. Les paumes de Dabi étaient tellement chaudes. Hawks tâcha de rester le plus détendu possible. La Commission ne cessait de lui dire que la fin justifiait les moyens. Et ici, ce ne serait pas un grand prix à payer pour pouvoir enfin parler à Shigaraki. Essayant de se montrer confiant, il glissa ses mains sous le t-shirt de Dabi. Il s'étonna de la différence de chaleur qui provenait de son torse. Mais avant qu'il ne puisse s'interroger plus que ça, les mains de Dabi quittèrent soudainement son corps. Sans contact avec l'autre homme, Hawks finit par rouvrir les yeux et tenta de croiser le regard de Dabi, mais ce dernier s'était déjà détourné de lui.

Hawks ne comprenait pas. Avait-il fait quelque chose de mal ?

« On en a fini pour aujourd'hui. Je te recontacterai plus tard. »

Sur ces mots, Dabi commençait déjà à s'éloigner.

« Attends, l'arrêta aussitôt Hawks. Pourquoi tu t'en vas ?

Ne crois pas que je suis stupide, héros ! Je te testais. Comme si tu pouvais avoir envie de me toucher. Mais je te le dis clairement, je ne vais pas te faire confiance parce que tu oses poser tes mains sur mon corps. »

Dabi renifla d'un air méprisant, avant de reprendre sa marche. Hawks le regarda s'en aller, le coeur battant. Non, ça ne pouvait pas se passer comme ça. En quelques grandes enjambées, il le rattrapa alors et posa, en douceur, ses doigts sur son bras.

« Dabi, attends... »

Ce dernier s'arrêta, à nouveau, et finit par se tourner vers lui. Ses yeux étaient de glace, mais Hawks pouvait, malgré tout, y lire tout un tas d'émotions. Pour la première fois, il avait l'impression de voir un peu de Touya en Dabi. Hawks baissa alors sa main le long de son bras jusqu'à frôler ses doigts.

« Je sais très bien que ce n'est pas comme ça que j'aurai ta confiance. J'en avais envie, c'est tout. Mais c'est vrai qu'on pourrait peut-être le faire autrement. Et pas ici...

Tu veux ton petit confort, héros ? se moqua Dabi.

Je veux qu'on soit bien tous les deux. »

Dabi afficha un rictus moqueur, tout en s'éloignant de lui.

« On verra bien. À plus tard, petit oiseau. »

Après cette rencontre, Hawks s'était beaucoup interrogé sur le changement d'humeur soudain de Dabi et sur ses paroles. Mais il avait fini par se demander si Dabi ne trouvait pas son propre corps dégoûtant. Même s'il semblait s'en accommoder, il lui paraissait, visiblement, invraisemblable que d'autres personnes puissent vouloir le toucher. De façon cruelle, et pressé par la situation plus que tendue, Hawks avait juste vu dans cette hypothèse un autre moyen de le manipuler... Et c'était, bien sûr, ce qu'il s'était empressé de faire...

Lorsque Dabi l'avait invité, plusieurs jours plus tard, dans un studio délabré qui ne devait pas excéder les vingt mètres carrés, Hawks s'était montré confiant. Il avait été doux avec Dabi, l'embrassant comme s'il l'aimait. Cette fois-là, Dabi ne l'avait pas arrêté et ils avaient pu passer un très bon moment ensemble. Bien sûr, Hawks s'était rendu compte que Dabi ne s'était à aucun moment complètement déshabillé. Il n'avait baissé que ce qui était nécessaire. Sans parler du fait qu'aucune lumière de l'appartement n'avait été allumée pendant tout l'acte et qu'il n'avait pas laissé les mains du héros s'attarder plus que nécessaire sur son corps. Ce qui n'avait fait que renforcer la conviction de Hawks.

Ce dernier ne l'avait pas mentionné à haute voix, mais il avait gardé cette information dans un coin de sa tête et il avait continué à jouer son rôle. Il avait feint son affection pour Dabi, il avait continué à adapter son comportement en fonction de ce qu'il savait sur Touya. Par moments, c'est vrai, il s'était laissé prendre au jeu. Il n'avait jamais eu de réelle relation et ça n'avait rien de désagréable de partager ce genre d'intimité avec quelqu'un d'autre. Si Dabi était resté Touya, peut-être que... Mais Hawks ne s'était pas autorisé à avoir ce genre de pensées. Tout ce qui comptait, à l'époque, c'était de faire tomber Dabi dans ses filets pour ensuite attraper tout le reste de la Ligue. Et c'était dans cette optique qu'il avait également abordé cette autre nuit si décisive entre eux...

Cette fois-là, ils se retrouvèrent dans l'appartement de Hawks, qui était beaucoup plus grand, plus spacieux et plus agréable que le petit studio de Dabi. Hawks était réticent à l'idée de l'amener là, mais il savait que s'il ne le faisait pas, il paraitrait encore plus suspect aux yeux de Dabi. Il l'accueillit donc avec une fausse joie.

Clairement, aucun d'eux n'avait envie de parler. Très vite, ils s'isolèrent donc dans la chambre. Dabi commença à retirer les vêtements de Hawks, avant de profiter de sa peau nue. Ses lèvres vinrent mordiller son cou. Mais, aussi agréable que ce soit, Hawks ne voulait plus continuer comme ça. Il souhaitait montrer à Dabi qu'il n'était pas dégoûté par son apparence. Il glissa alors lentement une main sur le t-shirt de Dabi, avant de le soulever. Aussitôt, Dabi attrapa son poignet et lui lança un regard froid.

« Je peux savoir ce que tu fais ?

Je te déshabille, répondit Hawks sur un ton taquin. Moi aussi, j'ai envie de pouvoir te caresser. »

Dabi ne répondit pas, mais Hawks le sentait sur la défensive. Il passa alors l'une de ses plumes sur sa joue, dans un geste tendre.

« J'aime ton corps, Dabi, chuchota-t-il. Et je l'aimerais toujours même sans vêtements.

Ne raconte pas n'importe quoi... »

Mais cette fois-ci, la voix de Dabi n'était plus aussi forte, elle semblait même incertaine. Hawks leva sa main libre jusqu'à ce que ses doigts frôlent les cheveux de Dabi. Il les laissa ensuite se perdre dans sa chevelure noire. Leurs yeux se croisèrent et Hawks lui sourit.

« Fais-moi confiance. »

Dabi ne lui dit rien. Cependant, il finit par relâcher son poignet. Hawks prit ça pour un oui. Il l'embrassa tendrement, avant que ses mains ne reviennent sur ses vêtements. Il retira d'abord sa veste, qui glissa facilement sur le sol. Il échangea ensuite un nouveau regard avec Dabi pour s'assurer qu'il était toujours bien d'accord, puis, il fit passer son t-shirt au-dessus de sa tête. Le vilain l'aida dans son mouvement, bien que son visage reste fermé.

Son torse était barré d'une large brûlure, qui partait du haut du nombril et grimpait jusqu'aux pectoraux. Il n'y avait rien de symétrique dans cette brûlure, contrairement à celles de son visage et de ses mains. C'était étrange, mais Hawks ne fit aucun commentaire. Il fit coucher en douceur Dabi sur le dos et embrassa le bas de son ventre. Il posa ensuite une jambe de chaque côté de son corps pour s'asseoir à califourchon sur lui. Il sourit à nouveau, avant de reprendre ses caresses.

Ses doigts s'amusèrent à frôler sa peau, avant de la toucher plus franchement. Puis, il monta doucement sur le haut de son corps. Il ne voulait pas lui faire mal, alors il ne toucha pas aux agrafes. Il posa le plus doucement possible ses doigts sur les parties plus sombres de sa peau. C'était rugueux, mais pas désagréable pour autant. Il continua à le caresser un long moment, sous le regard de Dabi. Hawks ne savait pas ce qu'il pensait, mais il semblait apprécier son toucher. Ses yeux se voilèrent de désir. Il était tellement magnifique comme ça.

« Tu es beau, chuchota Hawks.

Tu mens plutôt bien, petit héros. »

Dabi sourit légèrement tout en prononçant ces mots et Hawks sentit les battements de son coeur s'accélérer. Pour une fois, il ne mentait pas. En cet instant précis, il trouvait vraiment Dabi magnifique. Il se pencha alors sur lui et l'embrassa, avant de descendre sur son torse, embrassant avec douceur chaque centimètre de peau qui tombait sous sa bouche...

Cette nuit-là avait été si étrange. Hawks avait su séparer le Dabi de la Ligue du Dabi qui était avec lui. Après ça, le vilain lui avait accordé sa confiance. Et les choses n'avaient fait qu'empirer. Parce que Hawks n'avait jamais douté de son objectif final. La Ligue devait être stoppée. Et Dabi... Dabi devait, lui aussi, être arrêté... Qu'aurait-il pu faire d'autre, après tout ?

Pourtant, malgré lui, il s'était posé la question après le départ de Dabi. Les couvertures étaient encore chaudes, mais le froid commençait déjà à l'envahir. Au fond, il avait senti que Dabi avait besoin d'aide. Qu'il n'était pas juste un monstre assoiffé de sang. Mais il avait tué des gens. Il avait lui-même scellé son destin. Même en connaissant son passé, Hawks ne pouvait se montrer indulgent. Oui, Dabi avait souffert. Terriblement souffert même. Mais est-ce que ça justifiait pour autant les meurtres qu'il avait commis ? Surement pas. S'il s'en était uniquement pris à Enji, peut-être que Hawks aurait pu le comprendre. Mais ça... non... Alors, même si la culpabilité était montée dans ses veines, Hawks n'avait pas eu d'autre choix que de l'ignorer. Pour le bien de tous, il avait dû continuer sa mission jusqu'au bout.

Il avait réussi à enfouir ses doutes, à l'époque. Et Dabi avait fait face à la justice. Il avait payé pour ses crimes. Et maintenant... Maintenant, Hawks ne savait pas comment agir avec lui. Mais il voulait, malgré tout, accepter sa responsabilité dans les souffrances de Dabi. Alors si l'ancien vilain voulait le recontacter, c'était son rôle de se montrer face à lui et d'entendre ce qu'il avait à lui dire. Oui... Il essayait de se convaincre que c'était la meilleure chose à faire, malgré la nervosité qui rampait en lui.

Hawks frissonna. Il était presque sur place à présent. Cette pensée à elle seule lui permit d'enfin se détacher de ses souvenirs. Il perdit de l'altitude, avant de se poser sur le sol. Il continua ensuite sa route d'un pas qu'il voulait tranquille. Autour de lui, quelques personnes l'acclamèrent. Il prit même le temps de signer un autographe, se montrant faussement souriant. Vu de l'extérieur, il avait l'air aussi paisible que d'habitude, mais intérieurement, il n'en menait pas large. Il se sentait anxieux. Au plus il se rapprochait du café, au plus l'angoisse montait en lui. Pourtant, pour rien au monde, il ne se voyait faire demi-tour. Venir ici juste pour un simple appel... Il était sans doute stupide. Mais il n'y avait rien à faire, il avait besoin de savoir... Il avait besoin d'écouter l'ancien vilain.

Lorsqu'il arriva devant le café, il s'arrêta, le souffle tremblant. Son regard se tourna ensuite vers la vitre. Il aperçut Dabi de dos. Aussitôt, il se tendit. Son coeur s'accéléra. Mais ce fut pire lorsque Dabi finit par se tourner vers lui. Ses yeux bleus se teintèrent de surprise avant de redevenir horriblement vides. Hawks détestait tant cette vision. Il inspira alors profondément et prit son courage à deux mains. Puis, il entra dans le café. À sa grande consternation, plusieurs chats se tournèrent vers lui avec un regard pétillant. Lentement, il replia ses ailes dans son dos. Puis, prudemment, il alla s'asseoir dans un coin reculé, loin de ces bêtes.

De son côté, Dabi avait du mal à y croire. Hawks était là alors qu'il avait essayé de le joindre la veille... La coïncidence était plus que troublante. Il n'aimait pas ça. Bien décidé à ne pas laisser le héros mener la danse, il annonça à Nekoka qu'il prenait une pause, puis il s'avança vers Hawks.

« Qu'est-ce que tu veux ? lui demanda-t-il d'une voix froide.

—Un chocolat chaud me ferait beaucoup de bien, sourit longuement Hawks.

—... Ce n'était pas ce que je te demandais.

—Ah, dommage... »

Hawks aurait aimé continuer sur le ton de la plaisanterie, mais il sentait bien que ça ne ferait qu'envenimer les choses. Il fit alors un signe de tête à Dabi pour lui proposer de s'asseoir face à lui. L'ancien vilain hésita, mais finit quand même par s'installer sur la chaise.

« Qu'est-ce que tu veux ? répéta-t-il.

—En fait, ce serait plutôt à moi de te poser cette question, répondit Hawks. Tu as essayé de m'appeler après tout.

—... Comment ça ? »

Dabi se renfrogna. Comment pouvait-il le savoir ? C'était impossible !

« Tu as appelé mon ancien numéro hier. La Commission a trouvé ça étrange et m'a prévenu », avoua Hawks.

Les enfoirés ! Dabi avait du mal à garder son calme. Dire qu'Aizawa avait dit que le contrôle ne serait pas automatique. Tu parles oui ! Dès sa première utilisation, on lui tombait déjà dessus. Ah... il aurait dû s'en douter. Il n'aurait jamais de liberté avec ces héros.

« Et du coup, je suis venu, reprit Hawks. Tu peux me parler maintenant. »

Ce dernier sentit que Dabi n'était clairement pas heureux de la tournure des évènements. Il essaya de rester calme face à l'ancien vilain. Mais le voir... être si proche de lui... c'était toujours difficile. Sans parler de son cœur qui se mit à battre plus fort. Malgré lui, il était un peu nerveux de savoir ce que Dabi allait bien pouvoir lui dire.

« J'ai entendu parler de la révolte qui a eu lieu dans l'hôpital psychiatrique où se trouve Shigaraki », finit par soupirer ce dernier.

Il... quoi ? Hawks fronça les sourcils, sans lui répondre. C'était pour ça qu'il avait essayé de le joindre... juste pour ça ? Hawks s'était inquiété alors que... alors que Dabi voulait juste des nouvelles de Shigaraki ? Les ailes de Hawks s'affaissèrent dans son dos. Tout ça pour ça. Il se sentait vraiment stupide d'avoir cru que Dabi avait peut-être besoin de lui.

« Tu veux savoir ce qui est arrivé à Shigaraki, murmura-t-il au bout d'un moment, et tu penses que je suis au courant ? »

Dabi fronça les sourcils, ne comprenant pas sa réaction. Hawks avait presque l'air déçu. Mais déçu de quoi ? Non, Dabi n'allait clairement pas se poser des questions. Les états d'âme de Hawks ne l'intéressaient pas.

« Evidemment que tu es au courant. Tu sais toujours tout, héros, le railla-t-il à la place.

—C'est vrai... Shigaraki n'a rien, sourit faiblement Hawks. Il est bien surveillé, il n'aurait jamais pu participer à cette révolte. Il n'a même pas été blessé. »

Dabi se demanda s'il pouvait réellement le croire. Mais le soulagement qu'il ressentit alors le submergea complètement.

« Tu en es sûr ? insista-t-il, malgré tout.

—Pourquoi est-ce que je te mentirais ?

—Parce que tu es un menteur. »

Le ton de Dabi était sans appel. Malgré le vide de ses yeux, Hawks pouvait sentir des traces de douleur dans sa voix. Il baissa le regard un moment, mal à l'aise.

« Est-ce que tu en sais plus ? reprit Dabi sans faire attention à lui. Est-ce que tu sais comment il va ?

—Je ne sais pas grand-chose. Il y a peu d'éléments qui sortent de l'établissement et, honnêtement, je ne m'y intéresse pas.

—Et je vais te croire, bien sûr. »

Dabi était de plus en plus railleur. Il ne supportait pas de devoir parler à Hawks. Etre face à lui était si... si douloureux. Parce qu'il aurait dû être bien plus en colère que ça, bien plus blessé que ça. Mais son esprit était juste vide. Trop fatigué pour ressentir la moindre émotion. C'était comme s'il était hors de son corps. Il parlait à Hawks, mais il n'avait pas l'impression d'être là. Il n'avait pas l'impression que tout ça était vraiment réel. Et ça ne faisait que lui rappeler à quel point tout était brisé. Autour de lui. En lui. Il ne savait pas pourquoi il continuait à s'infliger ça alors qu'il serait si simple d'y mettre enfin un terme.

« Je sais que je ne t'ai pas donné de raison de me croire, souffla Hawks. Mais... Je ne voulais pas que ça en arrive là. Je t'assure, Dabi. Ce n'était pas ce qui était prévu. »

Dabi plongea son regard vide dans le sien. Hawks en frissonna. Il avait pu voir tant de lueurs dans ses yeux autrefois. Cette vision... Cette vision était juste horrible.

« Je me fiche de ce que tu voulais ou non. Si tu n'as plus rien à m'apprendre sur Shigaraki, je retourne travailler.

—Attends ! »

Hawks se figea légèrement à ces mots. Il ne se souvenait que trop bien d'un autre moment où il avait aussi voulu retenir Dabi. Ce dernier soupira, fatigué d'avance. Il resta assis, attendant que Hawks daigne parler. Il savait que ça ne servait à rien de l'ignorer. Avec les héros, il ne pourrait jamais gagner, après tout...

« Je peux me renseigner sur l'état de Shigaraki, si tu veux. »

Dabi l'observa un moment, méfiant. Bien sûr, il avait envie d'accepter, mais il ne le pouvait pas. Et si c'était un autre stratagème du héros pour le manipuler ? Il secoua alors la tête.

« Non. Reste loin de lui. »

Hawks serra les poings. Comme s'il avait envie de s'approcher de lui ! Dabi ne comprenait pas ! Il voulait juste l'aider et- Ah... À quoi s'attendait-il au juste ? C'était normal que Dabi ne lui fasse pas confiance. Les épaules basses, Hawks se força à acquiescer.

« D'accord. Si tu changes d'avis, tu pourras toujours me le redemander, souffla-t-il.

—Je doute que ça arrive.

—Bien... Mais au cas où, tiens... C'est mon nouveau numéro. »

Hawks lui tendit sa carte. Dabi hésita un moment, avant de tendre la main à contrecoeur. L'accepter ne l'obligeait pas à l'appeler. Et peut-être que ça pourrait lui être utile, un jour ou l'autre, après tout.

« Va-t'en maintenant. »

Ça n'avait déjà duré que bien trop longtemps. Heureusement, Hawks n'insista pas et se leva enfin. Dabi ne le regarda pas partir. Il préféra s'éloigner de son côté pour se diriger vers le bar. Il se sentait mal. Il n'aurait vraiment pas dû appeler Hawks. Même si, au moins, il n'avait plus à s'inquiéter pour Shigaraki, il se serait bien passé de cette rencontre. Il se sentait si épuisé. Pourquoi devait-il faire face à tout ça ? Ne pouvait-on pas juste le laisser mourir en paix... ?

De son côté, Hawks retrouva la froideur de la rue. Il se sentait dépité. Sa curiosité était maintenant satisfaite, mais ça ne le faisait pas se sentir mieux pour autant. Ah, mais qu'est-ce qu'il cherchait à la fin ? Que Dabi lui pardonne pour pouvoir enfin se sentir mieux ? Il pouvait toujours rêver... Malgré tout, il savait bien que si Dabi avait eu besoin de lui, il l'aurait aidé et ça l'aurait apaisé...

C'était Dabi, pourtant, qui était le criminel. C'était Dabi qui avait tué des gens. Hawks était certain que Dabi n'aurait eu également aucun scrupule à le manipuler pour parvenir à ses fins. Mais Hawks ne pouvait cesser de se sentir coupable. Il avait espéré qu'en revenant le voir, il irait mieux. Seulement il devait se rendre à l'évidence. Ça n'arriverait jamais. Il devrait juste vivre avec ce qu'il avait fait jusqu'à la fin de ses jours. Et c'était tellement... tellement pesant... Il donnerait tout pour que ça s'arrête... pour que tout s'arrête... et pour enfin... ne plus rien ressentir du tout...


Et voilà, on en sait un peu plus sur la relation entre Hawks et Dabi. J'espère que ça vous a plu !

Le prochain chapitre se concentrera à nouveau sur Dabi. Je l'aime beaucoup, donc je pense que la correction devrait bien se passer. Alors j'y crois et je vais tout faire pour le publier dans le mois.

Merci de m'avoir lu :)