C'était la dernière séance de Kidd, deux jours seulement avant la grande soirée de Luffy. Sanji venait de finir le tatouage d'une cliente, un as de pique pour une personne très silencieuse. Il n'en connaissait donc pas la symbolique, ce qui ne le dérangeait pas en soi. Il n'avait pas à tout savoir après tout. Well, I had me a boy, turned him into a man

Franky et lui n'avaient pas cherché à en savoir plus sur l'histoire derrière le tatouage mécanique de l'adolescent depuis la première session. Ils en avaient su assez pour être franc. C'était suffisamment sordide sans qu'ils n'aient tous les détails. Le blond avait demandé à Killer si lui et son petit-frère allaient faire quelque chose à propos du maire de DressRosa, mais il avait déjà la réponse en soi.

Doflamingo était trop puissant pour véritablement lui tomber dessus. They won't let go

« Hâte de finir ? » demanda-t-il avec un petit sourire en coin derrière sa clope non-allumée, en sortant de son box pour s'appuyer sur le mur séparant celui de Zoro, en congé pour l'après-midi, et celui du bleu.

Kidd lui offrit un majeur de son bras non plein d'aiguilles sous le léger rire de son collègue.

« Encore une dizaine de séances et cela devrait être passable. » ricana celui-ci sous la grimace du plus jeune, qui visiblement n'aimait pas trop l'humour sur la douleur du dermographe. Sanji suivit son ami en ricanant à son tour. Turned him into a man

« Psychopathes. » fit le rouge en grommelant dans une barbe non existante.

Sanji regarda dans le salon pour apercevoir la tête du grand-frère de la teigne sur le fauteuil face à lui mais il semblait que ce dernier soit aux abonnés absents. Il haussa un sourcil au tatoué du jour et ce dernier haussa son épaule libre.

Sûrement encore au poste ou avec son petit-ami au long nez.

Le tatouage était magnifique, comme presque tous les travaux de Franky dans cette forme. Bien sûr, cela allait s'estomper peu à peu et perdre de son éclat mais cela ne changeait rien. Les parties mécaniques se mêlaient à la perfection avec les parties peau que le bleu avait dessiné, faisant illusion de manière presque magique.

Et d'un coup, il se demanda si ça valait la peine. De faire un tatouage pour une personne qu'on ne reverra sûrement jamais et dont on a plus de nouvelle depuis tant d'années. They haunt me Like ghosts

Hypocritement, il regarda le portait de sa mère sur le bras. Ouais. Chacun son deuil. La personne n'avait pas à mourir pour qu'on pleure sa perte.

Quand Kidd se leva pour regarder l'œuvre sur son bras enfin fini dans le miroir du box, les deux tatoueurs virent l'euphorie se transformer en chagrin, ne serait-ce que quelques secondes, avant que le rouge ne se reprenne. Well, I had me a boy, turned him into a man

Le tout neuf père ne put s'empêcher de poser sa main sur l'épaule, non encore hurlante, de l'adolescent et ils acquiescèrent tous trois à cette page se tournant.

.

Nil était différent. Différent de ses potes et du type de personne qu'il avait connu durant une bonne partie de sa vie. Ce n'était pas mal. Ca changeait d'air.

Il était aussi différent parce qu'il avait dû devenir adulte très rapidement pour prendre ses frères et sœurs sous sa tutelle. Zoro aimait ça chez le blond, sa détermination et son courage d'avoir tout pris en main à dix-huit ans, juste après la mort de ses parents et son accident. Qu'importe les épreuves et les galères, il avait éduqué avec Aurélie, sa sœur de seulement trois ans de moins que lui, trois gamins. They won't let go

Qui avaient plutôt bien tourné en vrai. L'un était prof de musique maintenant, l'autre dessinatrice et photographe et le dernier tatoueur.

Nil était différent. Il ne comprenait pas vraiment comment on pouvait tourner le dos à sa famille, hors circonstances atténuantes. Il économisait et se privait toujours, tel un réflexe de survie, alors que les Xercia étaient assez aisés maintenant. You know that's how the story goes

Alors Zoro aimait bien lui payer les trucs. Parce que le borgne s'indignait, oui le quarantenaire s'indignait parce qu'un ''gamin'' lui payait des trucs. I showed him all the things that he didn't understand

Et le dit ''gamin'' ricanait à ce propos. Aux inquiétudes monétaires totalement infondées et survivalistes de son petit-copain. Il avait largement de quoi payer un bon nombre de choses au blond. Quand bien même il n'irait pas jusqu'à un certain level de Sugar Daddy avec des maisons et yachts.

« Tu m'emmerdes. » grommela Nil dans le beignet qu'il venait d'acheter. Ainsi que quelques fringues, que le vert avait à son bras.

« Meeeeh. » Il avait vu le regard un peu trop appréciateur de son homme sur la pâtisserie, on ne pouvait pas vraiment lui en vouloir d'avoir voulu lui faire plaisir, si ? « Tu aimes ça. »

Le regard du borgne s'arrêta sur son visage quelques secondes avant de croquer une nouvelle bouchée de son beignet pour toute réponse. Zoro en sourit.

« P'être. » répondit tout de même le plus vieux quelques secondes plus tard. So the hearts keep breaking

Et d'un coup, d'un simple silence et un simple murmure au coin des lèvres, Zoro voulait disparaître sous terre.

Parce que sortir avec Nil, lui faire plaisir et lui payer des trucs, c'était fun. C'était de bons moments où le tatoueur ne réfléchissait pas vraiment et profitait simplement.

Faire tomber Nil pour lui, c'était profiter du blond quand bien même il savait que son être était toujours piégé dans les bras d'un autre. Dans des bras qu'il n'avait pas eu pour lui depuis trop longtemps et qu'il souffrait de cette absence. He didn't understand

Ce sentiment, cette manipulation, il ne la supportait pas. Il aimait bien l'autre homme. Vraiment. Mais jamais assez. Jamais comme il fallait. Et ça n'arriverait pas. They gonna run back to me

Des hurlements d'enfants joyeux le sortirent de sa torpeur, torpeur que Nil ne releva pas, quand bien même il le regardait avec un regard que Zoro n'arrivait pas réellement à comprendre.

Sa main libre fût prise par celle du plus vieux, le faisant le suivre dans les dédales du centre commercial. Comme s'il ne s'était rien passé.

En marchant, ils passèrent devant le groupe d'enfant hurlant aux marionnettes moutons de faire attention à celle du loup. You know that's how the story goes

.

Certaines fois, Sanji se demandait pourquoi il était pote avec Leil.

Non non mais réellement, qui voudrait d'un mec aussi barge que ça comme ami ? Aussi beauf et aussi franc ?

Et après il regardait Luffy et le nombre de conneries qu'ils avaient pu faire adolescents juste parce que le petit brun en avait l'envie et la capacité monstrueuse de se faire suivre n'importe ou pour n'importe quoi. Et il se disait qu'il aurait pu finir avec un mélange des deux comme potes et franchement ? Il était bien avec les deux séparés et non dans un même corps. They won't let go

Parce que, là maintenant tout de suite, il pouvait dire non. Même si le brun faisait des yeux de chien battu, sûrement très utilisé envers son frère aîné quand il finissait en garde à vue. Même s'il agissait comme un enfant proche de faire un caprice. Il pouvait dire non.

Aucun problème.

Pour ça qu'il finit par fumer sa clope allongé dans le lit du plus jeune et non en train de monter sur le toit de la maison des Xercia pour fumer. Le fait qu'il était déjà dans le grenier, aka la chambre de Leil, c'était suffisamment haut pour lui, merci bien.

Et la fenêtre était juste au-dessus, ça ne changeait rien.

Puis Leil était littéralement allongé à côté de lui, clope au bec, à déblatérer sur le fait qu'ils devraient être sur le toit plutôt que dans les draps. I get high, and I love to get low

« Ouais bah t'as qu'à bouger ton cul Leil. » fit-il avec un sourire en coin. Le susnommé fit un bruit outré, sa main n'ayant pas la cigarette entre les doigts tombant dramatiquement sur son torse.

« Mais si je bouge mon cul, je ne pourrai voir le tien monter sur le toit ! C'est un drame Sansan'. »

Ce dernier leva les yeux au ciel, ou plutôt vers la trappe du grenier, mais ne bougea pas pour autant.

Des fois, il avait un peu l'impression de redevenir adolescent en passant du temps avec Leil. Ils ne sortaient pas à chaque fois qu'ils se voyaient, préférant en général être l'un chez l'autre. Sinon ils étaient au bar ou en boîte. I get high

Ca ne le dérangeait pas. Il aimait bien cette période de sa vie, même si beaucoup de choses avaient bien changé depuis. Il aimait bien Leil aussi.

Tous deux savaient que leur relation n'irait jamais plus loin que ça. Des potes. Des coups d'un soir ou de « j'ai besoin de coucher t'es ok donc go ». Ils s'en fichaient. Kept him warm in the winter

Le brun lui avait dit qu'Eiri, son deuxième frère aîné, lui avait demandé plusieurs fois pourquoi ils ne sortaient pas ensemble. Ils auraient probablement une relation calme et saine, même si l'amour avec un grand A n'était pas pour eux.

Sanji en avait ri avec Leil. Mais ce n'était jamais vraiment sorti de son cerveau à chaque fois qu'il venait dans cette chambre. That's how the story goes

« Non mais vraiment, tu penses pas qu'on aurait une meilleure vue sur le toit que mon putain de plafond plein de poster de mes héros d'adolescence ? »

« Tes héros ou tes fantasmes masturbatoires ? » il rit en se prenant un coup de poing dans le bras, sous, encore une fois, l'air outré du plus jeune. Il aimait bien le railler, il n'y pouvait rien.

Il se sentait bien dans cette chambre semi adolescente, semi adulte, quand bien même ils avaient tous deux presque la trentaine. Nostalgique ou jamais grandi, à vous de voir. The heads just roll

« Bon j'avoue, les deux. » ricana Leil en faisant un nuage de fumée.

« En même temps, Orlando Bloom en Will Turner était un bon réveil gay pour n'importe qui. »

« Putain ouais. » ricana le brun. « Et Elizabeth Swan aussi, quand bien même ça a juste prouvé chez moi que j'étais très attiré vers les gens ayant des couilles pour me faire taire. » They haunt me

Il marmonna un ''soumis'' entre les lèvres, avant que Leil ne fasse encore un bruit outré, se jetant sur lui pour le chatouiller. Avant d'arrêter, promptement assis sur ses cuisses.

Et d'admettre que... Ouais, un peu. Kept him warm in the winter

Ils en rirent jusqu'à entendre la porte d'entrée. Et la bonheur humeur du blond tomba dans son ventre comme une boule d'angoisse retenue trop longtemps dans ses poumons. Il pouvait entendre Zoro. Il pouvait entendre Nil. So the hearts keep breaking

Il pouvait entendre ce flirt doux entre les deux hommes, quand bien même ils étaient deux étages en dessous, parce que la maison des Xercia était mal insonorisée quand tout était ouvert. Comme la porte de la trappe l'était. Donnant directement à la cage d'escalier qui menait en bas, juste dans le salon et non loin de la cuisine ouverte.

Leil lui fit un sourire contrit, avant de pointer le toit une nouvelle fois.

Cette fois, Sanji acquiesça. I made my getaway

.

Nami les regardait avec de grands yeux excités. Elle n'avait pas de cavalière, seulement deux cavaliers. Une vision que leurs amis avaient l'habitude de voir parce que c'était l'entrée qu'elle avait toujours eu durant les grandes soirées du lycée.

Elle avait un sourire jusqu'aux oreilles, qu'importe qu'elle et Bonney se soit mises d'accord pour arrêter leur relation ce jour-là et être seulement potes, avec peut-être un peu de plus de temps en temps. I had a summer lover. La rousse l'avait dit de toute manière, la rose n'était pas celle qui avait fait chavirer son coeur, même si elle l'aimait bien.

Zoro se demandait comment elle pouvait bien savoir ça alors que cela ne faisait pas si longtemps qu'elles étaient ensembles.

Enfin, il disait ça tout en sachant que Nil ne serait pas l'amour de sa vie. So the hearts keep breaking

« Prêts les garçons ? » ça aussi, c'était habituel.

« C'est qu'une fête chez Luffy, tu le sais n'est-ce pas ? » lança Sanji avec un sourire amusé.

« Et alors ? » répondit leur amie avec dédain « Depuis quand je n'ai pas le droit de faire une grande entrée ? »

Le blond le regarda avant de rouler des yeux et il sourit légèrement. Cette proximité lui manquait. La rousse leur prit chacun un bras avant d'acquiescer pour elle-même. [You] haunt me Like ghosts

Bon bah, ils étaient parés visiblement.