Chapitre 3
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Première confrontation
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Emma se réveilla moins reposée que la veille et donc beaucoup plus grognon. La nuit avait été agitée et nul doute que sa magnifique voisine y avait été pour quelque chose. Le lit était un chaos total et Emma dans un état de frustration absolu. Se satisfaire elle-même apportait bien un soulagement immédiat mais il ne durait pas et elle doutait fortement que fantasmer sans cesse sur la belle brune qui logeait à quelques mètres de chez elle pouvait se révéler bénéfique. Pour ce qu'elle en savait, elle devait sûrement être mariée ou, en tout cas, une femme comme elle avait fort peu de risques d'être célibataire bien longtemps. Et même si elle l'était, vu ce que la brune pensait et avait vu d'elle, il n'y avait aucune chance qu'elle l'envisage un seul instant. Il n'entrait pas dans ses plans immédiats de se trouver une petite copine, elle n'avait ni le temps ni vraiment l'envie pour cela mais se faire quelques connaissances aussi attachées qu'elle à leur liberté serait sans doute une bonne idée. Il lui faudrait hélas attendre la fin de la semaine pour aller faire un tour dans les quelques bars friendly de Valence. Elle se résolut donc à la douche froide avant de se mettre au travail.
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A midi, elle avait fini une nouvelle dizaine de bols et autant d'assiettes et de gobelets. Son dos la faisait souffrir et ses doigts n'en pouvaient plus, cela faisait un peu trop longtemps qu'elle n'était plus restée aussi longuement à son tour. Elle reprendrait l'habitude au fil des jours. En attendant, elle avait besoin d'une pause. Après un débarbouillage hâtif et un déjeuner rapide et frugal, elle décida de visiter un peu plus longuement le village et ses alentours. Il fallait aussi qu'elle passe à la mairie pour se faire inscrire sur les listes électorales. Et, non, le fait que sa belle voisine y travaille n'était en aucun cas un facteur contre la procrastination incommensurable dont elle faisait ordinairement preuve en ce qui concernait la moindre démarche d'ordre administratif. Non plus dans le fait qu'elle avait enfilé des sandales au lieu de vadrouiller pieds nus comme à son habitude ni qu'elle avait pris soin de coiffer quelque peu ses mèches rebelles qui cascadaient dans son dos au lieu d'être tordues en un vague chignon. Et, bien sûr, ce n'était en aucun cas la jolie brune qui était cause que son cœur battait la chamade quand elle mit les pieds à la mairie quelques heures plus tard.
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Le village quoiqu'étant un village n'en était pas pour autant un pauvre hameau perdu dans les collines, il avait donc une mairie en son sein d'une taille fort correcte. Elle avait un certain cachet, toute en pierres claires du pays, avec ses volets bleus et une glycine somptueuse qui en couvrait presque toute la façade et visiblement fort ancienne vue la taille de son tronc. Les premières démarches, entre autres pour sa boutique, ayant été faites à distance, c'était la première fois qu'elle y mettait les pieds. Une secrétaire l'accueillit fort aimablement. Elle fut cependant un peu déçue de voir que ce n'était pas Regina. Elle doutait fortement que le village ait besoin de beaucoup de personnes travaillant à temps plein à la mairie. Alors que la jeune femme était gentiment en train de lui expliquer pourquoi elle ne pouvait pas s'inscrire immédiatement, l'objet de ses fantasmes sorti de la porte située derrière le bureau.
- Louise, vous pourrez scanner et envoyer ces documents à la préfecture avant ce soir, s'il-vous-plaît ? dit-elle avant de remarquer la présence d'Emma. Bonjour, Mademoiselle Swan, que faites-vous donc là ?
- Bonjour, Regina, je suis venue pour m'inscrire sur les listes électorales mais votre collègue m'a gentiment expliqué que ce n'était pas possible pour l'instant. Et vous pouvez m'appeler Emma, nous sommes voisines après tout.
- Quel âge avez-vous donc ? Tout le monde sait qu'il faut avoir résidé au moins six mois en un lieu avant de pouvoir le faire, mademoiselle Swan, lança-t-elle sèchement en appuyant fortement sur les derniers mots. Louise n'est pas ma collègue mais mon employée, je suis la maire de Fontconte, et ici on s'adresse à moi en disant Madame la maire ou Madame Mills à la rigueur, prenez-en bonne note.
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Emma sentit la moutarde lui monter au nez. Se faire traiter de lente d'esprit la veille, passe encore, elle ne s'était en effet pas montrée sous son meilleur jour, mais cette femme se faisait visiblement un plaisir de la rabaisser à chaque rencontre et elle n'a jamais trop été du genre à se faire marcher dessus sans réagir. Elle aurait sans doute dû prêter attention à la dite-Louise qui essayait subrepticement de disparaître sous son bureau avant de répondre aussi directement qu'elle le fit à Regina.
- Excusez-moi, votre grandeur, rétorqua-t-elle, mais j'avais dix-sept ans la dernière fois que j'ai déménagé, le problème de la durée de résidence ne s'est donc jamais posé à moi en ce qui concerne les élections ! J'ai vingt-sept ans, figurez-vous, et j'apprécierais que vous ne vous adressiez pas à moi comme si j'étais une petite écervelée ! Vous devriez être contente d'avoir une nouvelle administrée prête à faire son devoir civique ! Et je suis arrivée il y a deux jours, comment aurais-je pu deviner que vous étiez la maire du village ?
- Eh bien ma foi, vous semblez avoir retrouvé votre langue, aujourd'hui. Vue votre insolence, sans doute auriez-vous dû vous en abstenir ! Dois-je vous rappeler que vous souhaitez rouvrir la boutique de poterie du village dont je suis la maire ? Je vous conseille de vous calmer si vous voulez rester dans mes bonnes grâces.
- Oh, des menaces maintenant ? Si c'est comme ça que vous dirigez le village, je m'étonne qu'il y reste encore des habitants ! Que votre seigneurie veuille bien m'excuser, la manante que je suis s'en retourne à sa basse besogne tant qu'elle le peut encore !
- Mademoiselle Swan, je vous conseille très fortement… eut encore le temps d'entendre Emma avant de claquer la porte de la mairie derrière elle et de se diriger en furie vers chez elle.
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La marche vive qu'elle soutint jusqu'au pas de sa porte la calma peu à peu. Ce soir-là, dans son lit, au souvenir de leur joute verbale, elle hésita entre la colère et le rire. Elles avaient été assez ridicules pour deux femmes adultes. Il fallait juste espérer que Louise n'était pas trop bavarde ou que d'autres villageois partageaient son opinion sur la maire sinon c'était mal parti pour s'intégrer. Mais, bon sang, pourquoi fallait-il donc que la brune se montre aussi désagréable à chaque fois ? Et aussi irrésistiblement canon ? La colère lui allait divinement bien. Si elle n'avait pas été elle-même si remontée et tout de même un peu éduquée, Emma lui aurait volontiers sauté dessus pour la faire taire. Quoique, vu l'état de la brune, elle s'en serait sûrement pris une. Elle soupira longuement, voilà qui n'allait pas rendre la nuit à venir plus calme que la précédente.
