Chapitre 4
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Une soirée inattendue
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Si la nuit ne fut pas des plus tranquilles, loin s'en faut, elle ne fut pas la pire non plus. Emma décida d'en prendre son parti. Que pouvait -elle y faire de toute façon ? Le reste de la semaine se déroula sans incident particulier, entre autres parce qu'elle ne recroisa pas sa belle voisine, à la fois à son plus grand soulagement et son plus grand regret. Au moins, elle avait pu finir sa première série. Elle avait même cuit et émaillé les plus petites pièces qu'elle avait mises à la seconde cuisson en fin de journée. Elle en découvrirait le résultat final au réveil. Satisfaite de son travail, elle décida donc de s'accorder la soirée en ville qu'elle avait envisagée après sa première nuit dans les bras, hélas oniriques, de Madame la maire. Et puis, même s'il est vrai qu'elle appréciait énormément son retour au calme de la vie villageoise, cela lui manquait d'aller boire et danser au milieu de ses semblables. Elle n'avait fait vœu ni de chasteté ni de solitude en s'installant ici. Elle en profita pour soigner un peu son apparence. Elle aimait bien cela aussi, c'est juste qu'elle ne voyait pas trop l'utilité d'y passer du temps tous les matins juste pour aller mettre les mains dans la terre pendant des heures. Elle se fit un maquillage léger mais qui accentuait joliment la couleur de ses yeux, libéra ses boucles dont elle avait bien pris soin après la douche et enfila un jeans ajusté et un chemisier émeraude dont elle laissa ouverts un certain nombre de boutons. Après tout, elle n'ignorait pas qu'elle disposait de certains atouts physiques et savait comment les mettre en valeur. Elle se saisissait de ses clefs quand on frappa à la porte.
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Elle ouvrit la porte à la volée sur une Regina le bras encore en l'air, un peu interloquée de la voir s'ouvrir aussi vite et dont ce fut le tour de rester coite devant le tableau qui lui faisait face. Comme elle s'en était douté, il y avait beaucoup à voir sous les frusques dont sa blonde voisine s'attifait habituellement et ce qu'elle découvrait n'était pas pour lui déplaire. En séductrice accomplie, elle reprit rapidement son assurance et se fendit d'un sourire charmeur pour s'adresser à Emma.
- Bonsoir, Mademoiselle Swan, vous me voyez désolée de vous déranger un samedi soir mais j'aurais besoin que vous me rendiez un grand service. Sachez que je saurai m'en montrer reconnaissante, acheva-t-elle avec un regard enjôleur.
- Cela aurait été avec plaisir mais, comme vous le voyez, j'ai prévu de sortir ce soir, répondit un peu froidement une Emma qui n'avait pas oublié leur dernier échange. Encore qu'elle se réchauffât bon train à la vue de la brune, elle aussi visiblement apprêtée pour sortir dans une robe noire courte et cintrée qui ne laissait que peu de place à l'imagination.
- Quel dommage, vous étiez mon dernier espoir. Vous voyez, j'ai un rendez-vous d'affaires extrêmement important ce soir et la jeune fille qui s'occupe habituellement d'Henri dans ces cas-là est malade. Contrairement à ce que vous avez pu voir de lui, c'est un petit garçon très réservé, qui ne se lie pas facilement, et lui avez fait forte impression. A moi aussi, d'ailleurs, susurra-t-elle d'une voix qui fit instinctivement serrer les cuisses à Emma.
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Elle voyait clair dans son jeu mais cela ne l'empêchait pas de fonctionner. Cette femme serait sa perdition. Elle céda donc et, même si elle se trouva ensuite toutes les excuses possibles, elle n'était pas dupe. Bien sûr, elle aussi avait beaucoup apprécié Henri. Et il serait tout à son avantage que la maire lui doive quelque chose. Et il était important d'entretenir de bons rapports avec ses voisins, spécialement dans un petit village. Bla bla bla, la vérité qui se faisait jour en elle était que la brune n'avait qu'à battre des cils avec un grand sourire pour que Emma se liquéfie à ses pieds. Elle se garda bien de le montrer à Regina et fit mine de se résigner avec la plus grande désinvolture dont elle put faire preuve dans l'état où elle se trouvait :
- Soit. Mais c'est pour Henri. Lui, au moins, s'est toujours montré charmant avec moi, ajouta-t-elle pour enfoncer le clou et faire comprendre à la brune que leur dernier échange était encore bien frais dans sa mémoire.
Une étincelle traversa le regard de Regina mais elle contint son agacement. Elle ne pouvait décemment pas remettre la blonde à sa place alors que celle-ci lui sauvait la mise.
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Quand elle découvrit la demeure de la maire, Emma resta bouche bée. C'était un magnifique mas sur trois étages. La porte principale était en bois massif avec un heurtoir en bronze et ouvrait sur un hall d'entrée imposant d'où partait un escalier immense. A gauche, une cuisine digne d'un restaurant et, à droite, un salon opulent avec un canapé assez grand pour accueillir une famille nombreuse et un écran géant comme Emma ne pensait pas qu'on puisse en trouver chez un particulier. C'était par ailleurs le seul élément moderne visible dans cette pièce. Plus loin sur le même mur, dans une autre pièce qui devait être la salle à manger, une cheminée surmontée d'un blason aurait permis à Emma de se tenir debout dedans. Ici ou là, des portraits et un certain nombre d'antiquités témoignaient de l'ancienneté du de la famille de Regina et de sa richesse. Encore une à qui tout était tombé tout cuit dans le bec, se dit Emma. Pas étonnant qu'elle croit que tout lui était dû.
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Ses pensées furent interrompues par une cavalcade suivie d'un petit corps chaud qui la percuta.
- Emma ! C'est toi qui me garde ce soir ? C'est vrai ?
- Henri ! gronda sa mère, ce n'est pas ainsi qu'on accueille les visiteurs, quels qu'ils soient.
- Pardon, maman. Bonsoir, Emma, ajouta le petit bonhomme tout contrit avant de rire à nouveau la seconde d'après. Alors, dis, c'est vrai ?
- Oui, Henri, c'est vrai, répondit Emma en riant de même. Sa joie était tellement naturelle qu'elle en était contagieuse.
Ils en avaient tous les deux oublié Regina qui se rappela à eux avec un raclement de gorge.
- Bien, je vois que je ne suis plus nécessaire. Mademoiselle Swan, il y a de quoi faire un repas équilibré à Henri dans le frigidaire. Veuillez à ce qu'il mange au moins une portion de légumes. Et ne le couchez pas trop tard. Il n'y a pas école demain, soit, mais nous sommes tout de même en période scolaire. Henri, tu obéis à Mademoiselle Swan et tu n'oublies pas de bien te brosser les dents avant de te coucher.
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Les deux acquiescèrent vigoureusement, Henri embrassa sa mère dont la réaction à ce geste éclaira le visage d'une telle tendresse qu'Emma en sentit un pincement au cœur. Comment cette femme pouvait-elle se montrer si aimante avec son fils et si désagréable avec elle ? Puis, avant même que Regina n'ait franchi le pas de la porte, Henri l'entraîna vers sa chambre avec enthousiasme. La soirée se passa à bavarder, jouer à la console, regarder un film et manger de la pizza. Emma n'avait trop su quoi faire dans la cuisine et avait préféré en commander une, géante, avec poivrons, olives et champignons, entre autres. Comme ça, il y a bien la portion de légumes recommandées expliqua-t-elle à Henri quand celui-ci s'inquiéta de la réaction de sa mère à ce menu fort peu en usage chez eux. Emma le coucha vers dix heures, quand il commença à s'endormir devant la télévision. C'était assez tôt, un vendredi soir, non ? Elle s'installa sur le canapé pour attendre tranquillement Regina mais, épuisée par une journée de travail et la soirée de bavardages et de jeux avec Henri, elle s'endormit avant le retour de cette dernière.
