Chapitre 6
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Aux grands maux
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Ce samedi matin, Emma eut au moins la joie de découvrir que sa première série était réussie. Les émaux s'étaient magnifiquement épanouis lors du refroidissement et le bleu choisi en toile de fond avait exactement la teinte azur qu'elle désirait. Elle déposa avec délicatesse les pièces sur une des étagères de la boutique et se recula pour les observer avec plaisir. Elle était au moins capable de réussite dans son artisanat potier, se fit-elle la remarque un peu railleuse, parce que pour ce qui en était de son art de la séduction, il y avait à revoir. Un peu d'entraînement ne serait pas de refus. Elle sortirait donc ce soir, c'était décidé et, cette fois-ci, aucune jolie brune au regard séducteur ne pourrait l'en empêcher. Elle se remit avec entrain au travail à la perspective de s'accorder enfin un bon temps bien mérité. Et, qui sait, avec un peu de chance, elle passerait toute la nuit en ville.
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En fin de journée, avec la satisfaction d'un travail bien accompli, elle prit une bonne douche chaude et s'apprêta pour sortir. Elle y porta le même soin scrupuleux que la veille et accentua même un peu plus ses yeux. Elle se sentait d'humeur aguicheuse et son décolleté ne cachait pas grand-chose de ses intentions. Aux grands maux, les grands remèdes et, à défaut de partager la couche de Madame la maire ailleurs que dans ses rêves, elle ne dormirait pas seule ce soir! Toutes à ses pensées de la future soirée qui s'annonçait, elle ne prêtait aucune attention à ce qui l'entourait en se dirigeant vers le parking du village où se trouvait son utilitaire. Sans doute pas le véhicule le plus sexy du monde mais le plus pratique vue sa profession. Le train de ses pensées tout comme son parcours furent brutalement interrompus quand elle se heurta à quelqu'un au détour d'une ruelle. Bien sûr, constata-t-elle en se frottant douloureusement l'épaule gauche, il fallait que ce fut elle !
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Elle, c'était Regina, d'une humeur plus que massacrante depuis le matin après une nuit fort peu reposante à cause de l'énergumène qui venait de la percuter. En conséquence de quoi, elle n'avait pas accompli la moitié de ce qu'elle voulait faire à la mairie dans la matinée et se retrouvait là, le soir venu, à venir récupérer des dossiers, désormais répandus à terre, pour passer une soirée du week-end à travailler. Autant dire que son mécontentement avait encore grimpé de quelques crans pendant qu'elle tentait péniblement de se relever, arrière-train et fierté douloureusement touchés.
- Pardon ! Je suis absolument désolée, je ne vous ai pas fait mal, j'espère, s'exclama Emma en tendant la main pour l'aider.
Main que la brune écarta rageusement en parvenant enfin à se relever, furieuse. Un coup d'œil à la blonde ne la calma en rien. La tenue que celle-ci portait étant en effet très révélatrice de ses intentions pour la soirée.
- Mademoiselle Swan, je ne doute pas que vous soyez fort empressée d'aller vous faire culbuter dans quelque sombre ruelle pour apaiser votre libido galopante mais auriez-vous l'obligeance de prêter le minimum d'attention dont votre petite cervelle est capable à ce qui vous entoure afin de préserver les gens normaux de votre maladresse ? siffla Madame le maire au sommet de son aigreur. Et, ses dossiers rassemblés, sans laisser la possibilité de répondre à la jeune femme totalement abasourdie par une telle violence, elle se détourna avec le plus grand dédain et s'éloigna rapidement.
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La route vers Valence fut parcourue quelque peu abruptement par une Emma suffoquée par le nombre d'insultes que la brune avait été capable de lui lancer en une seule phrase. En voilà une qui aurait bien besoin qu'on la culbute, tiens, finit-elle par lancer dans le vide de son habitacle avant de se contraindre à ranger l'incident dans un coin de sa mémoire. Elle avait l'intention de passer une bonne soirée et il était hors de question qu'elle soit gâchée encore une fois par sa névrosée de voisine. Arrivée à destination, elle commanda un cocktail et se laissa gagner par l'ambiance joyeuse qui régnait dans la bar-dancing qu'elle avait choisi. Sans être exclusivement lesbien, de tels établissements n'existaient quasiment plus aujourd'hui, la majorité des personnes présentes étaient des femmes et tout le monde semblait heureux d'être là à partager quelques heures ensemble. La playlist, bien rythmée, n'empêchait pas pour autant toute conversation et, au sous-sol, une piste d'une taille très correcte, permettait de se défouler un peu en dansant si on le souhaitait. Tout en sirotant son verre, Emma eut vite fait de repérer une petite brune qui ne la quittait pas des yeux. Elle se dirigea vers elle, résolue, elle n'était pas venue ici pour faire tapisserie.
-Bonsoir, je m'appelle Emma.
- Bonsoir, Camille. C'est la première fois que je te vois ici.
- Oui, je viens de me réinstaller dans la région et j'étais un peu trop jeune pour fréquenter les bars quand j'en suis partie.
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La conversation avec Camille se révéla facile et agréable. Elle la présenta à ses amies qui l'accueillirent à bras ouverts et elles passèrent la soirée à plaisanter, boire et danser. Cela faisait trop longtemps qu'Emma n'avait pas ainsi profité des plaisirs tous simples de la vie et elle s'en donna à cœur-joie. Elle dansa à en avoir mal partout et bu un peu plus que de raison mais qu'importe, elle n'avait de compte à rendre à personne. Quand la nuit fut bien avancée et que toutes commencèrent à se préparer à rentrer, Camille demanda à Emma si elle voulait passer chez elle pour continuer à faire connaissance. Cette dernière accepta avec empressement, non parce qu'elle était venue en ville pour cela mais parce que la jeune femme lui plaisait vraiment. Par honnêteté, elle lui précisa tout de même qu'elle ne cherchait rien de sérieux pour l'instant dans sa vie. Camille lui répondit en riant de ne pas s'inquiéter, qu'elle non plus et que cela leur faisait un point de plus en commun.
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A peine arrivées chez Camille, elles s'embrassèrent avidement et se débarrassèrent en toute hâte de leurs vêtements. Elles découvrirent avec plaisir qu'elles partageaient d'autres points communs durant une nuit qui ne fut pas plus longue que les précédentes pour Emma mais ô combien moins frustrante. La petite brune avait la même appétence qu'elle pour les plaisirs de la chair doublée d'une absence certaine d'inhibitions. Emma s'endormit aux lueurs de l'aube, rassasiée, en repoussant soigneusement un incident qui s'obstinait à refaire surface. Lors de leur première étreinte, à la vue de la chevelure auburn entre ses jambes, un certain visage s'était imprimé dans son esprit, un visage dont les deux yeux d'ébène l'avaient transpercée tandis qu'elle hurlait son plaisir et que son corps se tendait sous une jouissance qui l'avait traversée comme rarement. Elle n'en avait pas pour autant boudé les réjouissances suivantes mais, à y resonger, elle en était passablement agacée. Comment sa casse-pieds de voisine était-elle parvenue à se glisser aussi profondément sous sa peau en si peu de temps ?
