Chapitre 9
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Deux pas en arrière ?
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Durant les jours qui suivirent, Emma ne croisa que très rarement Regina qui semblait ne plus voir la lumière du jour hormis pour les trajets entre son domicile et son bureau ou l'école du village où était scolarisé Henri. A chaque rencontre, Madame la maire la battit froid. La blonde eut l'impression d'être revenue aux premiers temps de son arrivée au village, voire pire, et en fut tout d'abord profondément peinée. Même si elle devait bien reconnaître qu'elles auraient pu choisir un lieu plus adéquat pour leur premier baiser, ne serait-ce que parce que cela leur aurait sans doute permis d'explorer plus en profondeur où il pouvait bien les mener, celui-ci était pleinement consenti par les deux partis en présence et elle n'avait pas eu l'impression qu'il déplaisait à Regina, loin s'en faut. Mais comme l'attitude de celle-ci envers elle demeurait résolument glaciale depuis lors, elle finit par s'en agacer et se mit à lui manifester un détachement patent. Autant dire que cela n'améliora en rien l'irritabilité de la brune, exacerbée par le chaos physique et émotionnel qui l'envahissait à chaque fois qu'elle apercevait la blonde. Même si aucun d'entre eux n'aurait été capable de l'expliquer, les habitants par hasard présents aux mêmes instants éprouvaient tous l'envie irrépressible de se retrouver rapidement ailleurs.
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Quand le vendredi arriva, la patience d'Emma était réduite à peau de chagrin. Dieu merci, la sortie avec Rubis lui permettrait de relâcher un peu de tension. D'autant que sa semaine avait été assez épuisante. Pour l'instant, elle était seule au four et au moulin, c'est-à-dire à l'atelier et en boutique. Si son affaire marchait bien, elle pourrait envisager d'engager une vendeuse pour tenir le magasin mais c'était hors de question à l'heure actuelle. Bref, elle n'allait quand même pas se plaindre que ses affaires marchent bien. Elles avaient prévu de retrouver Camille à l'Evil Queen, le bar-dancing où elles avaient fait connaissance. Le soir venu, Emma prêta une attention particulière à son apparence. Quoique son indifférence feinte le cachât bien, la conduite de Regina érodait son estime de soi et elle avait lutté trop durement la majorité de sa vie à la consolider pour la laisser faire. Elle mit une chemise échancrée d'un rouge sombre qui mettait particulièrement en valeur la carnation translucide de sa peau et souligna largement ses yeux de noir, ce qui, somme toute, convenait bien à son humeur du moment. Elle devait retrouver Rubis devant le bar où la jeune femme travaillait. Elle espérait que celle-ci ne tarderait pas car les sombres nuages qui s'amassaient rapidement au-dessus d'elle ne présageaient rien de bon.
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Alors qu'elle attendait avec de plus en plus d'impatience, elle vit Regina sortir de la mairie. Bon sang, quel que soit le degré d'irritation qu'elle ressentait, la voir causait inévitablement ce pincement du bas-ventre lui signalant que son désir d'elle demeurait toujours aussi intense. Regina releva brusquement la tête et la toisa du regard à l'autre bout de la petite place. Ce fut si immédiat que la blonde se soupçonna l'espace d'un instant de l'avoir interpellée à haute voix. Elle soutint son attention, persuadée que l'autre l'ignorerait superbement comme elle le faisait depuis bientôt une semaine et ne voulant en aucun cas lui céder un pouce de terrain. Sa surprise fut donc grande de voir la brune se diriger droit sur elle.
- Mademoiselle Swan, la salua sèchement Regina, les lèvres pincées, avant de se mettre à contempler ses pieds avec embarras.
- Madame Mills, répondit Emma tout aussi peu aimablement, laissant ensuite un silence pesant s'installer entre elles. La blonde s'en moquait totalement, il était hors de question pour elle de faire le premier pas. L'autre avait lancé les hostilités, à elle d'y mettre fin !
- Cette couleur vous va bien. Vous sortez ce soir ? finit par balbutier la brune les yeux paralysés sur ses escarpins.
- Euh, oui, parvint seulement à articuler Emma prise de court par le compliment alors qu'elle s'attendait à une attaque en règle et préparait déjà ses réparties. Je… Nous… Rubis et moi allons prendre un verre à Valence. Vous voulez venir ? lança-t-elle sans réfléchir.
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Quoi ? rugit sa petite voix intérieure. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? A se demander pourquoi Regina se donnait la peine de la martyriser, elle n'avait qu'à prendre un couteau pour se trancher la gorge elle-même, ça irait plus vite. Reprends-toi, ma petite Emma, il n'y a aucune chance qu'elle accepte de toute façon. Pourquoi aucune chance ? Aucun risque oui. Pas moyen qu'elle ait vraiment envie que la brune vienne avec elles, elle avait juste dit cela par politesse. Cela se fait quand on évoque ce type de soirée à une amie célibataire, de l'inviter aussi, non ? Bon Dieu, parfois elle aimerait croire qu'Il existe vraiment juste pour pouvoir le prier de la sortir de ce type de pétrin.
- Eh bien, il faut que je vois avec la jeune femme qui me garde parfois Henri si elle est disponible ce soir mais pourquoi pas, hésita la brune. Je ne vais pas vous mettre en retard ?
- Non, non, ne vous inquiétez pas, c'est juste une soirée entre amies dans un bar, on arrive quand on veut. Je vais juste prévenir Rubis. On se retrouve ici dans une demi-heure, ça ira ? demanda Emma avec toute la désinvolture possible tout en continuant à hurler intérieurement. Comment diable, l'irascible brune pouvait-elle être intéressée par une soirée entre filles dans un bar ? C'était tranché, elle resterait athée !
- Oui, ça devrait. Je vous appelle si jamais il y a un souci pour Henri, lança Regina tandis qu'elle s'empressait vers son domicile.
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Rubis sortit du bar quelques minutes plus tard pour trouver Emma statufiée sur place, bloquée dans son monologue intime.
- Allo, Emma ? Tu vas bien ?
- Hein ? Oui, non, je ne sais pas. Merde, j'ai fait une connerie, je crois, je ne sais plus, gémit la blonde en réponse.
- Houlà, tu respires à fond, et tu m'expliques.
- J'ai invité Regina à nous accompagner ce soir.
- Regina ? La maire ? Tu as invité cette pisse-froid à venir avec nous ? Mais pourquoi ? A chaque fois que vous vous croisez, c'est à se demander laquelle arrachera les yeux à l'autre la première et, crois-moi, je ne suis pas la seule à l'avoir remarqué.
- Ouais, c'est un peu l'impression que ça donne, je sais, mais c'est un peu plus compliqué que ça, répondit Emma en se prenant la tête dans les mains.
- Oh, tu titilles ma curiosité de commère là. Raconte !
- Ok mais je te préviens, Rubis, si tu souffles un seul mot de ce que je vais te dire à qui que ce soit, je te massacre !
- Tss, tu me prends pour qui, je ne déballe jamais les secrets des copines. Allez, crache !
Emma doutait de la capacité de la jolie rousse à garder le silence mais elle n'en pouvait plus de ne pouvoir partager ses tracas à propos de Regina avec personne. Elle s'exécuta donc et lui fit un récit détaillé de toutes leurs interactions depuis son arrivée à Fonteconte. Quand elle eut fini, Rubis poussa un sifflement en s'éventant.
- Ben dis-moi, c'est explosif entre vous. Elle cache bien son jeu, notre maire, je ne vais plus jamais pouvoir la regarder comme avant moi.
- Rubis, je te préviens…
C'est le moment que choisit Regina pour les rejoindre sur la place. Elle avait troqué son habituel tailleur contre un chemisier en soie et un jeans, de marque, soit, mais un jeans quand même et qui soulignait ses courbes à la perfection. Ébahie, Emma la dévorait littéralement des yeux. Rubis lui donna un coup de coude en éclatant de rire, merci pour la discrétion. Regina leva un sourcil interrogatif mais ne s'enquit pas de ce qui se passait et elles se mirent en route.
