Chapitre 12

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Je t'en prie

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Emma s'était assoupie. Quand elle ouvrit les yeux, elle vit que Regina en avait fait de même. Sa main n'était plus en elle mais encore entre ses jambes et la sentir là, si près, lui donnait envie à nouveau. Elle voulait la combler, adorer son corps comme il le méritait. Mais pas tout de suite. Tout de suite, elle voulait profiter de ce bonheur dont elle n'aurait pas imaginé avoir un jour la chance de disposer : la contempler endormie. Le sommeil ôtait à ses traits la blessure qu'on sentait toujours affleurer en elle, celle qu'elle laissait tous croire être de la dureté de caractère, la carapace qu'elle avait dû mettre en place sans doute très tôt dans sa vie pour survivre vue son épaisseur. Parce que là, ainsi abandonnée, Emma percevait enfin la vraie nature de sa reine, celle qui l'avait attachée si profondément, celle qu'elle entendait et voyait quand elle était avec Henri, cette capacité d'amour infini, d'abandon total de son cœur à l'autre. Parce que ce qui lui manquait justement, à elle, c'était la capacité à se croire aimée infiniment. Et l'amour ne fonctionne jamais vraiment quand on n'y croit pas vraiment. A trop douter de l'autre, il finit par renoncer. Mais ce n'était pas l'heure pour ces considérations, elle était au lit avec la femme la plus attirante qu'elle ait jamais rencontrée, la femme dont elle tombait un peu plus amoureuse à chaque seconde et il était temps de le lui prouver un peu plus concrètement.

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Elle caressa la joue de la brune et lui effleura tendrement les lèvres des siennes pour la tirer des bras de Morphée.

- A ton tour, ma reine.

Regina s'étira comme une chatte. Diable, s'émerveilla Emma, comme faisait-elle pour être si naturellement séduisante et désirable à tout moment du jour ou de la nuit ? Même quand elle se montrait absolument insupportable avec elle, elle la voulait, presque même plus encore. La brune rougit légèrement sous le regard dévorant, elle sentit son corps palpiter d'impatience à tout ce qu'il sous-entendait. Son cœur s'accéléra, son souffle se fit court et elle se mordit les lèvres, retenant un gémissement d'impatience, ignorante de la force de l'impact que chacun de ses petits gestes pouvaient avoir sur son amante. Voir ses dents s'enfoncer dans la pulpe de ses lèvres éveilla sur-le-champ en Emma le souvenir de leur empreinte sur sa peau peu de temps auparavant ainsi qu'en témoigna un retour incontestable de l'humidité entre ses cuisses.

- As-tu la moindre idée de l'effet que tu me fais ?

- Vaguement oui, ironisa la brune en laissant son regard s'attarder longuement sur l'entrejambe d'Emma qui sentit une bouffée de chaleur l'envahir. Oh, elle allait lui faire payer très cher son arrogance.

- Attends que je m'occupe de toi, on verra qui suppliera l'autre.

- C'est un défi, Mademoiselle Swan, ou une promesse ?

Emma ne put s'empêcher d'éclater de rire à cette réplique. Même si elle ne se joignit pas à elle, les yeux pétillants de sa compagne lui montrèrent qu'elle partageait sa bonne humeur. Redevenant brusquement sérieuse, la blonde s'approcha d'elle avec une avidité prédatrice.

- C'est une promesse, Regina. Et je tiens toujours mes promesses, acheva-t-elle en s'emparant des lèvres de la brune avant que celle-ci puisse ajouter quoi que ce soit.

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La réponse prête à fuser s'effaça sous la douceur de son baiser. Alors qu'elle s'attendait à être attaquée en règle, Emma lui avait délicatement pris le visage entre les mains, caressant ses joues de ses pouces et ses lèvres des siennes avant d'en solliciter l'accès de la pointe de sa langue. Accès qui lui fut volontiers accordé. A nouveau, là où elle pensait que la blonde allait s'enflammer, elle explora sa bouche avec tendresse, presque avec vénération, comme si elle était un objet précieux qu'elle aurait eu peur d'abimer. Regina sentit une larme perler, elle n'était pas habituée à tant d'égards. La plupart de ses précédents amants satisfaisaient leur plaisir avec son corps sans trop se soucier du sien et encore moins de ses sentiments. La considération d'Emma envers elle l'excitait et la bouleversait à la fois tant elle la rendait apte à abattre ses murailles. Et si cela arrivait alors elle aurait la capacité de la blesser. Mais les sensations que la blonde lui procuraient étaient trop douces pour se laisser aller à des pensées aussi moroses et Regina lâcha prise.

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Inconsciente des réflexions de son amante, Emma avait enfoui son visage dans le creux de son cou et se délectait du chaud parfum épicé de sa peau. Elle avait envie de graver la moindre de ses formes dans sa mémoire avec sa bouche pour seul intermédiaire. Elle descendit le long de l'arrondi d'une épaule vers le creux du coude qu'elle effleura de sa langue avant de poursuivre sur la fine membrane menant au poignet. Elle attrapa la main abandonnée et, se redressant pour mieux plonger les yeux dans ceux de Regina, elle enveloppa chacun de ses doigts l'un après l'autre. Goûtant son essence sur certains, elle les captura ensemble et entreprit un va-et-vient si révélateur que le brune se sentit perdre pied. La sensation lui arracha une plainte qui fit naître un sourire dans l'œil d'Emma. Regina gémit à nouveau, tenir bon menaçait de s'avérer beaucoup plus difficile que prévu. D'autant qu'Emma avait repris son errance, éveillant chaque centimètre carré de sa peau de baisers brûlants. Elle s'attarda longuement sur l'intérieur de ses cuisses, remontant à chaque fois plus près de là où elle la voulait le plus sans jamais y parvenir. Et quand Regina se mit à trembler tant elle n'en pouvait plus, elle les abandonna pour remonter vers ses hanches et son ventre, lui arrachant des frissons à coup de langue et de morsures légères.

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Elle la sentit marquer un temps d'arrêt et, ouvrant difficilement ses yeux clos par le plaisir qu'elle écoutait monter dans tout son corps sous les caresses de la blonde, elle la vit la contempler avec une adoration qui lui tirailla le cœur. Mais la blonde était déjà repartie et le contact de sa bouche sur ses seins à la sensibilité exacerbée par le désir la fit crier. Elle ne parvenait plus à retenir les ondulations de son bassin et chaque effleurement, chaque morsure sur sa poitrine se répercutait directement entre ses jambes. Son esprit n'était plus tendu que vers une chose, l'aboutissement d'une jouissance qu'Emma avait si habilement menée au plus haut mais se refusait apparemment à satisfaire définitivement.

- Emma, je t'en prie… supplia-t-elle sans même en avoir conscience.

La blonde daigna alors porter ses lèvres où Regina les attendait. Quand elle sentit la chaude humidité se refermer sur la partie la plus sensible de son intimité et s'en régaler passionnément, elle enfouit son visage dans l'oreiller pour étouffer ses cris. Elle agrippa les mains d'Emma comme pour qu'une infime part d'elle au moins l'ancre encore à la réalité avant qu'un orgasme comme elle n'en avait jamais connu ne la traverse de toutes parts, le corps tendu à la limite de la rupture, le moindre de ses nerfs en feu. Le temps s'abolit au point qu'elle crut qu'elle n'atteindrait pas l'autre rive en vie. Quand elle retomba enfin, Emma l'accueillit contre elle et elle sombra, vidée et comblée.