Chapitre 13
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Jusqu'à ce que l'aube nous sépare
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Elles s'éveillèrent à l'aube. Malgré la nuit qu'elles venaient de vivre, leur appétit de l'autre ne semblait pas apaisé le moins du monde. Elles auraient volontiers poursuivi leur exploration mutuelle mais Henri se réveillerait bientôt et il n'était pas question qu'il trouve Emma dans le lit de sa mère. Non pas que Regina ait honte d'elle, loin de là, mais on ne faisait pas rentrer ainsi quelqu'un dans la vie de son enfant du jour au lendemain. Et puis, même si elle appréciait de plus en plus la blonde et qu'elle devait bien reconnaître que personne ne l'avait jamais satisfaite autant qu'elle cette nuit, Regina ignorait totalement où les mènerait leur aventure et elle ne voulait pas risquer que son petit prince s'attache à elle plus qu'il ne l'avait déjà fait pour la perdre ensuite et que cela brise son petit cœur. Bien sûr, la crainte que le sien en fasse de même n'entrait pas du tout en ligne de compte dans ces précautions, persifle sa petite voix intérieure. Tant qu'à être sarcastique avec tout le monde, pourquoi s'épargner ?
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Emma se rhabilla nonchalamment, volant par ci par là, au gré de ses pérégrinations pour retrouver ses vêtements, quelque baiser ou caresse à une Regina qui la laissa faire avec plaisir, amusée par son jeu. Et puis, quoiqu'elle ne l'aurait avoué pour rien au monde, une part d'elle était heureuse de constater, même si elle s'en doutait, qu'il ne s'agissait pas juste d'un coup d'un soir pour la blonde. Et la joie lui allait si bien. A la voir ainsi, elle réalisa alors qu'Emma emmenait toujours avec elle une profonde blessure. Parce qu'elle ne l'avait sans doute jamais autant observée que la blonde l'avait fait avec elle, c'est à son absence qu'elle découvrait son existence. Un poids semblait avoir été ôté de ses épaules, elle avait les yeux brillants comme un enfant au pied du sapin, le jour de Noël. De se dire que c'était grâce à elle lui donna chaud au cœur. Elle se découvrait capable de rendre une autre personne qu'Henri heureuse et c'était une sensation assez extraordinaire.
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Une fois prête, Emma resta plantée au pied du lit, tout à coup très hésitante.
- Oui, Emma ? Il y a un problème ? ajouta Regina devant le silence et la gêne apparente de son amante.
- Non, non, tout va bien ! C'est juste que… Enfin, j'aimerais… Si tu es d'accord, bien sûr… bégaya Emma avant de pousser un gros soupir d'irritation et, la mine boudeuse, de s'arrêter.
- Si tu arrivais à articuler pour quoi je devrais être d'accord, cela pourrait s'envisager en effet, répondit la brune un peu moqueuse qui avait fort bien compris où elle voulait en venir.
La peur du rejet fut trop forte et Emma se contenta de grogner.
- Fort bien articulé. Mais pourrais-tu développer quelque peu ? continua la brune, impitoyable.
- Tu es méchante avec moi ! parvint enfin à lancer la blonde.
- Oh ! Dans ce cas, c'est un adieu alors ? J'en suis absolument désolée mais je ne voudrais pas te faire souffrir davantage.
Devant l'air paniqué de sa compagne, Regina éclata de rire.
- Je suis désolée mais on aurait dit un enfant de cinq ans qui voudrait du rab de dessert, je n'ai pas pu résister. Oui, bien sûr, Emma que j'aimerais que l'on se revoit, finit-elle avec tendresse.
- Ouais, ben quand le dessert ressemble à ça, grommela Emma avant de l'embrasser furieusement. Regina répondit avec non moins de ferveur et, sans l'église du village qui sonna sept heures, elles se seraient sûrement laissées emporter à nouveau. Au lieu de quoi, Emma se sauva le plus discrètement possible, avec la promesse de se revoir très vite.
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Pour se revoir, cela ne se révéla pas d'une bien grande difficulté dans un village. Quant à ce qui était de profiter l'une de l'autre, cela fut une autre affaire avec leurs emplois respectifs, Henri et dans un village, justement, où tout le monde connaissait les habitudes de tous et où tout se savait si vite. Bien sûr, il y avait toujours l'Evil Queen le vendredi soir. Rubis fut mise au courant, impossible de faire autrement étant donné qu'elle y retrouvait Camille tous les week-ends, et il s'avéra qu'en effet, quand il s'agissait de ses amies, elle pouvait se montrer d'une discrétion totale. Mais même ces soirées ne pouvaient avoir lieu toutes les semaines, sinon la baby-sitter d'Henri se serait demandé pourquoi la maire se retrouvait subitement avec tant de dîners d'affaires pour une si petite commune. Et l'envie que Regina et Emma avaient l'une de l'autre ne diminuait pas, bien au contraire. Dans un premier temps, la seule solution qu'elles trouvèrent fut de se rejoindre en secret chez la brune à la faveur de la nuit et de se séparer avant l'aube. Autant dire que, vu qu'elles faisaient toute autre chose que dormir durant leurs quelques heures ensemble, le manque de sommeil commença assez rapidement à se faire cruellement sentir.
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Avec leurs responsabilités respectives, impossible de continuer ainsi. Elles décidèrent donc de ralentir le rythme, convenant que, lorsque l'une d'elles ne tenait plus, elle préviendrait l'autre et elles se verraient la nuit venue. Pendant un temps, cela sembla fonctionner mais leur passion moins assouvie qu'auparavant les fit déraper de plus en plus souvent. Une caresse en passant, un clin d'œil en douce, un baiser volé dans l'ombre… C'était comme si leurs propres volontés ne leur appartenaient plus totalement. Elles ne parvenaient pas, aussi fort qu'elles essayent, à s'empêcher de se toucher. C'était très risqué. D'autant que, comblée par les attentions d'Emma, Madame la maire se déridait de plus en plus, au grand étonnement des villageois qui se demandaient quel pouvait bien être le miracle à l'origine d'un tel changement de personnalité. Bien sûr, ils avaient constaté qu'elle se montrait, parfois, particulièrement avenante avec la nouvelle potière mais leurs épiques et violents échanges verbaux n'avaient pas cessés depuis le premier devant Louise. Elle ne pouvait donc certainement pas être cause de cet apaisement, non ? D'autant que Rubis, réputée pour connaître le moindre potin de Fontconte, se faisait une joie de les égarer à leur insu.
