Chapitre 16

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Découverte inévitable

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L'été battait son plein, la saison aussi. Les touristes emplissaient les rues du petit village et les fameux orages entre les deux jeunes femmes se faisaient rares. Elles ne pouvaient risquer de porter préjudice à Fontconte en s'écharpant en public pour ce qui serait apparu comme des futilités. En conséquence, elles ne se retrouvaient plus que la nuit et recommençaient à manquer sérieusement de sommeil. Ce qui devait arriver arriva donc, un samedi matin, après une partie de la nuit passée à danser à l'Evil Queen et l'autre à se donner mutuellement du plaisir, elles ne se réveillèrent pas. Elles n'entendirent même pas la porte s'ouvrir ni ne virent donc un petit visage pointer son nez et constater que sa mère avait de la compagnie et qu'il connaissait fort bien cette compagnie. Henri referma délicatement la porte et descendit se préparer seul un petit-déjeuner. Il s'installa tranquillement devant la télévision et attendit.

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Une heure plus tard, un brouhaha et des voix étouffées parvenant du premier étage lui apprirent que les occupantes de la chambre maternelle étaient réveillées. Il ne bougea pas, il n'y avait qu'un escalier de toute façon, il allait bien falloir qu'elles descendent à un moment ou à un autre. Et, en effet, ce fut le cas quelques minutes plus tard. N'étant pas le fils de Regina pour rien, il attaqua directement :

- Dis, maman, tu peux m'expliquer pourquoi Emma a dormi dans ton lit alors que nous avons une chambre d'ami avec tout le confort nécessaire et que, de toute façon, elle habite à deux pas ?

Pendant que l'interpellée se creusait rapidement la tête pour trouver comment expliquer les choses avec toute la délicatesse voulue à son fils, Emma le regarda estomaquée avant d'éclater de rire. Bon sang, il avait oublié d'être bête, le petit bonhomme, c'était bien le fils de Regina ! Un sourire en coin, elle se retourna vers son amante et attendit, avec un amusement assez peu charitable, de voir ce que celle-ci allait trouver à répondre. En ce qui la concernait, cela ne la dérangeait pas du tout que Henri soit au courant. Elle appréciait énormément le jeune garçon, ils s'entendaient très bien tous les deux et cela faciliterait incontestablement ses rencontres avec sa mère.

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Regina lui jeta un regard fort éloquent, une promesse silencieuse que la blonde payerait sans nul doute sa réaction désinvolte un peu plus tard, puis se baissa pour regarder son petit prince dans les yeux.

- Mon cœur, Emma et moi apprécions beaucoup d'être ensemble et, parfois, quand deux adultes aiment la compagnie l'un de l'autre, ils dorment aussi ensemble.

- Ah ! Comme moi et mes copains pendant les soirées pyjama !

- Hum, non, plutôt comme leurs parents.

- Mais, vous êtes deux femmes ! Tous mes copains ont un papa et une maman.

- Deux femmes peuvent aussi partager leur vie comme un couple, mon petit prince.

- D'accord, acquiesça le jeune garçon, visiblement très peu perturbé par cette annonce. Alors Emma va venir vivre ici ?

Emma s'amusait de plus en plus de la situation. Les enfants étaient vraiment formidables dans leur capacité à mettre les pieds dans le plat en toute innocence.

- Eh bien, je ne sais pas, Henri, cela dépend aussi d'Emma. Elle a sa propre maison.

- Oui, je sais. Mais toi, tu voudrais qu'elle vienne vivre avec nous ? Parce que moi, j'aimerais bien.

Emma gloussa, se retenant de plus en plus difficilement d'éclater de rire à nouveau, et Regina n'y tint plus.

- Puisque vous semblez prendre tant de plaisir au déroulement de cette conversation, Mademoiselle Swan, peut-être voudriez-vous y participer et apporter vous-même une réponse à la question de mon fils ?

Si Regina croyait la mettre en difficulté, elle s'illusionnait gravement. A croire qu'elle n'avait toujours pas compris que ce n'était pas parce qu'elle ne pouvait pas lui résister qu'elle continuerait à se laisser faire sans réagir.

- Mais bien sûr, Madame Mills, avec grand plaisir. Henri, j'adorerais m'installer avec vous. Donc je crois bien que la décision finale appartient à ta mère, asséna-t-elle en se retournant vers cette dernière avec un large sourire mielleux.

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Regina resta figée sur place. Que répondre ? Soit elle refusait et décevait les deux personnes les plus importantes de sa vie, qui la dévisageaient actuellement avec un regard implorant étonnamment identique, soit elle acceptait et prenait un engagement qu'elle avait encore beaucoup de mal à envisager. Jamais elle ne pourrait maintenir Emma à une distance de cœur raisonnable en vivant avec elle ! Ses yeux passaient de l'un à l'autre, cachant péniblement un début de panique, si bien qu'Emma finit par venir à sa rescousse.

- Henri, si cela convient à ta maman, je pourrais peut-être commencer par venir ici un soir ou deux par semaine et on verra comment ça se passe ? Qu'en penses-tu, Regina ?

- Cela me paraît être une bonne idée, oui, souffla-t-elle soulagée.

- Super ! On commence ce soir ? cria Henri sans pouvoir cacher son excitation. C'est samedi ! On peut faire des pizzas et regarder un film ? Allez, maman, dis oui !

- Si cela convient à Mademoiselle Swan aussi, je suis d'accord, Henri.

- C'est ok pour moi, ajouta Emma.

- Ouais, génial !

- On ne dit pas ouais, Henri.

- Oui, maman. Dis, pourquoi tu continues à appeler Emma Mademoiselle Swan alors qu'elle dort avec toi ?

Regina passa au rouge brique et Emma ne se retint pas d'exploser de rire cette fois-ci.