Chapitre 17
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Vie de famille
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C'est ainsi que petit à petit, Emma s'installa chez eux. Un ou deux soirs par semaine se transformèrent rapidement en quatre ou cinq. Au matin, ils prenaient le petit-déjeuner ensemble avant qu'Emma ne rejoigne l'atelier. Henri était ravi car les vacances avaient commencé et Emma était toujours partante pour s'amuser avec lui aux jeux vidéo, partager des repas pas toujours très sains, organiser des soirées télé et des sorties au bord de la Drôme, profiter des soirées sur la place du village avec des amis… Bref, tout ce qu'il adorait et ce pour quoi sa mère s'était longtemps montrée réticente. Mais elle avait beaucoup changé dernièrement. Elle les suivait volontiers dans tout ce qu'ils proposaient, sauf les jeux vidéo, il ne fallait pas exagérer non plus. Il voyait l'opinion des villageois changer à son propos. Désormais, quand ils arrivaient tous les trois sur la grande place, les gens souriaient à sa mère et se mettaient à bavarder avec elle comme avec lui et Emma. Et même si elle avait encore du mal à se montrer aussi ouverte et intéressée qu'eux par les petits soucis des autres, elle faisait des efforts et ça plaisait. Henri était heureux aussi de la voir heureuse. Elle avait beau se chicaner régulièrement avec Emma, lui dire qu'elle était insupportable, se demander à haute voix pourquoi donc elle avait accepté qu'elle vive avec eux, Henri n'était pas dupe. Il voyait bien comment elle regardait la blonde à son insu, comme elle le regardait lui quand il lui disait qu'il l'aimait ou lui faisait un câlin. Et puis, elle s'agaçait moins souvent et se montrait moins stricte, elle avait l'air heureux, vraiment.
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Le jeune garçon n'était pas le seul à affectionner particulièrement leur nouvelle vie. Emma avait l'impression de découvrir enfin la vraie vie de famille et, même si nombre de ses inquiétudes étaient encore bien présentes, elle préférait les ignorer et profiter de ce bonheur jusqu'alors inconnu. Même si son travail restait toujours très important pour elle, elle n'avait parfois qu'une hâte, que la journée se finisse enfin pour pouvoir rejoindre Regina et Henri. Quant à Madame la maire, elle réalisait qu'il n'était pas si déplaisant que cela d'entretenir des rapports cordiaux avec ses administrés et d'être accueillie par des sourires sincères plutôt que par de lourds silences quand elle arrivait quelque part. De plus, comme elle se l'était imaginé le soir où elle avait trouvé Emma endormie sur le canapé, il était en effet très agréable de partager ses soirées, et plus encore ses nuits. Bien sûr, la blonde continuait de l'exaspérer assez souvent au-delà de l'imaginable, y compris dans leur lit, mais cela en valait la peine. Dieu merci, la maison était grande et la chambre d'Henri se trouvait à l'opposé de la sienne, au bout d'un long couloir. Un sourire lascif se forma sur ses lèvres au souvenir de leur dernière nuit, même si, sur l'instant, elle avait absolument voulu l'étrangler.
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La blonde faisait monter son plaisir depuis un certain temps déjà. Or, et ce n'était pas la première fois que Regina s'en faisait la réflexion, elle était douée, très douée, trop. Elle avait clairement pris l'ascendant dans la chambre à coucher et, même si la brune avait tout lieu de s'en réjouir, son amour-propre la chatouillait parfois un peu. Il faudrait voir à rétablir un minimum d'équilibre prochainement, d'autant que cela ne lui déplairait pas d'inverser un peu les rôles et d'avoir Emma à sa merci. En attendant, elle n'en pouvait tellement plus qu'elle murmurait le prénom d'Emma en boucle depuis un temps certain et que cette dernière faisait la sourde oreille.
- Oui, ma reine ? finit par lui demander l'intéressée en daignant s'interrompre quelques secondes pour relever la tête.
- Tu sais très bien, répondit-elle, boudeuse.
- Ah bon ? Peut-être. Mais peut-être que j'ai envie de te l'entendre dire.
Pendant qu'elles parlaient, la blonde impassible avait repris son œuvre et lui mordillait l'intérieur des cuisses, se rapprochant lentement, trop lentement.
- Je t'en prie…
- Tu me pries de quoi ?
- Oh, je vais te tuer ! gémit Regina, exaspérée.
- Ce serait dommage, tu devrais finir seule. Remarque, il faut que j'y réfléchisse, le spectacle pourrait me plaire…
- Prends-moi, bon sang !
- Aïe ! Et la politesse alors ?
- Emma Swan, je te jure que si tu ne finis pas très vite ce que tu as si bien commencé, ta vie va se transformer en enfer dans les prochaines semaines !
- Hum, des menaces, maintenant. C'est une promesse ou un défi ?
- Tu m'insupportes !
- Je ne voudrais pas m'imposer dans ce cas. Laisse-moi juste récupérer quelques affaires…
- S'il-te-plaît, Emma, fais-moi jouir. Satisfaite maintenant ?
- Pas encore totalement mais je compte sur toi, ajouta-t-elle avant de s'enfouir entre ses jambes et d'utiliser sa bouche à meilleur escient.
Il ne fallut que quelques minutes à la brune pour venir intensément. Oh, oui, elle avait parfois, souvent, envie de la massacrer mais la blonde savait hélas très exactement comment réduire son corps et sa volonté en une écœurante boule de guimauve comblée et complaisante.
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Elle fut interrompue dans ses rêveries par Emma et Henri qui rentraient en riant et chahutant du jardin où ils s'étaient entraînés au tir à l'arc.
- Tu pensais à quoi, ma reine ? s'enquit la blonde en se penchant par-dessus le dossier du canapé pour l'embrasser doucement.
Elle ne saurait jamais si c'était leur joyeuse complicité, le souvenir encore frais du plaisir partagé, la quiétude si évidente de ce moment, la tendresse n'attendant rien en retour de la blonde ou sans doute tout cela rassemblé qui lui gonfla tout à coup le cœur d'un amour si puissant qu'il lui coupa le souffle et lui échappa.
- A vous, à toi, je t'aime, déclara-t-elle sans même en avoir conscience, sa mains sur la joue d'Emma et ses yeux dans les siens, sous le rideau de cheveux d'or.
A ces mots, la blonde perdit brusquement l'équilibre, basculant par-dessus le canapé et Regina pour finir fort peu gracieusement à ses pieds. Elle parvint tant bien que mal à se redresser et à s'asseoir par terre devant les regards effarés et un peu inquiets des deux autres.
- Emma, tu vas bien ? s'alarmèrent-ils en chœur.
- Hein, heu, quoi ? Tu as dit quoi ? bafouilla-t-elle en fixant la brune sans oser y croire.
- Est-ce que tu vas bien ?
- Non ! Enfin, oui. Oui, je vais bien. Mais non, pas ça, avant que je tombe !
Regina rougit intensément. Le discours d'Emma était passablement confus mais elle l'avait fort bien comprise.
- Je t'aime, lui redit-elle doucement, sans laisser le temps à ses démons de refaire surface.
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La blonde restait paralysée aux pieds de Regina, à la regarder, des larmes aux yeux. Celle-ci lui avait pris le visage entre les mains et la fixait tout aussi intensément.
- Moi aussi. Moi aussi, je t'aime, parvint enfin à souffler Emma avant d'attirer son visage au sien pour l'embrasser passionnément.
- Bon, je suis vraiment très content pour vous, hein, mais je vais aller voir un peu mes copains là, lança Henri avant de se sauver. Et, réellement, il était ravi. Mais voir sa mère embrasser comme ça son amoureuse, berk quoi, c'était sa mère quand même !
- Tu rentres pour le dîner ! prit le temps de préciser la mère en question avant de retourner à la dite-amoureuse. Cela nous laisse deux bonnes heures, Emma chérie, murmura-t-elle avant de se lever pour se diriger vers l'escalier.
La blonde se releva si précipitamment qu'elle se prit les pieds dans le tapis et faillit basculer à nouveau, par-dessus la table basse cette fois-ci. Regina éclata de rire.
- Pressée de me montrer que vous n'êtes pas aussi maladroite dans certains domaines, Mademoiselle Swan ?
