Chapitre 23
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Réconciliation
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L'intensité des émotions partagées les avaient épuisées, elles ne s'étaient pas endormies mais elles somnolaient légèrement. Le silence était de retour, moins chargé qu'auparavant cependant. Même si les révélations de Regina avaient fortement apaisé les choses en aidant Emma à mieux comprendre la violence de sa réaction dans la soirée du 15 août, tout était encore loin d'être réglé. La blonde avait été elle aussi très profondément blessée ce soir-là et elle devait trouver un moyen de le faire comprendre ou cela resterait à pourrir par en-dessous et détruirait inexorablement tout ce qu'elles pourraient tenter de reconstruire à un moment ou à un autre. Elle soupira profondément, sortant la brune de sa torpeur.
- Je te crois, tu sais, quand tu me dis que tu ne savais pas en t'installant près de chez nous, avoua celle-ci. Je sais qui tu es, tu n'aurais jamais pu agir ainsi, mais ma peur a été trop forte. Je suis désolée.
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Pendant quelques minutes, elle crut qu'Emma ne l'avait pas entendue tant elle resta profondément plongée dans ses pensées. Quand elle finit par lui répondre, ce fut avec un ton lointain, presque dénué d'émotions.
- J'entends ce que tu me dis, Regina, et j'aimerais, je veux, te pardonner mais j'ai du mal. Je ne sais plus si je peux te faire confiance, si je peux y croire à nouveau. Ok, je t'ai menti, et je m'en excuse, mais je t'ai tout avoué. Et toi, tu me jurais que tu m'aimais et que rien ne pourrait changer cela trois secondes avant de me dire que tu me haïssais et de me jeter dehors. Tu crois que tu es la seule à avoir souffert ? Tu arrives à imaginer ce que ça peut représenter avec une enfance comme la mienne d'être rejetée et mise à la porte ? J'avais trois ans quand la première famille qui m'avait accueillie m'a ramenée à l'assistance publique parce qu'elle avait enfin un « vrai » enfant à elle. Et ça n'a jamais cessé ensuite. Je ne sais même pas combien j'en ai eues. Et celui dont je suis tombée amoureuse à seize ans m'a jetée en pâture aux flics et m'a laissé me démerder avec ma grossesse, à supposer même qu'il ait été au courant ou qu'il en ait eu quoi que ce soit à foutre.
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Regina regardait Emma avec une intensité profonde. N'importe qui à sa place aurait été profondément amer mais elle voyait surtout de la tristesse et de la lassitude. Comme si la blonde avait fini par trouver cela presque normal. Non, pas normal, inexorable. Comme s'il était convenu que sa vie ne serait rien d'autre que cela, une déception après l'autre, un abandon sur un abandon. Et elle en avait rajouté un autre. Et pourtant, cette femme extraordinaire était là, devant elle, à y croire encore malgré toute sa vie passée qui lui criait le contraire, à l'aimer encore malgré ce qu'elle lui avait fait.
- Je ne sais pas si tu me pardonneras un jour de t'avoir infligé cette blessure supplémentaire. Je ne sais même pas si je pourrai jamais me pardonner de te l'avoir causée. Mais je vais y mettre tout ce que j'ai de force parce qu'il le faut si on veut avancer et se retrouver. Parce qu'il y a un espoir, Emma. Il y a un espoir parce qu'il n'y a pas la moindre petite parcelle de moi qui ne soit pas amoureuse de cette magnifique et si courageuse jeune femme que j'ai en face de moi. Et que vivre sans toi, ce n'est pas vivre, c'est juste passer chaque seconde de chaque journée à ne pas oublier de respirer pour survivre.
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Il est des moments où les mots sont nécessaires mais, quand tout a été dit, ils deviennent superflus. Une larme unique et silencieuse traçait un chemin sur la joue de la brune. Emma y posa la main et l'essuya d'une caresse fragile avant de faire glisser une mèche de cheveux d'ébène derrière l'oreille, comme ce premier soir, à l'Evil Queen. Regina ferma les yeux sous la douceur du geste et la force du souvenir. Quand leurs lèvres se retrouvèrent, elles tentèrent un instant de conserver cette tendresse parce qu'elles s'étaient meurtries, que les cœurs mettraient sans doute du temps à guérir mais leurs corps s'en moquaient éperdument. Après des semaines de disette complète, ils se manquaient trop pour prolonger les retrouvailles au-delà du supportable. Il serait toujours temps de se redécouvrir avec plus de retenue quand leur faim serait apaisée.
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Sans cesser de s'embrasser plus de quelques secondes, elles se hâtèrent de se déshabiller à tel point que certains de leurs effets ne seraient sans doute plus jamais mettables. Mais elles s'en moquaient, elles n'avaient qu'une envie, sentir à nouveau le corps de l'autre contre le leur. Quand enfin ce fut le cas, seins contre seins, ventre contre ventre, chacune nichée dans le cou et l'odeur de l'autre, elles crurent qu'elles allaient jouir à l'instant sous le déferlement des sensations. L'une attaqua la jugulaire, l'autre une épaule. Regina se mordit les lèvres au sang tandis qu'Emma se délectait de ses seins. Elles se dévoraient des yeux, des mains, des bouches. Elles se sucèrent les doigts, se griffèrent le dos, s'embrassèrent le ventre, se mordillèrent les cuisses. Elles marquèrent férocement de leurs empreintes la peau de l'autre partout où elles passaient. Elles finirent enfouies chacune dans l'intimité de l'autre, à s'abreuver enfin de leur douceur, de leur parfum, de leur goût unique. Leurs langues léchaient sans fin, leur dents mordillaient à plaisir, elles sentaient monter en elles cette brûlure à nulle autre pareille. Elles se pénétrèrent ensemble et vinrent en un cri unique, le corps ravagé et l'âme bouleversée d'être à nouveau unies.
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Apaisées mais non rassasiées, elles profitèrent de leurs corps jusqu'à l'aube, comme si elles avaient pu rattraper en une nuit toutes celles solitaires qui avaient précédé. Finalement, épuisées et tellement à fleur de peau qu'elles pouvaient à peine s'effleurer, elles s'endormirent étroitement enlacées, de peur peut-être que l'autre ne disparaisse telle un rêve à la lumière du jour. C'est ainsi que Rubis les aperçut quand elle vint les délivrer, accompagnée d'Henri. Heureusement, prévoyant, espérant une conclusion de la sorte, elle lui avait signifié d'attendre dehors. Elle ressortit donc rapidement, sans un bruit, et, tout en rassurant le jeune garçon, lui proposa de le raccompagner chez lui pour y attendre tranquillement le retour des deux femmes. Les yeux brillant d'excitation que son plan ait réussi, il accepta avec joie et les deux complices redescendirent vers le village, bras dessus bras dessous, ne pouvant s'empêcher d'éclater continuellement de rire.
