Chapitre 24
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De retour
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Quand elles arrivèrent au mas, Henri fut puni pour un mois. Il devait rentrer directement après l'école, plus de soirées avec les copains, plus de télé, plus de jeux vidéo. Il aurait dû en perdre son sourire mais il s'en fichait éperdument, de les voir à nouveau ensemble valait bien toutes les sanctions imaginables. Son allégresse inextinguible attendrit beaucoup les deux femmes, mais pas au point de lâcher du lest. Il leur avait causé une peur de tous les diables, il devait comprendre la leçon. Emma ne se réinstallerait pas avec eux, pas dans l'immédiat du moins. Elles s'étaient causé beaucoup de souffrances l'une l'autre et ça n'allait pas se soigner en quelques heures de conversation à cœur ouvert, même si c'était un bon début. Après de telles blessures, on y va en douceur, on se réapprivoise. D'autant qu'il restait un écueil de taille à affronter, il allait falloir parler à Henri. Il était directement concerné et il était hors de question de lui taire un tel secret. Regina ne lui avait jamais caché qu'il était adopté, ce qui était une épine de moins dans le pied, mais de là à se retrouver tout à coup face à face avec sa mère biologique alors qu'il la connaissait déjà depuis des mois sans savoir qu'elle l'était ne serait pas forcément évident à gérer.
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Bien évidemment, elles n'étaient pas d'accord sur la façon d'aborder la chose. Après une bonne semaine à tergiverser entre deux portes, elles s'installèrent dans le salon pour prendre enfin une décision.
- Mais enfin, Regina, tu es sa mère. C'est normal que ce soit toi qui lui parles de ça. Et puis, je vis à deux pas, je peux être là dans la minute si besoin.
- Tu es sa mère aussi.
- Tu sais très bien que non, je l'ai juste porté neuf mois, ça ne fait pas de moi une mère !
- Tu l'as aimé. Non, ne me dis pas le contraire, je le sais, je l'ai vu quand tu m'en as parlé. Tu ne l'as pas abandonné parce que tu n'en voulais pas mais parce que tu n'as pas eu le choix. Ose me dire que tu n'y as pas repensé tous les jours depuis !
- Non, je ne te le dirai pas, en effet mais je ne regrette pas, je suis heureuse de l'avoir fait, parce qu'il a eu exactement ce que je voulais pour lui. Il a eu la mère la plus merveilleuse dont on puisse rêver, une belle maison, dans un village où tout le monde le connaît et se soucie de lui et de son bien-être. Il a pu grandir en paix et en sécurité pour devenir le petit garçon extraordinaire qu'il est aujourd'hui. Et ça, il ne l'aurait pas eu avec moi…
- Je n'en suis pas si sûre, Emma chérie, je crois que tu ferais une maman formidable.
- Aujourd'hui, peut-être, mais pas quand j'avais dix-sept ans, sans le sou, quasi dans la rue et avec un casier.
- L'important, c'est ce que tu es maintenant. Et je crois que ce serait important pour Henri que tu sois là aussi. Tu vas faire partie de sa vie de toute façon, parce que je n'ai pas l'intention de te laisser jamais repartir, acheva Regina dans un souffle avant de l'embrasser tendrement.
- Vile séductrice, rit Emma. Tu es prête à tout pour obtenir ce que tu veux, hein ?
- Et ça marche ? demanda la brune, espiègle.
- Complétement, avoua la blonde en l'embrassant à son tour. Ok, je serai là. Tu veux lui dire quand ?
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A ce moment-là, un raclement de gorge se fit entendre. Les deux femmes se retournèrent d'un seul mouvement, paniquées. Henri était là, à les regarder toutes les deux, avec l'air à la fois coupable et perdu.
- Henri, mon cœur ! s'écria Regina. Tu es là depuis longtemps ?
- Un peu, oui, maman. Désolé de vous avoir espionnées Mais comme vous parliez un peu fort, j'avais peur que vous soyez en train de vous disputer et après j'ai entendu de quoi vous parliez et… et…
Le petit garçon ne put achever et éclata en pleurs. Regina se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras. Emma esquissa le même mouvement mais se rassit dans le canapé, incertaine de ce qu'elle devait faire. Pourtant, par-dessus l'épaule de sa mère qui le consolait, c'est à elle qu'il s'adressa entre deux sanglots.
- C'est vrai ? Tu m'aimais ? Tu ne voulais pas me laisser ? Et maman est merveilleuse ? Et moi extraordinaire ? Tu vas revenir vivre avec nous, dis ? S'il-te-plait ? supplia-t-il.
Le cœur d'Emma fondit. Elle se précipita pour les serrer aussi fort qu'elle put tous les deux et se retint de ne pas fondre en larmes à son tour.
- Oui, oui, oui, oui, oui, oui ! Oui à tout Henri !
- Alors, j'ai deux mamans, maintenant ?
- Oui, mon amour, acquiesça Regina, en décoinçant l'un de ses bras pour enlacer Emma, tu as deux mamans.
Et le regard qu'elles échangèrent par-dessus la tête de leur fils en dit plus que dix-mille « Je t'aime. »
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Il y eut une conversation longue et importante ce soir-là durant le dîner car Henri avait encore beaucoup de questions et besoin d'être rassuré mais, quand il leur demanda à toutes les deux de venir le border à l'heure du coucher et leur souhaita « Bonne nuit, les mamans. » avant de s'endormir, les deux jeunes femmes sentirent que tout irait bien désormais. Une fois la porte d'Henri refermée, Emma fit mine de vouloir rentrer chez elle.
- Où croyez-vous aller, Mademoiselle Swan ? protesta Regina, altière mais un sourire au coin des lèvres.
- Heu, je rentre chez moi ? osa Emma
- Je te l'interdis. Je croyais que tu avais compris, tu ne repars plus, jamais.
- Ah, je suis votre prisonnière donc, votre majesté ? s'amusa la blonde.
- Oh oui. Et tu sais ce que je compte faire à une prisonnière aussi désirable que toi ? susurra la brune enjôleuse en s'avançant vers elle.
- M'aimer ? couina presque sa compagne.
Regina éclata de rire pour le plus grand bonheur d'Emma aux anges de la voir à nouveau heureuse et toujours aussi incomparablement belle quand elle riait.
- Oui, ça aussi. Mais d'abord, je vais te torturer jusqu'à ce que tu ne puisses plus bouger un doigt de pied pour tenter de sortir d'ici, la menaça-t-elle si suavement en lui frôlant les lèvres que la blonde crut que ses jambes allaient la lâcher et gémit distinctement.
