Chapitre 25 : Tu vas me détruire
A Pré-au-Lard, inconscient de la situation dans laquelle se trouvait Elda, Malefoy marchait d'un pas rapide jusqu'au abord de la Cabane Hurlante, un lieu désert, surtout en ce jour de saint- Valentin. Il s'assit sur un rocher qu'il débarrassa de son épaisse couche de neige pour attendre.
Cette attente ne fut pas longue, et rapidement quelqu'un arriva dans sa direction.
_ Eh bien Potter, j'ai cru que tu n'arriverais jamais !
_ Désolé… Hermione voulait me… parler de quelque chose, et Elda ne veut pas que je t'en parle pour encore une des ces ''choses que je sais mais je n'en dirais pas plus''. Et elle a dit un truc sur un maudit scarabée qu'elle aurait traumatisé et n'osant plus écrire n'importe quoi sous peine de mourir noyé et carbonisé… Enfin, je crois.
_ Je vois très bien le genre. Mais je ne vais pas te pardonner aussi facilement. Saint-Potter doit apprendre qu'il ne lui suffit pas de demander pardon pour que l'absolution lui soit donnée !
_ Ferme-la, Malefoy…
Il souriait pourtant d'un air joyeux. Harry rejoignit Malefoy sur son rocher et l'embrassa doucement.
_ Pardon de mon retard. C'est mieux comme ça ?
_ Continues sur ta lancée et je devrais finir par te pardonner.
Le jeune homme blond embrassa à nouveau le brun, longuement, passionnément, fougueusement, alors que la neige se mettait à tomber à gros flocons tout autour d'eux. Ils avaient l'impression d'être seuls au monde, dans ce recoin perdu à l'abri des regards.
_oOo_
A Poudlard, dans son bureau, Rogue faisait les cent pas. Il n'arrivait pas à se calmer, et s'il s'arrêtait de marcher, il repensait à ce qu'il avait fait. Après un tel geste, Elda ne voudrait sans aucun doute plus jamais le voir… et il détestait cette idée.
C'était pourtant la meilleure chose à faire. Qu'est-ce qu'il s'imaginait au juste, en recherchant à ce point la présence d'Elda, la chaleur de son sourire et la fausseté de sa voix lorsqu'elle chantait ? Tout, il aimait tout chez Elda. L'indifférence qu'elle portait à son apparence et qui la rendait plus belle que toutes les autres passant des heures à s'apprêter ; la force de ses réparties animant la moindre de ses convictions. Il aimait les discussions interminables qu'ils pouvaient avoir sur n'importe quel sujet autant que les silences concentrés dans lesquels ils se plongeaient quand ils travaillaient.
Rogue regarda son reflet dans la vitre d'une armoire et serra les dents.
Il n'était qu'un pauvre fou, un idiot tombé amoureux d'une jolie fille ayant eut la bonté de lui sourire… Pourquoi avait-il fallut que ce soit d'Elda ? Comment cela se faisait-il qu'en sa compagnie, il avait l'impression de redevenir un jeune homme ? C'était pourtant sans espoir. Il était professeur, elle était son élève, d'environ 20 ans sa cadette…
Mais d'un point de vue purement psychologique, elle avait bien plus que 15 ans, alors était-ce vraiment mal de l'aimer ?
_ Quelle question, bien sûr que ça l'est…
Projetant son poing dans la vitre, il pulvérisa son propre reflet. Il l'avait toujours détesté, et aujourd'hui plus que jamais. Elda était si belle à ses yeux, pourquoi voudrait-elle s'encombrer d'un corps vieillissant comme le sien, d'un homme laid, incapable de sourire, au nez trop gros, trop crochu, au visage trop cireux, aux cheveux trop gras ?
Il se laissa glisser sur le sol, les éclats de verres s'enfonçant dans ses paumes.
Depuis longtemps, il se croyait devenu insensible à tout, et un beau jour une jeune fille s'était retrouvé devant lui et l'avait défié avec un sourire qui l'avait condamné pour le reste de sa vie. Elle mettait au défi son esprit, son cœur et son corps, qu'il le veuille ou non.
Parce que oui, il la désirait. Il se croyait de glace, mais réalisait que c'était loin d'être le cas !
Tout était à la fois totalement confus et parfaitement clair dans son esprit. Ses certitudes étaient devenues doutes, et ses interrogations des réponses limpides.
Elda allait le détruire, l'anéantir. Elle avait utilisé un sort qui l'avait ramené à la vie, avait fait à nouveau battre son cœur et fait couler le sang dans ses veines, une magie qui n'avait rien à voir avec la sorcellerie qu'il connaissait. Et ça faisait mal. Tellement mal.
Oui, son amour le détruirait, et il ne chercherait même pas à se battre.
_oOo_
Elda retrouva Malefoy le soir venu dans leur Salle Commune. Il paraissait très heureux de sa journée, mais remarqua la mine tourmentée de son amie. Elle marmonnait seule et il se contenta de s'asseoir à côté d'elle. Si elle avait besoin de son épaule, il la lui prêterait, mais sinon, il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle était du genre à traiter ses problèmes seules.
Elle le retint pourtant par la manche quand, tombant de fatigue, il voulut se lever pour partir. Il se rassit donc et attendit que la salle se vide totalement des derniers retardataires. Même Pansy Parkinson, ne désespérant visiblement pas de lui mettre le grappin dessus finit par abandonner et monter se coucher.
Elda poussa alors un profond soupir.
_ Si un homme t'embrasse et s'enfuit en courant juste après, tu le prendrais comment ?
_ Il t'a embrassée ?!
_ A peine.
_ Et il s'est tiré ?
_ Oui.
_ Mais quel idiot !
La jeune fille sourit. Elle n'avait pas besoin d'entrer dans les détails pour que son meilleur ami la comprenne. Et il paraissait être scandalisé.
_ Tu sais, je comprends un peu pourquoi il a réagit comme ça… Mais tout de même, même pas un mot d'explication !
_ Tu veux que j'aille lui secouer les puces ?
_ Non… pas cette fois. S'il recommence, tu auras le droit !
Malefoy hocha la tête et passa son bras autour des épaules de son amie. Elle appuya sa tête contre son épaule et regarda les flammes danser dans la cheminée.
_ Drago… Je t'ai déjà dit que j'étais amoureuse du professeur Rogue ?
_ Non, jamais de façon claire.
Elle sourit doucement et ferma les yeux.
_oOo_
Le lendemain soir, Elda attendit Rogue comme chaque jour pour son cours particulier. Il parut complètement effaré de la trouver là, à touiller son chaudron comme si de rien n'était.
_ Vous êtes en retard, professeur Rogue.
_ C'est que… Je ne pensais pas que vous reviendriez.
_ Ah ? Et pourquoi ? Parce que vous m'avez embrassée hier ? La belle affaire ! Vous n'êtes pas le premier homme à embrasser une femme, que je sache.
Elle laissa sa potion reposer et s'approcha de son professeur, le fixant de ses yeux clairs avec attention.
_ Certes… Mais ce geste envers vous était plus que déplacé et…
Elda leva les yeux au ciel et croisa les bras.
_ Si je l'avais jugé déplacé, ça fait belle lurette que Dumbledore serait au courant. Je ne suis pas l'une de ses grandes féministes du XXIème siècle s'imaginant qu'un homme les regardant simplement passer dans la rue est un détraqué sexuel en puissance ! Vous m'avez embrassée, c'est un fait, mais franchement, je ne vois pas pourquoi en faire une maladie. Vous n'avez pas eut la moindre main baladeuse, et vous n'avez même pas mit la langue, alors franchement…
Il parut plus estomaqué encore, et le sourire en coin d'Elda n'arrangea rien.
_ On peut se remettre à travaille, maintenant ? Je coince sur ma nouvelle potion, une création originale, et j'hésite entre les orties urticantes et les orties blanches…
_ C'est… Eh bien…
_ Oh pitié, c'est moi qui devrait rougir… si j'étais une potiche issue d'un manga pour fille !
Elle revint vers lui, se hissa sur la pointe des pieds en l'agrippant par le col de sa robe de sorcier et l'embrassa vivement sur les lèvres.
_ Voilà ! Vous m'avez embrassée, je vous ai embrassé, on est quitte. Vous êtes un détraqué, et moi aussi. On peut travailler, maintenant ?
Ne trouvant rien à répondre, il se contenta de hocher la tête. Elda allait le rendre complètement fou. Il la regarda retourner vers son chaudron et ses notes, les consultants en fredonnant.
_ Mais méfiez-vous de la femme-enfant,
Méfiez-vous de ses quatorze ans…
À cause d'elle,
On m'appelle criminel
Criminel,
Ma cause est sans appel…
Avec le sentiment qu'elle n'avait pas choisi cette chanson n'existant pas encore au hasard et qu'elle se moquait gentiment de lui, il se répéta qu'elle le rendait fou, le détruirait sans doute, mais que c'était désormais une certitude, il ne ferait rien pour l'éloigner de lui. Pas si elle voulait rester à ses côtés.
_oOo_
Ce ne fut qu'une semaine plus tard, un lundi matin, que le Chicaneur fut publié. Luna s'était arrangée pour que leur petit groupe d'amis ait chacun un exemplaire gratuit, et Elda en était enchantée.
Un goodies de plus !
Elle avala rapidement son bacon, ses yeux brouillés et son chocolat chaud, le sucré-salé ne l'ayant jamais dérangée, et ouvrit en grand son magazine en s'assurant qu'il était bien visible.
_ Drago, écoute ça ! ''Harry Potter parle enfin : La vérité sur Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et le récit de la nuit où je l'ai vu revenir''… passionnant, n'est-ce pas ? Ah… Je crois qu'il va mentionner ton père, c'est du moins comme ça que ça doit se passer… Ah tiens, non. Il a fait l'impasse.
_ Vraiment ?
Elda lut l'article avec attention, en souriant joyeusement, y prenant visiblement un plaisir évident. A la table des Gryffondor, de nombreux hiboux apportaient des lettres de soutiens à Harry. Cette agitation soudaine attira Ombrage qui, après avoir lut le magazine en devenant écarlate de rage, décida de punir Harry qui avait eut la mauvaise idée de lui dire crânement avoir donné l'interview durant la sortie à Pré-au-Lard.
Ce garçon est un cas désespéré…
_ Potter fait parfois preuve d'une bêtise affligeante… Pourquoi ne pas lui parler de l'A.D. pendant qu'il y est ?
Elda se mit à rire. Comme elle le savait déjà, le jeune homme brun écopa d'une interdiction de visite à Pré-au-Lard, de cinquante points de moins et d'une nouvelle semaine de retenue pour lui rappeler qu'il ne devait pas dire de mensonge.
Comme si le message n'était pas déjà assez incrusté dans sa main…
Ce qui différa en revanche, fut également son exclusion à effet immédiat de l'équipe de Quidditch. Elda fronça les sourcils, soucieuse.
Fais attention, tu lui as évité l'exclusion lors du match, mais on dirait que l'histoire trouvera toujours un moyen de reprendre son déroulement normal.
La jeune fille jeta un regard en direction de Malefoy. Si l'histoire cherchait à retrouver son cours normal, alors elle allait devoir veiller à ce que certaine choses restent telles qu'elles étaient. Elle avait eut peur en découvrant la relation entre ses deux amis, mais était bien décidée maintenant à tout faire pour la protéger.
Sale girouette.
Ignorant superbement sa conscience, la jeune fille recommença à manger.
Dès le milieu de la matinée, Ombrage promulgua un nouveau décret, le numéro 27, interdisant à quiconque de lire le Chicaneur, et d'en posséder un sous peine d'être renvoyé de l'école.
Elle n'aurait pas put faire de pire erreur, car dans une école de sorcellerie, on trouvait toujours quelques élèves plus brillant que les autres pour ensorceler les magazines interdit et en faire un véritable trafic au nez et à la barbe de la Grande Inquisitrice. En moins d'une semaine, tout Poudlard chuchotait dans le dos d'Ombrage le nom de Harry Potter, et les regards jetés au jeune homme était bien plus amicaux que depuis le début de l'année.
_oOo_
Début mars, Elda entra un soir dans son cachot habituel en chantonnant faussement. Rogue l'attendait déjà, scrutant la surface du chaudron où mijotait la dernière potion originale de sa brillante élève.
_ Cette potion me parait étrange… Elle est beaucoup trop liquide pour être de l'Aconit.
_ Ce n'est pas de l'Aconit, c'est pour ça… Je fais des tests, mais pour l'instant rien de probant. Quand tout sera terminé, je vous raconterais !
_ Pas avant ?
_ Vous dénigrez suffisamment les Moldus pour que je prenne le risque de vous voir me rire au nez de m'être inspirée d'eux pour cette potion. Quand elle sera finie, vous ne pourrez rien dire !
Il se contenta de lever les yeux au ciel.
_ Au fait, comment avance les cours d'Occlumancie avec Harry ? Sa version des faits est : ''une horreur, c'est épouvantable, Elda, je ne sais pas comment tu fais pour passer tes soirées dans la même pièce que lui''.
_ Ma version des faits ne diffère pas vraiment. Potter est nul.
_ Vous êtes objectif ?
_ Oui.
_ Au moins Drago s'en sort-il un peu mieux… Il a presque réussi à me repousser, l'autre jour ! J'aurais préféré qu'il y arrive, cela dit. Le voir jouer à frotti-frotta, ce n'était pas vraiment mon fantasme…
Elda secoua la tête pour chasser cette vision et se repencha sur ses préparations.
_oOo_
Le lundi soir suivant, toute l'école sursauta dans un même ensemble lorsque le hurlement désespéré d'une femme résonna dans les couloirs. Elda releva le nez de son devoir de potions, dont les parchemins atteignaient désormais le mètre cinquante. Contrairement aux autres élèves présents à la bibliothèque, elle prit son temps pour ranger ses affaires avant de rejoindre le hall principal. Sans aucune surprise, elle découvrit Trelawney, totalement ivre, en proie à une véritable crise de folie. Face à elle, Ombrage souriait d'un air narquois.
Elda se faufila entre les élèves et finit par retrouver Rogue, qui observait la scène avec un froid détachement. Voir Ombrage renvoyer Trelawney ne semblait pas beaucoup l'émouvoir. La professeur de divination pleurait de grosses larmes, ses deux malles sur le sol. Poudlard était sa maison depuis seize ans, elle ne pouvait pas en être chassée ainsi !
_ Dumbledore ne laissera pas faire ça, elle est trop importante pour risquer de tomber entre les mains de Voldemort.
_ Voici donc encore une chose que vous savez… Je ne devrais plus m'en étonner, pourtant.
Elda sourit en plissant les yeux et ne fut aucunement surprise lorsque les portes donnant sur le parc s'ouvrirent, laissant place à Dumbledore en personne. Rappelant à Ombrage qu'il était le directeur de l'école et que si, en tant que Grande Inquisitrice, elle pouvait renvoyer ses enseignants, elle ne pouvait pas les exclure du château. L'expression d'Ombrage la fit plus que jamais ressembler à un crapaud constipé. Son visage fut plus effaré encore lorsqu'un centaure à la robe alezane et au torse d'un séduisant homme blond aux yeux bleus arriva, le son de ses sabots résonnant sur les dalles de pierres. Dumbledore paraissait particulièrement joyeux en regardant le nouveau venu.
_ Voici Firenze, qui sera parfait pour remplacer le professeur Trelawnay. Je pense que vous le trouverez qualifié pour ce poste !
_oOo_
L'arrivée de Firenze fit sensation, surtout parmi la gent féminine, et son visage d'adonis blond n'était pas étranger au subit intérêt que manifestèrent les étudiantes pour la divination. Même Elda devait bien admettre se trouver étrangement fascinée par cette matière ne l'ayant pourtant jamais passionnée. Firenze était quelqu'un de très intéressant à écouter parler, et il répondait toujours avec bienveillance et pédagogie aux questions qui lui étaient soumises, même celles le concernant personnellement.
Le mois de mars fila ainsi à toute vitesse, Rusard continuant de hanter les couloirs et Ombrage les cours, toussotant avec méprit quand quelque chose lui déplaisait et promulguant un nouveau décret dans la foulée. Il n'y avait que dans les cours de Rogue que les élèves étaient certains de ne pas la croiser.
Harry, désormais privé de Quidditch et son poste d'attrapeur confié à Ginny, ne pouvait plus que se consacrer entièrement à l'A.D., le petit groupe ayant commencé l'étude des Patronus. Elda avait enfin put réussir un sortilège, sa chouette effraie argent-bleuté volant allègrement autour de la Salle sur Demande. Elle refusa de leur dire quel était son souvenir heureux, mais Malefoy était certain que cela concernait Rogue. Malefoy, contrairement à l'histoire qu'Elda connaissait, parvint lui aussi à créer un Patronus, une fouine qui provoqua l'hilarité de sa meilleure amie. A sa demande, le jeune homme blond continua avec plus d'assiduité à s'attirer la sympathie d'Ombrage, et finit enfin par comprendre pourquoi depuis le début du mois d'avril, elle insistait pour qu'il suive la Grande Inquisitrice et joue au parfait petit Sang-Pur adepte de la dénonciation de ses camarades.
L'A.D. presque au grand complet était en train de s'entrainer lorsqu'un Patronus jaillit d'un mur, prenant la forme d'une fouine. La voix qui s'en éleva fut immédiatement reconnue comme celle de Malefoy.
_ Ombrage sait. Elle arrive. Filez !
Elda inclina la tête d'un air entendu et sourit. Elle avait fait en sorte que Dobby reste étranger à cette histoire, refusant tout net de le voir s'infliger de nouvelle blessure pour avoir désobéit à Ombrage, raison pour laquelle elle avait chargé son meilleur ami de la mission ''surveillance du maudit crapaud rose''. Le sourire qu'elle esquissa indiqua sans peine à Harry qu'elle savait ce qui allait se produire, que c'était même la raison pour laquelle elle avait tenu à ce que le nom de Drago Malefoy n'apparaisse nulle part dans cette histoire d'A.D.
La fouine argent-bleuté s'évapora dans un silence glacé.
