Chapitre 29 : … en retour, donne-moi la chance d'être mieux
Elda s'emmitoufla dans la lourde cape noire de Rogue et se roula en boule sur le vieux canapé de Square Grimmaurd. Transplaner dans son état était bien trop risqué. Elle grelottait de froid et était pourtant bouillante de fièvre, et son corps lui faisait mal partout, comme si elle avait courut pendant des jours et des jours un véritable marathon.
_ Tu es sûre que ça va, Elda ?
_ Effets secondaires du vaccin, ce n'est pas la mer à boire… C'est même plutôt bon signe, c'est la preuve que mon organisme réagi… Avec un peu de chance je vais éviter de rejoindre le clan des loups-garous ! Bon sang, il fait tellement froid…
Rogue la regarda avec inquiétude et posa sa main sur son front, espérant qu'il serait moins chaud que la dernière fois qu'il l'avait touché, moins d'une minute plus tôt.
_ Ça ira, Severus… D'ici à demain, je serais remise sur pied… Elle sent bon la potion, cette cape…
Elda sourit doucement, les yeux mi-clos et observa son professeur veillant sur elle depuis des heures, supportant même la présence de Sirius pour cela. Elle se cramponna à sa main et se blottie d'avantage sous sa cape noire avant de plonger dans un sommeil profond.
_oOo_
A Poudlard, Harry se réveilla en sursaut dans la Salle sur Demande et sourit en découvrant Malefoy allongé à ses côtés, visiblement très content de lui. Cette attitude vaniteuse qui l'avait tant agacé, il découvrait qu'il l'adorait. Les vantardises du sang-Pur, ses sarcasmes, son égo particulièrement démesuré, il aimait tout ça, chez lui. Après tout, c'était là ce qui faisait de lui ce qu'il était ! A ses yeux, et malgré certains aspects discutables de sa personnalité, Malefoy était parfait.
_ Je trouve que je m'en suis particulièrement bien tiré, n'est-ce pas Potter ?
Harry l'observa, les yeux plissés par l'amusement.
_ Je ne me souviens pas vraiment… Il va falloir que tu me remontres, on dirait !
_ Voyez-vous ça…
Malefoy l'agrippa par le bras et le plaqua contre le matelas. Bénie soit cette salle faisant apparaitre tout ce dont on avait besoin ! Comme une chambre avec un lit, par exemple… Il sourit en embrassant le jeune homme brun, profondément, passionnément, s'amusant de l'impudence de ses mains glissant sur son corps, jusqu'en des endroits où il serait le seul à avoir le droit d'aller…
_ Tu fais ressortir ce qu'il y a de mieux en moi, Potter… quand je suis avec toi, je n'ai d'autre choix que de donner le meilleur de moi-même, et j'aime ça.
_ Oui, j'ai la même impression…
_oOo_
Lorsqu'Elda revint à Poudlard, elle ne gardait de son attaque de loup-garou qu'un bras en écharpe, et ne se privait pas de se moquer de Malefoy. Lui qui en avait fait des tonnes lorsqu'il s'était fait griffer le bras par Buck l'Hippogriffe se trouvait bien gêné de voir son amie se débrouiller sans aide alors qu'un loup-garou enragé avait manqué de lui arracher le bras, laissant une profonde marque de morsure. Quant à savoir si son Ingrid allait fonctionner, il n'y avait plus qu'à attendre la prochaine pleine lune et voir si elle se mettait à trucider chaque personne dans un périmètre de plusieurs kilomètres. Elle n'aurait pas lieu avant le début des vacances d'été, qu'Elda comptait bien passer à nouveau chez Rogue, et Dumbledore semblait être particulièrement du même avis.
J'aime ce vieux sorcier !
Cela dit, il n'avait visiblement rien comprit lorsqu'Elda lui suggéra de ne pas se prendre pour le nouveau Seigneur des Anneaux.
Aucune culture ces sorciers, Tolkien est pourtant mondialement connu !
Les quelques jours que les élèves passèrent à Poudlard furent bien moins sombres que ce qu'Elda avait lu. Sirius toujours en vie, Harry n'avait aucune raison de broyer du noir. Au contraire, il paraissait même être particulièrement sur son petit nuage, et avait une étrange manie de disparaitre pendant des heures coïncidant étrangement avec celles où disparaissait Malefoy. Dumbledore mit au courant le jeune homme brun de la prophétie faisant de lui celui destiné à vaincre Voldemort, mais Elda lui assura avec un sourire joyeux que tout irait bien et il décida de lui faire confiance. Cette fois, la leçon était apprise, il ne mettrait plus jamais en doute la parole de son amie aimant citer un livre n'existant pas encore et dire que les prophéties ne s'accomplissaient que si quelqu'un avait le courage de les réaliser. Elle employa plutôt pour cette dernière partie les mots stupidité d'y croire.
Il faisait un soleil radieux le dernier jour de l'année, et le jeune homme embarqua dans le Poudlard Express avec un pincement au cœur à l'idée de quitter le vieux château pour retourner chez les Dursley. Elda les accompagna, lui, Ron, Hermione, Ginny, Neville, Luna et Malefoy jusqu'à la gare de Pré-au-lard et agita sa main jusqu'à ce que le train soit hors de vue.
_ Prête ?
Elle se tourna vers Rogue et lui sourit joyeusement en prenant son bras.
_ Tu as conscience n'est-ce pas que je n'ai pas l'intention de laisser plus en suspend cette charmante conversation que nous avons eut dans l'infirmerie avant mon départ pour le Ministère ?
Il afficha une drôle d'expression indiquant clairement qu'il aurait préféré ne jamais revenir dessus. Mais ça aurait été mal connaitre Elda ! Il pouvait même s'estimer heureux qu'elle est attendu la fin de l'année.
_ Ça se passera bien, Severus, je ne suis pas un monstre… Enfin pour l'instant !
_ Même si tu t'avérais être un loup-garou, ça ne ferait pas de toi un monstre pour autant.
_ Je croyais que tu détestais les loups-garous !
_ Il faut bien des exceptions à la règle… S'il le faut, ce sera avec plaisir que je passerais le reste de ma vie à te fabriquer de l'Aconit, si tant est que tu ais besoin d'aide pour fabriquer une potion.
Elda sourit joyeusement et ce fut cette image éblouissante qu'il emporta en transplanant jusqu'à chez lui avec la jeune fille.
_oOo_
Elda retrouva avec un plaisir évident la vieille maison de Rogue, dont elle entreprit immédiatement de faire le tour pour ouvrir toutes les fenêtres afin d'aérer et laisser entrer de l'air frais et chasser la poussière en chantant à tue-tête comme à son habitude.
_ If you change your mind
I'm the first in line
Honey, I'm still free
Take a chance on me
_ Tu ne pouvais vraiment pas choisir autre chose, comme chanson ?
Elda se tourna vers Rogue avec un sourire fourbe lui indiquant que c'était exactement ce qu'elle attendait. Elle abandonna la fenêtre qu'elle s'évertuait à ouvrir et s'assit sur la première table venue, jambes croisées.
_ Puisque tu sembles avoir soudainement envie de parler, Severus, discutons. Alors…
_ Je sais de quoi tu veux parler. Et je voudrais que tu m'écoutes avant de dire quoi que ce soit. Pour une fois… s'il-te-plait ?
_ Oh je sens que je ne vais pas aimer. Je t'écoute.
_ Bon… Je ne vais pas revenir sur… ce que je t'ai dit dans l'infirmerie, de toute façon tu ne me laisserais pas faire. Mais je tiens à ce que les choses ne changent pas. Je suis ton professeur, rien de plus, et ça le restera.
_ L'un n'empêche pas l'autre…
_ Si, justement. Je suis beaucoup trop vieux pour toi. Je pourrais être ton père !
_ Avoir un enfant à 20 ans, quelle tristesse ! Tu aurais gâché ta jeunesse si ça avait été le cas… Mais même si tu pourrais, tu ne l'es pas, donc cet argument est caduque.
_ Ça n'empêche pas que j'ai 20 ans de plus que toi.
_ Dramatique… Plus sérieusement, Severus, tu crois vraiment que ton âge est un obstacle pour moi ? Je veux dire, je serais comme toutes tes élèves débiles ne pensant qu'à assortir la couleur de leurs ongles à leur paire de chaussures, ça serait effectivement un argument. Si je suis tombé amoureuse de toi, c'est pour le plomb que tu as dans la tête, ton esprit vif qui trouve toujours un moyen de s'opposer au mien. Tu me challenges, me permet d'avoir des discussions et des débats autrement plus enrichissant que ''oh mon Dieu ! Tu as vu comme cette coiffure me va bien ?'' Si je voulais un type de mon âge, j'aurais eut l'embarra du choix, mais par les dieux, je m'emmerderais à cent sous de l'heure avec ! Je m'en fiche que tu sois plus âgé que moi, parce que cet écart d'âge te permet d'avoir ce qu'on appelle la maturité et l'intelligence, deux choses dont les crétins de ma génération semble cruellement dépourvues. Et ça n'ira pas en s'arrangeant dans les années à venir, tu peux me croire, avec tout ces abrutis des écrans…
Rogue soupira, s'attendant à moitié à se voir contré de cette façon. Il savait qu'Elda avait un esprit trop mûr et froidement logique qui ne pouvait être captivé que par quelqu'un de la même trempe qu'elle.
_ Elda, pourquoi tu irais t'embêter avec quelqu'un comme moi… Même en passant outre notre différence d'âge, je ne suis pas spécialement beau, c'est même plutôt le contraire. Personnellement je m'en moque, je suis laid et je n'y changerais rien. Mais toi, surtout avec ton goût prononcé pour les livres, tu dois plus rêver à un homme séduisant qu'à… moi.
Elda sourit, les yeux plissés.
_ Un jour, alors que j'étais totalement défigurée par des sortilèges, tu m'as dit me trouver jolie… tu le pensais ?
_ Ou… Oui, mais je ne vois pas en quoi…
_ Je n'étais pas jolie, Severus. Et aujourd'hui encore, je me considère comme une fille banale dans le meilleur des cas. Mais à tes yeux, je suis jolie. Pourquoi ne pourrais-tu pas être beau aux miens, dans ce cas ?
Il la regarda sans trouver quoi répondre à ça, avant de baisser la tête.
_ Tu n'es même pas majeure…
_ Bah, d'ici quelques années ça ne sera plus un argument. Severus, pourquoi chercher désespérément à me repousser ?
_ Parce que tu seras en danger en restant avec moi ! Aussi longtemps que le Seigneur des Ténèbres sera là, il représentera une menace pour toi ! S'il te trouve, s'il a le moindre doute… Il te massacrera. Tu es tout ce qu'il méprise, et plus encore, tu sais beaucoup trop de choses ! Je ne peux pas te laisser entrer dans ma vie pour l'instant !
La jeune fille sourit d'un air victorieux et descendit de sa table.
_ Bien, alors… Une fois que Voldemort sera éjecté de l'équation, tu ne verras plus d'inconvénients à ce que l'on soit ensemble ? C'est bien ça ?
_ Non ce… enfin, oui, mais…
_ Parfait. Alors j'attendrais. Ça, c'est un argument que je considère comme valide, et contre lequel je ne trouve rien à redire. J'accepte de me ranger à ton avis, Severus. Mais ne compte pas sur moi pour m'éloigner. Je suis de toute façon plus en sécurité ici que nulle part ailleurs. Voldemort ne viendra jamais me chercher dans la maison de son plus fidèle Mangemort… Alors, amis ?
Rogue observa la main qu'elle lui présentait et la serra avec l'impression de s'être fait avoir en beauté. Elda s'était rangée beaucoup trop vite à son argument. Soit elle était véritablement convaincue ; soit, et c'était plus probable, elle n'avait pas l'intention d'abandonner pour autant. L'été allait être long… très long… Mais qu'est-ce qui lui avait prit de lui avouer ses sentiments, bon sang ?
_ Ne fais pas cette tête, Severus, je ne vais pas te sauter dessus pendant ton sommeil !
_ Encore heureux…
En riant, Elda retourna à sa fenêtre pour essayer à nouveau de l'ouvrir, recommençant à chantonner, toujours aussi faux et joyeusement. Et Rogue ne put que la regarder en se disant que c'était aussi pour ça qu'il n'avait pas put tenir sa langue envers elle.
_ Take a chance on me
Oh, you can take your time, baby
I'm in no hurry
Know I'm gonna get you
_oOo_
Harry s'ennuyait ferme depuis son retour chez les Dursley, à peine cinq jours plus tôt. Il ne quittait presque pas sa chambre, évitant au maximum de croiser son cousin, son oncle et sa tante, ce dont ils lui paraissaient reconnaissant. Surtout depuis que Dudley avait subit l'attaque des Détraqueurs l'été précédent, et qu'il se mettait à trembler au moindre sifflement.
Hedwige entra soudainement par la fenêtre ouverte, lui apportant une lettre répondant à celle qu'il avait envoyée le matin même.
_ Tu n'as pas perdu de temps, Malefoy…
Depuis le début de l'été, pourtant très proche, il ne s'était presque pas passé une journée sans que les deux jeunes hommes ne s'écrivent, et que ce soit Hedwige ou le grand-duc de Malefoy, leurs messagers commençaient visiblement à en avoir plein les ailes des allers-retours incessants !
Sans attendre plus longtemps, Harry se plongea dans la lecture de son courrier, le sourire aux lèvres.
Son sourire s'effaça dès la première ligne.
_oOo_
Elda s'étira longuement et referma son livre, emprunté dans la bibliothèque impressionnante de Rogue. Elle tourna la tête vers son professeur et sourit doucement en observant son profil concentré sur un épais traité concernant la lycanthropie.
_ C'est ce soir, la pleine lune… Severus, tu devrais t'en aller, je pourrais devenir dangereuse.
_ Je prends le risque. Et il faudra de toute façon que quelqu'un t'arrêtes si la potion que tu t'es injectée ne fonctionnait pas comme prévue.
_ C'est un argument recevable.
Elda soupira et se leva pour s'approcher de la fenêtre où le crépuscule déclinait beaucoup trop vite à son gout.
_ Premier pas sous la lune
Une bougie qui s'allume
Comme en écho, une étoile apparut dans le ciel, rapidement suivie par une autre.
_oOo_
Rogue recula jusqu'à un coin de la pièce. La pleine lune l'inondait de sa lueur blafarde, sa clarté lui permettant de détailler avec précision chaque chose. La bibliothèque le long du mur, le canapé à l'opposé, les livres d'Elda abandonnés dessus, la cheminée éteinte pour l'été… et le loup-garou aux yeux bleu-vert étincelants sous la lumière de l'astre lunaire.
_ Elda… C'est moi, tu me reconnais ?
Il commençait vraiment à douter d'avoir eut une bonne idée en voulant rester. Son excès de confiance envers la potion d'Elda risquait fort de lui couter la vie. Sitôt la lune levée, la jeune fille s'était transformée pour devenir la créature se tenant devant lui, son corps recouvert d'une fine fourrure aussi châtaine que ses boucles désordonnée encadrant son visage aux traits lupin. Ses yeux s'étaient effilés et ses pupilles fendues, son nez était devenu un museau et ses canines humaines avaient désormais l'aspect de petits crocs particulièrement pointus et dangereux… sans parler de ses ongles pourtant longs habituellement mais qui là avait bien plus l'allure de griffes que d'ongles. Ses oreilles s'étaient allongées pour prendre l'apparence de celles d'un loup assorties à la queue se balançant en bas de son dos.
Rogue chercha dans sa poche l'Aconit préparée en prévention, avec des gestes lents pour éviter de donner une raison au loup-garou qu'était désormais la jeune fille de lui sauter à la gorge.
_ Ça va aller, Elda…
_ J'ai l'air si terrible que ça ?
Il sursauta et observa avec plus d'attention Elda, qui avait malgré tout une physionomie plus humaine qu'animale, si l'on exceptait les poils, les oreilles et la queue.
_ Elda ?
Elle grimaça et observa ses mains.
_ Génial, me voilà du clan MacRieve, maintenant… Je préfère les vampires, moi ! Les boules de poils, c'est pas trop un truc qui me plait… C'était quoi ce bruit ?
_ Quel bruit ?
Elda sursauta et se retourna, ses oreilles captant des craquements tonitruants et effrayants. Et cette odeur âcre prenant à la gorge et lui faisant plisser le nez…
La truffe, ma vieille.
Elle tourna sur elle-même, alors que d'autres bruits l'agressaient, accompagnés d'odeurs tellement multiples qu'elles lui en donnaient la nausée.
_ Elda, tout va bien… tu dois être en train de développer des sens de loup… ta potion semble avoir fonctionné à moitié.
_ Sans doute injectée trop tard pour neutraliser totalement les effets de la morsure… ça pue vraiment, tout ça…
Elle sursauta en entendant un rugissement monstrueux qui ne devait être rien de plus que le miaulement d'un chat dans la rue.
Elle plaqua ses mains sur ses oreilles si longues désormais, terrifiée.
Quelque chose de chaleureux l'enveloppa doucement avec un son doux de tissu déployé, et une odeur qu'elle aimait envahi ses narines, couvrant toutes les autres. Un son plus entêtant lui parvint, fort et régulier, comme un battement un peu emballé, alors que Rogue l'entourait de ses bras, la serrant contre lui. Elle ne sentait plus qu'une odeur de potion et de cachot humide qu'elle voulait respirer jusqu'à la fin de sa vie, et ce son si fort et rassurant.
_ Ton cœur bat vite, Severus…
_ Je me passerais de ce genre de commentaire.
Elda sourit doucement et ferma les yeux, se blottissant dans les bras de Rogue. Elle avait l'impression d'être là véritablement à sa place… Finalement, être transformée en boule de poils, ce n'était pas si mal.
