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Voici pour vous la suite de cette histoire.
Bonne lecture!
Chapitre 3
Severus était sorti prendre l'air quelques instants. Les beaux jours étaient revenus depuis plusieurs semaines et il en avait assez d'être enfermé dans son bureau avec ses livres de compte. De plus, on était dimanche après-midi et il avait bien le droit à un peu de repos de temps en temps. Il était donc sorti de son manoir et avait marché jusqu'à ses jardins fleuris, profitant du calme qui régnait sur son domaine en ce jour où ses domestiques profitaient de leur congé pour rendre visite à leurs familles, se balader dans la campagne environnante ou se rendre jusqu'au village pour faire quelques emplettes.
Il s'était promené longuement sur ses terres, à pied, profitant de sentir le soleil sur sa peau blanche, inspirant cet air pur à pleins poumons, écoutant le chant des oiseaux mais surtout le silence qui imprégnait toute sa propriété et appréciant surtout cette sensation de paix qui allait toujours de pair avec le départ de son épouse qui était allée rendre visite à leur voisine, Lady Zabini.
C'était assez triste à dire et à avouer mais c'était lorsque Narcissa n'était pas là que Severus se sentait le mieux dans sa peau et le plus heureux. En temps normal, avec elle dans les parages, il avait toujours une impression de lourdeur et d'oppression, il avait la sensation d'être prisonnier de sa propre existence, mais, quand elle était absente, il pouvait profiter pleinement des bonheurs simples de la vie, comme cette petite escapade sur son domaine sous ce beau ciel d'été.
S'il s'était écouté, s'il avait vécu à une autre époque ou dans un autre monde et s'il n'avait pas eu à cœur de respecter sa position et son rang, cela ferait bien longtemps qu'il aurait engagé une procédure de divorce afin de le débarrasser une fois pour toute de cette femme acariâtre qui ne l'aimait point et qui lui gâchait la vie. Hélas son titre de Lord, son domaine et son respect pour les conventions sociales de son époque ne lui permettaient pas de faire une telle chose… Il devrait la supporter et souffrir son venin et ses paroles fielleuses jusqu'à la fin de sa vie ou de la sienne…
Rogue soupira légèrement en secouant un peu la tête de gauche à droite, fataliste, puis il reprit sa marche vers son manoir dans l'intention de rejoindre son salon. Peut-être sa cuisinière, Madame Chourave, était-elle rentrée et aurait-elle la gentillesse de lui préparer une tasse de thé, se dit-il en avançant vers sa demeure. Cette femme était vraiment la bonté personnifiée, se fit-il encore la réflexion. Ou peut-être encore sa servante, Hermione, si elle était revenue du village. Elle aussi avait un bien grand cœur et elle était d'une grande gentillesse et toujours de bonne composition. Même quand il la taquinait ou la faisait pleurer à cause d'une blague stupide et même quand sa femme la rabrouait ou la houspillait ostensiblement, la jeune femme parvenait presque toujours à garder le sourire, pensa-t-il encore en esquissant un très léger sourire sans trop savoir pourquoi.
Tandis qu'il revenait vers sa demeure, au détour d'un massif de fleurs, ses yeux noirs tombèrent soudain sur Hermione, qui s'était assise sur l'un des bancs en pierre de son jardin et qui massait ses petits pieds, ses chaussures gisant sur le sol tout près d'elle. Elle avait les joues rosies d'avoir marché, de la sueur perlait légèrement sur son front et sur le haut de sa poitrine, des mèches de ses cheveux bruns s'étaient encore échappées de sa coiffure et elle fermait les paupières, les traits de son visage légèrement crispés par la douleur.
« Que vous arrive-t-il, Hermione ? interrogea-t-il de but en blanc en approchant d'elle, sourcils froncés.
- Oh ! s'exclama la jeune femme en sursautant légèrement, en relâchant son pied gauche et en ouvrant subitement les yeux, surprise. Lord Prince ! ajouta-t-elle en se levant précipitamment du banc et en grimaçant à cause de ses pieds nus sur les graviers.
- Restez donc assise, surtout si vos pieds vous font souffrir, conseilla-t-il en l'engageant d'un signe de tête à se rassoir sur le banc.
- Mais je… hésita-t-elle, embarrassée, sachant qu'elle ne pouvait pas s'asseoir en présence de ses maîtres.
- Installez-vous sur ce banc, Hermione. C'est un ordre, insista alors Severus en comprenant son hésitation.
- Oui, Monsieur, approuva-t-elle alors en se réinstallant sur le banc de pierres.
- Comment vous êtes-vous fait mal aux pieds ? demanda-t-il en demeurant devant elle, intrigué.
- C'est à cause de mes chaussures. Je les ai cassées sur le chemin du retour », expliqua-t-elle en désignant ses petites bottines beiges qui gisaient à terre.
Perplexe, Rogue se pencha pour ramasser l'une des chaussures et il constata que, effectivement, un bout du talon s'était brisé et que la semelle s'était détachée à l'avant du pied. Il attrapa la seconde bottine pour découvrir qu'elle se trouvait approximativement dans le même état puis il les reposa toutes les deux à terre et questionna encore :
« Pourquoi ne pas nous avoir fait part que vos souliers avaient atteint un tel degré d'usure ? Nous vous en aurions fait confectionner une nouvelle paire avant que celle-ci ne vous lâche et ne vous blesse comme cela.
- Je… hésita-t-elle avant de se mordre la lèvre inférieure, gênée.
- Vous quoi ? insista-t-il en plissant son front.
- Je l'ai dit à Lady Prince, Monsieur, avoua-t-elle en relevant ses yeux noisette vers lui.
- Et que vous a-t-elle répondu ? s'enquit-il alors, curieux de savoir ce que sa mégère de femme lui avait dit.
- Lady Prince a déclaré que… vous me payiez déjà suffisamment cher comme cela et que c'était à moi de m'offrir une nouvelle paire de bottines, si j'en avais besoin », lui confia-t-elle, incertaine.
Severus ferma les paupières en soupirant d'exaspération et en se pinçant l'arête du nez. Pas étonnant que leurs servantes s'enfuyaient de chez eux après à peine quelques mois passés à leur service, vu comment son épouse les traitait…
« Je suis désolée, Lord Prince. J'aurais dû être plus prévoyante. Je pensais qu'elles pouvaient encore tenir quelques temps, s'excusa-t-elle alors, songeant que c'était à cause d'elle qu'il soupirait ainsi.
- Une fois encore, Miss Granger, ce n'est pas à vous d'être désolée mais bien à moi, déclara-t-il en secouant légèrement la tête de droite à gauche. C'est bien sûr à nous qu'il incombe de vous payer pour votre travail dans notre maison mais aussi de vous nourrir tous les jours, de vous soigner, si vous tombez malade, et de vous donner de quoi vous chausser et vous vêtir décemment, lui apprit-il.
- Je ne savais pas. Je n'ai jamais été servante dans une grande maison comme la vôtre. C'est ma première fois. Et j'ai… j'ai simplement cru que votre épouse disait vrai… Il n'y avait pas de raison qu'elle me mente… lui expliqua-t-elle, penaude.
- Je le sais, Hermione… soupira-t-il, désabusé. Je vais vous faire confectionner une nouvelle paire de bottines et, à l'avenir, s'il vous manque quoi que ce soit, je vous prierais de m'en faire part personnellement, décréta-t-il en fixant ses yeux noisette de son regard sombre comme la nuit. Normalement, c'est à la maîtresse de maison qu'il incombe de s'occuper de ce genre de choses mais je m'en chargerai, moi-même. Vous n'aurez qu'à venir me trouver. C'est bien compris ? s'assura-t-il encore.
- Je ne voudrais pas vous donner du travail supplémentaire, Monsieur, je… voulut-elle protester, confuse de lui imposer une charge de plus.
- Hermione, est-ce bien compris ? répéta-t-il alors plus fermement en l'interrompant.
- Oui, Monsieur. Merci, acquiesça-t-elle en rougissant.
- Je vous en prie. C'est bien la moindre des choses. »
Le silence s'installa entre eux, Hermione baissant le regard sur ses pieds nus et les yeux de Severus suivant le même chemin que le sien, puis, lorsqu'il s'en rendit compte, Lord Prince reporta son regard sombre sur le visage de la jeune femme et il déclara :
« Si vous remettiez vos chaussures, je pourrais vous proposer mon bras pour vous escorter jusqu'au manoir.
- Oh, non, Lord Prince, ce n'est vraiment pas nécessaire. Je ne voudrais pas vous déranger, déclina-t-elle poliment en secouant la tête de gauche à droite.
- En fait, je n'aurais pas dû formuler ma requête de cette façon… pensa-t-il tout haut en frottant légèrement son menton parfaitement rasé. Enfilez vos souliers, Miss Granger, et prenez mon bras. Je vais vous reconduire à la maison, décréta-t-il alors en plongeant ses yeux noirs dans les siens.
- Mais je…
- Hermione… insista-t-il en une sorte d'avertissement sévère.
- Oui, Monsieur », se décida-t-elle finalement à accepter, vaincue.
La jeune servante remit alors ses bottines beiges à ses pieds, tandis que l'homme patientait tout près d'elle, puis elle avança timidement vers lui en croisant brièvement son regard sombre de ses yeux noisette et elle glissa doucement son bras sous le sien qu'il lui présentait fermement, les joues cramoisies de honte.
Severus se mit alors lentement en marche avec elle, étant donné le mauvais état des chaussures de la jeune femme, mais, comme si cela ne suffisait pas au trouble et à la gêne qu'elle ressentait en cet instant, après avoir parcouru une vingtaine de mètres à peine, Hermione trébucha sur un caillou plus gros que les autres et son visage se retrouva enfoui contre le torse de son maître, après qu'elle l'eut agrippé de ses deux bras pour éviter la chute.
Elle sentit que le bras puissant de l'homme s'était immédiatement enroulé autour de sa taille pour la retenir également et, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, elle mit un certain temps à relever son visage aussi rouge qu'une pivoine vers lui, absolument mortifiée par cette situation.
« Eh bien, Miss Granger, je crains qu'il ne nous reste pas vraiment beaucoup d'autres solutions si nous voulons que vous arriviez en un seul morceau au manoir… » déclara Rogue, énigmatique, après avoir esquissé un léger sourire en coin, amusé par sa maladresse et par son embarras.
Avant qu'elle ait pu comprendre ce que ses paroles pouvaient bien signifier, Hermione fut soudainement soulevée du sol et se retrouva aussitôt dans les bras de Lord Prince qui avait sciemment évité de lui demander son avis afin qu'elle ne puisse pas décliner sa proposition une fois de plus.
Elle se raccrocha rapidement à lui en entourant sa nuque de ses bras et, incapable de prononcer le moindre mot tant elle était gênée, la jeune femme le fixa un instant dans ses yeux noirs puis, troublée d'être si proche de lui et de se retrouver dans une telle posture, elle baissa son regard noisette sur son ventre, sentant ses joues s'échauffer furieusement et son cœur pulser fortement contre sa poitrine.
Le maître des lieux détailla rapidement le profil de sa jeune servante qui, en ce moment présent, ne savait vraiment plus où se mettre pour cacher son embarras, il fit glisser son regard sombre sur ses pommettes plus que rosées, sur sa nuque gracile qu'une mèche brune caressait effrontément et sur le haut de sa ferme petite poitrine que son corset faisait légèrement ressortir puis il raffermit un peu sa prise autour d'elle et se remit en marche sans rien ajouter de plus.
Il marcha résolument jusqu'à sa demeure, ne paraissant pas incommodé le moins du monde par le bien étrange fardeau qu'il portait et qui veillait à rester silencieuse et à ne pas le regarder dans les yeux, puis, après avoir passé la grande porte en chêne, il la reposa délicatement sur le sol à l'endroit où il était couvert d'un grand tapis persan et il s'éloigna légèrement d'elle avant de s'exclamer en voyant sa cuisinière apparaître par la porte de derrière :
« Ah ! Madame Chourave, bonjour ! Je suis heureux de tomber sur vous !
- Bonjour, Lord Prince ! répliqua cette dernière, joviale, en approchant d'eux deux.
- Auriez-vous la gentillesse d'aller chercher les chaussons de Miss Granger dans sa chambre, s'il vous plaît ? demanda-t-il avant de lui fournir une brève explication. Ses chaussures sont inutilisables et j'aimerais autant éviter qu'elle ne marche pieds nus sur le sol de marbre glacial et sur ces vieux planchers pleins d'échardes.
- Ce n'est vraiment pas nécessaire… Je peux très bien… voulut protester la jeune fille qui retrouvait peu à peu l'usage de la parole.
- Mais bien sûr, Monsieur ! répondit-elle aussitôt avant de conseiller. Restez là, ma petite. Je reviens tout de suite.
- Merci, Madame Chourave », la remercia Rogue tandis que la cuisinière montait déjà à l'étage.
Il reporta alors son attention sur Hermione, qui était toujours morte de honte et qui fixait le bout de ses chaussures en tordant nerveusement ses mains, et il lui ordonna simplement :
« Ôtez vos souliers, Miss Granger, et donnez-les-moi. Je me rendrai demain au village chez le cordonnier afin de vous faire fabriquer une nouvelle paire plus solide que celle-ci.
- Très bien, Monsieur, se contenta-t-elle de répondre, soudainement lasse de se battre avec lui et de protester à tout bout de champ, en enlevant ses chaussures comme il le lui demandait. Merci, ajouta-t-elle en lui donnant ses bottines et en relevant son visage vers lui.
- Je vous en prie, répondit-il en inclinant légèrement la tête avant de prendre ses bottines en mains et de plonger ses yeux noirs dans les siens.
- Et merci… de m'avoir portée… le remercia-t-elle encore, les joues roses, en détournant son regard noisette.
- Ce fut avec plaisir, Hermione », murmura-t-il d'une voix aussi soyeuse que du velours pour encore accentuer son trouble.
La jeune femme n'ajouta rien à cela, bien trop embarrassée, et, lorsque la cuisinière revint vers eux avec ses chaussons de nuit et qu'elle les eut déposés à ses pieds, Lord Prince demanda encore, tandis qu'elle les enfilait rapidement :
« Pourrais-je encore vous demander une chose, Madame Chourave ?
- Oh, bien sûr, Monsieur ! Allez-y ! acquiesça-t-elle aussitôt d'un air bonhomme.
- Je pense ne pas me tromper en disant que vous vous entendez à merveille avec Miss Granger et avec l'ensemble des domestiques, affirma-t-il dans un premier temps.
- Absolument, Lord Prince, confirma-t-elle en hochant la tête de bas en haut. Ce sont tous des personnes formidables et, en particulier, ma petite Hermione, ajouta-t-elle sur un ton affectueux en lançant un regard complice à la jeune servante qui répondit volontiers par un sourire.
- Bien. Dans ce cas, j'aimerais que vous examiniez la garde-robe de Miss Granger en sa compagnie et que vous me disiez si elle aurait besoin d'autres vêtements qui seraient également trop usés, en plus de ses souliers.
- Ce n'est vraiment pas nécessaire, Lord Prince. Je vous assure que… voulut intervenir précipitamment la jeune femme en faisant un pas vers lui.
- Chut ! la fit-il taire immédiatement en levant légèrement sa main dans sa direction. Et je voudrais également que vous fassiez le tour de tout le personnel de maison et que vous me rapportiez ce dont vous-même et chacun d'entre eux auraient besoin, poursuivit-il ensuite sans se préoccuper des protestations de la jeune servante. Pourriez-vous faire cela pour moi, Madame Chourave ? s'enquit-il en inclinant légèrement la tête vers la petite femme replète.
- Bien entendu, Monsieur, approuva-t-elle aussitôt. Je vais faire cela tout de suite, en commençant par Hermione, décréta-t-elle alors en reportant son regard sur la jeune fille.
- Vraiment, je vous assure que mes vêtements sont très bien. Je n'ai besoin de rien hormis d'une nouvelle paire de bottines, tenta-t-elle de la dissuader.
- Nous verrons bien cela, ma chère petite, répondit simplement Pomona. Allons, venez, Hermione. Allons voir votre garde-robe, ordonna-t-elle en partant vers les étages.
- Madame Chourave, je vous en prie… implora Hermione, désappointée.
- Auriez-vous envie de désobéir aux ordres de notre généreux maître, par hasard ? » demanda alors la cuisinière en se tournant vers elle qui ne l'avait pas immédiatement suivie, les poings sur les hanches.
Hermione lança alors un regard à Lord Prince, qui les observait discuter toutes les deux, les bras croisés sur son torse, en apparence impassible, bien qu'elle perçoive un léger sourire qui étirait ses fines lèvres, elle poussa un discret soupir et répondit finalement avant de suivre son aînée :
« Non, Madame Chourave… »
Severus les observa alors monter à l'étage en les suivant de ses yeux noirs comme la nuit, satisfait, et il rejoignit son bureau en emportant avec lui la paire de chaussures usée de sa jeune servante.
Merci d'avoir lu! J'espère que ça vous a plu ;-)
A la semaine prochaine!
Bisous
