Bonjour!

Merci à toutes et à tous de lire et de commenter cette histoire!

Merci également à Guest et à drou pour leurs gentils commentaires, ça me fait très plaisir de vous lire :-)

Voici donc la suite.

Bonne lecture...


Chapitre 4

Après que Madame Chourave eut fait le tour de tout le monde et qu'elle eut rapporté à leur maître ce qui manquait à chacun d'entre eux, Severus se rendit au village pour commander ce dont ses domestiques avaient besoin en fournissant à une couturière et à un cordonnier la précieuse liste de la cuisinière qui avait pris soin de prendre les mesures de chacun.

Quelques jours plus tard, Hermione avait déjà récupéré une nouvelle paire de bottines, Lord Prince ayant précisé au cordonnier que c'était l'article prioritaire à confectionner, étant donné que la jeune fille n'avait plus de chaussures et devait se contenter de ses chaussons de nuit, puis, environ une semaine plus tard, la maisonnée reçut le reste de la commande de vêtements et de chaussures.

Les domestiques remercièrent chaleureusement leur maître pour cette attention, pleins de gratitude, tandis que Lady Prince avait maugréé et s'était désolée de la dépense inutile que son mari avait faite. Selon elle, aucun d'entre eux ne méritait quoi que ce soit et ils auraient très bien pu se débrouiller avec leurs affaires pendant encore de longues années. Severus avait eu vite fait de la remettre à sa place en déclarant que leurs employés avaient le droit d'être traités dignement, qu'il s'agissait de sa fortune personnelle et qu'il était le maître de son domaine et la femme avait arrêté d'insister, à la fois vexée et frustrée.

Évidemment, cet épisode n'avait guère arrangé les rapports entre Rogue et son épouse et désormais la froideur, la distance et le mépris étaient plus que jamais de mise dans les paroles et les gestes de Narcissa. Lord Prince n'aurait jamais pensé qu'il soit possible de s'entendre encore plus mal avec sa femme mais, depuis lors, il avait bien été obligé de revoir son opinion…

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Hermione était en train de dépoussiérer un par un les livres dont regorgeait la grande bibliothèque du manoir, d'un air absent.

Depuis que Lord Prince leur avait commandé à elle et aux autres domestiques de nouveaux vêtements, Lady Prince se montrait encore plus désagréable et acariâtre avec tout le monde mais en particulier avec elle qu'elle tenait pour responsable de la folle dépense que son mari avait faite. Alors elle s'était mise à la surcharger de travail et à lui demander d'accomplir des tâches toutes plus éreintantes, longues et monotones les unes que les autres.

Mais la jeune servante, bien que fatiguée par tout ce travail supplémentaire, s'en moquait un peu et ne se décourageait pas pour autant. Elle avait besoin de conserver ce travail à tout prix. Son père était au plus mal et Hermione avait besoin de sa paie pour pouvoir subvenir à ses besoins, pour se procurer ses médicaments et aussi pour s'adjoindre les services d'une bonne qui venait aider le vieil homme tous les lundis, mercredis et vendredis.

Elle soupira légèrement en secouant la tête de gauche à droite pour chasser ses tristes pensées et décida d'examiner d'un peu plus près les livres qu'elle dépoussiérait pour se changer les idées. Elle n'avait jamais vu autant de beaux livres rassemblés en un même endroit et ils avaient tous l'air passionnants pour elle qui aimait tant la lecture.

Après avoir ôté la poussière d'un bouquin recouvert d'une belle couverture en cuir patinée par les années, Hermione caressa le livre du bout de ses doigts fins puis elle lut le titre ainsi que le nom de l'auteur avant de l'ouvrir et de le feuilleter en lisant quelques lignes en diagonale, un sourire fleurissant naturellement sur ses lèvres roses tandis que ses yeux noisette parcouraient les lettres imprimées à l'encre noire avec envie.

« Appréciez-vous Thomas More, Hermione ? » interrogea soudain Lord Prince qui avait pénétré dans la bibliothèque sans un bruit et avait surpris la jeune fille en pleine contemplation de l'un de ses nombreux livres.

La servante sursauta légèrement avant de refermer promptement le bouquin et de le replacer sur l'étagère, là où elle l'avait pris, puis de se tourner vers lui en répondant :

« Je ne saurais le dire, Monsieur. Je n'ai encore jamais eu l'occasion de le lire.

- Vous n'avez jamais lu Utopie ? questionna-t-il en haussant l'un de ses épais sourcils noirs et broussailleux.

- Non, Monsieur, jamais, répondit-elle en secouant légèrement la tête.

- C'est dommage, il s'agit d'un formidable récit… affirma-t-il alors. Quels auteurs avez-vous lu, dans ce cas ? demanda-t-il en approchant légèrement d'elle et de sa bibliothèque.

- Oh, un peu de tout, Lord Prince : Jane Austen, William Blake, les sœurs Brönte, Daniel Defoe, Jonathan Swift… Je pense avoir lu tous les ouvrages qui se trouvent dans la librairie du village. J'adore la lecture, c'était mon passe-temps favori lorsque j'étais enfant, expliqua-t-elle avec passion, ses yeux brillant comme des étoiles à l'évocation de ces souvenirs de lecture.

- Des choix très éclectiques, fit-il remarquer en esquissant un sourire, amusé.

- J'aime tellement les livres que je leur laisse à tous une chance de me convaincre, répondit-elle aussitôt.

- C'est une excellente initiative qui vous a sans doute permis d'enrichir considérablement votre culture, votre vocabulaire et votre connaissance du monde, déclara-t-il en hochant lentement la tête de bas en haut.

- Oui, mais je pense que ça m'a surtout permis de m'évader de mon quotidien, de pouvoir vivre d'autres vies que la mienne et de me plonger dans des décors fantastiques, nuança-t-elle en souriant doucement, rêveuse.

- J'ignorais que je me trouvais face à une véritable férue de lecture, dit-il en l'observant attentivement de ses yeux noirs comme la nuit. Mais pourquoi parlez-vous au passé ? demanda-t-il ensuite, surpris par ce détail qu'il avait relevé.

- Parce que… je n'ai plus vraiment de temps à y consacrer, Monsieur, répondit-elle en baissant le regard et en perdant son sourire, hésitante. Et puis, comme je vous l'ai dit, j'ai déjà lu tous les livres de la librairie du village, ajouta-t-elle en relevant lentement ses yeux noisette vers lui.

- Vous pouvez emprunter les ouvrages de cette bibliothèque et les lire dans votre chambre après votre journée de travail, si vous le souhaitez, lui proposa-t-il alors en désignant les nombreuses étagères couvertes de bouquins de la tête.

- C'est vrai ? Vous me donnez réellement votre permission ? questionna-t-elle, soudain enthousiaste.

- Bien entendu, Hermione, confirma-t-il aussitôt. Vous pouvez emprunter n'importe lequel de ces ouvrages pour autant que vous le remettiez à sa place après votre lecture. Je n'y vois aucun inconvénient.

- Merci beaucoup, Lord Prince, le remercia-t-elle, à la fois reconnaissante et heureuse.

- Je vous en prie… » répondit-il en inclinant la tête dans sa direction.

Hermione vit ensuite son maître se rapprocher encore d'elle jusqu'à se retrouver à peine à quelques centimètres de son corps, il tendit son bras qu'il fit passer au-dessus de sa tête en lui jetant un regard, que la jeune fille, dont le cœur pulsait fortement contre sa poitrine et qui avait tout à coup très chaud, trouva tout bonnement ensorcelant, puis il lui remit en mains le livre qu'elle avait reposé un plus tôt en lui conseillant sur le ton de la confidence, de sa voix de velours :

« Je vous recommande vivement de commencer par Utopie de Thomas More, Hermione. Je suis certain qu'il vous plaira énormément. »

La jeune servante, dont les joues étaient devenues écarlates, se contenta d'acquiescer d'un signe de tête en serrant le livre contre sa poitrine puis elle observa son maître s'éloigner d'elle, un mince sourire flottant sur ses fines lèvres, et refermer la porte de la bibliothèque pour la laisser poursuivre son ouvrage.

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Ce jour-là, Rogue avait demandé à tous de ne pas le déranger car il devait se concentrer sur des papiers extrêmement importants. Il s'était donc enfermé dans son bureau afin d'être certain que l'on ne vienne pas l'importuner par mégarde et il travaillait depuis plusieurs heures en silence, le front plissé par la concentration, quand, tout à coup, les bruits d'une violente dispute et des éclats de voix le sortirent de ses intenses réflexions.

Il redressa la tête, à la fois surpris et irrité d'avoir été interrompu dans son travail, et il tendit l'oreille. Les cris semblaient provenir du boudoir de sa femme et il reconnut sans peine la voix de crécelle stridente de son épouse, qui montait toujours dans les aigus lorsqu'elle s'énervait. Intrigué par ce raffut insolite et se demandant qui avait bien pu irriter Narcissa à ce point, il se leva de son siège, se dirigea vers la porte, tourna la clé dans la serrure et rejoignit le boudoir d'un pas rapide.

Sans prendre la peine de frapper, il ouvrit vivement la porte à la volée, pénétra dans la pièce et tonna de sa voix grave et basse :

« Pour l'amour du ciel, que se passe-t-il ici ? »

Sourcils froncés, Severus balaya rapidement la scène de son regard noir et il découvrit Narcissa, les joues rouges de colère, le menton relevé et les poings serrés, face à Hermione dont la lèvre inférieure tremblait, dont le visage était baigné de larmes et dont le chignon laissait encore échapper plusieurs mèches folles.

Les deux femmes s'étaient aussitôt interrompues en le voyant arriver dans le boudoir de cette façon et, à présent, ils s'observaient tous avec stupéfaction, en silence.

« Dites-moi immédiatement ce qui se passe ici, Narcissa, ainsi que la raison pour laquelle vous criez de cette façon, exigea-t-il en reposant son regard sombre sur son épouse. Vous m'avez interrompu dans mon travail.

- Oh ! Navrée de vous avoir interrompu dans votre travail, cher mari ! s'exclama la femme avec morgue, énervée par son apparition soudaine.

- Narcissa ! répéta-t-il, agacé. Expliquez-moi tout de suite la raison de ce raffut !

- Eh bien, voyez-vous, cette petite insolente se croit tout permis et elle a eu le toupet de venir me demander un congé supplémentaire. Elle pense sans doute que nous la payons à ne rien faire ! déclara-t-elle succinctement en croisant les bras sur ses seins avant de jeter un regard mauvais à la jeune servante.

- Un congé supplémentaire ? demanda Rogue, ses sourcils toujours froncés, en reposant ses yeux noirs sur Hermione, intrigué.

- Mais il ne s'agit pas d'un congé… Je demandais simplement si… voulut se défendre la jeune femme en faisant un pas dans la direction de l'homme.

- Dites-lui que je mens aussi ! Espèce de petite ingrate ! Petite effrontée ! la coupa Lady Prince avant de l'insulter et de la fusiller de ses yeux bleus en attrapant son bras pour l'empêcher d'avancer.

- Non, je n'ai jamais… tenta-t-elle encore de se rattraper en secouant la tête de gauche à droite et en grimaçant de douleur sous sa poigne de fer.

- Enfin, Narcissa ! Relâchez-la tout de suite et laissez-la s'exprimer ! ordonna-t-il en approchant des deux femmes et en forçant son épouse à lâcher sa servante. Hermione, expliquez-moi pourquoi vous voulez un congé, demanda-t-il ensuite en reportant son attention sur la jeune fille qui frottait son bras.

- Lord Prince, commença-t-elle après avoir soufflé un peu et essuyé ses larmes du revers de sa main. Je voudrais seulement pouvoir m'absenter quelques heures afin d'aller m'occuper de mon père.

- Votre père ne sait-il pas se passer de vous ? Ne pouvez-vous pas aller le voir dimanche ? questionna-t-il sur un ton neutre, curieux.

- Non, Monsieur, sinon je puis vous assurer que je l'aurais fait et que je ne vous aurais pas importuné, nia-t-elle avant de s'expliquer. Il est très malade et il ne peut pas rester seul trop longtemps. D'habitude, c'est une bonne qui vient chez lui pour l'aider dans les tâches quotidiennes et lui donner ses médicaments. Elle lui rend visite tous les lundis, mercredis et vendredis afin de s'assurer qu'il va bien mais elle m'a prévenue ce matin qu'elle ne saurait pas venir aujourd'hui. Je ne peux pas attendre dimanche pour aller le voir, il n'aura plus eu de visite depuis mercredi et c'est trop long pour lui… La dernière fois que je l'ai vu, il était vraiment au plus mal… »

Severus observait la jeune fille avec attention de son regard aussi sombre que la nuit. Il la savait sincère, cela se voyait dans ses grands yeux couleur noisette dans lesquels il avait bien failli se perdre et cela s'entendait également dans sa voix qui se brisait de chagrin par moment. Elle était véritablement inquiète pour son père et ce n'était pas de la comédie ni des mensonges. Il la sentait prête à tout faire, quitte à affronter son épouse et à se la mettre définitivement à dos – si ce n'était déjà fait – pour aller porter secours à son père au plus vite.

« Je vous promets que je serai de retour dans deux heures et que je rattraperai tout le travail que j'aurais en retard, ajouta la jeune femme, angoissée.

- Mais oui, bien sûr ! Et puis quoi encore ? s'exclama Lady Prince en reniflant de mépris, n'en croyant pas un mot.

- Mais je vous assure que… voulut-elle encore se défendre, les larmes aux yeux.

- Allez-y, Hermione, décréta tout à coup le maître des lieux.

- Quoi ? manqua de s'étrangler son épouse, offusquée qu'il aille ainsi contre son avis.

- Oh, merci, Lord Prince ! Merci ! s'écria-t-elle, soulagée, en accourant auprès de lui et en posant ses deux mains sur son avant-bras pour le serrer légèrement, pleine de gratitude. Je vous promets de faire vite !

- Prenez tout le temps qu'il vous faudra, Hermione, déclara-t-il gentiment en recouvrant l'une de ses petites mains de la sienne. Ne perdez pas de temps, filez », conseilla-t-il encore en désignant la porte de la tête.

La jeune femme lui offrit un large sourire plein de reconnaissance, qui tranchait avec son visage toujours humide des larmes qu'elle avait versées, et elle quitta la pièce en courant à toutes jambes.

« Hum… J'en étais sûre… persifla Narcissa avec un mépris évident dans sa voix.

- De quoi étiez-vous sûre, très chère ? s'enquit calmement Severus en se tournant vers elle et en haussant un sourcil noir.

- Vous êtes totalement bleu de cette jeune fille… Vous ne pouvez rien lui refuser… Mais permettez-moi de vous dire que vous êtes absolument ridicule ! déclara-t-elle, mauvaise, en braquant son regard océan sur lui.

- Je ne sais pas où vous êtes encore allée chercher une chose aussi absurde, Narcissa, répliqua-t-il, impassible.

- Oh, mais nulle part, mon cher époux. Si vous croyez que je ne vous vois pas ! se moqua-t-elle, fielleuse. Vous ne cessez de la regarder lorsqu'elle se trouve dans la même pièce que vous et vous ne pouvez pas vous empêcher de sourire bêtement quand elle est là, expliqua-t-elle en l'observant avec dégoût.

- Arrêtez là, Narcissa, avant que vos paroles ne vous emportent trop loin… conseilla-t-il à voix basse en parvenant à contenir sa colère.

- Ah ! s'esclaffa-t-elle. Non, je ne m'arrêterai pas… dit-elle ensuite en se rapprochant de lui et en le fixant de ses yeux bleus. Alors ? L'avez-vous déjà mise dans votre lit ? questionna-t-elle, mauvaise. Ça a dû être tellement facile pour vous… Vous êtes le maître riche, bon et généreux et elle n'est qu'une pauvre petite servante naïve et crédule…

- Non, vous vous trompez. Je n'ai jamais fait et je ne ferai jamais une telle chose. Contrairement à vous, j'ai des principes et j'ai du respect pour vous ainsi que pour elle, la détrompa-t-il en vrillant son regard azur de ses yeux noirs.

- Oh… Vous aurait-elle rejeté ? Ou la petite ingénue n'a tout simplement pas encore compris ce que vous attendiez réellement d'elle ? se moqua-t-elle encore, plus mesquine que jamais.

- Ça suffit maintenant, Narcissa ! » ordonna-t-il en posant soudainement l'une de ses mains sur sa gorge, à bout de nerf.

Lady Prince se tut et baissa le regard sur sa main qui pouvait enserrer sa gorge pour l'empêcher de respirer à tout moment. Elle releva son visage vers lui et cracha :

« Allez-y ! Qu'est-ce que vous attendez ? Étranglez-moi… Vous en rêvez…

- Vous savez bien que je ne ferai jamais une telle chose… soupira-t-il en enlevant sa main de sa gorge diaphane et en s'éloignant légèrement d'elle.

- C'est dommage… Si j'étais morte, vous pourriez épouser votre petite gourde de servante. Ce serait comme dans un conte de fée pour enfants : La bonniche et le Lord… plaisanta-t-elle, impitoyable, avant de se mettre à rire franchement.

- Cessez ceci immédiatement, espèce de mégère, et laissez cette jeune fille en paix, ordonna-t-il en saisissant brusquement son poignet et en le serrant au point de la faire souffrir. Tenez-vous tranquille, Narcissa, et ne me poussez plus à bout, sinon je ne répondrai plus de mes actes… » conseilla-t-il encore avant de la relâcher puis de retourner dans son bureau.


Merci d'avoir lu! J'espère que ça vous a plu ;-)

A la prochaine!

Bisous