Bonjour tout le monde!

Merci à Guest pour son commentaire sur le chapitre précédent.

Voici la suite de l'histoire.

Bonne lecture...


Chapitre 6

Hermione était allée rendre visite à son père. Elle lui avait lu Tristan et Iseult, elle l'avait aidé dans ses tâches domestiques, elle lui avait préparé un bon petit plat, elle était même sortie pour marcher un peu avec lui, sans trop l'épuiser, et ils avaient ri et échangé de tendres souvenirs de son enfance, de sa mère et de la jeunesse de son père, nostalgiques. En somme, elle avait passé un formidable moment en sa compagnie…

C'est ainsi qu'elle rentra au manoir, profondément heureuse, sous le regard sombre de Lord Prince qui l'observa arriver depuis la fenêtre de son bureau en esquissant un léger sourire sur ses fines lèvres, content de distinguer tant de bonheur sur son doux visage.

Hélas, cette joie simple qu'une jeune fille pouvait ressentir en pensant que la santé de son père revenait au beau fixe après des mois d'une longue maladie ne devait pas se prolonger car elle fut de bien courte durée…

Quelques semaines plus tard, alors que Hermione servait en compagnie des autres domestiques du manoir lors d'une grande fête organisée par Lady Prince pour célébrer le retour du printemps et des beaux jours, un messager arriva aux cuisines afin de lui porter une terrible nouvelle. La cuisinière en chef, Madame Chourave, affligée par son message, demanda au jeune homme de patienter quelques instants aux cuisines après avoir ordonné à son aide de lui servir une boisson chaude.

La femme s'essuya les mains sur son tablier, qu'elle ôta ensuite pour le déposer sur le plan de travail, elle jeta rapidement un œil dans le miroir pour s'assurer qu'elle était présentable, elle ferma les paupières en soufflant un bon coup, pour se donner du courage, puis elle monta à l'étage à la recherche de Hermione.

Pomona se faufila de place en place, comme une ombre, parmi les somptueux invités de ses maîtres, habituée à la discrétion qui était de mise pour les domestiques lors de tels évènements, avant de distinguer, dans un salon, la jeune fille qui patientait sagement, en retrait, contre un mur, chargée d'un plateau comportant des amuses-bouches, dans l'attente qu'un aristocrate veuille goûter à l'un de ces délicieux petits-fours.

Elle se dirigea donc vers elle, résolue, sans gêner aucun des précieux invités de ses maîtres, et rejoignit, en quelques foulées, la jeune fille, dont le visage se fendit d'un large sourire en l'apercevant. Pour une fois, la seule fois de sa vie, elle ne répondit pas à son sourire lumineux, elle lui demanda de se pencher un peu vers elle et lui glissa quelques mots à l'oreille. Hermione acquiesça simplement à ses paroles, elle posa le plateau sur le manteau de la cheminée puis suivit son aînée en plissant son front, perplexe face à ce qu'elle avait entendu.

Lord Prince, qui discutait avec un groupe d'amis fortunés, une coupe de champagne à la main, n'avait rien manqué de ce curieux échange malgré son apparence détachée et l'attention qu'il semblait porter à la conversation. Surpris par la présence de sa cuisinière dans le salon ainsi que par leur départ à toutes les deux, il s'excusa poliment auprès de ces Messieurs, déposa son verre sur une table garnie de bouquets de fleurs, de bougies et de nourriture et suivit le même chemin que ses deux domestiques quelques minutes plus tôt en fronçant ses sourcils noirs, préoccupé.

Il traversa les différentes pièces et couloirs de sa demeure à grandes enjambées, actionna la poignée de la porte qui menait à l'escalier de service de ses employés et descendit rapidement afin de rejoindre les cuisines. Néanmoins, arrivé à proximité, il ralentit légèrement l'allure en entendant un cri désespéré et il s'arrêta dans l'encadrement de la porte, à moitié dissimulé par la pénombre, pour observer.

C'était Hermione qui avait poussé ce cri déchirant. Elle était à présent dans les bras de Madame Chourave, qui la berçait contre son cœur et lui murmurait sans doute des paroles apaisantes à l'oreille, et elle pleurait toutes les larmes de son corps, son visage enfoui entre ses mains et son front posé contre l'épaule de la cuisinière, tandis que le jeune homme porteur de la triste nouvelle tripotait son chapeau, mal à l'aise, un air désolé sur le visage.

Severus grimaça. Il ne fallait pas être détective pour comprendre ce que ce jeune homme était venu lui annoncer… Il détourna un instant son regard de la scène, peiné pour cette douce jeune fille qui ne méritait certes pas de souffrir de la sorte, puis il reporta subitement son attention sur eux, entendant des bruits de pas précipités et des exclamations. Il vit alors Madame Chourave, les bras ballants, qui fixait la porte de l'office qui donnait sur la cour intérieure par laquelle Hermione était sans doute sortie en courant, et le messager s'incliner et s'éclipser afin de repartir chez lui.

Rogue patienta un peu afin d'être certain que le jeune homme était parti, il s'assura également que personne ne tente de rattraper la jeune femme qui était sortie dans la nuit pour extérioriser son chagrin puis, rassuré de voir que la cuisinière avait conseillé aux autres de la laisser tranquille et s'était elle-même remise à la tâche pour la grande fête que sa femme avait organisée, il recula et rejoignit une autre porte qui menait à l'extérieur.

Un fois dehors, il réfléchit un instant en inspirant cet air frais de ce début de soirée de printemps puis il décida de commencer ses recherches en inspectant les endroits les plus sombres et les plus reculés de ses jardins, songeant que c'était là-bas que l'on pouvait le mieux se couper du monde et pleurer un proche récemment disparu. Il arpenta les allées de ses jardins pendant un long moment, en plissant les yeux pour mieux voir dans l'obscurité qui régnait et en tendant l'oreille, avant de distinguer, au loin, un léger son qui évoqua tout de suite dans son esprit les pleurs de Hermione. Il se dirigea alors vers la source de ce bruit et découvrit la jeune fille, assise au pied d'un arbre, cachée par un épais buisson au feuillage déjà dense pour la saison, qui sanglotait tristement en dissimulant son visage dans ses mains, ses genoux remontés contre sa poitrine secouée de soubresauts.

Severus grimaça une nouvelle fois pour la soirée, n'ayant jamais apprécié voir quelqu'un pleurer, peu importe qui cela puisse bien être, et il approcha doucement d'elle sans faire le moindre bruit. Il s'accroupit ensuite pour être à sa hauteur et prononça simplement son prénom à voix basse afin de signaler sa présence et aussi pour essayer de ne pas lui faire peur.

« Hermione… »

La jeune servante redressa vivement la tête, surprise d'entendre cette voix basse et grave qu'elle connaissait bien tout près d'elle, et ses yeux caramel qui débordaient de perles salées tombèrent soudain dans son regard noir comme la nuit qui luisait de compassion et de bienveillance.

« Il est mort, Monsieur… Mon père… est… mort… chuchota-t-elle d'une voix à peine audible, étranglée par le chagrin.

- Je suis sincèrement désolé pour vous… Si je puis faire quoi que ce soit pour vous aider, dites-le-moi, se contenta-t-il de répondre, sachant que rien de ce qu'il pourrait bien dire ou faire ne pourrait apaiser une telle douleur.

- Je veux juste… mon père… » répliqua-t-elle tristement avant de détourner son regard de lui et d'enfouir sa tête contre ses jambes.

Rogue observa la jeune fille qui s'était remise à pleurer, peiné pour elle, il se redressa sur ses deux pieds puis se pencha pour l'aider à se relever également, ne souhaitant pas qu'elle reste assise sur ce sol humide au risque qu'elle ne tombe malade. Hermione le laissa faire, n'ayant pas la moindre volonté de résister et se montrant aussi molle et malléable qu'une poupée de chiffon, et elle se retrouva soudainement debout, blottie contre son torse, entre ses bras vigoureux qui l'enserraient étroitement et qui l'empêchaient de chanceler.

« Si seulement je pouvais vous le ramener, croyez bien que je le ferais sur le champ, Hermione… » susurra-t-il de sa voix la plus douce aux creux de son oreille, en caressant tendrement ses cheveux ébouriffés.

La jeune femme ne fit qu'acquiescer, sachant bien qu'il était sincère, et elle serra frénétiquement entre ses doigts le tissu de son complet en soie noir, laissant son chagrin se déverser sur ses joues roses et humidifier peu à peu le tissu du vêtement de fête de son maître.

Elle demeura un long moment dans ses bras à pleurer la perte de son père, dans le silence bienfaisant de la nuit, tandis qu'il continuait de la serrer contre son torse, de la bercer légèrement et de caresser ses cheveux soyeux qui s'étaient échappés de sa coiffure à la suite de sa course folle pour se réfugier dans cette partie des jardins.

Au bout d'un certain temps, étant petit à petit parvenue à apaiser et à maîtriser sa tristesse, Hermione, se rendant subitement compte de ce qu'elle faisait, se détacha légèrement de lui et releva son visage humide de larmes vers le sien. Elle rencontra alors son regard sombre qui l'examinait avec sollicitude, elle baissa ses yeux couleur whisky vers son veston et sa chemise qu'elle avait serrés si fort entre ses doigts et sur lesquels elle avait versé tant de larmes puis elle releva une nouvelle fois la tête vers lui afin de s'excuser.

« Je… Je suis navrée, Lord Prince… J'ai froissé vos beaux vêtements et je… les ai trempés…

- Hermione, si vous saviez à quel point je m'en moque, rétorqua aussitôt l'artistocrate en levant brièvement les yeux au ciel. Tout ce qui m'importe, c'est vous, pas ces vêtements, ajouta-t-il, ses mains désormais posées sur le dos de sa jeune servante pour continuer de la soutenir.

- Mais vous… Depuis combien de temps sommes-nous ici ? Ne devriez-vous pas retourner à la fête ? demanda-t-elle ensuite en fronçant ses sourcils bruns, déboussolée.

- Je n'en sais rien mais je ne retournerai pas là-bas sans vous avoir ramenée au manoir et m'être assuré que vous vous portez bien, répondit-il en désignant sa grande demeure, qui se situait derrière lui, d'un geste de la tête.

- Je… Je vais bien, Monsieur… Vous pouvez repartir. Je rentrerai dans quelques minutes, déclara-t-elle d'une voix qu'elle espérait assurée, en s'écartant doucement de lui afin que ses grands bras ne la retiennent plus dans son étreinte et en s'essuyant rapidement les yeux du revers de ses mains.

- Je ne partirai pas sans vous, Miss Granger, répliqua-t-il en la laissant se dégager de ses bras et en mettant alors ses mains derrière son dos.

- Vos invités vont finir par se demander où vous êtes passé, lui fit-elle remarquer pour tenter de le dissuader de rester auprès d'elle.

- Ainsi auront-ils l'occasion de faire travailler leur imagination pour inventer des histoires toutes plus sordides et saugrenues les unes que les autres… » répondit-il en inclinant légèrement son buste vers elle, sarcastique et loin d'être perturbé par sa remarque.

La jeune fille ne put s'empêcher d'émettre un léger rire, amusée par son détachement et par sa réponse, en l'observant de ses grands yeux de biche qui étincelaient toujours de larmes, puis elle détourna son regard de lui en mordillant un peu sa lèvre inférieure, songeant avec culpabilité qu'elle ne devrait pas déjà être capable de rire à cet instant.

Rogue, content de l'entendre rire, même pour quelques secondes, capta directement sa pensée. Il attrapa alors doucement son menton entre ses doigts pour l'obliger à le regarder de nouveau et il déclara fermement en plongeant ses yeux onyx dans les siens :

« Je suis convaincu que votre père serait plus heureux de vous voir rire plutôt que pleurer.

- Vous… Vous avez probablement raison, Lord Prince… » concéda-t-elle en hochant légèrement la tête.

L'homme en noir esquissa un mince sourire auquel la jeune fille répondit timidement, il essuya tendrement de son pouce quelques larmes qui restaient sur sa joue gauche puis, après l'avoir encore détaillée longuement en silence, il lui demanda alors :

« Vous rentrez avec moi, Hermione ?

- Oui, Monsieur, accepta-t-elle en essuyant son autre joue toute seule. Merci. »

Ils repartirent tous les deux vers le manoir, marchant simplement côte à côte dans le profond silence de la nuit, percevant peu à peu le bruit et le tumulte que produisait la fameuse fête du printemps de Lady Prince à mesure qu'ils approchaient de la grande bâtisse.

Une fois parvenu devant l'entrée secondaire, celle que les domestiques utilisaient, Severus s'arrêta un instant et conseilla sagement à sa servante :

« Rejoignez votre chambre et allez vous coucher, Hermione.

- Mais la soirée n'est pas terminée et… voulut-elle aussitôt protester en relevant vivement son visage vers lui.

- Nous avons suffisamment de main d'œuvre. Ne vous en faites pas pour cela, lui assura-t-il en l'interrompant directement. Quant à vous, vous avez besoin de calme et de repos, décréta-t-il en la détaillant avec attention.

- Je ne voudrais pas que…

- Si quelqu'un ose émettre la moindre réflexion à ce sujet, il aura affaire à moi, Miss Granger. Ne craignez rien, affirma-t-il encore. Tout le monde sait à quel point vous êtes consciencieuse et comme vous accomplissez parfaitement votre travail dans cette maison. La seule qui ne veut pas le reconnaître, c'est uniquement par mauvaise foi et par mesquinerie… ajouta-t-il avec un air entendu, parlant évidemment de son épouse.

- D'accord, Monsieur, accepta-t-elle finalement, vaincue une fois de plus. Je… Je vous remercie beaucoup, Monsieur… Pour tout ce que vous faites… » déclara-t-elle encore avant de faire une petite révérence puis de s'éclipser.

Rogue la regarda entrer dans la demeure et gagner le couloir qui menait à sa chambre puis il se dirigea vers les cuisines et demanda d'un signe de la tête à Madame Chourave de le rejoindre dans un coin un peu moins fréquenté par les domestiques.

« Je compte sur vous pour prendre soin de Miss Granger, Madame Chourave. Je lui ai donné congé et lui ai dit d'aller directement se reposer dans sa chambre, lui apprit-il brièvement, leur discussion étant couverte par les bruits des cuisines.

- Bien entendu, Lord Prince, acquiesça-t-elle sans la moindre hésitation. J'irai la voir après mon service afin de m'assurer qu'elle n'a besoin de rien.

- Merci, Madame Chourave. Je savais que je pouvais vous faire confiance, répliqua-t-il avant de se détourner d'elle pour rejoindre la fête, même si le cœur n'y était pas.

- Monsieur, attendez, s'il vous plaît ! le retint-elle rapidement en posant une main sur son bras. Si je puis me permettre, vous devriez changer de vêtements pour éviter d'attiser la curiosité de vos invités… » conseilla-t-elle ensuite à voix basse en désignant sa chemise, son gilet et sa redingote froissés et humides de larmes d'un geste discret de la tête.

Lord Prince baissa un instant la tête vers ses vêtements légèrement chiffonnés et en désordre, il releva son visage vers la cuisinière en souriant un peu et déclara avant de partir :

« Merci, Madame Chourave. »

Severus fit donc d'abord un détour par sa chambre afin de changer de costume, il se versa un verre de whisky qu'il vida d'une seule traite avant de le reposer sur le petit guéridon afin de se donner le courage de supporter la fin de cette soirée mondaine dont il n'avait que faire puis il se résolut à retourner dans le salon qu'il avait quitté un peu plus tôt dans la soirée, là où tous ses invités discutaient, mangeaient, buvaient, jouaient aux cartes et riaient.

À peine avait-il remis un pied dans la pièce, en faisant comme s'il n'était jamais parti, que son épouse, qui avait revêtu la toilette la plus élégante et sans aucun doute la plus onéreuse de toute sa garde-robe, lui tomba directement dessus, l'attira un peu à l'écart et chuchota furieusement avant d'offrir un sourire de façade aux invités qui la regardaient :

« Où Diable étiez-vous donc passé ?

- J'avais une affaire urgente à régler… se contenta-t-il de répondre, en prenant un verre de champagne sur le plateau qu'un serveur lui présentait poliment.

- Hum… renifla-t-elle, méprisante, une fois que le jeune homme se fut éloigné. Une affaire urgente avec des jupons, des cheveux mal coiffés et des yeux larmoyants sans doute ! persifla-t-elle, en colère.

- Cela ne vous concerne absolument pas, ma chère, rétorqua-t-il simplement en tâchant de conserver son calme.

- Oh ! Évidemment que ça me concerne si cette espèce de petite mijaurée se permet de… voulut-elle dire, assassine.

- Narcissa ! Cessez ceci immédiatement, je vous prie, l'interrompit-il alors de sa voix tranchante et basse. Ce n'est ni le moment ni le lieu pour faire une scène ! » ajouta-t-il avant de s'éloigner d'elle et de rejoindre un groupe de gentlemen.

Lady Prince le regarda s'avancer vers ces Messieurs qui étaient d'éminents membres du parlement britannique, furieuse contre son époux. Elle inspira une bonne fois pour se calmer, gonfla sa poitrine, afficha son plus beau sourire qu'elle cacha un peu derrière un éventail ouvragé et elle se dirigea vers Lord Malefoy et son fils, Lady Zabini ainsi que les époux Lestrange, avec qui elle était cousine, pour tenter de passer une agréable soirée.


Merci d'avoir lu! J'espère que ça vous a plu ;-)

A la prochaine!

Bisous