Chapitre 13 : Coup de foudre
Les deux hommes marchaient en silence dans les rues de Vienne. Arrivés sur le perron de la demeure de Salieri, le brun soupira.
- Merci Mozart, passez une bonne soirée.
Il s'apprêta à ouvrir la porte mais la voix de son cadet retentit.
- Maestro ?
Il se retourna pour lui faire face.
- Oui ?
- Vous me prenez pour un idiot ?
La question semblait sincère, il souriait même en posant la question.
- Mais non… Pourquoi ?
- Parce que vous allez monter dans votre bureau et vous remettre à travailler une fois cette porte fermée, on le sait tous les deux.
Salieri ne sut quoi répondre, il avait en effet prévu de poursuivre son travail, mais comment l'autrichien avait-il pu le savoir ? Il ouvrit la bouche pour répondre, il ne sut quoi dire, il la referma.
- Votre silence est éloquent, reprit le blond. Il confirme ce que je savais déjà. Je suppose que je n'ai pas le choix.
- Pas le choix ? A propos de ?
Wolfgang s'avança pour entrer avant son aîné et lui tenir la porte avec politesse.
- Considérez moi comme votre invité non désiré et votre colocataire jusqu'à ce que vous vous soyez reposé.
Salieri entra et Mozart referma la porte derrière eux.
- C'est une blague ? Vous ne comptez pas vraiment rester ici ?
- J'ai l'air de plaisanter, maestro ?
Ils se fixèrent du regard, figés. Une femme arriva pour accueillir le propriétaire des lieux. Salieri parla sans lâcher le blond des yeux.
- Rentrez chez vous je vous prie, je donne à tout le personnel quelques jours de congés, j'ai besoin de silence. Mozart et moi même avons du travail. Transmettez cela à vos collègues et rentrez, passez une bonne soirée.
- Oh, grand merci monsieur Salieri.
Elle repartit aussitôt pour avertir les autres, et Wolfgang sourit.
- Nous avons du travail ? dit-il avec malice.
- Je n'allais quand même pas dire que vous seriez là pendant des jours parce que vous êtes une insupportable tête de mule.
- Vous acceptez donc l'idée de ma présence ?
- Si je répondais non, cela vous ferait-il partir ?
- Absolument pas.
- Voilà, je me suis donc résigné.
Mozart rit doucement.
- Dites, vous donnez souvent des congés à votre personnel, ils ne se posent pas de questions ?
Salieri roula des yeux, qu'insinuait encore son cadet ?
- Non, soupira-t-il, justement parce qu'ils ont l'habitude. Je suis quelqu'un de solitaire, ça arrive très souvent que je fasse ça, et même bien avant de vous rencontrer. Et c'est quelque chose qui leur convient très bien puisque je les paie quand même comme s'ils travaillaient, tout le monde en sort gagnant.
- Je vois. Vous êtes un grand homme, monsieur Salieri. Ils sont chanceux de vous avoir comme employeur. Au lit maintenant.
- Je vous demande pardon ?
- Et bien, vous me demandez beaucoup pardon aujourd'hui.
Salieri sembla consterné, et cela fit rire de nouveau le jeune prodige.
- Pour répondre plus sérieusement, maestro, je me doute que vous ne souhaitez pas faire ce que je vous demande, alors je vais m'assurer que vous vous reposiez, et ça ne me pose aucun problème de vous soulever de suite pour vous mettre dans votre lit. Et croyez moi sur parole, s'il faut que je vous y attache, je le ferai.
- J'admire votre dévouement Mozart, mais ça ne sera pas nécessaire.
Il prit la direction de l'escalier et Mozart fit la moue.
- Presque déçu, souffla-t-il avant de suivre son aîné.
Il dut l'aider à marcher sur les dernières marches lorsque l'italien trébucha à cause de sa fatigue, et l'autrichien passa le bras de son aîné autour de ses propres épaules pour le soutenir afin de le conduire jusqu'à la chambre. Il l'aida à s'assoir sur le lit, puis à retirer son manteau.
- Si vous voulez vous déshabiller davanta..
- Pas un mot de plus, pitié… C'est déjà assez embarrassant. Aidez moi juste avec les guêtres et le pantalon, et après ça ira.
Mozart obéit, et quand les jambes de Salieri furent découvertes, il l'aida à s'installer dans son lit. Wolfgang replaça les couvertures sur lui, et il observa son visage, toujours très pâle.
- Vous voyez dans quel état vous vous mettez ? Vous n'avez pas besoin de noyer vos émotions dans le travail, vous vous faites du mal.
Les paupières lourdes, Salieri soupira, presque sans en avoir conscience.
- Mais si je… Si je ne me donne pas entièrement à ma musique… Comment pourrais-je espérer égaler votre génie ? Et.. comment pourrais-je oublier mes peines ?
Il s'endormit sur cette phrase, épuisé. Mozart sembla surpris par ses paroles, il n'aurait pas cru que l'italien se sous estimait autant, ni qu'il se sentait si inférieur à sa musique à lui. Il ne put imaginer le complexe ressenti par cet homme, si perfectionniste, si passionné, si intense, mais cela lui fit mal de comprendre qu'il devait se comparer à un imposteur, depuis son arrivée à Vienne, depuis qu'il était entré dans sa vie.
Mozart se baladait dans l'immense manoir silencieux. Il fouillait les pièces, jouait avec les bibelots. Bien que fouiller dans les affaires de son aîné était une activité passionnante, il s'en lassa étonnement vite, et il alla dans le bureau de Salieri pour jouer du piano. se laissant entraîner par la mélodie, il joua pendant plusieurs heures, jusqu'à s'arrêter, interpellé par un son régulier, le son de la pluie. Il regarda vers la fenêtre et remarqua deux choses, premièrement la pluie tombait avec violence dehors, et deuxièmement, la fenêtre était grande ouverte. A cette saison, qui avait aéré ainsi la pièce ? Dehors le ciel semblait ne pas avoir fini de se manifester, il était sûr que l'orage gronderait d'ici peu, alors il referma la fenêtre avant de sortir pour vérifier qu'aucune autre n'était encore ouverte. Quand il remonta du rez de chaussée, il longea le couloir, et entendit l'orage gronder. Il adorait avoir raison. Un coup de tonnerre s'abattit soudain dans un grand bruit, et il entendit un cri. L'autrichien entra aussitôt dans la chambre de Salieri. Ce dernier avait sursauté en entendant le coup de tonnerre. le blond alla aussitôt fermer la fenêtre, elle aussi grande ouverte, et cela réduisit légèrement le son de la foudre qui continuait à retentir au dessus de Vienne. Il tourna la tête vers son aîné, et remarqua l'inquiétude et le stress sur son expression qu'il tentait pourtant de contenir. Mozart comprit. Antonio Salieri avait peur de l'orage. Il s'approcha et s'assit sur le bord du lit.
- Tout va bien, maestro, ce n'est rien.
- Je sais…
Sa voix était fébrile.
- Vous avez peur du tonnerre ?
Il n'osa pas l'avouer, mais par automatisme, sa tête acquiesça. Il rougit de honte en s'en rendant compte. Le blond le trouva adorable, mais il n'aimait pas le voir apeuré, il glissa doucement sa main dans la longue chevelure sombre de son aîné et il murmura.
- Tout va bien, je ne serais pas loin si besoin.
- Non…
Antonio sentit sa gorge se serrer tandis qu'il parlait sans le vouloir.
- Restez avec moi… S'il vous plaît.
Mozart ne put s'empêcher de sourire.
- Avec grand plaisir…
Il s'installa près de lui, et le brun se décala pour lui faire plus de place, avant de se blottir contre le torse de l'autrichien pour se rassurer, celui ci n'en revenait pas mais il remercia le ciel de lui accorder ce privilège. Rapidement, Salieri se rendormit, et Mozart fixa le plafond.
- J'adore l'orage…
