Chapitre 17 : Seul dans les bois

La neige avait recouvert la ville de Vienne dès le début de l'hiver, et les températures avaient fortement diminué. Mozart traversa les rues de la cité en courant, souhaitant rendre visite à son amant, il toqua à la porte, et une domestique vint lui ouvrir, il demanda alors à voir Salieri.
- Monsieur est sorti se balader, l'informa la jeune femme en souriant.
Wolfgang la remercia et il tourna les talons, se demandant où était parti son maestro. Au fur et à mesure qu'il réfléchissait, il se décida à sortir de la ville, après tout, connaissant Antonio, ce dernier aurait opté pour un lieu sans trop de monde, aussi les alentours de la ville, qui étaient composés de bois et de sentiers perdus, lui semblait une bonne piste à suivre. Il remarqua rapidement des traces de pas dans la neige qui s'éloignaient du chemin, et il les suivit pendant de longues minutes, jusqu'à apercevoir la silhouette de Salieri au loin. Il se cacha derrière un arbre pour le regarder. L'italien était habillé d'un long manteau, comme à son habitude, et son souffle devenait une brume légère à chaque expiration. Il avait levé la tête et fixait le ciel d'où la neige tombait par flocons. Wolfgang trouva qu'il avait l'air mélancolique, comme souvent quand il se croyait seul, mais que l'autrichien l'observait secrètement.


Salieri était sorti tôt ce matin là. Il avait averti les domestiques travaillant chez lui, et avait traversé la cité ensevelie sous la neige, couvert d'un long manteau. Il s'était glissé hors de la ville, longeant le sentier, avant de le quitter pour s'enfoncer dans les bois. marcher l'aidait à réfléchir, et il appréciait la solitude. Il s'était arrêté dans une clairière, se laissant perdre dans toutes ses pensées. Il devait être honnête avec lui même, il doutait beaucoup. De lui, de son mérite, de ce qu'il avait accompli, et plus récemment, de ce qu'il vivait avec son cadet. Sa raison ne cessait de lui susurrer qu'il s'agissait d'une erreur, que le secret découvert pourrait leur faire risquer gros à tous les deux, même s'ils avaient le soutien de l'empereur, qu'il n'aurait pas du céder à ses pulsions, qu'il ne méritait même pas d'avoir ce bonheur. Et son coeur lui criait en réponse qu'il ne pouvait désormais plus vivre sans le sourire de Wolfgang Amadeus Mozart. Et cette dépendance le terrifiait aussi. Il se sentait perdu, il n'osait pas en parler, et cela le rongeait de l'intérieur. Il prit une longue inspiration, lasse, quand soudainement, une masse de neige s'écrasa sur son visage. Antonio écarquilla les yeux, surpris, mais de nouveau, de la neige le frappa en plein visage, venant par le côté. Il mit ses bras devant lui pour se protéger et regarda au dessus, se figeant. Mozart. C'était lui, qui derrière les arbres, lui lançait des boules de neige. L'autrichien éclata d'un rire léger et frais, qui lui réchauffa le coeur autant que la neige lui glaçait la peau.
- Vous rendez déjà les armes, maestro ? Vous ne pouvez pas me battre sur ce terrain là !
- Mais quel âge avez vous, Wolfgang ? souffla l'italien d'un air consterné.
- L'âge de vous ensevelir sous la neige si vous ne vous défendez pas.
Et sur cette parole, il continua de lui lancer de multiples offensives. Pour ne pas être trempé et empli de neige, Salieri commença à répliquer, bien qu'avec moins d'enthousiasme, mais au fil des minutes, le maître de la chapelle commença à se prendre au jeu, souriant quand il arrivait à toucher l'insolent qui l'avait provoqué. Saisissant une nouvelle boule de neige qu'il lissa légèrement, il se tourna pour viser son adversaire et fut surpris de ne plus le voir à quelques mètres de lui. Il se retourna aussitôt, pour voir Wolfgang juste devant lui lui saisir les épaules pour le pousser en arrière. Salieri tomba lourdement sur le sol, et en une fractions de secondes, il se retrouva chevauché par le blond.
- J'ai gagné, le railla celui ci d'un grand sourire provocateur.
Antonio, qui tenait toujours sa boule de neige dans la main, leva simplement son bras pour l'écraser sur le visage de l'impertinent. Ce dernier fit la moue, la glace humidifiant ses mèches blondes.
- Bon, d'accord, j'admets que vous vous êtes bien défendu. Vous méritez bien une récompense.
L'autrichien se pencha en avant pour s'emparer des lèvres de son aîné, qui ferma les yeux pour savourer le baiser. Mozart se laissa entraîné par ses désirs, et il approfondit le baiser, sauvage, ardent, faisant gémir son maestro qui entrouvrit les lèvres, lui permettant d'y glisser sa langue taquine. Après de longues minutes où Salieri se demanda s'il n'allait pas se faire dévorer, le blond finit par rompre le baiser, et il recula, tout en laissant sa langue se lécher les lèvres.
- Vous aussi vous avez extrêmement chaud alors qu'on est allongés dans la neige ?
Le maître de la chapelle rougit, et il hocha finalement la tête. Mozart ricana en le voyant si gêné. Il se pencha pour susurrer.
- Je vous prendrai bien là de suite, mais je n'ai pas très envie que vous tombiez malade maestro. Pensez vous pouvoir attendre que nous rentrions ?
- Non mais vous me prenez pour qui ? se vexa le brun. Je ne suis pas un animal incapable de me contrô…
Mozart serra ses cuisses autour du corps de son amant, et celui ci gémit, incapable de finir sa phrase.
- Permettez moi d'en douter. Alors, pensez vous pouvoir attendre ?
Salieri fronça les sourcils, frustré, mais il hocha la tête. Mozart se leva alors en rigolant, et il lui tendit la main pour l'aider à se relever à son tour.
- Je pense qu'il est grand temps que je vous invite dans mon appartement à mon tour, sourit-il alors.