Chapitre 19 : Complice ?
Archibald sourit avec fierté, plus les mois défilaient, plus il y avait de monde dans ses soirées. tout se passait exactement comme il le voulait, il était apprécié, s'était fait des amis prestigieux, et l'opinion publique lui apportait chaque jour un peu plus de popularité. Il tourna son regard vers le musicien qui s'appliquait à jouer au piano, accompagné d'un orchestre. C'était aussi cet homme qui lui avait apporté aussi vite cette notoriété au sein de la cour. Mozart, génie adulé de la cité, avait accepté nombre de prestations chez lui, et sa simple présence avait ameuté les convives à une vitesse folle. Bien sûr, pour le blond, il s'agissait de travail, pour gagner un bon salaire, mais il servait sa cause sans même le savoir. Archibald appréciait la fougue du jeune homme, son dédain pour les convenances, pour les grands de ce monde. L'autrichien termina son morceau, et il s'inclina avait un brin d'exagération devant la foule qui l'applaudissait. Archibald se demanda alors s'il pourrait être un complice dans son entreprise. Il prit deux verres sur la table et alla à la rencontre du blond.
- Monsieur Mozart, je vous offre un verre ?
- Volontiers, répondit le jeune homme avec un sourire.
Ils trinquèrent tout en marchant vers un coin plus tranquille.
- Quel plaisir de vous avoir pour la musique à chacune de mes soirées, vraiment, merci à vous, commença-t-il d'un ton mielleux.
- C'est que vous payez vachement bien.
Archibald répondit, cette franchise directe l'amusait.
- Je me demandais, vous n'avez toujours pas plus d'ambition que lors de notre rencontre ?
- Je me verrais bien avoir mon propre cabinet de travail d'ici quelques temps en fait, mais ce serait vraiment un petit plus, pas une réelle nécessité.
- Non pardonnez moi, je voulais dire vis à vis de votre profession.
- Je fais déjà ce qui me plaît, pourquoi voudrais-je changer ?
- Pour le prestige ?
Mozart haussa les épaules.
- Oh, ce n'est pas quelque chose qui m'importe, et puis j'ai déjà une belle renommée, je ne vois pas ce que je pourrais vouloir de plus.
- Le titre de compositeur impérial ? Ou celui de maître de la chapelle ? Sachez qu'avec le poids que j'ai en ville désormais, je serai ravi d'appuyer votre candidature.
Mozart resta un instant silencieux. Tous les signaux lui soufflaient de se méfier, et de faire attention à la réponse qu'il donnerait. Bien qu'il soit assez enfantin et bon vivant, le jeune homme était, à l'image de ses compétences musicales, très intelligent. Quelque chose que les autres avaient tendance à sous estimer, ou à oublier, ce qui lui était très utile. C'était la deuxième fois qu'Archibald lui parlait de ce sujet, il ne devait pas seulement l'apprécier, il devait avoir quelque chose contre Salieri, qui occupait ces postes. Il sourit poliment.
- Non, je ne suis pas particulièrement intéressé. Vous avez quelque chose à reprocher au travail d'Antonio Salieri ?
Archibald afficha un sourire faux.
- Non, pas du tout, je voulais simplement vous afficher mon soutien le plus sincère en remerciement pour ce vous apportez à mes soirées.
Wolfgang sentit qu'il mentait.
- Vous ne l'invitez jamais pourtant, mais je ne veux pas vous offenser, peut être a-t-il été rude à votre égard, il n'est pas un homme patient, ni très prévenant, malgré toutes ses qualités certaines.
Archibald acquiesça doucement.
- Non, il n'a rien fait de tel, rassurez vous, nous ne partageons pas la même sensibilité sur ce monde et sur l'art, c'est pourquoi je préfère votre talent au sien. Je voulais simplement vous encourager parce que je vous trouve très doué, n'y voyez aucune malice.
- Bien sûr, et je vous remercie pour votre attention.
Ils se saluèrent d'un hochement de tête et se séparèrent, la conversation close. Archibald était maintenant sûr que Mozart ne pourrait lui servir de complice, mais ce n'était pas grave, il allait faire les choses lui même. Le musicien pour sa part, bien qu'un peu soucieux de cette discussion, se dirigea vers le buffet, empli de sucreries parmi tous les mets proposés. Il commença à en manger, par gourmandise et par ennui.
Tard dans la nuit, Mozart ouvrit la porte de l'appartement, il avança dans le salon pour trouver Salieri confortablement installé dans le canapé à lire un livre. Il sourit, heureux de cette vision, et s'assit près de lui.
- Bonsoir maestro, ronronna-t-il amoureusement.
Le brun se tourna vers lui et il s'approcha pour le saluer d'un baiser délicat. Dès qu'il posa ses lèvres sur celles du jeune autrichien, le maître de la chapelle sentit le goût sucré qu'elles avaient, en cause de ce qu'il avait mangé à la soirée, et il adora ça, intensifiant le baiser avec enthousiasme. Mozart enroula ses bras autour de lui pour le serrer contre son torse, le laissant prolonger le baiser avec cette fougue qui le surprenait autant qu'il l'adorait. Quand Salieri recula enfin, le regardant dans les yeux, il ne put s'empêcher de rire.
- Je vais me mettre à manger des sucreries régulièrement je pense, vous aimez tellement ça que vous avez failli me dévorer, et j'adore ça…. Je songe même me couvrir le corps de sucre… Histoire que vous baladiez vos si douces lèvres partout…
Antonio rougit légèrement, il savait son faible pour le sucre, et il savait son faible pour le musicien, alors les deux ensemble, il frissonna, faisant rire son amant, qui revint l'embrasser délicatement.
- Je vais enfin commencer à passer une bonne soirée maintenant que je vous ai dans mes bras…
