Chapitre 20 : grosse frayeur
Salieri soupira, il avait beau être un personnage important de la cour, le compositeur impérial en charge de l'orchestre à chaque célébration de l'empereur, il s'ennuyait profondément en présence de telles foules. Il était un homme solitaire, aimant être seul. Les convives levèrent leur verre pour trinquer, et Salieri se tourna pour récupérer le sien, qu'il avait posé et délaissé le temps d'un instant, et il le leva comme tout le monde avant de boire une gorgée. Il sentit rapidement une sensation de vertige, et il fronça les sourcils, il ne lui semblait pourtant pas avoir bu énormément. Le voyant tanguer, Mozart s'approcha discrètement.
- Bah alors maestro, sourit-il, on a encore abusé sur le vin ?
Salieri le regarda.
- Non, je ne comprends pas.
Mozart écarquilla les yeux en le fixant, et Salieri en fut surpris.
- Mais je vous promets que je dis la vérité.
- Je vous crois, répondit l'autrichien. Mais vous saignez du nez, ce n'est pas normal.
Le maître de la chapelle mit son index sous son nez, et il constata le rouge qui tâcha son doigt. Ses vertiges, de plus en plus forts, et ça, il sentit son rythme cardiaque accélérer tandis que la panique le gagnait, il jeta un regard terrifié à son cadet.
- Je ne comprends pas…
Mozart lui prit le poignet et il le tira discrètement en dehors de la salle de fête où la foule était nombreuse, puis il passa le bras de son aîné par dessus ses épaules pour l'aider à marcher vite et quitter le palais.
- Où m'emmenez vous Wolfgang ?
- Chez un ami, j'ai un mauvais pressentiment.
Ils traversèrent la ville plongée dans la nuit, pour finalement s'arrêter à la porte d'une maison en plein centre ville. Mozart tambourina la porte pendant de longues minutes, jusqu'à ce qu'une lumière s'allume et que la porte s'ouvre. Un homme en robe de chambre ouvrit, surpris d'être ainsi réveillé.
- Wolfgang Mozart ? Qu'est ce qui vous fait venir si tard ?
- On a besoin de votre aide, s'il vous plaît.
- Très bien, entrez.
L'homme se décala, laissant Mozart emmener son amant à l'intérieur, et il haussa les sourcils.
- Mais c'est le compositeur de l'empereur ? Que diable se passe-t-il Wolfgang ?
- Je crois qu'il a été empoisonné, pourriez vous l'ausculter ?
Salieri semblait ne plus être vraiment lucide, il fixait devant lui, essayant de contenir ses vertiges, et le sang s'écoulait toujours de son nez, tâchant sa chemise blanche. Il ne savait pas chez qui il venait d'entrer, mais ça n'avait aucune importance. Mozart fit assoir l'italien, et leur hôte s'approcha pour l'observer avec attention, manipuler son visage, regarder ses yeux. Puis il se retourna pour fouiller dans une armoire et il prépara un étrange mélange, qu'il mit dans un verre. Il le fit boire à Salieri, qui se laissa complètement faire, et quelques secondes plus tard, le maître de la chapelle s'écroula comme un pantin dont on aurait coupé les fils. Mozart et son hôte l'allongèrent sur le canapé, et l'autrichien effrayé prit la parole.
- Qu'est ce qu'il se passe ? Est ce qu'il va bien ?
- Oui, rassurez vous mon ami. Il a effectivement été empoisonné, mais j'ai pu lui administrer l'antidote avant qu'il ne perde conscience, donc il ne lui reste plus qu'à éliminer le poison tranquillement. Il se réveillera demain avec un bon mal de tête, mais pas plus que s'il avait bu beaucoup d'alcool. Vous avez bien fait de venir Wolfgang, vous lui avez sauvé la vie. A quelques minutes ou heures près, il serait mort.
Le blond déglutit, il avait eu très peur pour lui.
Salieri ouvrit les yeux, gémissant tant son crâne résonnait. Que s'était-il passé ? Et où était-il ? Il tourna la tête pour voir Mozart, assis sur une chaise près de lui, assoupi. Il se passa une main dans les cheveux pour les ramener en arrière, et son geste réveilla l'autrichien qui se précipita vers lui.
- Comment vous sentez vous ?
- J'ai jamais eu une telle gueule de bois.
- Et ça n'en est même pas une.
- En plus. Mozart, que s'est-il passé ? Vous avez su tout de suite où m'emmener, qui était cet homme, que m'est-t-il arrivé ? Je suis perdu.
Mozart lui caressa les cheveux, il le trouvait encore bien pâle.
- Doucement, ne vous précipitez pas. J'ai reconnu les effets d'un poison que j'ai déjà croisé dans les quartiers mal famés, mais je n'étais pas sûr, alors je vous ai emmené chez un ami de longue date, qui est expert dans tous types de produits illicites. Il a préparé l'antidote, et ça vous a sauvé la vie. Pour ce qui s'est passé, je ne peux en être sûr, mais je crois bien que vous avez été victime d'une tentative d'assassinat. Avez vous des ennemis maestro ? Des personnes qui voudraient vous tuer ?
Salieri referma les yeux et il soupira.
- Vu mes titres à la cour et ma proximité avec l'empereur, oui, beaucoup. Merci de m'avoir sauvé, Wolfgang, si vous n'aviez pas réagi si vite je…
- Pas besoin, je l'ai fait avec plaisir, vous savez bien que je ne peux pas me passer de vous.
Antonio sourit doucement.
- Qu'est ce que je ferais sans vous ?
- Vous ne feriez que du travail tout le temps. Est ce que vous vous sentez suffisamment en forme pour vous lever ?
- Je pense oui.
- Alors je vais vous raccompagner chez vous.
- Pas avant d'être allé remercier votre ami.
L'autrichien l'aida à se lever, et ils se rendirent dans le bureau, où leur hôte consultait des documents.
- Vous voilà réveillé ? Je suis soulagé. Le poison qui a été utilisé est assez commun, et pas bien difficile à contrer, mais il est très efficace, surtout si personne ne connaît l'antidote.
- Je voulais vous remercier, monsieur, de tout mon coeur. Vous avez sauvé ma vie.
L'homme sourit.
- C'est Mozart qui a réagi à temps, je n'ai fait que l'aider. Mais je vous en prie, monsieur Salieri. Tâchez de vous reposer.
