Bonjour à vous toutes et tous.
Je vous remercie pour ce premier accueil de cette fanfiction révisée.
C'est une fanfiction longue, ambitieuse, donc ce n'est pas pour les personnes qui ont envie de hâter leur lecture.
J'ai pris mon temps pour les descriptions, pour les introspections, pour découvrir l'envers de la réflexion du point de vue de Drago. Depuis que j'avais lu le sixième tome, je me demandais avec ferveur ce qui s'était passé dans sa tête pendant tous ces mois où il planifiait l'entrée des mangemorts dans Poudlard et l'empoisonnement de Dumbledore.
Cette fanfiction m'a octroyée la possibilité d'explorer ces recoins de son esprit, tout en jouant avec son psyché à l'envi, en ajoutant la sombre main de l'Obduro pour un cocktail plus destructeur encore.
L'histoire ne sera pas toujours au point de vue de Drago, mais aussi au point de vue d'Hermione, et des deux (du moins, je crois ?).
Je suis incapable à ce jour de tout prévoir car rien n'est gravé dans le marbre ! J'espère même que je n'aurais pas à retoucher des anciens chapitres en avançant, me rendant compte que je me suis tendue des pièges à moi-même... Ce serait ballot !
Bref, merci aux reviews :
lunamoon16 merci, j'espère ne pas te décevoir ;)
Sarah ravie de voir que l'équilibre d'écriture te plaît. J'essaie justement de maintenir un rythme qui accompagne vraiment l'action tout comme la réflexion.
Guest pour une première review, c'est surtout toi qui commence en fanfare ! je suis vraiment très heureuse que le début te plaise, et j'espère que la suite te plaira aussi.
Take another pill, it might just make you disappear.
Feel the dream you feed alone, it never comes to life.
Scream until your lungs deny to exhale anymore.
Hate the man that you've become, all the sins you store.
Tear my skin from flesh to bone, don't need it anymore.
My soul I'll vomit on the floor, don't need it anymore.
Take it all and let me have the only thing I need.
Death, for all I care.
Hope is eating me alive, I'm done with this.
Trust leaves me disappointed, I swear I'm done.
The night I spend in hell must be better spent alone.
Break or be broken, I can't do this on my own.
The pledge your heart denies is better than the pain
I lost myself again, I know I'm not the same.
Sins – Madison Paradox
Chapitre 1 – Flesh to Bone
VENDREDI 2 AOÛT – Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre.
Marasme. Deux heures dix de l'après-midi.
La pendule de sa chambre tic-taque inlassablement, rythmant le vide d'à-coups ensuqués et le regard oblique de Drago se perd de plus en plus dans le vague, croisant dans ses trajectoires des choses qu'il ne voit pas et des pensées qui l'effleurent sans l'atteindre.
Tout est englué, enseveli, atténué, engourdi. À travers cette sourde sensation, il sent dans son corps une brûlure qui étonnamment lui rappelle les coups de férule magique de Lucius Malefoy quand un petit Drago désobéissait à ses parents, et c'est alors la culpabilité qui à son tour semble ardre sa peau.
Il ne va pas y arriver. Comment le pourrait-il ? Toute sa vie n'est qu'une succession d'échecs.
L'Obduro assourdit sa médiocrité, certes, mais même elle ne peut lui accorder toute l'aide dont il a besoin. Des grimoires entiers de formules complexes, de runes qu'il ne connaît pas, de méthodes incompréhensibles : des paragraphes qu'il est censé comprendre à la première lecture s'il veut rester dans les temps.
Drago sourit sans joie, les yeux toujours absents.
Dans les temps ? Il est déjà en retard, irrémédiablement en retard. Il n'aura jamais le temps de finir tous les livres avant la rentrée, il le sait. La pile d'ouvrages sur le bureau le moque et il entend presque le ricanement méprisant de Severus Rogue résonner dans la pièce. Drago le maudit dans ses pensées, car, rendu paranoïaque par le manque, il est certain que le professeur lui a donné une telle quantité de grimoires en sachant pertinemment qu'il lui serait impossible de tout lire. Il cherche à le déstabiliser, à l'ébranler, à saper sa motivation, à ruiner ses efforts… à le ridiculiser.
Et il y parvient.
Drago soupire sans même s'en rendre compte et détourne le regard de la pile de livre, le reportant sur le parchemin illisible devant lui. Il ne comprend rien à cette page. Les mots n'ont pas de sens : l'ensemble est indéchiffrable.
Il réessaie. L'auteur étale commoration sur commoration, mais rien ne se clarifie. Au contraire, tout se mélange et se rend confus.
Pour conglutiner les deux objets, les deux maniements magiques rudimentaires que sont la magie primaire runaire et les afflux dans les endroits catalyseurs doivent être parfaitement maîtrisés, autrement dit éviter les randons à la fois de fluctuation, mais aussi de puissance. (…) Les maîtres du sujet conseillent une aptitude d'agglomération importante, notamment dans les flux des extrémités, afin de transmettre aux incantations l'énergie nécessaire à leurs créations, à leurs maintiens, mais également à la protection de l'incantateur.
Qu'est-ce que tout cela voulait dire, hein ? Rien.
L'essence du propos, il en était sûr, aurait pu être résumé en une seule et même phrase congrue, explicitant clairement les étapes à suivre… Mais non, il avait fallu pour se flatter l'esprit et s'enorgueillir l'égo, que l'auteur rentre dans de formidables logorrhées pleines de termes inutiles et pompeux, perdant ses lecteurs dans des incertitudes quant au sens des propos tenus, et leur faisant croire que son Art était au-dessus d'eux et qu'il était un sorcier d'une rare puissance.
Conneries.
Drago plongea la tête dans ses bras. Il avait les doigts glacés et les mains tremblantes, comme s'il avait bu trop de café. Ses pieds aussi étaient froids, malgré le contact douillet et chaleureux de la moquette et la température très clémente de la pièce.
Et s'il abandonnait ? S'il laissait tout tomber et choisissait de quitter sa vie ? Le pays ?
Le visage de sa mère se rappela bien sûr à lui. Il ne pouvait pas baisser les bras et la délaisser ainsi, aussi cruellement. Mais devoir porter toute cette responsabilité sur ses épaules lui coûtait tellement lui coûtait trop, en vérité.
Car Drago Malefoy se rendait compte d'une chose depuis ces dernières semaines : c'était la première fois qu'il essayait.
Il n'avait jamais rien donné. Il n'avait jamais donné de lui-même, jamais persévéré bien longtemps, toujours essayé de contourner les obstacles et d'éluder les difficultés. Il n'avait jamais affronté des problèmes, toujours demandé de l'aide à quelqu'un : à sa mère, son père ou des camarades de maison. Il n'avait jamais rien accompli seul.
Il ne savait même pas s'il en était réellement capable, après tout ce temps passé à s'exhorter à ne rien faire par lui-même.
Englouti par ses angoisses et insécurités, mais recraché par l'obligation, Drago redressa la tête, les yeux injectés. Il n'avait pas le choix. Ils allaient tous mourir s'il échouait. Il allait disparaître et sa mère avec lui. Abattu, il repensa aux nombreuses fois où, dans des rendez-vous mondains, la voix de sa mère s'était perdue dans des énumérations panégyriques à son sujet. C'était sa mère après tout, elle était très loin d'être avare dans les éloges le concernant et pas le moins du monde objective, mais il y avait cru. Il avait voulu croire tout ce qu'elle disait. Pourtant, sans être hypocrites, les propos étaient creux, car improbables. Il n'avait rien fait et n'était rien. Il en prenait désormais pleinement conscience.
Oui, réalisait Drago, la magie seule ne suffisait pas : d'autres qualités pour devenir un sorcier de talent et de légende étaient indiscutablement nécessaires.
Aussitôt, et comme d'habitude, se rappela à lui le visage familier de l'infâme pouilleuse. La haine le submergea à nouveau, traversant certaines contrées de son esprit pour nimber la figure caramel tiquetée d'éphélides et aux yeux bruns sagaces. Une vraie souillon nauséabonde avec ses cheveux en fétus de paille, frisottants comme si elle avait été frappée par la foudre. Peut-être était-ce là d'où elle tenait sa capacité à étudier ? Mais lui reprocher son apparence, à l'aulne de ses performances scolaires, était comme blâmer l'enfant qui lit de ne pas assez sortir de sa chambre. Les carences esthétiques résultaient sûrement de son inextinguible soif de connaissance. On n'avait pas le temps pour tout.
Dans tous les cas, il faisait ce qu'il voulait. Elle était aussi laide, qu'inadéquate et importune. Pourquoi pensait-il à elle ? Pourquoi à chaque fois qu'il songeait à ses réussites ou ses échecs, venaient se calquer dans son esprit les insupportables traits de la précellence embourbée et usurpatrice faite Gryffondor ?
Ce n'était pas normal, et même inacceptable.
Pour autant, la figure détestable lui fit relever la tête. Il ne pouvait nier que sa haine à son égard encensait bien des fois sa motivation, et ce, plus souvent qu'elle ne la dégradait. Il replongea dans sa lecture et se martela les yeux aux coups de burins des phrases sans queue ni tête d'un auteur qui ne voulait pas être compris et dont l'ouvrage, il en était sûr, était une forme avancée de torture psychologique.
DIMANCHE 4 AOÛT – Soir – Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre.
Drago ferma le livre. Un de moins à lire. Pourtant, aucune satisfaction ne vint l'emplir. Il lui avait fallu trois jours pour finir ce foutu bouquin. Trois jours à essayer d'élucider les explications, interpréter les symboles et décoder les schémas. Fatigué, il déplaça l'ouvrage sur la pile de ceux qu'il avait déjà lu et, d'un geste mou, en attrapa un nouveau sur la pile de ceux qu'il lui restait à lire. Évidemment, la pile de grimoires encore jamais ouverts était la plus haute, surplombant le bureau comme une tour de garde dont l'ombre n'avait que mauvaise augure.
Le picotement du manque revint lui fourmiller l'échine et, sans même y penser, il se leva et alla chercher la fiole sur sa table de nuit. Il dosa sans vraiment regarder, sans prendre conscience de ce qu'il faisait, comme s'il ne faisait que verser de l'eau dans un simple verre pour s'en désaltérer, et engloutit l'Obduro en une seule gorgée. La brûlure traversa sa trachée et lui picota le sternum, puis…
La glace vint zébrer la lave, parcourant tous ses territoires intérieurs pour les figer dans un fracas d'avalanche.
Il se rassit, les gestes mécaniques, l'esprit tempêté. Se glissaient entre les grêles des idées étincelles : sa dérangeante désinvolture quant à la saveur hermétique de la potion, des petits doutes pleins de maussaderie…
S'inoculait-il une drogue condigne, voire même un poison qui finirait par avoir raison de lui ?
Pourquoi le faisait-il avec tant de nonchalance alors qu'il se terrifiait de mourir des mains du Seigneur des Ténèbres ?
Avait-il la sensation qu'il contrôlait davantage sa destinée en s'infligeant lui-même du mal ?
Mais le froid les gelait chacune, les unes après les autres, taisant la culpabilité et l'embarras et raillant l'anathème de la voix moralisatrice qui venait le sermonner ou le moquer à chaque fois qu'il était en manque, empruntant tantôt l'intonation de son père, de Rogue, mais aussi celle de Potter.
Es-tu seulement capable de te maîtriser, Drago ? Tu es au bord du vide, et tu chancelles.
Mais le vent glacial hurlait en lui, rendant impossible toute introspection, toute incertitude. Seule restait la raideur, la conviction… et la haine.
Il ouvrit le nouvel ouvrage et s'y plongea la tête la première, comme l'un faisait le saut de l'ange dans le néant béant du savoir.
VENDREDI 9 AOÛT – Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre.
Drago préparait un sac de voyage, lisant distraitement un journal noir dans lequel, d'une écriture en pattes de mouche, se dressait une liste de formules.
Il avait trouvé ce carnet en fin de pile, mais n'avait pu résister à le commencer avant d'avoir fini les autres ouvrages – il était toujours très en retard sur ses lectures. En effet, le carnet avait attiré son regard et attisé sa curiosité de par sa différence avec les autres ouvrages : contrairement aux grimoires lus jusqu'ici, il s'agissait d'un manuscrit très simple, à la manière d'un journal intime, énumérant formule après formule, potions après potions, avec de laconiques descriptions de leurs effets. Il ne regrettait pas d'en avoir commencé la lecture, car c'était de loin l'ouvrage le plus lisible et instructif d'entre tous. La seule épine dans le pied de sa lecture confortable : le carnet avait été rédigé par Severus Rogue en personne.
Maléfices d'aphasie, de mutisme et surdité :
Assurdiato. Formule provoquant un bourdonnement dans les oreilles des personnes aux alentours afin de pouvoir tenir des conversations privées. Un demi-cercle, magie vers l'intérieur des oreilles à ensorceler. Contre-sort : Audibilis (peut également être utilisé pour entendre une conversation à longue-distance, voir section IV)
Bloclang. Formule coinçant la langue de l'adversaire à son palais. Petite spirale sens horaire, pointe vers le haut, vers l'intérieur de la bouche. NOTE : Utile pour faire taire les imbéciles.
Drago haussa un sourcil, amusé.
Rogue, jeune, aussi difficile que cela était à imaginer, avait visiblement inventé ces formules. Au vu des dates consignées, le carnet était un mémorial de son adolescence et scolarité à Poudlard, ainsi que de ses débuts dans ses études supérieures de Maître des potions et de Mangemort.
Chaque fois qu'il lisait une nouvelle formule, Drago se plaisait à en imaginer l'usage sur l'un de ses ennemis. Cette-fois ci, il songeait tous les faire taire, d'un seul et même coup de baguette, car il s'en savait désormais capable. Un ricanement silencieux lui tordit sournoisement la bouche. Ils auraient l'air fin, tous aussi muets les uns que les autres, à s'escrimer pour déloger leurs langues de leurs palets.
Elle, qui aimait particulièrement le son de sa propre voix lorsqu'elle levait la main pour étaler sa science, professait ses sermons ou lui retournait ses insultes, aurait bien du mal à ne pas en ressentir une vive frustration et la plus cuisante des humiliations.
Quelqu'un le sortit de ses pensées en toquant prudemment à sa porte.
— Drago, l'appela doucement sa mère. Puis-je entrer ?
— Oui, répondit-il en finissant hâtivement de nouer ses boutons de chemise.
Narcissa pénétra dans la pièce, se tordant nerveusement les mains. Ce geste, indigne de sa condition et même de son caractère, doucha Drago d'une inquiétude dont il se serait bien volontiers passée.
— Est-ce vraiment nécessaire pour toi d'y aller ? plaida-t-elle.
Sa voix évoquait sans appel des réticences répétées depuis quelques jours. Drago soupira.
— Oui, mère, j'en suis sûr, répliqua-t-il d'un ton plus brusque qu'il n'aurait voulu.
— C'est tellement dangereux, contrecarra-t-elle encore.
Drago lui adressa un petit sourire, presque de pitié.
— C'est le but.
Narcissa lui jeta un regard de bas en haut, englobant de toute son angoisse la silhouette mince, svelte et densément musclée de Drago.
— Tu as tellement grandi, constata-t-elle, la voix perdue entre l'admiration, la fierté et une sorte de résignation.
Elle s'approcha de lui. Il la dépassait désormais.
— Tu ressembles à ton père. Beau, fort et déterminé.
Pour une raison inconnue, Drago sentit un goût aigre-doux envahir sa bouche. De telles paroles étaient de la part de sa mère, il le savait, un sincère compliment. Lui-même l'interprétait comme tel. Mais paradoxalement en lui et malgré lui s'était développée une petite et sourde colère durant l'été. Il en voulait à son père d'avoir commis l'erreur du Ministère et avait commencé, peu à peu, à le blâmer pour son manquement à sa mission et à l'honneur de leur nom, particulièrement dans ses symptômes d'assuétude. Aujourd'hui, l'image de son père s'était quelque peu fanée à ses yeux, quand bien même Drago aurait tout fait pour sa famille.
— Merci, articula-t-il pourtant.
— Nous allons devoir te racheter de nouvelles robes. Celles de l'année dernière ne t'iront décemment plus.
Drago expira lourdement. Il avait bien d'autres préoccupations que les chiffes, rendre visite à Madame Guipure ne faisait vraiment pas partie de ses priorités. Pour autant, il n'avait pas ou prou passé de moments en compagnie de sa mère durant les dernières semaines et savait que cela lui ferait immensément plaisir. Son affection sans borne le poussa donc à acquiescer d'un signe de tête.
— Avant la rentrée, approuva-t-il.
Narcissa elle-même hocha la tête, les yeux pleins de tendresse et de souci.
— As-tu besoin de quoi que ce soit ? De Gallions, d'outils, de potions ? Je peux appeler Severus.
— J'ai tout ce qu'il me faut, merci, refusa-t-il poliment. Tu n'as aucun souci à te faire, mère. Avec ce que j'ai appris, je n'ai rien à craindre là où je vais. Je serai de retour dans cinq jours.
Hésitant une seconde à peine, il finit par l'enlacer, parvenant sans peine à encercler sa frêle figure amaigrie par l'inquiétude. Il la sentit trembler contre lui et sut aussitôt qu'elle pleurait. Malgré l'Obduro, une vive émotion perça dans la glace. Une bouffée d'amour si forte qu'il ferma les yeux pour en accuser le coup.
Je t'aime, maman. Je t'aime plus que tout au monde.
Mais il n'aurait rien dit à haute voix, même sans Obduro, car cela ne se faisait simplement pas.
Puis, comme si la potion avait remarqué la flamme, elle la noya dans une eau froide, la fit taire et la dispersa en flocons dans la tempête de neige en son for-intérieur. Il se recula, baisa doucement le front brûlant de sa mère et la dépassa avant de quitter sa chambre.
Il se rendit à la cheminée, y jeta une poudre et sa figure de glace disparut, ironiquement, dans d'immenses flammes vertes.
L'âtre dans lequel il atterrit était pour le moins minable, tout autant que les alentours de l'espèce de cabanon dans laquelle ce dernier se trouvait. Drago n'hésita pas et sortit, sans prêter plus d'attention à l'endroit. Il était maintenant sur le seuil d'une ancienne motte castrale.
Une lumière éclatante fit réverbérer un vert entre le lichen et le sapin sur la rosée céladone et alzarine du matin.
Brecheliant s'étendait devant lui.
Brocéliande…
Ici, pendant cinq jours et cinq nuits, il affronterait la terrifiante adversité de l'une des forêts magiques les plus hostiles de l'hémisphère nord.
Ici, il commencerait à faire ses preuves : à montrer de quoi la famille Malefoy était capable, de quoi il était véritablement capable.
Ici, tout commençait.
Drago ne savait juste pas à quel point.
La Forêt Interdite paraissait bien pâle à côté de la vastitude horrifiante de Brocéliande.
Ici-bas, les arbres étaient vivants et vous faisaient vous perdre, les vers qui retournaient le sol de la forêt étaient aussi gros que des anguilles, et les flaques d'eau croupie trouant le sol vous trompaient… Un seul faux pas et vous vous y noyiez.
La magie y était omniprésente, comme répandue dans l'air par les spores végétales. Et les bois recelaient de monstres bien pires qu'une vulgaire horde de centaures ou même une meute de loups garous. Il savait que de grosses scutigères venimeuses rôdaient, car il avait vu des restes de carcasses. Si les insectes ici étaient aussi gros, leurs prédateurs devaient l'être davantage.
Des rumeurs avaient couru à Poudlard quant à la présence d'Acromentules dans la Forêt Interdite, sans que rien n'ait jamais été véritablement confirmé. Pour autant, lorsqu'il vit dans certaines énormes coupes de buis des toiles blanchâtres aussi grandes que le tapis du grand hall de son manoir, il sut qu'ici, leur présence ne pouvait se contester.
Mais les créatures n'étaient pas les seuls problèmes. De nombreuses plantes, mortelles, et ayant une volonté propre, cherchaient à vous nuire : vous agrippaient les vêtements, vous barraient la route pour mieux vous égarer, vous empoisonnaient avec leur parfum capiteux, vous faisant voir des choses qui n'étaient pas vraiment là.
Drago usait de toute sa prudence et était heureux d'avoir des fioles d'Obduro avec lui, auquel cas sa terreur aurait tôt fait de le faire tourner fou. Régulièrement, il informulait son sort de boussole dans sa tête et suivait la trajectoire qu'il lui indiquait au creux de sa paume. Cinq jours pour traverser la forêt, pas un de moins. Régulièrement, il se gorgeait d'une lampée d'eau coupée à la potion de clarté, pour être sûr d'être immunisé contre les faux aiguillages de la forêt.
À certains endroits, il croisa des ruines, vestiges d'anciennes demeures druidiques, et Drago se demandait lorsqu'il en croisait une, si Merlin en personne n'y avait pas vécu. Des symboles celtiques et païens étaient gravés dans certains arbres ou encore formaient des parterres de fleurs vénéneuses sur le sol, probablement là où des rituels avaient autrefois été exécutés. Parfois, en les regardant, il se sentait comme hypnotisé jusqu'à sentir son pendentif chauffer presque douloureusement contre son torse, lui rappelant de ne pas s'arrêter et Drago savait que porter son signe le protégeait alors d'un sort funeste.
Lorsqu'il portait ses yeux à la cime des arbres, noyée dans une parfaite obscurité, il y trouvait parfois suspendues dans les branches de vieilles cordes usées en forme de nœuds de pendu, mais aucun cadavre ni squelette n'y étaient suspendus ou ne trainaient au sol. Comme si les corps avaient disparu ou, pire, été clamés par une quelconque créature ou plante.
Le cœur battant, la respiration frénétique, sa magie bourdonnant à l'intérieur de son être comme un essaim d'abeilles en colère, Drago progressait lentement et prudemment dans les bois. Il se devait de maîtriser sa peur et de rester sur ses gardes, car c'était là la clé pour affronter un quelconque adversaire. Au terme de cette sombre randonnée, il pourrait enfin se conforter dans la certitude d'avoir accompli un véritable exploit dans sa vie. Machinalement, il esquissa une grimace de dégoût, car il connaissait bien une personne réputée pour réussir des prodiges : Harry « sa sainteté » Potter.
Levant les yeux au ciel dans une moue de mépris et de haine, Drago avança avec plus de résolution encore.
Le séjour allait être long.
MERCREDI 14 AOÛT – Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre.
Quand Drago apparut dans les flammes vertes de la grande cheminée centrale du grand hall, cinq jours plus tard, comme il l'avait promis, il trouva sa mère faisant les cent pas, la main à la bouche. Elle avait l'air dans un affreux état.
De larges arcs bleutés soulignaient ses yeux azurés et son teint spectral ne faisait que confirmer son manque de sommeil des derniers jours.
— Drago, s'écria-t-elle, bondissant vers lui comme n'osant y croire.
Elle l'enlaça avec la force du désespoir et, bien qu'éreinté et à certains endroits même blessé sous sa cape, il lui rendit son étreinte.
Longtemps ils demeurèrent ainsi, comme deux figures de marbre dans le vaste hall. Puis elle sanglota, probablement de soulagement, et se mit presque à dodeliner sur elle-même, l'emportant dans une danse frénétique de tendresse, de gauche à droite. Comme elle l'avait bercé, lorsqu'il était enfant.
— Je… J'ai…
Mais elle n'avait pas besoin de parler, car la force avec laquelle elle l'étreignait en disait plus long que n'importe quel discours.
— Tout va bien, la calma-t-il. Je suis entier et en pleine forme, mentit-il.
Il avait férocement mal à la jambe droite, mais rien que des sorts de soin et le temps ne sauraient résoudre. Une furieuse brûlure lui striait également le dos, mais il savait que seul le repos en viendrait à bout. La blessure brûlante témoignait d'un trompe-la-mort prodigieux que la magie ne pourrait jamais vraiment faire disparaître : il en garderait à jamais une plaque cicatricielle qui l'élancerait peut-être de temps à autre et, à vrai dire, cette douleur n'était pas si désagréable, il l'arborait presque comme un blason en mémoire de ce qui s'était produit.
— Je suis tellement heureuse, soupira-t-elle finalement.
Quand ils se séparèrent, elle ne lâcha pas sa main et le conduisit automatiquement vers sa chambre.
— J'ai fait préparer à manger, toute ta chambre est propre et un lit frais t'attend, si tu souhaites te reposer. J'ai demandé à Severus de concocter toutes les potions de soin, de sommeil et de paix possibles pour que tu puisses récupérer de ton voyage. Il les a laissées sur ton bureau, étiquetées.
Elle était… elle était vraiment tout pour lui. À prendre soin de lui. À ne vouloir pour lui que le meilleur. À en penser tout le bien du monde.
Drago était en manque, mais il savait malgré tout que même fraîchement prise, l'Obduro n'aurait probablement rien pu faire contre cette nouvelle bouffée terrassante d'amour pour sa mère.
— Merci, dit-il simplement en amenant sa main à sa bouche pour y déposer un élégant et tendre baiser.
Narcissa lui adressa un sourire entre ses larmes et il remarqua sans peine qu'elle n'avait pas arboré cette expression depuis des mois, car son visage sembla s'en aviver presque indécemment. Le sourire, d'une affection maternelle tangible, ne quitta pas ses lèvres quand elle s'éloigna de lui et ferma la porte derrière elle pour le laisser se reposer.
Drago inspira fortement et se délesta sans même y faire attention de tous ses vêtements, les délaissant sur le sol pour l'elfe de maison. Il se rendit dans la salle de bain et, d'un coup de baguette, remplit l'immense baignoire, ressemblant davantage à une petite piscine. Ses dernières forces magiques passèrent dans ce sort, car invoquer une certaine dose d'eau à une température précise eut raison des maigres restes de son énergie : laquelle, il le savait, ne se ressourcerait que dans un sommeil réparateur. Au bord de la baignoire, il aperçut une boîte ronde, avec une note.
« Du beurre de lait de manticore, pour votre dos. »
Rogue.
Rogue, Drago ignorait comment, savait qu'il était blessé. Il connaissait les propriétés du lait de manticore, car il s'agissait de l'un des ingrédients magiques les plus rares et chers au monde et pour cause : la manticore était une créature extrêmement dangereuse, impossible à domestiquer, exploiter ou encore même tuer. La manticore avait une peau la protégeant de toute forme de magie, sorcière, elfique et gobeline et l'on ne pouvait venir à bout d'elle qu'en ayant un dragon de son côté, créature elle-même tout aussi impossible à domestiquer. Quand une manticore donnait naissance à une portée, la progéniture, encore fragile, se nourrissait alors d'un lait aux propriétés curatives exceptionnelles et qui permettrait aux petites manticores de développer à leur tour l'infaillible résistance propre à leur espèce.
Drago ouvrit la boîte de bois et y découvrit un onguent sentant la résine et… une sorte de torréfaction ? Il y en avait pour plusieurs mois d'application, il pouvait le voir. Cela avait dû coûter une fortune, mais il savait que le coffre Malefoy était loin d'être vide à Gringotts et devait régulièrement remplir celui de Rogue afin de le remercier de ses préparations.
Si Rogue savait qu'il était blessé, il apparaissait qu'il n'en avait rien dit à sa mère.
Tant mieux.
Pour autant, sans magie, il ne pouvait se l'appliquer seul dans le dos pour l'instant et devrait donc attendre le lendemain. Reconnaissant tout de même, et trouvant ça presque comique car la sensation était assez rare pour être mémorable, Drago esquissa un rictus.
Il revint sur ses pas et alla voir les potions disposées sur son bureau. Il y avait une vingtaine de fioles : du Poussos, des philtres de paix et autres potions de sommeil sans rêve, des potions anti-lésions, coagulatrices, cicatrisantes, antivenin et antidotes. Il ricana même en voyant une fiole de poudre de bézoard. Débouchant quelques-unes d'entre elle, il les avala les unes à la suite les unes des autres et vint déposer un philtre de paix et une potion de sommeil sur sa table de nuit pour futur usage.
Enfin, il prit la fiole de poudre de bézoard et s'en retourna dans la salle-de-bain. Il dispersa une partie de la poudre dans son bain et s'enfonça dedans, tête la première. Il resta dans l'eau pendant une bonne heure et demie, à se délasser les membres, ravi de pouvoir fermer les yeux sans risquer sa vie, profitant de l'odeur agréable du savon qui se répandait dans la vapeur de la pièce. C'est quand il se retrouva si tranquille qu'il faillit s'endormir qu'il en sortit enfin, se sécha et quitta la pièce pour retourner dans sa chambre.
Une fatigue sans nom enserrait son corps et il lorgna le généreux plateau de nourriture d'un œil à la fois hésitant et avide. Se forçant tout de même à boire un grand verre d'eau et à piocher des dés de veau, il resta debout à mastiquer, l'esprit vide et plein à la fois. Finalement, il alla se coucher, déboucha d'un coup de dent les deux fioles de potions, les engloutit et eut à peine le temps de les reposer qu'il s'était endormi.
SAMEDI 17 AOÛT – Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre.
Drago était à présent rentré depuis quatre jours et il restait pile deux semaines avant la rentrée.
À peu près rétabli de son excursion à Brocéliande, il feuilletait négligemment ses prises de notes dans son lit, griffonnant des idées sur un parchemin vierge.
Il était tôt le matin : Drago avait pris depuis fin juin-début juillet cette habitude de se lever aux aurores et décidé de persévérer dans cette routine, quand bien même il avait fini de lire tous les ouvrages. Il s'entraînait toujours durant la journée, que ce soit aux exercices physiques tout comme au maniement de sa magie, et continuait à réfléchir à ses plans pour l'année scolaire.
Fort heureusement, et il avait Brocéliande à remercier pour cela, il avait désormais une véritable ébauche de résolution pour la mission qui lui avait été incombée par le Seigneur des Ténèbres.
En effet, avant son départ, il avait longuement songé aux moyens de se déplacer d'un endroit à l'autre ou encore de pénétrer sur les sols insondables de Poudlard. Il n'y en avait pas trente-six et la réflexion s'était avérée vaine.
Premièrement, et cela était évident, le transplanage était hors-de-question. Poudlard détenait de très grandes barrières de protection anti-transplanage et, si l'on souhaitait transplaner, il fallait le faire en dehors du domaine. Pour ensuite pénétrer sur le domaine sans autorisation intérieure officielle, il lui fallait rompre ou tout du moins se frayer un passage dans les barrières de protection d'anti-pénétration extérieure et cela était tout bonnement impossible, impensable même. Poudlard était très bien protégé, surtout par les temps qui couraient. Que ce soit par Dumbledore, le Ministère de la Magie et les Aurors ou même l'Ordre du Phénix.
Excluant le transplanage étaient venus en second les réseaux de cheminées, mais il les avait évidemment eux-aussi écartés, car bien sûr le réseau de Poudlard était extrêmement surveillé par le Ministère et la plupart des cheminées, il en était certain, avaient été condamnées pour prévenir toute intrusion ou incident.
La troisième possibilité était de créer un Portoloin, grâce à la formule Portus. Mais cela aussi était à proscrire, car aucune personne ne pouvait se rendre à Poudlard par Portoloin depuis la quatrième année et le Tournoi des Trois Sorciers. Le vieux Dumbledore, bien que sénile, avait appris à dresser des barrières contre les Portoloins quand il avait compris que c'était par ce biais que Potter s'était retrouvé en compagnie du Seigneur des Ténèbres au terme de la dernière manche du tournoi. Même si quelqu'un, donc, à la manière de Bartemius Croupton Junior, créait un Portoloin dans l'enceinte de Poudlard, par exemple lui-même ou Rogue, il pourrait peut-être s'enfuir de Poudlard – et encore, rien n'était moins sûr – mais il ne pourrait pas s'y rendre. Cela ne lui était donc d'aucune utilité.
Enfin, la dernière possibilité était d'utiliser un moyen détourné et quelque peu… désobligeant. En l'état, le transplanage avec l'unique magie des elfes. Mais après avoir essayé avec son propre elfe de maison, Drago s'était bien vite rendu compte que cela lui était impossible, au grand déplaisir de son serviteur qui s'était flagellé durant un après-midi entier après son échec. D'une façon ou d'une autre, il apparaissait que les elfes de Poudlard eux-mêmes, obéissant probablement à une volonté de Dumbledore, avaient formé une barrière contre les transplanages importuns des membres de leur race.
Toutes les alternatives semblaient donc conduire à une seule et même conclusion : cette tâche était impossible. La mission qui lui avait été confiée n'était pas vraiment une mission, mais bel et bien un châtiment. C'était du moins là où son raisonnement s'était arrêté, juste avant de partir à Brocéliande.
Durant sa visite dans l'hostile forêt, pourtant, s'étant retrouvé seul dans le silence et le danger pendant cinq jours et cinq nuits, son esprit avait divagué de souvenirs en rêveries.
Et la solution avait fini par lui venir, naturellement, en épiphanie.
Drago ne parvenait plus exactement à retracer la pensée originelle de son raisonnement, mais il savait que cela avait à voir avec Potter et sa clique, comme toujours. En pénétrant dans Brocéliande, il s'était souvenu de la première fois qu'il s'était rendu dans la Forêt Interdite. Il avait alors été en compagnie du bouffon géant qui servait à Poudlard de garde-chasse, du trio d'abrutis et de Londubat et se remémorait sans peine de la peur viscérale qu'il avait alors ressentie en s'avançant dans la pénombre des arbres.
Placé en trinôme avec Potter et le gros molosse trouillard, ils avaient fini par rencontrer une licorne mourante, allongée sur son flanc et se vidant de son sang. Quelle terreur.
Terreur dont il était désormais presque nostalgique, car à présent il ne se sentait plus craindre un tel spectacle.
C'était cette même forêt dans laquelle, quatre ans plus tard, la Sang-de-Bourbe et Potter étaient descendus en compagnie d'Ombrage, suite à quoi, plus personne n'avait vu le crapaud. D'aucuns disaient qu'elle avait menacé les centaures comme une imbécile suicidaire.
Là, il se souvenait avoir digressé, repensant à la saleté d'hippogriffe qui l'avait blessé en cours de soin aux créatures magiques de troisième année, et, pour l'une des premières fois de sa vie, il estima que lui-même n'avait pas été des plus malins d'insulter une si fière bestiole alors même qu'on venait de le lui proscrire. Pour autant, Drago s'était dit – et le pensait toujours – que, contrairement à Ombrage, il bénéficiait alors de la pratique bêtise de la jeunesse, excuse derrière laquelle elle ne pouvait décemment plus se cacher. Non pas qu'elle ait pu se cacher derrière quoi que ce soit, cette énorme crapoussine.
Continuant ses pérégrinations mentales, il se souvenait d'avoir plus longuement songé à Ombrage et à la brigade inquisitoriale. Cette année encore, il serait préfet et pourrait tirer parti des avantages que la fonction offrait, bien que ces derniers aient perdu de leur superbe quand il les comparait aux privilèges qu'il avait connus en intégrant la brigade. Il se souvenait encore de la tête de Potter, Weasley, Granger et Macmillan lorsqu'ils leur avaient retiré trente points. Impayable.
Pour sûr, cependant, les membres de la brigade avaient décemment mérité cesdits privilèges, car, même si mettre des bâtons dans les roues de Saint-Potter et sa clique était un plaisir qui se suffisait à lui-même, cela ne voulait pas dire que le passe-temps n'était pas risqué.
Pour preuve, les nombreuses retenues dont il avait écopé, les multiples blessures ou même… les humiliations qu'il avait essuyées. Chronologiquement, il s'en était fait un bref bilan un peu masochiste : la retenue de la forêt interdite, la chute durant le match de Quidditch, le coup de poing de la Sang-de-Bourbe, la métamorphose en fouine par le faux Fol-Œil et la détestable transformation en limace dans le Poudlard Express alors même que lui, Crabbe et Goyle essayaient de tendre une embuscade à Potter… Et il ne fallait pas oublier l'horrible sort de Chauve-furie que lui avait jeté la petite garce Weasley pas plus tard qu'il y a deux mois et demi.
Tout ça pour faire office de diversion.
Diversion pour rejoindre les deux autres ratés dans la forêt et s'envoler jusqu'au Ministère, Ministère dans lequel son père avait été arrêté et inculpé en tant que Mangemort.
Si seulement cette stupide Ombrage avait laissé des membres de la brigade l'accompagner dans la forêt comme il l'avait recommandé, il était probable que rien de tout ceci ne se soit produit. Le plan du Seigneur des Ténèbres aurait certes été infructueux, mais aucun Mangemort n'aurait été pris.
Son père serait encore libre et son nom ne serait pas pestiféré.
Soudain, il entendit les sanglots de Granger à nouveau. Les putains de faux sanglots de Granger qui, comme une actrice spectaculaire – lui-même avait cru à ses larmes et s'en était délecté – chouinait comme une gamine devant Ombrage, lui promettant une arme imaginaire, la manipulant, jouant sur sa paranoïa allaitée par sa soif du pouvoir, la persuadant de ne pas se faire accompagner en usant de psychologie inversée. Saleté de Sang-de-Bourbe.
Il se moquait bien de ne plus pouvoir leur retirer de points : ce n'était pas ce genre de petites vengeances infantiles qui le contenteraient, bien qu'il en ait allègrement profité l'année précédente. Les privilèges de préfet ? Ce n'était que de la vanité et, à vrai dire, maintenant, il s'en moquait bien.
Son seul véritable regret, il devait l'avouer, était d'abandonner l'équipe de Quidditch. Il n'aurait tout simplement plus le temps pour ça. C'était dommage, car Montague étant encore trop mal en point suite à cette histoire de désartibulement dans les toilettes, il aurait tout à fait pu être élu capitaine de l'équipe et enfin mettre une grosse raclée à Potter sur le terrain. Quelle gloire cela...
Drago se souvenait s'être figé, littéralement.
Désartibuler. Un transplanage ? À l'intérieur de Poudlard ?
Montague ! Avait-il eu la révélation.
Montague et son accident de fin d'année ! Voulant retirer des points aux deux jumeaux Weasley avant leur ridicule fuite du château, Montague s'était vu enfermé dans l'armoire à disparaître du premier étage. Des jumeaux. Cela l'avait perturbé. Quelque chose… Quelque chose ne demandait qu'à être découvert, il l'avait sur le bout de la langue.
Soudainement, une vague absolument submergeante d'excitation lui monta à la nuque tandis que les souvenirs d'années différentes s'emboîtaient les uns dans les autres pour former un schéma qui, de secondes en secondes… prenait de plus en plus de sens !
Il se souvenait de cette journée, peu avant la rentrée de deuxième année, lorsque son père était allé se débarrasser de ses poisons et artefacts de magie noire dans la boutique miteuse de Barjow & Beurk, car le traître-à-son-sang de patriarche Weasley multipliait les perquisitions.
Drago se remémorait parfaitement sa fascination pour certains des objets… Pour la Main de la Gloire, réputée, lui avait dit Barjow, pour ne guider dans l'obscurité que celui qui la tenait et ceux à qui il désirait montrer la voie ; le collier d'Opale ensorcelé ayant tué une vingtaine de moldus et enfin… Enfin… Une armoire à disparaître.
Il connaissait ces objets et en savait la rareté et la valeur puisqu'elles comptaient parmi les seuls recours des ennemis du Seigneur Noir lors de la dernière guerre.
Mais ce n'était pas la dernière fois qu'il avait entendu parler d'une armoire à disparaître, non, non. Puisque Montague, même blessé et incohérent, avait tenu des propos qu'on ne pouvait confondre ni méprendre à ce sujet.
Qu'avait bien pu raconter Montage, déjà ? N'avait-il pas dit que, coincé dans l'armoire des heures durant, il avait entendu à la fois des écoliers de Poudlard et le vieux Barjow marchander ? Que, figé dans les limbes ténébreuses d'une sorte d'entre-deux et incapable de se rendre ni au vieux magasin, ni d'atteindre à nouveau Poudlard, Montague avait tenté de transplaner ?
Mais l'idiot n'avait pas encore passé son permis… Et avait manqué de se désartibuler complètement pour finalement atterrir et se bloquer dans la cuvette des toilettes du quatrième étage. Ombrage en personne avait sommé Drago d'aller chercher Rogue et c'était là qu'il avait surpris Saint-Potter en plein cours de rattrapage de Potions. Quand Rogue et lui étaient arrivés à destination, Montague avait la tête dans les toilettes. Il y avait du vomi partout et il avait l'air vraiment, vraiment, mal en point. Plus tard, lorsqu'ils l'avaient accompagné à l'infirmerie et qu'il s'était davantage remis de ces mésaventures, il leur avait raconté cette histoire de limbes. Les jumeaux, bien sûr, étaient déjà loin et ne pourraient jamais être punis puisqu'ils avaient quitté l'école et, a fortiori, leur maison affiliée.
Jumeaux. Deux. Deux armoires. Elles étaient deux. Tout comme les jumeaux, elles étaient jumelles.
Un passage devait exister, d'une manière ou d'une autre !
Vraisemblablement, le lien qui les nouait était endommagé puisque Montague avait été coincé dans les limbes… Pourquoi cela lui évoquait-il quelque chose ? Une bêtise. Une trivialité.
Un bruit de bouche grossier qui vide son air dans un long pet sonore peu ragoutant.
Peeves !
Oui, en deuxième année, Peeves avait cassé l'armoire à disparaître du premier étage en la suspendant dans les airs avant de la relâcher pour qu'elle s'y écrase. Rusard en avait fait des gorges chaudes, car il avait cru, évaluant le mobilier d'une grande valeur, pouvoir enfin expulser de l'école l'esprit frappeur. À son grand dam, pourtant, cela ne s'était pas passé comme ça. Drago avait bien ri de la déception du Cracmol qui, décidément, en avait pris pour son grade cette année-là avec la pétrification de sa chatte. C'était là que le passage avait dû s'endommager…
Mais ce n'était pas important. Non. Ce qui était important, c'était que son voyage quelque peu initiatique à Brocéliande avait dépassé ses espérances que malgré son inattention à cet instant de révélation et l'incident tragique qui s'en était ensuivi et dans lequel il avait manqué de perdre la vie, il avait trouvé la solution.
La grande tâche de brûlure qu'il arborait désormais dans le dos et sur laquelle il appliquait tous les matins et tous les soirs du beurre de Manticore était plus une fierté qu'un échec. Elle représentait l'épiphanie qui lui permettrait d'avancer dans son plan.
Enthousiasmé par ce premier succès, Drago faisait des recherches pour réparer l'armoire. Il savait que demander à Barjow & Beurk serait une bonne piste, mais hésitait à lui rendre visite. C'était risqué. Il ne voulait rien compromettre. Pour autant, il avait promis à sa mère qu'il l'accompagnerait chez Madame Guipure sur le Chemin de Traverse afin d'acheter de nouvelles robes de sorcier et il s'agirait là d'une opportunité parfaite pour se rendre également dans l'Allée des Embrumes.
Inspirant longuement, Drago laissa sa tête basculer en arrière sur son oreiller. Machinalement, il détourna le regard vers sa table de nuit. La fiole d'Obduro était presque vide. Il n'y avait même pas une dose dedans.
Cela ne pouvait pas lui faire de mal, n'est-ce pas ? Peut-être que davantage d'épiphanies suivraient.
Voilà qui était prometteur.
Il s'empara de la fiole, la déboucha négligemment et porta le minuscule goulot à ses lèvres, livrant à sa langue le liquide luisant d'une améthyste aux accents de nuit.
Le froid vint, le calme se fit et Drago se sentit oublier le risque et, évidemment, les scrupules avec. Barjow allait le renseigner, qu'il le veuille ou non. Si pour cela, il avait besoin de lui montrer son avant-bras gauche, il n'hésiterait pas.
SAMEDI 24 AOÛT 1996 – Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre.
Drago se réveilla, comme d'habitude, aux aurores. Il avait trois heures devant lui avant que sa mère ne vienne s'enquérir de sa présence pour qu'ils se rendent tous deux sur le Chemin de Traverse. Il avait pris sa décision et irait rendre une petite visite de courtoisie à Barjow & Beurk.
Avant cela, il sortit une nouvelle fiole du coffre sculpté. Sur la soixantaine de fioles, presque la moitié manquait. Une montée d'angoisse, bien sûr, l'envahit à cette vue et il s'empressa de refermer le couvercle dans un bruit sec, refusant de voir la réalité en face.
Pourtant, cette dernière vint l'assaillir, comme un seau d'eau bouillante qu'on lui aurait jeté au visage. S'il continuait ainsi, il n'aurait que de quoi terminer septembre, mais plus assez pour la fin d'octobre. La situation était mauvaise.
Incapable de se calmer, encore plus à l'idée de devoir confronter Rogue à ce sujet alors qu'il lui avait assuré pouvoir résister à la tentation de la drogue, Drago se sentit affreusement pathétique, coupable, mais aussi et surtout piégé.
Vicieusement, la fiole dans sa main se rappela à lui dans un frisson. Les doigts tremblants, il attrapa la cuillère en or blanc et dosa presque maladroitement sa prise, uniquement pour se donner bonne conscience, car il avait passé les derniers jours à boire au goulot avant d'avaler sans même en savourer le goût.
Fermant les yeux, il accueillit le froid les bras ouverts. Un calme tempêta sur lui et vint adoucir les tambours de son cœur. Ce n'était pas si grave. Rien n'était vraiment très grave, à vrai dire.
Il dirait la vérité Rogue, et puis quoi ? Il se ferait sermonner ?
Drago s'esclaffa dans un ricanement froid. Quelle frousse ! Pensait-il avec un agréablement détachement.
Reposant la fiole sur sa table de nuit, il s'habilla et se glissa hors de sa chambre pour gagner la bibliothèque Malefoy. Parvenant dans la pièce, vaste et ovale, il ferma la porte derrière lui et s'assit en son centre. Fermant les yeux et plaçant sa baguette verticale le long de son front, son nez et sa bouche, il inspira et expira longuement pendant quelques instants. Le flux lui vint naturellement et, pour cause, le maniement magique était désormais sa spécialité et il en avait parfaitement conscience. Sa magie se pliait aisément à son contrôle, comme un nouveau membre ou un nouveau sens.
Se concentrant ardemment sur ce qu'il désirait trouver dans les ouvrages qui l'entouraient, il aggloméra toute sa magie dans son crâne et cette dernière fourmilla puissamment et plaisamment entre ses tempes.
— Aspicio.
Au début, rien ne se produisit, mais dans son état de glace enfanté par sa dose tout juste prise, Malefoy avait tout le temps du monde et une patience inébranlable. Sa magie gonfla et émana hors de lui, puis, souplement, se découpa, s'effila, s'allongea. Tentaculaire, elle commença une fouille dans les rayonnages.
Drago maintint sa concentration, sentant la magie puiser sans relâche dans son énergie, dans sa force physique et dans sa force mentale endurcie par l'Obduro. Cette tâche lui demandait bien évidemment de brûler d'énormes « morceaux » de sa magie à la fois, mais le résultat était impératif, car il voulait passer à Fleury & Bott dans la journée et s'approvisionner en livres.
Au bout d'une bonne heure de concentration et d'effort, Drago se sentit nettement faiblir et cessa le sort. Il n'avait même pas exploré un quart de la bibliothèque à la recherche d'informations sur les meubles magiques, les armoires à disparaître et la réparation des objets magiques et, jusqu'ici, seuls cinq livres s'étaient délogés de leur rayonnage. Il n'avait plus la force de continuer : son ventre grondait et sa magie se faisait erratique.
Emportant les cinq livres dans sa chambre, il invoqua l'elfe de maison pour lui demander de lui amener une collation. Il aurait encore environ une semaine et demie pour fouiller le reste de la bibliothèque.
Cinq livres, ce n'était pas si mal.
S'allongeant sur son lit et commençant à manger des toasts recouverts d'œufs pochés et de quartiers de pomme, il lut les titres des ouvrages. Bon, la pêche n'avait pas été si mauvaise.
Soudain, mais il ne s'en alarmait pas, car cela arrivait quotidiennement, un visage familier vint se présenter aux portes de marbre froid de son esprit.
Aspicio. Il s'agissait d'un sort de niveau VIII et donc bien au-dessus de ce qu'elle et des illettrés lui servant d'amis pratiquaient jusqu'ici, il en était sûr.
Combien de Gallions aurait payé la Sang-de-Bourbe pour connaître pareil sortilège ? Non pas qu'il ait besoin d'argent. Pendant un instant, il s'imagina une conversation avec elle, au sein même de la bibliothèque de Poudlard où ils négocieraient un quelconque prix, un coût.
Ce qu'elle serait prête à faire pour qu'il le lui enseigne. Brièvement, une bouche vermillonne humectée de salive et légèrement écartée, haletante, papillonna dans son esprit et des doigts défaisant négligemment des boutons de chemise jusqu'à ce que, tout à coup, ces visions imaginaires qu'il avait cru depuis longtemps oubliées ne soient noyées sous une cascade de neige molle.
Saleté. Dégueulasse.
Drago sentit une sorte de honte l'envahir à l'idée que de telles images lui reviennent. Il se connaissait ces désirs coupables pour, peut-être durant trop longtemps, s'en être délibérément servi pour se débarrasser de sa frustration. Les années précédentes, lorsqu'il se couchait en colère ou qu'il ne parvenait pas à s'endormir parce que se remémoraient à lui d'affreux souvenirs d'humiliation, il lui était arrivé de songer à ce que ce serait de jouer d'autres genres de jeux avec la Sang-de-Bourbe. Des jeux où elle ne faisait pas la fière. Des jeux, même, qu'il s'amuserait à révéler à ses deux camarades afin de la salir à leurs yeux une bonne fois pour toutes puisqu'il semblait que son sang n'avait jusque-là pas suffi à cette tâche.
Dans ces scénarios, il se plaisait à l'imaginer se pâmer contre lui, lui susurrer des supplications pleines d'interdits, lui proposer de la suivre dans la pénombre d'une salle vide et se courber la tête la première contre une table en l'implorant de la prendre à même le pupitre, car, de toute évidence, c'était tout ce qu'elle désirait et méritait. La punition par la baise. Voilà qui était parfaitement charmant.
Drago ne pouvait nier que s'il s'était agi d'une autre fille, ses scrupules auraient été inexistants. Mais elle, de par l'impureté de son sang, de sa proximité avec ses deux pires ennemis, par sa manie de le dépasser en magie, avait cristallisé chez lui une brûlante obsession de la remettre à sa place. Elle était un challenge que Drago se plaisait à envisager sous toutes ses coutures.
La Sang-de-Bourbe, Hermione Granger.
Après lui avoir apposé la Marque des Ténèbres, le Seigneur Noir lui avait demandé qui, d'après lui, était la personne la plus faible du groupe d'amis de Potter puisqu'il les avait pour camarades de classe.
Cette question, probablement en vue de comploter un stratagème quelconque, avait quelque peu désarçonné Drago qui déjà ne faisait par le fier à cet instant.
Le Serpentard avait longuement hésité avant de répondre. Il avait passé en revue tous les membres de l'Armée de Dumbledore dans son esprit.
Sa haine, aveuglante, voulait lui faire dire Potter malgré la volontaire omission du Seigneur Noir. Mais ne pouvant se résoudre à l'insolence devant son Maître, il se força à réfléchir aux autres.
Son orgueil voulait lui faire dire Weasley, car, malgré le sang pur du Gryffondor, il représentait une véritable traîtrise à sa cause et en allait de même pour sa saleté de petite-sœur dont il avait même oublié le prénom.
Mais son mépris et son ressentiment, le plus gros de sa colère vis-à-vis du trio insupportable – qui parfois se redirigeait douloureusement contre lui-même – lui, ne lui soufflait que Granger. Il avait voulu sa souffrance et son humiliation dès la première année et avait même de nombreuses fois convoité sa mort. Il ne la sous-estimait pas, mais la détestait de toutes les fibres de son corps et de son âme. Elle était puissante et brillante scolairement parlant, une vraie rate de bibliothèque : un petit cloporte éduqué dont l'existence hors-de-propos rendait le talent blasphématoire.
Pour autant, était-elle faible ?
Mais, avant de laisser son esprit lui révéler que, non, Hermione Granger n'était pas une personne faible, sa bouche avait d'ores et déjà articulé son nom comme réponse et le Lord avait adressé un rictus sombre, comme en connaissance de cause, et lui avait dit :
« Connais ton ennemi, jeune Malefoy. Les pires sont ceux de son espèce, car, pour creuser leur trou parmi les sorciers, ils sont prêts à tout. Seuls, isolés, ils ne sont pas une menace, mais en compagnie d'alliés, ils peuvent être aussi retors que de véritables cafards. »
Désormais, grâce à son ardu entraînement, il avait le pouvoir de les affronter dignement et même certainement de les dominer en duel. Il avait foi en ses capacités, même en manque d'Obduro.
Mais cela ne faisait pas partie de sa mission. Quand bien même il n'imaginait pas le Seigneur des Ténèbres s'offusquer de rendre difficile la vie d'une Sang-de-Bourbe, il ne tolèrerait pas que Drago y perde son précieux temps au lieu de le consacrer à la mission qu'il lui avait confiée. Quoi qu'il en fût, il fallait qu'il se sorte ces images licencieuses de la tête, car, quand bien même il souhaitait lui pourrir l'existence, cela n'aurait rien à voir avec ces instants.
Une nouvelle vague brûlante lui passa dans la gorge, enserrant sa trachée et rendant sa respiration difficile. Ses insécurités, dansant chaudement contre son ventre et sa poitrine, revinrent à lui. Il était à peine sept heures du matin, ce n'était vraiment pas raisonnable de prendre une nouvelle dose alors même qu'il en avait d'ores et déjà pris une il y avait de ça une heure et demie.
Pour autant, le sort de recherche avait siphonné sa magie et il se sentait en proie à l'anxiété. Une étrange résistance en lui le poussa à repousser ses angoisses, essayant de les relativiser. Il ferma les yeux et se calma quelques instants. Il allait examiner les livres, avoir une discussion matinale avec sa mère lorsqu'elle petit-déjeunerait. Et quand ils s'apprêteraient à partir sur le Chemin de traverse, c'est-à-dire peu après huit heures trente, voire neuf heures, là seulement s'autoriserait-il à reprendre une dose.
Son contrôle le satisfit quelque peu : comme si, finalement, sa conscience s'en trouvait lavée. Il n'était pas si accro que ça, s'il était en mesure de se raisonner, n'est-ce pas ?
N'est-ce pas ?
De grandes flammes les emportèrent et, quelques instants plus tard, ils arrivaient dans l'une des cheminées publiques à côté de Gringotts.
Aussitôt, il sentit sa mère resserrer les rangs, ganter ses mains et lever haut le menton. Somme toute, enfiler son masque pour affronter le monde. Leurs capuches de cape étaient rabattues jusqu'au bas de leurs visages et Drago eut l'impression qu'ils essayaient de se cacher, ce qui semblait ridicule. Malgré tout, c'était la première fois depuis l'arrestation de son père, et son entraînement rigoureux, que Drago revenait dans « le monde ». Sa mère, également, n'avait pas remis les pieds sur le Chemin de Traverse durant les deux derniers mois.
Il avait de bonnes idées sur la manière dont il allait être perçu et comment les personnes qu'il rencontrerait le dévisageraient s'ils voyaient sa figure. Ayant tout juste pris une dose d'Obduro, il ne s'en sentit pas le moins du monde concerné. Les gens pouvaient bien penser ce qu'ils voulaient, il n'en avait vraiment que faire.
Crochetant son bras fin sous le sien, Narcissa lui jeta un regard par-dessus ces cils.
— Allons-y.
Ils décidèrent d'abord de se rendre chez Madame Guipure, la mine baissée et regardant les pavés. La boutique avait l'air vide, vue de l'extérieur, ce qui était tant mieux, car Drago sentait que sa mère était nerveuse à l'idée de parler à qui que ce soit. Quand ils pénétrèrent dans le magasin et rabattirent en arrière leurs capuches, la tenancière se pressa de venir les accueillir chaleureusement et Drago, sans rien en dire, apprécia tout de même le geste, car sa mère semblait heureuse de retrouver un semblant de normalité.
Aussitôt, elles commencèrent à s'entretenir des divers besoins de vêtements de Drago et ce dernier se balada quelque peu dans les rayons, caressant paresseusement certaines étoffes. Vu l'inutilité de ses lectures de la bibliothèque Malefoy, il espérait sincèrement que Barjow aurait d'intéressantes choses à lui révéler sur l'armoire. À vrai dire, l'idée l'obsédait pas mal.
Il s'approcha d'un des pans vitrés de la devanture de la boutique, regardant au-dehors de la rue. Le Chemin de Traverse, il devait l'admettre, n'était plus que l'ombre de lui-même. La météo grise ne faisait rien pour pallier l'apparence piteuse de l'allée pavée. Les vitrines de tous les magasins étendaient d'énormes affiches violettes et jaunes, dissimulant les marchandises : visiblement des recommandations du Ministère pour se protéger des Mangemorts. D'autres boutiques semblaient closes, comme par exemple Ollivander, ce qui étonna quelque peu Drago. De petits stands semblaient avoir poussé un peu partout à la manière de mauvaises herbes et, sur leurs étalages, des boîtes remplies de bijoux, de fioles et d'objets en tout genre portaient des pancartes prônant leurs vertus curatives ou protectrices.
Le malheur des uns faisait le profit des autres, semblait-il.
Vers Gringotts, un éclat de couleur et de lumière, qu'il n'avait originellement pas remarqué et se demandait maintenant comment cela était possible, attira son regard.
Weasley, Farces pour sorciers facétieux
Drago renâcla avec mépris.
Devant la boutique, des petits kiosques semblaient remplis de catalogues de commande. Quelque peu répugné, Drago leva les yeux au ciel et s'en retourna auprès de sa mère et de Madame Guipure.
— Ah, te revoilà, parfait, souffla sa mère avec un sourire altier. Enlève ta cape et monte donc sur l'estrade de couture, que l'on reprenne tes mesures.
Drago obéit sans rechigner, ni faire la grimace, insensible à ce qui se passait et déterminé à rendre cette expérience la plus brève possible.
D'un coup de baguette experte, Madame Guipure ensorcela le mètre-mesureur qui se déroula et vint machinalement prendre en jauge chacune des proportions imaginables de Drago. Suite à cela, des habits se démarquèrent des rangées de robes, capes et autres vêtements.
— Nous avons évoqué des couleurs sombres : surtout du noir et du vert empire. Restez-vous sur le même modèle de pantalon que l'année passée ou envisagez-vous une nouvelle coupe ?
Drago jeta un regard à sa mère, l'invitant à donner son avis.
— Je pense que celle de l'année dernière ira très bien, renseigna posément Narcissa. Mettez-nous en dix paires noires de côté. Le même nombre de chaussettes hautes et de caleçons, également. Moitié noir, moitié vert impérial ?
Narcissa interrogea Drago du regard et il hocha subrepticement la tête, désintéressé.
Madame Guipure s'empressa de s'exécuter à son simple geste, puis se tourna vers un cintrage de chemises de toutes les couleurs. Saisissant un calepin, elle balaya les pages et, satisfaite, se rapprocha à nouveau de Narcissa.
— L'année dernière, vous vous étiez décidés pour des chemises blanches cintrées en popeline, à col anglais, gorge simple à boutons de nacre et points de croix, couture anglaise, manchettes à deux boutons ?
— Douze, je vous prie, confirma Narcissa. Et nous souhaitons aussi quatre modèles de soie matte à cols napolitains, manchettes mousquetaires pour les grands évènements.
— C'est mon plaisir, sourit Madame Guipure, agitant sa baguette afin que les modèles de chemises demandés ne viennent se décintrer, plier et s'envelopper dans un papier fin avant d'être emballés dans un sac.
Drago regardait tout ce manège d'un air impassible, satisfait de voir que sa mère reprenait des couleurs. Il y avait déjà quatre grands sacs à côté de la caisse enregistreuse étincelante.
— Avez-vous besoin de mouchoirs ou de nouveaux boutons de manchette ?
— Non, nous avons la collection familiale, refusa poliment Narcissa. Par contre, nous reprendrons des cravates, huit. Modèle Serpentard de Poudlard, je vous prie.
— Très bien, ne se rembrunit pas Madame Guipure, sachant probablement qu'elle avait déjà rentabilisé sa semaine avec tous leurs achats. Passons maintenant aux robes, si vous le souhaitez.
Une fois de plus, elle s'approcha du rayonnage des robes et fit tourner une page de son calepin.
— Vous aviez opté pour une coupe classique de couleur noire, ouverture frontale sans bouton, à revers vert impérial.
Merlin ce qu'il pouvait s'ennuyer.
Narcissa opina du chef.
— Oui, c'est ce qui me paraît être le mieux cette année aussi.
Madame Guipure vint tendre la robe dans le dos de Drago afin que ce dernier en essaye le modèle. Il s'exécuta. Se regardant dans le miroir, il observa soudain qu'il ne se reconnaissait pas. Sa musculature avait changé depuis juin et son visage avait perdu des rondeurs enfantines pour creuser des joues dans les mêmes pommettes saillantes que sa mère. Son nez droit et pointu, qu'il tenait de son père, était la seule chose qui ne semblait pas avoir changé, car même ses yeux paraissaient avoir une teinte plus sombre. C'était peut-être l'obscurité de la boutique.
— C'est parfait, dit simplement sa mère. Nous en prendrons huit.
Il n'allait jamais pouvoir mettre tout ça dans sa malle. Tout ceci était une perte de temps. Il ne retournerait pas à Poudlard l'an prochain. C'était jeter ses Gallions par la fenêtre. Mais il garda le silence et se laissa enlever la robe.
— Pour finir, une robe de soirée ? suggéra Madame Guipure.
— S'il vous plaît. Vert empire à grand col.
— Je préfère qu'elle soit noire, intervint soudain Drago.
Trop de vert lui donnerait l'air d'un buisson vivant et il tenait encore un peu à sa prestance.
— Très bien, s'amusa Narcissa. Noire, alors.
— Très bien, répéta Madame Guipure. Je vous prépare tous vos achats. Sachez que, comme toujours, nous sommes ravis que vous nous honoriez de votre clientèle.
Et de nos Gallions, finit sarcastiquement Drago en son for intérieur.
— Pour être candide, je suis également contente de vous recevoir en personne, car beaucoup commandent par hiboux par les temps qui courent.
Cela n'avait rien d'étonnant, mais Drago fusilla pourtant Madame Guipure du regard, cette dernière lui faisant malheureusement dos. Narcissa avait légèrement pâli, mais n'avait pas commenté.
— Vous faites bien de venir à deux et d'accompagner votre enfant. C'est plus sûr.
Narcissa reprit quelque peu contenance tandis que Drago perdait patience.
— Nous voulions surtout passer un peu de temps ensemble, confia-t-elle avec un petit sourire.
— Oui, reprit Drago d'une voix caustique à l'adresse de Madame Guipure. Au cas où vous n'auriez pas remarqué, je ne suis plus vraiment un enfant et n'ai pas besoin de maman pour faire mes emplettes. C'est une question de préférence.
Pile à ce moment-là, comme si les aiguilles du destin s'alignaient, il aperçut dans le miroir l'image de Potter, Weasley et Granger sur le seuil de leur rayonnage. Drago sentit ses poings se serrer : la haine tempêtait, glaciale, dans ses veines. Son sang-froid apparent pourtant, lui, ne tiqua même pas.
Cette fois-ci, par contre, Narcissa perdit définitivement ses couleurs et se redressa, très droite.
— Oui, oui, vous êtes un jeune-homme, concéda Madame Guipure dans un gloussement. C'est tout à fait admirable de voir une famille si soudée, quoi qu'il en soit.
Drago esquissa un rictus narquois qui n'atteignit pas ses yeux et dévisagea le petit groupe. Même s'ils avaient la peau tannée par le soleil, Potter était égal à lui-même, tout comme Weasley. Granger, elle, avait un œil au beurre noir conséquent. Cette vue l'étonna, mais il n'en montra rien. Goguenard, il vint se boucher le nez en la regardant, fronçant son expression dans une moue répugnée. Elle le fusilla des yeux.
— Qui est-ce qui t'a collé un œil au beurre noir, Sang-de-Bourbe ? s'enquit-il d'une voix nasillarde, le nez toujours bouché. Que je lui envoie des fleurs.
Potter et Weasley sortirent leurs baguettes en même temps. Drago les imita, bien plus lentement, son sourire s'étirant avec malice.
— Non ! protesta véhément Granger.
— Voyons ! Rangez vos baguettes immédiatement ! s'exclama Madame Guipure d'une voix scandalisée.
Soudain, une main se posa sur son épaule. Drago sut qu'il s'agissait de sa mère : il ne savait pas, par contre, si elle s'appuyait contre lui pour le soutenir lui ou elle-même. Probablement lui. Mais il n'avait nul besoin de sa protection.
— Rangez-ça, cingla-t-elle à l'adresse de Potter et Weasley. Si vous recommencez à attaquer mon fils, vous pouvez être sûrs que ce sera la dernière chose que vous aurez jamais faite dans votre vie.
— Vraiment ? se moqua Potter. Vous avez l'intention d'aller chercher quelques-uns de vos amis Mangemorts pour en finir avec nous ?
Cette fois, Madame Guipure poussa une exclamation de stupeur et d'effroi.
Granger, elle aussi, sembla considérer la provocation comme une bien mauvaise idée, car elle grinça un « Harry, non ! » entre ses dents.
— Merlin, pour l'amour du ciel, de telles accusations, rangez-vos-baguettes ! Madame !
La tenancière tenta d'interpeller Narcissa.
Mais sa mère était en colère. Elle pensait à son époux, il en était sûr. Il ne pouvait pas la blâmer. Sans Obduro dans ses veines, il aurait depuis bien longtemps perdu le contrôle.
— Vous êtes peut-être le chouchou de Dumbledore, mais il ne sera pas toujours là pour vous protéger, siffla Narcissa.
Cette fois-ci, c'est Drago qui posa sa main sur celle de sa mère, toujours sur son épaule. Potter s'apprêtait à répliquer, cinglant, mais Drago le surprit en rangeant sa propre baguette. Weasley et Granger eurent soudainement l'air à la fois stupéfaits et méfiants.
— Nous avions fini, lâcha-t-il d'une voix traînante. Vous n'aurez qu'à nous envoyer la note et les vêtements.
Madame Guipure hocha furieusement la tête, l'air soulagée, et Drago entraîna sa mère sur le côté, la poussant à sortir de la boutique. Elle s'exécuta, rabattant avec colère sa capuche sur son visage et quitta le magasin suivie des yeux par l'assistance. Quand elle fut sortie, Drago reporta son regard sur le petit groupe.
— Ne t'avise plus jamais de t'adresser à ma mère de cette façon, Potter, dit-il doucement, calmement et sans hostilité.
Toujours abasourdi, Potter sembla soudainement se reprendre et fronça les sourcils. Mais Drago ne lui laissa pas le temps de répondre.
— Je sais que tu n'es qu'un pauvre orphelin élevé chez des Moldus, et que tu n'as donc jamais appris à te comporter respectueusement en société, et encore moins devant des figures parentales, mais sache que c'était très impoli, murmura-t-il onctueusement, la mine impassible, une pointe de sadisme dans les yeux.
Weasley sembla perdre définitivement son calme quand il remonta sa baguette vers lui. Une fois de plus, Madame Guipure poussa un cri de protestation.
— Espèce de… commença le roux.
— Ça suffit ! s'égosillait la tenancière.
Mais Drago avait fini et, avant que quiconque n'ait pu lui répondre, il bouscula Weasley d'un coup d'épaule, adressa un sourire sournois à la Sang-de-Bourbe et rejoignit sa mère au-dehors. Elle s'était écartée du magasin et pour cause : le bouffon de garde-chasse de Poudlard se tenait comme une sentinelle devant la porte de la boutique. Drago ne le salua pas, rabattant insolemment sa capuche devant son visage et se rapprocha de sa mère.
Quand il fut suffisamment près d'elle, il constata qu'elle tremblait et que ses mains s'agitaient. Il avait prévu d'aller dans l'Allée des Embrumes, mais il lui fallait tout d'abord la calmer et la mettre au chaud, car elle semblait sur le point de faire une crise nerveuse. Passant son bras sous le sien, il l'entraîna au Chaudron Baveur et l'installa dans un box au fond, s'asseyant lui-même en face. Ils étaient les seuls clients et le barman vint aussitôt s'enquérir de leurs commandes.
— Deux whisky Pur Feu, un grand verre d'hydromel avec du lait d'amande et le dernier numéro de Sorcière Hebdo.
Le barman acquiesça sans protester, malgré l'âge bien trop jeune de Drago pour commander de l'alcool, et s'empressa d'aller chercher leurs boissons. Les deux Malefoy gardaient leurs capuches baissées sur leurs visages, mais Drago vit briller des larmes dans les yeux de sa mère.
— Je… Je suis…
Ses mains étaient posées sur la table et Drago vint déposer sa main droite dessus, dans un geste rassérénant.
— Tout va bien, mère. Ce n'était que Potter, la railla-t-il un peu. Tu as été très digne, père sera fier lorsqu'on le lui racontera.
Narcissa esquissa un sourire entre ses larmes silencieuses. L'Obduro, il le remarquait, rendait sa froideur protectrice vis-à-vis de sa mère. Cela ne lui posait aucun problème, au contraire, car son attitude semblait la calmer avec aisance.
— Il profite du peu de temps qu'il lui reste pour fanfaronner. Je doute qu'il plaisante encore lorsqu'il se retrouvera face au Seigneur des Ténèbres, murmura Drago sans perdre son rictus.
Les boissons arrivèrent, ainsi que le magazine. Narcissa commença à boire son whisky à très petites gorgées, comme ayant peur de se brûler avec un liquide trop chaud. Peu à peu, il la sentit se détendre et poussa le magazine vers elle.
— Je vais aller chercher mes livres chez Fleury & Bott. J'en ai pour une petite demi-heure, tout au plus. Quand je reviendrai, on ira chercher des chaussures chez le cordonnier espagnol que tu aimes bien, à côté de l'Apothicaire.
Son ton ferme lui évoqua celui que son père prenait avec sa mère et son intellect froid et sagace, rendu bien plus lucide et rationnel par la potion, ne put s'empêcher de lui révéler qu'il jouait ici et, il s'en doutait, une sorte de figure de remplacement afin que sa mère ne s'effondre pas.
Quand il partirait pour Poudlard, cette dernière se retrouverait esseulée au manoir, avec pour seule compagnie la visite hebdomadaire de sa sœur et, alors, il savait qu'elle laisserait libre cours à ses larmes.
Narcissa hocha nerveusement pour approuver et finit son verre de whisky, tirant l'hydromel et le magazine vers elle d'une main plus sûre. Drago engloutit son verre de whisky en une seule lampée, habitué au goût de l'alcool par ses prises d'Obduro et quitta le pub, sans répondre à l'air quelque peu hébété de sa mère devant son geste.
S'éloignant rapidement, il se faufila le long du Chemin de Traverse, passant de nouveau devant chez Madame Guipure. Le garde-chasse n'y montait plus la garde, se trouvant désormais à la devanture de la boutique des Weasley. Plissant les yeux avec mépris, Drago n'y accorda pas plus d'importance et s'enfonça dans l'Allée des Embrumes.
DIMANCHE 1ER SEPTEMBRE 1996 – Arrivée du Poudlard Express – Poudlard, Écosse
Potter. Potter. Potter.
C'était comme si son cœur lui soufflait ces mots à chaque battement, pulsant le sang dans chacun de ses membres jusqu'à les engourdir. Drago sortit doucement du wagon et posa le pied sur le quai, le front fiévreux et les mains moites. Il était en manque, désespérément en manque. Sortant une fiole de sa poche, il ne prit pas la peine de doser et en engloutit une grosse gorgée, la finissant avant de la jeter sur la voie ferrée où elle vint se briser dans le tumulte de vapeur de la locomotive à l'arrêt. De toute façon, les écoliers étaient tous sur le point d'être fouillés, et il ne pouvait se permettre d'avoir une telle potion dans les poches. Comme d'habitude, il ressentit la brûlure du breuvage et un picotement sur son sternum, mais n'avait l'esprit fixé que sur une, et une seule chose : il espérait très sincèrement que Potter se vide de son sang.
Le froid le recouvrit promptement, comme la nuit tombe en hiver.
Autrefois, un tel événement aurait pris toute la place dans son esprit pendant plusieurs jours… À présent, il se rendait compte qu'il en voulait bien plus. Il savait qu'il devait se montrer discret afin que l'on lui accorde le moins d'attention possible, mais à quoi bon ? Son père était après tout un Mangemort avéré et tous les regards seraient sur lui, il l'avait anticipé depuis des semaines maintenant. C'était la raison pour laquelle donner un simple coup dans le nez d'Harry Potter ne serait pas très surprenant de sa part… Pour autant, il était loin d'être rassasié.
Drago se mit en route pour Poudlard, cherchant des yeux une diligence.
La plupart des personnes qui l'avaient jusque-là suivi l'avaient fait aveuglément, citant son nom pour en tirer une quelconque gloire. Drago n'était cependant plus assez naïf pour croire qu'on l'avait soutenu pour ce que lui-même représentait par-delà son nom. Aujourd'hui, l'honneur que lui prodiguait son patronyme était bien plus discutable et discuté que les années passées et il savait que peu de ses acolytes d'autrefois assumeraient de se voir associés à lui, à part évidemment Blaise, Théodore, Pansy, Crabbe et Goyle.
Il avait soif de montrer aux profiteurs et à tout le reste de l'école la personne derrière ce simple amas de lettres dont lui-même avait été si fier durant toute sa scolarité. Il avait hâte que le monde le voie enfin comme il l'avait toujours été, comme il s'était toujours destiné à devenir.
Mais avant tout… La mission.
Il entendit les échos des larmes de sa mère lorsqu'il s'était mis en chemin pour le Poudlard Express. Il n'était pas prudent qu'elle l'accompagne sur le quai et il souhaitait s'y rendre seul. Elle avait fini par accepter, avant de s'effondrer en sanglots à l'idée de son départ.
Oui, Potter et sa clique, ainsi que le vieux fossile de directeur, devaient payer pour ce qu'ils avaient fait à sa famille, se dit-il, apercevant pour la première fois depuis deux mois la majestueuse structure du château.
La mission pouvait commencer.
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