Merci à Sarah pour sa review. Lumière dans l'obscurité d'une semaine très stressante !


I saw a weird boy.
He looked at me with a look of pure hate.
Nobody knew all the grief where he'd been.

He was a sad boy.
He was a victim of a dirty good time, feely games in the back of his boarded up estate.

Soon enough, he's pickin' on me,
Kicked my head in, 'cause that's all that he'd seen.
Soon enough, he's pickin' on me.

Pickin' on me.

Pickin' on me – Skunk Anansie


Chapitre 2 – Look of pure hate

DIMANCHE 1ER SEPTEMBRE 1996 – Matinée du départ – Poudlard, Écosse

Les ajoncs du jardin battaient doucement sous la bruine et le petit vent de ce premier jour de septembre. Le seul avantage de la pluie était qu'elle faisait peu à peu disparaître le brouillard ambiant. L'été n'avait pas été clément, bien au contraire. A part quelques jours de grand soleil, durant lesquels la peau mate d'Hermione s'était tannée d'un caramel profond tiqueté de taches de rousseur, le ciel avait été d'un gris maussade voire sombre.

Elle laissa échapper un petit soupir, les yeux perdus devant la vue désormais familière de cette fenêtre. Hermione avait partagé la chambre de Ginny pendant les deux derniers mois et les deux jeunes filles s'étaient rapprochées au cours de l'été. Cela l'avait changée de l'habituelle compagnie féminine à laquelle elle était malheureusement accoutumée, à savoir les commérages incessants de Lavande Brown et Parvati Patil dans leur dortoir en commun. Mais désormais, cette colocation allait reprendre et les babillages avec. Comme cela lui arrivait depuis le début de l'été, Hermione laissa son esprit dériver vers les premiers jours des vacances, quand Harry n'était pas encore présent au Terrier, et qu'elle et Ron avait passé un long après-midi allongés au soleil dans le jardin, à discuter de tout et rien. Elle songeait, les joues chaudes, à la proximité de leurs corps à ce moment-là : aux rayons du soleil perçant à travers quelques petits nuages et chamarrant le sol d'ondes de lumière, les baignant dans une fraicheur bienvenue lorsqu'ils se dissimulaient, mais d'une chaleur tout aussi agréable lorsqu'ils les éblouissaient à nouveau. Elle se souvenait du poids de son bras sur ses yeux alors qu'ils conversaient, et d'entendre sa voix et toute la richesse de ses inflexions. Le grain de son timbre, le rire dans ses traits d'humour, la trame familière de ses phrases et ses tics de langage. C'était la première fois qu'elle avait prêté une telle attention à son expression et pour cause : loin des soucis de la guerre, de la pression des devoirs et, elle osait se l'avouer, de la présence d'Harry, elle avait découvert d'autres facettes de Ron. Des facettes d'humour, de douceur, d'empressement et de gentillesse.

Elle s'était également elle-même confessée une affection à son égard, qu'elle avait jusqu'ici tue en son for-intérieur, sans doute incapable d'assumer les implications et les conséquences que son attraction pour lui risquaient d'engendrer.

Ginny fit craquer le parquet de la pièce, continuant vraisemblablement à descendre ses affaires au rez-de-chaussée et rappelant à l'ordre Hermione par l'intermédiaire du bruit.

— Maman est en train de devenir chèvre, je te préviens. Je croyais qu'une fois Fred et George partis, les rentrées seraient plus sereines, mais de toute évidence je me fourrais le doigt dans l'œil, argua Ginny, la voix entre l'amusement et l'agacement.

Hermione laissa échapper un petit rire de connivence et détourna son attention de la fenêtre, la reportant sur les quelques livres encore sur son lit. Le reste de ses bagages était déjà en bas, et ne demeurait que sa grande malle, mais elle avait du mal à décider quel ouvrage elle se réservait à portée de main si toutefois elle avait le temps se plonger dans une lecture lors du trajet en train. Bien sûr, elle et Ron devraient se rendre dans le compartiment des préfets pour l'habituelle rencontre de la rentrée, mais ensuite ils seraient libres de rejoindre Harry et Ginny.

Hermione se mordit la lèvre. Les deux ne seraient probablement pas ensemble, à mieux y réfléchir. Ginny irait certainement rejoindre Dean. Harry se retrouverait seul, à moins de ne se trouver une autre compagnie comme Neville, ou Seamus qui lui aussi serait esseulé par son meilleur ami.

Le regard d'Hermione se posa sur le livre tout en haut de la pile : Mrs Weasley, ou comme l'enjoignait-elle à l'appeler, Molly, lui avait donné son exemplaire du Guide du Guérisseur. Hermione avait ressenti un vif intérêt pour l'ouvrage lorsque Molly l'avait utilisé pour lui soigner son œil au beurre noir, mais ne s'étant pas rendue à Fleury & Bott le jour de la visite sur le Chemin de Traverse, elle n'avait pas pensé à en faire alors l'acquisition. Molly lui avait donc offert le sien avec toute la générosité – et l'obstination à rejeter d'un bloc les refus polis – dont la matriarche Weasley était capable.

Oui, ce serait une bonne lecture : très utile. Apprendre à soigner les ecchymoses, les coupures, les brûlures, les fractures et tutti quanti.

D'un coup de baguette, elle plaça la pile dans sa malle avant de la refermer et de descendre les escaliers à son tour, prenant garde à ne pas trébucher dans les escaliers.

La matinée n'avait rien de normal. Une ambiance tendue crispait tous les parents sur le quai, étreignant leurs enfants comme pour leur faire des adieux éplorés. Ceux d'Hermione n'étaient évidemment pas là et l'impression était particulièrement douloureuse.

Mais ce n'était pas ce qu'il y avait de plus bizarre.

Non, il y avait aussi le fait que tout le monde les regardait, Harry, Ron et elle, avec une sorte de ferveur inquisitrice insupportable.

Mais enfin, ce qui était le plus… déroutant… c'était le comportement de Drago Malefoy. Ce dernier s'était présenté seul sur le quai et, sans accorder un regard à qui que ce soit, était aussitôt monté dans le train. Quand Hermione avait rejoint le compartiment des préfets, elle ne l'y avait pourtant pas trouvé. Il leur avait fait faux bond.

Inutile de réfléchir bien longtemps pour se rendre compte que ce comportement n'avait rien d'habituel. Le Serpentard n'était généralement pas le dernier à s'entendre raconter tous les privilèges et devoirs qu'il incombait à un préfet, faisant de lui un élève spécial. Il était également le premier à abuser de cesdits privilèges dès la réunion terminée mais, en l'occurrence, ne s'y était tout bonnement pas présenté.

Quand elle et Ron avaient fini leur réunion, ils étaient passés devant le compartiment des Serpentards et ce dernier ne leur avait même pas jeté un coup d'œil, la tête sur les genoux de Pansy Parkinson et jouant négligemment avec une petite boule dorée ressemblant à un vif d'or sans ailes. Ils avaient alors rejoint le compartiment d'Harry et l'avaient trouvé en compagnie de Neville et de Luna.

Bien sûr, Ron n'avait pas manqué de relater l'étonnante absence de Malefoy, ce qui avait évidemment interpellé Harry. Hermione ne s'en était pas réjouie, car, sans s'en rendre compte, le roux alimentait l'obsession déjà bien nourrie d'Harry pour le Serpentard. Heureusement, la conversation fut interrompue, car des messages vinrent être remis à Neville et Harry par une troisième année manifestement très empruntée. Ces deux derniers finirent par quitter le compartiment, visiblement invités à une petite sauterie organisée par un nouvel enseignant : le professeur Slughorn. Harry leur en avait parlé cet été, leur relatant l'épisode de persuasion en compagnie de Dumbledore juste avant son arrivée au Terrier.

Ron, elle et Luna se retrouvèrent donc tous les trois. Luna, semblant apprécier leur compagnie, commença à intéresser Ron sur son édition du Chicaneur et Hermione se plongea alors dans le livre offert par Molly Weasley. Le temps passa vite et, bientôt, ils durent enfiler leurs robes de sorcier. Neville était réapparu, disant qu'Harry lui avait faussé compagnie en disparaissant sous sa cape d'invisibilité. Bien plus inquiète qu'elle ne se laissa le montrer, Hermione, accompagnée de Ron et les autres, grimpa dans une diligence, l'attendant vainement, jusqu'à ce que cette dernière rejoigne la procession des autres, roulant véhément vers le château.

Durant le repas de bienvenue, elle surprit à plusieurs reprises le regard de nombreux Serpentards vers leur partie de la table. Elle croisa également le regard d'aversion cruelle de Drago Malefoy et s'en détourna vivement. Se pouvait-il que quelque chose soit arrivé à Harry ? Aussitôt plongée dans de sombres divagations, elle n'en fut sortie que par l'arrivée d'Harry en plein milieu de repas, recouvert de sang. Le pouls d'Hermione s'accéléra significativement à sa vue. Ciel, mais que lui était-il arrivé ?

Plus tard, Harry leur dévoila ce qui s'était produit, ce qu'il avait entendu dans le compartiment des Serpentards, de la bouche de leur pire ennemi, cherchant encore une fois à les convaincre de sa propre certitude : Drago Malefoy était un Mangemort prenant la relève de son père, puisque ce dernier avait été incarcéré pour ses crimes.

Mais Hermione, quand elle fut dans son lit, balaya encore une fois cette hypothèse ridicule de son esprit. Drago Malefoy ? Un Mangemort ? Il n'avait que seize ans et, s'il n'était pas mauvais en cours, il n'excellait pas non plus, à part en Potions. Ce n'était pas une personne aussi influente qu'il se croyait l'être, quand bien même elle lui concédait le charisme inné des tyrans, et il le serait encore moins maintenant que son père avait une telle réputation.

Quel intérêt aurait Voldemort à requérir ses services ?

Hermione renâcla presque avec une certaine dose de cynisme.

Aucun.

Drago Malefoy n'était qu'un gamin raciste, pourri-gâté, flagorneur, cruel et cupide.

Mais quand elle s'endormit, elle eut des flashs de leur rencontre chez Madame Guipure de l'enfant se métamorphosant en adulte. Des rondeurs qui fondent, sillant des creux dans l'albâtre, et d'une innocence cruelle cédant à de bien plus froides intentions.


LUNDI 2 SEPTEMBRE 1996 – Rentrée des classes – Poudlard, Écosse

Quand Hermione se réveilla, le matin de la rentrée, elle ne savait pas où elle se trouvait. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu'elle était à Poudlard, et qu'une nouvelle année débutait. Après avoir passé deux mois en compagnie de Ron et d'Harry chez les Weasley, elle était presque désarçonnée de se trouver là. Cela lui avait, à vrai dire, fait la même chose lorsqu'elle était d'abord rentrée chez ses parents, l'été dernier. Elle s'était réveillée à moitié en panique, dans une pièce noire, avant de réaliser que l'odeur de son lit était familière et les volets de chez ses parents ne laissaient pas filtrer la moindre lumière.

Pareil lorsqu'elle avait quitté ses parents pour le Terrier.

Les premières matinées étaient toujours déboussolantes.

S'habillant rapidement, elle descendit prendre son petit-déjeuner et découvrit la Grand-Salle pratiquement vide, et pour cause, il était encore très tôt. Mais le professeur McGonagall était déjà là et cela lui permis d'obtenir son emploi du temps avant les autres sixièmes années de Gryffondor.

Les sixièmes années avaient un emploi du temps allégé, surtout pour ceux qui ne continuaient pas leurs options, et comptaient tous les matins deux à trois leçons d'une heure, des entre-cours d'une demi-heure, une heure et demi de déjeuner et finissaient plus tôt l'après-midi à seize heures trente, après une leçon longue de deux heures et demi.

Nous finissons à seize heures trente tous les jours, nota-t-elle. Cela signifiait plus de temps pour étudier. Pour les personnes qui ne prenaient pas d'options, cela signifiait un temps libre considérable. Deux heures voire quatre heures de libre en plus que les autres… Cela serait évidemment le cas d'Harry et Ron qui avaient même décidé d'abandonner Potions suite à leurs résultats de BUSE, et qui auraient donc en tout huit heures et demi de cours de moins qu'elle !

L'équivalent d'une journée, en fin de compte ! Maugréa-t-elle en son for intérieur.

Lundi matin, trois cours : Études des Runes, Défense contre les forces du mal, Arithmancie. L'après-midi, deux heures et demi de Potions.
Mardi matin, deux cours : Botanique de huit à neuf, puis Métamorphose d'onze à douze.

Une matinée légère, se fit réflexion Hermione.

L'après-midi, deux heures et demi de Sortilèges.
Mercredi matin, trois cours : Études des Runes, Arithmancie, et Potions. Deux heures et demi de Métamorphose l'après-midi.
Jeudi matin, trois cours : Potions, Défense contre les forces du mal et Sortilèges. L'après-midi, deux heures et demi de Botanique.
Et enfin, le vendredi, Botanique, Sortilèges et Métamorphose le matin, et deux heures et demi de Défense contre les forces du mal l'après-midi.

Touillant négligemment son thé sans le regarder, Hermione soupira un peu en songeant au manque de volonté de Ron et d'Harry de continuer les Potions quand bien même cela mettait en péril leur envie de devenir Aurors. Elle allait se retrouver seule dans la plupart de ses cours : entre l'Étude des Runes et l'Arithmancie qu'ils ne suivaient pas et Potions où elle retrouverait tous les Serpentards de sixième année, elle en était sûre, l'année allait être bien solitaire.

Même si les cours n'étaient pas faits pour bavarder, elle aimait bien être en compagnie de ses deux amis. Leur présence avait quelque chose d'agréable et de rassurant, même lorsqu'ils n'étaient pas assis à côté – ce qui arrivait très rarement.

Quoi qu'il en était, elle allait avoir fort à faire – plus qu'eux – et dans un temps plus court, ce qui sonnait relativement comme une injustice, même si elle n'était pas vraiment du type à se plaindre de devoir cravacher.

Ayant fini d'explorer son emploi du temps, Hermione sentit son agenda flambant neuf, acheté sur le Chemin de Traverse une semaine auparavant, et y consigna proprement ses leçons, ses pauses et commença à établir un programme de devoirs et de révisions en attendant que Ron et Harry ne la rejoignent en bas. Elle finissait de mettre son dernier point d'encre lorsqu'ils arrivèrent, l'air endormis et peu enthousiastes. Souhaitant les entraîner dans son sillon, elle leur montra son emploi-du-temps avant même que McGonagall n'ait eu le temps de leur donner les leurs, et commença à les entretenir sur ses méthodes scolaires prévues pour l'année qui débutait. Elle n'était pas assez naïve pour se croire écoutée, et finit par jeter l'éponge, croquant plutôt dans son toast avec avidité.

McGonagall vint consulter un à un les élèves de Gryffondor de sixième année, afin de leur confirmer les cours qui leur seraient dispensés, ces derniers basés sur leurs résultats de buse. Et pendant ce temps, Hermione décida de balayer la Grand-Salle des yeux.

Tout paraissait presque normal, même si certains élèves manquaient à l'appel, leurs familles ne désirant probablement pas les placer à Poudlard en cette période trouble. À la table des Gryffondors, toute la promotion des sixièmes années semblait là, y compris Lavande Brown et Parvati Patil.

Quand bien même Hermione ne leur souhaitait aucun mal et aurait probablement été mal à l'aise avec l'idée qu'elles ne soient pas revenues à Poudlard, elle commençait nettement à être agacée par Lavande qui, depuis la veille, flirtait sans réserve avec Ron, gloussant à ses plaisanteries les plus stupides.

Bien évidemment, elle – comme probablement tous les autres élèves de Poudlard – avait dû lire la Gazette du Sorcier durant l'été et admirait grandement Ron pour sa participation à la soi-disant épique bataille du Département des Mystères. Hermione ne pouvait lui en vouloir, trouvant elle-même Ron tout aussi exaspérant que charmant et drôle les trois quarts du temps.

Hermione soupira doucement et reporta son regard sur son agenda. Ce matin, elle commençait par un cours d'Étude des Runes, puis elle rejoindrait Harry et Ron en Défense contre les forces du Mal… enseignée par Rogue, voilà qui promettait d'être intéressant, tout cela avant de terminer sa matinée avec Arithmancie.

Ensuite viendrait le déjeuner et le cours de Potions avec le nouveau professeur, Horace Slughorn, dont elle ne savait presque rien si ce n'était ce qu'en avaient dit Ginny et Harry. Hermione ressentit une nouvelle pointe de culpabilité en regardant la table des professeurs où Hagrid semblait petit-déjeuner avec une excellente humeur, conversant avec les autres professeurs de la tablée. Il était encore persuadé que ses trois élèves favoris allaient le rejoindre en Soins aux Créatures magiques dans la matinée. Il serait vite désappointé de n'y trouver que Neville, et encore, elle n'en était même pas certaine.

La clameur de la Grand-Salle gagna à nouveau ses oreilles, comme la sortant d'un songe. Un fourmillement d'appréhension, mais aussi de plaisir lui remonta l'échine.

Qu'il était bon d'être de retour à Poudlard, de retrouver les structures familières, les couloirs de pierre et leurs fantômes, les torches aux murs, les tableaux, armures et tapisseries l'odeur de poussière rocheuse si caractéristique des corridors, minérale et rassurante, et le bruit claquant des chaussures contre leurs dalles. Même dans les délicieux effluves du petit-déjeuner, elle parvenait malgré tout à retrouver dans son imaginaire les fragrances d'encens qui s'échappaient de certaines salles de classes.

Elle aimait tant cette école. Parfois, elle se faisait même la réflexion qu'il lui aurait plu d'y travailler, une fois ses études finies. Mais pour cela, il lui faudrait déjà mener à bien d'autres projets et résoudre de nombreux problèmes, à commencer par valider ses aspics, ou, bien pire encore, la perspective de la guerre qui grondait et qui, à mesure que la liste des victimes sorcières ou Moldues grandissait, la préoccupait énormément.

Presque par réflexe, elle tourna la tête vers la table des Serpentards, continuant de manger ses œufs brouillés au lard. Drago Malefoy et certains de ses acolytes, dont elle pouvait attester trois autres fils de Mangemorts – Crabbe, Goyle et Nott –, consultaient leurs propres emplois du temps tandis que Rogue continuait sa propre distribution.

Hermione prit davantage le temps de les détailler chacun leur tour, cherchant sans vraiment s'attendre à en trouver des signes flagrants de la préparation d'un éventuel mauvais coup, mais ils avaient simplement l'air concentrés.

Malefoy, par contre, avait beaucoup changé pendant l'été. Elle s'en était déjà rendue compte lorsqu'ils avaient eu leur altercation dans la boutique de Madame Guipure, sur le Chemin de Traverse. Tout comme Ron, Harry et elle-même, il avait grandi, mais paraissait aussi bien plus adulte que l'année passée. Comme s'il avait vieilli durant l'été.

Ses épaules semblaient plus athlétiques et, sous sa chemise, ses bras plus musclés. Son port n'était désormais plus pompeux, mais tout simplement droit. Malgré sa tenue quelque peu altière, son dos s'arquait souplement lorsqu'il se mouvait et ses mouvements étaient contrôlés et lestes tandis qu'il attrapait négligemment une tasse de café pour en boire une gorgée, sans même regarder ce qu'il faisait. Cela ne lui donnait pas l'air plus sympathique et il demeurait d'aspect aussi inaccessible qu'auparavant. Pour autant, l'on ne pouvait nier le changement tangible de son apparence. Hermione reporta ses yeux sur son visage.

Ses joues étaient plus creuses qu'avant, comme si elles avaient perdu les rondeurs de l'enfance et délaissé avec elles ses bêtises, ce dont elle doutait fortement au vu de son comportement de la veille à l'encontre d'Harry. Ses pommettes saillaient, plus tranchantes que jamais, et son nez droit et pointu ne faisaient que renforcer la sévérité et l'austérité de son visage. Ses yeux clairs étaient fixés sur son emploi du temps et passait dans son regard une sorte d'impassibilité dérangeante, pleine de réflexion, mais sans la moindre intention. Hermione ne remarqua même pas qu'elle continuait à l'examiner, perdue dans ses pensées.

Il s'était endurci. Voilà, ce que son apparence lui évoquait, moins minutieusement soignée que d'habitude, même s'il n'avait pas perdu sa prestance aristocratique.

Ce constat se confirmait dans sa chevelure, car ses mèches d'un blond platine aux reflets mercure elles aussi avaient poussé, comme un jardin laissé à l'abandon, mais dont les vestiges de la majesté se retrouvent dans une naturelle élégance, presque involontaire. Échevelé, froid, désinvolte, il n'avait plus rien à voir avec sa figure étudiée et impeccable habituelle, aux cheveux gominés, à la chemise sans le moindre pli et aux parfaits nœuds de cravate.

Soudain, les yeux de Malefoy quittèrent promptement son emploi du temps et rencontrèrent les siens dans un flash. Par réflexe, elle détourna le regard et se replongea dans son propre programme de cours en saisissant un verre de jus d'orange, un air innocent sur le visage.

Bon sang, il lui avait fait peur, cet imbécile. Avait-il remarqué son regard ? Elle n'osa pas porter à nouveau ses yeux sur lui, ayant presque peur de s'en assurer.

Quelques moments plus tard, elle quittait la Grand-Salle pour se rendre en cours d'Études de Runes. Peu d'élèves continueraient l'option après le passage des buse, elle en était sûre. Sur son semainier, il était indiqué que le cours serait commun à toutes les maisons et, à cette occasion, elle remarqua que ce serait le cas de tous les autres également. Il y aurait des Poufsouffles, des Serdaigles et des Serpentards dans toutes les classes désormais.

Entendant des rires derrière elle tandis qu'elle progressait dans le couloir, elle se retourna pour voir l'habituelle bande de Serpentards de son année en bout de couloir. Le corridor n'était pas vide, et elle ne s'inquiéta donc pas malgré leurs regards dirigés sur elle, moqueurs et quelque peu déterminés. Les rires finirent par cesser et, quand elle jeta un nouveau coup d'œil derrière elle, elle vit qu'il n'y avait plus que Malefoy et Zabini. Sans doute continuaient-ils l'Étude des Runes eux-aussi, puisqu'ils empruntaient le même chemin ? Leurs regards se croisèrent à nouveau, mais aucun d'eux ne fit le moindre commentaire désobligeant.

Surprenant, railla intérieurement Hermione.

Elle arriva la première devant la salle de classe et s'adossa à côté de la porte, levant un genou en l'air pour y poser sa besace et vérifier pour l'énième fois de la matinée qu'elle avait bien tout son nécessaire pour prendre le cours : son manuel scolaire, des plumes, des parchemins vierges et de l'encre.

Les deux Serpentards arrivèrent en second et interrompirent leurs messes basses, s'installant négligemment contre le mur en face de la porte de la salle de classe et d'Hermione. Ne désirant pas les regarder, elle sortit son livre de cours et commença à en lire la préface, quand bien même elle l'avait déjà lu en entier durant les vacances.

Au bout d'un moment, pourtant, elle leva les yeux. Ce qu'elle vit fit manquer un battement à son cœur. Zabini avait son épaule droite appuyée contre le mur de pierres grises et était lui-même plongé dans un syllabaire runique. Malefoy, lui, était négligemment adossé contre le même mur, les mains dans les poches, un pied contre la pierre dans une posture d'une insolente tranquillité. Et il la dévisageait.

Elle ne savait pas comment cela était possible, mais aucune émotion ne traversait son visage et ses yeux métalliques ne semblaient même pas ciller. Comme s'il était… vide ? Tout à coup, ses iris semblèrent se recentrer sur elle et Hermione réalisa alors qu'il avait initialement dû avoir le regard perdu dans le vague et la regarder sans vraiment la voir. Maintenant, par contre, il la regardait elle. Hermione se sentit quelque peu troublée par un tel examen visuel et ne put s'empêcher de le fixer elle-même, comme attendant le moment où il finirait par cesser de la regarder ou, encore, l'instant fatidique où il lui adresserait une insulte.

Mais rien, sinon une bourrasque muette glaciale de mépris, d'amusement et d'aversion.

Il la regardait toujours, les iris aussi perçants que ceux d'un oiseau de proie. Ses yeux étaient froids. Glaçants. Et, dans le silence religieux du couloir, ils y faisaient presque du bruit. Le choc d'un verre rempli de mercure qui vient s'éclater sur le sol et s'éperler en une myriade de billes d'argent. Rouler, rouler, rouler, dans le fracas et de terrifiants éclats, comme un orage noir de gris qui vous foudroie sur place.

Complètement hypnotisée, Hermione se mordit la langue pour se rappeler à l'ordre et replongea, comme si de rien n'était, dans son manuel scolaire. Bon sang de bonsoir.

Drago Malefoy n'avait plus du tout le même regard. Pour la première fois depuis qu'Harry en avait fait la supposition, Hermione se demanda s'il n'avait pas un tantinet raison de suspecter que le fils suivait le chemin de son père. Sinon, comment expliquer un tel changement de comportement et d'attitude ?

À son plus grand soulagement, elle put sortir de ses sombres idées, car d'autres élèves arrivèrent au fur et à mesure et, bientôt, le professeur Babbling ouvrit la porte de la salle de classe et tout le monde put y pénétrer. Seule Gryffondor de la pièce dans une classe emplie pour moitié de Serdaigles, elle s'assit à côté d'Hannah Abbott au premier rang de la rangée près de la fenêtre et commença à discuter distraitement avec elle.

Derrière s'étaient silencieusement installés Malefoy et Zabini et, derrière eux, Zacharias Smith et Ernie Macmillan. A leur droite s'étaient assis les Serdaigles, Terry Boot et Michael Corner, Anthony Goldstein et Padma Patil, Mandy Brocklehurst et Lisa Turpin. Les rangs du fond n'étaient pas occupés. C'était une petite classe de douze.

— Susan ne vient pas ? S'enquit poliment Hermione, étonnée de voir qu'elles n'étaient pas ensemble.

— Susan… N'est pas encore arrivée à Poudlard, souffla difficilement Hannah.

Hannah lui jeta un regard entendu et Hermione manqua de se mordre la langue tant elle se sentit soudainement stupide. Amelia Bones, la tante de Susan, avait été sauvagement assassinée durant l'été par les Mangemorts.

— Oh. Oui, bien sûr, murmura-t-elle d'un air contrit. Je te prie de m'excuser, je n'ai pas réfléchi. J'ai été très navrée d'apprendre la nouvelle.

Hannah lui adressa un petit sourire et secoua la tête de gauche à droite en signe de dénégation, l'air de lui dire qu'elle était toute pardonnée.

— Elle me manque beaucoup, avoua-t-elle de but en blanc. C'est ma première rentrée sans elle. C'est horrible.

Hermione se mordit l'intérieur de la lèvre, une expression de désarroi et de compassion traversant ses traits.

— Je comprends. Tu as toujours ton faux Gallion de l'année dernière ?

Une lueur d'espoir, de fougue et de frayeur illumina les yeux d'Hannah.

— Bien sûr, chuchota Hannah dans un petit rire d'évidence. C'est un objet dont je ne me séparerai jamais ! Je répondrai toujours à l'appel de l'A.D.

Hermione laissa elle-même échapper un petit rire de connivence, mais reprit la parole, de peur qu'Hannah ne se méprenne sur les intentions derrière sa question.

— Si tu veux discuter ou que tu as besoin d'une partenaire de révision, on pourrait peut-être se faire signe comme ça ? Juste besoin d'un sortilège.

— Merci, murmura sereinement Hannah, vraisemblablement à la fois honorée par sa proposition, mais également un peu réticente.

Peut-être n'avait-elle pas envie d'avoir l'air de « remplacer » Susan ? Ou peut-être avait-elle cru se faire à nouveau enrôler dans l'A.D et voulait se montrer prudente par les temps qui courraient ?

— Juste le temps que Susan aille mieux et ne revienne, ajouta Hermione, comme pour la rassurer.

La Poufsouffle resta silencieuse un instant, puis finit par acquiescer sourdement.

— Alors, Potter ne va pas reprendre l'A.D ? Demanda-t-elle, un sourire un peu désolé sur le visage.

Ah, elle était donc bel et bien déçue.

La Gryffondor hocha la tête négativement, l'air songeur. Neville, Ginny et Luna aussi semblaient le déplorer. À vrai dire, dans cette pièce était concentrée la majorité des membres de l'A.D. À part les deux Serpentards derrière elles, bien sûr.

Elles ne purent pas continuer leur conversation, car le cours commença.

— Bonjour classe, s'exclama le professeur Babbling d'une voix forte et bourrue. Premières runes supérieures au programme des aspics : les runes d'amplification magique. Ouvrez tous vos manuels, page quinze et commençons l'aventure !

La classe se passa très studieusement, sans la moindre interruption. Hermione remarqua du coin de l'œil que Malefoy, assis derrière Hannah, suivait le cours avec une très grande attention et prenait en notes chaque phrase prononcée par le professeur. Zabini sembla remarquer son regard transversal, car il lui adressa un indolent geste rotatif de la main, l'air de lui dire de se retourner à son propre pupitre.

Ce qu'elle fit.

Le professeur Babbling leur avait donné une sacrée montagne de devoirs. Une dissertation de quarante centimètres de long, deux versions et trois passages à lire dans différents ouvrages. Hermione et Hannah étaient allées chercher des livres à la bibliothèque, en compagnie des autres élèves de Runes, puis se séparèrent alors que la Gryffondor rejoignait Ron et Harry.

Tous trois rejoignirent la classe de Défense contre les forces du Mal et Hermione avait le pressentiment que Rogue aussi ne se priverait pas de les charger de travail. Le stress commençait déjà à grignoter son ventre.

Le cours de Défense contre les forces du Mal se passa sans grand encombre ou, tout du moins, aussi bien qu'elle ne l'avait présagé, car, comme à l'accoutumée, Rogue semblait peu intéressé par ses tentatives de répondre lorsqu'il posait une question à laquelle le reste de la classe ne pouvait répondre. Rien de sa pédagogie n'avait changé par rapport au cours de Potions.

Quand il avait demandé à la cantonade de la classe qui savait ce qu'avaient pour avantage les sortilèges informulés, elle leva la main, s'attendit une fois de plus à être seule et ignorée, mais Rogue ne la regarda même pas.

— Oui, Mr. Malefoy ?

— Les sortilèges informulés sont avantageux dans deux types de situation : la première, évidemment, lors d'un combat. Le sorcier se donne la chance de surprendre celui qui lui fait face, s'octroyant ainsi une longueur d'avance et prive donc son adversaire d'une esquive efficace ou d'une retraite… Et la deuxième situation, de toute évidence, implique l'envie de jeter un sort discrètement.

Hermione fut doublement surprise : d'abord parce que Malefoy connaissait la réponse à cette question et, ensuite, car Rogue, malgré la pertinence de ses propos, ne lui adressait pas son habituel rictus satisfait. Pour autant, elle ne manqua pas d'apercevoir dans son regard une fugace lueur de fierté. Rogue reprit une marche claquante en faisant virevolter sa robe, passant derrière son bureau et donnant un coup de baguette au tableau en guise de prise de notes.

— Une réponse adéquate, Mr. Malefoy, dix points pour Serpentard. J'ajouterais que les sortilèges non-verbaux sont très difficiles à réaliser et requièrent une force mentale… certaine.

Le professeur jeta un regard dédaigneux à Harry, et Hermione inspira longuement, se retenant de lever les yeux au ciel. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps.

Lorsqu'ils passèrent à la pratique de l'informulation, elle fut ravie de parvenir à repousser sans un mot le maléfice que lui avait lancé Neville et jeta un regard vers Rogue sans pouvoir s'en empêcher, espérant que sa réussite avait été remarquée. Leurs regards se croisèrent, mais il ne dit rien et se dirigea vers Malefoy et Zabini qui s'entrainaient ensemble.

C'est là qu'elle observa que Malefoy ne s'exerçait pas lui-même aux incantations non-verbales, jetant plutôt des sorts à Zabini pour lui permettre à lui de s'entraîner. Rogue ne fit aucune remarque à ce sujet et continua sa ronde dans la salle de classe. Il finit par s'approcher d'Harry et Ron et, bien sûr, cela finit en incartade et en une retenue pour l'insolence du premier.

À la sortie du cours, Hermione essaya de le sermonner un peu, mais Ron ruina parfaitement son effet en le félicitant pour sa répartie. Malgré l'engagement de Rogue pour l'Ordre du Phénix, Harry lui vouait manifestement toujours une féroce haine. Hermione soupçonnait que cela avait à voir avec le décès de Sirius, dont Harry refusait résolument de parler depuis qu'ils s'étaient retrouvés cet été. Harry semblait vouloir accuser Rogue à demi-mot de ne pas avoir fait assez vite pour prévenir l'Ordre du Phénix lorsqu'il avait cru Sirius en danger. Il devait également lui reprocher d'avoir cessé les cours d'Occlumancie, quand bien même Harry lui-même avait souhaité ne plus s'y rendre, ce qui avait permis à Voldemort de s'infiltrer dans son esprit pour lui montrer de fausses images, les conduisant tout droit au ministère prétendument afin de sauver Sirius. Il devait y avoir, dans une partie de sa colère vis-à-vis de Rogue, une colère envers lui-même : une sourde culpabilité de ne pas avoir réussi à se protéger du piège de Voldemort et d'être lui-même responsable du sort de son parrain.

Hermione aurait voulu qu'Harry se libère la conscience et discute avec Ron et elle de la mort tragique de Sirius, mais il était hors de question de forcer le sujet. Pour elle, Harry, comme les années précédentes, faisait du mieux qu'il le pouvait dans sa situation. Il était courageux, et s'il fonçait parfois tête baissée, cela leur avait bien des fois sauvé la mise, et ce n'était pas à ses yeux un véritable défaut.

Pour autant, même si elle-même n'appréciait pas Rogue, Hermione lui faisait confiance. D'ailleurs, si elle comprenait la détestation de l'élève pour le maître, elle avait également remarqué que les deux… se ressemblaient parfois. Notamment dans leur manière d'enseigner, non pas qu'Harry ait été odieux et injuste durant les séances de l'A.D, mais plutôt passionné et d'une façon ou d'une autre, passionnant. On ne pouvait pas dire que l'on s'ennuyait chez Rogue. Les cours étaient douloureux, mais très formateurs.

Elle s'interrompit dans ses pensées lorsqu'un garçon vint apporter un mot à Harry. Un rendez-vous privé avec le professeur Dumbledore en personne, le samedi soir suivant. Voilà qui promettait être passionnant, même si Hermione tut le fait que Rogue avait d'ores et déjà donné une retenue à Harry ce soir-là, de peur de remettre Harry de mauvaise humeur. Les trois camarades se perdirent en suppositions sur la raison du fameux entretien jusqu'à ce que la tour à l'horloge du cloître ne sonne onze heures.

Hermione abandonna alors ses deux camarades pour rejoindre son cours d'Arithmancie. Tous les Serdaigles étaient à nouveau là, remplissant deux tables de trois, ainsi que Dean Thomas de Gryffondor, Ernie Macmillan de Poufsouffle qui, eux, s'assirent aux côtés d'Hermione et Théodore Nott de Serpentard. Ce dernier se retrouva seul à une table, mais il ne sembla pas du tout s'en affliger, se préoccupant plutôt de sortir studieusement ses affaires de cours. Hermione frissonna quand elle songea à son père et à la prise d'otage temporaire s'étant improvisée au Département des Mystères. La porte de l'arrière-salle s'ouvrit promptement, la sortant de ses souvenirs et le professeur Vector entra avec rapidité, adressant un salut jovial à la classe ainsi qu'un grand sourire à Hermione. L'Arithmancie était vraiment l'une de ses matières préférées et elle était sûre que l'enseignante avait eu vent de son Optimal.

Quand le cours se termina et, du même coup, la première matinée de classe, Hermione ramassa ses affaires et retint un soupir. Si peu de cours et déjà tant de devoirs ! L'année n'allait pas être une part de gâteau.

Après quelques moments d'études et le déjeuner auquel malheureusement Hagrid ne se présenta pas, ce qui fit s'échanger un regard de culpabilité entre les trois comparses Gryffondors, il était temps d'aller en Potions.

Lorsqu'ils arrivèrent dans les cachots, tous les autres élèves étaient déjà là. Ils étaient une douzaine, encore une fois. Peu après, le professeur Slughorn arriva et Hermione l'observa ouvrir la porte des cachots avec grand intérêt. Elle sentit la différence entre l'atmosphère des cours du professeur Rogue et celle du nouveau professeur en un seul instant. La salle de classe était bien moins froide. Pour autant, la compagnie restait à désirer, se fit-elle réflexion en voyant le nombre de Serpentards présents, ce qui évidemment n'avait rien d'étonnant puisque Rogue les avait éduqués à l'art des potions avec un favoritisme révoltant pendant cinq ans.

Les quatre Serpentards, Nott, Zabini, Parkinson et Malefoy, s'installèrent les premiers à l'intérieur de la pièce, s'asseyant autour d'une table sur laquelle bouillonnait une potion qu'elle reconnut sans peine : du Veritaserum. Terry Boot, Lisa Turpin, Padma Patil et Michael Corner les imitèrent autour d'une tablée identique, quoique leur potion semble différente et, de même, Hermione n'eut aucun mal à en deviner la nature vu sa familière apparence de boue et son odeur de brûlé caractéristique : du Polynectar.

Hermione, Ron, Harry et Ernie Macmillan – seul Poufsouffle de l'assistance – prirent donc position sur la dernière table libre où un chaudron laissait échapper un délectable parfum et les spirales caractéristiques des philtres. Hermione se laissa aller à fermer les yeux et à sentir à plein nez, quand sa raison aurait dû l'enjoindre à ne surtout pas renifler l'odeur d'une potion qu'elle ne connaissait pas. La sensation d'extase qui se répandit en elle la renseigna bien assez vite sur la nature du liquide et elle rougit, reconnaissant sans la moindre peine l'odeur de l'herbe tout juste magiquement tondue du Terrier et le souvenir d'un après-midi d'été allongée au soleil, avant qu'Harry n'arrive le lendemain.

Ron.

Hermione jeta un regard au roux qui, lui-même, semblait ne pas en mener très large, un air béat et lunaire sur le visage. À qui pensait-il ? À elle ? Ou peut-être à Lavande… ? Qui sait, il était même capable de penser à Fleur, pour tout ce qu'elle en savait.

Pendant ce temps-là, Slughorn avait donné à Harry et à lui deux vieux exemplaires du Manuel avancé de préparation des potions de Libatius Borage, ainsi que du matériel afin qu'ils puissent suivre correctement leur premier cours.

— Alors, maintenant, voyons… Commença le professeur.

Il s'élança dans un discours décidément bien agréable aux oreilles d'Hermione, attestant de l'improbabilité des élèves de reconnaître les potions dans les chaudrons présentés sur les tables. Follement excitée à l'idée de démontrer en classe de Potions qu'elle pouvait donner toutes les réponses qu'il attendait et qu'elle consoliderait dans une nouvelle matière son étiquette de première de la classe, Hermione devança chacune des questions du professeur Slughorn et lui donna chacun des noms des potions bouillonnantes.

Le professeur Slughorn sembla proprement estomaqué par sa culture des potions, et aussi fière qu'un hippogriffe, elle lui répondit avec un grand sourire quand il lui demanda son nom.

— Hermione Granger, Monsieur.

— Granger ?

Son pouls battit plus vite.

— Granger ? Répéta Slughorn. Seriez-vous parente d'Hector Dagworth-Granger, fondateur de la Très Extraordinaire Société des potionnistes ?

— Non, je ne crois pas, monsieur. Je suis d'origine Moldue.

A la table des Serpentards, des ricanements se firent entendre. Elle se tourna vers eux. Malefoy avait un petit sourire en coin sournois. Apparemment satisfait qu'elle le regarde, il mima un mot avec ses lèvres et elle parvint sans aucun mal à le décoder.

« Sang-de-Bourbe »

Dignement, Hermione se détourna de lui tandis que Slughorn interpellait bruyamment Harry qui visiblement, lui avait déjà parlé d'elle en de termes très élogieux. Quand elle l'en remercia, Ron sembla se renfrogner, l'air de dire que ce n'était pas si surprenant que l'un d'entre eux ne fasse des compliments en parlant d'elle. Le cœur d'Hermione battit un peu plus rapidement encore et sa tête se fit légère. Était-il… jaloux ?

Ce cours était décidément une franche réussite. Elle lui adressa un sourire qui sembla le ragaillardir.

— Bien sûr, l'Amortentia ne crée pas vraiment un sentiment d'amour. Il est impossible de fabriquer ou d'imiter l'amour. Non, elle produit simplement une forte attirance ou une obsession. C'est sans doute la plus dangereuse et la plus puissante des potions qui se trouvent dans cette salle.

Hermione était bien d'accord avec lui. Manipuler quelqu'un avec une potion pour simuler l'amour semblait bien pire que boire du Veritaserum à son insu, ou d'emprunter l'apparence d'une personne pour quelques heures. Les folies que l'on pouvait commettre, par passion, étaient quelque peu effrayantes.

Se morigénant et dressant l'oreille pour reprendre l'écoute du cours, elle entendit Slughorn mentionner le nom Felix Felicis et lorsqu'il lui adressa un sourire de connivence et l'invita à dire au reste de la classe quels étaient les effets de la potion, elle l'obligea bien volontiers.

— C'est de la chance liquide…

Soudain, le silence s'abattit sur la pièce. Hermione avait suffisamment donné de bonnes réponses dans sa vie pour savoir que seules trois autres de ses interventions en classe avaient eu un tel effet. La première en deuxième année, lorsqu'elle avait demandé au professeur McGonagall de leur en dire plus sur la Chambre des Secrets, la seconde en troisième année, lorsqu'elle avait quitté le cours de Divination après un coup de sang, et la troisième en cinquième année, lorsqu'elle s'était opposée scolairement aux méthodes du professeur Ombrage. Regardant autour d'elle, elle constata que tout le monde était suspendu à ses lèvres.

— … Il suffit d'en boire pour avoir une chance extraordinaire, termina-t-elle.

Malefoy la forait désormais d'un regard très intéressé. Qu'avait-il en tête, celui-ci ?

Distraite, elle manqua presque d'entendre la félicitation du professeur. Le remerciant d'un sourire, elle reporta son regard vers Malefoy qui, cette fois, regardait le chaudron de Felix Felicis.

— … C'est cela que je vais offrir comme récompense à la fin de ce cours. Un tout petit flacon de Felix Felicis. Une dose suffisante pour douze heures de chance. De l'aube au crépuscule, une réussite totale dans tout ce que vous entreprendrez…

L'expression de Malefoy s'imprégna d'une drôle de fascination, bordant nettement sur l'avidité. Il voulait gagner cette potion, c'était clair. Elle ne pouvait pas laisser cela se produire. Malefoy, avoir de la chance pendant toute une journée ? Le monde s'effondrerait.

Il avait beau eu avoir de meilleurs résultats qu'elle en Potions jusqu'ici, elle s'était toujours plu à croire que cela était dû à la préférence de Rogue pour les élèves de sa maison. Ce cours serait le moment d'en avoir le cœur net. Il sembla songer à la même chose, car il reporta son regard sur elle, un sourire goguenard sur les lèvres, l'air de la défier de même imaginer gagner à sa place. Elle était évidemment dans la classe la personne la plus susceptible d'entrer en compétition avec lui.

Quand Slughorn leur donna la consigne de préparer, le mieux qu'ils le pouvaient, un philtre de MortVivante, elle n'attendit même pas qu'il donne davantage d'instructions. C'était à la page dix du manuel qu'elle avait déjà lu. Aussi sec, elle sortait ses ingrédients et, posément, inspira en lisant l'ensemble des règles, commençant déjà sa préparation.

Elle était rassurée de voir qu'elle était la première. S'acharnant à respecter scrupuleusement la recette, elle arriva à mi-parcours avec un liquide à l'apparence très satisfaisante. Laissant le liquide bouillonner, comme cela était requis, elle en profita pour observer l'avancement des autres, particulièrement celui de Malefoy et constata encore une fois avec soulagement qu'il avait une étape de retard sur elle.

Continuant minutieusement et consciencieusement à suivre les consignes, elle progressa encore. Malheureusement, sa potion n'atteignait pas la teinte rose pâle que le manuel décrivait. Quand elle vit que le chaudron d'Harry, lui, avait cette même couleur, elle se sentit presque offensée.

Lorsque Slughorn les arrêta, en leur signalant qu'ils étaient supposés avoir fini, Hermione n'était pas du tout satisfaite d'elle-même. Certes, elle savait que son chaudron s'approchait nettement du résultat final, mais il n'était pas le résultat final, contrairement à celui d'Harry.

Cette certitude se confirma lorsque Slughorn le décréta vainqueur et, levant les yeux au ciel, elle rencontra plus bas le regard glacé de Malefoy qui striait Harry du regard, une haine transparente dans ses yeux couleur fumée.

Oh, il avait vraiment voulu cette potion. Si Hermione était très vexée de ne pas l'avoir elle-même gagnée, elle était rassurée de voir que la fiole ne lui tomberait pas entre les mains. Confier des breuvages aussi dangereux que l'étaient ceux qui bouillonnaient dans la pièce à Drago Malefoy était semblable à mettre le destin d'un monde entre les mains d'un enfant cruel.

— Tu crois sans doute que j'ai triché ? S'agaça Harry.

Oui, très sincèrement, elle en avait le sentiment. Elle savait que son orgueil avait été piqué, mais ce n'était pas un talent particulier qui avait permis à Harry de gagner le Felix Felicis, mais bien d'autres instructions, visiblement plus… « pratiques ».

— Ce n'était pas vraiment le résultat de ton propre travail, il me semble.

C'était vrai ! La personne qui avait griffonné d'autres consignes dans le manuel avait dû pratiquer plusieurs fois la potion et s'être véritablement intéressée à sa décomposition pour en avoir tiré de tels enseignements. Harry n'avait fait que suivre, facilement, les consignes d'une autre personne s'étant fatiguée à les déduire. Ceci dit… Hermione, en suivant les consignes de son livre, avait elle-même suivi les instructions d'une autre personne… Malgré tout, elle était vexée. Pour une fois qu'elle avait un moment de gloire en Potions ! Au nez et à la barbe de Drago « les-Sang-Purs-sont-les-seuls-vrais-sorciers » Malefoy.

— Il a simplement suivi d'autres instructions que les nôtres, fit très justement observer Ron. Ça pouvait tout aussi bien finir en catastrophe, non ? Mais il a pris le risque et ça a payé.

Énervée, car elle savait très bien qu'il avait raison, Hermione fit la moue. Quand Ginny s'invita dans la conversation au motif que l'obéissance aveugle d'Harry aux instructions du livre lui invoquait désagréablement sa propre expérience avec le journal maléfique de Tom Jedusor, Harry sembla troublé et s'empourpra quelque peu. Hermione n'était pas surprise de voir que les paroles de Ginny aient un si grand impact sur lui, car elle le soupçonnait de s'être épris de la sœur de Ron durant l'été idyllique qu'ils avaient passé ensemble tous les quatre.

Pour autant, il nia fermement et Hermione, perdant patience, s'empara de son manuel, déterminée à y tester une quelconque présence de magie. Le sortilège de détection qu'elle lança ne révéla rien et Harry était à présent sur la défensive et agacé. Il récupéra son exemplaire avec un geste brusque et la discussion se tarit aussitôt.

Expirant longuement pour calmer ses angoisses à l'idée des devoirs auxquels elle allait devoir s'atteler aussitôt qu'elle aurait fini de manger, car elle aurait ses rondes à faire à neuf heures du soir, elle balaya la Grand-Salle tout en recommençant à picorer des pommes de terre.

Son regard rencontra, une fois de plus dans la même journée, les yeux de Malefoy. Il était appuyé contre le mur de pierre derrière le banc des Serpentards et semblait boire une coupe en observant la tablée des Gryffondors avec un air calculateur. Voyant qu'elle le regardait, il lui adressa ironiquement la coupe et un rictus.

Le Serpentard conspirait quelque chose, elle en était sûre.

Assise à une table de la salle commune de Gryffondor avec ses deux amis, Hermione griffonnait d'une écriture célère des notes en se référant à son syllabaire runique.

Les runes d'amplification n'étaient pas une mince affaire, mais pour autant vraiment fascinantes. En associant certaines runes qu'ils avaient apprises les années précédentes et, en traçant magiquement un cercle délimiteur, l'on pouvait associer les pouvoirs des sigils pour renforcer l'action de certains sorts.

Traçant à la plume et l'encre un cercle à peu près rond sur son parchemin, elle commença à y ajouter des hypocycloïdes régulières jusqu'à atteindre sept rebroussements. Dans chacun des arcs en tiers-point, elle plaça sept fois la rune primaire de la résonnance fluente dans l'intérieur des triangles formés par ses hypocycloïdes des rebroussements, la deuxième rune reposant sur la réverbération et, au centre de son schéma, la troisième, représentant le canal vecteur du flux magique.

Selon les notes du livre et le cours de ce matin, voilà à peu près à quoi devait ressembler un champ élémentaire d'amplification magique. Si l'on traçait un tel cercle runique avec sa baguette ou même un autre conducteur magique et que l'on se plaçait en son centre, on devenait alors capable de réaliser des sorts plus puissamment.

Au-dessous de son schéma, elle légenda proprement : « 1er cercle élémentaire inducteur, avec les trois runes d'amplification magique ».

— Tu avances tellement vite dans tes devoirs, geignit Ron en regardant son parchemin. J'arrive à peine à comprendre les consignes pour la rédaction à rendre en Défense.

Hermione lui jeta un coup d'œil avant d'esquisser un sourire moqueur. Elle avait déjà terminé la rédaction et s'était exercée aux incantations informulées avec le sortilège basique de la lévitation. Son entraînement avait d'ailleurs été plutôt réussi, si elle omettait quelques erreurs de concentration lors desquelles l'encrier dont elle se servait de cobaye avait manqué de venir s'écraser sur le sol.

— Je n'ai même pas l'impression de travailler, le taquina-t-elle en haussant un sourcil. Les runes sont beaucoup trop fascinantes pour ne pas s'y intéresser.

Ron émit un grognement signifiant clairement son scepticisme.

— Je pense que cette année va être très instructive, poursuivit Hermione sans perdre son sourire. Tout du moins, tu apprendras enfin que faire ses devoirs à l'avance n'est malheureusement plus une option facultative.

Elle adorait réprimander Ron et lorsqu'il lui adressa un coup d'œil mi-exaspéré, mi-amusé, elle sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine. Il était absolument charmant avec cette expression-là.

C'est évidemment à ce moment-là que Lavande arriva et s'assit à côté de lui afin de discuter avec lui, soi-disant, du devoir de Défense contre les forces du Mal. Hermione perdit son sourire et replongea immédiatement dans son devoir.

Se sentant observée, elle releva les yeux et croisa le regard compréhensif d'Harry qui, comme pour la dérider, leva les yeux au ciel, rendant implicite sa lassitude à l'égard de la présence de Lavande à leur table de travail. Hermione, malgré elle un peu amusée, laissa échapper un petit rire. Ron et Lavande se tournèrent alors vers eux.

— Qu'est-ce qui vous fait rire ? S'enquit Ron, les regardant l'un à la suite de l'autre en de brefs coups d'œil.

— Rien, rien, éluda Harry d'un geste de plume en souriant à Hermione.

Ron sembla se rembrunir et se détourna d'eux, revirant à sa conversation avec Lavande. Hermione eut un petit pincement au cœur, mais refusa de s'en affliger et s'efforça de reporter son attention à son syllabaire.

Hermione progressait lentement dans les couloirs, le nez plongé dans une traduction complexe. Sa ronde se terminerait dans une demi-heure et elle n'avait pas fini d'accomplir les tâches qu'elle souhaitait avant d'aller au lit. En effet, il lui restait une longue lecture et un petit exercice d'Arithmancie. Un peu agacée par son manque de rigueur et blâmant quelque peu Ron et Lavande pour leurs gloussements interruptifs alors même qu'elle essayait de terminer ses versions runiques, Hermione fronça les sourcils sans s'en rendre compte.

— Mais qui voilà… Résonna au loin une voix traînante.

La Gryffondor leva le nez de son livre et trouva Malefoy à une vingtaine de mètres devant elle, lui adressant un sourire sournois. Il avait les mains dans les poches et quelque chose sous le bras gauche, mais elle n'arrivait pas à voir de quoi il s'agissait.

— Je me demandais d'où venait l'odeur pestilentielle.

Hermione fit la grimace, se concentrant sans pouvoir s'en empêcher sur ses sens olfactifs.

Évidemment, le couloir sentait le couloir.

— Probablement de toi, cingla-t-elle en replongeant dans son ouvrage, bien décidée à ne pas lui accorder une seconde d'attention supplémentaire.

— Sois polie, Sang-de-Bourbe, se moqua-t-il avec une acide ironie, apparemment peu affecté par sa répartie.

Bientôt, ils furent au même niveau et, soudain, son syllabaire lui fut arraché des mains. Hermione lui jeta un regard furibond.

— Rends-le-moi, tout de suite ! S'écria-t-elle avec fermeté.

— Toujours sur les runes, hein ? Murmura narquoisement Malefoy en examinant la couverture du manuel. T'es plus lente que je ne pensais, Granger. J'ai déjà terminé, quant à moi.

Elle remarqua qu'il semblait particulièrement content de lui à l'idée d'avoir avancé plus vite qu'elle dans ses devoirs… Curieux.

Hermione essaya de lui reprendre le livre, mais il étira son bras droit et le dressa dans les airs, hors d'atteinte, l'autre main toujours détestablement négligée dans sa poche.

— Rends-le-moi ! Répéta-t-elle en s'immobilisant.

— Pas très aimable, dis-moi, fit-il observer, sans dissimuler la cruauté dans son regard. Demande-moi poliment et je te le rendrais peut-être.

Mais Hermione, toute patience perdue, en avait fini avec les civilités et sortit sa baguette.

— Malefoy, articula-t-elle lentement. Rends-le-moi.

Il la dévala de haut en bas, laissant son rictus s'agrandir encore davantage avant d'étouffer un ricanement.

— Ou quoi ? Serais-tu en train de me menacer ?

Hermione changea de stratégie et, à l'aide de sa main gauche, arracha à son tour ce qu'il tenait lui-même sous son bras. Il s'agissait d'une étoffe fine et noire, visiblement du satin, enroulée sur elle-même et serrée par un cordon tressé de couleur grise.

Mais elle n'eut pas le temps d'examiner l'objet davantage que ses pieds quittèrent le sol et elle voltigea, son dos rencontrant violemment un mur. Le souffle coupé, Hermione fixa Malefoy, quelques mètres plus loin.

Un sortilège informulé !

Mais plus surprenant encore : il tenait sa baguette de la main gauche, visiblement sans en ressentir la moindre gêne. L'ambidextrie magique était compliquée, très compliquée. Hermione se sentit blêmir.

La mine impassible, Malefoy s'avança pour ramasser le rouleau de satin, délaissé sur le sol dans le choc du maléfice qu'il lui avait lancé.

Il lui jeta son syllabaire à ses pieds avec désinvolture et, d'un coup de baguette, l'englua d'une épaisse substance marronnée et verdâtre.

— Retourne à ta bourbe, pouilleuse, avisa-t-il avec un soupçon d'amusement aux commissures des lèvres sans que ce dernier n'atteigne ses yeux froids.

Puis, nonchalamment, il reprit sa marche comme si de rien n'était.

Hermione, hébétée, n'en revenait pas d'un tel comportement. Il avait osé lui lancer un sort.

Elle n'allait pas hésiter à en référer à Rogue dès le petit-déjeuner du lendemain. D'autant plus que sa présence dans les couloirs, bien qu'il puisse la justifier en prétendant exécuter sa ronde lui aussi, était suspicieuse. Pourquoi suivre maintenant les missions préfectorales, alors même qu'il les avait évitées jusqu'ici ?

Un peu haletante, elle jeta un Recurvite à son manuel de runes et le récupéra. Les pages étaient encore humides, mais au moins il était propre.

Décidément, son comportement était vraiment très bizarre.

Quand elle rentra enfin à la salle commune, elle était en retard. Il n'y avait plus que quelques septièmes années en train de discuter. Harry et Ron devaient d'ores et déjà être dans leurs dortoirs ou alors Ron était encore plus en retard qu'elle sur sa propre ronde, ce qui était tout à fait possible vu le temps qu'il avait passé à bavasser avec Lavande.

Remontant à la chambrée féminine, elle alla prendre sa douche dans la salle de bain, l'esprit accaparé par ce qui venait de se produire avec Malefoy. Où allait-il ? Qu'était le rouleau d'étoffe qu'il portait sous le bras gauche ? Avait-il été tatoué de la Marque des Ténèbres sur ce même avant-bras ? Les questions tournaient et tournaient dans sa tête, sans réponse.

Quand elle se coucha, elle essaya de ne plus y songer et commença plutôt sa lecture d'Arithmancie. Même si la matière la passionnait, elle sentit ses paupières s'alourdir une quinzaine de minutes plus tard et se résigna à abandonner sa lecture pour le sommeil.

Comme de nombreuses fois depuis des semaines, Hermione rêva de ses parents. Et même au plus profond de son sommeil, son cœur se pinça d'inquiétude et de manque.


LUNDI 2 SEPTEMBRE 1996 – Peu après le couvre-feu – Bibliothèque de Poudlard, Écosse

Drago pénétra dans la bibliothèque, sa silhouette fondant aisément dans l'obscurité. Il écouta le silence pendant un instant, vérifiant qu'il était seul et, pour faire bonne mesure, lança un Hominum revelio informulé qui confirma ce constat. Doucement, il avança dans la pénombre des rayonnages baignés d'une nuit sans lune et contourna le bureau de Madame Pince. Ouvrant d'un geste de baguette le tiroir intitulé A-M, il feuilleta d'un mouvement cinétique les dossiers suspendus jusqu'à trouver la lettre G, puis le nom Granger. Là, il sortit son registre d'emprunt et remarqua avec un air méprisant qu'il était particulièrement épais. C'était en fait le plus épais de tous, à mieux y regarder.

Il tourna les pages jusqu'à trouver la liste des emprunts de l'année scolaire 1995-1996 et dévala l'énumération avec méticulosité.

Plusieurs titres l'intriguèrent particulièrement :

Magia Observationis
Rares et rudes sortilèges
Sorcellerie d'exception

Repérant les rayonnages, il traversa la bibliothèque et trouva les trois ouvrages dans les dix minutes qui suivirent. Il consigna leurs noms et emplacements sur un bout de parchemin, puis replaça le registre d'emprunt de Granger dans son dossier. Il était sur le point de refermer le tiroir lorsqu'il vit que la première page comportait d'autres informations que les emprunts de livres. Il ressortit son dossier et un sourire maléfique apparut sur son visage.

Pauvre Sang-de-Bourbe. Tu n'as vraiment pas de chance.

Quelle imprudence. Laisser les adresses des Nés-Moldus à la merci de n'importe qui. Dumbledore devenait vraiment sénile. Quand il eut mémorisé son adresse, il rangea tout avec une certaine précaution, s'assurant par-là que la bibliothécaire aigrie ne remarquerait rien le lendemain. L'information était le nerf de la guerre.

Ensuite, il se dirigea en bout de bibliothèque, près de la Réserve, défit le nœud du cordon et secoua lestement l'étoffe satinée pour la déployer. Dessus, tracées au calame et à la sève de mancenillier magique, des cerclages d'un blanc laiteux s'entremêlaient. Pour dessiner les sigils, il avait dû enfiler ses gants en peau de dragon et être très prudent. La sève, tant qu'elle n'était pas sèche, était toxique. Mais le jeu en valait la chandelle, car le satin était hautement siccatif, la sève désormais avait séché et il avait pu la recouvrir d'une solution camphrée pour la fixer sur le tissu soyeux.

Que d'aubaines, aujourd'hui, se satisfit-il.

Le cours d'Étude des Runes de la matinée avait été d'une assistance prodigieuse, dans la plus grande ignorance générale. D'abord, la Sang-de-Bourbe lui avait rendu un fier service sans le savoir, en mentionnant les faux Gallions de l'A.D à Hannah Abbott, croyant probablement ne pas être entendue. Drago avait complètement oublié cet outil de communication bien utile pour faire passer des messages de manière incognito, ce qui pouvait toujours servir… C'était d'ailleurs la raison de sa recherche des ouvrages qu'elle avait consulté afin de trouver celui ou ceux dont elle s'était servie pour concevoir cet ingénieux moyen de communiquer.

Mais sa chance ne s'était pas arrêtée là, quand bien même il n'avait pas gagné le flacon de Felix Felicis. En effet, le professeur Babbling ne savait pas à quel point il l'avait aidé en leur enseignant dans la matinée comment créer un cercle d'amplification magique.

Drago venait de reprendre de l'Obduro et était bien décidé à tester les limites de son propre cercle runique grâce à une formule bien précise.

L'infructuosité de ses recherches quant à la réparation de l'Armoire à Disparaître dans les ouvrages de la bibliothèque Malefoy durant la dernière semaine de vacances, et le manque d'expertise de Barjow, lui avaient laissé un désagréable arrière-goût dans la bouche, mais il ne comptait pas s'en tenir à cet échec. S'asseyant en tailleur sur le carré de satin noir, au beau milieu du cercle runique blanc, il ferma les yeux et se concentra, rassemblant son flux magique dans sa tête.

Il était familier avec cette formule, désormais.

Le bourdonnement de sa magie se déplaça dans son corps, s'agglomérant dans son crâne et, peu à peu, il en émana des tentacules invisibles dans toutes les directions. Drago n'eut pas à attendre longtemps pour sentir les effets du cercle runique. Les tentacules s'allongeaient, atteignant une longueur jamais-vue et se tordaient dans une sorte de danse grotesque et célère, plongeant dans les ouvrages et y fouillant dans leur corpus et index pour y déceler les notions canalisées par Drago.

Il resta dans la bibliothèque pendant deux bonnes heures et il était minuit passé, lorsqu'épuisé, les mains tremblantes symptomatiques de sa faiblesse physique et de son manque d'Obduro, le contraignirent à s'arrêter.

Une vingtaine de livres s'étaient distingués dans les rayonnages, s'avançant vers le vide pour se séparer de leurs voisins. Six se trouvaient dans la Réserve. D'un coup de baguette, Drago consigna leurs titres et auteurs sur un bout de parchemin et quitta la bibliothèque.

Il avait initialement été tenté de prendre quelques-uns des ouvrages avec lui, mais leur absence aurait pu être remarquée et ne connaissant pas les sortilèges de protection affectés aux livres, il ne préférait pas prendre le risque de les sortir illégitimement de la bibliothèque. Pour ceux de la réserve, il aurait besoin d'une autorisation professorale.

Rogue, pensa-t-il avec un certain degré d'amertume.

Roulant l'étoffe du tapis de satin sur elle-même, il la scella avec le cordon gris et sortit doucement de la bibliothèque. Très prudemment, mais incapable de refréner la démarche goguenarde et chaloupée de celui à qui la chance sourit, Drago s'en retourna aux dortoirs Serpentards.