Merci à lunamoon16, Loufoca-Granger, Drou, The Passionate Girl, Ravenclaw-Strega et Sarah.

N'hésitez pas à me poser des questions ou à me faire vos remarques.


Dead meat,
Don't you know you're dead meat?

You just messed with the wrong team, better not try and fall asleep now.
You better run out of here. I'll close my eyes and count to ten, and then I'll come find you.

You're gonna get what you deserve, gonna get what you deserve.
In the end you're gonna learn, oh, you'll get what you deserve.

Hope you realise this isn't a game
You know the price, okay?

Oh, your life could be chaos.

Dead meat – Sean Lennon


Chapitre 3 – Dead meat

MARDI 3 SEPTEMBRE 1996 – Dortoir Gryffondor, tôt le matin – Poudlard, Écosse

Hermione se réveilla avec le ventre quelque peu douloureux, jetant un bref coup d'œil à son poignet pour voir l'heure qu'il était. La montre lui avait été offerte par ses parents pendant l'été, en avance sur son anniversaire car ils savaient qu'une fois arrivée à Poudlard, ils ne pourraient alors plus rien lui envoyer, cela serait trop dangereux. Il s'agissait d'une montre Moldue, à mouvement mécanique et à quantième perpétuel – puisque les objets électroniques ne fonctionnaient pas à Poudlard – et elle était d'une rare beauté. Hermione ne savait pas comment ses parents avaient pu se permettre une telle folie, mais ils lui avaient dit qu'il ne s'agissait pas de n'importe quel anniversaire, mais bien de sa majorité en tant que sorcière.

Une fois de plus, elle eut un pincement dans la poitrine en songeant à eux, se demandant comment se passait leur reprise. Pour eux aussi, c'était la rentrée, et elle s'amusait à les imaginer en train de soigner les caries des écoliers tout juste rentrés de vacances, et s'étant gavés de friandises pendant les colonies, sans se soucier de la brosse à dents. Un petit sourire traversa son visage et elle passa machinalement sa langue sur des dents, sentant agréablement la petitesse de ses incisives et l'alignement admirable de ses quenottes, travail d'orthodontie magnifique, fruits du travail Moldu de ses parents et d'une manigance auprès de Pomfresh en deuxième année.

Quoi qu'il en était, en voyant le jour qu'il était, elle se souvint aussi et surtout qu'elle avait ses règles et savait par avance que cela allait encore s'improviser une joyeuse torture. Quand bien même elle connaissait un sortilège d'apaisement, et même si Madame Pomfresh était toujours encline à lui donner une potion calmante pour les crampes, elle avait toujours un sale mal-de-dos durant ces jours-là. Ses seins semblaient particulièrement lourds – alors même que sa poitrine n'était pas des plus prononcées – et elle se sentait irascible, inutile et vraiment mal dans sa peau.

Heureusement, rien de la sorte à cet instant, quand bien-même la dernière semaine avait été relativement difficile car le syndrome prémenstruel ne lui épargnait rien non plus. Heureusement, c'était une journée plutôt calme. Ce matin, ils avaient un cours de Botanique en première période, pas de cours en seconde période, ce qui lui laisserait le temps de finir sa lecture d'Arithmancie pour mercredi, et enfin Métamorphose en troisième période. L'après-midi, il y avait un double-cours de Sortilèges et Hermione avait hâte. Elle était sûre que Flitwick exigerait également de s'exercer aux incantations informulées et était impatiente de lui montrer qu'elle se débrouillait bien.

Bien sûr, songer aux sortilèges informulés lui fit aussitôt repenser à Malefoy et à l'incident de la veille. S'efforçant de prendre son mal en patience, elle pénétra dans la salle de bain.

Après une brève toilette, elle descendit dans la Grand-Salle pour petit-déjeuner. Les garçons ne devaient pas encore être prêts et elle ne souhaitait pas les attendre alors qu'elle désirait s'entretenir avec Rogue. Ils essaieraient sans doute de l'en dissuader, cherchant à la persuader que malgré son appartenance à l'Ordre, rien n'empêcherait son favoritisme à l'égard de sa maison.

Arrivée dans la Grand-Salle, elle eut le déplaisir de constater que Malefoy était lui-même déjà là. Surprise, car ne l'ayant jamais connu très matinal, Hermione lui jeta un coup d'œil assassin et défiant, et ne se priva pas de maintenir le regard tandis qu'elle s'avançait vers la table des professeurs, où Rogue buvait une coupe fumante en lisant le journal.

Il leva les yeux une seconde en la voyant arriver, mais ne sembla pas estimer nécessaire de se distraire de sa lecture pour l'écouter. Postée devant lui, elle salua Hagrid qui ne lui répondit que par un grognement peu aimable.

Bien sûr… Il devait être en colère de ne pas les avoir vus se présenter à son cours de la veille.

Hermione se sentait navrée, mais ce n'était pour autant pas le moment de penser à ça. Toussotant poliment pour faire connaître sa présence, quand bien même Hermione avait parfaitement conscience qu'il l'ignorait délibérément, elle vit la lèvre de Rogue tiquer, mais il ne leva pas les yeux de son journal.

— Que voulez-vous, Miss Granger ?

— Bonjour, professeur Rogue, débuta-t-elle en essayant d'ôter de sa voix toute trace de réprobation quant à son manque de salutation. Je viens vous informer que lors de ma ronde de préfète hier soir, j'ai croisé Malefoy et que ce dernier, après avoir cherché à me provoquer pendant un bon moment, notamment en me dérobant mon livre, a fini par me jeter deux sorts.

Rogue sembla enfin s'intéresser à ses propos et abandonna sa lecture, plongeant son regard noir dans le sien.

— Tiens, donc, dit-il simplement. Quels sorts ? S'enquit-il, avec une désagréable nonchalance.

— Je… les sorts étaient informulés, mais je suis presque sûre… qu'il s'agissait d'un maléfice de repousse modérée et d'un maléfice d'engluage.

Rogue haussa un sourcil et esquissa un petit rictus onctueux.

« Presque sûre » ? N'avez-vous pas écouté mes consignes, hier, quant au décryptage des sorts informulés ?

Non… Il n'allait tout de même pas retourner aussi injustement la situation ?

Il n'osait tout de même pas sous-entendre que c'était de sa faute si Malefoy l'avait attaquée ?

— Vous devrez être capable, Miss Granger, non seulement d'esquiver les sorts informulés, mais également de les décrypter, si vous souhaitez réussir ma classe.

— Mais, ce n'est…

Il dressa vivement sa main en signe de silence.

— Quant au fait que vous fassiez une ronde en lisant, je dois vous dire que je n'approuve pas du tout cette conduite, mais n'étant pas votre directeur de maison, j'en réfèrerais au professeur McGonagall, sans vous retirer de points. Estimez-vous heureuse.

— Mais…

— Mais quoi, Miss Granger ? Coupa-t-il avec acidité.

— N'allez-vous pas… punir Malefoy ?

— Je demanderai bien sûr à Monsieur Malefoy sa version des faits et ce sera votre parole contre la sienne. S'il mérite une punition, soyez sûre que je saurais la délivrer. Maintenant, allez petit-déjeuner et laissez-moi lire en paix.

D'un coup sec, il redressa le journal devant son visage, en dissimulant son visage dans un signe évident d'indifférence à de futures réclamations. Complètement désarmée, Hermione resta plantée là pendant un instant, avant de finalement prendre congé pour rejoindre la table des Gryffondors.

Quand elle s'installa sur son banc habituel, elle vit que Malefoy la regardait avec un sourire parfaitement insupportable. Il fit une sorte de moue larmoyante, l'air de feindre quelqu'un qui sanglotait, avant d'arborer à nouveau un rictus maléfique.

Furieuse de constater qu'il avait probablement deviné ce qui venait de se produire et qu'il jubilait, elle lui adressa – pour la première fois de son existence – un doigt d'honneur.

Pendant une seconde, Malefoy sembla presque choqué, avant de s'esclaffer silencieusement à sa table, visiblement très amusé. Il lui jeta un regard narquois lui signifiant clairement qu'il était outré de telles manières. Puis, négligemment, il se détourna d'elle et replongea dans la lecture d'un livre posé sur la table tandis qu'il mangeait du porridge.

Quel sale cafard.


Hermione quitta la Grand-Salle pour les serres quand Ron et Harry arrivaient pour petit-déjeuner. Elle voulait arriver avec de l'avance pour avoir le temps de se jeter un sort apaisant pour son ventre commençant à se faire douloureux.

Quand elle pénétra dans la vaste serre des sixièmes années, elle put voir une quantité de plantes qu'elle n'avait jamais vues de ses propres yeux auparavant.

De grandes feuilles dentelées ou rondes, des tiges piquantes ou à l'aspect duveteux, dansaient toutes dans des chamarres de couleurs, de textures et de parfums terreux et floraux. Le long des vitres sales et mouchetées par des petites perles de rosée, de grosses gouttes dévalaient les plinthes à la peinture écaillée, démontrant par la condensation l'importante humidité de la pièce. Hermione prit le temps d'observer autour d'elle, charmée par l'endroit.

Une grosse ronce, attira soudain son attention car il lui semblait l'avoir vue bouger. La plante semblait suinter. Elle avait tout d'une Tentacula vénéneuse, mais… Ne semblait pas de la même espèce. À l'opposé de la pièce, une véritable Tentacula vénéneuse s'entortillait langoureusement sur elle-même. Cette plante en était-elle une variante ?

— Rapproche-toi donc un peu, Sang-de-Bourbe, tu verras mieux, l'encouragea une voix derrière elle.

Se retournant vivement, Hermione reconnut Malefoy.

Hermione leva les yeux au ciel, retenant un juron. Ce crétin abyssal lui avait fichu une peur bleue.

Heureusement, Neville arrivait juste derrière lui. Vraisemblablement, lui aussi avait voulu arriver en avance.

— Recule, Hermione, c'est une Tentacula Arguta. Elles crachent un venin extrêmement acide, et mortel sur de courtes distances.

Malefoy jeta un regard à Neville, et Hermione crut presque y lire de l'étonnement pendant l'espace d'une seconde.

— Mais dis-moi, Londubat, c'est que t'as musclé ton cerveau pendant l'été, l'invectiva-t-il.

— Je pense m'y connaître un peu mieux que toi en flore magique, ne t'en déplaise, argua Neville sans se vexer et, pour une fois, la voix sûre.

Le Serpentard esquissa un rictus sceptique et Hermione un sourire narquois. C'était la première fois qu'elle voyait Neville se défendre avec autant d'assurance – même si elle se doutait combien cela lui coutait vu la rougeur de ses oreilles et la moiteur de son front. Elle était néanmoins tout aussi surprise que ravie.

— Ah, tu crois ? S'enquit Malefoy avec un certain degré d'amusement dans sa voix traînante habituelle. Beaucoup de visites champêtres ?

— Oui, répliqua Neville sans perdre contenance. Je suis allé dans les bois de Sorth, visiter les champignonnières de Fregelac et ai randonné dans la clairière souterraine de Daim.

Hermione le dévisageait, émerveillée par la façon dont il avait passé ses congés. Elle n'avait entendu parler de ces endroits que dans les livres, et se prit à rêvasser de s'y rendre à son tour. Malefoy, lui, feignit une moue très impressionnée et admirative avant de reprendre la parole.

— Ne manquait plus que Brocéliande, alors ? L'engagea-t-il avec sarcasme.

Cette fois, Hermione décida d'intervenir car il commençait véritablement à lui taper sur le système.

— Personne ne visite Brocéliande seul, à moins de vouloir y mourir, rétorqua-t-elle, approuvée énergiquement par Neville.

Manifestement, son propos amusa grandement Malefoy.

— Nul besoin d'aller à Brocéliande pour cela, glissa-t-il sournoisement.

La menace sous-jacente irrita Hermione encore plus que d'habitude.

— De toute évidence, il suffit juste de se battre pour la justice et les gens viennent vous assassiner dans votre logis, s'exclama-t-elle sur un ton caustique.

Elle attrapa Neville par le bras et l'éloigna avec elle, ne désirant pas rester à proximité d'une personne aussi toxique que Drago Malefoy, et encore moins depuis son entretien matinal très décevant avec Rogue. Neville se laissa bien volontiers entraîner et ils allèrent en bout de serre, discuter entre eux en attendant que les autres élèves arrivent.

Neville commença alors à lui montrer certaines plantes empotées sur les larges rebords des carreaux tachés.

— Ça, c'est de la gypsophile sélénienne. Au clair de lune, elle produit une poudre dont on peut se servir en magie curative pour désinfecter les plaies ça, c'est de…

— C'est de la campanule, intervint soudainement Hermione en reconnaissant la plante qui remplissait en grande partie les parterres de la maison de ses parents.

Neville lui adressa un radieux sourire enthousiaste.

— Oui, c'est de la campanule, mais ce n'est pas n'importe quel type de campanule, continua Neville, avec une apparente grande excitation. C'est de la campanule barbue, ou appelée par les sorciers Campanula Veritas, car elle est l'un des ingrédients les plus importants pour la préparation du Veritaserum.

Hermione fit un « oh » impressionné de la bouche. Elle ne se souvenait pas d'avoir vu les ingrédients du Veritaserum où que ce soit, même dans l'ouvrage de la Réserve Potions de grands pouvoirs emprunté en deuxième année pour fabriquer le Polynectar. Neville venait de lui apprendre quelque chose, et pour l'une des premières fois de sa vie, Hermione ne s'offusqua pas de son ignorance.

— Ça, c'est du lichen fruticuleux. Ça se trouve sur n'importe quel chêne commun et parfois même sur les murs. Evernia prunastri, c'est son nom latin. C'est l'une des plantes qui a le plus d'usages différents dans la préparation des potions.

La Gryffondor connaissait pour une fois le végétal, mais choisit de se taire, car Neville était parfaitement emporté dans son élan et c'était captivant de le voir aussi fasciné. Hermione eut une soudaine et fulgurante impression : il avait trouvé sa voie.

— Tu devrais devenir professeur de Botanique. Ou même chercheur, lui dit-elle, la voix grisée.

Neville sembla immensément flatté, mais vint se dégonfler quelques secondes après.

— Ma grand-mère dit que ce n'est pas une branche très illustre de la magie. Elle préfèrerait que je devienne Auror, mais j'ai raté Potions alors c'est fichu… Elle était d'ailleurs déçue à l'arrivée de mes résultats de Buse, quand bien même j'avais eu un Effort Exceptionnel en Défense contre les forces du mal.

— Tu plaisantes ! S'outra presque Hermione dans un éclat de rire. Les potionnistes doivent tout ou presque aux botanistes !

Le garçon au visage rond la regarda avec les yeux écarquillés, une lueur inquisitrice et curieuse dans ses prunelles lunaires. Comme ayant l'air d'attendre qu'elle dise qu'elle plaisantait, ou encore, cherchant une trace de validation dans l'expression de son visage.

— La botanique, l'herbologie et la phytobiologie sont les premières lignes de découverte des inventions liquides et gazeuses magiques. Pourquoi crois-tu que la matière soit obligatoire et non pas optionnelle ? S'exclama Hermione avec vivacité. C'est une voie d'exception et une branche magique de très, très, grande noblesse. Sois fier d'autant t'y connaître. Le professeur Chourave a d'ailleurs parfaitement conscience de tes capacités au vu de sa rare sévérité à ton égard. Elle a beaucoup d'attentes parce qu'elle sait que tu es très bon et que tu es sur la voie de l'excellence.

Hermione s'arrêta, presque essoufflée. Ses hormones la secouaient, comme d'habitude. Après son discours, elle avait presque envie de serrer Neville dans ses bras et de sangloter. Une crampe douloureuse s'empara de son bas-ventre et elle fit la grimace. S'enjoignant au calme, elle inspira et expira longuement, recula quelque peu en marmonnant une brève excuse, puis se jeta un sort sur l'abdomen.

Calefacto dolens.

Les crampes s'assagirent quelque peu.

— Ça va ? Demanda-t-il, l'air inquiet.

— Oui, un petit mal de ventre, rien de grave, croassa Hermione.

Le silence s'installa entre eux, quelque peu brisé par une clameur lointaine évoquant l'arrivée prochaine de certains élèves dans la serre.

— Merci pour tout ce que tu as dit, murmura platement Neville. C'est gentil.

— C'est sincère, confirma Hermione.

Bientôt, Chourave arriva et le cours commença. Hermione eut le plaisir de se retrouver une nouvelle fois à côté d'Hannah Abbott.

— Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à la famille des cucurbitacées magiques. Qui peut m'en dire plus sur le cyclanthère épineux ?

Neville leva timidement la main. Chourave eut un petit sourire maternel qui disparut bien vite au profit de son habituelle moue sérieuse mais avenante.

— Oui, Londubat, acquiesça Chourave.

— C'est une plante volubile, à lianes, qui pousse dans les endroits chauds et humides. Les fruits sont hérissés d'épines au début molles, puis dures en fin de maturation. On peut en récolter la chair afin de préparer des potions curatives, mais aussi en extraire de la cucurbitacine pour la fabrication de poisons.

— Très bien, Londubat, je vois que vous avez eu d'intéressantes lectures durant les vacances, approuva-t-elle. Dix points pour Gryffondor.

Le professeur leur expliqua comment extraire la chair de l'énorme baie verte sans se piquer et toute la classe se mit au travail. En cours d'extraction, Hannah se pencha vers Hermione pour chuchoter.

— Londubat sait ce qu'il fait en Botanique, remarqua-t-elle en lui jetant un bref coup d'œil par-dessus la très large table de bois brut sur laquelle les élèves travaillaient. Chourave l'adore. Elle nous le prend en exemple parfois pour sermonner les Poufsouffles à la traîne dans la matière. Moi, par exemple, s'amusa-t-elle.

Hermione eut un petit rire et hocha de la tête pour signaler sa très vive approbation.

— Oui, mais il manque cruellement de confiance en lui à cause de sa grand-mère, souffla-t-elle pour toute réponse. Pourtant, quand on l'encourage, il est vraiment exceptionnel. Tu te souviens à l'A.D quand Harry le poussait dans ses retranchements ?

— Oui, quand les professeurs le poussent, il brille, approuva Hannah.

Il y eut un bref silence.

— Il n'a pas de copine, je crois ? Demanda innocemment Hannah, sur un ton trivial et un peu trop désintéressé pour sonner sincère.

Intérieurement, Hermione sourit.

— Non, il n'a pas de copine, confirma-t-elle. Il est sorti brièvement avec Ginny Weasley en quatrième année, mais ils sont restés d'excellents amis.

Hannah sembla impressionnée. Ginny était une très belle fille et c'était peu de le dire. La Poufsouffle laissa échapper un « hmmm » pensif et Hermione réfréna un petit rire.

Poudlard et les histoires d'amour, pourquoi était-ce si charmant ?


Durant la deuxième période, Hermione rejoignit la bibliothèque pour finir sa lecture d'Arithmancie accompagnée de Ron, Harry, Neville et Hannah.

Ils travaillèrent plutôt efficacement, mais cela ne les priva pas de partager quelques anecdotes de l'A.D.

Hermione, même si concentrée sur son travail et les discussions, ne manqua pas de remarquer la présence de Malefoy seul à une table et, lorsqu'il quitta les lieux avec un considérable nombre de livres à emprunter, elle eut l'impression pour certains d'en connaître la reliure. Elle était toutefois trop loin pour s'en assurer.

En troisième période, ils se rendirent en cours de Métamorphose, classe bien remplie. McGonagall confirma bien sûr que la première partie des cours de l'année serait dédiée à l'apprentissage de l'informulation des sorts de transformation. Le cours fut très intéressant, notamment car l'informulation semblait plus simple pour Hermione en Métamorphose qu'en Défense contre les forces du Mal.

Elle parvint sans peine à transformer sa plume, son encrier, un vase et même son bureau, sans dire un seul mot et McGonagall accorda quinze points à Gryffondor pour cela.

Ce qui était par contre extrêmement perturbant, c'est que Drago Malefoy était arrivé aux mêmes résultats et ce sans apparemment y mettre trop d'efforts. Juste, McGonagall récompensa Serpentard d'une quinzaine de points également.

Hermione fixa Malefoy un moment sans pouvoir s'en empêcher, incapable de comprendre comment il était possible que le Serpentard soit soudainement si bon en maniement magique. Il n'avait jamais été mauvais, mais pas excellent pour autant. Pas comme elle. Une vive sensation de compétition étreignit sa poitrine. Malefoy remarqua son regard et lui adressa un rictus narquois, jonglant nonchalamment avec sa baguette, comme pour encore davantage démontrer son adresse. Mais Hermione, non décidée à le laisser fanfaronner, lui jeta un maléfice d'anti-habileté informulé et eut le plaisir de le voir réussir et d'observer un choc s'imprimer sur les traits de Malefoy quand il ne rattrapa pas sa baguette. L'air victorieux, elle arbora à son tour un sourire défiant et se détourna de lui.

Elle ne vit pas les yeux de Drago se plisser avec aversion derrière elle, ni même fouiller dans sa poche, en sortir une petite fiole et discrètement en prendre une gorgée, ignoré par tous les autres élèves en plein exercice et McGonagall qui lui tournait le dos.

L'après-midi se déroula comme un charme, figurativement et littéralement, puisqu'ils avaient cours de Sortilèges.

Encore une fois, Flitwick insista sur l'importance de la réalisation des informulés, mais Hermione ne ressentit là non plus aucun problème à les exécuter, tout comme Malefoy, récoltant respectivement vingt points pour leurs maisons.

À ce stade de la semaine, les classes obligatoires et équitablement partagées entre les quatre maisonnées de Poudlard avaient permis aux autres élèves de remarquer l'habileté des deux ennemis pour les sorts non-verbaux. Ils observaient donc avec un certain intérêt leur zèle à en démontrer leurs talents. Ron et Harry, tout comme les autres, ne parvenaient pas aux mêmes résultats. Les trois quarts de la classe étaient à vrai dire rouge betterave à force de se concentrer et de fermer la bouche, à moitié en apnée pour s'empêcher de dire les formules à haute voix.

Quand le cours se termina, Hermione s'en retourna à la bibliothèque, car ils avaient à nouveau, et comme toute la semaine maintenant qu'ils étaient en sixième année, la fin des classes à seize heures, et donc le temps jusqu'au dîner de faire les nombreux devoirs qui leur avaient été distribués au cours de la journée.

S'installant à une table, Hermione eut une nouvelle fois le déplaisir de voir Malefoy étudier lui-aussi à la bibliothèque et, encore une fois, loin de ses comparses Serpentard.

Il était plongé dans la lecture d'un livre, prenant visiblement des notes sur un rouleau de parchemin à côté, sans même le regarder. Sa vitesse d'écriture évoquait à Hermione une simple « copie », mais cela n'avait pas de sens. Pourquoi Drago Malefoy ne recopiait-il pas le livre magiquement ?

Non, il devait… rédiger. Vite, et sans même regarder. Le sujet devait diablement l'intéresser.

Une chose était sûre : elle ne l'avait jamais vu si studieux… Et pour cause, Hermione ne se souvenait pas de l'avoir vu une seule fois étudier. Mais à le regarder, vu comme ça, il semblait presque un amoureux du savoir. Le spectacle était presque trop étrange pour être vrai, se disait Hermione.

Pour une énième fois de la journée, Malefoy la surprit à l'observer. Cette fois, aucun amusement dans les yeux, comme s'il était une autre personne. Il la stria d'une œillade glacée. Exactement comme cette fois-, dans le couloir en attendant le professeur Babbling ou encore quelques autres fois dans la Grand-Salle.

Ce regard, qu'elle ne lui avait jamais connu avant cette année, faisait peur.

Elle baissa les yeux et reprit son travail, ignorant la petite voix dans sa tête lui signalant que, de toute évidence, quelque chose clochait très franchement dans le comportement du Serpentard. Absorbée dans son travail et dans le roulis de ses réflexions, Hermione commença sa ronde en retard, jetant un coup d'œil agacé à sa montre comme si elle blâmait cette dernière de ne pas l'avoir sortie de sa torpeur plus tôt.

Quand elle se coucha le soir, elle essayait encore de ne plus y penser et cherchait plutôt à se concentrer sur la perspective adorable d'un couple se formant entre Neville et Hannah. Elle n'avait pas demandé à Neville si quelqu'un lui plaisait, mais se dit qu'elle le ferait le lendemain matin au petit-déjeuner, se demandant finalement si elle le croiserait, car elle commencerait par Étude des Runes, option qu'il ne prenait pas. Sur ces pensées pragmatiques, elle s'endormit.

Cette nuit-là, elle fut prise de crampes de ventre modérées qui l'empêchèrent quelque peu de se reposer. Son esprit, agité, cauchemarda beaucoup. La douleur qu'elle ressentait au ventre était, dans ses rêves, des coups de poignards assénés par des Mangemorts. Et invariablement, elle s'écroulait au sol, sur les corps déjà inertes de ses parents.


MERCREDI 4 SEPTEMBRE 1996 – Grand-Salle, tôt le matin – Poudlard, Écosse

Il n'y avait pratiquement personne dans la Grand-Salle à cette heure-ci, et encore moins des sixièmes années sachant que la première période était destinée aux élèves continuant l'option d'Études des Runes. Malefoy était là. Presque seul à la table des Serpentards. Hermione consulta sa montre machinalement : la majorité des autres élèves n'étaient pas près d'arriver. Elle soupira.

La Gryffondor en avait presque marre de le voir tout le temps. Elle avait l'impression de croiser sa sale tête bien plus que les années précédentes et c'était loin de lui plaire. Reportant son regard sur la table des Gryffondors, elle eut toutefois la surprise et la joie de constater qu'un autre sixième année de sa maison était présent.

Parfait !

Neville était effectivement – et étonnamment – installé à la table lorsqu'Hermione s'assit pour petit-déjeuner. Il avait le nez enfoncé dans un énorme grimoire qu'elle identifia sans peine comme un herbier au vu des schémas de plantes et des feuilles et graines séchées magiquement collées aux pages parcheminées.

— Salut Neville, l'interpella-t-elle gaiement.

Neville leva les yeux, l'air ébahi. Il parut mettre un petit temps à retrouver le sens de la réalité, car son regard sembla comme voir à travers elle pendant quelques instants.

— Oh. Oh, salut Hermione, répondit-il avec un sourire. Désolé, j'étais complètement plongé dans ma lecture.

— J'ai vu ça, le charria-t-elle gentiment. Ça m'arrive tout le temps. D'ailleurs…

Elle lui montra le livre qu'elle tenait dans sa main : le Manuel des sortilèges et enchantements niveau VII.

— Moi aussi, j'ai un compagnon ce matin.

Neville eut un petit rire.

— C'est niveau aspics, mais je ne devrais pas être surpris, balbutia-t-il gentiment.

Hermione lui adressa un sourire flatté. Neville lui désigna l'énorme grimoire d'un signe de tête.

— Le professeur Chourave m'a confié ce livre hier. Je me suis promis de me lever plus tôt ce matin pour en continuer la lecture, car, avec tous les devoirs, je n'ai pas eu le temps.

La Gryffondor lui lança un regard entendu, comprenant parfaitement son zèle à profiter de chaque comment éveillé à plonger dans un livre dont le sujet vous fascinait.

Pourtant, cet instant était l'opportunité qu'elle avait espérée la veille, et elle saisit donc l'occasion d'approfondir la conversation avant de le laisser retourner à sa lecture.

— Je voulais te demander, Neville, commença-t-elle prudemment.

Il conserva un sourire avenant et timide sur les lèvres, l'engageant à poser sa question.

— C'est un peu gênant, et tu n'es pas obligé de répondre, mais… Tu as des vues sur quelqu'un ?

Neville, presque à la manière d'un cartoon, vit ses joues se pomper d'une érubescence parfaitement hilarante. Hermione parvint malgré tout, sans trop savoir comment, à se retenir de rire.

— Euh…

Il y eut un mouvement derrière Neville, et, défocalisant son regard de Neville, Hermione s'aperçut que Malefoy les regardait soudainement. Presque comme s'il avait entendu leur conversation et s'y était promptement intéressé, ce qui – à sa connaissance – n'était pas possible sans les Oreilles à rallonge de Fred et George. Il lui jeta un regard froid, comme ayant l'air de n'avoir remarqué sa présence que maintenant et reporta son attention sur un livre posé sur la table.

Malefoy avait décidément l'air d'être très occupé par la lecture, ces derniers jours.

Hermione reprit la parole.

— C'est juste par curiosité, poursuivit-elle.

Neville était tomate, à présent.

— Eh bien… Il y a plusieurs personnes que… Que j'aime bien. J'aime bien… J'aime bien…

Hermione remarqua que ses mains tremblaient légèrement. Quelle impressionnante timidité.

— Dans l'A.D, par exemple ?

Neville approuva de la tête en déglutissant avec difficulté.

— Parvati ? Lavande ? Padma… ? Interrogea Hermione, sans faire grand cas de sa dérangeante curiosité.

Peut-être que Neville ne souhaitait pas discuter de ça, mais incapable de s'en empêcher, elle poursuivit.

— Ou bien Susan ?

Mais Neville fit non de la tête.

— Luna ? S'exclama Hermione dans un chuchotis amusé.

— Hannah, souffla Neville.

— C'est vrai ? S'enthousiasma Hermione, tombant presque à la renverse devant une telle concordance du destin.

Merveilleux.

Elle essaya de calmer son engouement : elle s'autoriserait un petit coup de pouce, puis cesserait de se mêler de leurs affaires.

— Et… Et toi ? Murmura à son tour Neville.

Ce fut au tour d'Hermione de rougir jusqu'aux oreilles.

— Oh, euh.

Elle n'avait pas prévu que Neville ose lui retourner la question.

— Euh…

— Tu n'es pas obligée de me dire ! Rétropédala Neville, comme embarrassé.

Bon sang, ce garçon était tellement gentil que c'en était absolument désarmant.

— J'aime beaucoup Ron, avoua Hermione sur le ton de la confidence. Mais… Je ne sais pas s'il est très intéressé… Il semble éprouver une certaine attraction pour Lavande, ces derniers temps.

Neville sembla ne pas savoir quoi répondre. Elle-même se demanda pourquoi elle en avait autant dit. Mais quelque part, elle était convaincue que Neville n'irait jamais répéter cela à personne et donc ne sentait pas sa confidence en danger.

— Lavande est vraiment jolie, déplora Hermione. Elle fait attention à son apparence et est plutôt douée pour entamer une conversation. Ça se voit qu'elle l'apprécie beaucoup aussi.

— C'est vrai, acquiesça Neville, songeur. Toi aussi, tu sais, signala-t-il soudain. Ron, Harry et toi passez beaucoup de temps ensemble, donc j'aurais tendance à penser qu'il t'aime beaucoup aussi.

— Oui, concéda-t-elle.

Ron tenait à elle, bien sûr, mais tenait-il à elle de la façon dont elle le désirait ?

— Mais peut-être seulement en tant qu'amie ? Proposa-t-elle.

C'était la première fois qu'elle se confiait à quelqu'un sur ce sujet. Même si Harry semblait avoir compris, ils n'en parlaient jamais. Elle se doutait qu'il n'aborderait jamais le sujet le premier avec elle, ne voulant pas la bousculer dans des aveux, d'autant plus qu'il se trouvait dans une délicate position, étant le meilleur ami des deux.

Ginny, elle aussi, semblait ne pas être dupe. Mais elle ne s'en était pas mêlée jusqu'ici.

— Je ne sais pas, avoua Neville, l'air troublé et songeur. Il faudrait essayer de…

Mais Hermione aperçut Hannah au bout de la Grand-Salle, l'air ensommeillé. Elle aussi avait cours de Runes et rejoignait donc à présent le petit-déjeuner. La table Poufsouffle étant encore vide des sixièmes années, Hermione l'interpella d'un grand signe de main pour l'inviter à s'asseoir avec eux. Neville redevint rouge aussitôt.

— Salut Hermione, Londubat, bailla Hannah en s'asseyant bien volontiers avec eux.

— Bien dormi ? Demanda Hermione d'une voix excitée.

— Pas assez, se plaignit la Poufsouffle. Je me suis exercée aux informulés pendant toute la soirée et j'ai dû passer le début de ma nuit à faire les versions de Runes. Je suis é-cla-tée et je n'ai même pas fini…

Neville s'étouffa à moitié avec son toast. Hermione se décida aussitôt à détourner Hannah de ce piteux spectacle.

— Veux-tu que je te montre les miennes ? S'exclama-t-elle vivement.

Oh… S'étonna Hannah. Oh, oui, merci, ce serait génial.

Hermione sortit aussitôt ses versions et les lui donna sans le moindre scrupule alors même qu'elle refusait toujours corps et âme de confier ses devoirs à Ron et Harry lorsque ces derniers étaient en retard.

— Neville, dit Hermione pour attirer son attention tandis qu'il buvait un verre d'eau pour faire passer sa toux. Hannah me disait hier en cours de Botanique que le professeur Chourave avait beaucoup d'estime pour tes capacités et ne tarissait pas d'éloges à ton sujet !

— Oui, confirma Hannah en levant le nez des versions d'Hermione, recopiant avec célérité sur son propre devoir la suite inachevée de la veille. Chourave t'adore.

— Tu ne m'as pas dit que tu avais des difficultés en Botanique, d'ailleurs ? S'intéressa innocemment Hermione. Peut-être que Neville pourrait t'aider à réviser ? Les élèves qui n'ont pas Arithmancie ont la deuxième période de libre aujourd'hui, suggéra-t-elle.

Les deux élèves rougirent aussitôt, visiblement songeant respectivement qu'Hermione les aidait à séduire leur homologue sans se douter une seule seconde qu'ils étaient tous les deux infatués l'un par l'autre. Ils échangèrent un regard tandis que la plume d'Hannah et le toast à moitié croqué de Neville étaient suspendus dans les airs, comme figés.

— Hum, oui, pourquoi pas, répondit platement Hannah. Enfin, si tu veux bien m'aider, bien sûr, amenda-t-elle avec une moue d'évidence.

Davidament, dit Neville.

Les deux jeunes filles le regardèrent avec incompréhension.

— Je veux dire, reprit-il presque grenat à présent. D'accord, oui, évidemment.

Hermione sentit une étincelle de joie et de rire parcourir tout son corps. Les deux élèves se sourirent. Hannah s'en retourna à sa version et Neville à sa lecture.

Tous les deux avaient les mains qui tremblaient légèrement.


Hermione quitta la Grand-Salle pour se rendre en Études de Runes, laissant Neville et Hannah à la même table sans le moindre remord. Hannah allait bientôt la rejoindre, de toute façon.

Comme au cours de Runes de lundi dernier, elle s'aperçut qu'elle était suivie. Cette fois, Malefoy était seul. Zabini devait encore être en train de petit-déjeuner. Plongé dans un grimoire, il leva les yeux quand il se sentit observé et, une fois de plus, leurs regards se rencontrèrent.

Hermione reporta aussitôt son attention devant elle.

Arrivée à destination, devant la salle de classe, elle s'appuya à côté de la porte, comme la fois dernière, et Malefoy s'adossa lui-même au mur opposé. Il avait fermé et rangé son livre dans son sac de cours à bandoulière et la striait. Ses yeux étaient glacés et vides.

C'était ce regard, ce regard-là précisément qu'elle détestait. Il ne semblait pas être la même personne. Ils étaient seuls dans le couloir, cela n'avait rien d'agréable.

Hermione, avec sa manie habituelle, consulta sa montre pour voir combien de temps il restait avant le début du cours, mais n'eut pas le temps de lire l'heure que, soudain, Malefoy inspirait, s'apprêtant à dire quelque chose. Aussitôt, et sans savoir pourquoi, Hermione sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, comme s'il était sur le point de lui jeter un verre d'eau au visage.

Tu sais, Granger, c'est bien de jouer les cupidons, mais c'est encore mieux de se trouver quelqu'un soi-même.

Horrifiée, mais pourtant confortée dans son hypothèse de tout à l'heure, Hermione en lâcha presque sa besace.

J'en étais sûre ! Tu nous écoutais ! Comment ?

— J'ai une très bonne ouïe, éluda-t-il avec sarcasme. Il y avait peu de bruit dans la Grand-Salle.

— Menteur ! L'accusa-t-elle aussitôt. C'était une conversation privée. Tu n'avais pas le droit ! Et comment t'y es-tu pris, d'abord ?! Avec les Oreilles à Rallonge ?

Malefoy renâcla avec condescendance et lui jeta un regard d'aversion glacée.

— Des quoi ? Comme si l'attirance de la Sang-de-Bourbe pour le traître à son sang était un secret pour qui que ce soit. Seul Weasmoche est suffisamment stupide pour ne pas remarquer la bave qui te coule sur le menton quand tu le regardes.

Soufflée par son impudence, Hermione arbora une moue indignée.

— Si ça te dégoûte autant que tu en as l'air, cesse donc de t'y intéresser ! Argua-t-elle avec colère. Cesse d'écouter les conversations privées des autres, fit-elle emphase sur le mot.

Malefoy ricana.

— Granger est fâchée que l'on connaisse son embarrassant secret, geignit-il d'une petite voix d'enfant, l'expression cruelle.

— D'après toi, ça n'en est même pas un, rétorqua-t-elle, l'œil sévère.

Oh, si, c'est très embarrassant, déjoua habilement Malefoy, la moue de nouveau réjouie. Surtout pour Weasley. Enfin, rien ne montre qu'il est intéressé, ceci dit. Son honneur, déjà bien sali par votre amitié – cracha-t-il le mot – reste peut-être un chouia intact. Quoique. Un Weasley n'est qu'un Weasley.

Furieuse et, elle devait l'admettre, relativement hormonale, Hermione laissa tomber sa besace et sortit sa baguette. Le Serpentard ne perdit pas son sourire.

— Je t'ai vexée, Sang-de-Bourbe ?

Un maléfice cuisant informulé partit de sa baguette sans qu'elle ne puisse l'en retenir, mais Malefoy semblait prêt et le dévia négligemment, sans rien prononcer lui-même.

Il ricana.

— Je parie que le soir, il s'astique en pensant des filles un peu moins laides.

Révoltée, autant par son langage que par ses propos, Hermione secoua la tête comme pour se débarrasser d'un insecte volant insupportablement proche.

— La ferme, Malefoy !

Un autre maléfice cuisant, plus fort encore, quitta la baguette d'Hermione, mais Malefoy le dévia également.

— Tu vas devoir faire plus que ça, si tu veux me toucher, susurra onctueusement le Serpentard.

— Oh, crois-moi, ça va venir !

Malefoy laissa échapper un nouveau rire mauvais.

— Je ne doute pas que tu en aies envie, répliqua-t-il vicieusement en déviant encore un autre sort.

Interrompue dans sa fureur, interloquée, Hermione cessa son offensive. Que sous-entendait-il, exactement ? Son intonation et l'inflexion perverse de sa voix lui procurèrent un frisson de dégoût.

Mais son trouble semblait être exactement ce que Malefoy attendait, car il lui jeta un sort à son tour, ce dernier la percutant de plein fouet. Un saucissonnage. Elle tomba à la renverse, à plat-ventre sur le sol, dans un choc qui lui coupa le souffle.

Il s'approcha d'elle, la surplombant, et la retourna sur le dos d'un très lent coup de pied, ayant l'air de savourer le résultat de son maléfice.

— Eh bien alors ? Que des promesses en l'air ? Souffla-t-il, une nette avidité dans les yeux.

Il la dévala du regard.

— On dirait Potter dans le Poudlard Express, à me regarder furieusement sans rien pouvoir faire. Je peux t'arranger le visage aussi, si tu veux ? Ça te rendrait bien service.

Malefoy continua de la regarder, détaillant son apparence échevelée, rouge de honte et d'effort, sa robe de sorcier, ouverte sur son uniforme de Gryffondor. Les liens qui la serraient, elle le savait, étaient invisibles, mais il semblait presque qu'il les voyait.

Il rapprocha son pied d'elle et effleura son buste, doucement, du bout de sa chaussure. Hermione, complètement épouvantée par son mouvement humiliant mais presque tendre, semblait avoir perdu la faculté de prononcer le moindre mot. Le Serpentard, lui, prit une nouvelle inspiration, certainement pour faire un commentaire sadique, quand des bruits d'élèves résonnèrent en bout de couloir et détournèrent son attention.

D'un geste de baguette, il la libéra du maléfice et la projeta contre le mur, la forçant par ce biais à se relever.

Les élèves bifurquèrent dans le corridor : le groupe de sixièmes années de Serdaigle.

— On finira ça une autre fois, si tu veux bien, proposa Malefoy à voix-basse en la dévisageant d'un air narquois.

— Salut Hermione, l'interpella Terry Boot de loin.

Le cœur de la Gryffondor battait furieusement contre ses côtes.

Elle n'en revenait pas de l'audace de Malefoy.

Forcément, s'il pouvait entendre les discussions, il avait dû écouter celle qu'elle avait eu avec Rogue et considérait désormais pouvoir agir contre elle en toute impunité. C'était inacceptable.

Lui lancer un sort pareil, la menacer de la frapper tout comme il avait brisé le nez d'Harry dans le Poudlard Express, et puis la toucher de cette façon tordue et dérangeante… Elle n'allait pas laisser passer ça !

Si Rogue refusait d'agir, elle irait tout simplement voir McGonagall.


Quand bien même Hermione était toujours en état de choc, le cours de Runes se passa sans anicroche. Ses versions étaient justes et elle avait rendu son essai, confiante d'avoir une bonne note. Elle se rendit ensuite en Arithmancie. Dean Thomas semblait particulièrement de bonne humeur et Hermione se demanda si cela avait à voir avec Ginny.

Pauvre Harry, se disait-elle. Elle et lui étaient décidément mal lotis dans leurs choix amoureux.

Le professeur Vector, qui au cours précédent ne leur avait fait qu'une introduction du cursus de l'année et de l'année suivante pour passer l'examen des aspics, leur présenta les nouvelles tables à apprendre cette année en distribuant des parchemins épais et les informa qu'elle partagerait certains cours avec le professeur Babbling par rapport au déchiffrage arithmancien des runes. Hermione était absolument ravie de voir ses deux matières préférées se lier de cette manière et quitta le cours satisfaite, malgré la quantité de devoirs supplémentaires.

La classe de troisième période était Potions. Essayant de ne pas être vindicative, elle se promit d'être sereine à la table d'Harry et de ne pas se montrer affectée par son satané manuel de triche. Encore une fois, Harry fit des miracles, acclamé par Slughorn et elle fit mine de ne pas être atteinte, même si son orgueil était très largement piqué à ce stade.

Malefoy n'arrêtait pas de jeter des regards suspicieux à Harry et ce dernier les lui rendait avec défi.

Lorsqu'ils allèrent déjeuner, Hermione resta particulièrement silencieuse, non pas parce qu'elle n'avait rien à dire, mais parce qu'elle se méfiait de Malefoy. Quand Harry l'invectiva à moitié, l'accusant de faire la tête parce qu'elle était frustrée de ses résultats en Potions, Hermione lui fit passer un bout de parchemin lui disant « non mais je pense qu'il est possible que nous soyons écoutés alors rentre dans mon jeu », puis lui répondit :

— Évidemment ! Tu aurais pu nous aider, Ron et moi, si tu t'en sortais si bien ! Argua-t-elle avec hargne.

Harry, interloqué, passa le mot à un Ron s'apprêtant à répondre. Ron lut le mot et releva la tête, l'air lui aussi interdit.

— Ouais, c'est clair, Harry, pas cool de nous laisser foirer et de garder la gloire pour toi seul, acquiesça-t-il.

Ils terminèrent de déjeuner et se rendirent rapidement à la salle commune. Une fois entrés, et le tableau refermés, elle les dirigea vers un recoin de la pièce.

— Je pense que Malefoy a trouvé un sort pour écouter à distance.

Ses deux comparses se regardèrent, visiblement ne s'étant pas attendus à cela.

— Je discutais avec Neville ce matin, de sujets… spécifiques dans la Grand-Salle, ne s'épancha-t-elle pas. Et lorsque Malefoy et moi nous attendions dans le couloir pour le cours de Runes, Malefoy y a fait allusion, sans qu'il n'ait pu les entendre. Je ne l'ai pas vu utiliser d'Oreilles à Rallonge, mais il les avait peut-être bien cachées…

— Eh bien bravo, si c'est comme ça qu'il parvient à nous espionner ! Fred et George vendent n'importe quoi à n'importe qui !

— Dans tous les cas, il nous faut absolument trouver comment il s'y est pris, car sinon il va être capable d'écouter n'importe quelle conversation, pourvu que nous nous tenions dans la même pièce !

— C'est simple, nous ne pourrons plus avoir de discussions sensibles en sa présence, donc évitons les lieux publics, même en salle commune. Il faut qu'on ne soit que tous les trois, décida Harry. Et s'il s'agit vraiment d'Oreilles à Rallonge, il faudra lancer des sorts d'imperméabilité contre les portes des salles dans lesquelles nous allons pour ne pas qu'il écoute derrière !

Hermione grimaça et se mordit la lèvre. Ce satané Serpentard avait de la ressource.

— Mais, et si c'est autre chose ? Si c'est une sorte de… sort pour renforcer l'acuité de son ouïe ou je-ne-sais quoi ? Vous avez vu comme il est capable d'informuler ses sorts ? Il m'a lancé un maléfice de saucissonnage ce matin dans le couloir des Runes et je n'ai pas pu l'arrêter.

Ron s'apprêtait à s'insurger quand le visage d'Harry s'éclaira soudain et, tout à coup, il attrapa son sac de cours et fouilla frénétiquement dedans.

— Attendez, je crois que j'ai une idée !

Il en tira son manuel de Potions et Hermione et Ron froncèrent les sourcils.

— Là-dedans, il n'y a pas que des consignes de Potions, s'exclama Harry. Il y a aussi des sorts ! Lisez.

Il feuilleta brièvement le manuel pour retrouver une page et leur tendit. Hermione et Ron purent lire dans la marge, griffonné en pattes de mouche à l'encre et à la plume :

Assurdiato : formule provoquant un bourdonnement dans les oreilles des personnes aux alentours afin de pouvoir tenir des conversations privées. Un demi-cercle, magie vers l'intérieur des oreilles de la/des personnes à ensorceler.

Abasourdie, Hermione releva la tête.

— Harry, ne me dis pas que tu comptes utiliser sur des personnes un sort dont tu n'es pas sûr des effets ?

Harry arbora une moue un peu coupable, mais son regard sembla se durcir quelque peu du même coup.

— Visiblement le Prince cherchait juste à être pragmatique. Pourquoi indiquerait-il une formule et à côté une définition erronée alors que toutes ses consignes de potions ont été justes jusqu'ici ?

— Le Prince ? Demanda Ron d'une voix sceptique.

Harry leur montra l'intérieur de la couverture.

« Ce livre appartient au Prince de Sang-Mêlé. »

— Pourquoi a-t-il laissé ce livre derrière lui pour commencer ? Interrogea Hermione, elle-même dubitative. Pourquoi ne pas garder l'ouvrage s'il lui était utile ? Peut-être a-t-il cherché à s'en débarrasser pour tout ce que tu en sais !

— En le rangeant dans le placard de matériel de la classe de Potions ? Railla Harry. S'il avait voulu le détruire, il aurait pu le balancer au feu ou le déchirer, ou jeter je-ne-sais-quel sort dessus !

— Tu ne sais pas comment il est arrivé dans ce placard, coupa Hermione, perdant patience. Il a peut-être été acheté d'occasion par l'école ou par Rogue, puis mis là pour servir aux élèves qui en ont temporairement besoin ! Ses instructions peuvent être dangereuses !

— Je croyais qu'on pouvait faire confiance à Rogue, railla-t-il.

— Ce livre peut être dangereux, Harry ! Ce n'a rien d'une plaisanterie !

Mais Harry leva les yeux au ciel et serra les dents, visiblement très agacé par son raisonnable raisonnement et très peu enclin à lui répondre, ne souhaitant pas prolonger le débat.

— Si ça se trouve, on ne peut même pas le détruire ! Rétorqua-t-elle, prête à essayer.

— Toi-même, tu disais qu'il ne contenait pas de magie ! Finit par s'emporter Harry.

Coincée, Hermione mordit de nouveau l'intérieur de sa lèvre.

— Harry, tu ne peux pas jeter un sort sans être sûr de ce qu'il va faire ! Tu risques de causer du mal à quelqu'un par inadvertance ou même à toi-même !

Mais Harry avait rangé son livre et quittait à présent la salle commune, absolument hors-de-lui. Hermione secoua la tête, complètement désemparée. Découragée, elle se tourna vers Ron.

— Tu n'es pas d'accord ? S'enquit-elle, la voix désespérée.

— Je…

Visiblement, Ron hésitait fortement à choisir un camp.

— Je pense qu'il faut être prudent, oui… Mais… Enfin, il a déjà suivi certaines consignes et ça s'est bien passé… Alors… En toute logique…

Hermione, furieuse, se releva.

Évidemment, Ron n'allait pas prendre son parti.

Qu'elle avait été stupide d'espérer. Aucun des deux ne choisissait jamais son camp, se soutenant mutuellement envers et contre elle.

— D'accord, je vois que je suis seule contre deux. Faites comme vous voulez.

Elle quitta la salle commune à son tour, en colère.


Lorsqu'elle arriva en cours de Métamorphose, elle s'assit comme d'habitude à côté de Neville, mais dans un mouvement sec qui le fit sursauter. Elle était en retard et avait de furieuses crampes au ventre, pour ne rien arranger à son humeur. C'était insupportable de savoir qu'elle avait raison et de ne pas parvenir à se faire entendre auprès de ses meilleurs amis qui, par ailleurs, étaient eux-aussi installés dans la classe l'un à côté de l'autre et s'échangeaient des messes basses animées.

Elle leur jeta un regard noir avant de le détourner, pour rencontrer détestablement celui de Malefoy qui traversait la salle de classe, cherchant un pupitre libre. Quand il vit sa moue hargneuse, il se dirigea instinctivement vers elle et s'assit juste devant Neville, faisant signe à Zabini d'occuper la place à côté, en face d'elle. Hermione soupira très lourdement et marmonna un filet de jurons.

— De l'huile dans le chaudron, Sang-de-Bourbe ? Toi et ton petit-copain avez rompu ? Railla-t-il en posant son sac sur la table et faisant tourner son tabouret pour lui faire face.

— Ne l'appelle pas comme ça, siffla Neville, le rouge déjà aux joues.

— C'est vrai, c'est un peu présomptueux, consentit-il. Vous êtes loin de sortir ensemble après tout, détourna-t-il cruellement l'injonction de Neville.

Neville sembla perdu. Hermione jeta à Malefoy un coup d'œil méprisant.

— Quoi, tu ne peux pas deviner ce qui m'arrive tout seul, Malefoy ? Ironisa-t-elle. Tu as perdu en perspicacité depuis ce matin, dis-moi.

Le Serpentard ricana.

— Tu l'as surpris en train de se faire lécher la bouche par Brown, c'est ça ?

Neville jeta un regard alarmé à Hermione, devinant maintenant à qui Malefoy faisait allusion et semblant estomaqué qu'il soit au courant.

— La ferme et occupe-toi de tes oignons, lâcha-t-elle dans un soupir las. Retourne-toi, le cours va commencer.

— La vieille McGo n'est pas encore arrivée, signala-t-il en faisant un signe de tête vers l'avant de la classe vide. J'ai le temps de t'honorer de mon attention, parasite.

Une crampe violente au ventre la fit grimacer et Hermione posa par réflexe sa main sur son ventre pour accuser le coup. Ciel, c'était bien le moment. Malefoy la fixa, soudainement insondable, et laissa son regard alterner entre son visage douloureux et la paume tenant son abdomen. Elle laissa échapper une nouvelle petite plainte de douleur quand la crampe reprit et posa son autre main, tremblante, sur son front qui semblait fiévreux. Elle ferma les yeux et haleta, une nausée horrible l'envahissant peu à peu.

— Merlin, Hermione, ça va ? S'enquit Neville en posant une main sur son épaule.

Elle fit non de la tête. Ses règles étaient douloureuses : l'avaient toujours été. Mais là, cela atteignait des sommets. Peut-être était-ce le fait qu'elle était également contrariée ? La bile remontait dans sa trachée et une douleur sourde tournait dans son bas-ventre, comme si un tisonnier incandescent mélangeait ses entrailles à la place des braises d'une cheminée.

Quand elle poussa un nouveau gémissement de douleur, le silence s'abattit sur la pièce. Très sincèrement, elle était presque choquée que Malefoy ne se soit pas encore moqué, mais quand elle rouvrit les yeux, elle le vit en train de la dévisager, un sourire de délectation clairement sur les lèvres.

Soudain, elle entendit une voix familière lancer un sort qu'elle ne comprit pas : sa vue se brouillait, se cornant de noir et Malefoy dévia un maléfice. Alors que la classe se mettait à crier, Hermione perdit connaissance.