Merci aux reviewers : lunamoon16, Cloudy Sun, Sarah, Drou, Cesium Spring (lectrice depuis si longtemps, en plus).

Grâce à la remarque très pertinente de Cloudy Sun (que vous pouvez retrouver dans les reviews), j'ai décidé de réviser légèrement certains termes et certaines tournures du précédent chapitre qui abondent dans le sens d'un cliché sexiste contre lequel j'essaie moi-même de me battre. On n'a jamais fini d'apprendre ! Je ferais cette correction dans les prochains jours. Cette dernière ne change rien à l'intrigue.


You took my hand, you took my ear, tasted skin, and bruised my heart
You took my hand, you filled my ear, looked me over, pronounced me good.

Doesn't it start so easy when no one cares?
You smile 'cause it flows like dreaming when no one cares.
You have a way of keeping control with unsaid warning.
Are you seeing, are you leading, are you running with your eyes closed?
Always in danger of knowing…
Are you crying, are you hiding, are you talking with your mind closed?
Always in danger…

And now you say there's a devil flying through your head,
And it looks like me.
But you took my hand, you ripped my heart, bound my life,
And bled my dreams, so sure, I'll be that devil flying through your head.
A badly beaten devil, ripping through your head.

I looked at you, thought I saw me.
We thought we'd be each other's mirror, cracked just for fun.
You dripped in idea, left a trail.
I ate it up, and now we're lost.

Unsaid Warning – T.H.C


Chapitre 4 – Badly beaten devil

MERCREDI 4 SEPTEMBRE 1996 – Cours de Métamorphose – Poudlard, Écosse

Quand Drago pénétra dans la salle de classe de Métamorphose, ce mercredi après-midi, il était contrarié. Pour l'instant, les livres qu'il avait empruntés – la veille – à la Bibliothèque pour se renseigner sur les différentes manières de réparer un objet magique s'étaient avérés parfaitement inutiles, mentionnant juste brièvement les Armoires à Disparaître sans rien en dire ou en donnant des explications sur la magie contenue dans des objets absolument improductives pour la tâche à laquelle il devait s'atteler. Il les avait balayés aussi vite que des parchemins. Un si piètre résultat pour des heures de recherche l'agaçait profondément.

Bien sûr, restaient les livres de la Réserve, qui nécessitaient qu'il rende visite à Rogue pour lui demander de signer une permission d'emprunt. Était-ce vraiment une bonne idée ? N'aurait-il pas mieux fait de se rendre la nuit dans la Bibliothèque pour les y lire ? Certes, cela multiplierait les voyages nocturnes et l'exposerait davantage, mais au moins, Rogue ne serait pas au courant de ses activités. Par ailleurs, aller voir Rogue signifiait discuter de l'Obduro, ce qu'il tenait à éviter le plus possible. Rien qu'y songer lui donnait des crampes d'estomac.

Enfin, dernière contrariété, Drago n'était pas plus avancé concernant ses plans pour tuer le fossile qui leur servait de directeur, même s'il s'était promis d'y réfléchir dans la soirée.

Il n'avait pas encore eu le temps de se pencher sur les ouvrages de la Sang-de-Bourbe et doutait qu'il en aurait l'occasion tout de suite, car il restait beaucoup de choses à lire avant cela. Par ailleurs, il faisait ses devoirs assidûment, cherchant à ne pas se faire remarquer et essayant de tirer parti des enseignements délivrés à Poudlard. Vu l'intérêt qu'il avait eu à écouter le premier cours du premier jour de la rentrée, Drago n'avait pas envie de rater des notions qui pourraient l'aider. Peut-être pouvait-il même poser des questions de manière complètement détournée à des professeurs ? Mais Drago Malefoy ne posait jamais de questions en classe, et cela paraîtrait probablement trop suspicieux.

Granger l'avait devancée dans la salle de classe et progressait dans l'un des couloirs entre les pupitres avant de s'installer à côté de Londubat, l'air visiblement en colère. En manque d'Obduro et de distraction, Drago y vit un parfait exutoire et alla s'asseoir devant Londubat afin de se retourner et de faire face en transversale à la Sang-de-Bourbe.

Son teint caramel semblait malade et son front plus gras et moite que d'habitude. Comme si elle avait de la fièvre.

Malade, Sang-de-Bourbe ?

Quand elle avait jeté un furieux regard vers les deux culs-terreux lui servant d'amis, il avait immédiatement compris qu'il s'agissait d'une dispute et décida aussitôt de s'en servir pour la malmener un peu.

Peut-être que Weasley avait fait de la merde ? Sans savoir pourquoi, c'était cela qu'il soupçonnait en premier, car il avait du mal à imaginer Potter en train de s'embrouiller avec Granger. Par ailleurs, Weasley avait dernièrement de bonnes raisons d'agacer la Sang-de-Bourbe puisqu'il se faisait tourner autour par Brown. Il devait avouer que le jeu de séduction entre les deux Gryffondors l'amusait plus que de raison, probablement parce qu'il y voyait un bon biais pour briser l'alchimie et l'harmonie naturelle du trio.

Il l'invectivait encore quand elle s'agrippa le ventre, souffrant d'une quelconque douleur. Elle avait mal.

Tant mieux.

Pourquoi, cependant ? Quand elle lâcha une petite plainte, il sentit son ventre se réveiller et, lorsqu'elle en laissa échapper une autre, il ne put empêcher un sourire sardonique d'adorner ses lèvres, car il avait presque l'impression que c'était sa propre présence qui l'affectait ainsi. Pourquoi en tirait-il un tel plaisir ? Peu importait, car, soudain, elle sembla défaillir, s'effondrant à moitié sur Londubat qui la retint de tomber à terre. Weasley se leva d'un bond de son pupitre. Ils sortirent leurs baguettes en même temps.

Lashlabask, sentit venir Drago.

Il dévia le sort aisément, mais le Gryffondor n'en démordit pas et lança un autre informulé, un Expelliarmus très maladroit. Drago le détourna également.

— Qu'est-ce que tu lui as fait encore ? S'écria le traître à son sang.

Malefoy s'esclaffa froidement. Weasley croyait qu'il avait jeté un maléfice à Granger ?

« Encore » ? S'enquit innocemment Malefoy.

— On sait que tu lui as lancé un maléfice du saucisson ce matin.

Oh, la Sang-de-Bourbe n'avait visiblement pas encore raconté à ses amis leur brève confrontation lors de leur ronde nocturne de l'avant-veille, pensant probablement qu'aller voir Rogue suffirait. D'après le déroulement de leur conversation, il était sûr qu'elle devait être significativement déçue de l'issue de cette entrevue. Pourquoi n'en avait-elle pas parlé à quelqu'un d'autre entretemps ? Peut-être le ferait-elle à son réveil, cette fois au professeur McGonagall ? Surtout qu'il lui avait à nouveau jeté un maléfice dans la matinée.

— Et alors ? Je l'ai libérée, c'était une simple blague, lâcha-t-il avec indolence.

— Ce n'est pas une blague ! C'est une Née-Moldue et tu es un fils de Mangemort ! C'est du harcèlement ciblé et raciste et tu le sais ! S'emporta Potter.

La classe éclata en murmures et clameurs. L'accusation résonnait dans la pièce. Le mot était au bord de toutes les lèvres, le répétant comme pour en prendre la mesure.

Il avait besoin d'Obduro. Ne pouvant décemment pas en boire devant tout le monde, il informula une litanie tandis que les deux autres le regardaient. Il avait besoin de concentration, de ne pas se disperser.

— Ton père est un Mangemort, approuva Weasley. Ça suffit pour faire de toi un allié !

Calmement, Drago s'avança vers le bureau de McGonagall et déposa, nonchalamment, sa baguette dessus.

— Très bien, murmura-t-il froidement. Que quelqu'un me prête sa baguette.

Mais évidemment, personne n'était volontaire à part les Serpentards, ce qui n'aiderait pas sa cause. Il vint arracher des mains celle de Londubat et, avant que quiconque n'ait pu faire quoi que ce soit, il articula très clairement :

Priori Incantatem

Aussitôt, le dernier sort qu'il avait lancé sortit de sa baguette. C'était le sortilège du tourne-chaudron, permettant de touiller l'intérieur d'une potion sans avoir à mettre quelque chose dedans. Clairement un sortilège utilisé lors du cours de Potions de la matinée.

Potter et Weasley semblèrent presque déçus et, soudainement, encore plus inquiets pour la Sang-de-Bourbe, traversant la classe pour s'enquérir de sa santé. Drago lança sa baguette à Londubat qui la rattrapa in extremis en vacillant allègrement, et récupéra sa propre baguette sur le bureau professoral, content de ne pas avoir eu à invoquer un mirage d'une telle puissance pour masquer de son bras gauche la Marque des Ténèbres. Il savait qu'il n'était pas encore prêt pour ça, la magie noire derrière la marque bien trop puissante pour pouvoir espérer la dissimuler. Encore moins lorsqu'il était en manque d'Obduro.

Pour autant, cela lui servait de leçon. Il devrait coûte que coûte apprendre à la cacher. Il en allait de sa survie et de celle de sa famille. Jamais Dumbledore ne laisserait un élève tatoué de la Marque des Ténèbres se balader librement dans l'école. Il le renverrait. Durant un instant, il considéra le Seigneur des Ténèbres comme un peu idiot de l'avoir marqué avant de le renvoyer à Poudlard pour accomplir une mission. À moins, encore une fois, qu'il n'escompte à aucun moment sa réussite, mais plutôt s'assure par l'évidence de sa véritable allégeance son inévitable trépas, et celui de toute sa famille.

Potter avait devancé Weasley et attrapé le corps inanimé et mou de la Sang-de-Bourbe. Weasley semblait blêmir à cette vue, mais ne dit rien, le regardant plutôt faire, immobile. Potter en pinçait-il pour Granger ? Quelle bande de crasseux. Les bras et jambes ballotant, Harry la redressa entre ses bras.

Drago sentit quelque chose tirer dans son ventre à la vue de ses membres sans vie et abandonnés. Comme si elle était… morte. C'était étrange de voir sa tête retomber sur le côté, basculer sans contrôle, atonique. Sa figure luisait de sueur et son expression, grimaçante, évoquait une douleur même dans l'inconscience. Était-elle malade ? Était-ce grave ? Il aurait dû s'en moquer. D'ailleurs, il s'en moquait.

Mais au même moment, Potter sembla faiblir sur ses jambes et manquer de la laisser tomber : elle était trop lourde pour lui, bien sûr, à quoi s'était-il attendu ? Pourquoi ne pas avoir utilisé de magie, était-il stupide ? Weasley s'apprêtait à aider, interrompant une très dérangeante envie chez Drago d'aller attraper le corps de la Sang-de-Bourbe lui-même, car ils n'étaient tous les deux qu'un duo d'incapables et lui avait au moins étrenné ses muscles durant l'été, mais l'idée était absolument ridicule.

Soudain, une voix sévère retentit et vint résonner sur la voûte du plafond gothique de la classe.

— Qu'est-ce que… Par Merlin, que se passe-t-il ici ?!

McGonagall.

— Hermione s'est trouvée mal, renseigna Weasley, aussi blafard que la craie.

Le professeur de Métamorphose avança d'un pas décidé vers eux, les élèves s'écartant instinctivement sur son passage.

— Potter, Weasley, accompagnez-moi à l'infirmerie, ordonna-t-elle en jetant un sort de lévitation informulé sur le corps sans vie de la Sang-de-Bourbe.

Voilà quelqu'un qui fait marcher sa putain de tête, s'agaça coupablement Drago.

Ils quittèrent ainsi tous les quatre la pièce, et évidemment, un raffut incroyable éclata presque aussi sec. Drago tourna la tête vers Blaise et tous deux échangèrent un regard. D'un commun accord tacite, ils reprirent leurs affaires et quittèrent la salle de classe, convaincus que le cours, s'il n'était pas annulé, ne serait absolument pas productif.

Quand ils sortirent de la classe, ils virent disparaître le petit groupe de Gryffondors à la bifurcation d'un corridor et s'engagèrent dans le sens opposé, en direction de la Bibliothèque.

— Je me demande ce qu'elle a eu, murmura indifféremment Blaise, sur le ton neutre d'une triviale conversation. Une sorte de malaise, sans doute.

— Ou un empoisonnement, suggéra Drago.

Blaise le regarda aussitôt, l'air inquisiteur.

— Tu l'as empoisonnée ? S'enquit-il avec un soupçon de surprise.

— Bien sûr que non, réfuta Drago. Tu me crois stupide ou quoi ? Si je fais un peu trop de mal aux protégés de Potter et Dumbledore, c'est moi que ça met dans la merde. Je suis prudent.

Son camarade laissa échapper un reniflement de dédain.

Prudent, tu parles. Tu lui jettes un maléfice à la journée.

Certes. Mais c'était tellement facile, tellement tentant, surtout lorsqu'elle était seule. C'était de sa faute, en vérité. Avoir l'air si forte et vulnérable à la fois lui donnait forcément envie de tester ses limites.

— Rien de suffisamment grave pour justifier un renvoi, répondit-il simplement.

— N'empêche que ça n'avait pas l'air d'être rien, songea Blaise à haute voix. Tu as raison, quelqu'un a peut-être cherché à l'empoisonner.

— Ça se trouve, elle est juste malade, voilà tout, balaya Drago d'un geste ennuyé de la main. On peut parler d'autre chose ? Rien que penser à elle me dégrade l'esprit.

Blaise leva les yeux au ciel.

— Salle commune ? Demanda-t-il simplement.

— Salle commune, confirma Drago.


L'après-midi passa rapidement, tandis qu'il faisait ses devoirs. Quand sept heures du soir sonnèrent, il savait qu'il aurait dû sauter le dîner et reprendre sa lecture des livres pour l'Armoire, mais Drago en avait marre de cette journée.

Il avait déjà pris plus d'Obduro qu'il n'aurait dû et la culpabilité lui rappela pour une seconde fois aujourd'hui à quel point il n'avait nullement envie de répéter sa détestable entrevue avec Rogue le jour de la rentrée.

En effet, c'était Rogue qui avait prévu de faire rentrer le coffre sculpté contenant le restant de fioles dans Poudlard et, évidemment, ne s'était pas privé de l'ouvrir pour y observer la consommation de Drago quand il était venu le chercher au Manoir Malefoy le matin du départ du Poudlard Express.

Il avait fermé le coffre d'un coup sec et, durant une bonne vingtaine de minutes, avait monologué avec une parfaite et détestable diction, articulant chaque invective et attaque afin d'y distiller le plus de poison possible.

Avez-vous perdu la tête, Drago ?! Je croyais avoir été très clair quant à votre prudence ! Avait-il furieusement chuchoté.

Mais Drago avait tout juste repris une dose avant son arrivée et son sermon lui était passé par-dessus la tête. Sa mère les avait alors interrompus, Rogue n'avait pu finir son prêche mercuriel et avait pris congé, les laissant se faire leurs adieux dans leur intimité familiale.

Quand Rogue lui avait rendu son coffre dans son bureau de Poudlard, le dimanche 1er septembre au soir, il avait repris ses critiques et l'avait également sévèrement réprimandé quant à sa violence à l'encontre de Potter.

Vous croyez intelligent de vous faire remarquer comme ça, avant même le début des cours ?

Même si Rogue n'avait pas employé d'explicites insultes, il avait été clair à ce moment-là qu'il pensait de Drago qu'il était un fabuleux crétin. Dans tous les cas, la chauve-souris lui avait rendu son coffre sans lui répondre, et après que Drago se soit assuré que le même nombre de fioles s'y trouvait, presque déçu mais pas surpris de ne pas en trouver davantage, il avait demandé à Rogue s'il préparait une nouvelle quantité de Potions.

Ce dernier l'avait dévisagé froidement, muet comme une tombe, et Drago avait fini par quitter son bureau dans un claquement de porte, furieux d'être ainsi ignoré.

Décidément incapable de continuer à travailler, et se refusant à reprendre de l'Obduro, Drago se décida à descendre dîner quand Blaise et Théodore s'y rendirent ensemble.

Lorsqu'ils arrivèrent dans la grand-salle, il y retentissait plus de bruit que d'habitude. Visiblement, le fait qu'Hermione Granger, amie d'Harry Potter – alias, Le Survivant –, se soit évanouie en cours de Métamorphose était suffisant pour retourner le château. Mais cette petite peste était assise à la table des Gryffondors et semblait significativement plus en forme qu'au cours de l'après-midi.

Drago leva les yeux au ciel devant tant de servilité. Leurs regards, comme tant de fois depuis la rentrée, se rencontrèrent quand il s'installa sur le banc. Il se fit la réflexion qu'elle le regardait bien trop souvent ces derniers jours et que si elle continuait comme ça, il allait devoir se charger de lui expliquer à quel point elle n'en avait vraiment pas envie.

Pour autant, il balaya de son esprit la petite voix moralisatrice, sonnant encore une fois comme Potter, qui lui murmurait que s'il n'aimait pas qu'elle le regarde, il n'avait qu'à s'asseoir sur le banc d'en face.

Drago n'avait de comptes à rendre à personne, pas même à lui-même, força-t-il son esprit à se taire. Cependant, pour faire bonne mesure de cette réflexion, il se justifia malgré tout : s'il se mettait de ce côté-là du banc, c'était pour avoir son dos au mur non seulement par souci de confort, mais potentiellement aussi pour sa sécurité, car exposer son dos à l'ennemi était une erreur de débutant.

Par ailleurs, avoir la salle devant lui permettait d'observer comme bon lui semblait toute l'assistance de Poudlard, qu'il s'agisse d'élèves de sa tablée ou d'autres maisons ou même celle des professeurs.

Expirant lourdement, et se forçant à manger, mastiquant nerveusement et plus brusquement que nécessaire la pièce de bœuf dans son assiette, il s'aperçut que Blaise le regardait bizarrement. Par souci de discrétion, ce dernier lui adressa une moue inquisitrice, sans dire un mot, mais Drago hocha négativement la tête, lui signifiant qu'il était juste plongé dans ses pensées et peu enclin à s'épancher.

Il reporta son regard vers la tablée des Gryffondors et trouva la Sang-de-Bourbe en train d'adresser un ridicule sourire aux deux abrutis lui faisant face.

Plus si malade, hein ? Garce.

Avalant un grand verre d'eau qu'il reposa dans mouvement sec, il se leva et quitta la Grand-Salle sans finir son assiette, impuissant face à une certaine dose de colère qu'il éprouvait contre lui-même et qu'il ne savait s'expliquer. Comme s'il était dégoûté, déçu à l'idée enfouie et profonde de s'être inquiété.


JEUDI 5 SEPTEMBRE 1996 – Nuit – Poudlard, Écosse

Trois heures du matin, indiquait sa montre à gousset en platine à l'emblème Malefoy. Drago vint porter le bout de ses doigts à ses arcades sourcilières et se massa lascivement les paupières, essayant d'en extraire la fatigue et de stimuler de fausses larmes pour venir moiter ses yeux secs.

Il avait fini d'examiner un autre des livres et ce dernier, lui aussi, était parfaitement inutile. Venant le déposer sur la pile des livres à rendre le lendemain, Drago en prit un autre sur la pile des livres encore non-lus. Sur la quinzaine d'ouvrages, il lui en restait deux à lire.

Magicae Ars Ingeniaria était le suivant.

Il s'agissait d'un grimoire à la couverture noire ciselée d'or. Quand Drago l'ouvrit, le bruit caractéristique des vieux livres non-ouverts depuis des années bruissa dans les confins de son abri de fortune. En effet, chaque nuit, Drago tirait ses rideaux de velours épais couleur émeraude et moirés d'argent autour de son lit, puis lançait le fameux Assurdiato de Rogue pour n'être dérangé par personne durant sa lecture.

Sur la première page était réécrit le titre en calligraphie dont chaque lettre initiale des mots était élégamment cadelée d'un encre noir mais brillant en de multiples arabesques ressemblant presque à des… rouages ? Des engrenages ?

Et en sous-titre était rédigé en cursives : Artes Magicae Artifex Codex

D'autres formes que Drago ne connaissait pas ressemblant fortement… à des objets Moldus.

Drago tourna la page avec une sorte d'hésitation.

Une préface.

Les objets, par la main seule, créés,
Ne sont que bien maigre propriété.
Et de la magie la plus avancée,
Ne demeure qu'éphémère majesté.

Si dans la matière, trouve-t-on les usages,
La magie, elle, en gardera le visage,
Et par la probe ingénierie des rouages,
Permettra alors d'offrir à tous, le voyage.

À ceux qui lisent, et aux deux se préparent,
Vous apprendrez ici le langage du plus noble Art.
Oublierez les lois qui vous égarent,
Ferez-fi des préceptes et du brouillard
Créerez réceptacle et magie, qu'Un peut mouvoir,
Et dans la matière, laisserez [à jamais], votre mémoire.

Poétiquement, l'auteur anonyme semblait dire au lecteur que seraient expliqués les rudiments de la création d'objets magiques ou d'enchantement d'objets normaux ? N'est-ce pas ?

Drago avait une sorte de pressentiment, comme si la personne était… de Sang-Mêlé ? Sang-de-Bourbe ? Peut-être était-ce la façon dont était tournée la préface, comme encourageant la rencontre entre l'ingénierie et la magie.

Épuisé, et se sentant confus, Drago décida d'arrêter sa lecture. Elle semblait, même si désobligeante, quelque peu intéressante et il ne voulait rien en rater. Il reposa le livre sur la très maigre pile des livres encore non lus et s'abandonna enfin au sommeil.

Ce dernier, s'il enserrait ses membres, ne parvint pourtant pas à captiver suffisamment son esprit pour basculer dans les limbes du rêve. Coincé dans l'entre-deux hypnagogique de la somnolence agitée, Drago se sentit doucement ballotter dans un écrin de vertiges.
Il songeait à Dumbledore. Sans être immortel, Dumbledore n'était pas pour autant vincible.
Maléfice, poison, objet ensorcelé ? Tellement d'options, mais aucune ne paraissait juste, ni suffisante à tromper le sorcier agile et sagace qu'il était.

Son esprit quitta la rive frontale, s'engageant sur les eaux troubles et mouvantes de toutes autres pensées. Sur ces sombres vagues, impossible de se mentir, impossible de rester dupé. La houle appelait à la franchise et, quand il s'enfonça dans leurs profondeurs, la vérité sembla l'attirer vers les grands fonds.
Il était un Mangemort, mais il n'avait pas envie de tuer Albus Dumbledore. De toute façon, il n'était pas sûr de le pouvoir.
Il détestait Harry Potter, mais ne voulait pas prendre part à cette guerre. Même s'il souhaitait honorer son nom, il commençait à comprendre qu'il ne s'agissait que d'artifices, d'entregent et de bouche-à-oreille. Potter, Malefoy, leurs noms étaient-ils si différents ? Connus pour des raisons contraires, ils demeuraient tout de même dans tous les esprits.
Il méprisait les Sang-de-Bourbe, mais n'avait dit à personne qu'il connaissait l'adresse des parents de celle, parmi eux, qu'il haïssait le plus.

Et enfin et surtout, comme dans la transe déliquescente de ce défouloir mental, piégé entre la conscience et la mort, il vit briller dans l'obscurité la lueur hypnotique d'un illicium et de son leurre. Oui, certes, il la haïssait. Mais…

Tout le mal qu'il voulait causer à Hermione Granger avait pour égal le bien qu'il lui souhaitait.
Toute la souffrance qu'il désirait lui infliger s'entremêlait avec son désir de la voir en jouir.
Et si son trépas – souvent – il convoitait, c'était car son existence interdite et intolérable était impossible à accepter sans renier tout ce qu'il était, ce qui bien sûr le détruirait des fondations jusqu'au toit.

Là, tout au fond, les omoplates touchant enfin le sable noir et le cœur comprimé, il pesait entre sa paume gauche et la droite à la manière d'une balance les pour et les contre. Son salut ou le sien ?

Mais son salut, justement, ne dépendait-il pas d'une certaine manière de celui de cette fleur dormante, cachée dans le secret des abysses de son esprit ? Enhardi par cette aide à la décision, il cédait alors dans sa plus parfaite ignorance à la tentation d'humer son parfum. Pourtant, sa main droite s'abattait au sable, retenue par des liens vipérins. Il ne disposait pas de choix. Et le parfum, aussi subtil qu'une ombre dans la nuit, comme toujours, s'évanouit.


Le réveil fut très rude pour Drago, et ce n'était rien de le dire.

Blaise tira avec hésitation ses rideaux et Drago ouvrit les yeux, lui adressant un regard torve et résigné.

— C'est la mort, marmonna-t-il, la bouche dans l'oreiller.

Blaise hocha magnanimement la tête, grimaçant davantage.

— On commence par Potions, signala-t-il, la voix presque navrée.

Drago poussa un grognement et enfonça tout son visage dans le coussin moelleux.

— POURQUOI ?! S'exclama-t-il, la voix étouffée.

La voix de Nott se fit entendre.

— Potter ne peut pas être devenu si bon en Potions en l'espace d'un été. À moins qu'il ait eu les cours d'un spécialiste, dit-il d'une voix égale, comme s'il s'en moquait autant que cela l'intriguait.

Drago sortit de son lit et se dirigea vers la salle de bain, s'habillant rapidement.

Lorsqu'il enfilait sa robe de sorcier, il surprit Théodore en train de regarder les livres posés sur sa table de nuit, fronçant les sourcils. Quand Théodore vit qu'il était surpris en flagrant délit dans sa curiosité, il attrapa l'un des livres : celui de la veille.

— Tu sais que c'est un livre de Sang-de-Bourbe ?

Exactement ce qu'il avait supposé.

— Je m'en suis douté en lisant la première page, ouais, acquiesça Drago d'une voix irritée.

— Pourquoi est-il sur ta table de chevet, alors ? Tu vas aussi aller demander à Granger de t'aider à réviser ? Railla Théodore.

— Je t'en pose des questions, Nott ? S'agaça Drago. Mêle-toi de tes putains d'affaires.

Théodore lui adressa un regard froid.

— Ce sont mes « putains d'affaires », rétorqua-t-il. Dois-je te rappeler que nos pères sont dans le même bateau ? S'il savait ce que tu lisais avant de t'endormir, Lucius te déshériterait.

Drago esquissa un sourire glacé. Soudain, il empoignait Nott par le col et le collait au mur le plus proche. Blaise se rapprocha aussitôt d'eux, prêt à les séparer, mais Drago n'avait pas l'intention de le frapper.

— Je t'aime bien Théo, souffla-t-il, la voix cruelle. Mais si tu oses re-prononcer le prénom de mon père aussi légèrement, je te fais bouffer tes dents.

Théodore eut l'air effrayé et cela suffit à Drago pour le relâcher.

— Je n'ai pas envie qu'on se monte les uns contre les autres, lâcha-t-il d'une voix engagée. C'est juste que… Ils devraient déjà s'être évadés, alors pourquoi sont-ils toujours là-bas ? S'énerva Théodore.

Drago le regarda et soupira lui-même, songeant à Narcissa, seule dans l'immense manoir Malefoy.

— Je sais. Ça me surprend aussi, concéda Drago, tendu. Mais le Seigneur des Ténèbres est furieux. Je pense qu'il les laisse moisir là-bas pour les punir. Très sincèrement… je me dis qu'il vaut mieux ça que les avoir fait évader pour les assassiner juste après, finit-il par dire avec une certaine raideur.

Théodore hocha la tête, l'air vaincu. Drago savait que Théodore avait perdu sa mère, quelques années auparavant. Son père demeurait la seule famille qu'il lui restait, quand bien même leurs rapports n'étaient en rien chaleureux. Il l'aurait presque plaint, s'il avait eu suffisamment d'énergie pour s'inquiéter d'un autre sort que le sien et celui de sa propre famille.

— Ils finiront par sortir, et ça ira, assura finalement Drago d'une voix hautaine.

Ils restèrent plantés là tous les trois jusqu'au moment où, enfin, ils se décidèrent à préparer leurs affaires de cours. Drago s'enferma l'espace d'un instant dans la salle de bain pour discrètement boire une gorgée d'Obduro et enfouit la fiole dans sa poche de robe. Puis, ils sortirent ensemble de leur dortoir pour aller petit-déjeuner. La tension entre eux ne dura pas longtemps : ils avaient l'habitude de perdre patience les uns avec les autres, mais cela n'avait jamais mis un frein à leur collaboration. Leur amitié ?

Drago était agacé : l'Obduro ne taisait plus tout à fait ses émotions à présent et, malgré la tempête de glace rageant en son for-intérieur, il sentait nettement le lui sous potions et le lui en manque commencer à se rejoindre désagréablement.

C'était sûrement pour cette raison que, malgré une certaine indifférence et impassibilité, Drago entendait malgré tout des échos de ce que lui avait dit Théodore.

S'il savait ce que tu lisais avant de t'endormir…
Tu vas aussi aller demander à Granger de t'aider ?
Lucius te déshériterait.

Drago jeta un regard à travers la Grand-Salle et ses yeux tombèrent sur la Sang-de-Bourbe. Elle semblait discuter avec Londubat qui était absolument rubicond, rougeaud de son habituelle et ridicule timidité. La Grand-Salle était trop pleine à cette heure-ci pour jeter un Audibilis, mais ce n'était pas comme s'il en avait véritablement besoin : vu la tête de Londubat, ils devaient discuter son entremise amoureuse avec Abbott. Cela ne l'amusait pas suffisamment pour qu'il daigne écouter.

Quand vint le temps d'aller en Potions, Drago traîna pour s'y rendre. Il n'avait pas essayé d'établir un contact avec Slughorn, déjà persuadé que si Dumbledore l'avait intégré au corps professoral, il ne devait pas être pro-Mangemort. Cela le décevait d'ailleurs quelque peu, car son père lui avait de nombreuses fois dit du bien de ce professeur qui, grâce à sa manie d'établir des contacts et de réseauter, avait aidé Lucius dans sa montée politique au ministère.

Invariablement, Potter réussit sa potion, même mieux que la Sang-de-Bourbe, et obtint les félicitations de Slughorn. Granger n'avait visiblement pas appris à perdre gracieusement pendant la nuit, car elle semblait agacée et agitée à la sortie du cours, probablement furieuse de s'être encore faite doubler par Potter. À vrai dire, il partageait un peu son sentiment.

Le groupe de sixièmes années traversèrent, à quelques mètres d'intervalle, les couloirs les menant au cours de Défense contre les forces du Mal.

Ce dernier se déroula de manière satisfaisante : Drago n'avait aucun mal à suivre les consignes rigoureuses et exigeantes de Rogue pour la bonne et simple raison que son entraînement de cet été avait porté ses fruits.

La Sang-de-Bourbe lui jetait de fréquents regards suspicieux, comme surprise qu'il soit si doué pour réaliser des informulés, et s'y reprit à plusieurs fois pour réaliser un Finite incantatem digne de ce nom.

Quelle mauvaise joueuse, raillait-il en son for-intérieur, satisfait de susciter chez elle de l'agacement et peut-être même de l'envie.

Il allait lui faire payer ses douloureuses soirées d'été où, tandis qu'elle essayait probablement de séduire piteusement Weasley – cette trainée – il s'était échiné à lire et lire et s'entraîner et lire encore, la vilipendant dans ses pensées de parvenir si facilement à manier la magie alors qu'elle n'était qu'une vulgaire Sang-de-Bourbe.

Ils se rendirent ensuite en Sortilèges où, là encore, Flitwick les enjoignit à réaliser des sorts basiques en informulé. Drago, réussissant aussitôt les exercices, adressa un sourire particulièrement sournois à Granger quand elle échoua à un Faitlamalle sur ses affaires déballées sur son bureau. Après plusieurs essais, elle finit malgré tout à y arriver et, le bras en tuyau de coude, lui adressa discrètement et à nouveau un doigt d'honneur.

Elle avait visiblement pris l'habitude de lui faire ce signe injurieux et la vulgarité ne lui allait pas, se rendant ridicule quand exécutée par ses soins.

La compétition entre eux était visible aux yeux de tous, il le savait. Drago devait l'avouer, cela était très distrayant et il éprouvait un certain plaisir à maintenir le jeu. La compétition avec elle avait un goût… grisant.


Drago déjeunait avec les autres Serpentards sans écouter leur conversation, plongé dans ses pensées.

Comment tuer Dumbledore ?

Il avait tant retourné le problème dans tous les sens qu'il était désormais difficile pour lui de penser à autre chose qu'au corps sans vie de Dumbledore, une fois la tâche accomplie. La vision le hantait pour il ne savait quelle raison. Les yeux bleus et pénétrants du directeur l'avaient bien des fois transpercé durant ses années à Poudlard, l'air de sonder chez lui sa véritable nature, et les imaginer éteints lui donnait un léger tournis, comme lorsqu'il songeait à de grandes questions philosophiques.

Pour autant, il parvenait à faire fi de ses scrupules et diriger sa concentration sur les aspects pragmatiques de la tâche. Comme si cette dernière n'avait pas la moindre conséquence comme s'il s'agissait d'une énigme par lui, et pour lui-seul, qui jamais ne prendrait vie comme si tout ceci n'était qu'un rêve, un jeu, une illusion.

Le collier d'Opale avait été une option, bien sûr, mais après y avoir longuement songé, elle nécessitait de placer sous Imperium une personne au minimum, voire plusieurs. Il existait des possibilités, mais cela n'était malgré tout pas souhaitable, car bien trop risqué pour trop peu de garantie d'un résultat.

Les poisons, eux, étaient déjà plus envisageables, mais comment en faire ingérer à Dumbledore ? Ce dernier n'était pas souvent à table des professeurs, probablement trop occupé dans son bureau, ce qui n'avait rien d'étonnant. Lui offrir une boisson ? Mais comment avoir l'air chaste et ignorant en tendant un verre à un homme qu'il avait publiquement haï et méprisé depuis ses premiers jours à l'école ?

Il aurait fallu qu'un autre le lui offre… ? Ou alors…

Aller dans son bureau et mettre le poison dans l'une de ses carafes. Il devait bien avoir des rafraîchissements. Ombrage, lorsqu'elle avait été directrice de Poudlard, avait changé du tout au tout l'apparence du bureau directorial, mais demeuraient sans doute des buffets et du mobilier indiqués pour le rangement des objets et décanteurs à spiritueux ? Mais quel genre de poison ? Quel genre de poison serait indétectable et instantané ? Quel sac de nœuds.

Il ne se sentait pas plus près de trouver l'Armoire à Disparaître qui, depuis l'incident avec Montague, avait été déplacée il ne savait où. À vrai dire, il avait presque peur que Poudlard ne s'en soit débarrassée…

Mais, raisonnablement, on ne jetait pas un mobilier d'une si grande valeur. Elle avait dû être emmenée quelque part pour ne plus risquer d'accident, car il voyait mal Rusard la balancer aux ordures.

Demander à Rogue était se hasarder à lui dévoiler son plan, ce qu'il préférait éviter tant qu'il le pouvait. Il devrait donc s'infiltrer dans le bureau de Rusard d'une manière ou d'une autre afin de trouver l'endroit où ils l'avaient placée.

Drago, toujours plongé dans ses pensées, se sentit observé. Levant la tête, il surprit une nouvelle fois son regard. Vraisemblablement, la Sang-de-Bourbe ne pouvait pas passer une heure sans lui jeter un coup d'œil. Il ne savait pas ce qu'elle cherchait lorsqu'elle le regardait ainsi, mais elle devait avoir une bonne raison, car il ne se souvenait pas l'avoir vue le regarder les années passées. Cherchait-elle chez lui un signe quelconque démontrant qu'il allait causer du tort à ses précieux amis ?

Drago n'aurait aucun scrupule à aller le lui confirmer de vive voix, si toutefois il avait été sûr qu'il s'agissait là bien de la raison pour laquelle elle passait tout son temps à l'observer, à la dérobée, croyant probablement être discrète.

Peut-être cela méritait-il d'être clarifié.


Le cours de Botanique fut particulièrement ennuyeux. Chourave déblatérait à propos de plantes desquelles les sèves à cohober était les plus pertinentes pour les potions à effet rapide, et il n'écoutait que d'une oreille, préférant plutôt surveiller la Sang-de-Bourbe à son tour qui, elle, était si studieuse qu'elle ne faisait pas attention à lui. La Botanique n'était pas une matière dans laquelle il tenait particulièrement à exceller. Encore moins depuis qu'il avait vu à quel point elle plaisait à Londubat. S'il se mettait à essayer d'écraser ce raté, il aurait véritablement touché le fond.

Granger, malgré son attention au professeur, jetait parfois des regards à sa gauche, observant avec de petits sourires les échanges plutôt timides entre Londubat et Abbott.

S'il ne l'avait pas admis à haute voix, il devait pourtant lui reconnaître un talent certain d'entremise amoureuse. Cependant, elle était manifestement incapable d'appliquer ses conseils de séduction à sa situation personnelle, ce qui était tout à fait pathétique.

Soudain, elle tourna le visage vers lui. Il lui adressa un regard glacial qu'elle ne maintint pas. Ses joues s'empourprèrent quelque peu et il ne comprit pas pourquoi.

Quand ils sortirent du cours, il s'aperçut que, contrairement à Potter et Weasley, elle prenait le chemin de la Bibliothèque. Il se décida donc à la suivre, histoire d'ajouter un peu plus à son agacement.

De toute façon, se justifia-t-il en son for-intérieur, il s'y rendait aussi. En l'occurrence pour faire ses devoirs, mais également car il avait pris le livre sur l'ingénierie magique et comptait bien avancer dans sa lecture. Généralement le jeudi, la Bibliothèque n'était pas très remplie. La fin de semaine conférait aux élèves un sentiment de sécurité qui les incitait à repousser leurs devoirs.

Dans un couloir vide, il sortit la fiole d'Obduro de sa poche et en but une petite gorgée. Quand il bifurqua, il vit qu'elle était à une quarantaine de mètres devant lui et avançait avec célérité. Il ne pressa pas le pas, mais plongea ses mains dans les poches de robe de sorcier, attrapant sa baguette sans l'en sortir. D'une simple pensée, il fit apparaître un petit serpent qui, à la vitesse d'un mamba noir, sinua vers la Sang-de-Bourbe complètement inconsciente du danger. À mesure que le reptile se rapprochait d'elle, il gonflait, grandissait et, quand il eut dépassé la taille d'un gros boa, la Sang-de-Bourbe se retourna, entendant le bruissement de ses écailles contre la pierre. Étouffant un cri, elle n'eut pas le temps de sortir sa baguette que Drago tourna légèrement la sienne dans sa poche et le serpent explosa dans une bruyante détonation, répandant sur elle une énorme gerbe d'eau.

Drago ne put s'empêcher de rire sans interrompre sa marche, alors même qu'elle restait là, tétanisée et trempée des pieds à la tête.

— Malefoy ! S'exclama-t-elle avec colère. Cette fois, ça suffit ! Je vais te dénoncer auprès du professeur McGonagall, décida-t-elle avec aplomb.

Mais elle n'avait aucune contenance, aucune prestance, ainsi ruisselante.

Et lorsque Drago arriva à son niveau, il s'arrêta devant elle, pencha sa tête pour se mettre à sa hauteur, les mains toujours dans les poches et mima une expression de franche terreur.

— Oh ! Oh non ! Pas McGonagall ! Tout sauf McGonagall ! Parodia-t-il avant d'éclater d'un rire cruel.

La Sang-de-Bourbe le dévisagea, un air de furie gravé sur son visage où perlaient des gouttes constellant sa peau de petits miroirs.

— Espèce de… ! S'apprêta-t-elle à l'injurier.

Cela ne fit qu'agrandir le rictus sur les lèvres de Drago.

— Politesse, Sang-de-Bourbe. Politesse, lui susurra-t-il. Tu parles à l'un de tes supérieurs.

Ce fut à son tour de rire, d'un rire sans joie. Ce n'était pas la première fois qu'il lui sortait précisément cette phrase. Elle planta ses mains sur ses hanches, l'air revêche.

— Supérieur en quoi, exactement ? En stupidité, pour sûr !

Drago lui adressa un rictus glacé, vérifia que le couloir était toujours vide et tendit l'oreille. Personne. Tout le monde déjeunait. Il se rapprocha d'elle avec désinvolture, sa démarche n'évoquant rien de menaçant, mais elle perdit contenance et recula tout de même, et cela lui plut beaucoup.

— On dirait que tu t'es remise d'hier, signala-t-il nonchalamment, s'arrêtant un peu plus loin d'elle.

Elle rougit et croisa les bras, visiblement embarrassée par quelque chose. Son évanouissement, sans doute. Cela ne fit qu'accentuer le sourire de Drago.

— Qu'est-ce qui t'est arrivé, au juste ? Demanda-t-il sur le ton naturel d'une conversation entre amis.

— Ça ne te regarde pas ! Grinça-t-elle, couleur betterave.

— Problèmes digestifs ? Se moqua-t-il grassement.

Cette fois-ci, elle fulminait. Se détournant de lui, elle se jeta un sort de séchage et s'éloigna à grands pas en direction de la bibliothèque.

— Arrête de me suivre, cria-t-elle sans le regarder.

— Arrête de me regarder, répliqua-t-il avec acidité en s'alignant à son niveau. Tu me surveilles toute la sainte journée.

Elle s'esclaffa.

— Tu rêves, argua-t-elle en pénétrant dans la bibliothèque.

Mais ses épaules s'étaient très visiblement crispées.

Quand il entra dans la bibliothèque à son tour, il constata que cette dernière était presque vide et que le peu d'élèves présents travaillaient dans un silence religieux. Granger était assise en milieu de bibliothèque, dans un rayonnage vide. Il s'installa non loin et oublia vite sa présence, trop accaparé par ses exercices et lectures.

La nuit tomba quand il termina enfin ses devoirs et saisit le grimoire d'ingénierie, les yeux fatigués et le dos un peu trop raide.

Chapitre I – Fourbi
Chapitre II – Mobilier et logis
Chapitre III – Orfèvrerie et objets d'art

Machinalement, Drago tourna les pages jusqu'à arriver au chapitre II. Là, un sommaire s'étendait sur la page.

ÉTOFFES ET LINGE DE MAISON
Tapisseries, Tentures et Tapis
Rideaux
Vêtements

MOBILIER
Cuisine
Salon
Chambre-à-coucher
Bureau

Il était sur le point de tourner les pages à la section Mobilier afin de voir si dans cette partie à l'appellation probante faisait mention d'Armoires à Disparaître lorsqu'il se sentit très nettement épié.


JEUDI 5 SEPTEMBRE 1996 – Poudlard, Écosse

Concrètement, Drago Malefoy les avait toujours regardés avec mépris et condescendance et Hermione savait qu'elle aurait dû y être habituée. Ce n'était pas non plus la première fois qu'il leur jetait des sorts.

La seule différence, c'était que ses regards d'aujourd'hui n'avaient plus grand chose à voir avec ceux d'autrefois. Depuis la rentrée, elle le surprenait dans des œillades emplies d'une haine sans pareil et, lorsqu'il remarquait qu'elle l'avait vu, il redirigeait son attention sur elle jusqu'à ce qu'elle fléchisse. Hermione n'avait jamais cédé face à un regard de Drago Malefoy, tout du moins pas les années précédentes… Mais ce n'était plus la même chose, il lui était impossible de se voiler la face : le Serpentard était devenu quelque peu effrayant.

Il n'y avait pas que ses regards : il y avait sa tenue, sa façon de marcher, bien plus rapide qu'autrefois, bien plus fluide… Comme s'il avait tout appris des loups pendant l'été, la musculature fluette de ses épaules ayant pris un volume que seule l'activité physique pouvait engendrer.

Mais le plus curieux, au-delà de l'attitude étrange de Drago Malefoy dans son ensemble, c'était le temps qu'il passait maintenant à la Bibliothèque ou plongé dans des livres.

Des heures entières, seul, à lire et à écrire sur des parchemins qui ne semblaient jamais vouloir s'arrêter. C'était comme s'il avait subitement décidé de se noyer dans le travail… Il mettait chaque instant à profit pour le passer à la Bibliothèque ou tout du moins plongé dans les bouquins. Merlin seul savait où il disparaissait lorsqu'il n'était pas à la Bibliothèque, mais Hermione essayait déjà de résoudre l'énigme de sa présence. Certes, ils avaient une quantité astronomique de devoirs… Mais rien ne l'empêchait de les faire dans la salle commune Serpentard ou dans une salle d'étude, comme il l'avait toujours fait.

Sa vraisemblable nouvelle passion pour les cours, les études et les lectures son changement de comportement, quel qu'il soit par rapport à l'année passée et quelle que soit la nature des divergences… Rien de tout cela n'était rassurant, car cela évoquait que les lignes avaient bougé, d'une façon ou d'une autre.

Malgré son incrédulité lorsqu'Harry, Ron et elle débattaient si oui ou non il était devenu un Mangemort, elle ne pouvait désormais plus s'empêcher en son for-intérieur d'émettre des doutes quant à son enrôlement dans le cercle de Voldemort, que cela soit officieux ou officiel.

Harry ne devait pas avoir complètement tort : s'il ne s'était pas rapproché des Mangemorts alors comment expliquer un changement si radical ? C'était comme s'il était passé un gamin immature, vil et flagorneur à un homme railleur, cruel et froid.

Et comment expliquer sa visite à Barjow & Beurk en début août et la manière dont il était parvenu à faire peur au tenancier ? Il cachait quelque chose, c'était certain… Mais quoi ?
La Marque des Ténèbres, aurait répondu Harry aussi sec. Il avait suffisamment de mauvais préjugés à son encontre et elle s'était pour le moment résolue à ne pas les nourrir : ce ne serait pas constructif.

Elle gardait beaucoup pour elle… Sans doute trop.

Machinalement, elle jeta un coup d'œil à la table des Serpentards à laquelle Drago Malefoy avait autrefois tenu salon, mais désormais buvait son verre d'eau à petites gorgées en écoutant les autres. Il rit avec un soupçon de malfaisante connivence à la blague d'un de ses comparses puis, dans un sourire, revint à son verre. Ses yeux étaient vides. Il n'écoutait pas vraiment la conversation des autres.

En une seconde, comme s'il savait qu'elle le regardait, ses yeux remontèrent et flashèrent les siens, mais il détourna le regard promptement. Venait-il de fuir son regard ?

Surprise, Hermione continua à observer dans sa direction : il avait cessé de plaisanter et s'était à nouveau concentré sur les bavardages de ses condisciples… Pourtant, il semblait à Hermione qu'il ne les écoutait pas vraiment, mais que son silence et son écoute étaient les meilleurs moyens de s'assurer que leur attention était bien détournée de lui. Passèrent quelques dizaines de secondes et il reporta son regard sur elle, cette fois-ci, sans même ciller.

Bon sang de bonsoir.

Son cœur manqua de lâcher. Son idée était diablement en train de se confirmer.

La façon dont il plongeait ses yeux dans les siens lui glaçait le sang. Il y avait à l'intérieur de cette œillade tant de promesses de malveillance qu'elle sentit nettement une sueur froide faire remonter un frisson le long de son échine. Elle qui initialement avait cru qu'il avait en quelque sorte fui son regard : ce n'était pas ça du tout. Stratège, il avait simplement rendu leur échange plus discret aux yeux des autres. Pour quelle raison ? Elle n'en avait pas la moindre idée, mais la raison ne pouvait tout simplement pas être bonne. C'était Malefoy, après tout.

C'est elle qui finit par dévier les yeux, circonspecte comme si elle venait de découvrir un nouveau chapitre dans l'Histoire de Poudlard. Lorsqu'elle remonta ses prunelles vers lui, c'était comme si rien ne s'était passé, il plaisantait à nouveau avec ses camarades. Mais après tout, s'était-il vraiment passé quoi que ce soit, au juste ? Pas du tout.

Cela n'empêcha pas Hermione d'y resonger lorsqu'elle se glissa dans la Bibliothèque, plus tard dans l'après-midi.

Quelque chose clochait avec lui. Elle ne comptait plus le nombre de regards qu'ils échangeaient : et leurs œillades commençaient toujours de la même façon, par provocation, pour s'en finir dans le froid et le mal.

Ses yeux glissaient sans cesse vers le bras où elle cherchait la preuve, sans évidemment pouvoir en attester la présence sous le tissu blanc opaque de sa chemise d'étudiant, de la trace de la Marque des Ténèbres.

Drago Malefoy, seize ans, un Mangemort ?

C'était une ridicule allégation.

Après l'affreux tour qu'il lui avait joué en fin de matinée, Hermione se décida de ne plus être qu'une spectatrice muette du jeu de Malefoy. Elle avait pris la décision de le surveiller, à commencer par la bibliothèque.

Cela n'avait rien de compliqué pour elle, dans le sens où elle avait passé son entière scolarité dans le lieu qu'il ne fréquentait assidûment que depuis cette année. Sa présence était des plus légitimes, il n'aurait pu oser dire le contraire, lui qui l'avait tant brimée à ce sujet. Quand elle le pourrait, autrement dit assez rarement elle en était sûre, elle essayerait d'indexer les ouvrages qu'il lisait, compterait visuellement à quel niveau il s'arrêtait pour retrouver approximativement les pages qu'il prenait en notes. Pour l'instant elle ne trouvait dans son observation rien de probant. Il avait l'air… de faire ses devoirs ?

Rate de bibliothèque.

La voix froide de Drago résonnait parfois dans sa tête lorsqu'elle le regardait un peu trop longtemps. Rate de bibliothèque, voilà une insulte qu'il ne lui avait pas adressée depuis des mois.

Mais l'insulte avait du vrai : dans la bibliothèque, elle passait inaperçue, elle le savait, et n'avait de comptes à rendre à personne, car elle ne changeait pas de comportement. Peut-être était-elle davantage perdue dans ses pensées, mais qui aurait pu faire la différence ? Cependant, il la soupçonnait déjà de le regarder bien souvent… Il lui en avait fait réflexion le matin-même, lors de leur détestable altercation. Pourtant de ce qu'elle pouvait dire, il n'avait rien remarqué à son présent manège dans la Bibliothèque.

Hermione prenait alors tout son temps pour replacer les ouvrages dont elle avait fait usage durant son étude et mettait à profit sa tâche pour observer Drago Malefoy au-dessus de la rangée des livres.

Il était comme d'habitude ni totalement droit, ni vraiment avachi contre le dossier de sa chaise, le dos du livre reposant sur la tranche de la table et l'armature coincée sur ses genoux. Il lisait nonchalamment, grattant quelques mots sur une liasse de parchemins encore lisses. Hermione plissa les yeux pour essayer de lire le titre du livre, mais rien n'y faisait : elle ne parvenait pas à déchiffrer à cette distance. Résolue à abandonner, elle releva les yeux.

Son sang se glaça dans ses veines lorsqu'elle s'aperçut qu'il la regardait.

Elle aurait voulu baisser le regard, s'en aller, fuir l'endroit à toutes jambes et faire comme si tout cela n'était que le résultat d'un accident, mais son corps refusa de bouger. Avec la lenteur du diable, il se redressa sur sa chaise et fit glisser le livre le long de la tranche de la table de bois brut jusqu'à ce qu'il soit posé sur le plateau. Et puis, toujours aussi doucement, et désespérément silencieusement, il quitta sa chaise. Le cœur d'Hermione battait à tout rompre et elle avait beau se marteler de quitter les lieux, cela lui était impossible tant elle était paralysée.

Malefoy disparut derrière le rayonnage et Hermione put enfin respirer. Le fait de ne plus l'avoir sous les yeux la sortit de sa tétanie terrible. Prête à ne prendre aucun risque de tomber sur lui à nouveau, elle se décida à quitter la bibliothèque dans l'autre sens.

C'est en se retournant qu'elle comprit qu'elle n'aurait pas cette chance. Il était là, devant elle, la toisant sans la moindre expression.

Avec douceur, il pencha la tête sur le côté et laissa un petit sourire poli et parfaitement faux investir ses lèvres.

— On cherche quelque chose ?

— Non, répondit-elle sans se formaliser de sa gorge un peu sèche.

Elle ne put s'empêcher d'ajouter quelque chose, trop nerveuse pour rester silencieuse.

— Et puis, si je cherchais quelque chose ici, ce n'est certainement pas toi qui pourrais m'aider à trouver.

Il laissa échapper un sifflement amusé et feignit talentueusement d'être impressionné par ce qu'elle venait de lui dire.

Qui sait, susurra-t-il narquoisement, une lueur sagace dans le regard, comme si elle venait de lui faire penser à quelque chose de très drôle.

Hermione, exploitant sans vergogne le sang-froid acquis durant les années précédentes, le contourna, le dépassa et s'apprêta à quitter les lieux.

— Pour la dernière fois, si je te reprends à me surveiller, Granger… J'enverrais tes yeux à tes parents, signala-t-il d'une voix très calme et sans affect, comme s'il disait bonsoir à un inconnu.

La tranquillité de son intonation et la violence de ses mots se contrariaient horriblement et Hermione eut l'impression qu'il lui avait asséné un coup dans l'estomac. Cela lui refaisait penser à leur altercation chez Madame Guipure, avant la rentrée ou celle dans le couloir lorsqu'ils attendaient d'entrer en classe de Runes. Ses mots contredisaient son ton et la menace était double : il était en mesure de lui faire du mal – en l'occurrence la modeste torture d'énucléation oculaire – et prétendait savoir où se trouvaient ses parents – pour leur envoyer les résultats de ses méfaits.

Bien sûr, elle aurait aimé ne pas prendre sa sentence au sérieux et simplement continuer de marcher, mais ses mots l'avaient profondément choquée.

Quand elle osa enfin se retourner vers lui, il n'était plus là.