Merci à Acide'nette, drou, woody16, ilybryrytwitter, Sarah, Loufoca-Granger, lunamoon16, Cesium Spring pour leurs reviews
TW : grossophobie ordinaire et intériorisée dans le chapitre
Why should I welcome your domination?
Why should I listen to explanations?
I'm not pretending to make it simple,
Try to be something experimental.
[...]
No longer waiting, remove illusions.
No more complaining, forget confusion.
No more compassion, not sentimental.
I am now something experimental.
You don't turn me off, I will never fail.
Things I loved before, are now for sale.
Keep yourself away, far away from me.
I'll forever stay your perfect enemy.
Perfect Enemy – t.A.T.u.
Chapitre 5 – Perfect enemy
JEUDI 5 SEPTEMBRE 1996 – Tard le soir – Poudlard, Écosse
Hermione jeta un coup d'œil à sa montre : elle prenait du retard sur sa ronde. Cela semblait devenir une habitude et ce dès la première semaine, s'admonesta-t-elle mentalement.
Il faisait vraiment froid dans les couloirs, à cette heure-ci… La pénombre ne réchauffait pas la pierre et elle aurait presque pu jurer voir de la buée lui sortir de la bouche, si toutefois elle avait eu suffisamment de lumière pour s'en assurer. Les torches s'étaient éteintes dans les couloirs il y avait de ça quelques minutes. Évidemment, si elle n'avait pas été stupide, elle aurait pu s'accompagner d'un utile Lumos, mais le sort en avait décidé autrement.
Elle regrettait amèrement d'avoir laissé sa baguette sur l'une des tables de la salle commune de Gryffondor où Harry et Ron discutaient au lieu de travailler. Elle avait été trop distraite : les cours, les devoirs, les amours… les menaces. Hermione savait qu'elle devrait en parler à Ron et Harry à un moment où à un autre, mais ce soir-là, après le dîner, elle n'y était pas parvenue. Le sujet ne lui était pas venu naturellement, et elle… Elle avait été tête-en-l'air, plongée dans ses pensées et avait oublié sa baguette. Cela n'arrivait pas aux sorciers d'habitude et encore moins à elle, d'autant plus en temps de guerre…
Mais c'était arrivé, d'abord et surtout, à cause de lui, car passaient en boucle dans sa tête ses propos tenus à la Bibliothèque. Il avait dit savoir où se trouvaient ses parents. Cette allégation était grave. Et tellement bizarre. Il était tellement bizarre.
À présent, Hermione blâmait son flegme, engendreur de sa résignation et son renoncement à aller chercher cette satanée baguette lorsqu'elle s'était rendue compte de son absence, déjà trop loin de la salle commune et la ronde commencée depuis suffisamment longtemps pour qu'elle réussisse à se convaincre qu'elle n'en aurait de toute façon pas besoin.
La plupart des tableaux dormaient et berçaient d'ailleurs sa marche par des ronflements doux ou des respirations lentes. Malgré sa très bonne connaissance de la bâtisse, elle avait bien du mal à se repérer dans le noir et manqua à plusieurs reprises de rater des coins de couloirs, jusqu'à heurter ses orteils ou ses épaules à des pans de murs glacés. L'idée que l'on puisse la surprendre dans sa ronde avec un tel retard n'était vraiment pas rassurante, mais elle n'avait aucunement envie de retourner à sa chambrée avec les interminables discussions de Parvati et Lavande jusqu'à une heure avancée de la nuit. D'autant plus qu'elles faisaient des messes-basses qu'Hermione soupçonnait être au sujet de Ron. Si d'ordinaire, les bavardages de ses camarades de chambre parvenaient souvent à l'aider à s'endormir, ce n'était pas le cas ces derniers temps.
Elle progressait assez lentement dans les corridors lorsque, soudainement, un léger bruit se fit entendre. Par réflexe, elle glissa sa main dans la poche béante de sa robe, y cherchant une baguette imaginaire. Le vide sous ses doigts ne fit qu'accélérer les battements de son cœur : c'était forcément un professeur ou l'un des préfets. Pas un fantôme, elle aurait vu de la clarté… Et le son n'avait pas eu l'air de venir de l'un des tableaux.
Dans les ténèbres, une autre sorte d'ombre cherchait à s'abscondre, elle le sentait. Alarmée, sans doute plus qu'elle n'aurait dû l'être, Hermione tenta de redresser ses épaules pour se donner plus de carrure, au cas où elle ait besoin de faire preuve d'autorité avec des élèves en dehors de leur dortoir après le couvre-feu. Mais elle-même était assujettie à ce fameux couvre-feu. Sa ronde aurait déjà dû se finir depuis une vingtaine de minutes. Roulant ses cervicales dans toutes les directions, cherchant dans le noir des mirages de lumière, Hermione écoutait le silence. D'aucuns auraient pu se moquer d'elle, lui dire qu'elle aurait dû se sentir prête pour une telle incidence : elle était après tout une Gryffondor et, qui plus est, chevronnée en matière de mauvaises rencontres.
Mais pourtant, à mesure que les secondes s'écoulaient dans la pénombre et un complet silence, une panique insidieuse venait se distiller, goutte par goutte, dans chacun de ses membres.
« Je vous demande instamment de respecter les restrictions qui pourraient vous être imposées pour des raisons de sécurité, aussi détestables qu'elles vous paraissent – en particulier l'interdiction de vous trouver ailleurs que dans votre lit en dehors des heures autorisées. »
Les propos de Dumbledore lors de son discours de la rentrée résonnaient en échos effrayants dans son crâne.
Elle chancelait presque, dans cette obscurité vertigineuse, les mains tendues devant elle comme de peur d'heurter un mur. C'était à la fois le néant et la claustration. Et soudain, quelque chose la frappa en plein cœur : une révélation.
Sans baguette, sans magie, Hermione n'était rien.
Bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'Hermione songeait à pareille idée. Mais elle ne s'était jamais enracinée en elle comme elle le faisait à présent. Comme une mauvaise herbe, prolifique et d'aspect malade, elle se retrouvait enserrée dans un piège d'angoisse et de… détestation d'elle-même ?
Cette réflexion acheva de délester ses poumons d'oxygène, car elle prenait conscience par à-coups mentaux d'une sorte de morbide, inopportune, et des plus malvenues épiphanies : celle d'un mépris d'elle-même, de sa propre personne, rattachée à la notion d'être sorcière ou non.
De pouvoir faire de la magie, ou non.
Bon sang, était-elle de la même trempe que les Sangs-Pur qui la discriminaient ? Elle n'aurait pas dû se sentir gibier dans son école, mais une élève, qu'elle ait avec elle sa baguette ou pas. Ces considérations, particulièrement décousues, n'aidaient vraiment pas son pouls à décélérer, bien au contraire. En elle grandissait une vague d'angoisse qui, elle le sentait, menaçait de plus en plus de la submerger.
Au bout de ses pieds congelés, elle sentit ses orteils se recroqueviller, comme pour endiguer toute la nervosité que contenaient ses jambes. Ses muscles étaient tendus à outrance et elle était prête à décamper au moindre signe d'une présence étrangère.
Pas stupide, elle n'ouvrit pas la bouche pour demander s'il y avait quelqu'un : il n'aurait plus manqué qu'elle fasse perdre des points aux Gryffondors… Non, il valait mieux qu'elle recule avec toute la discrétion dont mère nature lui avait fait don et s'éclipse jusqu'à retrouver la pâleur des corridors du haut, ces derniers éclairés par les candélabres aux branches entortillées accrochés aux murs.
Un nouveau bruit se fit entendre et ce fut le signal de départ : Hermione détala dans le sens inverse vers sa salle commune. Elle ne se retourna évidemment pas, mais cela ne l'empêcha pas d'entendre un petit rire résonner dans la haute voûte du corridor. Cela ne fit que redoubler sa vitesse et, quelques minutes plus tard, elle avait regagné sa salle, le cœur chamboulé, la main posée sur sa poitrine dans une tentative désespérée d'en calmer les battements.
La salle commune était pratiquement vide et personne ne fit attention à elle lorsqu'elle la traversa pour récupérer ses livres et, entre les pages d'un grimoire mauve, sa précieuse baguette magique. Une fois les affaires sous le bras, elle quitta la salle commune et rejoignit le dortoir, le cœur toujours frénétique dans sa rapidité.
Qui était dans les couloirs à une heure pareille ? Qui était l'auteur de ce petit rire ?
Cela sonnait affreusement comme Malefoy.
VENDREDI 6 SEPTEMBRE – Poudlard, Écosse
La semaine, enfin, daignait se terminer. Hermione avait rarement connu plus difficile rentrée. Elle eut même du mal à se lever, quand bien même les cours de la matinée promettaient d'être aussi agréables qu'intéressants.
Elle quitta son lit, s'étirant un peu, et trouva dans ses muscles une tension inhabituelle. La crispation de la veille avait dû s'inscrire dans ses membres durant la nuit dont elle n'avait pour souvenirs que des petits rires et regards glacés.
Hermione piqua du nez dans son porridge durant tout le petit-déjeuner, à la fois éreintée et se refusant à regarder Malefoy après sa menace de la veille. Elle avait passé un mauvais après-midi, une terrifiante soirée, une horrible nuit et cela ne semblait pas vouloir s'arranger. La semaine dans son ensemble avait été pourrie. L'épisode de la ronde d'hier lui tournait amèrement dans la tête, à la manière d'une bile retorse dans un ventre nauséeux. À bout de nerfs, elle expira lourdement et se leva, le cœur battant désagréablement vite.
J'ai besoin d'air.
Quand elle quitta la table, sans vraiment savoir ce qu'elle faisait ni même où elle allait, se laissant guider par ses pieds dans les très longs et biscornus corridors de Poudlard, elle essaya de se rasséréner en son for intérieur.
La matinée commençait par Botanique.
Ce cours était apaisant et elle aurait en prime le loisir d'observer les progrès de la relation entre Neville et Hannah, ce qui, elle devait l'avouer, l'intéressait plus que de raison. Hermione, dans le propre de son caractère pragmatique et raisonnable, savait qu'elle projetait sans doute sur eux une partie de son propre désir d'avoir une relation amoureuse… Mais qu'y pouvait-elle ? Si elle ne pouvait vivre la romance que par procuration, elle s'assurerait que cette dernière se déroule sans encombre.
Quand elle pénétra dans les serres qui, d'habitude, la dépaysaient promptement, elle se sentit simplement maudite. Les yeux rivés au sol, elle sentit un regard glacé s'étrécir dans sa direction, presque comme si elle pouvait voir par le biais d'un troisième œil. Ils étaient seuls.
Que fabriquait-il ici ?
Déstabilisée, et ce n'était rien de le dire, elle voyagea de divagations en divagations, tantôt courageuses et volontaires, tantôt apeurées et résignées. De toutes les personnes desquelles elle aurait pu se trouver en compagnie, il avait bien sûr fallu qu'il s'agisse de lui. Le destin, depuis cette fichue rentrée, aimait à se jouer d'elle et moquer son aplomb.
Râlant intérieurement, elle se dirigea là où Neville lui avait montré les plantes la fois dernière. Ce dernier arriverait sans doute bientôt, lui aussi. Des plantes familières émanaient différentes fragrances, terreuses, argileuses et siliceuses d'autres parfums, plus lourds et sucrés, diffusaient dans l'air des spores presque visibles et iridescentes.
Quand elle entendit des pas se rapprocher derrière elle, Hermione ne put retenir ses yeux de se lever au ciel. Môsieur l'Odieux en personne lui faisait grâce de sa très précieuse présence, quelle chance inouïe.
— Tu viens à nouveau pour me menacer ? S'enquit-elle à mi-voix, les yeux toujours fixés droit devant elle, sur les plantes débordant des étals qui bordaient la serre.
Il ne répondit pas, l'enjoignant probablement à se retourner si elle souhaitait s'adresser à lui, car il ne supporterait pas l'impudence de devoir répondre à son dos. La vérité, cependant, c'était qu'elle ne souhaitait précisément pas s'adresser à lui. Elle ne se retourna donc pas et l'ignora purement et simplement.
— Je vois que tu prends mon ordre à la lettre, s'amusa-t-il.
Visiblement, il interprétait son insolence à refuser de le regarder comme de la peur. Croyait-il vraiment qu'elle s'effrayait à l'idée de s'attirer ses foudres ? Cette fois-ci, elle se retourna vers lui, incapable de se laisser marcher sur les pieds plus longtemps. Ils étaient dans une salle de classe. Les élèves étaient probablement sur le point d'arriver. Que pouvait-il se produire de si effrayant ? Rien. En plus, c'était lui qui venait la provoquer.
D'après ce qu'elle connaissait de Malefoy, il n'hésitait pas à mentir, et ses menaces, bien qu'effroyablement précises, n'étaient pas pour autant si facilement réalisables. Elle savait, sans en connaître les détails pratiques, que l'Ordre du Phénix veillait sur sa famille. Ce n'était pas parce qu'il prétendait connaître leur adresse qu'elle se devait de mordre bêtement à l'hameçon et de devenir son jouet, car elle savait pertinemment que si elle cédait une fois à son chantage, elle deviendrait prisonnière à jamais de son consentement.
Car même si, évidemment, à consentement donné, consentement pouvait être repris, Malefoy ne l'entendrait pas ainsi.
Il n'était pas difficile de voir à travers son insupportable prisme de Sang-Pur pourri gâté et malfaisant. C'est pourquoi elle se décida à refuser de céder un centimètre de terrain supplémentaire. Il était tout à fait plausible qu'il ait menti, qu'il ne sache rien à propos de sa famille.
Hermione se contenta donc de le fixer, les bras croisés, dans une posture franche de scepticisme et de défiance. Il ne cligna pas des yeux, la transperçant de son regard froid habituel, auréolé d'un sourire narquois.
— Tu n'oses plus m'observer à la dérobée, élabora Malefoy.
Hermione s'esclaffa d'un rire sans joie. Malgré tout, une pierre sembla comme tomber dans son estomac. Il avait remarqué.
— Tu délires, mon pauvre. Tu crois que je t'espionne ? La seule chose que je fais, c'est d'assurer mes arrières. Je suis navrée d'être la première à te l'annoncer, s'escrima-t-elle à faire passer le plus d'acidité et de revanche dans son ton. Mais tu n'es pas exactement la personne la moins dangereuse pour moi dans cette école. J'oserais même dire que se retrouver seule avec toi dans cette pièce en inquièterait plus d'un.
Ne se défendait-elle pas avec trop de zèle pour une innocente ? Il ne sembla pas s'en affliger.
— Et pourtant tu es là. Précieux Potter, et Weasmoche en frémiraient sûrement d'horreur s'ils le savaient, s'amusa-t-il avec cruauté. Pourtant, aucun des deux n'a tenté de m'attaquer ce matin. J'en déduis donc que tu n'as pas mentionné notre… entrevue à la Bibliothèque ?
Hermione fit la grimace sans pouvoir s'en empêcher. Il lisait bien trop facilement les situations et leurs déroulements. Non, elle n'avait pas confié à Ron et Harry sa menace vis-à-vis de ses observations, ni de la connaissance de l'adresse de ses parents. Elle n'en avait pas eu ni le temps, ni l'énergie… Ni même le désir.
— Je vois, continua Malefoy, le sourire toujours plus sournois, si cela était encore possible. Je suis sûr que tu dois avoir tes raisons.
Elle se détourna de lui quelque peu, obliquant ses yeux pour regarder l'une des portes de sortie verrées de la serre. Derrière les vitres sales de la porte plein cintre en anse de panier, d'autres plantes et fougères semblaient en fouillis. Elle s'avança vers la porte, essayant de plonger son regard à l'intérieur de la pièce : y avait-il des plantes dangereuses, là-dedans ? Pouvait-elle essayer d'y fuir au cas où Malefoy ne recommence ses incivilités à coup d'informulés ?
Il la suivait du regard, manifestement amusé par son étrange conduite, et fit lui-même mine de se rapprocher d'un pas, afin de voir ce qu'elle observait avec tant d'attention au point de s'obstiner à lui tourner le dos.
— Qu'est-ce que tu veux, de toute façon ? Marmonna-t-elle à voix basse, plissant les yeux pour reconnaître les plantes.
Mais Malefoy n'eut pas le temps de répondre que Neville et Hannah Abbot pénétraient dans la pièce. Hermione, aussitôt, tourna la tête vers eux. Ils avaient l'air de discuter avec une certaine animation du pédoncule d'une plante quelconque. Les deux semblaient avoir une alchimie toute particulière. Quand les deux s'aperçurent qu'ils n'étaient pas seuls, et pire encore, qu'Hermione se trouvait en l'infortunée compagnie de Malefoy, ils réagirent promptement et s'approchèrent à grands-pas.
— Salut Hermione, l'interpella Hannah.
— L'ancienne papillonneraie vous intéresse ? Invita nerveusement Neville, faisant allusion à la serre dont Hermione s'était rapprochée, davantage pour meubler la conversation que par réelle curiosité.
— Papillon-quoi ?, grinça Malefoy d'une voix trainante.
— Une volière. Une ancienne volière à papillons magiques. La nouvelle volière est de l'autre côté des serres à plantes vivaces, indiqua-t-il en montrant de son pouce par-dessus son épaule une autre porte au bout de la pièce.
Malefoy eut un renâclement de mépris et abandonna le groupe, sans un autre regard.
— Quel sale type, murmura Hannah d'une voix sombre.
Hermione et Neville acquiescèrent silencieusement.
Les cours de matinée défilèrent plutôt rapidement et Hermione commençait à voir la limite de ses facilités pour les sorts informulés. Elle savait qu'elle devrait bientôt s'entraîner véhément en-dehors des cours, et cette idée lui était fortement déplaisante car elle constatait que Malefoy, lui, n'éprouvait de toute évidence aucune difficulté de cette nature. Au vu des regards des autres élèves, sa nouvelle réputation, au-delà de fils de Mangemort avéré, et de trouble-fête en chef, était maître incontestable des sorts non-verbaux.
L'impression, si elle n'était que fugace dans la matinée, vint se corroborer durant le cours de Défense contre les forces du mal de l'après-midi, où Rogue accorda pas moins d'une vingtaine de points à Serpentard pour les réussites de Malefoy.
C'est de mauvaise humeur qu'Hermione se rendit à la bibliothèque à la fin du cours, alors même qu'Harry et Ron avaient décidé de s'accorder une balade dans le parc. L'idée que Drago Malefoy soit plus doué qu'elle en cours était révoltante, et proprement inacceptable.
Pour la semaine suivante, ils avaient un nombre conséquent de devoirs. Quelle que soit la matière, des essais à rendre, des exercices à faire et des lectures à commenter. Hermione s'abîma dans le travail jusqu'à la fermeture de la bibliothèque, agacée lorsque Madame Pince l'en sortit. Elle avait raté le dîner, bien sûr, et s'était encore une fois mise en retard sur sa ronde, ce qui était arrivé plusieurs fois dans la semaine.
Rentrant en salle commune après ses devoirs de préfète accomplis, elle s'attabla pour continuer à faire ses devoirs, plus stressée que véritablement motivée. Il était très tard quand elle rangea enfin ses parchemins et ses plumes. Il ne restait plus personne dans la pièce, et le feu était en train de s'éteindre.
Épuisée, et les yeux secs, elle perdit un moment son regard dans les braises de l'âtre.
Elle songeait à nouveau à Ron, à Lavande, à Harry et Ginny… À Hagrid, qu'ils devraient tôt ou tard aller voir, car il ne se présentait même plus à la table des professeurs et semblait ignorer leurs salutations lorsqu'ils le croisaient. Elle pensait aux aspics, et aux disparitions aux articles de la Gazette du Sorcier aux rumeurs qui courraient dans la bâtisse, à propos de parents qui changeaient d'avis et souhaitaient que leurs enfants rentrent à la maison à la présence de Dumbledore qui, tout comme celle d'Hagrid, manquait souvent à la table des professeurs, ce qui n'était jamais arrivé les années précédentes au rendez-vous d'Harry avec le directeur le lendemain soir, et à sa main noire de suie, décharnée et paraissant en pleine décomposition.
Son esprit tourmenté vogua peu à peu vers les figures souriantes de Neville et d'Hannah, dans une fin d'après-midi dorée de la serre des sixièmes années. Elle voyait les amas de plantes, enchevêtrées les unes aux autres et pouvait presque sentir l'amer mais agréable mélange des parfums de terre, de pluie et de fleurs odoriférantes. Les rayons filtraient, luisant sur les particules et les spores, faisant briller la pièce, rendant presque opalins certains pétales et feuillages. Quelques nuages de petits moucherons nacrés volaient paresseusement autour des pistils. Quelques spathes et corolles renvoyaient même sur les vitres des taches d'arc-en-ciel. Çà et là, sur des roses magiques, des cétoines s'affairaient et elle entendait presque le frottement fouillis de leurs pattes grimper sur les tiges.
Mais soudain, ce n'était plus eux. C'était eux, mais avec d'autres visages. C'était elle et Ron. Ils parlaient Botanique et inflorescence, conversation déjetée et pourtant rendue naturelle dans les virevoltes fragrantes du rêve. Leurs regards, magnétiques, transmettaient dans chaque battement plus de notes et d'intentions que leurs propos. Bientôt même, les mots n'eurent plus aucun sens. Le babillage, évoquant de sourds cris d'oiseaux marins, se tenait au loin et ne pouvait détourner l'attention d'Hermione de ces yeux si profonds mais douteurs.
Basculant dans l'uvée bleue et en reconnaissant presque les stries, Hermione accepta l'égarement et remit son esprit à l'errance. Vagabonde, elle pouvait lire des lettres et des mots dans les hectares de mer azurée, séparée par des canyons de cobalt ressemblant à la timidité sommitale d'arbres en cristal bleu. La canopée, couleur minuit, brûlait et se chamarrait d'idées dissemblables et c'était comme être en proue d'un navire, ballottée.
L'océan devint bientôt noir et le ciel perdit ses étoiles : elle voguait au hasard, sans Nord ni repère, puis l'eau devint métal, piégeant le bateau en le sertissant à la manière d'une pierre précieuse dans le platine.
Lisse, polie, l'étendue miroir renvoyait à Hermione son reflet lorsqu'elle se penchait sur le bastingage et, quand elle tomba en avant, elle s'enfonça dans l'aquosité mercure sans un bruit. Une fois à brasser sous la surface du liquide, il n'y avait plus rien à voir, comme à nager dans l'opacité d'un lait d'argent. Soudain, pourtant, des zébrures noires vinrent cisailler les murs de la pièce, autant d'éclairs dans un ciel d'orage.
Au centre, Hermione regardait autour en tournant sur elle-même, affolée par la vitesse à laquelle les éclairs d'obscurité envahissaient les plans et les angles, jusqu'à ce que gris ne disparaisse dans la pénombre la plus totale.
Et un rire retentit.
Je n'ai pas le droit. Je ne mérite pas. Je ne mérite rien. Je ne suis rien. Je ne suis pas. Nous n'avons pas de nom. Nous n'existons pas.
SAMEDI 7 SEPTEMBRE – Poudlard, Écosse
De ces matins où l'aube vous éveille et vous anime l'esprit. Vives, les pensées filent et défilent, s'enchaînent et cascadent, vous bercent et vous délassent, renquillant une excitation qui ne peut vous rendormir. La paix dure peu de temps. Juste un instant où votre regard balbutie vos iris vers le bouquet de gypsophile sélénienne conjuré l'avant-veille, repensant à Neville et Hannah, et songeant à combien l'on voudrait soi-même se voir offrir des fleurs par un soupirant.
Hermione s'était réveillée dans la nuit, le froid aux jambes et la bave aux lèvres, et avait réalisé qu'elle demeurait encore dans la salle commune. Se glissant entre ses draps sans prendre garde à sa tenue, ni même à se brosser les dents, elle s'était rendormie aussitôt. Étonnamment fraîche, elle quitta son lit et s'engouffra dans la salle de bain, bien décidée à prendre son temps sous la douche. Se lavant longuement les cheveux, massant son cuir chevelu avec un shampoing au parfum floral, elle marmottait les paroles d'une vieille chanson de rock dont elle avait oublié la moitié des couplets. L'eau vivifiait son visage et elle resta longtemps à se tamponner les joues et les arcades sourcilières, creusant dans sa peau des stries pour défatiguer ses muscles faciaux.
Une fois sa toilette finie, et d'humeur assez joviale, elle enfila un jean, observant avec une pointe de mécontentement qu'elle se sentait particulièrement serrée dedans – surtout au moment de fermer le bouton – et qu'elle devrait surveiller avec plus d'attention ce qu'elle mangeait. Vêtue d'un chandail à col roulé couleur grenat, elle passa ses mains sous sa nuque pour défaire ses cheveux trempés du vêtement et les sécha négligemment d'un sort de souffle chaud.
Face au miroir, elle reconnut les traits familiers de son visage, mais remarqua aussi la courbe plus large de ses hanches et la rondeur quelque plus prononcée de ses joues. Était-ce un soupçon de double-menton qu'elle s'apercevait ?
Bon sang. Il ne manquait plus que ça.
Ce chandail n'était-il pas en train de la boudiner ? Elle avait l'affreuse impression qu'il la moulait d'une fâcheuse manière, accentuant les formes de sa silhouette d'une façon peu flatteuse.
Hermione jura à voix basse et inspira pleinement.
Et alors ? Elle avait bien le droit de prendre ses aises, bon sang de bonsoir. Elle avait peut-être abusé sur les repas des derniers jours, mais il fallait voir les devoirs qu'elle avait à faire ! Un cerveau comme le sien avait besoin d'énergie. Elle espérait juste que Ron ne la trouverait pas… mal à son goût ?
Ridicule ! Pesta une voix moralisatrice. Il pouvait bien penser ce qu'il voulait. De toute façon, elle n'avait pas envie d'être avec quelqu'un pour qui les apparences étaient la seule chose qui comptait.
Mais les apparences comptent, n'est-ce-pas ? Se désespéra une voix plaintive, repensant aux pulpeuses formes de Lavande et à sa jolie figure.
Hermione s'essaya à stopper son fil de pensées et préféra mettre une noix de crème dans ses mains afin d'hydrater son visage pour la journée. Sa peau avait sinon tendance à affreusement tirer.
Peignant nonchalamment ses cheveux – autant qu'il l'était possible – et se décidant à, une fois n'était pas coutume, rassembler les mèches du haut de son crâne derrière sa tête pour ne pas être gênée, elle fit un nœud basique avec et scella magiquement ce dernier comme elle avait de nombreuses fois vu Parvati faire.
Enfin, elle quitta la salle de bain et descendit pour petit-déjeuner.
La grand-salle était vide. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait.
Ce n'était d'ailleurs pas du tout un problème, car Hermione avait pris avec elle le livre de Molly Weasley sur les blessures mineures et se plongea dedans en se servant une grande tasse de thé noir.
Ecchymose de taille moyenne
Pour soigner une ecchymose de taille moyenne, se munir de :
– Beurre de noix gluante (facultatif)
– Glaçons
Appliquer une noisette de beurre de noix gluante sur toute la surface de l'ecchymose (facultatif : pour renforcer l'action du froid)
Léviter un glaçon et l'apposer contre l'ecchymose.
Un tour de poignet en sens antihoraire, et prononcer « Tractatus ».
Le glaçon se fond dans la peau et fait disparaître l'ecchymose.
Répéter l'opération autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que la couleur de peau redevienne unie et la douleur disparaisse.
Quelqu'un s'assit devant elle. Elle leva les yeux.
Drago Malefoy.
— Salut, saleté, révéra-t-il avec son impolitesse coutumière.
— Bonjour, Mangemort, répliqua-t-elle en rabattant ses yeux sur son livre.
Dans le vide de la pièce, il ne sembla pas s'offusquer de l'appellation. En fait, il ne parût pas s'en soucier le moins du monde. Hermione rejeta à nouveau mentalement l'idée qu'il puisse ne pas être blessé par ce mot précisément car il ne le voyait pas comme une insulte, ce qui ne faisait qu'ajouter de la vraisemblance de son possible enrôlement.
— Une raison particulière de me gracier de ta présence ? Interrogea-t-elle en continuant à lire, portant sa tasse à ses lèvres pour boire une gorgée chaude de thé.
Elle imitait presque l'attitude de Rogue quand elle était venue se plaindre du comportement de Malefoy et ne put s'empêcher de trouver le parallèle amusant.
— Je suis venu t'avertir que tu as l'air d'un troll mal-fagoté dans un emballage mal-tricoté.
Hermione serra les dents et laissa ses yeux quitter son ouvrage pour venir se planter dans les siens. L'expression lasse, elle le fixa l'espace d'un instant. Il avait l'air très content de lui et ne pas vouloir s'en aller de sitôt, puisqu'il se servait une tasse de café en la défiant du regard.
— Trop aimable, mais inutile. Je te ferais savoir quand l'avis d'un noblaillon honni me sera d'un quelconque intérêt, rétorqua-t-elle avec une sécheresse tangible.
— J'essaie de faire en sorte que tu ne sois pas une tâche d'excrément et de laideur dans le tableau de Poudlard, plaida-t-il, la moue feignant l'inquiétude et le souci. Quoique c'est peut-être ce que préfère Weasmoche, fit-il mine de réfléchir. Tu as raison, reste dans ta hideur. Je pense que c'est ce qui lui plaira le plus.
Toujours personne, dans cette Grand-Salle de malheur ?
Pourquoi les élèves s'échinaient-ils à faire la grasse-matinée le samedi, elle se le demandait bien. Et pourquoi diable Drago Malefoy était-il debout à une heure pareille ?
— Tu sais qu'ils ont essayé à deux de te porter en dehors de la pièce quand tu es tombée dans les vapes ? L'informa-t-il. Tous les deux essayaient de te soulever sans y parvenir. C'est McGonagall qui a dû lancer un sort de lévitation, railla-t-il, le menton sur la paume, portant le rebord de la tasse à ses lèvres.
Pourquoi était-il ici ? Pourquoi s'employait-il à venir la ridiculiser alors qu'il n'avait aucune audience ?
— Qu'est-ce que tu veux, encore ? Se raidit Hermione, déjà lasse de ses jeux imbéciles et mesquins.
Il était déjà venu l'ennuyer la veille, peu avant le cours de Botanique, n'en avait-il pas marre ?
Mais au lieu de répondre, Malefoy avait posé une main sur son livre et avant qu'elle n'ait le temps de le retenir, l'avait tiré de son côté de la table pour voir de quoi il s'agissait.
Quand il eut vu le titre de la page – Ecchymose de taille moyenne – ses yeux flashèrent aussitôt les siens.
— Peur qu'on te fasse du mal, Sang-de-Bourbe ?
— Je…
— Peur d'un petit bleu ? Susurra-t-il de plus belle, grandement amusé par son embarras.
Elle ne sut pas quoi répondre : elle ne s'était pas attendue à un ton aussi… sulfureux. Mais Malefoy semblait s'en être épris et désormais ne dévoiler ses menaces qu'avec des accents licencieux.
— Si tu as besoin que quelqu'un te cogne pour t'entraîner à te soigner…
— Qu'est-ce que tu veux, bon sang ?! S'écria-t-elle furieusement. Arrête de me menacer tout le temps ! C'est à croire que tu veux te faire renvoyer !
Le Serpentard plissa ses yeux, l'air calculateur.
— Tu veux vraiment me faire renvoyer, Granger ? Tu ne pourrais plus me regarder.
Hermione s'empourpra violemment, prise en faute. Malefoy esquissa un rictus triomphant. Il oscilla lentement ses yeux de droite à gauche, et elle reconnut ce mouvement de tête : il vérifiait qu'ils étaient seuls. Avec désinvolture, il posa sa main droite sur la table, pianotant doucement des doigts sur le bois brut, attirant le regard d'Hermione sur la danse de ces derniers. Une distraction réalisa-t-elle, car soudain, Hermione sentit très nettement un contact contre sa jambe. Un contact contondant contre la texture rêche de son jean.
Il montait et descendait d'un mouvement lancinant le bout de sa chaussure contre son mollet.
— Qu'est-ce que tu fiches ?! Se scandalisa-t-elle en se levant promptement pour quitter le banc.
Sa tasse de thé se renversa sur la table, détrempant son livre. Malefoy ne se départit pas de son sourire, mais le laissa au contraire s'agrandir avec une perceptible trace de perversité.
— Quoi ? Demanda-t-il innocemment.
— Tu as vraiment un gros problème ! Glapit-elle, médusée par son comportement.
— Mon gros problème, c'est toi, Granger, cracha-t-il.
Lui aussi se levait à présent, les yeux plein de vice et de malveillance.
— Tu devrais vraiment ralentir sur les puddings et commencer la marche à pied, gros tas.
Sidérée par un tel langage et par de telles insultes, Hermione resta bouche-bée.
Celle-là, il ne lui avait encore jamais faite. Sans le savoir il faisait écho de ses complexes de la matinée et elle était abasourdie qu'il se hasarde victorieusement à viser là où cela faisait mal.
Cela, pourtant, n'aurait pas dû l'étonner, sachant que c'était là l'un de ses rares talents, mais elle restait malgré tout hébétée. Malefoy savait que Ron lui plaisait et s'amusait donc à tourner son apparence au ridicule afin de la brimer. Brillamment sadique.
— Je… Je, débuta-t-elle.
Malefoy ricanait, à présent, absolument ravi de son manque de répartie. Ses yeux la sillonnaient de fond en comble, comme pour prendre davantage la mesure de sa corpulence.
— Je fais ce que je veux ! Finit-elle par vociférer. Laisse-moi tranquille !
— Comme tu veux, Sang-de-Bourbe. Toutefois… Si jamais tu voulais faire un peu d'exercice, j'en connais quelques-uns pour te faire courir…
Elle comprit aussitôt son sous-entendu menaçant. Il impliquait une course-poursuite pour sauver sa peau.
— Ou d'autres sortes d'exercices… Élabora-t-il sur un ton énigmatique et vicieux.
Bon sang, il n'était tout de même pas en train de suggérer ce qu'elle pensait qu'il suggérait ?
Une nausée mentale l'en-saisit. Quelle horreur. Pour autant, l'idée tacite n'était qu'une perche à saisir.
— Règle ton métronome, Malefoy, cingla-t-elle. Soit tu me trouves laide à faire peur, soit tu as envie de moi, mais ça ne peut pas être les deux à la fois.
Une lueur glaciale filtra dans le regard du Serpentard, jusqu'à disparaître dans l'impassibilité.
Elle baissa les yeux, attirés par un mouvement : il avait serré les poings. Oh, tiens, quand elle mentionnait l'idée qu'il puisse être attiré par elle, il s'énervait ? Très bien. Il allait en avoir pour ses Gallions, ce scélérat.
— Alors, toujours envie de faire des activités sportives avec moi ?
— Suffit d'un sac sur ton horrible face.
— Je croyais que j'étais trop grosse ? Claironna-t-elle, un sourire vainqueur sur les lèvres.
— Étudie tes positions, trainée, persiffla-t-il.
Trainée ?!
Soufflée par cette nouvelle injure, Hermione arracha son livre de la tablée et quitta les lieux à grands pas, refusant d'en entendre davantage. Trop, c'était trop.
Maigre victoire dans cette grande défaite : il ne la suivit pas.
La journée, après ça, parût à Hermione bien sombre. Elle la passa à faire tous ses devoirs en salle commune Gryffondor en compagnie d'Harry et Ron. Lavande vint de nombreuses fois flirter à leur table, au grand déplaisir d'Hermione. Conduite qui manifestement était agréable à Ron, puisqu'il paraissait beaucoup s'amuser à répondre à ses séductions par des tentatives d'humour plus ou moins fructueuses.
A chaque fois, Lavande pouffait de rire, comme s'il renchérissait les meilleures plaisanteries du monde. A la fin de l'après-midi, Hermione en avait presque mal à la tête.
Agacée, elle ne put s'empêcher de sauter à la gorge d'Harry quand ce dernier commença à leur parler d'autres sorts consignés dans son manuel de triche de Potions, ou comme Hermione se plaisait à l'appeler en son for-intérieur : le Prince de l'Andouille.
N'écoutant qu'à demi-ouïe les sorts, elle ne finit par lui accorder qu'une véritable attention quand il quitta la salle afin de se rendre à son rendez-vous auprès de Dumbledore. Elle et Ron s'engagèrent à l'attendre, pressés de savoir de quoi il en retournait.
Laissés seuls tous les deux, Hermione et Ron se regardèrent quelque peu dans le blanc des yeux. Hermione, quelque peu irritée par la journée qu'elle venait de passer, décida de jouer franc-jeu.
— Tu me trouves grosse ?
Ron, s'enfilant des dragées surprises en se balançant négligemment sur sa chaise, s'étouffa avec l'une d'entre elles et manqua de tomber en arrière.
— Grosse ? Répéta Ron, abasourdi.
— Oui, grosse, confirma Hermione avec aigreur. Est-ce que tu me trouves corpulente ? Bouffie ? Grosse ?
Affligé par la question, Ron toussota un peu et perdit son regard dans le vague, comme plongé dans une profonde réflexion.
— Si tu as besoin d'autant de temps pour répondre, laisse tomber, se résigna Hermione d'une voix lente.
— Non, ce n'est pas ça, protesta Ron avec énergie. J'essaie juste de comprendre pourquoi tu me poses la question, comme ça, de but en blanc… Je veux dire, ça sort de nulle-part ! Quelqu'un t'a dit que tu étais grosse ?
— Je… Non…
Elle n'allait tout de même pas dire que c'était Malefoy. Cela ne ferait qu'enrager Ron et il ne lui donnerait pas de véritable réponse.
— Je te demande à toi, si tu me trouves trop grosse.
Ron sembla peser le pour et le contre, la scrutant d'un œil sceptique.
— Je ne te trouve pas grosse, dit-il simplement.
— Tu trouves que j'ai pris du poids ?
Il l'observa de haut en bas.
— Oui, répondit-il franchement.
Hermione soupira lourdement.
— Donc je suis grosse, conclut-elle.
— Non. Tu… Tu as… Tu es…
Les oreilles de Ron étaient rouges à présent.
— Tu as des… formes… de femme ? Souffla-t-il, écarlate.
Ce fut au tour d'Hermione de s'empourprer. Elle sentit une chaleur se diffuser dans tout son corps.
— Oh, euh, d'accord. Merci.
Ron toussa bruyamment et pencha la tête en arrière, faisant basculer dans sa bouche une quantité astronomique de dragées, comme pour reprendre contenance. Hermione grimaça quelque peu, imaginant le mélange ignoble de goûts auquel il s'exposait. Ron, lui-même, finit par pâlir et se leva pour aller tout cracher dans la poubelle la plus proche.
Eh bien. Ça, c'était du flirt. Du grand art, même.
Hermione ne put s'empêcher d'éclater dans un grand fou-rire quand Ron arracha un verre d'eau à une quatrième année, pour entamer une série de gargarismes peu ragoûtants, devant l'air révolté et dégouté de la cadette.
SAMEDI 7 SEPTEMBRE – Deuxième Étage, Soir – Poudlard, Écosse
Drago allongea ses jambes, faisant attention à maintenir son sortilège de désillusion. Le vieux sénile ne sortait pas de son antre. Il s'était présenté au dîner du soir, et Drago l'avait suivi afin de s'assurer qu'il se rende à son bureau, ce qu'il avait fait. Maintenant, il attendait. Il fallait qu'il commence à prendre la mesure des habitudes du directeur s'il voulait se laisser une chance de pouvoir l'assassiner prochainement. Un renâclement cynique manqua de lui échapper. Il était loin de même pouvoir essayer.
Il perdait bien trop de temps dans ces filatures, par ailleurs, et un moyen de connaître la localisation du directeur à tout moment aurait été bien pratique… Mais il ne connaissait pas de telle magie.
Croisant nonchalamment ses chevilles, il retint un soupir d'ennui. Cela semblait faire des heures qu'il se trouvait là. Il avait pris de la lecture avec lui, mais rien n'avait été véritablement probant et il n'avait pas pris un livre incriminant au cas où il se fasse surprendre là.
Ses pensées s'égarèrent alors de nouveau, se perdant dans ses occupations de la journée, et revinrent comme elles le faisaient depuis une bonne heure à son altercation de la matinée avec la Sang-de-Bourbe.
Elle était là, seule dans la grand-salle. Unique silhouette attablée à la table des Gryffondors, plongée dans un livre, en train de buvoter une tasse fumante. Quand bien même Drago venait de prendre sa dose, la situation était bien trop tentante. C'est la raison pour laquelle il s'approcha doucement. Elle ne leva pas le nez. Il lui semblait presque qu'il s'approchait d'un chevrillard, baguette en joue. Complètement absorbée dans sa lecture, elle penchait la tête sur le côté, la reposant doucement sur la jointure de ses doigts, dissimulant son visage derrière le rideau touffu et emmêlé de ses cheveux. Elle portait un pull rouge foncé qui s'étirait sur sa poitrine, laissant visible ses montées et descentes, et moulait ses hanches plus prononcées qu'il ne l'avait remarqué sous ses robes de sorcière. Son corps semblait quelque peu rebondi, et agréable à prendre en main, s'était-il fait réflexion.
Sans pouvoir s'en empêcher, il s'assit en face d'elle, convaincu pourtant que cela n'était pas une bonne idée car cela allait lui attirer des ennuis. Quand elle leva les yeux vers lui, il tomba dedans comme dans une casserole de caramel, et tout englué qu'il était, lança l'offensive avant qu'elle ne remarque qu'elle avait le dessus. Les hostilités ouvertes, il se sentait déjà plus à l'aise.
Pendant qu'ils discutaient, ou plutôt s'invectivaient, il se demanda si elle avait changé son style vestimentaire, ou s'il ne remarquait que maintenant que la simplicité de son accoutrement avait quelque chose de charmant, et d'étrangement érotique dans sa neutralité.
Toujours en train de lire, vêtue simplement, les cheveux en broussaille, le teint abricot imparfait et les lèvres rongées, il sombra pourtant dans les volutes de son regard, et tomba sous le charme de son nez retroussé et constellé de taches de rousseur apparues l'été et qui tendaient à s'effacer sous l'absence de soleil automnale. Il lui avait chipé son livre. Un bouquin sur les soins. Pourquoi lisait-elle pareil ouvrage ? Avait-ce à voir avec son mystérieux malaise du courant de la semaine ? Maintenant qu'il y pensait avec du recul, il l'avait également vue avec un œil au beurre noir il y avait de ça deux semaines et demi, lors de leur altercation chez Madame Guipure. Mais quel genre d'activité pratiquait-elle pour avoir besoin de se soigner à tout bout de champ ?
Soudain, des pas retentirent au bout du couloir, le sortant de ses réflexions.
Drago redressa la tête, et bondit sur ses pieds, se dissimulant mieux. Quand une silhouette apparût à la bifurcation, son cœur se mit à battre plus vite.
Potter !
Que faisait-il là ?
Mais Drago eut rapidement la réponse à sa question lorsque le Gryffondor s'arrêta devant la gargouille gardant l'entrée du bureau directorial.
— Suçacides.
Hein ?
Mais la gargouille s'écarta, comme elle l'avait fait devant le directeur un peu plus tôt dans la soirée, et le mur glissa, révéla un escalier secret. Potter monta sur la première marche et cette dernière se mit alors à monter en colimaçon. Le mur se referma avant que les pieds de Potter ne disparaissent dans son champ de vision, et la gargouille se remit en place, comme si de rien n'était.
Venait-il… Venait-il, par une miraculeuse aubaine, d'entendre le mot de passe du bureau du directeur ? Il stocka cette information quelque part dans son cerveau, s'égarant quelques instants à songer à quel point ce mot de passe était stupide. Certes, mais au moins il n'avait pas perdu son temps à s'engourdir les muscles fessiers sur les dalles de pierre glaciales…
Cependant les questions commençaient à s'accumuler de son côté. Quand Dumbledore s'absentait-il de son bureau… Et d'ailleurs, pourquoi Dumbledore semblait quitter le château de temps à autres ? Que faisait Potter à rendre visite au directeur à une heure pareille, un samedi soir ?
Une pointe d'envie tritura ses entrailles, et il grinça quelques peu des dents, constatant que le favoritisme du vieux fou était vraiment dégueulasse. Saint-Potter. Sans faire grand cas du fait que lui-même avait allègrement profité du favoritisme de Rogue durant toute sa scolarité, Drago pesait le pour et le contre de de rester à attendre que Potter ne sorte. Trop curieux, il choisit de rester là, continuant à énumérer les questions dans sa tête.
Pourquoi Granger lisait-elle un ouvrage sur les soins ? Pourquoi passait-elle tout son temps à le regarder ? A le surveiller ? Savaient-ils quelque chose de ses plans ? Et si oui, pourquoi le laissaient-ils faire ? Pourquoi n'essayaient-ils pas de l'arrêter ?
Mais après tout, cela ne faisait qu'une semaine que les cours avaient repris. Peut-être cherchaient-ils des preuves plus concrètes quant à sa culpabilité ? Peut-être qu'ils cherchaient à lui tendre un piège ?
L'expression érubescente de la Sang-de-Bourbe lui revint soudainement en mémoire.
Le matin même, elle l'avait menacée de le dénoncer, de le faire renvoyer, mais lorsqu'il lui avait demandé si elle désirait vraiment se passer de sa présence, elle s'était empourprée comme une gamine à qui l'on offre une bise. Il l'avait tellement voulue à cet instant qu'il avait senti, une fois n'était pas coutume, la glace se mêler à la lave dans un nouveau mélange inouï.
Cette folie enhardissait sa proximité, et bientôt, il lui caressait la jambe du bout du pied sous la table, dans un geste plein de sous-entendus.
La moue pleine de dégoût de la Sang-de-Bourbe l'avait giflé. Elle, elle, se sentait en droit d'être dégoutée par sa présence ? Par son contact ? Quelle blague ! Elle aurait dû se sentir honorée qu'il ne daigne la toucher. Quelle garce.
La méchanceté lui était venue très naturellement, comme d'habitude. Il était très susceptible, et elle venait de le piquer dans son orgueil. Mais il connaissait les ressorts pour la heurter verbalement en retour et ne s'en priva pas, s'attaquant à son apparence sans le moindre scrupule. Pourtant, la flamme restait là, brûlant dans son écrin de glace, et il vint bientôt lui proposer à nouveau son contact. L'aversion sur le visage de la Sang-de-Bourbe se teinta d'une certaine dose de peur, qui ne fit qu'aviver l'excitation froide de l'Obduro et la fougue prédatrice enflammée que cette dernière ne parvenait à taire.
Quand elle l'épingla sur son ambivalence à l'insulter, puis à lui faire de telles propositions, il l'injuria presque par réflexe, se rendant compte bien trop tard qu'il avait gardé cette appellation particulière – trainée – pour ses mesquineries intérieures. Pour autant, c'était une trainée, et il était grand temps que l'on le lui dise, n'est-ce pas ?
Mais il fallait cesser l'altercation ici car il sentait le contrôle lui échapper assez prodigieusement.
Les yeux fixés sur le roulement de ses hanches alors qu'elle quittait furieusement l'endroit, il ne put s'empêcher d'humecter ses lèvres à la vue de son jean enserrant assez admirablement et ses cuisses et le galbe de ses fesses. Il n'y avait pas de quoi se flageller de songer à elle avant de s'endormir, n'est-ce pas ? Elle devait rendre le meilleur des effets à quatre pattes, et il songeait de plus en plus souvent à ce que ce serait de lui tenir les cheveux dans cette posture afin de la cambrer encore davantage.
Laissant retomber sa tête en arrière et accolant un peu trop brusquement ses pariétaux au mur froid, Drago perdit son regard sur les hautes voutes gothiques du couloir en grimaçant.
Ce n'était vraiment pas bien de songer à des choses pareilles. Il avait longuement entendu parler des capacités du Seigneur des Ténèbres en Legilimancie et il n'avait vraiment pas envie d'en faire les frais, quand bien même sa tante lui avait donné de nombreuses leçons d'Occlumancie, le félicitant souvent pour ses prouesses.
Pour autant, pour devenir véritablement excellent dans ce domaine, un entraînement rude devait avoir lieu et il n'était vraiment pas sûr que cette année soit le meilleur moment pour s'y atteler, d'autant plus qu'il n'avait ici pas de maître pour lui enseigner la discipline. Quoi qu'il en était… Il s'agissait juste de fantasmes un peu brusques, un peu cruels, par lesquels il déversait sa haine et sa frustration sur cette saleté de Sang-de-Bourbe qui osait le prendre de haut alors qu'elle lui était inférieure. Cela n'avait rien d'incriminant, n'est-ce pas ? Au contraire, même, parvenait-il à s'en convaincre.
Bientôt, le mur s'ouvrit et le sortit de ses pensées. Il ne savait pas depuis combien de temps Potter avait passé dans le bureau du directeur, mais vu l'endolorissement de ses muscles, un long moment.
Ce dernier quitta le couloir à grands-pas, et Drago résista à l'envie de lui jeter un sort dans le dos. Il n'était pas très sage de le provoquer à quelques pas à peine du bureau du directeur…
DIMANCHE 8 SEPTEMBRE – Poudlard, Écosse
Hermione, Ron et Harry étaient dans un coin isolé de la bibliothèque et faisaient leurs devoirs sans grande envie. Harry leur avait raconté sa soirée avec Dumbledore, et Hermione était très circonspecte quant à ce qu'ils avaient appris sur la jeunesse de Voldemort. Elle avait passé une bonne partie de la nuit à y songer, à vrai dire, ainsi qu'un bout de la matinée.
Harry avait emporté son Manuel de Potions écrit par le Prince de l'Andouille et la carte des Maraudeurs, au grand dam d'Hermione qui trouvait sa conduite des plus imprudentes.
— Je veux voir où est Malefoy le weekend, argua-t-il.
Son point de repère se trouvait présentement dans les dortoirs Serpentard. Il était seul, visiblement.
— Et si quelqu'un te voit avec la carte ? Questionna Hermione avec un ton sec.
— Je me suis entrainé à l'informulé sur Méfait Accompli, prôna fièrement Harry du tac-au-tac, comme s'il avait prédit sa question.
Hermione leva les yeux au ciel devant son sourire en coin. Évidemment, il avait réponse à tout.
Elle avait enfin fini ses devoirs pour la semaine à venir lorsqu'elle perdit son regard par la fenêtre. La météo était bien plus grise qu'ordinaire à cette période. Les vitres de la bibliothèque amassaient presque de la condensation à cause de la différence de température avec l'extérieur. Ce n'était que la première semaine de septembre, mais on aurait presque dit qu'on était début novembre. La visite à Pré-au-Lard – dont elle s'étonnait vraiment qu'elle soit maintenue – serait en mi-octobre. D'ici là, la météo avait tout le temps d'aller de mal en pis.
Elle reporta son regard sur les deux garçons lui faisant face. Harry était plongé dans la rédaction de son essai de Métamorphose et Ron regardait le sien, les yeux perdus dans le vague, comme s'il pesait le pour et le contre quant à l'abandon de sa rédaction.
Dissimulant un sourire derrière le revers de sa main, Hermione se laissa vagabonder dans des pensées tendres. Il était particulièrement adorable quand il ne savait pas qu'on l'observait. Son grand nez pâle, recouvert de taches de rousseur très prononcées, se fronçait dans une moue désapprobatrice et tout à fait charmante.
Égarant son regard sur la tablée, elle le laissa tomber sur la carte des Maraudeurs. Drago Malefoy n'était plus dans les dortoirs Serpentards. Discrètement, et comptant sur l'absorption d'Harry et de Ron dans leurs devoirs respectifs, elle tira la carte vers elle. Cherchant son point, elle le retrouva en chemin de la bibliothèque, et l'y vit pénétrer. Dans un murmure, elle prononça Méfait Accompli. Cela sortit Harry et Ron de leur torpeur estudiantine et tous trois purent voir Malefoy remonter l'allée centrale de la bibliothèque. Il leur jeta un regard froid accompagné de son habituel sourire narquois et se dirigea vers la section Botanique.
— Je suis sûr qu'il mijote quelque chose, asserta Harry, le regard mauvais.
— Oui, il n'a pas l'air net, confirma Ron, sans plus se mouiller. Mais il n'a jamais vraiment l'air net.
Hermione ne prit pas part à cet échange. Elle voulait savoir ce que Malefoy cherchait comme ouvrage et se leva pour le suivre.
Quand elle aperçut sa fine silhouette dans l'un des rayonnages, elle resta à distance et pénétra dans la petite allée sur les sorciers célèbres des XVIIème et XVIIIème siècles.
Il semblait fouiller dans l'étalage sur l'extraction florale. Rien d'anormal, sachant que leurs devoirs de Botanique étaient de mieux comprendre la ponction des essences, sèves et autres secrétions végétales pour la composition des potions à effets rapides. Pour autant… Le livre qu'il collecta avait plus à voir avec le prélèvement des venins et leurs usages dans les philtres et les poisons.
Que tramait-il ?
Décidant qu'elle avait l'excuse parfaite – les devoirs de Botanique –, elle prit son courage à deux mains et se rendit dans le rayonnage dans lequel il se trouvait.
Il se tourna vers elle et lui jeta un regard en biais, la dévalant de haut en bas avec méfiance et… une certaine raillerie. Comme s'il n'était que peu surpris de la trouver là. Plaquant la couverture de son livre contre sa poitrine dans un geste indolent, tel un mouvement non-calculé alors qu'elle avait pertinemment conscience qu'il cherchait par ce biais à lui dissimuler le titre de l'ouvrage, il vint conduire son autre main à son nez et se le pinça insolemment. Ce n'était qu'une manœuvre de diversion, elle le savait, pour autant, elle joua le jeu.
— Ça empeste, tout-à-coup, trancha-t-il d'une voix nasillarde. J'espère que tu n'essayais pas d'être discrète… En plus de te sentir arriver, on t'entend aussi, maintenant.
Quel petit merdeux. Il faisait une fois de plus allusion à son poids.
Mais Hermione avait été ragaillardie par la conduite timide et flatteuse de Ron la veille au soir, et elle décida donc de ne pas se vexer et de renverser les rôles, plaquant ses mains sur son tour de taille et les laissa glisser le long de ses hanches, feignant l'air blessé de celle qui ne prend qu'enfin la mesure de son embonpoint. Elle ne manqua pas d'observer qu'il avait suivi des yeux tout le mouvement de ses paumes.
— Donc, je suis trop grosse pour toi, finalement ? Souffla-t-elle d'une voix éteinte.
Malefoy reporta son regard glacé sur elle. Hermione fit exagérément la moue, sortant outrageusement sa lèvre inférieure dans une bouderie infantile.
— Moi qui croyais que j'avais mes chances, chouina-t-elle presque.
Puis, aussi soudainement qu'elle avait emprunté cette expression pour le provoquer, elle redevint impassible et leva les yeux au ciel.
— Grandis, Malefoy.
Enfin, elle se dirigea vers le rayonnage et commença à regarder l'étalage des livres de Botanique sans lui accorder un regard de plus. Il ne partait pas, visiblement toujours en train de l'observer. Elle ne savait pas à quoi il pensait, mais il était du genre vindicatif et elle n'aurait pas été étonnée de l'entendre la menacer à nouveau.
Soudain, il y avait une présence dans son dos et un souffle près de son oreille. Elle n'était pas surprise, mais cela ne l'empêcha pas de frémir à sa proximité.
— Méfie-toi des coins sombres et de la solitude, Granger. Si je te coince, tu vas passer un sale quart-d'heure.
Et il quitta le rayonnage aussi sec, sans lui laisser le temps de répondre.
