Merci à Sarah, Lolita KALA, drou, queenshaeryn, Guest, lunamoon16, tesara pour leurs reviews et leurs précieux encouragements !
N'oubliez pas de vous rafraîchir la mémoire avec le disclaimer en premier chapitre !
The deeper you stick it in your vein, the deeper the thoughts, there's no more pain.
I'm in heaven, I'm a god, I'm everywhere, I feel so hot.
It's not a habit, it's cool, I feel alive.
If you don't have it you're on the other side.
I'm not an addict, maybe that's a lie.
It's over now, I'm cold, alone. I'm just a person on my own.
Nothing means a thing to me. Oh, nothing means a thing to me.
Free me, leave me. Watch me as I'm going down and...
Free me, see me. Look at me, I'm falling and I'm falling.
I'm not an addict
I'm not an addict
I'm not an addict
Not an Addict – K's Choice
Chapitre 6 – Not an addict
LUNDI 9 SEPTEMBRE – Dortoir Serpentard, aube – Poudlard, Écosse
Introduction aux remèdes et aux poisons – Volume Flore
Il était si tôt qu'être éveillé semblait blasphématoire et battre des cils un véritable parjure. Pourtant, Drago Malefoy était déjà habillé et se plongeait présentement dans la lecture de cet ouvrage, bien décidé à stimuler sa créativité matinale et approfondir sa réflexion sur le futur assassinat d'Albus Dumbledore.
Depuis la semaine dernière, il avait tranché que le poison était la meilleure façon d'approcher la chose. Pourtant, les poisons – ou du moins la plupart – avaient leur lot d'inconvénients : d'abord, les ingrédients pour les produire n'étaient pas toujours des plus évidents à se procurer et ce, encore moins par les temps qui couraient ensuite, la plupart d'entre eux étaient détectables pour un sorcier aguerri tel que l'était le vieux fou et enfin, la grande majorité avaient des antidotes, dont il était sûr que Dumbledore, ainsi que toute sa troupe d'arriérés, s'abreuvaient tous les matins pour éviter de se faire tuer stupidement.
Pour autant, avait-il le choix ? Il ne se voyait pas employer un objet ensorcelé sans avoir à demander de l'aide à quelqu'un, idée qui le répugnait. Et lancer un maléfice à Dumbledore, il en avait tout à fait conscience, ressemblait plus une sombre plaisanterie qu'à un plan vraisemblable.
Non. Un poison était son seul recours. Soit cela, soit l'Armoire à Disparaître, qui soit dit en passant était toujours introuvable. Il n'avait pas encore trouvé le moyen de s'assurer que Rusard ne le surprendrait pas en pleine fouille de son bureau. À vrai dire, il n'était même pas sûr de trouver chez le concierge le moindre indice quant au lieu où avait été déplacée l'Armoire… Mais c'était là sa seule chance et il s'y accrochait désespérément.
Machinalement, Drago s'adossa contre son oreiller et passa son bras derrière, cherchant derrière ce dernier le contact rassurant de la fiole encore à moitié pleine d'Obduro. Une prochaine rencontre avec Rogue devrait bientôt avoir lieu.
Il ne pouvait pas manquer de cette potion.
Encore moins avec l'autre pouilleuse dans les parages. Dès qu'il croisait son regard, la surprenait en train de l'observer, ou encore se perdait lui-même dans des contemplations défiantes qu'il ne parvenait pas à s'expliquer, il sentait la potion s'éteindre en lui, puis se ranimer, ressuscitant les flammes avec l'étincelle du givre, et glaçant son être dans une sorte de brasier entre la lave et l'azote.
Mais il avait pris une petite, minuscule, ridicule décision la veille lors de leur rencontre à la Bibliothèque. La verve de cette petite garce n'avait fait qu'encenser son envie déjà ardente de vengeance et de rétribution. Il avait envie de la brusquer, de la malmener au moins un peu : envie de lui faire peur. Car ses menaces, jusqu'ici, n'avaient pas suffi à calmer l'ardeur de l'insolence faite Sang-de-Bourbe.
Certes, il n'avait pas spécialement l'intention d'éveiller des soupçons, et on lui aurait, il en était sûr – s'il avait demandé son avis à un tiers, à grands coups de massue sur son désintérêt pour l'opinion des autres – fortement déconseillé cette conduite… Cependant, c'était plus fort que lui.
Cela faisait presque partie de son addiction, car l'obsession semblait nourrir cette dernière, mais également s'en affamer. Curieuse idée.
Stressé, angoissé, il déboucha la fiole et en but quelques gouttes, comme pour faire semblant de savoir se contrôler face à une audience imaginaire.
Oh, c'était pathétique, et cela n'allait faire qu'empirer.
LUNDI 9 SEPTEMBRE – Dortoir Gryffondor, tôt le matin – Poudlard, Écosse
Études des Runes, Défense contre les forces du mal, Arithmancie, Potions, énumérait Hermione dans sa tête en vérifiant le contenu de son sac comme elle le faisait chaque matin à Poudlard depuis plus de cinq ans, malgré ses précautionneuses préparations de la veille.
Elle ferma sa besace et consulta sa montre : il était très tôt, et elle avait la fâcheuse intuition que Drago Malefoy serait dans la Grand-Salle en train de petit-déjeuner et se décida à ne pas y aller, préférant se rendre à la Bibliothèque pour ne se restaurer que lorsqu'elle serait sûre qu'Hannah serait à la table des Poufsouffles.
Ce n'était pas qu'elle « évitait » vraiment Malefoy. C'était plutôt que ses insinuations comminatoires de la semaine passée commençaient véritablement à la mettre mal à l'aise. Quand bien même Ron et Harry étaient à moitié au courant, et bien qu'elle ait averti Rogue des débordements de maléfices, rien n'avait changé. Elle s'était promis d'en parler au Professeur McGonagall mais ne l'avait pas encore fait, et elle sentait que tant qu'elle ne s'y serait pas employée, elle n'aurait pas l'esprit tranquille. La nuit passée, elle avait rêvé de lui : il était défiguré et à la place de ses yeux, deux fosses pleines d'un néant béant et spectral lui redonnèrent presque des sueurs froides, rien qu'à y repenser.
La journée passa lentement, ils échangèrent des regards remplis d'éclairs, mais elle gardait la tête froide et détournait la tête à chaque fois que cela se produisait. Les devoirs, heureusement, l'occupaient bien.
Au déjeuner, elle alla voir la directrice des Gryffondors et lui confia à voix-basse les attitudes déplacées de Malefoy de la semaine passée. McGonagall l'écouta avec une grande attention, les yeux expectatifs, et lui promit d'en toucher un mot à Rogue – bien qu'Hermione lui ait confié qu'elle avait d'ores et déjà essayé d'entamer le dialogue avec lui, en vain – et s'il le fallait, à Dumbledore en personne.
Hermione se sentit mieux après ça. Cette sensation ne dura malheureusement pas longtemps.
Quand elle revint s'asseoir à la table en compagnie de Ron et d'Harry, elle jeta machinalement un regard à la table des Serpentards et vit que Malefoy la fixait d'un air impénétrable, les yeux glacés. Cette œillade à elle seule lui rappela la menace de la veille à la bibliothèque et Hermione se rappela fermement de s'arranger strictement afin de ne pas croiser Malefoy.
L'après-midi de Potions sembla prendre des heures et des heures : bien que le professeur Slughorn soit très impressionné par ses nombreuses connaissances en Potions et par l'irréprochable exactitude de ses réponses, son excellente théorique rentrait directement en collision avec la pratique d'Harry. En effet, ce dernier, grâce aux conseils prodigués par le Prince de l'Andouille, ne commettait plus la moindre erreur dans sa confection de potions, et ses résultats étaient indécemment exemplaires. Elle passa la fin d'après-midi en compagnie d'Hannah à la bibliothèque, à faire leurs devoirs, et aussi, à discuter de choses et d'autres.
— Je voulais te dire… Chuchota Hannah, surveillant par-dessus son épaule que Madame Pince n'était pas à l'affût de leurs bavardages. Susan revient la semaine prochaine. Elle devrait arriver samedi.
— Oh, c'est… super, intima Hermione avec sincérité mais également une pointe de déception.
Elle avait passé plusieurs moments avec Hannah durant la semaine, que ce soit pour réviser ou bavarder, et s'imaginait qu'elle se retrouverait probablement avec une moindre compagnie féminine lorsque Susan serait revenue, ce qui était probablement stupide.
— Elle va mieux alors ?
— Suffisamment pour revenir, en tout cas, trancha la Poufsouffle. Tu sais, on pourrait traîner ensemble toutes les trois de temps en temps… Parfois en te voyant avec Susan, on se disait que tu devais tourner chèvre avec Weasley et Potter toute la sainte journée.
Hermione esquissa un sourire en coin.
— Oui, c'est parfois un challenge de supporter leurs discussions autour du Quidditch et leurs complaintes continuelles au sujet des devoirs.
Hannah pouffa de rire le plus silencieusement qu'elle le pouvait.
— Eh bah ! Navrée de te dire que tu ne seras pas dépaysée car ce n'est pas très loin de ce qu'on fait avec Susan, nous aussi, gloussa-t-elle.
Hermione roula des yeux sans se départir de son rictus.
— Oui, mais au moins, je n'ai pas à voir Lavande Brown hurler de rire à tes blagues les moins drôles.
Hannah lui lança un regard oblique qui en disait long.
— Weasley ne tente toujours rien avec toi ?
— Rien, confirma Hermione. Mais moi non plus. J'ai peur que cela ruine notre harmonie de groupe… Cela ne plairait pas à Harry, en plus… J'ai eu un petit avant-goût de tout ça quand je suis sortie avec Viktor Krum en quatrième année.
— C'est vrai, se remémora Hannah avec les yeux brillants. Tu es sortie avec Krum ! Si ça ce n'était pas le potin de l'année.
Elles échangèrent un regard et soudain, celui d'Hannah se voila.
— Enfin… À part la fin de l'année, bien sûr.
Le silence qui s'installa entre elles les mettait respectivement mal à l'aise et finalement, c'est la Poufsouffle qui haussa les épaules, l'air de dire tout et rien à la fois afin de changer de sujet.
— Franchement, je ne pense pas que Weasley soit aussi imperméable que tu croies à tes charmes… Je vous ai bien regardé ces derniers jours… Vous avez l'air d'avoir quelque chose entre vous.
— Hm-hm, interjeta simplement Hermione sans la moindre pertinence. Eh bien, peut-être qu'il y a effectivement quelque chose, mais pour l'instant, il ne se passe rien. Et toi et…
— Neville ? Coupa Hannah avec un petit rire. Il est plus timide qu'un première année, mais nous avons convenu de nous rendre ensemble à Pré-au-Lard lors de la prochaine sortie, confia-t-elle avec une certaine dose d'excitation. En attendant, on passe pas mal de temps dans les serres… J'avoue que quand c'est lui qui me l'explique, la botanique parait soudainement bien plus intéressante, se gaussa-t-elle avec un froncement de sourcil faussement étonné.
Hermione roula des yeux et laissa échapper un rire silencieux en signe de connivence.
— J'ai bon espoir de lui glisser un baiser cette semaine. Probablement pendant la pause entre le cours de Botanique et celui de Sortilèges, vendredi.
— Le matin ! S'exclama Hermione, comme si l'heure à laquelle Hannah s'exécutait avait une quelconque importance.
— J'aime bien le matin dans les serres. L'air est frais, ça me donne un joli teint, argua Hannah sans se perdre en fausse modestie.
— Nous avons Botanique demain matin, rappela soudain Hermione d'un ton sagace.
— Je ne veux rien précipiter, contrecarra la Poufsouffle, les pommettes roses.
— Bon, alors je m'assurerai de surveiller le cramoisi de Neville en Sortilèges, vendredi prochain… ! S'amusa Hermione.
Hannah ferma les yeux et mima d'envoyer des baisers à droite et à gauche en donnant de furtifs gestes princiers. Hermione, pour la première fois de sa vie, dût se mordre la lèvre pour ne pas éclater d'un bruyant rire dans le silence de crypte régnant au sein de la bibliothèque.
Hermione était encore en retard sur sa ronde.
Depuis la semaine dernière, elle n'était même plus certaine d'avoir une seule fois été à l'heure… Il fallait dire que l'emploi du temps très chargé des sixième années l'avait quelque peu prise au dépourvu, aussi étonnant que cela l'était. Ils croulaient littéralement sous les devoirs, et elle qui souhaitait approfondir ses compétences en Défense contre les forces du mal, en Soin Magique – matière qu'elle aurait voulu se voir enseigner à Poudlard – et en Potions afin, non seulement de dépasser à nouveau Harry dans la matière, mais aussi pour se verser dans l'art de la préparation des potions et antidotes : bref, elle se trouvait bien occupée.
Sa baguette en main, et un Lumos éclairant devant elle n'empêchait pas une boule d'appréhension de lui tourner furieusement dans le ventre, car elle savait pertinemment qu'elle violait le règlement pour le connaître sur le bout des doigts. Les torches étaient éteintes, signe immanquable qu'elle était donc très en retard. Il fallait qu'elle remonte à la tour Gryffondor. Une chose était sûre : elle n'avait pas du tout envie de croiser Malefoy. C'était à peu près tout ce qui occupait son esprit alors qu'elle progressait dans les couloirs, entendant en échos dans sa tête la menace de la veille.
Méfie-toi des coins sombres et de la solitude, Granger.
Si je te coince, tu vas passer un sale quart d'heure.
Elle était sûre qu'il ne s'agissait pas de paroles en l'air.
Hermione se demandait ce qu'avait fait McGonagall de sa plainte. En avait-elle parlé à Rogue comme elle l'avait promis ? Ou à Dumbledore ? Avaient-ils convoqué Malefoy pour lui ordonner de cesser ses comportements déplacés ? L'avaient-ils menacé de le renvoyer comme elle l'espérait ?
Comme d'habitude, des bruits retentissaient haut dans les voûtes des couloirs, et aux bifurcations de pierre, faisant battre son cœur plus vite que nécessaire.
Quand Hermione arriva devant le tableau de la Grosse Dame, elle laissa échapper un grand soupir de soulagement, réalisant qu'elle avait la tête qui tournait d'avoir trop retenu sa respiration.
N'ayant aucune réponse à la ronde de questions qui tournait allègrement dans son crâne, elle pénétra dans la salle commune.
Ron et Harry étaient attablés non-loin du feu et semblaient discuter. Chacun une plume dans la main et des parchemins et livres étalés devant eux, ils paraissaient s'être interrompus dans leurs devoirs pour converser… Hermione leva les yeux au ciel devant un tel manque de sérieux et les rejoignit, oubliant ses idées noires car désormais impatiente à l'idée d'admonester Ron sur son manquement à ses devoirs de Préfet.
LUNDI 9 SEPTEMBRE – Nuit – Poudlard, Écosse
Drago renâcla sans bruit dans la pénombre. S'il avait eu le temps de s'occuper de son cas, cette petite garce cesserait de fanfaronner comme elle l'avait fait toute la journée dans les couloirs de Poudlard. Cette peste était allée se plaindre à son sujet auprès de McGona-galeuse, et la vieille harpie était elle-même venue sermonner Rogue, qui, en retour, était venu le trouver et, peu amène, lui avait crié dessus sans l'écouter avant de partir hâtivement, refusant de répondre à ses questions quant à la prochaine production d'Obduro. Il n'avait alors même pas eu l'occasion de lui demander son autorisation d'emprunter des livres de la réserve de la bibliothèque. Non pas qu'il ait de toute façon avancé dans ses lectures…
Journée de merde.
Il se glissait présentement très silencieusement dans les corridors vides du château et se rapprochait à pas de loup du bureau de Rusard. Il n'était pas sûr que ce dernier fût dedans ou non, mais quoi qu'il en était, il ne le serait plus pour longtemps car Drago avait lancé un petit sort de son acabit pour mettre la pagaille en cuisine, et savait que Peeves viendrait bientôt pour participer à la débâcle.
Aussi sûrement qu'il l'avait prédit, il entendit soudainement une porte claquer au loin et les halètements typiques du concierge signalant qu'il claudiquait à grand-pas en direction des escaliers. Ce fut le signal de départ pour Drago qui s'élança aussitôt vers le bureau, laissé ouvert et allumé, et pénétra dedans. Ses yeux firent le tour de la petite pièce en un instant, puis, il s'approcha du premier meuble à registre et commença à fouiller dans les tiroirs.
Drago ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait : probablement une consigne ou une sorte d'inventaire où seraient répertoriés le matériel et mobilier de Poudlard. Farfouillant rapidement, lisant à grande vitesse et en diagonale, il finit par tomber sur un livre relié qui semblait faire office de recensement des œuvres d'arts, tableaux, armures, sculptures et vitraux, ainsi que d'autres types d'objets. Il parcourut la liste, s'aidant de son doigt pour être sûr de ne rien manquer, mais il n'y trouva rien. Délaissant le vieil état des lieux, il referma les tiroirs du premier meuble et passa au second. Il sut aussitôt qu'il n'y trouverait rien : là n'étaient rangés que les dossiers des élèves. Il passa donc au troisième et dernier meuble, mais là encore fut très déçu. Ce dernier semblait être la réserve d'objets confisqués de Rusard. Il reconnut dedans plusieurs catalogues du magasin des jumeaux Weasley, déjà vu dans le kiosque à leur devanture sur le Chemin de Traverse, mais aucun objet ne semblait très intéressant. C'est au moment où il allait refermer le meuble, pourtant, qu'une boîte en bois attira son attention. Sobre, sur son couvercle était inscrit « Poudre d'Obscurité Instantanée ». Il ne savait pas de quoi il s'agissait, mais se refusant de partir les mains vides, l'attrapa, la glissa dans la poche de sa robe de sorcier, claqua la porte du placard sur ses gonds et sortit du bureau aussi vite qu'il y était entré.
En grande hâte, et le cœur battant, il retrouva la salle commune de Serpentard. Une fois de retour dans son dortoir, il étouffa un juron.
Tout ça pour rien ! Que ne se moquait-il d'une vulgaire poudre ! Il voulait savoir où était cette foutue Armoire !
C'est furieux qu'il se coucha, se forçant à prendre une potion de sommeil, sachant pourtant que le réveil du lendemain serait très difficile à cause de cela.
MARDI 10 SEPTEMBRE – Poudlard, Écosse
— … en retard et tu vas dire que je ne t'ai pas assez secoué !
Drago battit des cils et ouvrit un œil, jetant un regard torve à l'impudent qui osait le réveiller.
— Quoi ? Glapit-il d'une voix éraillée.
— Il est presque huit-heures moins le quart, signala la voix de Théodore venant du fond du dortoir.
— Si tu ne veux pas arriver en retard en Botanique, c'est maintenant ou jamais, annonça Blaise sans faire l'effort de mettre la moindre intonation dans sa voix.
— C'est jamais alors, maugréa Drago en se retournant.
— Il ne vient pas ? S'enquit soudain une voix féminine dans le couloir.
Pansy.
— Il veut faire une grasse-matinée, renseigna Théodore en essayant d'être neutre, mais avec la sorte de nervosité perceptible qu'il avait toujours lorsque Pansy était présente.
Théodore semblait avoir peur des filles, particulièrement de Parkinson, ce qui était vraiment ridicule.
— Certainement pas ! Protesta-t-elle en entrant à son tour dans leur dortoir.
— Laisse-le faire ce qu'il veut, réprouva Blaise d'une voix claire. Nous n'avons pas cours en deuxième période. S'il veut faire la grasse-matinée un matin de cette semaine, il a choisi le bon.
Mais Pansy n'était pas prête d'écouter Blaise Zabini, car elle n'avait d'yeux que pour Drago et il était hors de question que ce dernier reste au lit si elle souhaitait l'inverse.
Il sentit son matelas s'enfoncer et entendit les deux autres garçons quitter la pièce alors même que Pansy tirait les rideaux de son baldaquin. La porte du dortoir se ferma derrière eux.
— Lève-toi, Drago, susurra-t-elle dans le creux de son oreille d'une voix suave.
— Ou quoi ? Se targua-t-il avec une provocation traînante.
— Ne le prends pas comme ça, ta réussite scolaire me tient à cœur, clarifia-t-elle avec sa voix aiguë.
Tu parles. Elle flippait juste après ce qu'il avait dit dans le Poudlard Express. Elle voulait être sûre qu'il ne mettait pas en danger sa résidence à Poudlard en ratant des cours. Elle voulait qu'il soit là l'année prochaine. Il ne savait pas si elle souhaitait sa présence par pur égoïsme, ou pour sa propre sécurité. Peut-être bien les deux. Mais quoi qu'il en était, il s'en moquait pas mal à cette heure-ci et souhaitait se rendormir en paix.
— Si tu te lèves…
Elle se rapprocha de lui de plus belle, collant presque ses lèvres chaudes et douces à son oreille.
— … nous pourrons revenir ici pour une petite sieste pendant la seconde période de libre.
Difficile de résister à une telle proposition… C'est tout du moins ce que se disait Drago qui sentait nettement son bas-ventre s'éveiller. Ils n'avaient pas eu ce genre de contacts depuis l'année passée : année où ils avaient véritablement fait connaissance avec leurs corps respectifs. Il tardait à Drago de recommencer. Pour être parfaitement honnête, n'importe quelle autre fille aurait pu faire l'affaire, mais Pansy était de loin celle qu'il préférait. Elle n'était pas laide, pas stupide, une Sang-Pur et Serpentarde de surcroît, et il l'appréciait somme toute relativement bien, si tant est qu'elle ne piaillait pas des potins dans ses oreilles quand il ne lui avait rien demandé.
— Évidemment, présenté comme ça… Se laissa-t-il persuader en se redressant dans son lit pour venir l'embrasser.
Comme à son envie, il dicta tout du baiser et Pansy se laissa sagement faire. Tout ce qu'il souhaitait. Finalement, elle lui donna une tape sur le bras, l'incitant à quitter son lit.
— Allez, dépêchons-nous ! Dix minutes avant que le cours ne commence et tu n'es même pas habillé.
Drago s'exécuta mollement et ils finirent par arriver avec une dizaine de minutes de retard. Drago inventa une excuse ridicule, soi-disant qu'ils avaient dû rapporter un ouvrage au professeur Rogue, car il savait que ce dernier ne démentirait pas, et Pansy et lui rejoignirent les autres Serpentards de la tablée.
Quand il eut posé son sac et sortit son nécessaire de Botanique, il croisa le regard dégoûté et révolté de la Sang-de-Bourbe. Visiblement, elle n'était pas le moins du monde dupe de son petit mensonge, et semblait quelque peu choquée qu'il soit… présent ? Frais et dispos ? Ou était-elle choquée d'autre chose ? Qu'on ne lui retire pas de points ? Ou encore qu'il soit arrivé seul avec Pansy ? Croyait-elle qu'ils venaient de faire la bête à deux dos, ou quelque chose du genre ?
Surpris, mais bien décidé à ne rien en montrer, il lui adressa simplement un petit rictus en coin et, s'assurant d'un bref coup d'œil que Chourave ne regardait pas dans leur direction, se pencha un peu plus vers Pansy, caressant le haut de sa tête avec son nez dans un geste indolent.
La Sang-de-Bourbe écarquilla les yeux devant son geste et esquissa une moue écœurée avant de se détourner de lui. Le sourire de Drago ne fit que grandir et il haussa les épaules innocemment quand Pansy lui jeta un regard à la fois inquisiteur et ravi d'une telle attention.
Quand le cours se termina, il s'assura d'attraper promptement la main de Pansy pour l'entraîner à sa suite et peu après, glissa la sienne sur sa chute de rein dans un geste possessif, vérifiant que la Sang-de-Bourbe n'en manquait pas une miette. Si elle avait une piètre vie amoureuse, et probablement s'asseyait tous les jours sur son hymen, il était sur le point de faire tournoyer Pansy sur son bas-ventre jusqu'à ce qu'elle le supplie de la finir. Et la finir, pour sûr il le ferait.
Lorsqu'elle et lui se retrouvèrent ensemble dans le dortoir Serpentard vide, dissimulé par les rideaux du baldaquin, il la prit avec une certaine sauvagerie, qu'elle lui réclamait de toute façon à grand cris, et s'astreignit difficilement – très difficilement, il le réalisa – à ne pas imaginer la pouilleuse se tordre de plaisir sous ses coups de reins à chaque fois qu'il fermait les yeux.
C'est quand il abandonna la lutte et accepta le visage en sueur de la Sang-de-Bourbe dans son esprit, grimaçant et implorant, qu'il ne put plus s'empêcher de venir à renfort de grands à-coups de bassin. Pansy, il lui avait semblé, avait récité tous les noms de sorciers célèbres qu'il connaissait.
Essoufflés, ils reprenaient leurs esprits en regardant le plafond du baldaquin quand Pansy tourna légèrement le visage vers lui et murmura.
— Qu'est-ce que tu as dans le dos, Drago ?
À moitié flatté par la question et pris au dépourvu, Drago se redressa sur ses coudes et adressa un petit rictus à Pansy.
— Blessure de guerre, inquiète ? Nargua-t-il.
— Elle n'a pas l'air saine, fit remarquer Pansy avec un froncement de nez.
C'était vrai. Matin et soir, il devait appliquer le beurre de manticore, mais ce matin, il n'en avait pas eu le temps car était resté au lit. La plaie l'élançait d'ailleurs et il la sentait s'humecter de ce sérum que produisait son corps par réflexe pour suinter la chair : s'il continuait ses conneries, la blessure risquait de s'infecter.
Ces derniers matins, sa routine sportive passait régulièrement à la trappe, et le soin qui allait de pair avec. Un piège de culpabilité se referma quelque peu sur ses entrailles. Pansy vit à son expression que presser le sujet ne l'amènerait nulle-part et se laissa retomber sa tête sur sa nuque, yeux fixés au plafond.
— Eh bien. Je ne sais pas ce que tu as fait cet été, mais tu es bien meilleur que l'année dernière, souffla-t-elle, la voix quelque peu éteinte par ses cris précédents.
Offensé au plus haut point, Drago se tourna vivement vers elle.
— Je te demande pardon ?
— Non, mais, pas de méprise, je ne dis pas que ce n'était pas bien en cinquième année, mais… Enfin… Là, c'était… C'était fou. Tu… Tu es un vrai… animal, gloussa-t-elle.
Drago oscillait entre la sensation d'avoir été grandement insulté, mais aussi de se sentir très flatté. Pansy, elle, se satisfaisait d'avoir changé le sujet.
— On va recommencer ça, bientôt, assura-t-elle avec enthousiasme, aussi bien à son attention qu'à elle-même.
— Demain, même heure ? Proposa Drago, qui savait qu'ils avaient leur seconde période de libre le lendemain car ils n'avaient tous deux pas Arithmancie.
Ce n'était pas très raisonnable, et l'activité peu productive. Il avait des livres à lire, une Armoire à chercher, un poison à trouver… Mais encore rendu extatique par la jouissance, il n'en avait là, tout-de-suite, que faire. Il avait besoin d'une gratification immédiate pour pallier la culpabilité qui l'avait tout juste envahi.
En troisième période, ils avaient Métamorphose.
La Sang-de-Bourbe et lui échangèrent un regard au début du cours, car McGonagall exigea de Drago et d'elle qu'ils restent tous les deux après la fin de la leçon, avant d'aller déjeuner. Granger jeta également un coup d'œil aux joues fraîches de Pansy et à l'échevellement de Drago, semblant en tirer ses propres conclusions. Drago refusa de s'admettre à lui-même qu'il avait laissé sa cravate mal refaite, ses cheveux en pagaille et sa veste déboutonnée dans le seul but de véhiculer un tel effet. Il ne rejeta cependant pas la délectation qui ensuivit l'apparente réflexion de la Sang-de-Bourbe, vraisemblablement répugnée à l'idée qu'ils aient pu avoir des ébats.
Pucelle, songea-t-il comme une insulte.
Potter et Weasley discutaient à voix-basse, manifestement surpris que leur petite copine et lui soient invités à rester après le cours. Sans doute la Sang-de-Bourbe avait-elle encore oublié de mentionner leur rencontre dans le rayonnage de la Bibliothèque, l'avant-veille. Elle semblait manquer à ses confidences, ces derniers temps. Se distançait-elle d'eux ?
Quand le cours se termina, lui et Granger s'avancèrent vers le bureau de la vieille harpie.
— Monsieur Malefoy, je vous serais grée de cesser vos enfantillages et vos menaces à l'encontre de Miss Granger, ici présente. Sachez que vous êtes encore préfet par les bonnes grâces des professeurs Rogue et Dumbledore, mais que si l'on vous reprenait à de tels comportements, votre badge vous serait retiré et vous risqueriez plus que de simples heures de colle. En attendant, c'est ce que vous aurez : un après-midi de colle, en ma compagnie. Vous attendrez ma note vous stipulant le jour et l'heure. J'ose espérer que vous resterez désormais courtois et aimable vis-à-vis de vos collègues et camarades.
— Très bien, professeur, acquiesça poliment Drago sans la moindre insolence.
Le professeur leur indiqua la porte de la salle de classe d'un hochement de tête pour leur faire signe de quitter les lieux, ce qu'ils firent, récupérant leurs sacs sur leurs pupitres respectifs. Dans le couloir menant à la Grand-Salle, où ils se rendaient tous les deux pour aller se déjeuner, Drago ne put s'empêcher de ricaner.
— Quelle frousse, hein ? Provoqua-t-il. J'ai bien cru que mon compte était bon.
La Sang-de-Bourbe ne répondit pas, accélérant le pas pour le distancer. Drago la rattrapa sans peine en quelques enjambées : elle était plus petite que lui, et il était aisé pour lui de suivre son rythme, ou même de la devancer s'il le souhaitait.
— Bah alors, Granger ? On n'a plus la langue si pendue tout-à-coup ?
— Le professeur McGonagall vient tout juste de t'avertir de cesser tes imbécilités, et à peine sorti de la classe, tu recommences, s'indigna-t-elle avec une sorte d'admiration pour sa stupidité. Tu es masochiste.
Mais Drago ricana de plus belle.
— Je me fiche bien des remontrances de cette vieille chouette.
Granger secoua la tête en signe de désapprobation. Entendre son professeur favori se faire insulter ne devait pas être agréable. Drago s'épargnait bien cette peine en ne préférant aucun de ses enseignants.
— Continue comme ça et tu ne seras plus préfet, menaça-t-elle pour faire échos des paroles de McGonagall.
— Je m'en contrefous, cingla-t-il avec acidité.
Elle lui jeta un regard oblique, semblant déconcertée face à une telle désinvolture.
— Toi ? Sans privilèges ? Sans pouvoir intimider des plus jeunes, distribuer des retenues, et profiter des bains des préfets ? Ne me fais pas rire.
— J'aurais toujours le privilège d'avoir le sang pur et d'échapper à des réunions dans des salles étriquées où ton odeur empuantit l'air, dédaigna-t-il, amusé.
À son expression, il était désormais sûr qu'elle comprenait que son entrevue avec McGonagall n'avait rien changé pour lui. Il n'allait pas devenir plus aimable, courtois, ou il ne se souvenait plus quelle autre connerie McGonagall avait exigé de lui.
— Eh bien, Sang-de-Bourbe ? Ça ne répond plus là-haut ? S'amusa-t-il à la narguer davantage, tapotant sa propre tempe du bout de son index.
— Arrête de m'appeler comme ça ! Craqua-t-elle finalement.
Ah, enfin.
Après une semaine et demie, elle avait enfin cédé à la colère.
Le mot avait enfin atteint sa cible.
— Oh, ça te gêne, peut-être ? Demanda-t-il sur le ton indifférent de quelqu'un qui se rend compte de l'inconfort petit et futile d'un inconnu dont il se moque.
Ses yeux brillaient de fureur, la tomette prenant des accents de grenat et d'or, et elle était tout à fait engageante ainsi. Il se demandait bien comment il faisait pour résister à sa proximité, à leur proximité, à l'envie irrépressible de la réduire – et de la réduire, elle aussi, à néant – mais la potion se rappelait à lui comme une lame sous une gorge.
Ils allaient bientôt arriver à la Grand-Salle, de toute façon. Inutile de continuer cette agréable taquinerie. Il serait plus pratique… plus astucieux et profitable, de tirer parti de son agacement dans un autre endroit et à un autre moment.
Leurs chemins se séparèrent lorsqu'ils rejoignirent leurs tables respectives.
MARDI 10 SEPTEMBRE – Bibliothèque, après les cours – Poudlard, Écosse
Drago Malefoy n'était peut-être pas un Mangemort, mais il était à tous les points de vue devenu insupportable pour Hermione. Ses insolences, insultes, menaces, et sa générale impunité auprès du corps professoral de Poudlard lui donnait envie de l'étrangler. Elle n'en avait pourtant jusqu'ici rien fait, mais Merlin lui prête force que cela dure jusqu'à la fin de cette deuxième semaine de cours.
Consultant sa montre à son poignet, elle attesta ce qu'elle avait déjà supposé : en retard. Comme le satané lapin d'Alice au Pays des Merveilles, Hermione était depuis la semaine dernière constamment en retard pour tout. D'autres élèves auraient probablement relativisé la chose, voire même auraient rejeté sa définition même du retard car Hermione avait, pour ainsi dire, de l'avance sur tout ce qu'elle entreprenait. Mais elle n'était pas de cette lestesse morale et scolaire qui lui permettait de se reposer sur ses lauriers, et la Gryffondor exigeait énormément d'elle-même. Plus que ce qu'elle ne s'offrait présentement, cela était en tout cas certain.
Et tout cela n'était pas étranger à ce fichu Serpentard de malheur qui n'arrêtait pas de la poursuivre de ses intimidations, de l'injurier de toutes les façons, et qui très clairement conspirait contre elle et ses deux meilleurs amis. Car quand bien même elle n'était pas encore prête à s'aligner sur l'opinion catégorique d'Harry sur le fait qu'il ait été enrôlé parmi les Mangemorts durant l'été, elle ne pouvait nier qu'il tramait très manifestement quelque chose.
Heureusement qu'Hermione s'était avancée sur les devoirs de la semaine et qu'elle pouvait d'ores et déjà travailler aux essais et lectures de la semaine suivante. Demain, elle avait Études des Runes, Arithmancie, Potions le matin, et Métamorphose l'après-midi. Après avoir vérifié dans chacune de ses consignes de cours que ses exercices et ses commentaires de lecture étaient bien rangés et prêts pour les leçons du lendemain, elle reporta son attention sur le devoir de Défense contre les forces du mal que Rogue leur avait exigé pour le cours du lundi suivant. Un essai de cinquante-cinq centimètres sur l'avantage de l'ambidextrie magique pour les combats rapprochés, et sur les sorciers et sorcières célèbres étant parvenu à la pratiquer. Évidemment, elle songeait de nouveau à Malefoy, car elle l'avait vu user d'ambidextrie la semaine passée. Il devait s'y être entraîné durant l'été car elle ne se souvenait pas de lui avoir connu une telle adresse les années précédentes. Tout cela n'était pas très encourageant.
Quand elle se rendit dans la Grand-Salle pour dîner ce soir-là, elle trouva Harry en pleine conversation avec Seamus et Neville, Ginny échangeant des regards complices avec Dean par-dessus la table, et de l'autre côté, Ron et Lavande en train de plaisanter joyeusement. Déjà de mauvaise humeur, ce spectacle ne fit rien pour améliorer le moral d'Hermione qui se laissa tomber sur le banc à côté d'Harry, et décida de ne pas prononcer le moindre mot du repas, préférant se concentrer sur son assiette.
Pendant qu'elle mastiquait, elle songeait à nouveau aux critiques de Malefoy sur son physique, puis à sa discussion avec Ron sur sa prétendue corpulence plus importante. Jetant un regard à la table des Serpentards, elle trouva Malefoy en pleine discussion avec Pansy Parkinson, et ils avaient l'air d'échanger des messes-basses pleines de sous-entendus, vu le rouge sur les joues de la jeune-fille et l'air intéressé de Malefoy. Reportant ses yeux sur sa propre tablée, elle rencontra le duo Ron et Lavande, puis Ginny et Dean… et posa enfin ses prunelles enfin sur les deux camarades qui l'accointaient. Neville était pratiquement avec Hannah. Il n'y avait qu'elle et Harry, à se lamenter probablement le soir dans leur lit de leur célibat et de leurs amours déçues. Les regards alanguis et probablement inconscients de ce dernier vers Ginny la firent se sentir moins seule, mais rien de suffisant pour arranger ses propres émois.
Quand elle fit sa ronde ce soir-là, elle n'était pas en retard mais cela ne la ragaillardit pas. Elle se sentait fatiguée et triste : lasse. Elle rentra à la salle commune en avance pour la première fois depuis sa rentrée à Poudlard et alla directement se laver puis se coucher, le cœur maussade.
MERCREDI 11 SEPTEMBRE – Grand-Salle, Tôt le matin – Poudlard, Écosse
Hermione mâchouillait son bol de porridge sans la moindre énergie, les yeux perdus dans le vague. Impossible de dormir de la nuit. Lorsqu'elle tombait dans une somnolence, cette dernière se révélait vite malveillante et découvrait le long de sa nuque des souffles glacés et des rires cruels.
Elle était encore seule à la table, Harry et Ron n'étant pas encore descendus prendre leur petit-déjeuner. Il était très tôt.
Comme pendant la première semaine, l'ambiance était sombre à Poudlard, et à raison. La météo automnale en Écosse, froide et humide, pleine de bruine et d'une mollesse venteuse morne, couplée à l'influence néfaste des Détraqueurs, ne faisait rien pour remonter le moral des étudiants.
Elle leva les yeux de la table et balaya le peu d'élèves présents des yeux. Quelques-uns petit-déjeunaient : rares étaient les groupes rieurs. La plupart des écoliers lisaient des journaux ou des livres, chuchotaient solennellement avec leurs voisins, la mine sombre.
Un visage, un regard à sa gauche, l'interpella promptement.
Malefoy.
Il tournait lentement une cuillère dans un bol, adossé lâchement contre le mur derrière le banc mural des Serpentards. Sa figure pâle tranchait significativement avec la couleur presque anthracite des pierres baignées dans l'ombre matinale. Il était encore une fois presque tout seul à sa table. Quelques troisièmes années étaient attablés, mais loin de lui, et ne le regardaient pas.
Hermione se demanda s'il était pestiféré aussi par certains Serpentards, ou s'il désirait simplement être solitaire. Cela avait l'air d'être le cas ces derniers temps, car même si elle le voyait en compagnie de Zabini et de Parkinson, elle le croisait le plus souvent seul. Oui, c'était vrai, se faisait-elle soudain réflexion : quand elle l'observait, elle le trouvait très rarement en compagnie de qui que ce soit. Cette nouvelle solitude n'était d'ailleurs ni saine, ni de bonne augure.
La cuillère du bol de Malefoy tournait elle-même toute seule, et Hermione vit qu'il menait négligemment sa baguette pour en guider les mouvements. La manœuvre avait une certaine grâce, et la souplesse de sa magie révélait un dosage aiguisé dont elle ne l'avait jamais su capable. Elle connaissait ses compétences en maléfices, et il était certes assez doué dans le maniement des sortilèges, mais il y avait quelque chose de différent dans cette dextérité nonchalante.
Il avait vu qu'elle le regardait, et comme d'habitude, la striait froidement du regard, n'accordant plus la moindre attention à la cuillère qui pour autant, ne s'arrêta pas de tourner. Au contraire, cette dernière dansa lentement d'avant en arrière, exécutant une forme de huit. Doucement, elle tourna même sur elle-même, forant le liquide, qu'Hermione devinait être du porridge.
Il la transperçait des yeux, et elle se demandait alors comment, au diable comment, Drago Malefoy pouvait manier un objet avec une telle aisance sans le regarder. Non pas que cela soit impossible, non non, juste, elle ne l'en savait pas capable jusqu'ici. Comme tous les prodiges qu'il accomplissait depuis la rentrée à vrai dire.
Elle était encore en train de pondérer cela quand sa propre cuillère échappa à sa main et se mit à tourner dans son bol de porridge, imitant les mouvements de celle de Malefoy. Quelque peu horrifiée, Hermione regarda l'ustensile mélanger doucement son porridge, puis accélérer. Soudainement, le porridge changeait de couleur, brunissant. La cuillère tournait si vite à présent, miraculeusement sans racler les bords, et donc dans un silence terrifiant, que le liquide se mit à fumer comme en train de cuire.
Des bulles apparaissaient langoureusement à la surface et Hermione lança un regard alarmé à Malefoy, qui, elle le voyait désormais, s'amusait visiblement de son trouble et arborait un petit rictus sournois.
Elle s'apprêtait à se lever pour aller lui dire deux mots quand soudainement, son bol lui explosa au visage.
De la boue.
Il avait transformé son porridge en boue.
Scandalisée, Hermione se leva dans un grand raclement de banc. Tous les regards des élèves étaient sur elle à présent. Tout le monde devait penser qu'elle avait essayé et raté un sortilège car des rires résonnèrent un peu partout.
Elle se lança un Recurvite et, sans se démonter, quitta la table pour s'approcher de celle de Malefoy.
Se plantant devant le Serpentard, qui lui, était resté adossé à son mur et avait suivi sa marche jusqu'à sa table, Hermione le dévisagea.
— Je ne savais pas que tu aimais tant la cosmétique, Granger, souffla-t-il d'une voix mesquine. Mais j'aurais dû me douter que tu aimais les bains de bourbe.
— Ne fais plus jamais ça, l'avertit-elle d'une voix autoritaire.
— Faire quoi ? S'enquit-il innocemment.
Le scélérat.
— Le maléfice, grinça-t-elle. Ne me prends pas pour une imbécile, je sais que c'était toi. Le règlement interdit les–
— Le règlement interdit aussi les sorties nocturnes, coupa-t-il, amusé.
Hermione se figea sur place. Son rictus grandit davantage lorsqu'il la vit pâlir.
Elle savait exactement à quoi il faisait référence, et l'idée détestable qu'il puisse être au courant de ses retards récurrents lui donna la nausée. Elle se sentait en faute, mais elle ne savait pas pourquoi car il s'agissait de Malefoy, et c'est pourquoi elle plissa les yeux, l'air inquisiteur. Visiblement, c'était ce qu'il avait escompté, puisqu'il arbora un sourire à demi-victorieux.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? Interrogea-t-elle froidement.
— Ce n'est pas prudent de se balader la nuit dans le château, murmura-t-il soudain d'une voix narquoise.
Le cœur d'Hermione sembla s'arrêter.
C'était lui. C'était lui, cette fois-là dans le couloir. Forcément ! Ce fameux petit rire sournois. Comment aurait-il pu savoir, autrement ?
— À la recherche d'une alcôve pour retrouver Weasmoche ? Susurra-t-il en grimaçant moitié de dégoût dans son sourire narquois.
Furibonde, Hermione s'assit sur le banc en face de lui pour continuer la conversation en chuchotant rageusement. C'était la première fois qu'elle s'asseyait à la table des Serpentards et elle reçut des regards furieux de la part du groupe des troisièmes années mais n'en avait cure.
Malefoy, lui, ne sembla étrangement pas s'en formaliser.
— Je suis au courant que le règlement interdit les sorties nocturnes, je suis préfète. Toi, d'un autre côté, ne l'es plus.
Nullement impressionné, Malefoy humecta ses lèvres et saisit la cuillère dans son bol de porridge, l'enfournant dans sa bouche. Il ne répondit pas tout de suite, préférant retourner l'ustensile entre ses lèvres et en racler l'intérieur concave avec la langue dans un geste provocant.
— Je suis encore préfet, rappela-t-il sournoisement.
— Tu ne fais pas tes rondes, ni ne viens plus aux réunions. C'est tout comme ! Protesta-t-elle vivement.
— Et pourtant… S'amusa-t-il en lui montrant son badge du bout de sa cuillère, toujours épinglé sur sa robe de sorcier. Comme McGonagall l'a dit hier, on ne m'a pas encore retiré mon insigne.
Malefoy répéta le même manège avec la cuillère, ayant l'air d'avoir envie de la pousser à bout.
— Quoi qu'il en soit, le règlement n'exempte pas les préfets, remarqua-t-il avec sagacité. Le couvre-feu, c'est le couvre-feu.
Il avait un don pour retourner la situation.
— Je te ferais aimablement remarquer, Malefoy, reprit-elle d'une voix plus glaciale encore, essayant désespérément de regagner contenance. Que si tu m'as vue dans les couloirs en pleine nuit, c'est que tu devais t'y trouver toi-aussi.
Malefoy pouffa de rire.
— Même toi, tu vaux mieux que ça, Sang-de-Bourbe…
Sale raciste.
— Les fantômes sont partout dans Poudlard, continua-t-il, énigmatique.
Prétendait-il tirer ses renseignements de là ? Mais il ne pouvait pas imaginer qu'elle allait le croire : il la narguait avec une bonne excuse. Elle ne pouvait pas lui dire qu'elle était sûre qu'il ne s'agissait pas d'un fantôme, mais bien d'une personne, car cela aurait été se trahir… Or c'était précisément ce qu'il voulait.
Quel cafard.
— Tes sournoiseries ne m'intéressent vraiment pas, claqua-t-elle finalement d'un ton sec.
— Oh mais… Ce n'était pas pour te prendre en flagrant délit ni rien, tu sais… Balade-toi autant que tu veux.
Hermione se sentit tout à coup très mal à l'aise. L'inflexion de sa voix n'appelait qu'à la malice et à la cruauté.
— C'est juste qu'on ne sait jamais ce qui peut se produire dans les couloirs de Poudlard. Après tout, il y a trois ans, un Basilic s'y promenait… Chuchota-t-il sur le ton d'une feinte confidence.
— Je suis au courant, grinça-t-elle.
Mais elle savait très bien qu'il avait dit ça sans le moindre hasard. Elle faisait partie des personnes à avoir été pétrifiées, après tout.
— Et je ne vois pas quoi d'autre pourrait me faire peur après ça, l'informa-t-elle d'une voix rude. Maintenant, fiche-moi la paix, et si tu me jettes un nouveau sort, je–
Il ricana, l'interrompant dans sa menace, et se leva pour quitter la table, la laissant le cœur battant et le souffle court. Décidément, elle n'était jamais en paix. Il fallait qu'elle cesse de le regarder à tout bout de champ, car c'était à chaque fois qu'elle l'observait que se produisait une nouvelle catastrophe.
La Gryffondor regagna sa table en silence, attendant ses deux meilleurs amis. Comme pour les tous les autres échanges de regards et d'inimitié, Hermione ne raconta rien de ce qui s'était produit entre elle et Malefoy à ses deux amis. Sinon, elle aurait dû révéler ses retards continuels sur ses rondes, les transformant presque en escapades nocturnes interdites, et à vrai dire, elle n'en avait pas envie. Ils auraient tôt fait de lui reprocher son imprudence, et même de citer ces virées en exemple la prochaine fois qu'ils voudraient enfreindre le règlement et qu'elle s'y opposerait.
Le soir, elle alla se coucher, Hermione se répéta pour la énième fois depuis la rentrée que leur sixième année à Poudlard s'annonçait tout aussi compliquée que les précédentes, et qu'elle serait loin d'être de tout repos. C'est sur ces pensées qu'elle s'endormit, en chien de fusil. Ses rêves furent peuplés des dédales de couloirs de Poudlard dans lesquels elle courrait afin d'échapper à des centaines de serpents de toutes les tailles.
Lorsqu'elle s'éveilla en sursaut, il lui fut impossible de se rendormir, et elle se plongea alors simplement dans un de ses ouvrages de chevet jusqu'au matin.
Poly-mobilité sans appui visuel, métamorphose graduelle, et maléfice d'explosion mineure, tout cela du même coup, en sortilèges informulés, énuméra-t-elle dans sa tête.
Drago Malefoy avait pris du grade en magie. Significativement.
Cela n'avait rien de rassurant.
Et si Harry avait raison ? Et s'il avait véritablement la Marque des Ténèbres sur le bras ? S'il était vraiment devenu un Mangemort, un espion à Poudlard, pour informer Voldemort des faits-et-gestes des personnes de l'école ? Rendue moitié fiévreuse par son manque de sommeil et l'inextricabilité de ses réflexions et de ses doutes, Hermione se massa les tempes. Que faisait-il en ce moment même ? Était-il en train de dormir ou se baladait-il encore dans les couloirs ? Que tramait-il ?
La curiosité lui rongeait le ventre.
Elle venait de s'endormir quand les réveils du dortoir sonnèrent. Une rage désespérée s'empara d'elle, mais sa rigueur l'empêchait de rater des cours, et elle se força à se lever.
JEUDI 12 SEPTEMBRE – Poudlard, Écosse
La classe de Potions avait été aussi désagréable qu'à l'ordinaire, avec les constants éloges et flatteries de Slughorn pour le Saint Potter. Même la moue dépitée de Granger ne suffisait pas à vivifier son humeur. À vrai dire, Drago partageait même son amertume à ce stade, comme si le cours n'était pas suffisamment rageant ainsi. Se trouver un point commun avec Granger n'avait rien d'agréable.
Heureusement, la deuxième période du jeudi était Défense contre les forces du mal, classe où Potter faisait moins le fier. Granger, elle non plus, n'avait pas plus le moral, mais lui, à l'inverse, accomplissait prouesse sur prouesse et se sentait mieux à la fin du cours.
La dernière période de la matinée était dédiée à la classe de Sortilèges, où encore une fois il faisait des merveilles. Même la Sang-de-Bourbe devait s'y reprendre à plusieurs fois pour informuler certains sorts, là où Drago n'y éprouvait pas la moindre difficulté. Et c'était bon, car cela, en plus de lui donner la satisfaction du travail bien fait, lui octroyait l'appréciable et étrange admiration des professeurs, des points pour sa maison, et en plus, les regards furieux du trio Gryffondor. Potter, il le savait, était de plus en plus méfiant à son encontre et il se doutait que les conversations entre les trois devaient souvent tourner autour de son comportement, ce qui le ravissait tout à fait, tout en l'inquiétant quelque peu car il attirait sans doute un peu trop l'attention sur lui. Pour autant, pourquoi s'en priver ? C'était ce qu'il avait cherché à obtenir toute sa vie, et maintenant, il l'avait.
Drago avait également remarqué que le trio cherchait désormais à fuir sa présence lorsqu'ils étaient tous les trois et supposait donc que la Sang-de-Bourbe leur avait mentionné la possibilité qu'il puisse écouter à distance. De telles précautions semblaient indiquer qu'ils ignoraient tout à fait comment il s'y prenait, bien que Granger ait fait allusion à des « Oreilles à rallonge » ou quelque chose de cette sorte, dont il ne connaissait pas l'existence, bien que le nom lui dise quelque chose.
L'après-midi, les sixièmes années avaient Botanique, et Drago s'employait donc à manifester plus de marques d'affection et de lubricité à l'égard de Pansy qu'il en était réellement sincèrement capable, cherchant délibérément à enrager Granger par son comportement si peu approprié dans une salle de classe, au nez et à la barbe de Chourave qui ne semblait rien voir de son manège.
C'est qu'elle en aurait presque oublié de suivre le cours, ou même de jeter des regards attendris vers Hannah et Neville qui s'entendaient vraisemblablement à merveille, ce qui – il devait l'avouer – lui donnait quelque peu la nausée. Pendant qu'elle se préoccupait de lui et de ses roublardises, elle occultait également les discussions entre les Gryffondors, et paraissait ne pas remarquer les rapprochements perpétuels de Brown vis-à-vis de Weasley. Tant pis pour elle.
Tant mieux, se disait-il même parfois, sans y réfléchir véritablement.
Le jeudi après-midi et soir, il s'abîma dans ses lectures de nouveau, et se décida pour une fois à aller se coucher tôt car il commençait vraiment à ressentir une fatigue s'inscrire dans ses membres. Peut-être était-ce les effets secondaires de sa consommation abusive d'Obduro, ou peut-être était-ce son manque de sommeil qui le rattrapait ? Sans doute les deux.
Quand il s'endormit ce soir-là, il se sentit tout drôle, comme s'il avait un vertige : un mauvais pressentiment. La somnolence le noya promptement, et bientôt, il tournoyait dans le vide et l'obscurité.
Des voix lointaines, froides et cruelles chuchotaient de mauvais présages. Il entendait cliqueter des chaines, comme si on les raclait sur un sol de pierre inégal. Une lueur pâle et aveuglante le faisait aussitôt mettre sa main en visière et l'ombre de barreaux s'abattait sur lui.
Il était en prison. Les gonds grinçaient et des ombres flottaient au-dessus du sol, encapées et horrifiantes. Dans le secret du cauchemar, Drago n'avait aucun recours. L'Obduro n'avait aucune prise sur cette partie de l'esprit, et, prisonnier de son rêve comme en son sein, la panique vint le submerger et le souffle lui manquer.
Impossible de bouger, de mouvoir le moindre muscle : figé, on lui attrapait le visage en coupe. Des mains putréfiées, pleines de croûtes. Un râle retentissait, et soudain… Soudain la bouche du Détraqueur avalait son âme à grandes goulées, et il la sentait sortir par sa trachée, comme s'il la vomissait.
Mais, tout à coup, ce n'était plus un Détraqueur. C'était le Seigneur Noir, et sa prise glissait jusqu'à son cou comme un serpent, enroulant ses doigts arachnéens autour de la gorge de Drago pour venir l'enserrer de plus en plus fort. Drago essayait de supplier, mais rien ne vint, car les cris restaient coincés sous l'emprise des paumes du Seigneur des Ténèbres.
Tu as échoué, Drago. Susurrait la voix.
Avec une facilité dérisoire, la vie de Drago semblait s'enfuir dans son souffle et dans la régurgitation de son âme.
L'exaction du Seigneur Noir était implacable et le long de son front s'improvisait une sueur épaisse, comme de la graisse, comme un cérat aigre – de l'essence de bile qui lui sortait par les tempes – et plus que son âme, il avait désormais envie de gerber ses tripes car il se sentait très malade.
Crûment, des bruits de vomissures, de crachats, de grognements et de plaintes sourdes, sonnaient autour de lui par dizaines et il avait l'impression d'être entouré de souffrants. Il voulait capituler, il voulait se débarrasser de cette cape de calamité et de cadène qui le ceinturait et l'étreignait. Il voulait échapper à tout ça, loin de tout, partir tout court et pour toujours.
Mais il y avait dans ce cauchemar l'exutoire de trop de peurs tues et jamais affrontées, d'anxiétés passées sous silence et d'angoisses cachées.
Dans l'addiction, il avait trouvé une échappatoire, mais la potion elle-même, comme lui, avait ses déficiences. Toutes ses gorgées, ses déglutitions pétrolées à la va-vite se payaient cher, au centuple même. Fauché par la vitesse du train de ses pensées morbides, Drago ignorait dans son cauchemar que ses paupières tressautaient et que ses pupilles étaient dilatées par le manque.
Son être se déchirait en mille morceaux, il sentait son identité s'ensevelir sur elle-même, incertaine de ses anciens repères et broyée par les assauts d'un vent chaud et méphitique.
Drago, encore une fois, ploya et obtempéra avec obligeance. Il voulait sortir de là, de cet endroit mortifère, et bientôt, quand quelques éternités furent passées, il s'éveilla et c'était l'aube.
Jamais Drago n'avait regardé le ciel matinal avec une telle terreur. Jamais il n'avait connu telle torture, et voir le soleil semblait comme une renaissance après cette nuit d'horreur.
Malheureusement, le malaise ne le quitta pas. Il avait mal partout, particulièrement à la plaie dans son dos, et son oreiller était détrempé par un mélange de salive et de bile. Une odeur fétide l'entourait. D'une main tremblante, il attrapa sa baguette magique et fit de son mieux pour tout nettoyer. Il eut de la peine à refermer ses doigts sur le verre posé sur sa table de nuit afin de désaltérer sa gorge éprouvée.
Nous étions le vendredi 13 septembre, et cette journée n'allait faire qu'empirer.
VENDREDI 13 SEPTEMBRE – Botanique, serre des sixièmes années – Poudlard, Écosse
C'était cette matinée qu'Hannah Abbot avait décidé de tirer Neville Londubat par la main vers les serres désertées des septièmes années.
C'était à la pause entre la première et la seconde période qu'elle se rapprocherait de lui, sentirait l'odeur mentholée du dentifrice qu'il tâchait toujours sur son col en se brossant les dents le matin, et pencherait lentement ses lèvres contre les siennes.
C'était à ce moment-là qu'elle connaîtrait, pour la première fois de son existence, la félicité de ce qu'était le baiser doux et chaste d'une affection partagée.
Mais le destin était insaisissable, et les plans fomentés n'étaient pas toujours voués à se concrétiser. C'est du moins ce qu'elle se dit, lorsqu'elle fut tirée hors du cours de Botanique par le professeur Chourave en personne, après que cette dernière ait reçu une note par le concierge.
D'ici quelques minutes, même si elle l'ignorait encore, il lui serait annoncé la pire nouvelle de sa jeunesse. Pendant ces quelques secondes de bref répit, l'impression que quelque chose de terrible s'était produit pour qu'on la sorte ainsi d'une leçon picotait sa nuque, mais elle n'avait aucune certitude. L'esprit d'Hannah tournait et tournait dans sa tête toutes sortes d'hypothèses des plus affreuses aux plus absurdes.
C'est quand la voix grave, solennelle et compatissante, pénétrante et douce du professeur Dumbledore lui annonça le décès de sa mère et l'arrivée prochaine de son père pour venir la chercher, qu'Hannah s'agenouilla lentement sur le tapis du bureau du directeur et perdit, pour les jours qui suivirent, la capacité de prononcer le moindre mot.
Neville suivit Hannah du regard lorsqu'elle fut emmenée par le professeur Chourave, la porte de la serre claquant derrière elles, mais se rouvrant bêtement comme elle en avait coutume car sa clenche était usée. Il entendit le bruit caractéristique de son ouverture tandis que le panneau de verre s'écartait de nouveau dans un grincement aigu et rouillé. Aussitôt qu'elles furent parties, une clameur retentit dans la classe. Les maisonnées se rapprochaient entre elles, instinctivement, et chaque clan discutait ce qui venait de se produire.
Ernie Macmillan de Poufsouffle s'exclama bruyamment.
— Par Merlin, j'espère que rien n'est arrivé à sa famille !
Un sifflement condescendant retentit juste à côté de lui. Zacharias Smith.
— Franchement, qu'est-ce que tu crois ? Le singea-t-il presque de sa voix désagréable. Bien sûr qu'il est arrivé quelque chose. Est-ce que ça t'arrive de lire la Gazette ?!
Les Gryffondors – Neville, Hermione, Harry, Ron, Dean, Seamus, Parvati et Lavande – échangèrent tous des regards inquiets et inquisiteurs, comme pour s'interroger mutuellement sur une explication connue par l'un d'entre eux, et qui serait présentement la bienvenue. Mais personne ne savait quoi que ce soit.
— Ce n'est peut-être rien, contrecarra Terry Boot du côté des Serdaigles. Susan Bones revient ce weekend, n'est-ce pas ? Elle a peut-être été invitée à l'accueillir afin que Susan ne se sente pas… seule ?
— Oui, ça aurait du sens, approuva Padma à ses côtés.
Mais les autres Serdaigles – Michael Corner, Lisa Turpin, Anthony Goldstein et Mandy Brocklehurst – ne semblaient pas partager leur enthousiasme. Et Neville se demanda pourquoi quand ces derniers baissèrent les yeux pour éviter de se regarder. À la surprise générale, ce fut Hermione qui ouvrit la bouche.
— Non. Je ne pense pas qu'il s'agisse de cela, murmura-t-elle en secouant doucement la tête en signe de négation.
Le silence s'installa comme une chape de plomb, et aussitôt, la gorge de Neville se serra.
— Hannah savait que Susan allait revenir dès le début de cette semaine. Si cela avait été pour l'accueillir, elle aurait tout simplement été prévenue à l'avance qu'elle allait rater ce cours. Mais… Je sais qu'elle comptait y assister, donc…
Sa voix s'éteignit quelque peu. Neville était suspendu à ses lèvres. Son cœur tambourinait douloureusement dans sa poitrine, et malgré lui, il sentit ses yeux s'embuer. Il savait, sans pouvoir expliquer comment, qu'Hermione avait raison.
— Il y a de fortes chances, malheureusement, pour que quelque chose de fâcheux et… de soudain… se soit produit.
Tout le monde sembla choqué par la vraisemblance des propos d'Hermione.
Les Serpentards, qui depuis l'intervention de Rusard n'avait pas pipé mot, continuèrent à se murer dans le silence tout en suivant attentivement les échanges de la pièce.
— Rien ne sert de faire des suppositions, finit par dire Justin Finch-Fletchley. Nous serons fixés au déjeuner.
Wayne Hopkins approuva les paroles de son collègue de Poufsouffle, et jeta un regard froid à Zacharias et Ernie, visiblement agacé que les deux aient entamé une telle conversation devant tout le monde.
Neville avait du mal à respirer. Il sentait comme une enclume sur sa poitrine. Hannah. Hannah. Hannah, pensait-il, en rythme avec son cœur. Pitié qu'elle n'ait pas perdu quelqu'un de proche. Il savait mieux que quiconque ce qu'était d'affronter la perte d'êtres chers, et il souhaitait la protéger de cela.
Mais comment aurait-il pu ? Son visage flashait devant ses yeux, son sourire, ses fossettes et ses regards joviaux. Elle n'était pas une froussarde. Il l'admirait. Il… l'aimait ? Était-ce quelque chose de raisonnable ? Ils ne se fréquentaient que depuis peu, mais cela faisait bien longtemps que Neville l'observait dans l'ombre de sa timidité.
Bientôt, il sentit une main se poser sur son avant-bras. C'était Hermione et elle le regardait avec une grande inquiétude. Il voulut sourire mais ne put que grimacer et déglutir avec difficulté. Ses doigts se pressèrent davantage contre son bras dans un geste réconfortant. Mais la chaleur du mouvement était frêle face au froid de l'impuissance, de l'ignorance et de la solitude. Et Neville, sans pouvoir la regarder davantage, baissa la tête et serra les lèvres.
Quelque chose de terrible s'était produit, elle en était sûre.
Quelle affreuse ironie du sort. Au moment même où Susan allait revenir… Mais Hermione se morigéna mentalement. Il fallait qu'elle cesse de s'enfoncer dans cette hypothèse. Elle ne savait rien ! Tout était possible. Malgré tout, elle avait les mains moites et se mordait la lèvre jusqu'au sang, rien qu'à resonger aux échos du rire d'Hannah qui conspire pour embrasser Neville entre le cours de Botanique et de Sortilèges. Pourrait-elle vraiment l'embrasser ?
Hermione se raccrochait à cette question futile, comme s'il s'agissait là d'une problématique cosmique et hautement philosophique.
Le professeur Chourave revint environ quinze minutes avant la fin du cours. Elle congédia la classe sans regarder les élèves dans les yeux, et Hermione, comme tous les autres, remarqua qu'elle avait pleuré. Elle ne précisa rien sur la nature du départ d'Hannah, et Hermione soupçonnait qu'elle gardât la bouche close pour s'empêcher de sangloter de vive-voix devant les écoliers.
Ron, Harry et elle échangèrent à nouveau un regard dépité. Cela n'annonçait rien de bon, et, au contraire, confirmait qu'Hannah devait avoir entendu une très mauvaise nouvelle. Neville disparût des serres et ne se rendit pas en Sortilèges.
Quand tous les sixièmes années arrivèrent, le professeur Flitwick avait la mine sombre.
— Bonjour à vous tous. Je suis au regret de vous annoncer que Miss Abbot a quitté Poudlard pour le moment, suite à un drame personnel. Le professeur Dumbledore et tout le corps professoral a conscience que certains d'entre vous sont proches d'Hannah, et que vous tous avez étudié avec elle durant ces cinq dernières années, et qu'à ce titre, vous devez être informés par le collège plutôt que par la Gazette de la situation. Je vous prie de garder cette information pour vous et d'être respectueux à tous les points de vue.
Le professeur de Sortilèges inspira longuement.
— La mère de Miss Abbot, Mrs Abbot, est tristement décédée la nuit dernière. Les informations dont nous disposons actuellement indiquent qu'il s'agit d'un acte criminel. Le ou les coupables n'ont pas encore été appréhendés, et la brigade des Aurors ne dispose pour l'instant pas de suspect connu. Il est toutefois tout à fait possible que les informations soient tenues secrètes en vertu de la nature de ce… terrible incident.
Hermione sentait ses dents claquer. Elle avait presque le tournis.
Obliquant son regard, elle jeta un coup d'œil à Malefoy par-dessus son épaule. Il fixait Flitwick d'un air impassible. Il n'avait même pas un peu l'air désolé. Son expression neutre faisait contraste avec les mines horrifiées des autres élèves. Même Pansy Parkinson et Blaise Zabini avaient la décence de froncer les sourcils. Nott, lui, regardait obstinément à l'opposé, par la fenêtre, mais les mains posées sur son pupitre… tremblaient. Malefoy, lui, continuait à regarder le professeur, comme s'il voyait à travers lui. Soudain, leurs yeux se rencontrèrent.
Il avait ce regard vide qu'il arborait parfois. Hermione fronça les sourcils et secoua négativement la tête, la moue nauséeuse : comme si tout était de sa faute. Elle ne pouvait s'en empêcher. Le fait qu'il ait l'air aussi insensible était presque inhumain.
Ne tenait-il pas lui-même à sa mère ? Ne pouvait-il pas éprouver ne serait-ce qu'une once d'empathie pour une camarade qu'il connaissait depuis plusieurs années ? Pour tout ce qu'elle savait, Hannah était une Sang-Pur et il était possible que les Malefoy et les Abbot aient eu des évènements mondains en commun.
Bon sang.
Mais si elle se sentait déjà mal, ce ne fut rien comparé à ce qui arriva ensuite. Car à force de regarder Malefoy, elle remarqua que son teint était particulièrement blême et que ses yeux étaient creusés de cernes sombres.
Ses iris semblèrent se durcir soudain et il la fusilla du regard, comme s'il comprenait à présent ce qu'elle lui reprochait par le biais de ses propres prunelles.
Et puis, elle lut sur ses lèvres et un frisson de peur et de dégoût lui traversa l'échine.
« Et alors ? »
Drago basculait dans l'obscurité voluptueuse de l'oubli et du froid.
Pour la première fois de son existence, il avait avalé l'intégralité d'une fiole d'Obduro d'une seule traite.
Et c'était somptueux. Il se sentait comme un prisonnier qui retrouve enfin sa liberté et la ribauderie d'une vie de débauche et d'excès. Comme un aventurier découvrant enfin en une terre nouvelle, délivrance et mystères. Comme un enfant qui découvre ses mains, un oiseau ses ailes, et un nuage le vent.
Il était stone.
Dans les mirages de ses pensées se mêlaient des noms, des visages et des voix dans une ribambelle infernale et délicieuse de flocons et de cendres, plus dissociatifs les uns que les autres. Sa personne était fractionnée, déchiquetée, rapiécée, dévorée et bâtie dans une hébéphrénie relevant de l'absurde. Il planait, il nageait, il courait, il flânait et se pâmait dans un champ de pluie, mais le soleil brûlait, et tout était à la fois plein et vide, muet, creux et froid, et soudain cacophonique.
Liesse et glace, tempête et inflexibilité.
Et voguant dans son ciel, filant des étoiles, précipitant son cœur dans des éclats de rire sans joie, et une fièvre égrotante qui décochait des larmes à ses yeux. Se maintenir stable relevait ici du vacarme. Il devait crier pour rester debout, et dès qu'il se taisait, le froid fourmillait dans ses jambes et un virage lui retournait la nuque jusqu'à ce qu'elle cède.
Crac.
Il éclata d'un rire dément.
Bonjour, au revoir, je m'appelle Drago Malefoy, je m'appelle Drago Malefoy, je… Je ne ressens rien.
Le visage enfantin d'Hannah Abbot, apeurée et excitée, et le Choixpeau que l'on lui pose sur la tête.
Le sourire de Susan Bones qui accueille Hannah à sa table, qui la retrouve, car c'est sa meilleure amie.
L'expression lunaire de Neville Londubat qui regarde Hannah Abbot avancer dans la Grand-Salle pour se rendre à sa table.
Le rire d'Hermione Granger qui se cache derrière sa paume, dans la bibliothèque silencieuse de Poudlard, car Hannah envoie des baisers à une assistance imaginaire.
Des larmes coulaient sur ses joues qu'il riait encore. D'hilarité ou de tristesse : il ne savait pas, car il ne savait même pas qu'il pleurait. Il ne s'en souviendrait de toute façon pas.
Il sombra dans l'inconscience.
