Merci à Tesara, Cloudy Sun, Drou, woody16, Maerymaelys, Outam, Loufoca-Granger, Anon33, laloudu77, Astermaris, Cesium Spring pour leurs reviews et encouragements :)
Une remarque m'a été adressée sur la quantité de mots peu utilisés que j'intègre dans mon histoire et le fait que cela "sorte" de la lecture (par exemple, pour aller lire leurs définitions). Je tenais à dire que même si je comprends totalement la gêne engendrée, je me trouve bien incapable d'arrêter ! J'adore les mots bizarres et les mots rares et dès que j'en découvre un, je le consigne précieusement (je fais la même chose sur la plage avec les coquillages, ce qui rend toute balade compliquée car je m'arrête tous les 20 centimètres). J'adore les intégrer ensuite dans mes récits et m'en fais même un challenge pour certains (et je fais des mobiles avec les coquillages, ce qui fait que j'ai plein de mobiles partout chez moi...)
Il m'arrive même, notamment lorsque je suis bloquée dans mon écriture (ce qui arrive continuellement), d'aller regarder ma consigne de mots afin de réfléchir à leur définition, et ainsi, relancer une forme d'inspiration qui permet donc au fond de continuer.
C'est donc un ressort / une méthode trop pratique pour moi pour envisager d'arrêter ! Par contre, si vous avez des conseils sur comment rendre ça plus lisible pour vous (intégrer des définitions en haut de chapitre ?), n'hésitez pas à me dire !
Je pense que c'est toujours sympa d'avoir quelques explications sur comment s'y prend un-e auteur-rice !
Allez, bon lundi de Pâques en cette période plus que cheloue !
You're broken, so am I – I'm better off alone.
No one to turn to and nothing to call my own.
Outspoken, so am I – Explosive words that your world wouldn't understand, turn away again.
You're beaten, so am I – I've got a heart of stone, no medication can cure what has taken hold.
You're hurting, so am I – when I awaken, remember why I've been running from your]
[World, dishonored by your world.
Your world, I'm haunted by your world.
My blood is cold as ice, or so I have been told.
Show no emotion, and it can destroy your soul.
Another sacrifice to a tormentor your world wouldn't understand, turn away again.
You're angered, so am I – a thousand fires burn, a land of darkness from which I cannot return.
You're aching, so am I – when I awaken, discover that I have been damaged by your]
[World, dishonored by your world.
Your world, I'm haunted by your world.
You'll never be welcomed amongst the heartless monsters you surround yourself with. Feeding off the pain and misfortune of others. A maniacal breed of sub-human parasites thrown into a feeding frenzy at the smell of fresh blood. Open your eyes and see the creatures for what they are: a swirling mess of hatred and envy. Don't be naive enough to think you're unaffected.
The conversion has already begun.
You're frightened, so am I – a world of demons wait, watching the movements and filling my heart with hate.
You're burning, so am I – when I awaken, discover how I have been ravaged by your]
[World, dishonored by your world.
Your world, I'm haunted by your world.
Haunted – Disturbed
Chapitre 7 – Haunted
SAMEDI 14 SEPTEMBRE – Grande Salle, Tôt le matin – Poudlard, Écosse
Si elle n'avait pu s'empêcher de le regarder avant, ce n'était rien comparé à maintenant. Vérifier sa présence, son état, son comportement, sa compagnie, c'était presque comme respirer. Harry, bien sûr, avait passé la soirée de la veille à accuser Malefoy d'être au courant pour la mère d'Hannah car il était de toute évidence un Mangemort. Certes, le trio dans son ensemble trouvait son comportement des plus suspicieux, et Hermione devait avouer qu'elle avait bien du mal à prendre la défense d'un individu qui, sans être prouvé coupable, lui avait fait des menaces bien loin de démontrer son innocence et présentait une attitude défiante à l'égard des ignominies se produisant actuellement… Pour autant, un Mangemort ?
Un Mangemort… ?
Cela se passe souvent en un instant.
Encore une fois, Hermione mâchonne ses œufs brouillés, et jette un coup d'œil à la table Serpentard. Malefoy n'est pas encore à la table. Un toast beurré plus tard, elle se retrouve à vérifier machinalement, et son cœur bat plus vite lorsqu'elle reconnait sa silhouette. Il n'est pas assis sur le banc, et jongle nonchalamment avec une pomme, discutant avec Blaise Zabini. Hermione s'arrête dans ses gestes et plisse les yeux, comme pour lire sur ses lèvres. Une main passe devant son visage au moment même où Malefoy l'épingle de son regard glacé.
— La terre appelle Hermione Granger, minaude Lavande. Dis, quand est la prochaine sortie à Pré-au-Lard ? Nous allons quand même pouvoir y aller avec tout ce qui se passe ?
Agacée, et surtout très embarrassée d'avoir été prise sur le fait par Malefoy, Hermione répond plus sèchement qu'elle ne le veut.
— Je n'en sais rien ! Mi-octobre !
Et sans plus attendre, elle replonge dans son assiette. Sans pouvoir s'en empêcher, elle jette un coup d'œil en biais à la table des Serpentards et rencontre froidement les yeux de Drago, la striant du regard sans interrompre sa conversation avec son comparse.
Elle baisse les yeux et fait comme si de rien n'était. Le courrier va bientôt arriver. Elle ne remarque pas que Lavande est particulièrement mouchée, et qu'elle reporte son attention sur Ron, qui lui-même semble très pâle. Et pour cause, ce matin vont se tenir les sélections pour l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Hermione n'en a jamais eu aussi peu à carrer du Quidditch que maintenant, mais elle se prépare tout de même à aller sur le terrain afin d'encourager Ron.
Quand elle relève le regard, elle trouve Malefoy en train de la scruter comme un insecte répugnant et elle détourne une fois de plus la tête.
Hermione égara plutôt ses yeux sur la table des professeurs, constatant dans une désagréable révélation que le directeur en était absent… Mais il n'était pas le seul à manquer à l'appel car Hagrid aussi n'était pas là. Aussitôt, elle le fit remarquer à Harry et Ron et entama avec ce dernier une broutille de dispute. Ron était particulièrement prompt à s'irriter car stressé par l'issue de la sélection, mais elle aussi était rendue à fleur de peau par son inquiétude générale. Harry en profita pour exprimer ses doutes quant au nombre inhabituel de candidats pour l'équipe de Quidditch et Hermione leva aussitôt les yeux au ciel, changeant de cible.
— Allons, Harry. Ce n'est pas le Quidditch qui a du succès, c'est toi. Tu n'as jamais été aussi intéressant, et franchement, jamais aussi attirant.
Ron s'étouffa mais Hermione ne s'en préoccupa pas, continuant sur sa lancée.
— Ils savent tous désormais que tu disais la vérité, non ? Persévéra-t-elle, la voix égale. Le monde de la sorcellerie tout entier a dû reconnaître que tu avais raison que tu déclarais que Voldemort était de retour, que tu l'avais combattu à deux reprises au cours des deux dernières années et que tu avais réussi à lui échapper les deux fois, clama-t-elle en faisant emphase sur « deux » en comptant ses doigts. Désormais, ils t'appellent l'Élu – alors, tu comprends pourquoi tu fascines les gens ? Conclut-elle comme ayant terminé un essai avec panache.
Ron continuait de tousser, de crachoter, de chercher à se dégager la trachée, et finalement, y parvint. Hermione reprit.
— Et puis, il y a eu toute cette persécution du ministère qui essayait toujours de te présenter comme un menteur et un instable. On voit toujours les marques, là où cette horrible bonne femme t'obligeait à écrire avec ton propre sang, mais tu n'as jamais dévié de ton récit pour autant…
— Sur moi aussi, on voit les marques, là où les cerveaux ont enroulé leurs tentacules au ministère, argua Ron en retroussant ses manches pour les montrer.
Mais Hermione, toujours en train d'argumenter, ne regarda pas ses bras.
— Enfin, le fait que tu aies pris trente centimètres pendant l'été ne gâche rien.
— Moi aussi, je suis grand, murmura Ron, comme s'il s'agissait là d'un détail qu'elle avait pu, incidemment, manquer.
Cette fois-ci Hermione roula véritablement des yeux et se tourna enfin vers le roux, prête à lui accorder toute l'attention qu'il réclamait vraisemblablement. Décidément, c'était vraiment quand lui voulait, et pas l'inverse. Quelques minutes encore auparavant, elle était en train d'essayer de confier ses inquiétudes et lui pavoisait avec Lavande à propos de Quidditch, niant allègrement le fait qu'Hagrid allait probablement mal et avait besoin de leur visite.
Elle était sur le point de lui répondre que, oui, elle avait remarqué qu'il était grand, brave, courageux etcetera, car que ne fallait-il pas dire pour rassurer son égo toutes les dix minutes à celui-là. Enfin bon, elle était prête à le faire quoi qu'il en était, car elle devait admettre que pour lui, la vie n'était pas toujours facile dans l'ombre grandissante d'Harry, mais fut interrompue par l'arrivée du courrier.
Harry reçut un colis : un exemplaire neuf du Manuel avancé de préparation des potions. Bien vite, il remplaça la couverture neuve sur le vieux modèle, et mit la couverture abîmée sur le nouveau, inter-changeant leurs apparences respectives. Hermione était pour ainsi dire sidérée non seulement devant un tel manque de respect vis-à-vis des livres, mais également des extrémités auxquelles Harry était visiblement prêt à se livrer pour ne pas se départir du précieux manuel du Prince de l'Andouille.
Peu importait : la Gazette venait d'arriver et elle la déroula rapidement pour dévaler les nouvelles des yeux. Ron, comme à son habitude, lui demanda si quelqu'un était mort.
Hermione eut un pincement au cœur en repensant à Hannah mais hocha négativement la tête.
— Non, mais il y a eu de nouvelles attaques de Détraqueurs, et une arrestation.
Stan Rocade. Cet imbécile – ou en tout cas, c'était ainsi qu'il était dépeint par Harry – avait été pris en flagrant délit de révélations des plans des Mangemorts dans un pub. Pour Hermione, il ne faisait nul doute qu'il s'agissait là d'une habile manière du ministère de dissimuler leur inaptitude à capturer de vraies menaces et résoudre de véritables problèmes.
— Ils veulent sans doute donner l'impression qu'ils font quelque chose. Les gens sont terrifiés.
Et à raison.
— Vous êtes au courant que les parents des sœurs Patil veulent qu'elles reviennent à la maison ? Et Éloïse Midgen est déjà rentrée chez elle. Son père est venu la chercher hier soir.
Ron interjeta aussitôt qu'il était ridicule de quitter Poudlard alors même qu'il s'agissait du lieu magique le plus sûr, la présence de Dumbledore aidant. Hermione constata à cette occasion que ses deux meilleurs amis n'avaient visiblement pas observé l'absence du directeur à la table professorale et en profita pour la leur faire remarquer. Ils en vinrent rapidement à discuter de la raison qui poussait Dumbledore à laisser Poudlard sans sa protection.
— Je pense qu'il a quitté l'école pour travailler avec l'Ordre. Il faut dire… ça paraît grave tout ça, non ?
Ils échangèrent tous les trois un regard entendu, les yeux perdus dans le souvenir du départ d'Hannah la veille.
Bientôt, ils se mirent en route pour le terrain de Quidditch, Hermione ayant tout de même emporté avec elle des livres, car les sélections promettaient d'être longues. Elle s'assit à une bonne place pour observer et ouvrit un grimoire sur ses genoux.
Un garçon qu'elle reconnut comme Cormac McLaggen vint bientôt s'asseoir à côté d'elle dans les gradins.
— Salut, initia-t-il avec une certaine crânerie. Je m'appelle Cormac. Cormac McLaggen. Tu es Hermione Granger, c'est ça ?
Hermione acquiesça muettement. Il ne lui inspirait pas du tout confiance, avec sa tenue altière qui lui rappelait un peu trop celle de Malefoy, et sa moue dédaigneuse et princière lorsqu'il regardait toutes les autres personnes présentes.
— Je postule pour être gardien, continua-t-il sans s'offusquer du silence d'Hermione. Je pense que j'ai toutes mes chances. Je suis meilleur que Weasley.
Ulcérée par une telle hardiesse, et un pareil orgueil, Hermione ne sut pas tout de suite quoi répondre, clouée sur place.
— Il est très maladroit sur son balai, quand on y regarde bien. D'ailleurs, qui a encore un Brossdur 11 par les temps qui courent ? Railla-t-il avec condescendance.
Bon sang, mais il était insupportable, celui-là.
— De ce que j'ai compris du Quidditch, le balai importe moins que le joueur qui le chevauche, maugréa Hermione d'une voix acerbe.
Cormac lui adressa un regard tout à fait prétentieux et un petit sourire qu'il voulait probablement charmeur. Croyait-il qu'elle essayait de le flatter d'une façon ou d'une autre ? Si oui, il n'avait rien compris du tout : ni ses propos, ni son intonation. Mais peut-être n'avait-il pas vraiment écouté non plus. Il semblait être le genre de personne qui n'écoutait pas les autres, préférant le son de sa propre voix.
— M-oui, éluda-t-il, le ton présomptueux. Le balai n'est pas forcément un facteur crucial, mais seulement lorsque les joueurs sont excellents. Sinon, bien sûr, cela joue.
— Ron est un très bon gardien, trancha-t-elle simplement, résolue à faire passer un message plus direct vu la tête dure de son interlocuteur.
Il laissa échapper un petit rire, comme si elle plaisantait, puis lui jeta une œillade complice et un clin d'œil répugnant.
— Ne t'inquiète pas, je ne vais pas aller lui répéter que tu le trouves nul, rassura-t-il, sûr de lui.
— Mais je ne le trouve pas nul, s'indigna Hermione, se levant presque de son banc.
Cormac continua de rire, et Hermione comprit qu'il ne servait à rien d'insister car il se méprenait systématiquement sur ce qu'elle disait, comprenant uniquement ce qu'il souhaitait comprendre.
Il continua ses commentaires désobligeants tout au long des sélections, autant dire pendant de très longues minutes jusqu'à ce que des heures entières défilent.
Hermione n'en pouvait plus de sa suffisance, et se demanda pendant un instant si elle ne le détestait pas, ce qui était vraiment prodigieux étant donné qu'elle venait seulement de le rencontrer, lorsqu'elle y songeait.
Comment quelqu'un aussi insupportable que Cormac McLaggen avait pu exister jusqu'ici dans son ignorance la plus parfaite ? Comment pouvait-il avoir vécu jusque-là sans avoir été remis à sa place ? Il ne donnait pas l'impression d'avoir déjà été contredit une seule fois dans sa vie.
Se rendait-il compte de l'image qu'il donnait de lui-même ? Se rendait-il compte de quoi que ce soit d'autre que de ce qui l'intéressait ?
Il semblait absolument concentré sur lui, et rien d'autre. Hermione avait la furieuse envie de lui jeter un maléfice cuisant mais vu le désastre qu'étaient les sélections, elle s'attacha à ne pas se laisser déborder par son désir de vengeance qui n'aurait fait que reporter le problème, et ennuyer un Harry déjà très en colère du déroulement de la matinée.
Bientôt, ce fut au tour de McLaggen d'arrêter des buts et, finalement, jetant sa prudence aux quatre vents, Hermione lui jeta un Confundus informulé tellement fort qu'il aurait pu fonctionner sur un troll – ce qu'il n'était pas loin d'être, dans son esprit. Il rata son dernier but, et elle se félicita en son for-intérieur. Ce fut ensuite à Ron, et elle croisa les doigts pour lui. Elle était sur le point de l'encourager de vive-voix lorsque Lavande Brown se hissa sur les gradins et lui cria bonne chance. Piquée, Hermione se rembrunit quelque peu, mais cela ne l'empêcha pas d'espérer pour Ron le meilleur. Ce dernier ne la déçut pas.
Il arrêta tous les Souafles et elle applaudit bruyamment, jetant un coup d'œil amusé autour d'elle pour voir si Cormac McLaggen avait vu ça. Effectivement, il avait l'air positivement hors-de-lui devant la performance de Ron et s'approcha aussi sec de Harry, probablement pour remettre en jeu le poste de gardien. Peine perdue. Hermione riait sous cape.
Elle était tellement contente pour Ron ! Son cœur battait vite et ses joues étaient chaudes. Elle descendit dans les gradins, puis les escaliers, atteignant finalement le terrain pour courir vers lui, à la fois grisée par sa victoire, et aussi par le fait que cette satanée sélection était enfin terminée.
— Tu as été brillant, Ron !
Hermione se précipita vers lui, et il sembla extrêmement satisfait de son éloge, et de lui-même, lui adressant un radieux sourire qui la fit fondre. Quelque chose tourna agréablement à l'intérieur de son ventre et son cœur battit plus vite.
Les trois comparses échangèrent des plaisanteries et des anecdotes tout au long de leur trajet les menant chez Hagrid. Ce dernier les accueillit froidement, puis après les avoir admonesté le plus passivement possible, s'effondra en sanglots, les informant qu'Aragog, son compagnon arachnide, était très souffrant. Ils firent tout leur possible pour le réconforter, et cela marcha quelque peu.
L'après-midi passa vite et ils prirent congé de lui à la tombée du jour.
— Je suis affamé ! En plus, j'ai ma retenue avec Rogue, ce soir… Je n'aurai pas beaucoup le temps de dîner… Maugréa Harry de mauvaise grâce.
Ils arrivaient à l'entrée de la Grand-salle quand ils assistèrent au pathétique spectacle de Cormac McLaggen qui, au lieu de passer la porte normalement, se heurta violemment à l'immense panneau de bois brut clouté et tomba les quatre fers en l'air avant de se relever nonchalamment et de rentrer, l'expression sonnée.
Hermione se retint de rire mais Ron n'eut pas cette pitié. Ce dernier rentra à la suite de McLaggen dans la Grand-Salle et Hermione s'apprêtait à le suivre lorsqu'elle se sentit être retenue en arrière par le bas. Harry l'avait arrêtée. Un peu plus loin, elle aperçut la silhouette grande et svelte de Drago Malefoy ralentir dans le couloir, les yeux fixés sur eux.
— Quoi ? Demanda-t-elle, nerveuse et sur la défensive.
— Si tu veux mon avis, McLaggen a l'air d'avoir subi un sortilège de Confusion, lui intima Harry en se penchant vers elle pour ne pas se faire entendre de Ron. Et il se trouvait juste en face de l'endroit où tu étais assise dans les tribunes.
Hermione devint écarlate et se rapprocha d'Harry pour chuchoter, car même si Malefoy n'avait pas – visiblement – d'oreilles à rallonge, rien ne voulait dire qu'il ne pouvait pas les entendre, or elle n'était pas spécialement fière de sa conduite.
— Bon, d'accord, c'est vrai, je lui ai jeté un sort. Mais tu aurais dû entendre la façon dont il parlait de Ron…
Une idée lui vint aussitôt.
— … et de Ginny ! Il a un caractère épouvantable, tu as bien vu comment il a réagi quand il a raté son coup. Tu n'aurais pas voulu de quelqu'un comme ça dans ton équipe.
— Non, concéda Harry. C'est sans doute vrai. Mais n'était-ce pas un peu malhonnête, Hermione ? Tu es préfète, non ?
Au loin, il semblait que Malefoy venait… d'une façon ou d'une autre, de rattraper leur conversation. Aussi sec, elle chuchota furieusement.
— Oh, tais-toi !
— Qu'est-ce que vous fabriquez, tous les deux ?
Hermione sursauta en diable. Ron, dans l'énorme embrasure de la porte de la Grand-Salle, les observait d'un air méfiant.
— Rien, répondirent Hermione et Harry en chœur.
Ron ne sembla pas être convaincu, et Malefoy – car elle jeta un dernier regard par-dessus son épaule avant d'emboîter le pas des deux garçons – non plus.
SAMEDI 14 SEPTEMBRE – Grand-salle, soir au dîner – Poudlard, Écosse
Drago n'était pas de bonne humeur.
Bien loin de là.
Il avait appris dans les nouvelles du soir qu'il y avait eu une nouvelle perquisition au Manoir Malefoy. Il ne pouvait qu'imaginer l'état dans lequel se trouvait présentement sa mère, et était sincèrement à deux doigts d'aller demander à Rogue d'aller lui rendre visite pour lui donner un tonique pour les nerfs, ou une potion quelconque pour lui rendre la paix.
L'appétit coupé, il buvait verre d'eau sur verre d'eau, assoiffé depuis le début de la matinée, probablement à cause de sa prise excessive d'Obduro. Pansy, à la table, déblatérait avec Millicent, Daphné et sa petite sœur – dont il ne se rappelait jamais du nom – à propos du mur de fleurs qu'elles avaient installé dans leurs dortoirs et dont les bourgeons embaumaient soi-disant très agréablement l'air de la pièce.
— D'après Gildra Davis de septième année, si l'on met des iris noirs, on peut même éloigner les cauchemars.
Mais Malefoy n'écoutait pas vraiment, plutôt préoccupé à serrer les doigts sur son gobelet de métal, jusqu'à voir blanchir ses jointures. Ses yeux braqués sur la nuque de Weasley, il essayait de se retenir de lui jeter un horrible maléfice pour se venger de l'enquête menée par son père.
Il croisa le regard de la Sang-de-Bourbe.
Cette dernière changea d'expression en voyant la sienne : une lueur de défiance et d'effroi glissa furtivement dans ses prunelles avant de s'en aller.
— On pourrait réviser l'Aguamenti informulé ce soir, ensemble ? Suggéra la voix lointaine de Théodore.
— Ce soir, il y a une soirée chez Slughorn. Je suis invité, contrecarra Blaise. Malefoy ?
Drago se tourna vers ses deux camarades, les dardant d'un regard agacé.
— Quoi ? Maugréa-t-il.
— Tu veux réviser avec moi Sortilèges ce soir ? Répéta Théodore, l'air moins enthousiaste, probablement à cause de la moue mauvaise qu'arborait Drago.
— Non.
Il n'avait pas l'énergie de chercher des excuses. Non seulement il maîtrisait déjà le sort, mais en plus il avait bien mieux à faire en-dehors des cours que d'aider quelqu'un à réviser. Théodore ne sembla pas déçu par son refus et pas plus offensé par son impolitesse. Ce genre d'échanges était après tout coutumier.
Blaise soupira quelque peu.
— J'aurais bien aimé qu'au moins l'un de vous deux s'arrange pour se faire inviter. Je vais m'emmerder comme pas permis.
— Tu n'as qu'à pas y aller, suggéra Nott sur un ton indifférent, se resservant en haricots verts.
— Il y a de l'alcool, révéla Blaise. Et puis… À ce qui paraît, il y aura aussi du monde.
— Qui ? S'enquit Théodore en mastiquant nonchalamment.
— De l'école : moi de Serpentard, Melinda Bobbin et Grace Copper, de Serdaigle, Potter et Granger de Gryffondor… Ah et McLaggen, aussi. Poufsouffle, je n'en sais rien. Et Slughorn a invité plein de membres du Ministère, de la Gazette et de Gringotts.
Drago aurait probablement été vexé de ne pas être invité, et le serait probablement quand il y repenserait plus tard, mais pour l'instant, la colère dévastait toute autre sensation.
— Et ça t'intéresse d'y aller ? Railla-t-il d'un ton méprisant.
— Slughorn est très doué pour tisser des contacts, répondit simplement Blaise. Ah, et il y aura Weasley aussi, je viens de me rappeler.
Cette fois, Drago reporta toute son attention sur lui.
— Weasley est invité ? Répéta-t-il, ulcéré.
— Ginny Weasley, précisa Blaise.
Une fois de plus, Drago se désintéressa. Il n'avait que faire d'une petite chiarde de traîtresse à son sang.
— Tu vas aller draguer ? S'amusa Théodore.
— Arrêtez tous de croire qu'elle me plait, s'agaça Blaise. Et arrêtez aussi de faire des spéculations sur qui je vais me faire. Préoccupez-vous plutôt de vos propres entrejambes.
— T'inquiète, je m'occupe de la mienne, souffla Drago, les yeux toujours dardés sur la tablée Gryffondor. Pansy réchauffe mon pieu depuis mardi.
Théodore s'étouffa bruyamment et Drago lui jeta un regard condescendant. Blaise, quant à lui, ne fit pas de commentaire.
À la tablée des Gryffondors, Londubat n'était pas présent. Drago laissa divaguer son esprit quelques instants sur ses souvenirs du cours de Botanique de la veille, puis sur la famille Abbot. À la table des professeurs, Dumbledore manquait une fois de plus à l'appel.
Drago expira lourdement par le nez et le bruit se perdit dans la clameur de la Grand-Salle. Il avait beaucoup de mal à se concentrer. Ses jambes battaient, ses mains pianotaient, il serrait les mâchoires. Nerveux et énervé, il continua de balayer l'assemblée de son regard glacial, et retomba, une fois de plus, sur la Sang-de-Bourbe.
Elle lisait la Gazette et s'entretenait à voix basse avec les deux abrutis. Ils devaient probablement parler de la perquisition car elle jeta un nouveau coup d'œil à la table des Serpentards.
Quand il songeait au fait qu'une engeance pareille était invitée à une réunion de haut-rang avec Slughorn, cela l'enrageait. Potter aussi, était invité, avait dit Blaise. Visiblement, les deux avaient une affaire privée en cours, ou du moins c'est ce qu'il avait cru comprendre du peu de la conversation qu'il avait perçu. Weasley semblé avoir tiré les mêmes conclusions que lui, par ailleurs. Il ne savait pas ce qui le répugnait le plus : Granger avec Weasley ou Granger avec Potter… Les deux étaient vraiment désagréables à imaginer.
Allait-elle s'habiller autrement pour l'occasion ? Coiffer l'espèce de serpillère à franges qui lui servait de chevelure ? Avec qui allait-elle s'y rendre ? Potter ? Weasley n'était pas invité.
Il s'en fichait.
Reportant son attention vers des problèmes plus importants, Drago appuya son menton sur sa paume et plongea le regard dans la marmite de ragoût posée sur la table.
Grâce à Potter, il connaissait le mot de passe pour accéder au bureau de Dumbledore, mais malgré l'absence profitable du directeur, Drago n'avait pas de poison en tête et encore moins en poche. Les mots de passe changeaient souvent, il était en train de rater son créneau.
Quant à l'Armoire, il était toujours aussi bloqué qu'avant. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle était devenue, il n'avait pas encore continué sa lecture du Magicae ars Ingeniaria depuis sa dispute avec Théodore et sa prise de bec avec Granger dans la Bibliothèque, puisqu'après tout, à quoi bon savoir comment réparer un meuble introuvable ?!
Par ailleurs, aucun des autres ouvrages de la bibliothèque ne lui avait été de la moindre aide pour la réparation à laquelle il devait s'atteler, et tant qu'il n'avait pas lu ce dernier livre, l'espoir d'y découvrir une formule demeurait et égayait un peu ses perspectives.
Il jeta un coup d'œil à Pansy, sans l'écouter, suivant juste la courbe de son visage, la forme de son nez et de sa bouche, la couleur ébène de ses cheveux, et se perdit dans sa contemplation. Il n'était pas vraiment fasciné, presque le contraire. Elle n'était pas laide, pour sûr, et avait cette tenue altière qui plaisait tant à Drago d'habitude, mais… Quelque chose manquait.
Quand cette dernière remarqua qu'il l'observait, elle s'empourpra et lui adressa un rictus flatté. Il laissa le coin du sien se soulever, comme dans un réflexe malheureux. C'était une amie, après tout.
Et que penses-tu de Pansy Parkinson ? Retentissait soudain la voix de sa mère dans des échos de passé.
Elle est agréable à regarder, moins à écouter, avait-il répondu.
Son père avait esquissé un rictus mesquin. Narcissa, elle, avait levé les yeux au ciel.
Je trouve qu'elle a de la conversation pour une fille de son âge. C'est autre chose que la cadette Bulstrode. Bon sang, quelle progéniture !
Cette fois, Lucius Malefoy avait presque ricané. Il n'aimait pas trop les Bulstrode, et appréciait particulièrement le ton courroucé de son épouse.
Et les sœurs Patil ?
Je ne leur ai pas trop parlé. Elles ne sont pas à Serpentard.
Peu importe, Drago, avait corrigé Narcissa avec une inflexion sévère peu convaincante. Elles sont de bonne famille.
Je ne me préoccupe pas vraiment de ça pour l'instant, mère, avait-il essayé de clore la conversation.
Eh bien, tu devrais, s'était-elle enflammée. Nous n'avons que peu d'années devant nous pour te trouver quelqu'un digne de ce nom. Les choix ne sont pas illimités, tu n'es pas le seul héritier à contenter. Que penses-tu de la jeune Bones ?
Rien.
De Daphné Greengrass ?
Rien.
Et Hannah Abbot ? Certes sa grand-mère était une Sang-Mêlée, mais le reste de l'arbre généalogique est exemplaire. J'ai croisé sa mère au thé de Mrs. Patil. Charmante femme. Un peu trop libérée à mon goût, mais beaucoup d'entregent.
Rien.
La conversation s'était soldée par des cris aigus et Narcissa avait envoyé Drago dans sa chambre. C'était il y a bien des années, maintenant. Il n'avait qu'une douzaine d'années à l'époque.
Désormais, ses épousailles étaient bien le dernier des soucis de sa mère, et de la lignée Malefoy par extension. Quelque part, il en était presque soulagé, car Drago n'avait pas la moindre intention de se marier à qui que ce soit. Répondre à des devoirs conjugaux le harassait par avance, sans qu'il ne connaisse les tenants et les aboutissants d'un tel engagement. Du moindre engagement, à vrai dire, car Drago n'avait jamais eu de véritable liaison. Cette petite aventure avec Pansy était rigolote, mais elle ne durerait pas. Il espérait qu'elle s'en rendait compte. Peut-être aurait-il dû le lui dire, mais, égoïste et centré sur son propre intérêt, il décida de ne rien en révéler pour l'instant. Si jamais elle souhaitait lui offrir ses charmes, il était son obligé. C'était toujours mieux que de se finir sous la douche ou dans la salle de bain des Préfets.
Peut-être irait-il prendre un bain, ce soir… ?
Voilà qui le détendrait.
SAMEDI 14 SEPTEMBRE – Soir, dans les couloirs – Poudlard, Écosse
Le Serpentard semblait excessivement prudent dans son déplacement vers une destination inconnue. Il regardait sans cesse derrière son épaule, vérifiait que les couloirs soient vides avant de s'y engager, et somme toute démontrait une paranoïa qui ne pouvait cacher que de la culpabilité, aux yeux d'Hermione.
Elle essayait de le suivre le plus loin possible, histoire d'être certaine que sa présence ne serait pas remarquée… Mais c'est également de cette façon qu'elle réussit à le perdre.
Elle ne savait pas très bien ce qu'elle avait en tête en prenant en filature, de toute façon. Mais son regard durant le dîner avait été, à défaut d'être glacial, proprement incendiaire. Il était furieux, et évidemment, elle savait pourquoi. La perquisition d'Arthur Weasley ne devait pas être pour lui plaire.
Pour autant, cela ne justifiait pas son comportement : elle aurait dû se mettre en route vers la salle commune de Gryffondor et se préparer pour la fête de Slughorn, à laquelle elle allait finir par être en retard si elle continuait ses imbécilités... Cependant elle devait admettre qu'elle n'avait pas spécialement envie de s'y rendre.
Quoi qu'il en était, elle s'était quelque peu engagée et savait qu'il lui faudrait au moins dix minutes pour rejoindre la salle commune, une vingtaine de minutes pour se préparer et encore une dizaine de minutes pour redescendre aux cachots… Pour la énième fois depuis la rentrée, Hermione se fit la réflexion qu'elle n'était pas en avance.
Accélérant le pas, elle ne fit pas attention à la bifurcation du couloir et tout à coup, rencontra un choc. Sa maladresse lui valut de se casser la figure par terre. Un peu sonnée, elle finit par redresser la tête vers la personne dans laquelle elle était rentrée. Ce fut comme une douche froide quand elle s'aperçut de son identité : Drago Malefoy en personne.
Drago Malefoy qu'elle avait perdu de vue en le filant, il y avait quelques instants de ça seulement !
— Tiens, tiens, tiens… Railla-t-il.
Comment… ?
Comment avait-il fait pour se trouver là ?
Le Serpentard semblait partagé entre l'agacement et l'amusement. L'habituel mépris était évidemment là, perdu dans ses yeux. Hermione se redressa sans rien dire, convaincue qu'il ne fallait pas attendre le moindre geste de sa part pour l'aider à se relever. Elle était sur le point de passer son chemin, en l'ignorant le plus superbement qu'elle en était capable dans ce moment d'embarras profond, quand il l'arrêta de sa voix traînante.
— Si tu continues à m'observer comme ça, à la dérobée, et à me suivre comme une petite chienne, on va finir par croire que je te plais.
Hermione se retourna vers lui et renâcla avec mépris. Prise en faute, elle ne put s'empêcher de l'attaquer.
— Personne ne pourrait être assez stupide. Quoique « on » n'engage que la personne qui l'emploie. Et « on » est véritablement stupide.
Une étincelle de malice s'alluma dans les yeux de Malefoy, visiblement proprement ravi par sa marque de subtilité, car dans son insinuation insultante, elle s'insultait elle aussi sans même s'en rendre compte, impliquant qu'elle pourrait éventuellement être suffisamment stupide pour s'enticher de lui.
— Voilà qui serait très amusant, se moqua-t-il. Une vraie tragédie à l'anglaise.
— Ne prends pas tes rêves pour la réalité.
Mais soudain, Malefoy ne riait plus et pointait sa baguette vers elle. Son dos heurta le mur le plus proche, lui coupant le souffle. Il l'avait pétrifiée avec un maléfice non-verbal.
Elle n'avait rien vu venir. Ce constat la terrifia.
— Qu'est-ce que tu ne comprends pas quand je te dis d'arrêter de me regarder ? Quand je te dis de faire attention à ne pas te retrouver seule en ma compagnie ? L'invectiva-t-il froidement.
Il jeta rapidement un coup d'œil à droite et à gauche dans le couloir, s'assurant que personne n'était témoin de son attaque. Puis actionna sa baguette dans une spirale puis un triangle équilatéral.
Soudain, sa vue se brouilla et bientôt, Hermione ne vit plus rien. Ses yeux étaient plongés dans le noir, mais elle était encore consciente. Elle entendit le ricanement de Malefoy, visiblement toujours devant elle. Puis, soudain, ses yeux derniers commencèrent à la brûler furieusement et, pétrifiée, elle était incapable d'ouvrir la bouche pour crier. Des larmes machinales coulaient abondamment sur ses joues pendant qu'elle hurlait contre ses dents, les lèvres closes.
Tout à coup, elle put à nouveau bouger et parler. Les bras tendus devant elle, elle ne sentit que le vide, et, trébuchant à moitié, c'est vers ce dernier qu'elle pointa sa baguette.
— Malefoy ? Appela-t-elle d'une voix tremblante.
Un rire résonnait le long de la voute du corridor, laissant deviner qu'il était déjà loin.
— Reviens ! Somma-t-elle, presque comme une plainte.
Mais la seule chose qui lui revint fut peu à peu la lumière et la vue. Évidemment, il n'était plus là, et elle n'avait aucune preuve.
SAMEDI 14 SEPTEMBRE – Soir, dans les couloirs – Poudlard, Écosse
Divine expression d'horreur sur son visage baigné de larmes.
Presque excitante quand elle chiale.
Ses yeux avaient certes été aveugles, mais ils étaient toujours là, à regarder vers lui sans le voir. Il s'était rapproché d'elle, envahi d'une pulsion de violence. Il avait envie de la tirer par les cheveux, qu'elle crie un peu, somme toute qu'elle ouvre grand la bouche et lui cracher dedans.
Voilà qui serait drôle. Une bonne blague, bien marrante.
Mais il se retint. Des choses, il le savait, n'étaient pas pardonnables. Du moins, pas tout de suite. Mais une fois la mission achevée et réussie, se disait-il avec délectation, il s'assurerait de l'avoir sous son joug, et sans cette triviale crainte d'être renvoyé, il lui ferait endurer tout ce dont il aurait l'imagination, le temps et l'énergie de lui infliger.
DIMANCHE 15 SEPTEMBRE 1996 – Nuit du dimanche au lundi – Poudlard, Écosse
Trois heures du matin et Hermione ne parvenait toujours pas à s'endormir, hantée par ce qu'il s'était produit, la veille. Elle n'en revenait toujours pas du cran de Malefoy. De ce maléfice horrible, de toute évidence baigné de magie noire. Aussi difficile que cela l'était pour elle de se l'admettre, il commençait très sincèrement à lui faire peur. Il lui avait fait tellement peur, à vrai dire, qu'elle ne s'était pas rendue à la fête de Slughorn, prétextant un mal de ventre soudain.
Pire que ça, maintenant il lui faisait perdre le sommeil, ce qui n'arrangeait rien à son moral, car elle avait passé la journée à sursauter à chaque fois qu'on lui adressait la parole, et avait eu bien du mal à se concentrer sur quoi que ce soit.
C'était ridicule ! Bon, il lui avait lancé un maléfice, et alors ? Elle avait essuyé bien pire de Malefoy Senior et des Mangemorts l'année passée. Elle n'aurait vraiment pas dû être impressionnée par son petit tour, quand bien même il avait été assez spectaculaire. Ce qui lui faisait peur, c'était qu'il n'avait pas rechigné à l'attaquer ainsi dans un lieu public, à Poudlard. Alors même qu'elle était allée voir Rogue. Qu'elle l'avait dénoncé à McGonagall ! Il n'avait peur de rien !
Certes, il avait fait attention à n'avoir aucun témoin, mais tout de même. Quel sang-froid à la cruauté.
Ces deux dernières semaines, Malefoy s'était fait travailleur et discret, gagnant petit à petit l'approbation des professeurs, et prenant la tête – en sa compagnie, à son plus grand dam – de certaines classes. Elle avait aussi remarqué qu'il avait abandonné l'équipe de Quidditch sans pour autant perdre un muscle, si ce n'était même en gagner de jours en jours, et sa démarche lui profilait une détermination née d'autre chose que le privilège et l'orgueil. Une détermination à l'égard d'un but, et de la réalisation de tout un long et fastidieux travail pour l'atteindre.
Hermione était rongée par la soif de savoir ce qu'il trafiquait.
Elle avait passé tout son temps à le chercher du regard, et à l'observer discrètement lors des cours en commun. Lorsqu'ils étaient à la bibliothèque, elle continuait à feindre de chercher des livres dans les rayonnages pour apercevoir les couvertures de ceux qu'il lisait. Elle trainait même lorsqu'elle avait rendez-vous avec Harry et Ron pour manger, histoire de voir si lui aussi irait, quitte à parfois elle-même sauter un repas et prétendre à ses deux amis qu'elle n'avait pas vu l'heure passer.
La Gryffondor inspira et expira longuement pour la énième fois. Elle avait tout essayé et chacune de ses techniques de relaxation échouait lamentablement. Incapable de rester immobile plus longtemps, des fourmis au bout des membres, elle quitta son lit et descendit dans la salle commune.
Évidemment, cette dernière était déserte, veille de reprise de cours. Le feu était éteint. La pièce semblait particulièrement étrange, ainsi, comme en suspens, dans un monde parallèle figé et en noir et blanc, d'où tout être était absent.
Contre toute raison, Hermione gravit les escaliers des dortoirs des garçons.
Dans le silence, elle repéra le ronflement tonitruant de Ron et pénétra à pas de loup dans leur chambre. Elle s'approcha du lit d'Harry et de sa malle. Elle savait où il gardait la carte des maraudeurs, dans un compartiment secret.
Lentement, et avec une grande sensation de culpabilité face à son hypocrisie, elle actionna sa baguette et jeta le sort de surdité du Prince de l'Andouille sur l'ensemble de la pièce et ouvrit la malle pour s'en enquérir. Comme prévu, la carte était bel et bien là. Refermant la valise derrière elle, Hermione quitta le dortoir et dévala les escaliers pour rejoindre la fenêtre la plus proche, baignée de la lumière de la lune.
— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Aussitôt après son incantation, la carte prit forme.
Précipitamment, Hermione l'ouvrit en grand et l'étala sur le sol. Une concentration magistrale de points se trouvait dans les dortoirs, jusqu'ici rien d'anormal. Elle repéra son propre point dans la salle commune de Gryffondor. Certains professeurs étaient encore dans leurs bureaux respectifs, comme Rogue et Dumbledore. Et Rusard surveillait visiblement la tour Serdaigle.
Plaçant sa baguette sur sa paume droite, Hermione chuchota.
— Pointe-moi.
La baguette tourna vivement vers une autre partie de la carte.
Malefoy.
Malefoy était dans la Bibliothèque !
Le souffle court, Hermione se mordit la lèvre. Était-ce une bonne idée de le confronter ? Certainement pas. Mais elle avait l'avantage de la surprise !
Repliant la carte soigneusement, elle grimpa à quatre à quatre les escaliers de son dortoir et planqua la carte sous son oreiller, puis dévala à nouveau les marches de pierre et quitta la salle commune.
C'était de la folie, elle le savait, mais sa curiosité – une fois de plus – l'emportait sur sa raison. Elle avait tant envie d'en savoir plus sur ses activités qu'elle était prête à braver le règlement, et ce n'était pas peu dire. La torche du tableau était la seule allumée de tout le corridor et les deux extrémités semblaient s'étirer dans le noir jusqu'au néant. Après sa dernière hésitation, et le cœur battant, elle s'aventura dans l'obscurité.
Elle avait sa baguette et était prête à s'en servir.
Automatiquement, ses pieds la conduisirent à la Bibliothèque. Une fois devant la porte, Hermione hésita. Elle avait le pressentiment que son actuelle inertie était sa dernière chance de s'extirper d'une situation qui finirait tôt ou tard par lui coûter cher, mais… Elle avait fait tout le chemin. Se jetant un sort de désillusion sur le haut du crâne, elle sentit un liquide froid la parcourir, et une invisibilité de camouflage modérée la recouvrir.
Sans chercher davantage de réponses à son horrible incertitude, Hermione poussa le plus doucement qu'elle le put la porte de la bibliothèque et se glissa souplement dans l'embrasure avant de la refermer avec tout autant de lenteur.
Aucune lumière, mais ça ne voulait rien dire. Il devait être encore là, quelque part, dans l'obscurité.
La beauté de la bibliothèque en pleine nuit lui coupa le souffle, bien que ce ne soit vraiment pas le moment d'en profiter. Les rayons lunaires s'engouffraient par les très hautes fenêtres entre chaque rayonnage et projetaient sur les murs et sols de pierres les formes de leurs ornements : des lunes, des soleils, des étoiles et autres symboles. Faisant un bref demi-tour sur elle-même, incapable de résister au charme de l'endroit, et décidant à ce même instant qu'elle n'avait jamais vu plus splendide vue, Hermione confirma la vraisemblable absence de quiconque dans l'entrée de la bibliothèque.
Il devait, et elle en était sûre, se trouver dans la Réserve. Cela lui ressemblerait bien.
Soudain, quelque chose bruissa.
Hermione se retourna vivement vers les rayonnages, mais rien. S'avançant prudemment vers le couloir central à nouveau pour atteindre la section interdite, elle jeta un coup d'œil à droite et à gauche, la main sur le cœur. Personne.
Mais soudain une ombre bondit sur elle et…
— Petrificus totalus ! Souffla une voix glaciale.
Quelque chose de gros et de lourd lui tomba dessus et Hermione ouvrit la bouche pour hurler quand une main se plaqua vivement dessus pour l'en empêcher. Soudain, elle était tenue contre quelqu'un, une main contre sa bouche, et un bras contre sa poitrine, plantant une baguette dans la peau fine de sa gorge. Son sort de désillusion ne fonctionnait vraisemblablement pas.
— Ne. Crie. Pas.
Les yeux d'Hermione papillonnaient furieusement : elle reconnaissait cette voix, bien évidemment, mais de toute façon n'avait pas besoin de ça pour confirmer l'identité de son agresseur. Son regard se posa sur ce qui était tombé sur elle tandis que l'emprise qu'il détenait sur sa personne ne desserrait pas. Miss Teigne, pétrifiée, était à leurs pieds et leur lançait un regard très mauvais.
Hermione se débattit, mais aucun de ses gestes n'eut la moindre portée : il la tenait beaucoup, beaucoup trop aisément. Quelqu'un de leur âge aurait certes mené un fier combat et Hermione était loin d'être sportive, mais Malefoy paraissait avoir une force décuplée et à la fois très tranquille.
Doucement, il glissa ses lèvres à son oreille, et son souffle la fit frissonner.
— À moins que tu ne préfères que je t'assomme ici, et ne la réveille, afin de rameuter Rusard et que la maison Gryffondor tremble devant le premier crime de miss-parfaite.
Il sourit contre son oreille.
— J'entends déjà le cliquetis des rubis dans le sablier.
Sa voix était si proche qu'Hermione était tout à fait prompte à la suggestion, et soudain, elle entendit elle-même les pierres précieuses s'envoler et les points perdus appeler au scandale pour savoir qui, au grand qui, était le coupable de cette infamie. Enquête qu'elle menait généralement elle-même.
Hermione hocha la tête en signe d'approbation et il la relâcha lentement, essuyant l'haleine de sa main sur son pantalon d'uniforme, l'air dégouté au possible.
Tandis qu'il était habillé de jour, elle était dans une immense chemise de nuit blanche à manches longues et qui lui arrivait jusqu'aux chevilles. Elle prit soudainement conscience du fait que Drago Malefoy était en train de la voir dans ses habits de nuit et qu'il s'agissait là d'une grande humiliation. Le Serpentard lui jeta un coup d'œil critique, de haut en bas, et étouffa un renâclement condescendant.
— Qu'est-ce que tu fabriques ici, Malefoy ? Exigea-t-elle sèchement et furieusement à voix basse, comme en mission d'autorité.
Il arbora une moue absolument confuse et furieuse pendant une seconde, avant de laisser un rictus traverser ses lèvres, confirmant par ce biais qu'il avait simplement parodié son air scandalisé.
— Je cueille des champignons, et toi ?
Évidemment, Hermione n'avait rien à répondre à cela.
— À la recherche du frisson de minuit ? Railla-t-il.
Cependant, il ne lui laissa pas l'opportunité de répondre.
— Mais puisque tu es là… Puisque je te tiens. Nous avons des comptes à régler.
Il pointa à nouveau sa baguette vers elle et Hermione fit de même avec la sienne mais cela ne changea rien à l'expression sur le visage de Malefoy, comme si le fait qu'elle détienne une baguette ou non n'allait en rien changer l'issue de leur altercation.
Le Serpentard s'approcha, et Hermione resta sur ses gardes, se refusant à reculer.
Soudain, il tourna vivement le visage vers la porte de la bibliothèque en étouffant un souffle anxieux. Hermione l'imita et sentit aussitôt sa baguette lui être arrachée des mains. Un subterfuge !
Quand elle se retourna vers Malefoy, il avait reculé, pointait toujours sa baguette sur elle de sa main droite, et glissait la sienne de sa main gauche sous son polo vert empire.
— Je t'avais prévenue, Granger.
Il se rapprocha à nouveau et, esquissant un léger sourire qui n'atteignit pas ses yeux, il lui planta l'embout sous le menton, la forçant à lever davantage la tête. Elle déglutit difficilement.
— Je t'ai dit de ne plus me surveiller, mais tu n'as pas pris mon ordre au sérieux.
Malefoy appuya plus fermement encore, l'incitant à lui répondre, et probablement à se perdre en justifications.
— Je ne– s'étrangla-t-elle moitié.
Visiblement – et elle se s'y était pas attendue – il consentait à la laisser s'expliquer, car il réduisit la pression de sa baguette pour la laisser parler.
Sauf qu'elle ne savait vraiment pas quoi lui dire. Sa curiosité avait pris le pas sur tant de ses habitudes qu'elle-même réalisait à ce moment précis à quel point elle s'était montrée flagrante et… imprudente.
Évidemment, il ignorait qu'elle était là car elle savait qu'il s'y trouvait lui-même : il ne connaissait pas l'existence de la carte des Maraudeurs, Merlin soit loué. Embarrassée, et s'admettant qu'elle s'était fichue dans de beaux draps en se faisant chiper sa baguette d'une manière aussi ridicule, elle choisit de lui dire la vérité.
— Écoute, Malefoy… Je suis vraiment désolée.
Cette fois-ci, il appuya plus fermement l'embout de sa baguette et fronça ses sourcils, l'air de ne pas du tout la prendre au sérieux. À vrai dire, elle comprenait pourquoi. Ses excuses sonnaient presque fausses à ses propres oreilles, bien qu'elle… les pense malgré tout ?
— Depuis la rentrée, je te trouve… différent…
Il plissa ses yeux et sa lèvre tiqua dans un petit rictus incontrôlable. Il s'agissait là d'une admission incontestable, quand bien-même il ne l'avouerait jamais de vive-voix.
— Tu ne te comportes pas comme d'habitude. Et toi, comme moi, nous savons très bien ce qui se prépare en ce moment-même… J'ai… Je crois que j'ai peur de ce que tous ces changements chez toi veulent dire.
Malefoy l'écoutait attentivement, peu affecté par l'émotion et la nervosité dans la voix de la sorcière, et plutôt concentré sur l'essence même de ses propos.
— Tu veux me faire croire que tu t'inquiètes pour moi ? Siffla-t-il avec cynisme.
— Je m'inquiète tout court, admit-elle coupablement. Nous sommes… si jeunes. Ça ne te fait pas peur, à toi ?
Il sembla considérer sa question avec un certain intérêt, puis lui adressa un regard profond.
— Nous ne sommes pas du même côté de la peur.
Par-là, et elle le comprit tout de suite, il ne voulait pas dire qu'ils étaient engagés dans des causes opposées, mais plutôt qu'elle était du côté de ceux qui avaient peur, et qu'il était pour ainsi dire du côté de ceux qu'il fallait craindre.
— Mais même, plaida-t-elle. Nous avons à peine dix-sept ans et nous avons peur de mourir, de voir nos amis et nos familles mourir… Regarde ce qui s'est passé pour Hannah !
Elle ne savait pas très bien pourquoi elle débitait toutes ces franchises, mais semblait incapable de s'en empêcher. La valve était ouverte.
— J'ai seize ans, pas dix-sept, coupa-t-il soudain, comme si cela avait la moindre importance.
Elle oubliait souvent qu'il était légèrement plus jeune qu'elle. Mais ne comprenait-il pas que cette correction abondait justement dans son sens ?
— Et puis, continua-t-il d'une voix ennuyée, quel est le rapport ? Que veux-tu que j'y fasse, au juste ?
— Je ne sais pas, avoua-t-elle.
Déjà, toute cette conversation paraissait abracadabrante.
— Je veux juste te dire que… je n'ai pas peur que pour mes amis et ma famille… j'ai peur pour mes ennemis aussi. J'ai peur pour toi.
Malefoy étouffa un ricanement sans joie.
— Je ne t'apprécie vraiment pas, persévéra-t-elle avec franchise. Mais bon sang, t'imaginer mort sur un champ de bataille est un tel gâchis… !
Le Serpentard s'avança vivement vers elle et dévia sa baguette pour la planter douloureusement dans sa joue, la contraignant à baisser la tête sur le côté, et la surplombant du même coup.
— Je n'ai pas besoin de tes fausses chouinades. Il fallait y penser un peu plus avant de mettre mon père en prison.
— Ton père est en prison car il est dangereux ! Tu sais ce qu'il a fait à Ginny Weasley et Harry en deuxième année, ce qu'il nous a fait subir au ministère l'année dernière… Comment peux-tu le défendre, il était prêt à nous tuer !
Malefoy s'esclaffa.
— Je me contrefous de ce qu'il vous a fait : il aurait bien pu te jeter un Impardonnable que je l'aurais regardé faire sans te venir en aide. À vrai dire, je crois même que j'aurais pris plaisir à l'assister.
À nouveau, il fit mine de ricaner, mais il n'y avait aucun amusement véritable. Le son était glacé.
— Vous : toi, la Potter-clique, détruisez des vies vous aussi ! Prétendez tous être au-dessus des autres, mais je ne suis pas contaminé par votre culte du soi-disant Survivant. Je vois très clair dans votre jeu.
Hermione actionna sa tête de gauche à droite, l'air navrée. La baguette dans sa joue ne faiblit pas pour autant. Il était tellement endoctriné.
— Je connais déjà ton point de vue, céda-t-elle en soupirant.
Et je le déplore, car l'oppression l'engendre et la vengeance le nourrit.
— Chacun se bat pour ses valeurs, ajouta-t-elle à voix presque basse.
— Mes valeurs, ce sont l'honneur et les traditions, cracha-t-il.
— Et les miennes, la tolérance et la liberté, le défia-t-elle.
Ils se jaugèrent longuement. Malefoy la traversait de son regard froid. Hermione eut soudainement une idée. Il n'avait pas diminué la pression et elle commençait sincèrement à avoir mal à la joue.
— J'ai une question pour toi, murmura-t-elle les yeux fixés sur lui. Une question que je veux te poser depuis longtemps.
Il ne répondit pas, baissant simplement les sourcils dans une expression de condescendance. Son silence dura, et elle comprit qu'elle pouvait la lui poser.
— Que faudrait-il que je fasse pour te plaire ? Demanda-t-elle.
L'expression de Malefoy se vida de toute émotion. Ses yeux, eux, s'emplirent de mépris. Puis y passa une flamme de haine pure.
— Mourir ? Proposa-t-elle rapidement.
— Ce serait un début, concéda-t-il avec un nouveau rictus.
— Et comment mourrais-je ?
Il sembla accepter de se prêter au jeu. C'était un jeu où il avait gagné d'avance, où l'on discutait de sa victoire.
— Je n'en sais rien, réfléchit-il. Tuée sur le champ de bataille ou morte dans ton lit, je m'en tape. Tant que tu crèves.
— Tuée par qui ?
— Je n'en sais rien, répéta-t-il. Un Mangemort probablement, ou l'un de leur allié.
— Toi, par exemple ?
Malefoy sembla songer pendant un instant avant de laisser un sourire investir ses lèvres.
— Pourquoi pas.
— Comment t'y prendrais-tu ?
Cette fois, il baissa légèrement sa baguette et la détailla franchement de haut en bas. Il reporta son regard vers ses yeux et Hermione, confuse, ne sut pas vraiment interpréter la nature de ses pensées.
— Qu'est-ce que tu essaies de me faire dire, Granger ? Tu m'enregistres là-dessous ?
Il désigna d'un geste vague sa disgracieuse tenue de nuit.
— J'ai entendu parler des appareils moldus qui peuvent enregistrer des conversations.
— Les appareils moldus ne fonctionnent pas à Poudlard, répéta-t-elle pour la cent-millième fois de sa vie. Et puis j'ai mes souvenirs pour ça, rappela-t-elle en se tapotant la tempe.
Visiblement, Malefoy ne s'était pas attendu à ce qu'elle se souvienne qu'il était possible d'extraire ses pensées. Mais c'était le propre de lui-même que de la sous-estimer sans cesse.
— Je pourrais te lancer un Oubliettes.
— Oh, je n'en doute pas, plaida-t-elle avec une sorte d'ironie.
Il resta silencieux, l'encourageant à continuer.
— Mais comme tu le sais, il est tout à fait possible pour les membres du corps professoral de distinguer si j'ai été ensorcelée ou non, et par ailleurs, de tracer les derniers sortilèges d'une baguette afin d'enquêter sur la personne coupable. Tu aurais alors à te justifier, car si je me souviens bien, ironisa-t-elle, ce sort est non-seulement spécifiquement interdit dans le règlement de l'école, mais sa pratique est en plus illégale sur des sorciers, hormis en usage médical.
Malefoy étouffa un ricanement.
— Pauvre Granger. Tu te penses vraiment brillante avec ton souci du détail.
Il sortit la baguette d'Hermione sa poche intérieure l'espace d'un instant, jouant négligemment avec elle, avant de l'y replacer.
— Je ne suis pas stupide au point pour te jeter un maléfice avec ma propre baguette.
Hermione serra les dents. Il lui était arrivé bien des fois d'être un stratège minable, et il ne pouvait lui reprocher de l'avoir supposé là-encore.
— Bien, alors tu vois, tu es couvert, répliqua-t-elle aigrement. Tu peux répondre à ma question sans craindre de te faire prendre, argua-t-elle en serrant les bras sur sa poitrine d'un air revanchard.
Le regard de Malefoy luisait d'une flamme de méfiance, mais aussi d'un profond amusement.
— Pourquoi voudrais-tu le savoir, de toute façon ? Pour mieux te protéger ? Tu aurais moins peur si tu savais comment je comptais te tuer ?
Il la regarda, l'air de dire que c'était ridicule et très franchement contradictoire.
Hermione recula dans le rayonnage et vint s'asseoir sur une chaise, face à une table vide. D'un signe de tête, elle lui signifia que non. Elle sentit qu'il baissait sa baguette presque pour de bon maintenant, attentif.
— Je n'ai pas peur de mourir. Être faite prisonnière, par contre, doit être terrible. Être torturée. Comme ce pauvre Professeur Maugrey enfermé dans la geôle de Bartemius Croupton Junior.
Malefoy resta silencieux à nouveau. Il semblait réfléchir à ce qu'elle venait de dire.
— Tu n'as qu'à pas te faire prendre, signala-t-il simplement.
Hermione lui jeta un regard étonné. Essayait-il de… l'aiguiller pour l'aider ?
La remarque et même son intonation étaient mystérieuses.
— Pour ne pas te faire prendre, tu n'as qu'à pas faire confiance à n'importe qui. Regarde-toi, tellement larguée que tu me confies à moi ce qui te fait le plus peur. À croire que t'es suicidaire.
— Je ne pense pas prendre beaucoup de risque. Même si tu sais tout ça, cela ne t'avance à rien.
Il tiqua désagréablement en signe de mépris, mais Hermione était sûre d'avoir raison. Elle savait que pour un grand nombre de personnes, être fait prisonnier était bien pire sort que mourir au combat. Ce n'était pas une peur très originale.
— Je te le dis : arrête de balancer tes faiblesses à n'importe qui, et surtout pas à tes ennemis. Maintenant que je sais ça, sache que je m'en servirais contre toi si la situation m'est opportune.
Hermione rigola presque, même si elle savait qu'il était sérieux.
Si jamais elle était faite prisonnière, il n'y serait pas pour quelque chose.
D'ailleurs même, il ne pourrait rien faire. Il croyait être important et qu'elle était faible, mais la réalité était que même s'il était visiblement fort moralement et qu'il avait vraisemblablement fait de grands progrès en magie, il n'était rien d'autre qu'un petit pion sur un très grand échiquier. Mais elle n'allait pas lui dire ça alors qu'il pouvait la tenir en joue d'une baguette.
— Admets que ce serait comique. Je te rendrais la vie impossible, se moqua-t-elle soudain, trouvant tout le scénario un peu trop parodique pour être effrayant.
Hermione scella ses poignets entre eux, mimant des menottes invisibles lui liant les mains.
— Malefoy, j'ai faim, viens me donner la becquée et je te dirais où est Harry, singea-t-elle d'une voix affaiblie et désespérée.
Il s'était figé et la regardait fixement, l'expression vide. Finalement, il s'avança, tira la chaise en face d'elle et s'y assit. Elle remarqua qu'il avait rangé sa baguette.
Ils se faisaient face, à présent, sans menace, et discutaient. Le cœur d'Hermione battait douloureusement vite.
— Admettons, concéda-t-il.
Ses yeux d'opale grise brillaient dans les rayons lunaires et Hermione crut y voir passer une lueur de malveillance. De vice.
Elle tira ses mains de son côté de la table pour exécuter une retraite, mais une poigne rapide et ferme l'arrêta dans son geste, capturant et collant les deux poignets l'un à l'autre à nouveau.
— Tu es attachée. Tu es éreintée, affamée, assoiffée. Tu n'as pas vu le jour pendant des semaines, et on te tabasse quotidiennement avec des maléfices plus douloureux les uns que les autres. Comment comptes-tu t'en sortir ?
— J'avale ma langue ? Tenta-t-elle.
— Il y a des contre-sorts pour ça, balaya-t-il de son autre main.
— J'utilise ma répartie imparable…
Malefoy renâcla avec mépris
— … et les envoie sur les roses jusqu'à ce qu'ils craquent et me tuent.
— Mais s'ils t'isolent et te gardent en vie ?
Hermione était dans une impasse.
— Je ne leur dirais jamais rien. Je finirais bien par mourir de faim. Ou même de désespoir, dit-elle en haussant les épaules, un air quelque peu courageux mais aussi résigné sur le visage.
Malefoy relâcha ses poignets et esquissa un rictus narquois.
— Tu vois. Même dans le pire des scénarios, tu finis par mourir sans rien dire. En martyr, comme tous les prétendus héros de votre espèce.
Hermione n'était pas sûre de comprendre ni ses propos, ni de saisir son ton. Était-ce un compliment ? Une insulte ? Probablement la dernière. Malefoy n'était pas capable de complimenter quelqu'un, autrement que pour le flatter et en tirer quelque chose. Ce n'était pas le cas ici.
— Et si tu ne crains pas la mort, c'est que c'est une libération, mais le déshonneur de trahir ton camp, par contre, est une toute autre sorte de prison, n'est-ce pas ? Murmura-t-il d'une voix lointaine et l'air pensif.
Elle n'eut jamais l'opportunité de répondre à sa question car soudain, quelqu'un avançait dans le couloir adjacent à la bibliothèque. Malefoy et Hermione échangèrent un regard et en un clin d'œil, ils étaient tous les deux debout, le Serpentard avait attrapé le corps rigide de Miss Teigne par la queue, et ils se planquèrent dans un recoin du rayonnage le plus sombre.
L'un face à l'autre, ils attendirent. Malefoy avait les yeux plissés et fixés sur l'extrémité de la Bibliothèque, attendant probablement le bruit caractéristique de la porte. Hermione plaqua une main sur sa bouche pour limiter le bruit de son souffle, mais Malefoy ne l'imita pas. Il parvenait visiblement sans difficulté à être aussi silencieux qu'un cadavre. À croire qu'il s'y était entrainé.
Hermione se fit la pertinente réflexion qu'il ne s'agissait pas de la première fois que ce dernier devait braver le règlement, et qu'il venait probablement dans la Bibliothèque aussi souvent qu'il en ressentait l'envie. Ce comportement, hormis son mépris des règles, n'avait aucun sens. Que venait-il chercher ici ? La connaissance ? Même elle, qui était en quête perpétuelle de savoir, s'offrait le luxe de dormir la nuit !
— Missy ? Appela quelqu'un au loin.
Rusard ! Bien-sûr, il cherchait sa chatte. Mais, pétrifiée, cette dernière ne put miauler et confirmer sa présence, et bientôt le concierge referma la porte de la bibliothèque, visiblement déterminé à continuer sa recherche ailleurs. Ils attendirent longtemps, au moins une dizaine de minutes, avant de rejoindre prudemment le couloir central de la bibliothèque.
— Bien. Je crois que cette petite escapade a suffisamment duré, siffla Malefoy.
Plus que d'accord avec lui, et déterminée à clore ce court, intense, et dernier chapitre de sa vie où elle avait une véritable conversation avec Drago Malefoy, Hermione hocha positivement la tête.
— Rends-moi ma baguette, ordonna-t-elle d'une voix autoritaire.
Malefoy pouffa de rire.
— Tu t'es cognée la tête, Granger ? Tu rêves. Si tu veux récupérer ta baguette, tu vas venir avec moi aux dortoirs Serpentards.
— Hein ? Chuchota-t-elle furieusement.
— C'est simple : nous allons sortir d'ici, nous rendre dans les cachots, et là, je te rendrais ta baguette. Ensuite, tu pourras dé-pétrifier ce maudit chat et courir, courir, courir, jusqu'à la tour Gryffondor. Ce sont là mes termes.
Il semblait avoir pris un grand plaisir à lui faire ce récit.
— Ah, je ne crois pas, opposa-t-elle avec un sourire sans joie. Car si tu refuses de me rendre ma baguette, je me ferais une joie d'amener Miss Teigne dans le bureau de Rusard, et lui dirais que j'ai trouvé sa chatte comme ça, devant les cachots Serpentards. Ils feront une enquête pour savoir qui a fait ça, car comme tu le sais, Rusard a une tendresse presque meurtrière pour son chat, et lorsqu'ils se rendront compte que tu as jeté un maléfice de pétrification avec ta baguette, ton compte sera bon !
Malefoy esquissa un sourire narquois, laissant échapper un ricanement semblant presque involontaire.
— Eh bien. Je ne savais pas que la miss-parfaite de Gryffondor avait la trempe d'un fin stratège Serpentard.
— La stratégie n'est pas le monopole de ta maison, rétorqua-t-elle.
Mais soudain, Malefoy s'était rapproché d'elle et elle avait son bras sous sa gorge, la plaquant contre une bibliothèque. Merlin. Quelle rapidité.
Quelle force !
— Nous ne sommes pas en train de jouer aux échecs. Pour l'instant, tu n'as pas de baguette, alors tu vas sagement m'obéir.
Lorsqu'il avait prononcé son dernier mot, une lueur de malveillance et d'avidité entremêlées avait fait le tour de ses iris dans une danse maline. Tentée de confirmer ce qu'elle pensait depuis qu'ils s'étaient assis à la même table et qu'il avait pris plaisir à parler d'emprisonnement, et du sort que la guerre lui réserverait, Hermione vint porter ses mains à son avant-bras gauche dans une douce étreinte, s'attendant presque à ce qu'il ne les lui dégage brusquement, en signe de dégoût. Il n'en fit rien, posant plutôt ses yeux dessus, impassible.
— D'accord, consentit-elle d'une voix neutre, les paumes lâchement posées là.
Les yeux gris brillèrent de nouveau dans sa direction, et une petite pièce de puzzle supplémentaire vint s'ajouter au portrait de Malefoy dans l'esprit d'Hermione. Pièce qu'elle ne sut ni reconnaître ni identifier, et encore moins comprendre.
Il la relâcha prudemment, comme méprenant sa docilité pour un piège.
— D'accord ? Confirma-t-il.
Elle hocha doucement la tête puis se pencha pour ramasser doucement le corps inerte de miss Teigne. Cette dernière n'avait pas les rondeurs de Pattenrond et sa présente rigidité n'avait rien d'agréable à porter. Pour autant, elle la garda contre sa poitrine et reporta son regard vers Malefoy qui l'avait simplement regardée faire.
— Allons-y, dit-il simplement.
Le cœur battant, Hermione suivit Malefoy tout au long des corridors qui les menaient aux cachots. Le silence aidant, elle était plongée dans ses réflexions quant à leur échange dans la Bibliothèque. Son voyage nocturne n'avait pas été en vain. Plusieurs choses étaient désormais sûres : premièrement, Malefoy se rendait bien plus souvent à la Bibliothèque qu'il n'était normal. Deuxièmement, le fait qu'il s'y trouvait seul et non pas avec quiconque de ses camarades de Serpentard, prouvait qu'il avait des choses à cacher, même à son entourage proche. Troisièmement, Drago Malefoy, lâche petite fouine de cinquième année, n'avait plus grand-chose à voir avec Drago « a-oublié-ses-peurs-et-s'est-découvert-des-muscles » Malefoy de sixième année, et cela n'avait rien de rassurant. Avait-il eu recourt à un quelconque entraînement physique ? Cela faisait-il partie d'un rite d'initiation destiné à le faire entrer dans les ordres Mangemorts ?
Toutes ces pensées tourneboulèrent dans sa tête jusqu'à ce qu'ils arrivent enfin aux cachots Serpentards.
Là, elle déposa doucement Miss Teigne sur le sol. Malefoy la regarda faire, un petit sourire en coin.
— Que se passerait-il si je la réveillais et te laissais là, sans baguette ?
Hermione leva les yeux au ciel.
Quatrièmement, mais cela n'avait rien d'une surprise, Drago Malefoy semblait être toujours autant intéressé à l'idée de se moquer cruellement d'elle. Cela, au moins, n'avait pas changé. Ceci dit, ce n'avait rien d'un scoop non plus.
— Ce n'est pas ce que nous avions convenu, plaida-t-elle dans un chuchotis furieux.
Il ricana un peu, mais sortit sa baguette de son polo. Elle allait s'en saisir lorsqu'elle sentit ses deux mains se lier dans son dos.
Évidemment.
Elle s'apprêtait à protester, lorsqu'il la fit taire avec un sortilège étrange et inconnu qui lui colla la langue au palais.
— Tututut–Granger, chut. Écoute-moi bien car c'est la dernière fois que je me répète.
Il s'approcha d'elle, et elle recula ce faisant jusqu'au mur auquel elle plaqua son dos. Vicieusement, il plaça la pointe de la baguette d'Hermione à la commissure de sa bouche.
— Ne me suis plus. Ne me surveille plus. Ne me regarde plus. Si tu racontes à qui que ce soit ce que tu as vu ce soir, je ferais sauter tout Marlow.
Le sang d'Hermione se glaça dans ses veines.
Marlow était la ville dans laquelle vivaient ses parents. Dans sa surprise, elle ouvrit la bouche, hébétée, la langue toujours stupidement collée à son palais. Il glissa alors sa baguette le long de sa lèvre et vint la coincer entre les deux. Elle referma la bouche aussitôt, mais c'était trop tard. Il leva le maléfice de sa langue, mais la laissa poings liés.
Hermione ne pouvait plus ouvrir la bouche sous peine de faire tomber sa baguette, sans pouvoir se servir de ses mains pour la ramasser. Malefoy s'écarta quelque peu d'elle, admirant son chef-d'œuvre.
Hermione Granger, poings liés dans son dos, sa baguette entre les lèvres, incapable de prononcer un mot. Voilà qui doit lui plaire, à ce tordu.
Pendant un moment, il la considéra du regard, le laissant même la dévaler, et même si sa tenue très large dissimulait tout de ses formes et de son anatomie, Hermione se sentit dénudée l'espace d'un instant.
— Tu as bien compris ? Chercha-t-il soudain à avérer, vicieusement conscient qu'elle ne pouvait réellement lui répondre.
Elle hocha la tête, les yeux remplis de fureur. Malefoy ricana de plus belle et s'approcha une dernière fois d'elle, lui donnant une pichenette sur le nez, et glissa sa bouche à son oreille.
— Maintenant, cours.
Elle ne se fit pas prier et détala, entendant résonner le long de la voûte des cachots le miaulement hagard et hystérique d'un félin ramené à la vie.
