It's been awhile comme dirait Staind.

Merci à Cloudy Sun, Cesium Spring, MadameReineDuMonde, Drasha, Lolita KALA, MrsYoflam, Guest (1), LaQuille, hoppyjama, Casiah, mainas, sarahjadir, GiselleLevy, Black's Phoenix Dreams, Enola.

Ces personnages sont des PERSONNAGES. Ceci est une fiction. Tout ceci est fictionnel. Et avant qu'on me taxe "d'enabler" - ce sont ici des actes totalement factices, donc je n'enable rien du tout. J'ouvre une fenêtre sur un monde. Personne n'est obligé de regarder à travers.

Pour tout ce que je m'en soucie, passez devant sans y jeter un coup d'œil... mais à ceux qui veulent la plancher, la clouter, empêcher d'autres de regarder : sachez que vous êtes un problème. Et à qu'à chaque problème, ses solutions.
Exhibit A : je suis toujours là, et je ne vais pas arrêter.

Je dédicace donc ce chapitre à toutes les personnes qui se sont senties un jour illégitimes, honteuses et/ou accablées de chercher des histoires comme celles que j'écris... et ce pour de multiples raisons. Par exemple, car elles les font se sentir antiféministes, anti-relations saines, voire complices de crimes.

Vous l'êtes ou vous ne l'êtes pas : cela n'aura rien à voir avec cette histoire ou d'autres. Cela vient de vous et du bagage que vous amenez avec vous en lisant. Si vous savez que tous les délits ou crimes commis dans les intrigues de cette histoire sont à proscrire de toute réalité, alors vous ne l'êtes pas. C'est aussi simple que cela.

Beaucoup de personnes essayeront de vous faire croire que vous devriez avoir honte, et ces personnes là devraient elles-mêmes commencer par se soucier de leurs propres luttes intérieures avant de commencer à vouloir stratégiser les vôtres.

Bien-sûr, restez ouvert-es. Écoutez tous les côtés - mais ne les laissez pas parvenir à projeter cette inadéquation sur vous.

Si vous êtes une personne éclairée, avec du bon-sens, et qui n'irait jamais contre le consentement d'autrui, qui ne cautionnez pas les actes et les agissements des criminels/délinquants de mes écrits, alors vous êtes totalement en droit (et équipé-e pour) de vous évader avec l'art que vous préférez.

Et si autrui cherche à vous faire vous sentir mal, prenez du recul.

Demandez-vous : qui/qu'est-ce qui définit qui/ce que je suis ?

Moi-même ? Mes actes ? Mes valeurs ?
Des personnes (inconnues ou non) portant un jugement catégorique sur moi ? Sur mes choix ? Sur mes goûts, sur l'art que je consomme ?
Ou, encore autre chose... ? Tout cela à la fois ?

Réfléchissez. Ennuyez-vous un peu sur la question. Laissez-la toujours en back-burner dans vos têtes.
Cherchez longuement la/les réponse(s). Épargnez-vous la culpabilité d'office.

La/les réponse(s) peuvent même changer : nous sommes des êtres fluides et notre conscience est loin d'être immuable. C'est un édifice toujours changeant et vous-seul-es en êtes les architectes et les bâtisseur-sseuses.

Je vous laisse avec un nouveau chapitre.

Merci, comme toujours, pour votre confiance et votre présence.


I'll take you up, above ground,
Over fill, overfire.

Newly emerged from damp rich earth, every each inch a new sensation, stretches me out of my head
Out of my head, into his, to taste and smell myself
My flesh wrapped around me,
My weight on my limbs,
My teeth, my hands, my heat, my breath,
Down my throat.

Beyond every time, more then I
Over fill, overfire

Overfire – T.H.C


Chapitre 9 – Overfire

JEUDI 19 SEPTEMBRE 1996 – Nuit du jeudi au vendredi, dortoir Serpentard – Poudlard, Écosse

Drago transpirait dans son lit, le front et les tempes brûlantes. Ses yeux tremblotaient, papillonnaient péniblement contre ses orbites sèches.

L'Obduro n'avait aucun pouvoir sur l'enfièvrement qui ceignait son crâne. Il avait l'impression d'en avoir pris un ersatz, un azote mal préparé, et la glace refusait de prendre le pas sur la lave.

Dans son esprit dansaient des jambes argileuses, fuselées, qui sur leur passage laissaient partout des traces. Des empreintes de pieds boueuses dans le plan clair et propre de ses idées.

Et Drago se sentait courir derrière, semblable à un ménager frénétique, à l'obsession abstersive, tenant d'une main une pelle et de l'autre une balayette, essayant désespérément de rattraper les dégâts. Mais la danseuse était bien plus rapide que lui, et ses pas compulsifs dardaient chaque nouvelle parcelle immaculée d'une nouvelle boue, d'un désarroi de plus, d'un désordre désobligeant que Drago devrait justifier, dont il devrait désamorcer les doutes, sous peine de se confronter au désastre, d'être déshonoré, d'être désigné pour ce qu'il se sentait être, courant toujours plus vite derrière la danseuse dévêtue : un déserteur.

Si ses facultés de réflexion – d'habitude rendues pragmatiques par la potion – étaient de toute façon généralement assez froides et peu affectées, il les sentait ici et maintenant se perdre dans des myriades d'arguties, et se posait des questions desquelles nulle réponse ne voulait accoucher.

Mauviette. Se rappela à lui la voix glaciale de l'Obduro, l'invectivant dans le brasier, l'incendiant comme s'il était fait de brousses.

Si c'est pour obtempérer, ne prétends pas essayer.

Ce mélange de voix, lui rappelant celle de son père, du Seigneur des Ténèbres, de Rogue, mais aussi et détestablement, de Potter, enflammait davantage sa migraine affreuse.

Pour se préserver, il essayait de lâcher l'idée, d'abandonner la construction mentale et de laisser aller les rémanences pour de plus fraîches et douces vagues. Spumescentes à souhaits, qu'elles soient même houleuses, il s'en moquait : il s'y adonnerait pleinement. Le bleu allait tout refroidir, le plonger dans un état de stupeur, le submerger dans un liquide qui le porterait, et avec lui, ses noires pensées. Comme une bouteille à la mer, il se laisserait égarer, et s'envolant à la manière d'un parchemin dans les courses folles d'embruns, caressé par des voluptés qui l'éloigneraient de la raison, tout serait parfait.


VENDREDI 20 SEPTEMBRE 1996 – Tôt le matin, dortoir Gryffondor – Poudlard, Écosse

Hermione se réveilla avec une immense difficulté, la tête grosse comme une pastèque. Il lui semblait que depuis la veille, elle ne parvenait plus à aligner un pas devant l'autre sans se heurter à quelque chose. Elle se soupçonnait même de couver une maladie tant les maux de tête étaient débilitants. Incapable de se redresser sans avoir une vertigineuse envie de vomir, elle se recoucha.

Quel anniversaire de merde.

Bringuebalée dans un tournis plein de nausée, elle crut percevoir des mouvements, des ombres, de Lavande et Parvati qui s'éveillaient et se préparaient afin d'aller en cours. D'une voix faible, elle appela Lavande qui s'approcha de sa couche visiblement à contrecœur, les bras croisés dans une posture de défiance. C'est à ce moment-là qu'elle réalisa pleinement la nature de ses troubles : elle était sourde. Elle ne s'entendait pas parler. Paniquée, Hermione essaya de se redresser, mais s'écroula aussitôt, prise d'une subite envie de dégobiller.

Quand elle s'aperçut de l'état d'Hermione, Lavande abandonna sa moue de pimbêche pour une expression plus soucieuse.

Elle dit quelque chose, mais Hermione ne vit que ses lèvres bouger, sans entendre le moindre son.

Aussitôt, devant son mutisme et son air interdit, Lavande vint poser le revers de sa main contre son front.

Le contact eut l'air de l'affoler et Hermione essaya de porter elle-même sa main à son front, mais n'en eut pas la force. Lavande quitta les lieux avec une certaine précipitation.

Hermione retomba dans un état de semi-inconscience, jusqu'à qu'elle sente des vibrations pressées s'approcher d'elle. Quand elle ouvrit les yeux, Lavande et Madame Pomfresh l'observaient au pied de son lit.

L'infirmière s'adressa à Lavande durant un moment puis fit un geste de baguette et un bout de parchemin apparût.

Lavande le saisit en hochant la tête et, après avoir lancé un dernier regard soucieux – et toujours quelque peu défiant – à Hermione, elle quitta le dortoir en attrapant son sac de cours.

Pomfresh continua d'essayer de parler, probablement à sa propre attention car elle devait avoir compris qu'Hermione n'entendait rien, et s'assit sur le rebord du lit pour l'ausculter.


VENDREDI 20 SEPTEMBRE 1996 – Botanique, serre des sixièmes années – Poudlard, Écosse

Quand le cours commença, la Sang-de-Bourbe était toujours absente. Brown aussi.

Cette dernière arriva quelques minutes après, essoufflée, et remettant un mot à Chourave. Drago essaya de sonder l'expression du professeur de Botanique pour comprendre la nature du message, mais il ne la vit que froncer les sourcils, plier le message et le mettre dans sa poche.

— Reprenons.

Drago jeta un coup d'œil à Potter et Weasley, qui visiblement avaient l'air tout aussi inquiet que coupable. Savaient-ils pourquoi elle manquait les cours ? Ou étaient-ils soucieux car ils l'ignoraient ?

Brown vint s'intercaler entre Patil et Weasley, et chuchota quelque chose à son oreille, qui, lui-même, s'approcha de Potter pour en faire de même.

Les deux semblèrent plus troublés que jamais après coup, et Drago sentit quelque chose remuer déplaisamment dans son ventre.
De quoi s'agissait-il, bon sang ? Pourquoi n'était-elle pas là ? Lui était-il arrivé quelque chose ?

Drago se tempéra : si cela avait été grave, Potter et Weasley auraient décampé aussi sec.

Sans doute était-elle malade, à nouveau ?
Décidément, la petite Sang-de-Bourbe avait la santé bien fragile.
Avait-elle pris froid dans la salle d'eau, la veille ?

Drago s'interrompit promptement dans ses pensées.

Était-il… en train de s'inquiéter pour cette saleté ?
Absolument outragé par son propre comportement, il refusa d'y accorder la moindre attention supplémentaire et s'échina à ne plus y penser de la journée. Tâche difficile, mais pas impossible.

Heureusement, le soir, son esprit fut davantage occupé par la recherche de la salle de rangement. Il se rendit à nouveau au septième étage et recommença ses recherches.

Il n'avait fait aucun progrès sur ses recherches de poisons jusqu'à présent et devrait bientôt se rendre à nouveau dans la bibliothèque pour aller chercher dans d'autres ouvrages, particulièrement dans ceux de la Réserve. À force de s'abîmer dans les recherches de breuvages et de potions, il en avait oublié de continuer sa lecture du grimoire d'ingénierie magique, et ne savait toujours pas si ce dernier pourrait l'assister dans la réparation de l'Armoire à Disparaître. Il se tranquillisait en se disant qu'il pouvait très bien remettre sa lecture à plus tard, lorsqu'il aurait finalement mis la main sur cette fichue penderie de malheur, et que rien ne servait de s'atteler à la réparation d'un meuble pour l'instant introuvable.

Au bout d'un certain moment passé à faire de multiples allers-et-retours dans les corridors, le pas de plus en plus enragé, une porte qu'il n'avait jamais remarquée avant lui sauta soudainement aux yeux. Tout autant que la tapisserie de Barnabas le Follet qui y était accointée.

La Salle sur Demande !

La Salle sur Demande, aussi connue sous le nom de la Salle des Objets Cachés. Comment avait-il pu oublier cette fichue pièce avec le mal qu'ils s'étaient donnés au sein de la Brigade Inquisitoriale pour la retrouver, l'année passée ?

Ne pouvait-ce pas être là-dedans que tout le bric-à-brac de Poudlard était rangé ? Peut-être était-ce là que se trouvait l'Armoire à Disparaître ?

Quand il actionna la clenche et pénétra dans la pièce, sa mâchoire se décrocha devant la vue monumentale qui s'étendait devant ses yeux. La pièce dernière ne ressemblait en rien à celle dans laquelle Potter et sa clique s'étaient entraînés l'année passée… C'était une salle énorme, aussi grande qu'une cathédrale, et remplie d'un fourbi sans nom. Des meubles, des piles de livres, des tas de parchemins poussiéreux et des centaines d'objets d'apparence cassée ou miteuse étaient amassés là. Il y en avait pour tous les goûts : des cages, des pupitres renversés couverts d'encre, des plantes en pot séchées, des dalles de carrelage orange, une collection d'affreuses sculptures en argile ressemblant aux différents stades de transformation d'un loup-garou, des grandes cartes sidérales roulées et élimées, des tapis, des couvertures, des balais… Tout un bric-à-brac fabuleux et formidable qui, malgré l'habitude de Drago de garder une expression impassible, lui fit écarquiller les yeux et béer avec stupéfaction. Il se rendit compte de la stupidité de sa moue lorsqu'il passa devant une glace ronde mouchetée et à l'ornement rouillé.

Il ferma la porte derrière lui et commença son exploration de l'endroit, semant des boules luminescentes et stagnantes sur son chemin dans un Nitido informulé.

Merci, Rogue, railla-t-il en son for-intérieur, car c'était à lui qu'il devait cette formule bien pratique.

Il ne trouva pas l'Armoire ce soir-là, notamment car sa formule de localisation ne sembla pas vouloir fonctionner sur l'Armoire, bien qu'elle ne fonctionne avec d'autres objets de la pièce. Peut-être devrait-il s'y reprendre une autre fois ? De toute façon, les Armoires à disparaître étaient conçues pour ne pas être trouvées facilement. C'était là tout l'intérêt de leur existence.

Drago, toutefois, ne s'en affligea pas, car avoir trouvé un endroit probable où elle résidait était déjà une victoire.

Il se jura que pour honorer cette dernière, il reprendrait ses lectures du Magicae ars Ingeniaria dès le lendemain.


SAMEDI 21 SEPTEMBRE 1996 – Nuit de samedi à dimanche – Poudlard, Écosse

Hermione s'éveilla.

Elle était à l'infirmerie. C'était la nuit.

Elle ne saurait dire ce qui l'avait réveillée.

Pour vérifier si elle était en mesure d'entendre quoi que ce soit, elle leva la main, avec faiblesse, et claqua mollement des doigts près de son oreille.

Un son très lointain lui parvint. Visiblement, elle n'était pas encore remise. Sa baguette n'était pas en vue, et sa montre n'était plus à son poignet. Lorsqu'elle se redressa du matelas contre la tête de lit en métal, elle sentit sa tête tourner.

Quel jour était-on ? Pourquoi était-elle là ? De quoi souffrait-elle ?

Quittant le lit avec une grande rudesse, passant ses jambes par-dessus les draps et posant ses pieds nus sur la pierre glacée, elle tenta de se mettre debout. Elle avait les jambes en coton. Des vertiges manquèrent de la faire vaciller, mais elle se tint à la rambarde métallique du lit et respira à grandes goulées l'air très frais de la pièce.

Elle n'entendait presque pas son propre souffle, mais sentait son cœur battre. C'était à vrai dire la seule chose qu'elle percevait avec clarté.

Il y avait une pendule juste au-dehors de l'infirmerie. Elle le savait car à chaque fois qu'elle en était sortie, son regard était tombé dessus. Avançant prudemment, elle se rendit compte qu'elle portait une tenue de convalescence : une chemise de soin blanche, qui lui donnait l'air d'une patiente sortant tout droit d'un asile. Le vêtement informe s'arrêtait juste au-dessus de son genou, la laissant voir ses jambes flageoler. Tout son corps tremblotait, asthénique, comme fiévreux et manquant grandement de sucre.

Pourtant, elle n'avait pas faim et au contraire avait très envie de vomir. Sans doute aurait-elle dû rester alitée, mais sa raison n'avait pas gagné face à la panique qui la submergeait depuis son réveil impromptu.

Elle arriva enfin aux deux grandes portes de l'infirmerie et ouvrit celle de droite par réflexe. Faisant un pas dans le corridor obscur, elle s'aperçut qu'elle devrait s'approcher davantage de la pendule pour voir l'heure car elle n'avait pas à concentrer sa vue sur quelque chose : tout tournait, basculait sur le côté dès qu'elle essayait de fixer ses yeux sur le moindre détail. Elle préférait donc balader son regard, car cela lui faisait bien moins ressentir son tournis.

Bientôt, elle s'appuya contre le mur et essaya de plisser le plus les yeux possibles afin de lire l'heure.

Mais sa vue se troublait et faisait danser les faibles lueurs du peu de torches allumées dans le couloir, lui donnant l'impression d'assister à un spectacle de papillotements de lumières. Elle ferma les yeux et s'appuya contre le mur, bringuebalante.

Un murmure inaudible retentit dans le fin-fond de ses oreilles. Elle rouvrit péniblement les yeux, et chercha la source du son… Mais vu son état, il s'agissait probablement d'une hallucination auditive.

Sa quête visuelle, pourtant, lui fit définitivement perdre l'équilibre et elle s'étala de tout son long sur le sol, se cognant le coude dans un malheureux réflexe pour se protéger le visage.

Aussi sec, de nouveaux murmures retentirent, mais elle était trop étourdie, trop assommée par sa chute pour rouvrir les paupières.

Un contact froid et rigide sur sa cuisse la sortit quelque peu de sa torpeur, mais face contre le sol, elle ne put que se mettre à quatre pattes pour se redresser. Ses bras tremblotèrent sous son poids et elle s'effondra de plus belle. Son coude lui faisait vraiment mal à présent et elle entendit la bribe d'une plainte quitter sa bouche.

Soudain, elle lévitait et quelqu'un l'attrapait.

Un homme. Un professeur ?

Quelques instants plus tard, elle était placée sur un lit. Haletante, car brûlante, elle demanda d'une voix pâteuse et surtout pataude, de l'eau. Peu après, un verre s'accolait à sa lèvre et se penchait, et elle sentit un filet l'eau lui couler agréablement dans la bouche, mais aussi sur le menton et jusque le long de sa gorge. Attrapant avec une forme de désespoir l'avant-bras de la personne qui tenait le verre, elle sentit cette dernière se crisper à son contact. Elle but tout un verre d'eau ainsi, et la présence sembla lui en avoir resservi un nouveau. Elle but la moitié de celui-là avant de faire un signe négatif de la tête pour indiquer qu'elle en avait eu assez.

Le verre s'éloigna, et soudain, elle sentit un bout de tissu lui essuyer le menton. Une manche. Quelques secondes plus tard, une main entourait doucement et langoureusement sa gorge humide, et elle leva la tête, lui laissant l'accès bien volontiers, car le contact était frais, ferme et agréable. C'est ainsi qu'elle se rendormit.

Le lendemain matin, elle croirait avoir rêvé, mais elle aurait un bleu sur le coude.


DIMANCHE 22 SEPTEMBRE 1996 – Poudlard, Écosse

— … de confusion et un sortilège de surdité de très grande amplitude, c'est la seule explication.

La voix de Madame Pomfresh la ramena au réel. Hermione battit fébrilement des paupières. Aussitôt, des personnes s'approchèrent de son lit.

— Hermione ! S'exclama une personne familière.

Ron.

L'inquiétude dans la voix de ce dernier lui fit un agréable nœud dans le ventre.

— Tu te réveilles, enfin, souffla quelqu'un d'autre avec un grand soulagement.

Harry.

Hermione parvint à ouvrir les yeux. En effet, ses deux meilleurs amis étaient là. Hagrid, et Madame Pomfresh étaient un peu plus loin et la regardaient d'un air soucieux.

— Comment te sens-tu ? Pas trop faible, au moins ?

Hermione avait envie de répondre qu'elle se sentait en bonne forme, mais cela aurait été mentir. Elle avait l'impression qu'un train lui était passé dessus. Pour autant, elle entendait le son de leur voix, ce qui était une amélioration par rapport au vendredi passé.

— Je me sens… fatiguée. Et j'ai très faim.

À ces mots, Madame Pomfresh tourna les talons, revenant quelques secondes après avec un plateau repas.

Un bol de soupe de légumes et des toasts beurrés et recouverts de fines tranches de bacon.

Se redressant sur son lit, Hermione adressa ses remerciements à l'infirmière qui s'approcha d'elle et posa sa main sur son front avant de l'en quitter, l'air satisfait.

— Vous n'avez plus de fièvre. Je pense que les maléfices ont enfin pris fin.

— Les maléfices ? S'enquit Hermione d'une voix rauque et éreintée.

— Oui, des maléfices, c'est ce que nous pensons, professeur McGonagall, professeur Rogue et moi-même. Visiblement, quelqu'un vous a lancé un sort de Confusion, et un… sort de surdité, bien que cela ne soit pas un sort classique, d'après les observations du professeur Rogue. Une enquête est bien sûr ouverte. Mais ne vous en faites pas, vous ne garderez aucune séquelle.

Quelqu'un lui avait jeté un sort ?

— Mais… Enfin… Qui aurait pu… Je n'ai croisé personne.

— Je mets tous mes Gallions sur ce fils de… Ahem. Sur Malefoy, se reprit Ron.

— Professeur Rogue a prévu d'interroger tous les membres de sa maison, tout comme le feront les autres directeurs et moi-même, coupa sèchement Madame Pomfresh. Ce n'est pas à nous de faire de telles allégations.

— De toute façon, je n'ai pas croisé Malefoy, jeudi, éluda Hermione, troublée.

Et elle avait obéi à ses ordres : en toute logique, il ne lui aurait pas lancé de sort. Bien sûr, cela aurait été de son acabit, mais le fait qu'il s'agisse d'un sort de surdité la faisait se sentir mal.

— Puis-je parler avec Ron et Harry un instant ? Demanda Hermione.

Madame Pomfresh acquiesça et lui indiqua d'un doigt sévère le plateau afin qu'elle commence à se restaurer, ce qu'elle s'empressa de faire.

Les deux garçons s'approchèrent davantage de son lit.

— Un maléfice de surdité, répéta Hermione, les regardant alternativement de manière éloquente. Cela ne vous dit rien ?

Ron et Harry s'échangèrent un coup d'œil, l'air circonspect.

— Le sort du Prince ! L'Assurdiato ! Plaida-t-elle d'un air exaspéré.

— Enfin, Hermione, s'insurgea Harry dans un rire. Tu ne veux tout de même pas suggérer que c'est moi qui t'ai jeté le sort !

— Non, je ne pense pas. Je pense qu'il s'agit de quelqu'un de malintentionné.

— Entièrement d'accord, et je pense – comme Ron –

Il montra Ron d'un signe de pouce.

— … que c'est Malefoy, suggéra-t-il aussitôt avant qu'Hermione ne l'interrompe car il avait vu qu'elle allait lui couper l'herbe sous le pied.

— Peu importe, Harry ! S'écria-t-elle. Tu ne comprends donc pas ? Quelqu'un d'autre que toi, à Poudlard, connait ce sort ! Ce sort dont nous n'avons jamais entendu parler avant d'avoir ce fichu manuel. Pour tout ce qu'on en sait, il s'agit d'un manuel égaré par un septième année qui s'est retrouvé en ta possession ! Un sixième année de l'année dernière !

Les deux comparses se regardèrent, l'air interdit. L'hypothèse semblait leur faire écho.

— Oui, c'est possible, concéda Harry. Où veux-tu en venir ?

— Eh bien, que cette personne, dont nous convenons qu'elle est malintentionnée, a probablement trouvé ce sort, voire même l'a inventé car il n'est indiqué nulle part qu'il est approuvé par le ministère ! Si vous êtes deux à le connaître et que tu n'as pas jeté le sort, cela prouve que ce manuel a bien été en possession de quelqu'un avec de sombres desseins !

— Peut-être était-ce McLaggen ! S'exclama soudain Ron en se tapant le poing dans la paume.

Hermione leva les yeux au ciel. McLaggen était pour sûr insupportable, mais il n'était pas malintentionné de cette façon-là…. Quoique. Elle ne le connaissait pas, après tout. Quoi qu'il en était, il était très loin d'être aussi brillant, et cela, c'était une certitude.

Hermione était assez sûre que Ron ne mentionnait pas son nom par véritable suspicion mais davantage car il ne supportait pas le septième année – inimitié qu'elle comprenait aisément.

— Je ne pense pas… Dans tous les cas, ce que je veux dire, c'est qu'il faut vraiment que tu t'en débarrasses, Harry ! Ce livre n'est pas sûr !

Harry roula des yeux, exaspéré.

— Ce n'est qu'un livre, Hermione ! Soupira-t-il. Un livre !

— Un livre peut faire des dommages ! Rétorqua-t-elle.

— Si tu recommences avec le journal de Tom Jedusor… Menaça-t-il.

— C'est un argument valable, donc je comprends que tu détestes l'entendre, cingla-t-elle sans pitié. Quoi qu'il en soit, on m'a jeté un sort qui semble être référencé dedans.

— Tu n'as aucune preuve ! Protesta Harry avec outrance.

Hermione leva les bras pour se désigner elle-même dans le lit, accablée par l'exaspération de l'évidence.

— Tu as besoin d'une preuve de plus que moi, alitée pendant plusieurs jours ? Se scandalisa-t-elle.

— Il pourrait très bien exister d'autres sorts de surdité.

Hermione inspira vivement et longuement, agacée au dernier degré. Madame Pomfresh elle-même venait de leur dire que le sort en question n'était pas connu, ce qui était corroboré par Rogue. Tout concordait. Il était obtus et elle en avait assez d'essayer.

— Bien, conclut-elle sèchement. Inutile de continuer ce débat parfaitement stérile. Tant que tu refuseras d'admettre que ce livre est dangereux, tu n'écouteras rien.

Harry semblait tout aussi irrité qu'elle et, d'un geste furieux, sortit l'ouvrage de son sac et le jeta sur son lit, manquant de renverser le plateau.

— Je te le laisse ce soir. Lis-le ! Lis tout ce que tu veux. Prouve-moi qu'il est dangereux. Là, alors, je t'écouterais. Maintenant, si ça ne te dérange pas, je suis très heureux de voir que tu es en bonne santé, mais je vais aller dîner.

Et il quitta l'infirmerie, le pas célère. Ron haussa les épaules d'un air dépité.

— Comme d'habitude, merci d'avoir pris parti, siffla Hermione en plaçant doucement le livre derrière son oreiller pour ne pas qu'il soit remarqué par Madame Pomfresh et Hagrid qui discutaient toujours au fond de l'infirmerie.

— Que voulais-tu que je dise, au juste ? Interjeta Ron, la voix acide. Je suis venu ici pour te voir, pas pour discuter de ce stupide bouquin qui vous fait vous enguirlander tous les jours ! Nous nous sommes fait un sang d'encre !

Hermione se mordit l'intérieur de la lèvre inférieure et serra les dents, détournant le regard, un peu honteuse.

— Je me doute, avoua-t-elle. Mais justement ! J'en ai assez qu'Harry prenne ce risque à la légère ! C'est trop gros pour être une coïncidence à mes yeux.

Sur ces paroles, Ron abandonna sa moue fâchée pour une expression madrée.

— Hermione, tu reconnaîtras tout de même qu'une bonne partie de ton zèle à démontrer que ce bouquin est maléfique est parce qu'il permet à Harry d'avoir de meilleurs résultats que toi en Potions.

Mouchée, Hermione s'empourpra.

— D'accord, s'énerva-t-elle pour de bon. Je ne suis qu'une sale rate de bibliothèque, miss je-sais-tout, première de la classe et de la promotion. C'est juste ça qui m'intéresse. Pas votre sécurité, ni celle de nos camarades. Pas la menace des Mangemorts et de Voldemort.

Ron grimaça à l'entente du nom, mais Hermione n'en avait que faire.

— Pas, non plus, le fait que quelqu'un m'ait lancé un sort ressemblant fâcheusement à l'un de ceux consignés dans ce bouquin de malheur, et que même moi, dans toute mon admirable connaissance et expertise – puisqu'il s'agit là de mes seules préoccupations – ne connais pas… Non, tout ça, ce sont des raisons accessoires ! La vraie raison : la raison véritable, pure et dure, qui me pousse à me méfier de ce bouquin dans lequel un ou une inconnue a griffonné des formules au hasard, et visiblement de magie peu recommandable, est que mes résultats seront moins bons qu'Harry.

Madame Pomfresh et Hagrid s'étaient tus à présent, interpellés par le fait qu'Hermione hausse le ton.

— Laisse-moi te dire quelque chose, Ron. Harry n'aura pas le Manuel lors des aspics, l'année prochaine pour le sauver. Donc peu me chaut – non vraiment, précisa-t-elle devant son air incrédule – peu me chaut, et j'oserais même dire que je m'en bats les chouettes, qu'Harry impressionne le nouveau professeur de Potions. Maintenant, tu peux aller le rejoindre, j'ai envie de manger tranquille. Au fait, jeudi dernier, c'était mon anniversaire. Salut.

Puis, elle cessa de le regarder et se concentra sur son plateau repas, ignorant complètement sa présence. Ce dernier finit par partir, complètement bouleversé, elle en était sûre. Hagrid la salua et quitta les lieux également, probablement mal à l'aise à cause de la dispute à laquelle il venait d'assister. Madame Pomfresh, après avoir vérifié que tout allait bien, descendit à son tour pour déjeuner, laissant Hermione seule dans l'infirmerie.

Hermione était vraiment très en colère et fulminait. Elle en avait assez que ces deux imbéciles ne la prennent pas au sérieux et n'écoutent rien.

Sortant rageusement le manuel de sous son oreiller, elle commença sa lecture. Au début, cette dernière fut un peu compliquée, probablement à cause des restes du sort de Confusion qu'elle avait soi-disant essuyé, mais elle se fit au-fur et à mesure de plus en plus aisée.

Bientôt, Hermione tomba sur une note qui l'interpella plus qu'une autre.

Bloclang. Formule coinçant la langue de l'adversaire à son palais. Petite spirale sens horaire, pointe vers le haut, vers l'intérieur de la bouche. NOTE : Utile pour faire taire les imbéciles.

Elle… Elle connaissait cette formule. Du moins ses effets !

Malefoy l'avait utilisée sur elle en non-verbal après leur entrevue nocturne à la bibliothèque.

Fébrilement, elle continua de tourner les pages.

Oculus Nocuus. Formule aveuglant l'adversaire pendant quelques minutes. Parfait pour les diversions. Long à réaliser. Douloureux pour l'adversaire (sensation d'acide dans les yeux).

Comme foudroyée, Hermione relâcha le livre sur le pli de son drap et regarda devant elle, les yeux perdus dans le vague.

Elle connaissait ce maléfice pour en avoir également fait les frais.

Malefoy connaissait des formules de ce bouquin, comment…

Comment était-ce possible ?


DIMANCHE 22 SEPTEMBRE 1996 – Milieu, fin d'après-midi – Poudlard, Écosse

Drago avait sauté le déjeuner, bien sûr. Il était bien trop préoccupé par sa nouvelle découverte pour aller manger.

Pour autant, il avait faim désormais et ses mains tremblaient. Il s'était donc décidé à quitter la Salle sur Demande pour se rendre aux cuisines du rez-de-chaussée un bref instant, juste le temps d'aller chercher de quoi se restaurer.

Tandis qu'il marchait dans le corridor, le pas trainaillant, il repensa à la nuit dernière.

Il avait croisé la Sang-de-Bourbe dans le couloir de l'infirmerie, alors même qu'il y passait pour retourner aux cachots, exactement comme il le faisait là-maintenant.

La Sang-de-Bourbe avait l'air fiévreuse et de délirer, de ne pas entendre ses insultes, et ses invectives. Quelques secondes plus tard, elle s'était effondrée, et bien qu'il la haïsse de toutes ses forces, quelque chose l'avait conduit à elle pour s'enquérir de son état. Elle avait essayé de se redresser seule, sans le moindre succès et il avait fini par l'assister, une fois s'être assuré qu'elle ne réalisait pas en quelle présente compagnie elle se trouvait. Lorsqu'il l'avait ramenée à son lit, elle semblait dans un état second – coincée entre la conscience et l'inconscience. Elle avait soif et il lui avait porté à la bouche, avec un certain plaisir pervers qu'il ne s'expliquait pas vraiment, le verre d'eau posé sur sa table de nuit médicale. Et elle en avait redemandé, se raccrochant à lui comme un être faible à son bienfaiteur.

Peut-être avait-ce été le charme qu'elle ait désespérément besoin de lui, le fait qu'elle soit si vulnérable, si fragile, sans sa baguette et dans un état d'affaiblissement si évident, qui l'avait excité. Quelque part, profiter des faiblesses d'autrui avait toujours été de son goût… Quand il s'agissait d'elle, le défaut s'en trouvait décuplé car ce n'était pas indifféremment qu'il le faisait, mais avec une sadique délectation.

Le fait que sa tenue soit aussi légère n'avait rien entaché à son plaisir, bien au contraire, et il avait savouré les plis du tissu qui se recroquevillait le long de ses cuisses, les dénudant pour ses yeux avides, tandis qu'elle, les paupières closes, buvait à son invitation comme un animal assoiffé.

Quand il bifurqua dans le couloir, il sentit un coup lui être asséné au ventre. La silhouette de McLaggen pénétrait dans l'infirmerie, un bouquet de roses à la main.

Drago ne réfléchit pas – il avait l'impression que c'était devenu une habitude que de perdre le contrôle désormais – et se précipita vers la porte de l'infirmerie.

Il entra en trombe dans la pièce et aussitôt repéra le lit de la Sang-de-Bourbe et la grande silhouette de McLaggen. Elle semblait dormir. Un plateau de repas vide était posé sur sa table de nuit, et un manuel de potions dépassait de son oreiller. Évidemment, studieuse jusqu'au bout.

Ce qui lui plut bien moins, ce fut le fait que McLaggen soulevait le drap pour regarder en dessous et qu'il venait de l'y surprendre, la main dans le sac. Drago était d'autant plus agacé qu'il savait lui-même ce qu'il y avait à y voir – autrement dit de belles et larges jambes couleur caramel.

— Qu'est-ce que tu fous là, McLaggen ? Murmura Drago d'une voix amusée, mais glaciale.

— Je rends visite à Hermione, renseigna-t-il, nullement embarrassé d'avoir été pris en flagrant délit d'abus de faiblesse.

Drago repoussa dans son esprit la voix moralisatrice qui lui rappelait que lui et McLaggen étaient exactement le même type de personnes, à espionner l'anatomie de Granger sans son accord ni même sa connaissance, et il s'approcha vivement du chevet de la Sang-de-Bourbe.

Sans la moindre douceur, il secoua Granger, fusillant McLaggen du regard.

— Tu le feras plus tard. J'ai des devoirs préfectoraux à lui soumettre, et ils sont confidentiels.

McLaggen fronça les sourcils, visiblement indigné qu'on s'adresse à lui de cette façon. Granger papillonna des paupières et les regarda tour-à-tour, interloquée, et la bouche ouverte.

— Que…

— McLaggen s'en allait, l'informa Drago.

— J'étais venu savoir comment tu allais… Et t'apporter des fleurs, caressa-t-il d'une voix répugnante de douceur.

Il était évident qu'il la soignait pour mieux l'aliter, et Drago se félicita de cette image, fêtant l'occasion en brandissant mentalement la tête de McLaggen au-dessus du corps dénudé de Granger, les jambes grandes écartées prête à l'accueillir, lui, pour célébrer la mort du Gryffondor de la meilleure façon qu'il soit.

— Oh.

Drago serra les dents lorsqu'il la vit rougir.

Trainée.

— Merci, dit-elle simplement.

McLaggen lui adressa un sourire charmeur et un clin d'œil avant de décamper, prenant tout son temps pour rejoindre la porte dans une démarche chaloupée. Quand la porte fut claquée derrière lui, Malefoy reporta son regard sur Granger.

— Ce crétin est probablement le pire élément parmi votre maison de ratés, siffla Drago. Enfin, mis à part toi, bien sûr.

La Sang-de-Bourbe lui adressa un sourire ironique. Était-ce vraiment pour cela qu'il était venu ? Pour la provoquer ? N'avait-il rien de mieux à faire ? Pathétique.

— Probablement ce que l'on dit de toi pour les Serpentards. Qu'est-ce que tu fiches ici ?

Elle avait toujours les fleurs de McLaggen dans les mains et le bouquet miteux lui donnait l'air d'une mourante sur son lit de mort.

— Venu pour casser ton coup, railla Drago. Car je sais que tu ne peux ni ne pourras trouver mieux que McLaggen à Poudlard, voire même dans le monde sorcier entier, car tu ne mérites pas mieux…

Elle laissa échapper un rire tel un carillon.

— Merlin, que tu peux être stupide, souffla-t-elle.

Il sentit ses mâchoires se serrer durement.

— Comme si je voulais de McLaggen, balaya-t-elle avec indolence. Tout le monde n'a pas envie de coucher avec le premier venu. Comme toi avec Parkinson, fit-elle observer avec un sourire en coin.

— Jalouse ? L'invectiva Drago, hérissé car elle avait visé juste.

— Jalouse de quoi ? Continua-t-elle de se moquer. De son air enamouré lorsqu'elle te regarde manger de la tourte ? De vos parties de jambes en l'air ? Ou encore du fait qu'elle attende de toi un mariage dont tu ne lui feras jamais grâce ?

— Tu ne sais rien de notre relation, alors ferme-la, cingla Drago en brandissant sa baguette dans sa direction.

Hermione eut soudain l'air moins amusée, et le sourire de Drago s'agrandit.

— Madame Pomfresh va revenir d'une minute à l'autre, signala-t-elle, alarmée.

Drago laissa échapper un renâclement de mépris et d'un coup de baguette, ferma les rideaux qui entouraient le lit d'Hermione, les enfermant tous les deux dans une cage blanche.

— Mais en attendant, tu es à ma putain de merci, alors baisse les yeux et ferme la bouche.

Mais Granger ne détourna pas le regard du sien.

— Je suis au courant, Malefoy, déclara-t-elle soudain.

N'ayant aucune idée de ce à quoi elle faisait référence, Drago conserva son expression railleuse et fit un signe de main pour l'inviter à poursuivre.

— Je sais que c'est à cause de toi que je suis ici.

Cette fois, il eut bien du mal à rester stoïque. Son sourire disparut, et un masque impassible s'imprégna sur ses traits. De quoi était-elle en train de l'accuser, exactement ?

— Qu'est-ce que tu racontes, saleté ?

— Arrête de faire semblant, et admets-le ! Si tu avoues, je ne te dénoncerais pas.

Drago, complètement décontenancé, lui jeta un regard comme si elle était folle.

— Mais de quoi tu causes, espèce de cinglée ?

— C'est toi qui m'as jeté un maléfice de Confusion et un sort de Surdité, asserta-t-elle d'une voix claire et égale.

Pris au dépourvu devant sa vraisemblable, bien qu'improbable, connaissance des faits, Drago fronça les sourcils.

Hein ?

Comment se pouvait-il… qu'elle soit au courant de ça ? Était-elle au courant qu'il l'avait espionnée dans la salle de bain ?

— Jeudi soir, je ne sais pas quand exactement, tu m'as jeté un sort de surdité et de confusion. Les sorts – je ne sais pas comment tu t'es débrouillé, mais j'imagine grâce à un cercle d'amplification runique – ont été décuplés et j'ai eu des effets secondaires. C'est pour ça que j'étais malade vendredi et hier.

Donc elle ne savait pas.

Et, par extension, ne semblait pas disposer de la moindre preuve.

— Je ne t'ai jeté aucun sort, mentit-il effrontément. Cela aurait pourtant été avec grand plaisir, crois-moi.

— Si ce n'est pas toi, c'est quelqu'un que tu connais, et je parierais de ta maison, haussa-t-elle les sourcils. Quelqu'un de septième année. Et je finirais bien par découvrir qui.

— Et de quel genre de preuves disposes-tu pour m'accuser, ou pour blâmer les septièmes années de Serpentard pour ta petite maladie de rien du tout ?

— Tu n'as pas besoin de le savoir, révéla-t-elle seulement, une inflexion ferme dans la voix.

— Dis-moi, ordonna-t-il en la pointant plus véhément de la baguette.

Mais la Sang-de-Bourbe lui lança un regard navré et quelque peu sceptique, ce qui ne fit que l'enrager davantage.

— Tu vas me jeter un sort alors que je suis en convalescence, Malefoy ? Alors que je n'ai pas de baguette pour me défendre ? Au sein même de l'infirmerie ? McLaggen t'a vu entrer ici.

Drago, fulminant, se rapprocha d'elle, et de sa paume gauche empoigna ses cheveux, précipitant son visage près du sien de manière clairement menaçante.

— Tu crois que tu me fais peur avec tes avertissements de merde ? Gronda-t-il, projetant des postillons sur sa figure sans le moins du monde s'en soucier.

— Tu devrais, grinça-t-elle de douleur.

Il raffermit sa prise, rapprochant leurs deux bouches.

— Laisse-moi t'éclairer, salope. Je n'ai pas peur, ni jamais n'aurais peur de toi. Un de ces quatre, on sera en guerre ouverte, et quand je vais t'avoir pour moi tout seul, je vais te montrer ce qu'est la peur.

Cette fois-ci, cependant, son visage montrait manifestement l'effroi.

Il esquissa un nouveau sourire narquois.

— Oui, tu m'as bien entendu, confirma-t-il. Je te ferais des trucs dont tu n'as même jamais entendu parler. Je vais m'assurer que tu aies bien mal, et qu'on soit plusieurs à en rire.

— Est-ce que tu me menaces de torture, ou est-ce que tu me menaces de viol ? Demanda-t-elle clarification, la voix vide de toute émotion.

Surprise, surprise, railla-t-il sur le ton badin d'une innocente devinette.

— Tu es encore pire que ce que je ne pensais, marmonna-t-elle, des larmes de douleur lui coulant allègrement sur les joues tandis qu'il tirait de plus en plus fort sur ses cheveux.

— Non, non, infirma-t-il en secouant négativement la tête. Tu ne mesures pas encore à quel point.

D'un seul coup d'un seul, sans prévenir, Drago plaqua rageusement ses lèvres sur les siennes, mordant avec brusquerie pour qu'elle ouvre sa saleté de bouche. La garce gémissait et essayait de le repousser, mais Drago ne daigna s'écarter que pour lui cracher au visage.

— Voilà, mon cadeau pour toi. Joyeux anniversaire en retard, claironna-t-il sordidement.

Elle semblait comme frappée par la foudre : choquée de son geste tout autant que par ses propos, et s'essuyait vivement la bouche tout en s'étouffant moitié dans ses larmes et dans des crachotements.

— À plus tard, Hermione, ironisa-t-il amicalement en faisant un doux signe de la main imitant celui de McLaggen, et quittant les lieux.

Voilà.

Elle avait eu ce qu'elle méritait, cette garce. Entre Potter, Weasley et McLaggen – qu'il imaginait maintenant la prendre à trois, elle avait le temps de concocter ses petites théories fumeuses, bien qu'effroyablement justes dans leur hasard. Elle avait bien trop de temps libre, décidément. Si elle le menaçait une fois de plus, il lui ferait passer l'envie de le faire, définitivement.

L'esprit embrumé, Drago ne se rendit pas aux cuisines mais les dépassa, se rendant plutôt aux cachots et dortoirs Serpentard. Il décida à se replonger dans Magicae ars Ingeniaria puisqu'il n'avait pas d'excuses pour ne pas continuer ses recherches dans la Salle sur Demande, et encore moins pour se cloîtrer dans son dortoir. Lorsqu'il arriva à destination, cependant, il descendit d'une traite une fiole d'Obduro et s'effondra sur son lit, tirant mollement les rideaux pour qu'on lui foute la paix. Il s'endormit avant que son sternum ne cesse de picoter.


DIMANCHE 22 SEPTEMBRE – Nuit du dimanche au lundi, dortoir Gryffondor – Poudlard, Écosse

Hermione était en état de choc.

Madame Pomfresh, une fois de retour, avait finalement consenti à la laisser sortir de l'infirmerie car Hermione avait tout fait pour, ne se sentant absolument pas en sécurité dans cet endroit. L'infirmière avait finalement dit oui, mais lui avait dit qu'elle était dispensée de cours le lendemain et que les repas lui seraient amenés au lit car elle devait encore se reposer.

Hermione avait accepté sans même réfléchir et avait quitté les lieux en grande trombe. Elle n'avait croisé personne et était aussitôt montée dans son dortoir. Tant mieux.

Elle n'avait pas la force de s'entretenir avec qui que ce soit, et clôt ses rideaux aussitôt mise au lit. Roulée en boule, elle se mit aussitôt à sangloter à chaudes larmes. Jamais personne ne l'avait traitée aussi mal. Ne s'était passé aussi aisément de son consentement, outrepassé ses barrières physiques pour la malmener, pour l'agresser… Pour lui violer son intégrité et sa personne.

Elle se sentait dégueulasse. Elle sentait sur son visage les restes du crachat de Drago Malefoy bien qu'elle ait depuis longtemps lavé son visage à grande eau. Des nausées lui soulevaient régulièrement le cœur lorsque le moment lui revenait, fulgurant, par flash répugnants et traumatisants qui la faisaient se prostrer encore plus sur elle-même, comme un animal blessé.

Il fallait bien entendu qu'elle en parle à quelqu'un. Mais qui ?

Elle ne pouvait pas entretenir la colère d'Harry et Ron à l'égard de Malefoy, car cela n'avait strictement rien à voir avec le fait d'être un Mangemort, mais bien plutôt le fait d'être un criminel pur et simple.

Par ailleurs, l'idée d'évoquer une telle violation d'elle-même à ses deux meilleurs amis la terrifiait. Elle n'était vraiment pas sûre de vouloir savoir ce qu'ils auraient à en dire.

Elle n'avait pas envie que Ron sache. Elle n'avait pas envie qu'il sache que Drago Malefoy s'était penché sur elle, lui avait attrapé les cheveux, et l'avait embrassé de force, ou plutôt lui avait violé la bouche, pour ensuite lui cracher au visage comme si elle était… comme si elle n'était rien.

Comme si elle était ce qu'il avait toujours pensé qu'elle était : une sous-personne, une créature contre-nature. Un caniveau dans lequel on crache.

Et elle n'avait pas pu se défendre ! Car elle n'avait pas sa maudite baguette, que Madame Pomfresh lui avait seulement rendue lorsqu'elle avait quitté l'infirmerie. Elle n'avait pu que subir, et cela constituait, depuis la fois où elle avait fait sa ronde sans sa baguette, une nouvelle preuve de sa faiblesse indéniable sans magie. De son manque de pouvoir, d'utilité, de valeur.

Dégoutée par tout, et par elle-même, elle s'endormit à moitié dans ses larmes.

Bien plus tard, elle entendit Lavande et Parvati se coucher mais se rendormit aussitôt, le corps tout entier douloureux, et les idées noires.


LUNDI 23 SEPTEMBRE – Grand-Salle au petit-déjeuner – Poudlard, Écosse

Susan mangeait son porridge sans grand enthousiasme lorsqu'elle vit pénétrer Potter et Weasley dans la Grand-Salle, sans Hermione. Quittant sa table promptement, elle s'approcha d'eux dans l'allée et les interpella.

— Eh, vous deux ! Hermione n'est toujours pas remise ? Je suis allée la voir hier, en début d'après-midi, mais elle dormait, déplora-t-elle.

— Non, elle est encore alitée, confirma Harry.

Il semblait porter un air terriblement coupable sur le visage.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? S'enquit-elle, inquiète. Hier, Pomfresh m'a dit qu'elle allait beaucoup mieux.

— Elle va mieux, affirma Ron d'une voix morne. Le problème, c'est qu'on a complètement oublié de lui souhaiter son anniversaire, jeudi dernier.

— Oh…

Susan était quelque peu déconcertée : Hermione n'avait-elle pas dit elle-même qu'elle souhaitait faire une fête avec ses meilleurs amis ce soir-là plutôt que de se rendre à une fête de Slughorn avec McLaggen ?

Sans prendre de pincettes, car comme elle avait averti maints élèves déjà, son filtre social n'était plus ce qu'il était, elle leur posa directement la question.

Les mines déjà peu joviales de Weasley et Potter s'assombrirent encore davantage.

— C'est encore pire que ce qu'on pensait, déclara Harry, complètement bouleversé.

Très honnêtement, Susan avait du mal à compatir avec eux. Elle était du genre à se souvenir de toutes les dates d'anniversaire… À vrai dire, elle connaissait même les leurs, aussi étrange que cela pouvait paraître.

— Oui, cela n'a pas dû l'enchanter, commenta-t-elle simplement d'une voix réprobatrice. Eh bien, je serais vous, je commencerais à chercher un cadeau digne de ce nom pour me faire pardonner.

Ils semblèrent trouver cette idée brillante et se congédièrent, se répandant aussitôt dans de grandes discussions sur ce qui plairait le plus à Hermione Granger.

Lorsqu'elle s'apprêta à retourner à sa table, elle se retourna et rentra malencontreusement dans quelqu'un, sans grand dégât.

— Pardon, s'excusa-t-elle aussitôt.

— Pas de mal, Bones, dit courtoisement Blaise Zabini sans l'ombre d'une expression sur ses traits. Tu ferais bien d'aller voir Slughorn à la fin du cours de cet après-midi. Il veut te parler. Probablement pour t'inviter à l'une de ses sauteries.

Elle et Zabini ne s'échangeaient jamais plus que ce genre de diplomaties les années passées, mais depuis que sa tante avait été assassinée des mains des Mangemorts, et que les élèves de son année de Serpentard avaient clairement pris parti pour ces derniers, elle refusait tout contact, peu importe sa nature.

Susan esquissa donc une moue révoltée et répugnée.

— Ne m'adresse pas la parole, exigea-t-elle d'une voix sèche. Je ne veux rien avoir à faire avec votre équipe de meurtriers, pas même pour ce genre de badineries. Compris, Zabini ?

— Compris, accepta-t-il simplement, les sourcils quelque peu froncés. Sache, par contre, que je n'ai rien à voir avec les Mangemorts et que je…

— Tu traînes avec Malefoy, avec Nott, même avec Crabbe, Goyle et Parkinson. Tous, autant que vous êtes, vous me donnez envie de vomir.

— Ma famille n'a jamais…

— Je m'en fiche ! S'écria-t-elle, s'attirant les regards d'élèves aux alentours et s'en moquant éperdument. Maintenant, ôte-toi de mon chemin.

Mais elle n'attendit pas qu'il s'écarte, et se contredit elle-même en le contournant pour rejoindre son banc, les épaules crispées.

Zabini ne répondit rien, et finit par reprendre sa route vers la tablée Serpentard, comme si rien ne s'était produit.


LUNDI 23 SEPTEMBRE – Étude des Runes – Poudlard, Écosse

Bones était assise devant lui et Drago, seule.

Granger était visiblement encore convalescente. Blaise se fit la réflexion que la Gryffondor était particulièrement valétudinaire cette année.

— Et après ça, qu'a-t-elle dit ?

— Tu es sûr qu'elle ne peut pas nous entendre ? Souffla Blaise.

— Sûr, confirma Drago impatiemment.

— Elle m'a dit qu'elle ne voulait pas se mêler à une équipe de meurtriers – nous – élucida-t-il pour Drago qui le regardait avec circonspection.

— Meurtriers ? S'insurgea-t-il immédiatement. Elle ne manque pas de souffle. Sa tante a condamné plus d'un des membres de nos familles à Azkaban.

— Amélia Bones n'a jamais tué personne, contredit Blaise simplement. Elle rendait justice. Tout le monde sait qu'elle était l'une des rares sorcières à ne pas tremper dans le louche. Elle n'a jamais donné la peine capitale à qui que ce soit, en plus.

Drago esquissa une grimace qui en disait long sur ce qu'il pensait d'Amélia Bones.

— N'empêche que nous n'avons encore tué personne, jusqu'à preuve du contraire.

— Vos familles sont impliquées. Tu ne peux pas lui reprocher de faire ce genre de rapprochements… Finit par dire Blaise, un peu agacé devant le manque de jugement de son ami. Sa tante est morte. La mère de sa meilleure amie aussi. Des gens meurent ou disparaissent tous les jours. Les attaques de Détraqueurs se multiplient. Nous allons être de plus en plus pestiférés, ce n'est qu'une question de temps.

Le blond haussa les épaules et les sourcils avant d'esquisser un sourire goguenard.

— Personne n'a jamais pu nous piffer, ici. Gros scoop.

— Ce n'est plus une question de points ou de coupe de Quidditch, alerta Blaise en secouant la tête, exaspéré.

— J'avais compris, Zabini, soupira Drago avec une sorte d'agacement. C'était une blague.

Blaise lui jeta une œillade sceptique.

— Si tu veux rire, vas-y, consentit-il. Après tout, le temps des plaisanteries est compté.

Car oui, Poudlard était en train de sombrer dans l'obscurité, Blaise en était sûr.


MARDI 24 SEPTEMBRE – Poudlard, Écosse

Hermione quitta la salle de bain après avoir regardé une dernière fois son reflet dans la glace. Son teint n'était pas radieux, et c'était peu de le dire. Ses cheveux, eux, semblaient encore plus indomptables que d'habitude.

Il était très tôt quand elle pénétra dans la Grand-Salle, le pas prudent car elle manquait encore de vaciller à certaines reprises. Elle avait passé la journée de la veille à tourner et retourner dans son esprit son altercation avec Malefoy à l'infirmerie et, incapable de véritablement se tranquilliser, elle avait passé une très mauvaise nuit. Fatiguée, affamée, le corps faible d'être restée alitée pendant plusieurs jours sans avoir pris un bol d'air frais, elle s'assit doucement à la table des Gryffondors dans la salle vide. Elle était la première à être arrivée, mais bientôt, quelqu'un pénétra dans la Grand-Salle à son tour, et Hermione engouffra dans sa poitrine une goulée d'air pleine d'angoisse et d'appréhension.

Malefoy, le nez plongé dans un livre, marchait jusqu'à sa table sans lever le nez. Elle baissa les yeux, continuant de voir défiler aux premières rives de son esprit des images dégradantes du baiser humiliant – si l'on pouvait appeler cela un baiser – qu'il lui avait volé.

Sans même le regarder, elle sut pourtant qu'il s'était arrêté et revirait désormais ses pas vers sa table à elle. La boule au ventre et la gorge nouée, elle sentit des larmes lui venir machinalement et plongea ses ongles dans ses cuisses pour s'empêcher de les laisser couler, lui laissant les yeux simplement plus humides qu'à la normale.

— Sang-de-Bourbe, salua Malefoy d'une voix traînante aux accents de cruauté.

Hermione ne répondit pas et sortit plutôt ses mains du dessous de la table pour venir attraper une tasse dans laquelle elle s'appliqua à verser du thé noir. Malefoy ne sembla pas se démonter par son manque de réaction et s'assit devant elle. Elle nota, sans pour autant le regarder dans les yeux, qu'il avait stratégiquement posé son livre sur le banc et non pas sur la table, probablement pour lui en dissimuler la couverture.

— L'infirmerie ne va pas trop te manquer ? Invectiva-t-il, sans pitié.

Attrapant un toast, et toujours murée dans le silence, Hermione entreprit d'y tartiner du beurre avec une attention dévolue.

— Alors ?

Mais elle ne répondit pas et commença simplement à mâcher son toast, sans pourtant le moindre appétit, et la gorge nouée.

Il amena ses doigts à ses lèvres, siffla, et le son strident la fit sursauter et lâcher la tartine, qui retomba platement sur la table, beurre contre bois. Il esquissa un sourire en remarquant qu'il avait désormais son attention.

— Oups, murmura-t-il sournoisement.

— Qu'est-ce que tu veux ? Coupa-t-elle court à ses provocations.

C'est vrai ! Que voulait-il ? Que venait-il chercher en sa compagnie ? Une distraction ? Un souffre-douleur ? Était-ce donc si amusant pour lui de la malmener ? Ne craignait-il donc aucun châtiment ni représailles ?

— Rien de spécial, avoua-t-il finalement, saisissant une tasse pour se servir un café.

C'était la deuxième fois qu'il imposait ainsi sa présence à la table Gryffondor pour prendre le petit-déjeuner avec elle. La première étant lorsqu'il avait commencé à faire ses sous-entendus licencieux. Sous-entendus dont il ne se départissait plus à présent, semblant s'enjouer des effets terrifiants qu'ils avaient sur elle. Bien sûr : il s'agissait de menaces d'agression sexuelle, de viol.

— Tu vas rester ici ? S'enquit-elle sur un ton sec.

— Pourquoi pas ? Continua-t-il de la provoquer.

— Parce que ce n'est pas ta table, que nous ne sommes pas amis, que tu es raciste et je suis Née-Moldue, que je te déteste et que c'est réciproque, et enfin parce que tu m'as agressée avant-hier et que je n'ai vraiment pas envie que tu te tiennes près de moi après ça, énuméra-t-elle en comptant sur ses doigts. Dois-je continuer ou cela te suffit-il ?

Initialement reculé sur le banc dans une posture désinvolte, il se pencha vers elle lentement et elle se redressa elle-même, pour ne pas le laisser réduire la distance entre eux.

— Tu vas me dire ce que tu sais sur cette histoire de maléfices, ordonna-t-il d'une voix glaciale. Je veux que tu me dises les raisons qui te poussent à me soupçonner. J'estime avoir le droit de savoir pourquoi je suis injustement suspecté, ou la maison Serpentard.

— Et pourquoi ça t'intéresse, au juste, ce que je peux bien penser ? Ce qu'une pauvre Sang-de-Bourbe dans mon genre imagine ?

Malefoy tapota du bout du doigt son badge de préfet d'un air narquois pour toute réponse.

— Si tu penses que jouer cette carte va t'aider, tu rêves, s'esclaffa froidement Hermione.

— J'ai une très bonne main, contra-t-il froidement.

Un double-sens. Une menace physique. Une de plus.

— Tu crois vraiment que tu peux t'en tirer dans tout ce que tu fais ? L'invectiva-t-elle soudain. Tu penses que tes actes n'auront jamais aucune conséquence ?

Le Serpentard ricana quelque peu, embrassant le vide de la pièce d'un geste ample du bras.

— Où sont tes preuves ? Tes témoins ?

— Je n'en ai pas besoin. Le corps professoral t'a à l'œil et tu finiras par te faire prendre tout seul, en commettant une erreur dans ta grande stupidité, persiffla-t-elle fougueusement.

Elle porta sa tasse de thé fumant à sa bouche, mais lorsque le liquide lui coula dans la bouche, elle cracha l'ensemble de sa gorgée sur la table. Encore de la boue.

Il ne se lassait jamais.

Éclatant d'un rire cruel, Malefoy ne s'interrompit pas quand il la vit sortir sa baguette en s'essuyant la bouche dans une moue dégoûtée.

— Rangez immédiatement cette baguette, miss Granger. Dix points de moins pour Gryffondor.

Rogue.

Cette fois-ci, Malefoy sembla perdre son hilarité, mais ne se départit pas de son sourire goguenard.

— Professeur Rogue, Malefoy vient de transformer mon thé en boue, dénonça-t-elle sans reprendre son souffle, ni se préoccupant de la tournure infantile de sa phrase.

Le pas claquant sur les dalles de pierre, Rogue dépassa les deux élèves sans même leur jeter un regard afin de rejoindre la table encore déserte des professeurs pour s'y installer.

— Il serait temps de vous montrer prudente, miss Granger. Quelqu'un de malintentionné pourrait glisser bien pire que de la boue dans votre coupe.

— L'acte était déjà malintentionné, s'exclama Hermione d'une voix farouche. J'essayais de me défendre.

Mais, assis à la tablée professorale, Rogue ignora Hermione et jeta plutôt un regard à Malefoy.

— Que faites-vous à cette table, Drago ?

— Une simple conversation entre préfets, qui se font d'innocentes plaisanteries, broda-t-il avec un très visible amusement.

— Retournez à la table des Serpentards. Miss Granger n'a pas l'air d'apprécier votre compagnie, ironisa le professeur.

Malefoy reporta ses yeux sur Hermione, haussant allusivement les sourcils.

— Oh, elle apprendra à l'apprécier, ne vous en faites pas.

Il se leva cependant, probablement pour rejoindre sa tablée. En se penchant vers elle, il susurra.

— … elle n'aura pas le choix.

Frissonnant désagréablement, Hermione le regarda partir avec un grand soulagement.

Rogue n'était d'aucune utilité. McGonagall non plus ne semblait être parvenue à inculquer quoi que ce soit de moral à ce sale serpent, et elle doutait désormais que cela soit possible. Il avait l'air parfaitement à l'aise dans ses cruautés, et de se complaire dans son comportement minable.


Peu à peu, des élèves et d'autres professeurs les rejoignirent dans la salle, jusqu'à ce que Ron et Harry viennent s'asseoir à ses côtés, l'air navré.

Après l'avoir saluée, ils entreprirent de s'excuser, à commencer par Harry et la façon dont il s'était inutilement énervé à l'infirmerie, et Ron pour l'avoir accusée à tort suite à cela.

— Ce n'est pas grave, les pardonna-t-elle simplement.

— Nous voulions aussi nous excuser pour… avoir oublié ton anniversaire, souffla Ron, l'air contrit.

Sentant une pointe de ressentiment lui revenir, Hermione se mordit l'intérieur de la lèvre inférieure sans rien répondre. Il était vrai qu'elle avait été particulièrement blessée par leur manque d'attention, mais après tout, avec tout ce qui se passait depuis la rentrée, et tout ce qu'ils avaient à faire, il n'était pas surprenant qu'ils aient oublié.

Elle s'apprêtait à leur dire qu'elle les en excusait lorsque les hiboux et chouettes du courrier se mirent à tournoyer au plafond. Quelques secondes plus tard, elle recevait en plus de la Gazette du Sorcier, un immense colis.

— C'est de notre part à tous les deux, murmura Harry.

Décollant soigneusement le papier kraft, elle découvrit une pile de gros grimoires.

L'intégrale de l'Encyclopédie Médicale Magique en douze volumes…

Complètement submergée par une vague d'émotion et de reconnaissance, Hermione leva ses yeux hagards vers eux, et fondit tout simplement – et avec un grand ridicule – en larmes. Ces dernières, qu'elle avait retenu toute la matinée, n'avait eu besoin que de peu de choses pour s'écouler. Ses deux amis la regardèrent avec des yeux ronds, l'air complètement dépassés par sa réaction.

— Euh…

— Merci ! Merci vraiment, je ne pouvais pas espérer mieux, rigola-t-elle entre ses sanglots.

Quelque peu soulagés, les deux comparses lui adressèrent deux ravissants sourires. Et ainsi s'était achevée leur désagréable dispute.

Hermione avait envie de se plonger dans les livres aussitôt, mais ce n'était pas raisonnable vu l'heure. Il fallait qu'elle remonte tout cela au dortoir car elle n'allait décemment pas pouvoir se trimballer avec une telle charge toute la journée. Ron, les oreilles rouges, se proposa pour l'aider à porter les livres là-haut, et elle accepta gaiement. Harry, décidant qu'il n'avait pas spécialement envie de remonter dans les dortoirs, resta à la table à discuter avec Neville et Ginny.

Quand les deux Gryffondors eurent quitté la Grand-Salle et commencé leur ascension des escaliers jusqu'à leur salle commune, Ron recommença à s'excuser.

— Ce n'est pas grave, je t'ai dit, répéta Hermione, le cœur beaucoup plus léger qu'au réveil.

— Tu as trouvé quelque chose de dangereux dans le bouquin d'Harry ?

Sa question, probablement posée uniquement car il se sentait coupable d'avoir mis en doute sa méfiance quant à l'ouvrage mystérieux, réveilla une sourde culpabilité dans le ventre d'Hermione qui, se précipitant dans la réponse, s'engagea dans un mensonge.

— Je… Je ne crois pas, non.

— Tu vas lui rendre, alors ? Demanda-t-il.

— Probablement, songea-t-elle à haute-voix.

— Ou alors, on pourrait le garder pour nous deux. Lui montrer ce que ça fait, plaisanta Ron.

Hermione grimaça un sourire, mal à l'aise. Elle ne voulait pas lui mentir. Elle voulait lui révéler tout ce qui s'était passé depuis le début de l'année avec Malefoy, lui dire qu'elle le suspectait d'activités illégales et de sombres desseins, qu'elle le soupçonnait de connaître le fameux bouquin de Potions, ou en tout cas que les élèves de Serpentards se léguaient hypothétiquement entre eux ces sorts inconnus et néfastes, ce qui n'était pas spécialement rassurant. Pire encore, qu'il l'avait peut-être appris auprès des Mangemorts, et donc, que le fameux griffonneur, le fameux Prince de l'Andouille, faisait partie du groupe de Voldemort.

Elle voulait lui dire qu'elle l'avait rencontré dans la bibliothèque, qu'ils y avaient eu une altercation plus d'une fois, qu'il était venu l'agresser à l'infirmerie, et qu'elle était sûre qu'il n'y était pas pour rien dans les maléfices de Confusion et de Surdité lui ayant été si dommageables… Elle ouvrit la bouche.

Mais, la gorge aussi serrée qu'un étau, Hermione n'y parvint pas.

Il l'attendit en bas des escaliers du dortoir des filles tandis qu'elle plaçait la collection de grimoires sur son lit, et lorsqu'ils redescendirent les escaliers pour rejoindre les serres pour le cours de Botanique de la matinée, ils le firent dans un étrange silence, plein de malaise.


MARDI 24 SEPTEMBRE – Deuxième période – Poudlard, Écosse

— Oui. Oui. Oui ! Oui ! Oui ! OUI !

Pansy criaillait, piaillait, couinait, gémissait, l'assourdissant à la fois plaisamment et désagréablement. Il lui assénait des coups de reins plus vifs que jamais, martelant ses fesses dans des claquements moites qui résonnaient indécemment dans l'enceinte des lourds rideaux de son lit.

La tête pleine des images de la Sang-de-Bourbe, de sa croupe, de la toison de son entrejambe, de sa poitrine humide et de ses cheveux mousseux, Drago continuait de la pilonner violemment. Il lui attrapa les cheveux, mais ces derniers, raides, lisses et doux, échappèrent à sa prise, si bien qu'il dut les enrouler autour de sa paume pour la tenir.

— Crie, t'as raison, haleta-t-il vicieusement dans son oreille.

L'image du visage baigné de larmes de la Sang-de-Bourbe, quelques heures auparavant, revint au-devant des autres. Des larmes de joie. De quoi donc avait-elle pu s'enjouer à ce point ? Quelle était cette collection de bouquins racornis ? Pourquoi avait-elle quitté la Grand-Salle en compagnie du traître-à-son-sang, dans de détestables échanges de regards complices et de rires. Où allaient-ils ? Qu'allaient-ils faire tous les deux ?

Rageusement, il tira plus vivement sur les cheveux de Pansy, qui cette fois cria pour protester.

— Lâche donc mes cheveux, tu veux ! S'offusqua-t-elle d'une voix essoufflée. Tu me fais mal.

Drago s'exécuta, frustré.

Soudainement, il n'avait plus envie de la niquer.

Il cessa les coups de reins, se retira dans un bruit spongieux, presque de ventouse, et s'allongea sur le matelas. Pansy se retourna vers lui.

— Qu'est-ce que tu fiches ?! Se scandalisa-t-elle.

— J'ai plus envie ! S'écria Drago, l'humeur exécrable.

— Tu me saoules, Drago ! Continua-t-elle à s'énerver. Tu m'entraines dans ta chambre, alors même que je te disais que j'avais mon devoir de Sortilèges à terminer pour cet après-midi, et après tu me laisses en plan ! Tu m'emmerdes !

Se redressant avec une certaine fureur dans le mouvement, Pansy le fusilla du regard.

— C'est quoi ton problème, au juste ?

— Tu m'as sorti de mon truc.

— Comment ça de « ton truc » ? S'enragea-t-elle de plus belle. Ce n'est pas TON truc, c'est notre truc ! Si je n'aime pas quelque chose, je vais te le faire savoir, que cela te plaise ou non !

— Ouais, bah personnellement, j'aime bien te tirer les cheveux, mais me faire engueuler pendant que je te baise, par contre, ça m'excite pas, démontra-t-il son entrejambe d'un geste sec.

— Ça me faisait mal ! Protesta-t-elle de plus belle, l'expression déformée par la colère. Ça me sortait de « mon truc » aussi, figure-toi ! Ce n'est pas parce que j'aime quand tu y vas fort que j'ai envie que tu me traites comme ça !

— Oui, d'accord, j'ai compris, siffla Drago avec indifférence et agacement entremêlés. Je ne te tirerais plus les cheveux si je veux continuer à te tirer, toi.

— Super, Drago, le félicita-t-elle ironiquement, des larmes au bord des yeux. Merci pour cette très respectueuse concession, mais ne t'inquiète pas, je vais t'aider : c'est terminé. Tu ne me tireras plus tout court.

Sur ce, elle se rhabilla rageusement et quitta le lit, puis la pièce en claquant la porte.

Drago, énervé au-delà de l'imaginable, tira brusquement le rideau, ouvrit le coffre en bois sculpté, en arracha une fiole et la but d'une traite. La glace ne tût que très peu sa colère, mais elle eut au moins le mérite de calmer les battements de son cœur et les pulsations d'anxiété et de stress qui striaient ses tempes à l'idée de devoir gérer une inimitié avec Pansy Parkinson. S'il aimait le conflit – même ouvert – il n'avait pas aimé la faire pleurer.

Mais cela ne comptait plus, à présent, dans les méandres noirs et glacés de la potion. Non, ce qui était désagréable, c'était que si jamais il avait besoin de se défouler, il n'avait désormais plus de partenaire volontaire. Assez sordidement, le froid et la vague d'égoïsme de la potion la compara à un trou, qui soudainement se serait comblé, et dans lequel il ne pourrait plus se terrer à loisir.

Dommage. Elle était vraiment satisfaisante quand elle taisait ses plaintes. Là, dans le secret des gémissements et des va-et-vient, il pouvait imaginer ce qu'il voulait. Et certes, il n'était pas vraiment à ce qu'il faisait lorsqu'ils étaient ensemble. Il pensait à une autre.

Si seulement… Si seulement il pouvait niquer la Sang-de-Bourbe. Même une seule petite fois.

Il se passerait volontiers de son consentement, car qu'en avait-il à faire, au juste ? Il serait même très plaisant de la forcer.

Cela ferait de lui un violeur, certes, mais dans le tourbillon de froid de la potion, il n'en avait rien à foutre. Ses scrupules n'existaient pas, juste son plaisir. Et elle n'était même pas une véritable personne, juste une créature, une erreur de la nature.

Pourquoi se sentir coupable de lui causer du mal ?

Elle n'était rien.