Merci à toutes les personnes qui laissent des reviews - vous êtes la raison majeure de mes publications.
Je vous dédie ce chapitre.
I'm searching for answers 'cause something is not right.
I follow the signs, I'm close to the fire.
I fear that soon you'll reveal your dangerous mind.
It's in your eyes, what's on your mind.
I fear your smile and the promise inside.
It's in your eyes, what's on your mind.
I fear your presence, I'm frozen inside.
I'm searching for answers not questioned before.
The curse of awareness: there's no peace of mind.
As your true colours show a dangerous sign.
It's in your eyes, what's on your mind.
I see the truth that you've buried inside.
It's in your eyes, what's on your mind.
There is no mercy, just anger I find.
I just have to know while I still have time.
Do I have to run or hide away from you?
Dangerous Mind – Within Temptation
Chapitre 10 : A Dangerous Mind
SAMEDI 28 SEPTEMBRE 1996 – Salle commune Gryffondor, Après-midi – Poudlard, Écosse
Hermione n'avait toujours rien dit à Ron et à Harry, et maintenant que quelques jours s'étaient écoulés, il lui semblait encore plus compliqué de le faire… D'aborder le sujet.
De toute façon, les sujets de conversations ne manquaient pas : entre les montagnes de devoirs, les rumeurs, les nouvelles de la Gazette et les cours, il semblait à Hermione que les sixièmes années n'avaient tout simplement pas le temps de souffler.
Harry n'avait toujours pas pris de décision quant à l'A.D, et Hermione évitait de l'y presser, car cela signifiait qu'il hésitait réellement à en relancer l'entreprise, malgré l'effervescence de leurs journées.
Ron, lui, discutait toujours autant avec Lavande, mais s'était quelque peu rapproché d'Hermione également depuis qu'elle avait été en convalescence, et bien qu'elle déplore avoir été alitée, elle ne pouvait s'empêcher d'être presque… heureuse d'avoir été malade.
Ridicule.
C'était l'après-midi, et ils étaient tous les trois dans la salle commune de Gryffondor en train de faire leurs devoirs. Hermione avait demandé à Harry quelques jours de plus pour examiner le livre de potions du Prince de Sang-Mêlé, mais le lui avait tout de même rendu durant les cours de Potions de la semaine afin que ses prestations ne soient pas affectées par son enquête. C'est au moment où elle terminait enfin sa lecture du manuel qu'elle en claqua la quatrième de couverture d'un geste trop vigoureux pour dissimuler son énervement.
— J'ai terminé de lire, annonça-t-elle à ses deux comparses.
Elle attendit qu'ils lui demandent ce qu'elle avait à dire sur le sujet, mais ils n'en firent rien, têtes toujours baissées sur leurs parchemins sur lesquels ils essayaient de griffonner des phrases, sans avoir l'air inspirés.
— Harry, je suis désolée – elle n'était pas désolée du tout – de te dire que ce livre n'est pas net. Les formules indiquées dans la marge ne sont ni approuvées par le ministère, ni référencées où que ce soit d'autre, d'après mes recherches à la bibliothèque.
Hermione se mordit l'intérieur de la lèvre, s'empêchant de démontrer la malfaisance du livre par le biais de l'usage abusif par Drago Malefoy des sorts y étant consignés. Elle savait que cela aurait pu aider sa cause, mais elle aurait alors dû tout raconter, tout expliquer, se justifier, et probablement voir dans leurs yeux tourner un sévère jugement, alors même qu'elle cherchait à tenir les rênes de cette conversation.
Pour autant, elle avait un atout dans sa manche.
— Regarde.
Elle feuilleta les pages du manuel et se décida sur l'une d'entre elle, tournant le livre vers eux en pointant de l'index une note manuscrite.
Levicorpus. Maléfice de lévitation. Suspend l'adversaire dans le vide par un ou les deux pieds.
— Vous vous souvenez de qui utilise de pareils maléfices ?
Hermione les regarda à tour de rôle, attendant désespérément qu'une lueur de compréhension ne s'allume dans leurs yeux. Mais rien.
— À la coupe du monde de Quidditch ? Les guida-t-elle d'une voix entendue, leur jetant une œillade pleine d'évidence.
— Les Mangemorts ? Suggéra Ron, son visage d'éclairant enfin.
Harry eut soudainement l'air extrêmement mal à l'aise.
— … Ce n'est pas parce que les Mangemorts…
Mais Hermione n'allait pas le laisser argumenter plus longtemps. S'il arborait une telle expression, c'était bel et bien qu'il ne pouvait infirmer le caractère cruel du maléfice. De toute évidence, le Prince n'était pas un ange.
— Je te vois venir, l'interrompit-elle aussitôt. Harry, nous avons vu les effets de ce sort de nos propres yeux et–…
Cependant, et cela surprit Hermione, Harry ne la laissa pas non plus terminer sa phrase et la coupa à son tour.
— Mon père utilisait ce sort.
Il sembla perdu un instant.
— C'est Lupin qui me l'a dit, finit-il par élaborer.
Hermione ne sut que répondre. Se pouvait-il… ? Non, ce n'était pas possible. Mais la moue d'Harry était très simplement lisible.
— Tu penses que… ton père était le Prince ?
— C'est impossible, déplora-t-il d'une voix déçue. Mon père était un Sang-Pur.
— Mais alors… cela signifie que ce sort existe depuis des années ! S'exclama Hermione. Tu es sûr qu'il s'agit bien de celui-là ?
Harry hocha la tête, et sans qu'Hermione ne comprenne pourquoi – ni Ron, vu son expression inquisitrice – elle eut l'impression qu'il leur cachait quelque chose. Qu'il était embarrassé, pire, honteux.
Peut-être était-il mortifié de constater que les Mangemorts avaient utilisé un sort que son père avait autrefois lancé ?
Dans tous les cas, Hermione n'était pas plus avancée. Certes, Malefoy restait son suspect numéro un, puisqu'il connaissait deux sorts consignés dans l'ouvrage, mais… il était possible que le bluff qu'elle ait mené auprès de lui lors de leur entrevue à l'infirmerie se confirme concrètement.
En effet, parmi les proches de Mangemorts actuellement à Poudlard, une écrasante majorité de Serpentards s'y comptaient. En fait, lorsqu'elle y songeait, Hermione ne parvenait pas à trouver une seule personne en dehors de cette maison qui soit associée avec des activités Mangemorts. Le Prince avait donc, comme elle avait lancé l'hameçon à Malefoy, probablement bel et bien étudié dans la maison du serpent, et s'il se trouvait à Poudlard – ce qui était désormais peu probable puisque les sorts consignés dataient depuis des décennies – était probablement chez les septièmes années, puisque c'était un ouvrage délaissé par un ou une ancienne sixième année.
Il n'y avait donc pas trente-six possibilités : soit, il s'agissait de Malefoy, soit d'un ou d'une septième année, soit d'un élève plus jeune de Serpentard qui venait d'être initié à un sort qui se transmettait au sein de la maison… Mais même cette dernière hypothèse n'était pas valable. Car qui aurait pu connaître les runes d'amplification magiques ?
Non, plus elle y songeait, plus tout semblait désigner Malefoy. Il y avait les runes, le maléfice d'aveuglement, celui de surdité, de mutisme par blocage de langue. Tout concordait. Elle était sûre qu'il s'agissait de lui.
— De toute façon, il n'existe pas de prince chez les sorciers, renseigna Ron.
Hermione acquiesça sourdement. C'était vrai. La hiérarchie n'était pas construite de cette façon. Les castes étaient faites en fonction du sang : là était d'ailleurs tout le problème.
De qui, en septième année de chez Serpentard, Malefoy était-il proche ? Avait-il appris ces sorts par le biais d'une initiation au cercle des Mangemorts ? Était-ce son père qui les lui avait enseignés ? Si oui, quand ? Ce dernier était emprisonné depuis le début de l'été ! Cela n'avait pas de sens. Et si le Prince avait des affiliations avec les Mangemorts, pourquoi rendre aussi manifeste son statut sanguin peu valorisant ? Un Sang-Mêlé, cela n'était pas aussi glorifiant qu'être un Sang-Pur.
Pour preuve, Voldemort lui-même taisait son héritage alors qu'Harry leur avait confié après son entretien avec Dumbledore qu'il n'était pas Sang-Pur lui-même, mais bel et bien un Sang-Mêlé.
La conversation mourut comme elle était née. Harry avait récupéré son manuel, Ron replongeait dans la rédaction de son parchemin à contrecœur, et Hermione restait sans le moindre repère.
DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 1996 – Poudlard, Écosse
La semaine s'était très vite écoulée pour Drago car il avait passé tous les après-midis et soirs à s'entêter à entrer dans l'écriture cryptique de Magicae ars Ingeniaria, amassant au passage quelques connaissances incertaines sur les objets magiques, leur création et leur réparation. Bien qu'il soit évident que l'ouvrage n'avait pas été rédigé par un Sang-Pur, il était pour autant très instructif et expliquait que pour l'ensorcèlement d'un objet en artefact magique, ou d'une réparation d'un artefact déjà ensorcelé, une connaissance parfaite de la matière et de son agencement était un impératif. En d'autres termes, car le grimoire avait été relativement complexe à la lecture, il s'agissait de comprendre comment l'objet avait été pensé, conçu, fabriqué puis mis en service, avant de pouvoir espérer l'enchanter et/ou le réparer.
La nuit, par contre, il profitait du sommeil du château pour se faufiler jusqu'à la Salle sur Demande et reprendre son exploration de la pièce titanesque. Des montagnes d'objets brisés ou cachés s'étaient accumulées là au cours des siècles, et bien que Drago ne s'attache à rester concentré sur sa tâche, il était difficile de ne pas s'arrêter pour farfouiller dans tout ce désordre, son regard régulièrement arrêté par des formes curieuses, ou des brillances alléchantes. C'est à l'un de ces détours qu'il avait trouvé une large vasque de perles de nacre dont il n'avait pu s'empêcher de remplir ses poches de robe.
Il n'avait pas encore retrouvé l'Armoire à Disparaître dans tout ce fatras, et commençait un peu à désespérer, bien qu'il soit convaincu que le meuble devait se trouver là, quelque part. La formule de localisation ne fonctionnait que sur d'autres objets, mais pas sur l'Armoire, probablement car elle était cassée, ou encore car elle portait en elle-même un contre-sort de protection visant à ne pas être repérée aussi aisément. Cela avait du sens. Il s'agissait après tout d'un meuble de fuite.
Mais l'insuccès de sa quête de l'Armoire ne le désespérait pas autant que sa visite chez Rogue, le soir même.
Le professeur l'avait sommé de se rendre à son bureau, ce que Drago avait réussi à éviter ces quatre dernières semaines. Mais cette fois-ci, il n'avait plus le choix. En effet, au vu de sa consommation actuelle d'Obduro, il viendrait à bout de sa réserve le premier dimanche d'octobre, autrement dit, le dimanche prochain.
Le pas traînant, les mains enfouies dans les poches de sa robe de sorcier, il arriva enfin devant la porte du bureau de Rogue et y toqua d'une manière insolemment laxe.
— Entrez, invita une voix sèche de l'autre côté du panneau.
Drago pénétra dans la pièce, striant aussitôt Rogue du regard. Ils restèrent un certain moment à se dévisager froidement : le professeur assis, les coudes posés sur son bureau et les doigts entrecroisés dans une posture de nonchalance autoritaire, et Drago, droit et l'expression peu amène.
— Asseyez-vous, Drago, l'enjoignit Rogue d'une voix sans appel.
— Je préfère rester debout.
Mais Rogue ne l'entendait pas du tout de cette oreille, décroisa ses mains, saisit sa baguette, et d'un coup leste, rapprocha un fauteuil élimé à grande vitesse et faucha les genoux de Drago, le contraignant à s'asseoir, qu'il ne le veuille ou non.
— Si c'est pour être traité comme un enfant, je ne vois pas pourquoi je devrais rester, siffla Drago, les oreilles rouges.
— Je vais vous éclairer, ironisa Rogue.
Le professeur de Défense contre les forces du mal poussa un parchemin vers lui.
Drago n'esquissa pas l'ombre d'un geste, clairement désintéressé.
— Lisez, ordonna Rogue.
— Qu'est-ce que c'est ? S'enquit Drago d'une voix morne et capricieuse.
— Li-sez.
Soupirant lourdement pour marquer son agacement, Drago se pencha vers le bureau pour pouvoir déchiffrer le parchemin.
Severus,
J'ai été alertée par Miss Granger que Monsieur Malefoy, en plus de manquer à l'appel de tous ses devoirs préfectoraux, préférait passer son temps à lui lancer des sorts et des maléfices.
J'ai donc pris le pas de le coller, et ce durant le premier match de la saison, mais je m'en remets à vous pour une punition à la hauteur de ses méfaits.
Cordialement,
Minerva.
Drago se redressa, l'expression nullement impressionnée, bien qu'une furtive ombre de colère pure à l'encontre de la Sang-de-Bourbe ne vienne assombrir son esprit.
— Et alors ? Elle va me coller, répéta-t-il le contenu de la missive. Je me suis déjà fait sermonner, c'est pour cela que vous m'appelez ?
Rogue le dévisagea longuement, scrutant chaque coin de son visage de ses yeux noirs.
— Vous ne comprenez pas, Drago. Vous ne comprenez pas que le corps professoral va vous tenir à l'œil bien plus que votre mission n'en a besoin, à partir de maintenant. Vous vous devez d'être discret. Encore une fois, je vous offre mon aide quant à votre entreprise, et vous feriez bien de saisir cette opportunité.
Drago roula impertinemment les yeux.
— Je suis très discret, preuve en est, vous ne savez toujours rien de mes activités.
Rogue inspira fortement, se retenant manifestement de perdre patience tout de suite.
— Si vous continuez à vous en prendre à Miss Granger, comme je vous ai moi-même vu faire la semaine passée, vous allez vous attirer les foudres de l'administration, ce qui est – ai-je vraiment besoin de vous le rappeler ? – la dernière chose dont vous avez besoin.
Voilà la Sang-de-Bourbe mise sur le tapis. Il ne pouvait décemment nier s'en être pris à elle de nombreuses reprises. Écarts de conduite que le corps professoral n'avait pas l'air de connaître, ce qui lui faisait réaliser que Granger les avait tus. À quelles fins ? Il n'en savait rien. Certainement pas pour le protéger. Avait-elle… honte ? Cette idée l'emplit d'une sordide délectation.
— Très bien, je ne m'en prendrais plus à elle, mentit allègrement Drago, bien déterminé à saisir la prochaine occasion qui se présenterait pour faire payer à la Sang-de-Bourbe cette désagréable discussion. C'est la seule raison pour laquelle vous m'avez fait venir ? S'agaça-t-il en se préparant à se redresser.
— Pas du tout.
Drago cessa son mouvement et se réinstalla dans le fauteuil à contrecœur.
— Où en êtes-vous dans votre consommation ?
Drago sentit une montée d'anxiété phénoménale l'envahir à l'entente de cette question. Preuve supplémentaire que cette dernière était si problématique, c'était justement car il ne s'était pas montré raisonnable. Et c'était un euphémisme.
— Eh bien ? Encouragea Rogue d'une voix veloutée, presque comme une oraison.
— C'est difficile, avoua finalement Drago les mâchoires serrées.
Rogue esquissa une mine à la fois triomphante et profondément impatiente.
— Vous êtes un enfant, Drago.
Drago serra les dents davantage et eut presque l'impression qu'elles allaient céder sous la force de ses mâchoires.
— Il y a un problème avec les dernières fioles, murmura-t-il la bouche sèche. Ma faculté de concentration n'est plus fiable au bout d'une heure ou deux. Je suis obligé d'en prendre plus.
Severus Rogue pencha légèrement la tête sur le côté, laissant pendre ses cheveux noirs et gras, dissimulant son visage tout en révélant une bouche pincée.
— Je vous ai averti, nombre de fois, à votre plus parfaite indifférence, que cette potion est à forte accoutumance. Plus vous en prenez, plus vous en prendrez : et plus vous en prendrez, moins elle fera effet. J'irais même jusqu'à dire que ses effets secondaires devraient vous inquiéter davantage que votre actuel manque de concentration.
Lentement, articulant chaque syllabe avec une outrance proche du théâtre, Rogue lui avait débité son discours et se penchait davantage vers lui, le pénétrant du regard.
— Je ne suis pas venu pour me faire sermonner, je suis venu pour qu'on me propose une solution, argua froidement Drago.
— Vous n'en trouverez pas ici, siffla cyniquement Rogue en désignant la pièce d'un petit geste sec.
— Voilà qui m'étonne, railla le jeune Serpentard.
Rogue plissa les yeux devant son apparente défiance.
— Qu'insinuez-vous ?
— Que vous ne cherchez pas du tout à m'aider, mais plutôt à me mettre des bâtons dans les roues !
— Drago, grinça Rogue, toute patience perdue. Votre insolence n'a d'égale que votre ingratitude : depuis juin dernier, je me suis escrimé à vous défendre auprès du Seigneur noir, mais aussi du directeur de Poudlard, vous permettant de mener à bien la mission dont je vous sais capable. Je vous ai fourni les livres, indiqué les exercices, prodigué les conseils, et ai même juré à votre mère votre protection, par-delà la mienne. Quand je vous ai prévenu des effets de la potion, vous m'avez assuré pouvoir vous maîtriser. Je constate à présent que la situation vous a échappé, ce qui, contrairement à ce que vous semblez penser, ne m'enchante guère, car je compte moi-même sur vous.
Drago sentait en lui monter une vague de colère : un caprice bourré de haine, comme il lui en venait souvent. Pour autant, il inspira longuement et se contraignit à se calmer.
— Que devrais-je faire, selon vous ?
Rogue s'esclaffa presque d'un rire sans joie.
— Un drogué dépendra toujours du chimiste, asserta-t-il avec acidité. Je ne sais pas combien de fioles il vous reste, mais comptez-les bien, car vous n'en aurez pas d'autres avant décembre. Cette potion met plus d'un mois et demi à se préparer.
Une sorte de désespoir envahit Drago.
Décembre… ?!
— Mais… Nous ne sommes même pas en octobre… ! Il ne me reste que trop peu de fioles pour tenir jusque-là.
— Égrenez-les, avisa Rogue en haussant les épaules dans un signe d'indifférence ironique. Sur le marché noir, une fiole de cette potion se vend à plus de trois-cent Gallions. Les avez-vous ?
— Oui, le défia Drago en plissant les yeux.
Rogue secoua la tête, l'air véritablement agacé par la stupidité de son élève.
— Encore vous faudrait-il accéder au coffre Malefoy pour cela. Et même si vous les aviez, concéda-t-il, combien de fioles pourriez-vous pouvoir acheter avant de vous ruiner ? Sans compter que sans connaître la provenance des ingrédients, ni le respect de la préparation, vous pouvez tout à fait signer pour une mort cérébrale.
— Ça va, ça va, j'ai compris, coupa Drago avec impertinence.
Mais s'il avait compris la logique de Rogue, il ne parvenait pour l'instant pas encore à réaliser ce que ses paroles signifiaient.
— À quoi ressemble un sevrage sur plusieurs jours ?
Rogue, une fois de plus, ricana sans sincérité.
— Irritabilité exacerbée, difficulté à vous concentrer, le moqua-t-il. Forte anxiété, tendances à l'agressivité, idées noires, ascenseurs émotionnels.
Le maître des potions laissa s'installer un silence inconfortable.
— … une propension à la bêtise, aussi, mais rien qui ne vous est trop étranger jusqu'ici, cingla-t-il.
Drago lui jeta un regard assassin, mais Rogue l'ignora, se levant pour faire dos à Drago et face à des placards en bois sombre.
— Très subtil. Existe-t-il des palliatifs ?
Rogue renifla, puis se tourna vers une vitrine, l'ouvrant à la volée d'un mouvement leste.
— Rien de fort. Évitez l'alcool, les fêtes, les potions potentialisantes…
Il pencha la tête, lisant visiblement ses étiquettes.
— … pas de promiscuité, non plus.
Drago, qui regardait ses chaussures cirées, remonta le visage aussitôt.
— Comment ça ?
— L'un des effets secondaires notoires de la potion est l'incapacité à maîtriser sa force, et même de forts accès de violence. Ressentez-vous déjà des changements à ce niveau ?
La voix complètement désintéressée de Rogue ne trompait pas Drago.
— Vous me demandez si je malmène des filles en ce moment ? Railla-t-il en haussant un sourcil narquois.
Rogue ne se figea même pas, et continua de prendre des fioles et les disposer sur le rebord du placard, comme pour les mettre à part.
— Faites attention à votre comportement, l'ignora complètement Rogue. Ce n'est pas le moment de vous faire renvoyer.
L'envie de le provoquer hérissa l'échine de Drago.
— Surtout pas à cause d'une Sang-de-Bourbe, n'est-ce pas ? Parfois, moi-aussi je me demande vraiment de quel côté vous êtes.
Rogue, cette fois, se tourna vers lui. Son teint cireux ne révélait aucune expression, mais son regard était un abysse profond, plein de mots indéchiffrables. Drago était convaincu que Rogue savait très bien à qui il faisait allusion.
— Je vois que tante Bellatrix n'a pas tari d'éloges à mon sujet.
Drago ne lui répondit que par un sourire insolent.
— Votre mission n'est pas de la brutaliser, Drago, signala-t-il froidement, lui adressant un regard ayant l'air de lui dire de reprendre ses esprits.
— Qui a dit le contraire ? Se moqua Drago de plus belle.
Rogue étouffa un renâclement de mépris. Visiblement, sa présence ici suffisait. La note de McGona-galleuse, et son… manque d'Obduro. Le Maître des potions rassembla les fioles et les glissa dans une besace noire dont il serra brusquement le nœud.
— Miss Granger est une personne à l'intelligence fine, que vous feriez bien de ne pas sous-estimer. Elle est tout à fait capable de se défendre de vos méfaits, et vous perdrez votre temps à essayer d'en faire votre jouet. Vous ne tenez tout de même pas à ruiner votre opportunité de mener à bien la tâche confiée par le Seigneur des Ténèbres, n'est-ce pas ?
— Ma mission se porte très bien, ne vous faites aucun souci, argua Drago. Quant à la Sang-de-Bourbe, elle me mange déjà à moitié dans la main.
Après tout, elle n'osait même plus dénoncer ses pires actes, et il n'avait pour l'instant souffert d'aucune représaille. Le maître des potions haussa un sourcil très sceptique.
— Hermione Granger ? Que vous injurez depuis la première année ?
Des images sans contours passaient dans les yeux de Severus.
— Vous vous leurrez, Drago. Si vous êtes si sûr de la contrôler, c'est qu'elle vous laisse bien volontiers le croire. Vous feriez bien d'être prudent. La potion, je le vois, vous est montée à la tête. Mais dans ce sac se trouvent des potions de clarté, assurez-vous d'en prendre une en sortant.
Drago serra les dents devant le ton réprobateur et clairement insultant du professeur.
— Il y a aussi des philtres de paix. N'en abusez pas. C'est avec votre esprit que vous jouez, ne vous risquez pas à le briser.
Le Serpentard arracha presque des mains de Rogue la besace noire, et quitta la pièce en claquant furieusement la porte. Sans même dire merci.
Rogue ferma les yeux le temps d'un instant. La situation était beaucoup plus critique qu'il ne l'avait escompté. Il devait rendre visite à Dumbledore immédiatement.
LUNDI 30 SEPTEMBRE 1996 – Poudlard, Écosse
Cela faisait une semaine.
Une semaine de silence et de cachotteries. Une semaine de mutisme au sujet de ce qui s'était passé. Depuis cette violente et sordide altercation à l'infirmerie et leur désagréable rencontre subséquente le mardi précédent. Hermione ne regardait plus Malefoy.
Dès qu'elle croisait sa silhouette de son regard, elle s'en détournait aussitôt lorsqu'elle le rencontrait dans les couloirs, elle rebroussait chemin lorsqu'ils avaient des cours en commun, et qu'elle suspectait de le trouver sur sa route, elle faisait des détours.
Elle se concentrait uniquement sur Ron et Harry, ou ses autres interlocuteurs comme Neville et Susan, et ignorait tout le reste dès qu'elle était en-dehors d'une salle de classe ou du confort de la salle commune.
La révélation des sorts consignés dans le manuel du Prince de Sang-Mêlé, dont elle ne parvenait désormais plus à parodier le nom, et toutes les preuves pointant vers Malefoy, la rendaient pourtant infiniment curieuse. Elle voulait savoir quand il lui avait jeté les sorts, bien que cela soit très compliqué à évaluer étant donné qu'il pouvait les informuler, mais aussi pourquoi il ne s'était pas montré pour le faire. Cherchait-il à l'effrayer ? Pourtant, elle avait respecté ses règles, elle ne le regardait plus.
Une partie d'elle voulait le confronter. Le mettre en position de faiblesse et cette fois-ci, être celle qui détiendrait la baguette et lui qui serait obligé de répondre à ses questions. Il ferait probablement moins le malin, une fois menacé. Mais comment ? Comment l'acculer, comment le débarrasser de sa baguette alors même qu'il semblait être devenu un petit génie des sorts informulés et de l'art du duel sorcier ?
Elle aurait pu se servir de la carte des Maraudeurs de Harry, et le suivre, le prendre complètement par surprise – au dépourvu – mais comment faire cela sans éveiller la suspicion de ses deux meilleurs amis ?
Si seulement elle avait pu avoir sa propre version de la carte. Cependant le parchemin ensorcelé était une œuvre de magie incroyable et devait d'être d'une extrême complexité à réaliser.
Peine perdue : Remus, Sirius, James et Pettigrow avaient passé des mois à concevoir un tel prodige magique, et elle ne disposait pas d'un pareil temps, ni de comparses aptes à l'aider dans cette tâche qu'elle tenait à garder secrète.
Pour autant… Lorsqu'elle ouvrait la carte, et qu'elle prononçait la formule pour en faire apparaître les secrets, les Maraudeurs en personne semblaient comme… inscrits dans le parchemin. Elle se souvenait même qu'Harry leur avait raconté à Ron et elle en troisième année, que la carte avait insulté Rogue quand ce dernier avait essayé de la lire sans prononcer la bonne formule.
Peut-être pourrait-elle demander de l'aide directement aux créateurs ?
Oui, l'idée semblait faisable. De toute façon, elle n'avait pas d'autre plan.
La nuit alors, elle se faufila dans le dortoir des garçons et reprit la carte. Rendue dans un recoin de la salle commune, elle murmura l'incantation pour révéler la carte. Cette dernière apparût.
— Bonsoir, murmura-t-elle à la carte, se sentant très franchement bête, ce faisant.
Au début, la carte n'indiqua rien, mais bientôt, sur la couverture vinrent se griffonner des inscriptions d'écritures manuscrites, différentes les unes des autres.
Bonsoir et bonne nuit, jeune demoiselle !
Patmol qui commence à draguer…
La carte semble avoir changé de maître, ou devrais-je dire maîtresse ?
Quelles facéties vous amènent à notre sombre rencontre ?
— La carte n'a pas changé de maître, continua-t-elle de chuchoter. Mon ami me l'a prêté.
Ce n'est pas bien de mentir !
Cornedrue, l'exemple pour la jeunesse…
La gente dame nourrit-elle d'obscures ambitions ?
Y a-t-il un gentilhomme à rencontrer dans les corridors ?
… Ou une autre gente dame ?
Pour sûr de nombreux passages secrets nous connaissons, pour de telles aventures…
— En fait, je n'ai pas besoin de la carte, avoua-t-elle, les joues rouges.
Quand elle pensait qu'elle était en pleine discussion avec les Maraudeurs, cela la mettait profondément mal à l'aise. Deux d'entre eux étaient morts, l'un était dans la résistance, et le dernier un traitre.
Les fantômes malicieux s'exprimant sur le parchemin n'étaient que les vestiges d'une jeunesse lointaine et perdue, et bien que leurs propos soient quelque peu comiques, elle sentait son cœur se pincer dans sa poitrine à leur lecture.
— Je voulais vous parler directement.
Nous parler, à nous ?
Est-elle au courant que nous sommes une carte ?
Une question sur la carte ?
Lunard, suspicieux, comme d'habitude.
— Bonsoir, Remus, salua Hermione. Oui, j'ai besoin de savoir comment vous vous y êtes pris pour cartographier Poudlard, alors même que l'école est incartable.
Tu connais mon nom ?
Lunard est célèbre !
On savait bien qu'il finirait par tomber les filles…
— Tu es l'un de nos amis, évoqua-t-elle. Nous faisons tous partie de l'Ordre du Phénix, un groupe contre… les mages noirs.
Tu vois que tu as des amis, Lunard !
On se demande comment il a fait pour s'y prendre.
Toujours à grogner…
Oui, il est toujours de mauvais poil.
On dirait qu'il est constamment mal luné.
Hermione les aurait presque entendus rire si la pièce n'avait pas été baignée dans le silence. Il lui semblait sentir des échos de leur hilarité se réverbérer en elle.
La conception de la carte a été très complexe, mais comme nous connaissions chacun des recoins de l'école, nous avons pu y parvenir. Nous nous sommes aidés d'un grimoire d'Homonculus permettant d'enchanter les objets. Le projet a pris plusieurs années.
Laisse de la place pour nous autres, Lunard !
— Quel grimoire ?
Un grimoire d'ingénierie et d'alchimie magique, et des livres sur l'enchantement.
— Pourrais-je… répéter ce prodige ?
Tu détiens la carte. Tu n'as pas besoin d'explorer Poudlard toi-même. Je pense qu'un Gemino te permettrait d'accomplir ce que tu souhaites.
— Un Gemino… Murmura Hermione, songeuse. Jamais je n'aurais pensé que ce sort fonctionnerait sur une telle carte.
Si tu as notre autorisation, tu peux le faire.
Soudainement, il n'y eut plus d'écriture, presque comme si les créateurs se concertaient au creux même de la carte.
— Mais comment obtenir votre autorisation ?
Tu dois nous la demander.
Il semblait désormais qu'ils parlaient d'une seule et même voix.
— M'accordez-vous votre permission ? S'enquit Hermione, un peu tremblante d'adrénaline.
Pour te voir accordée notre permission,
Au fond du secret, tu dois trouver,
L'unanimité et l'unisson,
Et sur notre front, l'y apposer.
Une énigme.
— Je dois vous dire, reprit Hermione. La guerre contre Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom fait rage. La plupart des passages secrets que vous avez consignés sur la carte ont été condamnés.
Ce n'est pas important pour la réponse.
— Devrais-je demander à Remus ?
Je ne pourrais pas te le révéler.
Il n'est pas le gardien du secret.
— Qui est le gardien du secret ?
Moi.
Et Hermione, sans pour autant avoir de moyen d'être sûre, savait qu'il s'agissait de Peter Pettigrow.
— Je peux poser une question, juste pour avoir un indice ?
Oui.
— Quel est le secret dans lequel je dois chercher ?
La carte.
La carte… ?
Mais soudain, Hermione eut un éclair de révélation.
— M'en voudrez-vous si j'écris sur la carte ?
Tout dépend ce que tu y écris.
Hermione la replia soigneusement, de sorte à ne voir que la couverture de la carte devant elle. Conjurant une plume et un encrier d'une main un peu tremblotante, elle trempa la pointe dans l'encre et posa cette dernière contre le papier.
Cette carte a été pensée, créée et conçue par quatre Gryffondors :
Sirius « Patmol » Black,
Remus « Lunard » Lupin,
Peter « Queudver » Pettigrow
et James « Cornedrue » Potter.
Son inscription vint bientôt disparaître sur le parchemin, comme absorbée. Il y eut un long moment d'inertie, avant que des mots ne réapparaissent.
Permission accordée.
Hermione, interdite d'avoir réussi du premier coup, remonta dans son dortoir à pas de loup et s'enferma dans les rideaux de son baldaquin, jetant un sort de surdité sur l'ensemble de la chambrée. D'une main leste, elle s'en-saisit du manuel des Sortilèges et Enchantements, niveau IX, feuilleta furieusement les pages, et finit par s'arrêter sur celle du Gemino.
L'enchantement était d'une très grande complexité : elle le savait pour l'avoir d'ores et déjà utilisé l'année passée pour démultiplier les Faux Gallions de L'A.D, avant de jeter sur eux un sortilège Protéiforme. Pour autant, ayant l'expérience de son côté, elle était confiante. Par ailleurs, et sans le vouloir, Malefoy lui avait donné une idée.
Le fait qu'il contribue lui-même à sa propre filature amusa quelque peu Hermione, qui avait une avide soif de revanche. Car oui, une rune d'amplification magique lui permettrait ici de s'assurer qu'elle ne commettrait pas d'impair. Traçant soigneusement le cercle runique sur elle du bout de sa baguette magique, elle s'en-saisit d'un parchemin vierge et le plaça à côté de la carte du Maraudeurs, toujours révélée.
— C'est parti, murmura-t-elle à leur attention.
Bonne chance.
Hermione inspira et expira lentement, concentrant sa magie en elle et la focalisant au bout de sa main droite, le dédoublement à l'esprit.
— Gemineo.
Dans la pénombre, le mystère et l'ignorance du château, l'un des objets les plus convoités par les élèves – sans le savoir – se mit soudain à se dupliquer…
MARDI 1 OCTOBRE 1996 – Seconde période – Poudlard, Écosse
— Il y en a au moins pour une cinquantaine de personnes, s'exclama Hermione.
— Toi, ça se voit que tu ne connais pas l'appétit d'Hannah, se moqua Susan.
La Poufsouffle dégagea son front de ses cheveux roux foncés et reporta ses yeux sapin sur la pâte qu'elle roulait.
Toutes les deux étaient aux cuisines de Poudlard, entourée d'Elfes de maison qui les regardaient faire par-dessus leurs épaules ou du coin de l'œil. À part par Dobby, Hermione n'était ici pas la bienvenue et était hautement surveillée.
— Tu viens souvent ici ? Demanda Hermione en pétrissant son propre bout de pâte en essayant d'imiter les mouvements de Susan.
— Nous venions souvent avec Hannah, au moins une fois par semaine je dirais. Elle est très gourmande. Moi aussi, d'ailleurs, plaisanta-t-elle gentiment.
Une fois toute la pâte prête, elles la roulèrent dans des boudins de moyenne épaisseur et commencèrent à les découper en rondelles. Les rondelles furent ainsi disposées sur des plateaux, puis enfournées dans l'un des énormes fours de l'école.
Assises, et patientant devant car la cuisson ne serait pas longue, elles continuèrent d'échanger des anecdotes sur les cuisines de Poudlard. Susan avait l'intention d'envoyer une importante fournée de biscuits au gingembre à Hannah, car il s'agissait de ses préférés, et qu'elle aurait bien besoin du réconfort culinaire en cette sombre période.
Une fois les biscuits cuits, Susan lui en tendit une quinzaine, après avoir conjuré une boite pour les y ranger.
— Tiens. Pour Weasley. Hannah m'a dit que c'était un goinfre comme elle, et crois-moi, l'estomac est la voie du succès.
Hermione éclata d'un petit rire avant d'enfourner la boîte dans son sac.
— Merci. Je pense que tu as parfaitement raison… Cela risque de lui plaire.
Mais le soir venu, et le lendemain, Hermione n'eut pas l'occasion de donner les biscuits à Ron, car il se trouvait presque continuellement en compagnie de Lavande.
Ce dernier semblait apprécier tout particulièrement l'attention de la jeune-fille ces derniers jours, et Hermione avait du mal à ignorer pourquoi : en plus d'être jolie, elle passait son temps à rire à ses blagues et à flirter. Il était séduit par l'idée qu'elle s'attèle à justement le séduire, qu'il soit l'objet de ses convoitises. Il savourait le fait d'être, pour une fois, le centre d'attention. Elle ne pouvait pas le blâmer, car elle-même ressentait bien souvent cette impression en compagnie d'Harry, surtout durant les cours de Potions de cette année. Mais elle, par contre, n'était pas joueuse de Quidditch, et n'avait rien à offrir si ce n'était son talent pour les études, et personne, sinon l'affreux McLaggen, ne se battait pour ses faveurs.
Morne, et pire encore, se sentant à fleur de peau à cause du mal de dos et de ventre, sourd, qui annonçait ses règles, elle passa le plus clair de son temps en compagnie d'Harry, Neville, Luna, Ginny et Susan. Assemblée à laquelle elle finit par offrir les fameux gâteaux, sous le regard désolé de la Poufsouffle.
JEUDI 3 OCTOBRE 1996 – Poudlard, Écosse
Drago n'en pouvait plus. Il n'avait pas d'autres mots.
L'abstinence frappait en deux coups. D'abord, il ne bénéficiait plus du froid de la potion et son esprit était à nouveau la proie des angoisses et des réflexions sans conclusion tournant en boucle dans son crâne. Mais le mal ne s'arrêtait pas là. En plus de ses maux psychiques, Drago souffrait également physiquement de son manque : son dos lui faisait un mal de chien, il avait des courbatures partout, et son nez ne s'arrêtait pas de saigner à la proie du hasard. Il se trimballait désormais toujours avec un mouchoir pour en faire cesser les trainées jusqu'à ses lèvres.
Des migraines sans pareil s'emparaient de ses tempes, enserrant son esprit et le délestant de toute idée, de toute forme de réflexion, et il se sentait débilité, amorphe. Il n'avait pas trouvé l'Armoire, il n'avait pas continué sa lecture, il n'avait pas trouvé le poison. Tout s'était subitement arrêté, en suspens, en même temps que sa prise.
Il luttait contre lui-même, regardant avec désespoir les dernières fioles pleines dans le coffre sculpté, mais se refusant à y toucher car sachant pertinemment que s'il se sentait toujours plus mal le matin que la veille, c'était qu'il n'avait toujours pas touché le fond, et que c'était à ce moment-là qu'il aurait le plus besoin de se rassasier. Sa raison, très souvent douchée d'une coulée de grosse paranoïa, et baignée d'angoisse que Rogue ne lui produise plus jamais la potion, le poussait à économiser les fioles restantes encore plus.
Les nuits étaient pleines d'insomnies ou de cauchemars, d'impressions d'une faim qu'il ne pouvait rassasier par les mets qu'il avalait, d'une soif qu'il ne pouvait satisfaire par les multiples breuvages qu'il enchainait. Il était prisonnier de la lave, mangeait de la cendre, sentait la fumée sur sa langue et de sa bouche sortait des souffles brûlés. Il bouillait à l'intérieur, se réveillait en sueur et enfiévré.
Rien n'y faisait.
Ne pouvant se concentrer sur que peu de choses, il reportait son attention sur les comparses de sa maison, les suivant machinalement sans rien dire, de cours en cours et de salle en salle.
Mais le pire, dans tout cela, c'était probablement sa lenteur à réfléchir. Il se sentait tellement… diminué. Tellement faible. Lorsque quelqu'un lui parlait, il lui fallait plusieurs instants pour rassembler ses fonctions sensorielles et cognitives, ne serait-ce que pour comprendre que l'on s'adressait à lui, que l'on lui posait probablement une question, puis d'en trier les mots afin d'y trouver un sens.
Crabbe et Goyle, eux-mêmes, semblaient plus vifs d'esprit.
Il se sentait pathétique. Tellement pathétique, à vrai dire, que cela l'enrageait.
Avec honte, pendant le déjeuner, il s'était glissé dans des toilettes et s'était effondré en larmes. Drago n'avait pas pleuré depuis l'été, depuis cet été si difficile où il s'était abandonné au travail et à la rigueur. Mais l'anxiété et l'effroi, non plus tues par l'Obduro lui revenaient par vagues désormais, et le submergeaient. Il allait échouer. Littéralement et figurativement.
Il ne pouvait décemment pas réussir.
Il allait échouer, et ils allaient tous mourir.
— Quelqu'un pleure ?
Drago sortit aussitôt sa baguette. C'était une voix féminine.
Dans sa confusion, il n'avait pas fait attention à quels toilettes il avait choisi. Il s'était engouffré dans les premiers sur son chemin, avait fermé le verrou de l'habitacle, rabattu la lunette et s'y était assis, rompant le silence par des sanglots secs, la tête dans ses mains.
L'idée que quelqu'un, a fortiori une fille, puisse le surprendre dans une telle situation était très loin de l'enchanter. Il exécrait avoir l'air faible devant qui que ce soit.
Cependant, la voix était douce, calme : presque agréable aux oreilles de Drago, qui depuis une vingtaine de minutes, n'avait pour seule compagnie que ses propres larmes et les tressautements de ses épaules qui faisaient trembler son souffle dans de désagréables frissons. Son nez coulait, ses yeux larmoyaient, si bien qu'il peinait à distinguer sa baguette entre ses mains crispées. Cet épanchement, et le fait d'avoir été pris sur le fait, quand bien même l'intruse ne connaissait pas son identité, faisait se relâcher des choses enfouies en lui, des choses ayant pour trait l'enfance. La compassion dans la voix féminine et étrangère lui inspirait des souvenirs de tendresse maternelle qu'il ne se sentait pas capable de refuser, là, tout de suite, alors même qu'il se sentait tant en avoir besoin.
Pour autant, et comme d'habitude, son égo prenait en lui toute la place, faisant taire les autres voix lui intimant de céder à cette pulsion.
— Barre-toi, marmonne-t-il d'une voix la plus menaçante et grave possible bien qu'elle s'éraille quelque peu dans la grimace de sa bouche.
— Je ne peux pas te laisser comme ça, souffle la voix de l'autre côté de la porte.
— Comme ça quoi ? Prêcha Drago avec agressivité.
Il faisait semblant que tout allait bien : qu'il n'était pas présentement enfermé dans l'habitacle de toilettes, en train de pleurer toutes les larmes de son corps comme un enfant qui a égaré ses parents dans un grand boulevard bondé.
— Comme ça, dans cet état, tout seul.
— Tu ne t'es pas dit que si j'étais venu ici, c'était justement pour être seul ? Pour qu'on me foute la paix ? Argue Drago avec une voix nouvellement composée et pleine de vitriol.
Mais avant même qu'elle ne reprenne la parole, Drago sait qu'elle va insister.
Qu'elle va insister de cette persévérance qu'ont ces gens qui aiment, eux, qu'on leur courre après, et lesquels cèdent à cette pulsion lorsqu'ils se trouvent face à quelqu'un qui feint de fuir l'attention, comme pour rendre la pareille au destin.
— Tout le monde prétend toujours vouloir être seul dans ces cas-là, mais c'est souvent des balivernes. Un mensonge par fierté, car ils ne veulent pas donner l'impression qu'ils ont besoin des autres.
Agacé, Drago roule insolemment des yeux au milieu de ses larmes. Il avait visé juste.
— Inutile de sortir de grandes philosophies métaphysiques. Je veux qu'on me foute la paix, pas la peine de chercher plus loin ou de projeter tes angoisses sur moi.
Mais la personne ne sembla pas quitter les lieux, du moins, Drago n'entendit aucun pas s'éloigner. Ses sanglots avaient désormais cessé de faire trembler ses épaules, et ses larmes séchaient, froides et salées sur ses joues dans un contact poisseux.
Le fait que cette fille reste alors même qu'il lui avait dit de partir l'irritait au-delà de l'imaginable. Il détestait se sentir contraint, acculé dans l'oppression et l'obligation de devoir souffrir la présence de quelqu'un dont il voulait activement se départir. Il ne parlait plus, rendant impoliment au silence son indifférence, et tendant l'oreille pour chercher un signe audible du départ de l'importune.
Mais rien.
— Encore là ? Demanda-t-il avec une irritation non-dissimulée.
Soudain, et il sursauta presque, quelque chose de transparent, de nacré, traversa la porte et Drago leva aussitôt la baguette vers la silhouette spectrale qu'il devina être celle d'un fantôme. Et pas n'importe quel fantôme.
— Mimi Geignarde, reconnut-il sans la moindre révérence.
Mimi fronça les sourcils, visiblement toujours aussi offensée qu'au premier jour par un tel surnom, bien que Drago supposât qu'elle l'avait entendu des milliers de fois depuis sa mort.
Myrtle avait l'habitude de se heurter à des personnes qui ne la respectaient pas, et se sentait évidemment encore plus attaquée par ces dernières lorsqu'elles employaient le rustre surnom qui lui était affublé à cause de sa fâcheuse tendance à fondre en larmes dès qu'elle en avait l'opportunité.
Quelle ironie, car le garçon en question était lui-même en larmes, venu pleurer dans ses toilettes, autrement dit son lieu de prédilection et de hantise. Là où elle avait connu ses derniers instants, ses dernières secondes de vie.
Si, originellement, peu d'élèves rendaient visite à ses toilettes car désiraient éviter sa compagnie, la désormais rareté d'élèves avait davantage à voir avec la condamnation des lieux, il y a trois années de cela. Depuis, il y avait beaucoup moins d'élèves pour venir pleurer, sangloter, pleurnicher, chouiner, ou encore préparer des mauvais coups. Myrtle se sentait parfois bien seule, et surtout démise de son officieux statut de confidente de cabinet.
Ce garçon, en étant entré ici, devait toutefois comprendre qu'il s'agissait là de son sanctuaire, et à défaut d'un endroit de repos, d'un lieu de contemplation et – elle devait l'avouer – de profond morfondement et de plate mélancolie.
— Tu ne peux pas me mettre dehors. Je suis ici chez moi.
— Dans des toilettes ? Se moqua ouvertement Drago. Pour l'avouer sans honte, il ne doit pas te rester beaucoup de dignité.
— Je suis morte, fit-elle remarquer froidement. La dignité ne va rien changer à mon existence.
Drago renâcla insolemment.
— Mais et toi ? Retourna-t-elle la situation. Tu es aussi ici, je te ferais remarquer. Et la dignité a l'air autrement plus importante pour toi qu'elle ne l'est pour moi.
— Je veux que tu me foutes la paix, éluda Drago.
Myrtle se mordit la lèvre, laissant paraître sa contrariété à la vue d'une telle attitude. Cependant, étant déjà entrée dans l'habitacle du cabinet, elle ne comptait pas quitter les lieux uniquement car il usait d'une voix vipérine pour le lui ordonner. S'il voulait en sortir, il n'avait qu'à la traverser.
Myrtle n'avait aucun scrupule à se montrer intrusive, envahissante, et dans cette situation encore moins : elle savait pertinemment qui elle avait en face d'elle. Le fils unique Malefoy, progéniture de Lucius Malefoy et Narcissa Black, élèves d'un autre temps et de prestigieuses familles. Le passe-temps du fantôme était, et ce même avant sa mort, d'écouter aux portes, de se renseigner sur tous les ragots, d'entendre ni vue-ni connue, les conversations de ses camarades de classes, et d'en tirer le plus directement possible et sans détours, les informations, amourettes et médisances les plus fraiches du château. Mais cela, Drago Malefoy ne s'en doutait probablement pas, et elle était assez sûre qu'il ne s'était pas hasardé à s'interroger sur le sujet. Elle le voyait exactement comme son père, avec des idées préconçues et des a priori qui l'empêchaient de remettre en question ses certitudes les plus bancales, et, du coup, qui se permettait d'imaginer effrontément en savoir plus sur elle qu'elle ne devait en savoir sur lui.
Lourde méprise.
— Mourir, ça rend sourd ?
— J'ai entendu, confirma-t-elle d'une voix pincée. Ce n'est pas parce que je t'entends que je vais t'écouter. Mais tu n'en as probablement jamais fait l'expérience : tout le monde fait très certainement tout ce que tu veux.
Myrtle n'avait aucun remord à le pousser davantage dans ses retranchements, quand bien même il avait l'air déjà suffisamment accablé pour la journée. Elle savait comment l'agacer car les sujets qu'elle évoquait étaient sensibles. Cela faisait six ans qu'il était à Poudlard et y imposait ses nombreuses tyrannies d'enfant-roi et ses manigances d'insolente canaille : les rumeurs allaient bon train à son sujet.
Elle savait aussi, car il n'était tout de même pas le seul à s'être rendu dans ces toilettes quand bien même elles avaient été condamnées, quoi dire afin de faire parler un ou une adolescente venue éponger ses larmes. D'autres élèves étaient venus pour profiter du silence et du secret de l'endroit pour y susurrer des lamentations, et elle avait, à l'usure des années, appris à tirer les vers du nez de quelqu'un sans s'en donner l'air. Ainsi, elle en apprenait davantage sur la vie du château, ses élèves, et pouvait donc occuper ses longues nuits solitaires à songer à tout ce qui s'était dit et à faire des pronostics sur ce qui se passerait ensuite. Cela lui permettait de ne pas trop s'ennuyer, bien que la lassitude soit, et ce pour toujours, l'une de ses rares compagnes de tous les instants.
En cet instant, Drago Malefoy était vulnérable, et quoi qu'il puisse en dire, elle était sûre qu'au fond, il avait envie de parler à quelqu'un : peut-être davantage pour se distraire de sa peine, s'y soustraire quelques instants, que par véritable envie de se confier à elle, mais ses motivations n'étaient pas importantes.
L'important était la confidence en elle-même. Myrtle l'attendait donc avec grande impatience car elle était capable de sentir cela : d'être plus sensible, depuis qu'elle avait quitté ce monde, et que ce qui lui restait n'était que pleurs inextinguibles, et une certaine tendance à l'extra-lucidité concernant les maux d'âme et de cœur d'autrui.
Les personnes rechignaient souvent à se livrer, et plus encore la première fois car ils ne savaient pas s'ils pouvaient réellement lui faire confiance. Une fois l'expérience faite, cela était plus facile pour eux de se confier à nouveau. Mais au-delà de cette seule réticence de la confiance demeurait un autre type de réserve.
Les élèves savaient qui elle était et où elle résidait, et elle se confrontait souvent à une frontière bâtie de l'orgueil et de la vanité d'élèves hésitant à se confier à « la fille des toilettes » à celle qui était morte en train de pleurnicher, si bien qu'elle continuait encore après sa mort, et qui, lorsqu'elle était prise de crises de larmes particulièrement sévères, ouvrait un à un tous les robinets pour que la tuyauterie de la pièce renvoie l'image de son fleuve intérieur : intarissable, l'eau inondait le couloir, et cela faisait jaser.
Quelle gloire, donc, y-avait-il pour ces personnes à se confier à cette fille bizarre au physique ingrat, coincé dans un corps d'adolescente, et souvent hystériquement territoriale de révéler des secrets à une personne qui traîne dans des conduits d'évacuation ? Personne ne se sentait si ridicule, si minable.
Parfois, Myrtle se demandait même comment elle avait fait pour résister à l'appel si tentant de devenir un esprit frappeur, à l'instar de Peeves. Mais lorsque ce dernier lui infligeait une horrible farce et se moquait d'elle, elle se souvenait qu'elle n'avait pas la moindre envie de lui ressembler, quand bien même elle riait parfois sous cape des affreux tours qu'il jouait aux élèves.
Les élèves chouineurs venaient chez elle pour la prendre de haut, et c'était à elle de les conquérir, et c'était épuisant, Merlin merci elle ne ressentait plus la fatigue mais juste la monotonie des mêmes discours. Car toujours l'orgueil venait a contrario confirmer ce qu'elle savait indécrottable : les personnes adoraient s'entendre parler, et finissaient toujours par cracher le morceau, par souci de respecter et d'apprécier leur propre parole.
Pour que quelqu'un les entende, les écoute et compatisse, car invariablement, ils étaient toujours les héros ou anti-héros de leurs histoires, et qu'ils le méritaient… Très rarement étaient-ils coupables. Le disque changeait peu. Mais lorsqu'une personne arrivait alors avec quelque chose de nouveau et de divertissant à se mettre sous la dent, alors Myrtle écoutait avec une patience d'or, et une attention de tous les instants.
Arrivait donc systématiquement ce moment, cet abandon où le tragique de leur confession, la détresse infinie de leur situation, les conduisaient à se confier : ils se laissaient alors aller, car qu'avaient-ils à perdre de plus ? Oui, s'ils s'étaient abaissés à venir pleurer ici, dans la pénombre humide de ces toilettes à moitiés fracassés, pourquoi ne pas s'épancher auprès de quelqu'un qui, par tous les aspects du monde qui leur importaient, ne comptait pas vraiment.
Non : Myrtle, ce qu'elle pensait d'eux, de leurs confidences, ce n'était pas important. Ils l'oublieraient plus tôt que tard, et elle n'était pas particulièrement vengeresse, quand bien même elle était d'une très grande amertume.
Non, Mimi, Myrtle, ne compte pas vraiment : c'est un nom oublié et son spectre, les restes fantomatiques de sa personne, n'en font plus un être à qui l'on dédierait du temps ou du respect, mais plutôt de l'impatience, du mépris et, au mieux, de la pitié.
Myrtle voyait le changement s'opérer dans les yeux métalliques et injectés du jeune Malefoy comme elle l'avait vu dans tant d'autres regards avant le sien. Alors, elle se décida à insister car elle voulait à tout prix pousser sa résolution jusqu'au bout. Sa curiosité l'a après tout tuée, ce n'est pas une coïncidence. Mais maintenant, qu'a-t-elle à en craindre ? Plus rien.
— Tu n'es jamais venu ici, auparavant, fit-elle remarquer.
Elle savait comment cela fonctionnait. Remarquer que la personne vient pour la première fois avait tendance à enorgueillir cette dernière : comme si le sous-entendu latent était que la personne était si exceptionnellement mémorable que Myrtle se souviendrait de l'avoir déjà vue ici, s'il ne s'était pas agi de sa première visite. Elle flattait par son intonation intriguée et ses yeux curieux. Elle n'en faisait plus trop, comme auparavant, ayant appris à doser en fonction de son interlocuteur ou de son interlocutrice.
— Je n'ai pas pour habitude de chialer dans des toilettes, cingla Drago d'un ton grinçant.
Impossible de ne pas prendre personnellement cette pique, qu'il lui destine comme une flèche en plein cœur. Il n'est pas comme elle, voilà ce qu'il veut dire. Mais son comportement et sa présence en ces lieux viennent infirmer ce constat et Myrtle décide de passer outre, car le contredire n'est pas productif pour son objectif.
— Je vois. Tu dois te trouver dans une drôle de situation, alors… même désespérée, pour t'abaisser à ça.
Drago la fusille du regard, mais il ne peut lui reprocher sa causticité, venant lui-même de l'invectiver.
Pour autant, il en a assez de cette conversation – qui malgré tout l'apaise, rappelle à lui sa frustration et sa colère, et le pousse donc à l'action, à maintenir le dialogue plutôt que de le fuir, de traverser le spectre sans ménagement et quitter l'endroit sans rien lui répondre, ni plus jamais y revenir. Il sait qu'il ferait une forte impression, mais quelque part, il a moins à y gagner qu'à continuer cette conversation, car il veut juste… cesser de penser.
Et elle est une distraction. C'est tout. Comme la Sang-de-bourbe. Des personnes du même acabit.
— Je n'ai pas envie de te parler.
— J'ai compris, dit-elle simplement. Tu sais, seules les personnes les plus accablées se confient. Les autres ont souvent des faux problèmes qu'ils s'inventent et n'osent pas en parler devant moi, qui suis tout de même… morte.
Elle vit un geste théâtral pour se désigner. Mais Drago la voyait venir, et de loin, avec ses tentations énormes d'être la personne rare, d'être la personne accablée, d'être la personne qui se confie, d'être la personne avec les vrais problèmes. Il la voyait venir… Car elle ne faisait en fait aucun effort pour être subtile et il commençait à soupçonner qu'elle n'en avait jamais eu besoin : les gens se confiaient sans qu'elle n'ait besoin de comploter durement pour leur tirer les vers du nez.
Ils se confiaient bien volontiers une fois qu'elle avait insisté, simplement, à plusieurs reprises sans faire de manière... Simplement rassérénés d'être volontiers écoutés, et que quelqu'un d'autre qu'eux ne s'investisse dans leur histoire.
Seulement voilà, Drago ne cachait pas une futile embrouille entre camarades, une classe ratée, ou une amourette en échec. Non, Drago avait sur le cœur et plein la tête une abstinence de drogue un manque cruel qu'un sourire ou des paroles réconfortantes – venues en plus d'une personne dont il se fichait totalement – ne pourraient assagir.
Il avait la survie de sa famille entière sur les épaules, son père en prison entouré de Détraqueurs et sa mère, seule dans un manoir vide, proie idéale pour les colères et vindictes du Seigneur des Ténèbres s'il venait à commettre une erreur, ou même du camp adverse, si jamais ce dernier venait à recourir à de telles méthodes. Il avait à l'esprit tout le travail accompli, les sacrifices, depuis quand il y était, tout ce qu'il avait fait, l'énergie et le temps consacrés, dépensés, pour en arriver là, et le cruel manque de résultats concrets qui s'ensuivait malgré tout.
Non, Drago n'avait décidément pas envie de détailler les tenants et les aboutissants de la froide dureté qui assénait quotidiennement à son existence les assauts impitoyables de l'impuissance, de la frustration et de l'échec.
— Ça marche avec des gens, ta tactique ?
Il lapide verbalement car il est sur la défensive, mais aussi et surtout car c'est là tout ce qu'il sait faire. Myrtle prend du recul, comme si elle s'adossait à la porte du cabinet des toilettes. Ils sont proches malgré tout, suffisamment pour que Drago ne la voie rougir, ou plutôt griser.
— Quelle tactique ?
— Cette façon que tu as de parler, quitte à m'agacer pour que tout sorte sous le coup de la colère ?
— Ce n'est pas une tactique. Ou ne crois-tu personne capable de s'inquiéter innocemment de ton état ?
Elle mentait, bien sûr, mais il continua à converser.
— Évidemment, confirma-t-il dans un sourire mauvais. Les gens ne veulent des informations au sujet des autres que pour s'en servir à leur encontre.
Drago pense particulièrement à la Sang-de-Bourbe en disant cela.
— C'est quelque chose dont tu as fait l'expérience toi-même, ou supposes-tu que tout le monde est comme ça car toi-même tu t'y emploies ?
Drago ne rechignait jamais devant la mauvaise foi. Il jouait sans vergogne au grand persécuté, même quand il savait d'avance que cela ne prendrait pas.
— J'en ai fait l'expérience.
Myrtle apparut songeuse, et, à ne pas s'y tromper, ses yeux s'emplirent de doute.
— Je suis une exception, alors. Je ne vois vraiment pas ce que j'irais gagner à apprendre des choses sur toi. Que crois-tu que cela puisse m'offrir au juste ?
— La vanité d'être ma confidente ?
— Et puis alors, s'esclaffa Myrtle. Cela ne change rien, ni pour toi, ni pour moi.
— Pourquoi tiens-tu à savoir quoi que ce soit alors, persévère-t-il pour la prendre à son propre jeu. Si tu n'as rien à gagner, pourquoi insister ?
Myrtle le regarda longuement, silencieusement. Elle décida de changer son fusil d'épaule.
— Certaines personnes se sont confiées à ton sujet, tu sais ?
On dirait qu'elle change le sujet, mais sa voix a trop de stabilité pour qu'il ne la sente troublée, et tout annonce donc qu'elle dit la vérité.
— Et alors ? Tu essayes de titiller ma curiosité, maintenant ? La nargua-t-il sur sa vraisemblable incompétence à en venir à ses fins, en plus d'être transparente pour lui.
Elle n'honore pas sa question d'une réponse, préférant continuer.
— J'ai cru comprendre, à travers les descriptions que l'on m'a faites de toi, de ta personne, depuis que tu es arrivé à Poudlard, que tu n'es pas très apprécié.
Dans la poitrine de Drago, un pincement enfantin se fait sentir. Il déteste qu'on lui rappelle son impopularité.
— J'ose croire que tu ne devais pas être la star de Poudlard non plus, assène-t-il en la regardant avec condescendance de haut en bas.
Mais Myrtle continue de l'ignorer.
— Le plus souvent, les confidents déplorent tes manières : tes manigances et médisances. Tu fais du mal autour de toi et tu t'en fiches.
— Bouhouhou, singea Drago en imitant des chouinades – passant sous silence l'ironie du fait que ses larmes étaient à peine séchées sur ses joues – C'est mon procès, ou quoi ? Juste parce que je n'ai pas voulu te raconter ma vie ?
— Cela n'a rien d'un procès : il n'y a personne pour te juger ou te condamner, ici. Je te fais juste part de ce qu'on m'a dit, entre autres parce que je commence à comprendre qu'on ne m'a pas menti. Tu ne vois aucun intérêt dans ce qui ne t'apporte pas personnellement quelque chose. Et tu penses que c'est pareil pour tout le monde, que tout le monde est comme toi, tout ça parce que tu es incapable d'imaginer que la plupart des personnes ne fonctionnent pas comme ça, du moins pas tout le temps.
C'est au tour de Drago de l'ignorer à moitié.
— Tu l'as dit toi-même, je ne suis pas très aimé. C'est pour ça que je dois rester sur mes gardes.
— Ou bien cesser de chercher la querelle à tout bout de champs ?
— Je ne cherche pas la querelle.
Myrtle arbora un air très sceptique.
— Quoi qu'il en soit, ce qui est fait est fait : je ne vais pas me mettre à accorder ma confiance à n'importe qui, au premier venu même, tout ça pour faire plaisir à une macchabée en manque de potins et d'amis.
Ces derniers mots résonnent plus cruellement encore que tout le reste de ses invectives jusqu'alors.
— Je ne suis pas « n'importe qui », murmure Mimi. Je suis une personne avec des émotions et des sentiments.
Drago a une fois de plus envie de lui jeter sa mort à la figure, mais ce n'est pas original et il préfère donc se taire et se cantonner à sa moue peu amène. Elle continue de lui faire penser à la Sang-de-Bourbe et la comparaison l'agace prodigieusement. Seulement voilà, Drago ne sait ensorceler un fantôme, et s'il veut se départir de sa compagnie, il lui faut donc s'en aller. Mais ses jambes refusent de bouger.
— Dans tous les cas, je suis ici, en ce lieu, pour ça. Si tu veux un jour te confier.
— Tu veux dire que dans ta grandeur d'esprit et ta mansuétude sans borne, tu es restée attachée au monde des vivants, et à leurs toilettes, pour écouter les plaintes barbantes des adolescents de Poudlard ?
Il n'a d'armes contre elle que les attaques frontales. Mais dans sa longue existence, Myrtle a déjà tout entendu.
— Bien sûr que non. Je suis restée car tout cela était complètement injuste et n'aurait jamais dû m'arriver.
Elle ferme les yeux, comme pour se souvenir, et il se prend à détailler son expression pour y voir passer les bribes de ce qu'elle voit dans le noir de ses paupières.
— Je suis restée car j'ai refusé d'accepter ce qui c'était produit. Mais maintenant, je regrette.
Elle rouvre les yeux et le transperce du regard.
— Plus rien de ma vie d'avant n'existe et je suis confinée à ces murs. Mes parents sont morts, et j'étais fille unique. J'ai longtemps cherché quoi faire ici, quoi faire de tout ce temps. Jusqu'au jour où les personnes ont cessé d'éviter les toilettes après ma mort, pensant y trouver un sanctuaire déserté, comme moi, il y a si longtemps. Et là, j'ai compris ce que je pouvais faire.
Tout au long de son récit, Drago se sent penaud. Il se sent au pied du mur, compris, et c'est ignoble d'être compris par quelqu'un que l'on méprise.
Lui aussi se trouve injustement placé dans une situation inextricable et des plus indésirables.
Lui aussi est confiné aux murs de Poudlard et obligé d'en étudier les secrets pour mener à bien sa mission
Lui non plus n'a plus rien de son existence originelle, si ce n'est son nom, que l'on oubliera bien vite s'il vient à échouer, et finir la lignée Malefoy du même coup.
Lui aussi est fils unique.
Et lui aussi avait peur de mourir, mais tout autant de rester coincé dans un entre-deux, dans le lieu même qui aurait vu son trépas, destiné à hanter les vivants des vestiges de son existence et de sa personne, à errer sans but ni échappatoire… Jusqu'à ne croiser que des personnes qui auraient oublié son nom et lui donneraient un sinistre surnom qu'il porterait jusqu'à la fin de l'éternité, comme le Baron Sanglant traînait jusque dans son patronyme de lourdes et bruyantes chaines. Il demeurerait prisonnier de son errance. Il n'avait pas le tempérament d'un fantôme voulant le contact humain, ni celui d'un ignoble farceur comme l'était Peeves. Il serait seul dans la mort comme il l'était et l'avait été dans sa vie. En prendre conscience rendait le manque encore plus brûlant à ses tempes et sa bouche séchait à mesure que ses réflexions se cousaient et se décousaient, comme un canevas dont le tricoteur ne pouvait jamais se satisfaire et qui se vouait à recommencer encore et encore.
Bien vite, toute cette perspective morbide lui donna le tournis : comme si tout était décidé, tout se jouait à cet instant.
— Je ne veux pas mourir, avoua-t-il soudain, de but en blanc.
La confession, sortie de nulle part, sembla interloquer Mimi. Elle ne semblait pas savoir quoi lui répondre.
— Tu es très jeune, remarqua-t-elle. Pourquoi t'en inquiéter maintenant ?
Drago secoua la tête avec agacement. Elle prétendait tout savoir mais n'était visiblement pas du tout au courant de ce qui se passait au dehors de ses toilettes nauséabondes.
— C'est la guerre ! S'écria-t-il avec véhémence. Des gens disparaissent ou se font assassiner tous les jours.
Il savait qu'il répétait Blaise. Ses mots l'avaient plus marqué qu'il n'avait initialement cru.
— Tu es à Poudlard, sous la protection du Professeur Dumbledore… Que crois-tu qu'il puisse t'arriver ?
Drago ricana sans joie.
— Les jours du vieux croulant sont comptés depuis que le Seigneur des Ténèbres est de retour. C'est une question de temps.
— Ta famille ne fait-elle pas partie de son cercle ?
— C'est compliqué, balaya Drago d'un geste de main agacé.
— Pas vraiment, argua-t-elle. Soit vous êtes des partisans, et vous n'avez en toute logique rien à craindre, soit vous êtes contre lui, et vous risquez effectivement de mortelles représailles. Mais… il m'avait semblé comprendre que ton père…
Drago coupa court.
— C'est bien plus compliqué que ça, explosa-t-il.
Elle allait recevoir son ire pour toutes les autres personnes pour lesquelles il semblait que tout était aussi simple qu'une question d'allégeance, ou encore pour tous ces gens qui le jugeaient sans savoir ce qu'il vivait. La Sang-de-Bourbe en tête.
Le Seigneur des Ténèbres ne se contentait pas bêtement d'une promesse de servitude. Il voulait et exigeait bien plus. Il fallait être prêt à donner sa vie pour la cause, ou plutôt, pour lui, et ce avec le sourire. Mais Drago n'avait jamais voulu de tout ça. Il n'avait rien contre le fait que les Sangs-de-Bourbe soient emprisonnés voire même massacrés il n'avait rien contre le fait qu'Harry Potter et la résistance rencontrent une mort horrible et douloureuse… Mais il ne voulait juste pas y prendre part. Il voulait que cela arrive loin de lui, qu'il n'en soit pas directement responsable. L'Obduro, dans ses avalanches glacées, le penchait davantage vers le noir, mais dans le manque, il retrouvait son naturel manque de volonté, et une cruauté moins adulte. Moins meurtrière, simplement cruelle.
— Le sacrifice, la mort : tout ça, ce sont des impondérables de l'appartenance aux Mangemorts. Ce ne sont pas des options facultatives. Soit on tue, soit on est tué.
— C'est ça, le cœur du sujet, alors ? Tu crains les attentes ? Tu n'as pas envie de t'engager dans la voie des Mangemorts que ta famille a tracée pour toi ?
Drago laissa échapper un rire nerveux. Il était bien trop tard pour ça, à présent. Son bras pouvait en témoigner.
— Peu importe ce dont « j'ai envie ».
Myrtle reste silencieuse un moment. Il avait craqué. Il avait commencé à se livrer. Comme tout le monde, ne lui en déplaise. Sa confession avait en cela quelque chose de rassurant, car elle confirmait que même les plus grandes têtes de pioche, les brimeurs et autres individus aux intentions malhonnêtes, ressentaient à leur tour le besoin de voir leurs problèmes entendus, voire même compatis. Mimi aimait bien penser à cela, car elle se sentait dans ces réflexions à la fois à nouveau vivante, mais également connaissait la félicité qu'amenait – tout du moins, elle l'imaginait ainsi – la mort complète et absolue. La paix et la sensation de se confondre dans le monde et le néant, tout à la fois.
— Je vois, murmura-t-elle finalement. Tu sais…
Elle s'interrompit quelques secondes, lui laissant le temps de se composer et d'arborer un masque d'indifférence hargneuse afin de l'écouter.
— Quelqu'un d'autre est venu me voir avec les mêmes préoccupations.
Drago ne lui répondit pas, se contentant de la regarder de mauvaise grâce pour lui faire comprendre qu'il attendait qu'elle poursuive.
— C'était un garçon, comme toi, mais c'était il y a plusieurs dizaines d'années maintenant. Lui aussi était attendu au tournant par les Mangemorts. Sa famille était très partisane, elle-aussi. Nous nous sommes rencontrés lorsqu'il est entré en cinquième année. Il ne souhaitait pas s'enrôler mais disait être obligé de prétendre le contraire, sous peine d'être rejeté par sa famille. Évidemment, ses parents lui étaient chers et eux étaient de fervents admirateurs de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.
— Il était fils unique ?
Myrtle secoua la tête en signe de dénégation.
— Non, mais… C'était tout comme. Son frère ainé, lui, n'avait pas eu sa réserve et se tenait très éloigné de tout cela, se moquant ouvertement des conséquences que cela entraînait dans sa famille. Tout du moins, c'est ce que le cadet m'en disait.
Même si Drago ne connaissait pas la vie au sein d'une fratrie, il imaginait avec difficulté deux frères faire des choix si différents sans… s'aider d'une façon ou d'une autre ? Sa tante aidait par exemple sa famille autant qu'elle le pouvait, tempérant les colères du Seigneur des Ténèbres, du moins, c'était ce qu'elle leur en disait. Peut-être n'était-ce cependant pas autant le cas que ce qu'elle l'avait laissé entendre durant ses visites de l'été, visites durant lesquelles elle lui avait enseigné les bases de l'Occlumancie, et avait rabâché son inimitié et surtout sa méfiance à l'égard de Rogue…
Pour autant... il savait sans avoir pu en parler directement et longuement en famille, car cela ne se faisait tout simplement pas, qu'il y avait bien longtemps, la sororité Black n'avait pas compté deux, mais bien trois sœurs. Qu'Andromeda Black avait été radiée de tous les documents, et que son nom n'était plus prononcé dans les enceintes des grandes demeures des Sangs-Purs, même dans les plus basses des messes.
Pour autant, lorsqu'il songeait à une fratrie, une lui venait aussitôt à l'esprit. Celle des traîtres à leur sang de Weasley. Et eux, envers et contre tout, semblaient soudés… ? Mais après tout, rien ne prouvait que si l'un d'entre eux se rapprochait des convictions de l'importance de la pureté du sang, ce dernier ne serait pas rejeté par les siens à son tour.
— Pourquoi n'a-t-il pas demandé de l'aide à son frère ?
— Son frère était pestiféré de toute sa famille. Je crois que cela devait l'effrayer.
— Et son frère, lui, n'a rien fait pour… l'aider ? D'une manière ou d'une autre ?
Myrtle esquissa un sourire aux nets accents de pitié.
— Que voulais-tu qu'il fasse ? Je crois qu'ils ont mutuellement essayé de se raisonner, à leur manière… Les influences des deux côtés devaient être très fortes, mais la loi du nombre l'a sans doute emporté. D'autant plus que le frère ainé enfreignait plus clairement les conduites suivies par tous ses ancêtres et membres de sa famille. Le cadet a fait son choix. N'est-ce pas la seule chose que nous pouvons vraiment faire ?
Drago sentit en lui une bile d'outrage monter, tant il était en rejet de cette idée.
Cette définition du choix semblait aller à l'encontre de tout ce qu'il vivait actuellement. Par ailleurs, que cela disait-il du frère ainé, à s'éloigner de toute sa famille, à renier ses racines, sa famille : à balayer sa vie entière pour une conviction sortie de nulle-part. Il avait fait du mal aux siens, et, il en était sûr, avait déchiré sa famille.
— Et que s'est-il passé ? Que leur est-il arrivé ?
Myrtle continuait de le dévisager d'un air bête, et Drago détestait l'expression imprimée sur ses traits ingrats. Elle le prenait en pitié, elle.
Semblant longuement hésiter, elle finit par ouvrir la bouche.
— Le garçon s'est confié à moi de nombreuses fois, jusqu'à son départ de Poudlard. Après quoi, il s'est enrôlé officiellement dans les Mangemorts. Je ne l'ai jamais revu, bien sûr, car je ne peux quitter ces lieux, et lui n'est jamais revenu à Poudlard. Ce n'est pas comme si nous avions pu nous envoyer des hiboux, et je ne suis donc pas certaine de son sort.
Drago acquiesça impatiemment, n'ayant que peu d'envie d'entendre toutes les circonvolutions.
— Je ne suis pas sûre de ce qu'il s'est produit, mais j'ai cru comprendre qu'il avait été assassiné pour trahison, quelques années plus tard.
— Pour trahison ? Souffla froidement Drago.
Elle se fichait de sa poire ?
Myrtle secoua les mains d'un air coupable, comme voulant se démettre de la gravité de ses paroles.
— Je ne suis pas sûre.
— Il aurait trahi les Mangemorts ?
Myrtle ne répondit pas.
— Et son frère ? Le reste de sa famille ?
— Sa famille, ayant déshérité et renié son premier fils, s'est éteinte sans descendant et, je crois, peu après cela. D'opprobre ou de chagrin, je n'en sais rien. Le fils ainé, lui, s'était engagé dans la résistance de la première guerre. Il a lui aussi été prouvé coupable de trahison et a passé la majorité de sa vie à Azkaban, d'où il a fini par s'échapper…
Drago sentit sa poitrine se comprimer encore davantage.
— Sirius Black ? Tu parles de Sirius Black ? Siffla-t-il, les poings blancs tant il les serrait sous le coup de la hargne.
— Oui, confirma-t-elle.
Drago était enragé. Cette rate de caniveau l'avait baladé.
— Sirius Black était le cousin de ma mère, et un traître à son sang.
Le menton de Myrtle trembla subrepticement. Il y avait quelque chose de curieux à l'idée de faire peur à un fantôme. Mais Drago était trop loin dans la colère pour pondérer la notion.
— Et pourtant, c'est lui dont tu connais le nom. Personne ne mentionne jamais Regulus. Pas même ta mère ou ta tante, j'ose l'imaginer… Et pourtant, c'était leur cousin aussi.
Drago se leva et donna un violent coup de pied dans la porte, traversant sans ménage le corps sans matière de Mimi qui se prostra en arrière. Les gonds rouillés sautèrent à moitié, mais c'est le verrou qui céda le premier, ouvrant la porte dans un grand fracas. Elle vint se rabattre mais Drago l'écarta d'un violent coup d'avant-bras, sortant de l'habitacle.
— Pourquoi me raconter cette histoire de traîtres ! S'insurgea Drago. Tu me prends pour un renégat en devenir ?! Tu penses que je vais trahir toute ma famille pour des moins que rien qui ne méritent pas leurs baguettes ?
Mais là n'était pas la question. Car Drago, même s'il portait en étendard la vertu et la pureté de ses convictions, ne complotait pas par idéologie mais pour sa propre vie, par couardise, et aussi, évidemment, pour la survie de ses parents. La dissonance lui faisait perdre encore plus pied, et il donna un coup de poing dans le miroir le plus proche, le fendillant de toutes parts sans que ce dernier ne se brise réellement. Il se regarda, droit dans les yeux, comptant par dizaines des silhouettes de lui, et jeta à son reflet la promesse qui lui brûlait les lèvres.
— Je ne suis pas un traître !
Myrtle était montée dans les hauteurs de la salle d'eau à présent, le long des voutes humides et couvertes de tâches de moisissures. Elle le regardait comme un animal sauvage dont on avait ouvert la cage après des années de captivité, et qui regagnait la liberté comme le feu embrassait l'huile.
Drago n'attendit rien de plus et quitta les lieux en trombes, furieux et tremblant.
Il lui semblait que son esprit était, à l'instar de la glace, en mille morceaux.
