Merci à toutes les personnes ayant laissé une review sur le précédent chapitre. Vous n'êtes pas beaucoup, malheureusement, mais sachez que vous m'êtes infiniment précieuses.
Ces deux dernières années sont difficiles pour nous tous-tes et j'avoue me sentir dans le noir très souvent. Vos reviews aident. Vraiment.
Je lance donc un message aux personnes qui ne reviewent pas ; laissez un petit mot, s'il-vous-plaît ? Cette fanfiction est un travail de longue haleine et j'en ai besoin. Je publie ici pour avoir des retours et votre silence m'est parfois très difficile. Souvent, c'est lui-même qui retarde mes publications... Car c'est très démotivant d'écrire "dans le vide".
Merci d'avance et bonne lecture.
[And what remains is the shadow of my past.
I look in the mirror and hate what I see.
I don't recognise my face anymore, and wonder where all of my dreams are gone.
Feeling lost and empty, I know I can't turn back time…
But I just don't want to give up, I can't give up]
Save me from myself, I can't help it, I'm breaking down.
Save me from myself, I could use your faith right now.
My skin is crawling and feel this pressure rushing from the inside out.
I am lost right now, my mind is racing inside I'm cursing…
Burning in my darkest thoughts again…
Save me from myself, I could use you faith, I'm breaking down
Depressed and hopeless – and held in despair,
Don't know how to find a way to release myself
I'm going crazy, so close to getting out.
Lies beneath, feels like it used to be.
Save Me – Lacuna Coil
Chapitre 11 – Breaking down
MARDI 8 OCTOBRE 1996 – Dortoirs Serpentards, Poudlard, Écosse
Drago regarde le plafond sans le voir.
Ses pensées, désordonnées, se précipitent en foule aux portes de son esprit, mais la brèche est close. La cité est déjà pleine, et dans ses rues, la neige a fondu et coule en torrents. Il n'y a pas de place pour de nouvelles réflexions, il est déjà à saturation. Il sent physiquement le trop-plein : ses tempes sont douloureuses, son crâne semble sous pression alors même que l'os rigide ne peut s'élargir.
Drago a l'impression que sa tête va finir par imploser.
Il est censé aller en cours, mais il ne peut même pas se lever de son lit. Il n'en a pas la force : il n'en a pas l'envie. Il veut juste rester là, s'endormir et qu'on l'oublie.
Mais évidemment son dortoir s'active et à mesure que ses camarades le quittent pour aller petit-déjeuner, Drago sent son cœur s'accélérer. Bientôt, même Blaise s'en va.
Il sait qu'il a essayé de lui parler, mais Drago n'a pu lui articuler la moindre réponse, et à force d'indifférence, Blaise se lasse et rejoint les autres.
Drago est désormais tout seul.
Le silence autour de lui, au lieu de l'apaiser, l'oppresse. Il sent ses contours ployer contre sa chair, appuyer contre ses membres, et l'enfoncer dans son matelas, comme pour aider la gravité.
Tout est bien trop.
Il ne peut gérer quoi que ce soit. C'est comme être sous l'emprise d'un sort de tétanie, doublé d'un maléfice de confusion. Il ne sait plus rien.
À un moment, il tombe dans le noir.
Sans parvenir à se formuler l'idée, il prend conscience que le néant est désormais son seul repos.
C'est le réveil magique de Théodore qui hulule dans le dortoir qui le réveille à nouveau en fin de matinée. Visiblement, ses amis lui ont laissé pour qu'il se lève. Drago le fait taire d'un geste de baguette.
Maudit engin.
Maudite existence.
Faites tout taire.
MARDI 8 OCTOBRE 1996 – Bibliothèque, Poudlard, Écosse
Hermione s'attabla rapidement, et se précipita sur sa besace.
Ron et Harry ne semblèrent pas s'en offusquer, visiblement habitués à ce qu'elle se jette sur le travail. Mais cela n'était pas l'objet immédiat d'Hermione. Non, la carte du Maraudeur dont elle avait fait doublon, avant de la métamorphoser à l'envi, était désormais dans son agenda, et ressemblait fortement à une liste de course du Chemin de Traverse.
L'Agenda Carté, comme elle se plaisait à l'appeler en son for-intérieur, était donc sur elle à tout moment de la journée depuis une semaine. Et depuis une semaine, elle s'échinait à vérifier les allers-retours de Malefoy dans la bâtisse, remarquant par ce biais qu'il était constamment accompagné par d'autres Serpentards, et que ses trajets semblaient coller à leur emploi du temps, et s'y cantonner strictement. Curieux.
Mais ce matin-là, il ne s'était pas présenté dans la Grand-Salle, ni même en Botanique, et cela était étrange. Maintenant qu'ils avaient tous une pause, Hermione pouvait vérifier là où il se trouvait. Mais avant même d'avoir ouvert son agenda, Harry avait posé la carte au milieu de leurs parchemins et livres sur la table, et chuchoté la formule d'apparition.
Elle aurait dû parier que lui aussi était intrigué. Abandonnant la recherche dans son sac, elle dirigea plutôt ses yeux sur la feuille parcheminée, voyant s'y encrer des contours et des points.
— Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Ron.
— Je veux voir où est Malefoy, répondit simplement Harry, la mine concentrée.
Ron lança un regard par-dessus la table pour voir la réaction d'Hermione, et écarquilla quelque peu les yeux quand elle aussi sembla montrer de l'intérêt pour la question. Lui-même se pencha alors sur la carte pour les aider à chercher.
— Il est dans son dortoir, souffla Hermione en posant son index sur les quartiers Serpentards, indiquant le nom de Drago Malefoy.
— Qu'est-ce qu'il y fiche ?
— Si ça se trouve, il est malade, proposa Ron.
— Ou bien, il prépare quelque chose, contra Harry.
Hermione resta silencieuse.
Soudain, il y eut du mouvement.
— Regardez !
Les points de Blaise Zabini, Théodore Nott et Pansy Parkinson se dirigeaient vers le dortoir en question. Ils étaient précédés par autre point : Severus Rogue.
Les trois Gryffondors scrutèrent les points immobiles dans le dortoir pendant de longues minutes, tous perdus dans leur idée que ce pouvait être la scène.
— Il doit être malade, c'est ça, approuva Hermione.
— C'est vrai qu'hier, il avait une sale tête. Enfin, il a toujours une sale tête, mais encore plus que d'habitude, nota Ron.
Tout à coup, les points se remirent à bouger et Severus Rogue et Drago Malefoy quittèrent les lieux. Hermione, qui était convaincue que Rogue escortait Malefoy à l'infirmerie, fut surprise de constater qu'il ne le conduisait que dans son bureau.
— Malade, tu parles. Il a probablement juste séché les cours, et Rogue va l'en excuser, maugréa Harry.
— Quoi qu'il en soit, tu as ta réponse, Harry, murmura Hermione.
Harry lui jeta un regard par-dessus ses lunettes.
— Je sais que tu en as marre que je le surveille, mais je suis sûr qu'il cache quelque chose.
— Oui, je le pense aussi, confirma-t-elle, à la grande surprise de ses deux comparses.
Était-ce venu le moment ? Pouvait-elle parler de ce qui était arrivé ?
L'instant semblait propice à la confidence. Mais Harry se redressa, l'air inquiet.
— Tu penses… ? Répéta-t-il à voix basse. Ça veut dire que toi-aussi, tu trouves son comportement suspect ! Enfin !
— Oui, je trouve qu'il se conduit étrangement, acquiesça-t-elle en détournant le regard.
Ses jambes battaient nerveusement sous la table, à présent.
Devait-elle leur dire qu'elle l'avait rencontré dans la Bibliothèque, la nuit ? Qu'elle avait volé la carte des Maraudeurs, et s'y était rendue seule ? Leur révéler ce qu'ils s'y étaient dit ?
Devait-elle leur avouer qu'elle le soupçonnait très clairement de lui avoir jeté les maléfices de confusion et de surdité qui l'avaient rendue malade ? Devait-elle leur confier qu'il lui avait rendu visite à l'infirmerie, et qu'il l'avait agressée ? Qu'elle avait copié la carte des Maraudeurs pour le suivre, elle-aussi ?
Elle avait manigancé derrière leurs dos. Et elle ne parvint pas à s'astreindre à la vérité.
— Mais nous ne savons pas pourquoi, et je pense qu'il est dangereux de nous persuader de choses dont nous n'avons pas la moindre idée. Je pense qu'il serait plus sage d'en toucher un mot au Professeur Dumbledore.
— J'ai déjà essayé, se défendit Harry. Il ne veut pas en entendre parler.
— Il doit avoir ses raisons : Rogue doit le tenir au courant.
— Si Rogue est au courant, insista Harry. Vu leur manque de chaleur depuis la rentrée, je parierais que si Malefoy prépare un mauvais coup, Rogue n'en sait pas forcément quoi que ce soit. À moins qu'ils soient complices tous les deux, ce qui se pourrait aussi…
Hermione roula des yeux. Elle en avait assez de sa méfiance vis-à-vis de Rogue, notamment car elle en avait marre de défendre un professeur pour lequel elle éprouvait si peu de sympathie.
— Il faut vraiment que tu arrêtes d'être si paranoïaque, Harry, marmonna-t-elle.
— Oui, oui, balaya Harry. Dumbledore lui fait confiance, donc nous devons aussi, bla-bla-bla…
Hermione le fusilla du regard.
— Ce n'est pas très malin, fit-elle remarquer froidement.
— Que veux-tu, nous autres sans Q.I surhumain, sommes souvent très bêtes.
Depuis qu'Harry avait reçu ce satané bouquin, et qu'il excellait par ailleurs en cours de Potions, ses relations avec Hermione se dégradaient lentement mais sûrement.
— Je n'ai jamais dit que tu étais bête, je n'aime juste pas lorsque l'on se moque de moi.
— Et moi, je n'aime pas quand on ne me prend pas au sérieux !
Ron les regardait s'échanger des balles, circonspect, puis essaya de leur signaler de se taire, mais avant qu'il n'ait pu, des pas familiers claquèrent dans le couloir central. Aussitôt, ils firent mine de travailler, mais c'était trop tard.
— Monsieur Potter, Monsieur Weasley, Miss Granger : dehors ! La Bibliothèque n'est pas un lieu d'oisiveté et de bavardages !
Ils ne prirent même pas la peine de protester et remballèrent leurs affaires pour sortir.
— J'en ai marre que tu me prennes pour ton ennemie, Harry, s'écria-t-elle une fois qu'ils eurent quitté l'enceinte de la Bibliothèque et son couloir adjacent. Et j'en ai marre que tu m'accuses de ne pas te prendre au sérieux, alors que tu es le dernier à m'offrir ce luxe ! Tu n'écoutes rien de ce que j'ai à dire au sujet du Prince–
— J'essaie de te faire part de ce que me dit mon instinct et tu ne m'écoutes jamais ! Coupa Harry.
— Ton instinct te fait suivre à la lettre des recettes de Potions manuscrites et des sorts illégaux qui peuvent causer du mal à d'autres personnes, alors tu m'excuseras ! Siffla Hermione.
Elle savait qu'elle faisait preuve d'une horrible mauvaise foi, mais son caractère buté la poussa à continuer. Elle était trop enfoncée dans son propre mensonge, et reprochait à Harry de ne pas avoir de preuves quant à la conduite suspecte de Malefoy, alors même qu'elle leur en cachait celles qu'elle connaissait. C'était le comble de l'hypocrisie.
— Arrête de changer le sujet ! On parle de Malefoy.
— « Je » change le sujet ? S'insurgea-t-elle. Tu refuses catégoriquement de remettre en question ce satané bouquin, contrecarra-t-elle avec une certaine pointe d'ironie.
— J'essaie de faire de mon mieux pour mener à bien la mission que m'a confié Dumbledore ! Explosa-t-il à voix basse dans un contraste de discrétion et de hargne.
— Il n'est pas question que de ça ! Tu aimes avoir des bonnes notes et être porté aux nues par Slughorn !
Harry se figea.
— C'est ça ton problème ? Tu ne peux pas supporter d'être en seconde place ? C'est pour ça que tu relègues tout ce que je te dis à de la « paranoïa » ?!
Hermione avait les paumes froides et le cœur battant.
Bien sûr que cela la dérangeait d'être à la seconde place. D'autant plus qu'elle l'était désormais presque partout. Malefoy avait une excellente pratique des Informulés, ce qui lui valait d'avoir pris la tête des exercices pratiques de la majorité des cours. Leur rivalité commençait même à se voir au niveau des professeurs, car elle savait qu'ils avaient souvent les mêmes notes… Or il était désormais meilleur qu'elle en Défenses Contre les Forces du Mal.
Bien sûr que cela l'atteignait.
Mais il n'y avait pas que ça. Il y avait sa propre culpabilité aussi, quant à ses mensonges incessants. Il y avait aussi le fait qu'elle n'avait plus le moindre repère, et que sacrifier celui de la loyauté de Rogue pour satisfaire les théories complotistes d'Harry lui donnait le tournis. S'ils ne pouvaient réellement faire confiance à personne, alors la guerre était déjà perdue.
Rien n'était aussi simple que ce qu'il semblait dire !
— Je… On s'est complètement éloignés du sujet ! Revira-t-elle, rouge de honte et de colère.
— À qui la faute ? Railla Harry. Mais tu fais tout le temps ça, Hermione ! Tout le temps, sans me consulter, tu prends des décisions qui me concernent à ma place, tu crois tout savoir ! Pareil avec mon Éclair de feu en troisième année. Et vas-y que je vais voir McGonagall derrière mon dos.
— J'avais raison, cette fois-là !
Harry, furibond, leva insolemment les yeux au ciel et fit mine de s'arracher les cheveux.
— Tu avais tort sur le fond ! On est censés être solidaires, s'aider ! Pas se tirer dans les pattes quand nous sommes en désaccord !
— S'il était simplement question de la mission de Dumbledore, pourquoi ne pas lui parler directement du Manuel pour savoir si oui ou non, il est dangereux ?! Le prit-elle de court.
Sur ce point, elle savait qu'elle avait raison. Il ne pourrait pas le nier. Mais Hermione n'attendit pas qu'il réponde pour rebondir.
— Toi aussi, tu crois sans cesse tout savoir ! Tu parles de ton instinct comme de certitudes ! Tu crois que ce n'est pas compliqué pour moi de contre-argumenter rationnellement quand en face tu bâtis tes idées sur des émotions et non pas sur des faits ?
— Parfois, il faut aller au-devant des faits, rétorqua Harry. Dumbledore avait senti que quelque chose n'allait pas avec Tom Jédusor. Et pourtant, regarde où nous en sommes, à force de parler au lieu d'agir !
— Ce que je veux dire, c'est que suivre ton instinct n'est pas systématiquement la marche à suivre ! Parfois, tu penses que c'est ton instinct, mais c'est aussi beaucoup ton égo ! Et les conséquences peuvent être graves !
Harry s'arrêta une nouvelle fois dans sa marche. Il lui adressa un regard profondément blessé, et aussitôt, Hermione comprit ce qu'il avait compris. Sirius.
— Je ne veux pas dire…
Mais son autre exemple, c'était qu'Harry s'échinait manifestement, et à tous les détours, à ressembler le plus possible à son père, qui avait cru dur comme fer en son instinct et en ses amis, et qui avait été mortellement trahi pour cela.
Et cet exemple, comme le précédent, était tout à fait inacceptable.
— C'est bon, l'arrêta Harry. J'ai compris.
— Harry…
— À plus tard, coupa-t-il court à la discussion.
Ron la regarda, l'air complètement dépité par toute leur discussion.
— Va avec lui, conseilla Hermione d'une voix fatiguée.
Le Gryffondor la regarda longuement avant d'acquiescer et de prendre la direction que venait de suivre Harry.
MERCREDI 9 OCTOBRE 1996 – Dortoirs Gryffondors, Poudlard, Écosse
Hermione était dans son lit, il était environ deux heures du matin et elle ne parvenait pas à fermer l'œil. Sa dispute avec Harry la rongeait, à coups de culpabilité et de honte. Elle n'était pas certaine de parvenir à expliquer comment la discussion avait dégénéré. Elle comprenait pourquoi, mais pas comment.
Après tout, elle aurait tout aussi bien pu ne rien dire, et Hermione s'était d'ailleurs fait la promesse qu'elle s'y astreindrait à partir de maintenant. Au matin, avant le cours de Potions qu'ils auraient à onze heures, elle présenterait ses excuses à Harry. Avant cela, il lui faudrait pourtant affronter une heure d'Études de Runes et une heure d'Arithmancie, à essayer de ne pas trop se torturer l'esprit dans des grands monologues intérieurs remplis de détestation d'elle-même.
Car le mal était fait.
Parfois, elle se demandait si elle était bien normale : si sa façon de percevoir le monde n'était pas dangereuse pour son entourage, et même pour sa propre psyché. Il lui semblait sans cesse être en décalage avec le reste de ses amis. Comme si ce qu'elle voyait était invisible, ce qu'elle entendait, sourd, et ce qu'elle percevait, indiscernable.
Elle ne parvenait plus à avoir des discussions simples sur des enjeux bien définis : on la faisait se sentir folle lorsqu'elle émettait des doutes, et inopportune lorsqu'elle octroyait des conseils. Par contre, elle s'improvisait muette devant la quantité, désormais astronomique, de cachotteries qu'elle accumulait, et ce à divers sujets.
Évidemment, elle se rendait bien compte que son attitude n'était pas cohérente et qu'elle aurait mieux fait de livrer l'ensemble de sa conscience à ses deux meilleurs amis, et qu'enfin, ils démêlent tout cela ensemble, mais trop de leurs égos pesaient désormais dans la balance. Elle avait honte de se confier à Ron – Ron à qui elle avait bien du mal à parler ces derniers temps, tant il se rapprochait de Lavande et se montrait désormais proactif dans le flirt qu'elle entretenait entre eux.
Harry, lui, était convaincu d'être investi une mission divine, se complaisant dans l'horrible gloire d'être le survivant, et de s'être vu confié une tâche par Dumbledore. Elle se trouvait bien incapable de l'atteindre dans la tour d'ivoire dont il avait fait son seul refuge, et où pour seule occupation il regardait la carte du Maraudeur, et lisait et relisait son satané manuel de potions.
Mais il n'y avait pas eu que ça. Dans leur conversation avait fini par perler des anxiétés et des insécurités qu'elle se savait détenir depuis des années. Les devoirs, les notes, tout ça n'avait déjà que peu d'importance en temps normal pour la plupart des personnes faisant partie de sa vie, et encore moins maintenant que la guerre était déclarée… Et pourtant, demeuraient pour elle un véritable repère.
Aussi trivial que cela l'était, elle était mortifiée de constater que pour elle, les cours comptaient énormément – trop, déplora-t-elle, beaucoup trop – et qu'elle ne vivait pas bien d'être reléguée à la seconde place.
Depuis que Rogue était devenu professeur de Défense, qu'Harry avait obtenu le livre du Prince de Sang-Mêlé, et que Malefoy montait dans les matières comme s'il venait de trouver sa voie, elle se sentait inadéquate. Ses notes, bien qu'excellentes, la rendait première de promotion certes, mais pas première de la classe. Et ce n'était rien, évidemment, dans l'immensité cosmique du monde, ou encore même dans le contexte de la guerre imminente… Mais ce n'était pas rien pour Hermione.
Car c'était là son seul et unique repère. La seule chose sûre à laquelle elle avait toujours pu se raccrocher. Cette nuit, pourtant, il lui semblait que son savoir devenait futile devant l'immensité de son ignorance.
Et n'était-ce pas hypocrite de la part d'Harry, se faisait-elle réflexion dans les ténèbres de sa mauvaise foi, de prétendre que les notes n'étaient rien alors même qu'il prenait un si flagrant plaisir à réussir chaque nouvelle potion qu'ils devaient concocter pour Slughorn ?
Était-ce hors de propos de suggérer que Malefoy et ses œillades fières et pleines de nargue, étaient là pour lui démontrer qu'il s'agissait d'un véritable champ de bataille, et non pas d'une simple fantaisie, d'un caprice de première de la classe frustrée qui ne se satisfait pas de sa propre excellence ?
Tournant sa baguette devant ses yeux, elle perdit son regard dans le vague. Avait-elle toujours été ainsi ? Aussi… pragmatique ? Aussi triviale ? Ne pouvait-elle pas voir plus loin que les notes ? Ne pouvait-elle pas considérer qu'Harry n'avait pas tort en disant que réussir en Potions était impératif pour soutirer le souvenir à Slughorn ? Ne pouvait-elle pas cesser de se préoccuper de la validation de ses professeurs, quand des situations bien plus graves émergeaient tous les jours, comme les décès de parents de ses camarades ?
Y-avait-il du vrai dans les paroles assénées par le Professeur Trelawney, trois ans auparavant ? Paroles qui l'avaient longuement minée, et qui à vrai dire, la minaient encore, même lorsqu'elle présentait aux autres le visage d'une fille que de tels propos n'auraient pas pu déstabiliser, et qui au contraire même, la flattaient.
« Excusez-moi de vous dire ça, ma chérie, mais je ne perçois pas une très grande aura autour de vous. Vous me semblez faire preuve d'une réceptivité très limitée aux résonances de l'avenir… Je dois même vous avouer que je ne me souviens pas d'avoir jamais connu un élève aussi désespérément terre à terre. »
Depuis sa première rentrée à Poudlard, elle avait toujours tout fait pour démontrer son intelligence et sa culture. Elle avait donné, avec plaisir mais aussi contrainte, des heures et des heures de son quotidien à l'étude et à la lecture. Elle s'était exercée à la magie, parfois à outrance, avait mis en place des systèmes d'entraînement, de révision, de notes, d'organisation de fiches récapitulatives, et somme toute, avait donné de sa personne à chaque instant de sa scolarité pour s'assurer d'être quelqu'un de scolairement talentueux, d'être summa cum laude de sa promotion à Poudlard, et de prouver à quiconque avait besoin de l'entendre, qu'une sorcière Née-Moldue n'était pas moindre magicienne qu'un ou une sorcière de sang pur.
Au-delà de prouver quoi que ce soit à quiconque, le plaisir tout personnel qu'elle éprouvait lorsqu'elle recevait une excellente note, la reconnaissance de ses pairs et celle de ses professeurs – même si elle était aussi très souvent moquée pour son comportement d'intello – n'avait dans son monde pas d'égal.
Et puis, enfin… Qu'avait-elle de plus ici ?
Les visages de Ron, Harry et Ginny s'imprimèrent derrière ses paupières, puis celui d'Hannah et Neville… Et enfin celui de Susan. Elle avait des amis, mais cela ne suffisait pas pour exister. Son intelligence et son talent étaient ses forces, ce qu'elle amenait à l'ensemble.
Quelque part, sentir qu'elle faillissait – à sa propre échelle – à tenir ses attentes, la faisait se sentir simplement… inutile.
Sentiment qui s'abattait un peu trop sur elle ces derniers temps, notamment depuis qu'elle s'était rendue compte que malgré tout son travail, elle n'était de toute façon rien si elle se retrouvait sans sa baguette. Elle avait Malefoy à remercier pour cela.
Il était parfois agréable de se convaincre qu'elle pouvait tout de même aider, par la force de ses mains, à changer les choses, mais cette idée ne durait jamais. Au-dehors, les personnes disparaissaient, étaient retrouvées assassinées des pires façons dans leurs propres demeures, ou même dans des cachettes.
Elle ne serait pas épargnée.
Malefoy faisait même allusion au fait qu'il savait où était ses parents. Et bien qu'Hermione sache que l'Ordre avait mis en place des protections sur la demeure de ses parents, n'avait-ce pas été le cas pour Amelia Bones ? N'avait-ce pas été le cas pour la mère d'Hannah Abbott ?
Personne n'était à l'abri. Et les affiliés Mangemorts savaient peut-être où se trouvaient ses parents.
Ou pas.
Elle aurait pu demander à Malefoy ce qu'il en était de sa menace. Mais s'enquérir directement de sa connaissance était risqué. Par pur plaisir de manipulation, il était possible que Drago, par l'entremise de sa question, ne se voie confirmer quelque chose dont il n'était pas pour l'instant sûr, et qu'elle trahisse sa famille par erreur.
De plus, demander quelque chose à Malefoy signifiait se mettre délibérément en position de faiblesse, ce qui était loin d'être désirable vu la satisfaction qu'il tirait à la malmener à tout bout de champ.
N'avait-elle personne à qui en parler ? Peut-être aurait-elle dû se confier à McGonagall pour calmer ses inquiétudes. Car que se passerait-il si ses parents venaient, à leur tour, à périr aux mains des Mangemorts ? Qu'adviendrait-il d'elle ? Elle se retrouverait alors orpheline.
Comme Harry.
Une fois de plus, la culpabilité l'assaillit. Elle n'avait pas voulu le blesser. La conversation qu'ils avaient eue plus tôt n'avait eu pour seul mérite que de tourner aigre, au faux prétexte de parler franchement.
Soupirant une fois de plus, Hermione se tourna à nouveau dans son lit et, incapable de cesser de se morfondre, se laissa complètement aller à ses noires idées.
VENDREDI 11 OCTOBRE 1996 – Aube, Infirmerie, Poudlard, Écosse
Rien à faire. La panique l'étranglait.
Rogue était encore passé ce matin, car Drago ne se sentait pas de quitter son lit. Les yeux perdus dans le vague, il ne voyait rien de ce qui se présentait devant lui, et Madame Pomfresh avait préconisé de l'interner dans la salle de soin, le temps que son mal inconnu ne passe.
Il ne s'agissait pas de la première fois que Drago se trouvait à l'infirmerie. Ayant feint de nombreuses fois la maladie pour sécher les cours, et ayant eu son lot de maléfices jetés à la figure, il connaissait plutôt bien la pièce, et l'infirmière elle-même.
Il l'avait entendue discuter avec Rogue à voix basse, lui intimant que si son état ne s'arrangeait pas bientôt, elle le ferait transférer à Sainte-Mangouste, ce qui n'avait fait que l'acculer bien plus profondément dans le noir de sa tête.
Sa mère avait été mise au courant et lui rendrait visite ce samedi, exceptionnellement. Il n'avait pas envie de la voir.
Son visage inquiet, éploré, creusé par l'angoisse de savoir son époux emprisonné et son fils souffrant, serait simplement le rappel de son manquement à sa mission.
Drago sentait son sternum le brûler. Le manque ne pardonnait pas. Rogue n'avait pas menti. Pourtant, la sensation de brûlure, bien que douloureuse, n'avait parfois rien à voir avec le reste. Elle était là, tout le temps, vibrant contre sa poitrine comme une abeille en colère.
Quand il eut la force d'y apposer sa main, il se souvint de la présence de la Lunule de Rogue, dont il avait à vrai dire complètement oublié l'existence jusqu'à présent. Cette dernière, pile sur l'emplacement de son sternum, était brûlante. Était-ce le bijou, qui depuis sa première prise d'Obduro à sa dernière en date, avait fait brûler son métal en signe prémonitoire et avertisseur d'une suite funeste ?
L'esprit confus, Drago était bien incapable de se remémorer ce que Rogue avait dit du pendentif, et d'ailleurs n'en avait ni l'énergie, ni l'envie. Il serra son poing autour, comme pour empêcher le collier de le brûler, mais en ce geste, ne trouva pas un apaisement de la brûlure, simplement une sensation de légèreté nouvelle. Des petites piques de thé, parfumées, d'odeur de poussière et de calme. D'inscriptions amenant une tranquillité pleine de sagesse : quelque chose d'ancien qu'il ne s'était jamais connu.
Se raccrochant à la lunule, comme à une corde le ferait un accidenté dans un ravin, il parvint à fermer les yeux et à s'invoquer dans son corps, à se rappeler à lui. Des murmures cryptiques dans les oreilles, et la bouche sèche, Drago sembla respirer à nouveau. Cela lui avait couté cher en forces, mais ses membres semblaient moins engourdis, et sa tête plus légère.
Il s'endormit.
VENDREDI 11 OCTOBRE 1996 – Soir, Dortoirs Gryffondors
Hermione avait présenté ses excuses à Harry, qui, maussadement, les avait acceptés. Elle n'y avait pas cru et Ron non plus, à voir son expression troublée. N'ayant pas choisi de camp, il essayait pourtant de les distraire, et de lancer des conversations. Ses efforts n'avaient pas porté leurs fruits, et bientôt rendu las et bougon, il avait préféré la compagnie plus agréable de Lavande et de Parvati, auxquelles il avait fait la conversation pendant le dîner, laissant ses deux amis dans un silence sans joie.
Lorsqu'elle était montée se coucher, avant même que quiconque n'ait amorcé de geste vers ses dortoirs, Hermione se surprit à verser quelques larmes. De frustration, de morosité, elle n'était pas sûre. Ses parents lui manquaient beaucoup, présentement, mais elle n'avait aucun moyen de les contacter, et ce n'était de toute façon pas souhaitable.
Séchant ses sanglots, et débarbouillant du mieux qu'elle le put son visage de tout chagrin, se conférant une moue ni hostile, ni amène, elle quitta son dortoir et la salle commune, dans l'indifférence générale, traversant les couloirs pour se rendre au bureau de McGonagall.
Elle y frappa doucement, et quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit.
— Bonsoir, Miss Granger, l'accueillit la professeure d'une voix quelque peu surprise. Un problème ?
Hermione sentit stupidement les larmes lui revenir et ne préféra pas répondre, de peur d'étrangler sa voix dans un sanglot audible. Elle hocha simplement la tête, et la professeure lui ouvrit la porte afin de lui permettre d'entrer.
— Asseyez-vous, je vais vous servir une tasse de thé, déclara-t-elle d'une voix ferme.
La jeune sorcière s'exécuta, et s'échina à respirer lentement pour ravaler toute larme. Vu la pile de rouleaux de parchemin posée sur le bureau, McGonagall devait être en pleine correction de devoirs. Hermione s'en voulut de la déranger et hésita à se congédier, mais elle n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche qu'une tasse fumante et à l'odeur rassurante fut posée devant elle. Le bruit de soucoupe, contrôlé, l'amena à la conclusion que la professeure savait très bien qu'elle se trouvait dans un état émotionnel chancelant, et qu'elle faisait preuve du plus de douceur possible pour l'engager à s'exprimer.
— Buvez, conseilla-t-elle. Et prenez un biscuit, ils sont au gingembre.
Comme ceux de Susan, se fit réflexion Hermione.
Incapable de résister à l'ordre d'un professeur, la jeune sorcière vint qu'enquérir de la tasse et la porta à ses lèvres. La gorgée de boisson chaude la ramena au bureau plutôt chaleureux et confortable du professeur, où les motifs écossais prédominaient.
— Que se passe-t-il ? Le jeune Malefoy vous cause-t-il encore du tracas ? Demanda-t-elle posément.
Il y avait de ça. Mais Hermione ne se sentait pas capable d'attaquer la conversation par ce sujet.
— Harry et moi nous sommes disputés, confia-t-elle d'une voix éteinte.
— Pour quelle raison ?
Mais Hermione ne pouvait pas la lui révéler, ou cela aurait été trahir Harry et être ce qu'il l'accusait d'être : une personne intrusive et envahissante, sans égards pour les émotions et les sentiments des autres, et qui se plaisait à manigancer dans leur dos pour contrer des décisions qui ne les regardaient qu'eux.
Somme toute, ce qu'elle avait toujours été. Ce qu'elle était présentement.
— Nous sommes très tendus, en ce moment, éluda Hermione. Vous n'êtes pas sans savoir qu'Harry a de fréquentes entrevues avec le professeur Dumbledore.
McGonagall hocha simplement la tête, sans agréer verbalement, signe qu'elle était au courant, mais qu'elle ne connaissait pas les détails, et surtout, ne souhaitait pas les discuter.
— Nous avons fort à faire, entre les devoirs et…
— … et les rumeurs, acheva la professeure. Les nouvelles alliances, et les vieux ennemis.
Hermione acquiesça et reprit une gorgée de thé. Elle se sentait déjà un peu mieux.
— Le projet de relancer l'A.D. est aussi sur le tapis, murmura-t-elle, mais Harry résiste, et je sais que c'est parce qu'il a été très heurté par la disparition de Sirius.
— Sans nul doute, approuva McGonagall. Sa perte nous a tous beaucoup affectés, particulièrement Remus, mais il s'agissait de l'unique parent en vie de Potter, et je comprends qu'il se sente… très seul.
Une fois de plus, Hermione opina du chef, les mains serrées sur sa tasse.
— Harry... Commença-t-elle avec hésitation, me semble… très troublé, en ce moment. Il a l'air fatigué, à la fois moralement et physiquement. Je pense qu'il aurait besoin de quelqu'un à qui parler, mais à ce que j'ai cru comprendre, le professeur Dumbledore refuse d'aborder certains sujets.
— Il est connu pour être un grand gardien de secrets, concéda McGonagall avec un ton de regret. Je suis sûre que c'est pour le mieux, cependant, et nous devons faire confiance à son jugement.
Hermione se mordit la lèvre.
— J'ai bien peur que son jugement ne suffise pas pour convaincre Harry, finit-elle par dire. Et j'avoue que je le comprends. Le professeur Rogue est… très antipathique, pardonnez-moi ma franchise, et il ne fait rien pour apaiser le ressentiment d'Harry à son encontre.
— Oui, agréa McGonagall. Et Potter le tient pour responsable de la disparition de son parrain – Lupin, Molly et Arthur s'en sont également rendus compte.
— Il se tient lui-même responsable, Professeure.
McGonagall soupira et remit ses lunettes en place.
— Oui, je sais, dit-elle simplement, le ton désolé. Mais… Il est délicat pour moi, vous comprenez, d'entrer dans de telles conversations avec Monsieur Potter. Je ne suis pas sa tutrice. Le professeur Dumbledore me paraît être plus indiqué.
— Mais je pense qu'en ce moment, il a besoin qu'un maximum de personnes s'attèlent à lui répéter, insista Hermione. Il n'est pas responsable. Il a besoin de le savoir : d'en être convaincu.
— Pourquoi ? S'enquit soudain McGonagall.
Hermione fut prise de cours.
— Comment ça, pourquoi ?
— Pardonnez-moi, Miss Granger, mais… Il semblerait que ceci est la première étape d'un processus que vous n'avez pour l'instant pas évoqué.
— Un processus de guérison, oui, approuva Hermione, les yeux un peu écarquillés. Un processus de deuil.
— Pourquoi tenez-vous à ce point à ce qu'il soit convaincu qu'il ne tient aucune part de responsabilité dans la mort de Sirius ?
La question sembla à Hermione hors-de-propos et même quelque peu odieuse.
— Mais, pour qu'il aille mieux !
— … Il n'y a pas que ça, insista McGonagall.
— C'est l'un de mes meilleurs amis, bredouilla simplement Hermione.
La jeune Gryffondor reposa sa tasse, secouée.
— Vous voulez le convaincre que son instinct n'est plus à prouver ? S'enquit la professeure.
— Non, contredit Hermione. Au contraire, je souhaiterais qu'il fasse davantage appel à sa raison.
McGonagall s'empara de sa propre tasse et but, le regard perdu sur la pile de parchemins, l'air à la fois en doute, et convaincue.
— Que mijote-t-il, Miss Granger ? Finit-elle par demander en reportant ses yeux sur elle. Ses notes en Potions sont excellentes, et sans omettre les excellentes facultés d'enseignement du professeur Slughorn, ainsi que les partis pris du professeur Rogue, je connais Potter. Je sais qu'il se passe quelque chose. Le professeur Dumbledore lui-même m'en a touché un mot.
Hermione soupira.
— Il travaille d'arrache-pied pour plaire au professeur Slughorn. C'est lié aux entretiens qu'il a avec le professeur Dumbledore, je n'en sais pas plus, et je ne pense pas qu'il soit approprié d'en parler davantage, car je crois que le professeur Dumbledore ne le souhaite pas.
— Soyez tranquille, Miss Granger, je ne vous demande pas de révéler plus que vous n'en devriez. Mais une telle répétition de succès est pour le moins surprenante… Douta McGonagall.
— Je ne me l'explique pas non plus, mentit Hermione.
Voilà. Elle l'avait fait. Elle avait menti, pour Harry, au professeur McGonagall.
— J'aurais pensé que vous échangiez avec lui vos résultats, Miss Granger. C'est à vrai dire ce le professeur Dumbledore a également supposé lorsque je lui ai soulevé l'étrangeté des Optimal de Potter en Potions. J'ai cru comprendre que fermer les yeux là-dessus était important. Je pensais même que cela était la raison même de votre tracas, et de votre apparente fatigue. Il apparaît clair, désormais, que vous êtes inquiète pour une autre raison.
Hermione rosît légèrement sous le coup de l'embarras. Si les professeurs – sauf Slughorn, qui était nouveau de cette année – étaient convaincus que Harry tirait ses excellences tout droit du chapeau d'Hermione, il était très ironique qu'elle lui ait si véhément reproché de réussir. Mais elle n'aimait pas cette gloire détournée, et se sentait d'autant plus coupable d'avoir éprouvé de la jalousie quant aux félicitations que recevait Harry.
Bon sang, quelle situation.
— Je suis davantage inquiète au sujet des Mangemorts, révéla Hermione. La tante de Susan Bones, puis la mère d'Hannah Abbott…
— Vous craignez pour la vie de vos parents, déduisit McGonagall, l'expression sincèrement navrée.
Les larmes revinrent aussitôt dans les yeux d'Hermione, comme un automatisme. Elle porta aussitôt sa tasse de thé maintenant tiède et presque vide à sa bouche, mais n'y trouva plus le même confort. McGonagall fit un doux geste de baguette et la tasse s'emplit à nouveau d'un thé parfumé et fumant.
— Évidemment, je ne peux vous dire quelles sont les mesures prises par nos alliés au Ministère…
Ou ce qu'il en restait…
— …ni par les membres de l'Ordre, pour les dispositions de sécurité à l'égard de votre famille. Mais je sais que les rouages sont complexes, et sûrs.
— Ne l'étaient-ils pas également pour une figure de proue du Ministère telle que l'était Amélia Bones ?
McGonagall fronça le nez, incapable de camoufler sa contrariété.
— Si. Supposément, concéda-t-elle.
— J'ai peur, professeure, confia Hermione de but en blanc. J'ai peur qu'ils ne connaissent leurs logis ou soient familiers avec leurs habitudes. Ma proximité avec Harry…
Elle s'arrêta. Elle ne voulait pas dire ce qu'elle allait dire, car cela pouvait être mal compris, mal perçu.
— … vous place plus en danger qu'un autre, je sais, finit McGonagall.
Cette vérité, ignoble, la fit se sentir encore plus coupable.
Elle ne voulait pas bénéficier de plus de sécurité que les civils sorciers : cela n'aurait pas dû fonctionner comme ça. Et pourtant, elle parvenait sans peine à s'admettre qu'elle aurait préféré ne pas reconnaître le nom d'un disparu inconnu, plutôt que de se faire appeler dans le bureau de Dumbledore comme Hannah l'avait été quelques semaines auparavant.
Le fait qu'elle soit si proche d'Harry, qu'elle soit son amie, l'exposait, elle, au danger – mais elle était tout à fait claire avec elle-même sur le fait que cela ne l'empêcherait jamais de se dresser entre lui et un Impardonnable.
Se sacrifier, elle le pouvait, car elle avait le choix. C'était sa vie.
Mais ses parents, eux, n'avaient jamais rien demandé, et se retrouveraient victimes collatérales de tout un système qui s'effondrait au détriment de leur liberté de vivre, et d'exister. Elle était, aux yeux des Mangemorts et des partisans de Voldemort, une véritable erreur de la nature. Et qui l'avait engendrée ? Ses moldus de parents, comme les avaient souvent appelés Malefoy, en simple guise d'insulte.
— Je ne vais pas vous mentir, évidemment car vous y verriez clair comme de l'eau de roche, mais d'abord et surtout car je n'ai aucune affection pour les fausses assurances… Vous êtes en danger, et votre famille aussi. À vrai dire, tous les membres de l'Ordre sont susceptibles de tomber, et vos parents, en tant que filiation directe, sont tout autant en danger que les combattants en première ligne.
— Malefoy a laissé entendre qu'il savait où ils habitaient.
McGonagall prit un air réprobateur.
— Malefoy est un enfant. Il n'est pas dans la confidence des plans Mangemorts.
— Ce n'est pas un enfant, contredit Hermione. Il me menace et ses mots n'ont rien d'infantile.
— Que voulez-vous dire ?
Mais Hermione se tût, car elle ne se sentait pas en mesure de faire état des sévices qu'il lui avait déjà fait endurer – et verbalement, et physiquement.
— Il est possible qu'il feigne de savoir, suggéra McGonagall.
— Ce n'est pas de la feinte s'il connaît leur adresse ! S'écria soudain Hermione, chez qui des jours et des jours de répression paranoïaque s'exposaient enfin au grand jour.
— Il est possible, soupira McGonagall, qu'ils connaissent effectivement leur lieu de vie. Mais cela ne les aiderait pas nécessairement dans leur tâche.
— Cela ne la complique pas pour autant, au contraire.
— Détrompez-vous, Miss Granger, des sortilèges de défense de très grand pouvoir sont mis en place sur la base même de la connaissance par l'adversaire des lieux à protéger.
Hermione baissa la tête. Elle ne savait que répondre à cela.
McGonagall la regarda fixement par-dessus sa tasse de thé à moitié vide.
— Vous savez que Monsieur Malefoy est souffrant, Miss Granger ?
— Je sais qu'il se fait porter malade, nuança Hermione. Ce ne serait pas la première fois.
— Il est véritablement mal en point, attesta McGonagall. Cela n'a rien d'une facétie de sa part.
Hermione sentit son cœur battre plus vite à cette révélation.
Elle avait remarqué son visage blême, ses saignements de nez, son regard vitreux. Se pouvait-il qu'il soit véritablement malade ? Peu de maladies pouvaient aliter un sorcier bien longtemps, encore moins lorsque placé entre les mains de Madame Pomfresh. À moins bien sûr qu'il ne s'agisse là d'une maladie magique.
— Pourquoi me dîtes-vous ça ?
— Je pense que vous le voyez sous un autre jour que celui qu'il veut bien montrer aux professeurs, et je vous serais gréée de continuer ce que vous avez entrepris.
— À savoir ?
— L'observer et noter ses réactions.
— Est-ce un ordre de Dumbledore ?
— Non, confia la professeure, l'air troublée. Mais je l'informerai évidemment de tout. Il a été averti de ses incartades depuis le début de l'année, il ne sera certainement pas étonné d'en apprendre d'autres. Mais j'apprécierais que vous ne révéliez pas mon encouragement à cette conduite.
Elle plongea son regard dans sa tasse de thé.
— Je fais pleinement confiance au professeur Dumbledore, mais le comportement de Drago Malefoy me préoccupe beaucoup. Ses notes ont drastiquement augmenté, et si cela n'est en soit pas un mal, c'est également très révélateur.
— Révélateur de quoi ? Murmura Hermione, comme effrayée par ce qu'elle entendait : des paroles qui la confortaient dans ses inquiétudes depuis la rentrée.
— D'un changement. Rien de bonne augure, j'en suis certaine. Il serait fâcheux qu'il profite de la source de connaissance et de savoir qu'est Poudlard, pour asseoir des compétences qui lui serviraient ensuite à s'engager bien plus aisément sur une voie indésirable.
— Celle des Mangemorts ? Clarifia Hermione.
McGonagall hocha la tête sèchement.
— Trois de ses comparses m'ont également l'air de suivre ce chemin, même si deux d'entre eux sont des brutes épaisses au crâne hermétique à toute forme d'épiphanie salutaire. Le jeune Théodore Nott me préoccupe aussi. Ses notes, à lui, ont baissé. Son père est emprisonné, bien sûr, ce qui n'est pas un fait sain pour un jeune-homme de son âge, mais cela n'a pas l'être d'être que cela.
— Alors, quoi, vous souhaitez que je le surveille ?
— Non, tempéra McGonagall en secouant la tête dans une moue de contradiction. Je ne veux pas que vous le suiviez, je veux que vous continuiez, dans la mesure de votre possible, à me rapporter des faits qui pourraient nous alerter sur ses actuelles préoccupations. Je compte sur vous pour garder ça pour vous, mais…
Un secret de plus.
— … Drago Malefoy est pour l'instant interné à l'infirmerie et se trouve dans un état d'épuisement très alarmant. Nous ne savons pas à quoi cela est dû, mais il semblerait qu'il soit drainé de sa magie, et de toute force physique. Comme s'il avait été exposé à des réfracteurs extérieurs de magie, ou… à une sorte de poison.
— Vous pensez que quelqu'un a cherché à attenter à sa vie ?
— C'est possible, acquiesça McGonagall. Et si c'est le cas, nous nous devons de trouver qui, car nul élève ne devrait souffrir d'atteintes dans l'enceinte de Poudlard. Il en va de même pour tous, y compris les enfants de personnes peu recommandables.
— Beaucoup de personnes seraient tout à fait susceptibles de vouloir lui faire du mal.
— Tout à fait. Mais tout le monde n'en a pas les moyens. Par ailleurs, rien ne nous prouve qu'il ne s'agit pas de la même personne que celle qui vous a jeté un maléfice à vous aussi.
C'est ce à quoi songea Hermione tout en progressant lentement dans les couloirs qu'elle avait à veiller.
Après quelques mots de plus, McGonagall l'avait congédiée car il commençait à se faire tard, et elle ne souhaitait pas que cela affecte la ronde d'Hermione.
Et si elle s'était trompée ? Et s'il ne s'agissait pas de Malefoy qui lui avait jeté un sort ? Et s'il s'agissait d'une autre personne, qui aurait pu leur en vouloir à tous les deux ? Pour quelle raison pourrait-on en vouloir à Malefoy et à elle en même temps ?
S'en prendre à elle, c'était tout bonnement s'en prendre aux amis d'Harry Potter, à une née-moldue, à une partisane de l'Ordre du Phénix… Mais Malefoy était l'antithèse de tout cela.
À moins qu'il ne s'agisse d'un sympathisant à la cause de Voldemort, qui détestait donc les Nés-moldus, mais qui s'attachait également à venger sa cause de l'échec de Lucius Malefoy au Ministère, en s'en prenant à son fils ?
Peut-être Drago avait-il été incité à revenir à Poudlard par Narcissa, de sorte à le protéger ? Peut-être sa mère était-elle captive ?
Peut-être que ses grandes améliorations en sortilèges et maléfices étaient suite à des entraînements de défense afin que le fils Malefoy puisse sauver sa peau en cas d'attaque ?
Qu'en savait-elle après tout ?
Tout était possible.
Mais les choix étaient alors limités : Crabbe, Goyle ? Nott ? Parkinson ? Nul autre Mangemort, et ayant fait partie de la mission du Ministère, n'avait de progéniture à Poudlard pouvant exercer revanche sur Malefoy.
Au bout d'un certain temps, elle se rendit compte qu'elle s'était non seulement complètement éloignée de son trajet de ronde habituel, mais qu'elle se trouvait en plus dans le couloir adjacent à l'infirmerie. La grande horloge faisant face à la porte indiquait onze heures passées, et machinalement, Hermione conduisit son poignet devant ses yeux pour vérifier à sa montre qu'elle ne rêvait pas.
Elle était censée être dans son lit et non pas à traîner dans les corridors à une heure pareille. Si elle se faisait prendre, elle allait écoper d'une sacrée quantité de retenues, sans compter d'un considérable retrait de points à Gryffondor. Pourtant, malgré tout, elle ne put s'empêcher de s'approcher de la porte de l'infirmerie, et, stupidement, colla son oreille contre la porte.
Rien. Aucun bruit.
Prise d'un vertige d'adrénaline, Hermione fut envahie par une idée à laquelle elle ne prit le temps de réfléchir.
— Silencio, prononça-t-elle à voix très basse, l'embout de la baguette contre la porte de l'infirmerie.
Elle ouvrit la porte sans faire le moindre bruit et pénétra dans la pièce sombre. Seuls les rayons lunaires, quelque peu masqués par des nuages, éclairaient faiblement l'endroit. Hermione avança à pas prudents, la baguette en joue, et finalement, au bout de quelques instants, le cœur battant furieusement dans la poitrine, aperçut la couche de Drago Malefoy.
Il lui faisait dos, dormant sur le côté, dans une sorte de posture en chien de fusil.
Contournant doucement son lit, elle fit quelques pas pour lui faire face. Son bras gauche était enfoui sous son oreiller, sa tête posée dessus. Son bras droit, lui, était replié contre lui et s'engouffrait dans le col de sa tenue de malade, le poing fermé sur une chaine. Un bijou.
Il avait l'air aussi inoffensif qu'un animal endormi dans un terrier, et Hermione eut beau fouiller les alentours, elle ne trouva trace de sa baguette nulle-part. Quelque peu rassérénée, mais pourtant pas à l'aise, elle s'avança davantage. Il y avait une chaise juste en face de lui, et elle s'y assit sans bruit, le cœur battant à tout rompre, la baguette coincée fermement dans sa main.
Au début, elle se demanda presque s'il respirait tant son souffle était lent. Il devait être plongé dans un profond sommeil. Les quelques fioles étiquetées sur la table de nuit indiquaient des potions somnifères, de sommeil sans rêve et de stase réparatrice, ce qui permit à Hermione de se relaxer encore davantage. Il n'allait pas se réveiller : il devait être assommé.
McGonagall avait dit qu'il se trouvait dans un grand état de fatigue. Elle ne risquait pas de se faire surprendre par lui, mais davantage par Madame Pomfresh, Rusard, ou même Rogue, dont elle était presque étonnée de ne pas avoir fait la malencontreuse rencontre.
Ses cheveux platine, qui avaient poussés, lui retombaient bêtement sur le visage, et il avait l'air aussi fragile qu'un gosse, sans son habituelle expression mauvaise lui déformant les traits.
Elle constata, à force d'observation et malgré la pénombre, les symptômes physiques de son mal sur son visage. Dans le creux de ses yeux, où couchaient des paupières aux cils presque transparents, la peau était injectée de sang. On y voyait les veines courir, commencer à une extrémité pour se finir à l'autre dans des traces de foudre. La chair y était plus rouge, tout comme à ses cernes où se fonçait la teinte d'un mauve prononcé. Ses lèvres, à l'inverse, étaient exsangues, et il semblait que son teint était plus livide encore qu'à l'ordinaire – ce qui n'était pas peu dire, car Malefoy avait toujours été très pâle.
Il n'avait pas l'air d'avoir de la fièvre, mais Hermione n'avait pas envie de s'en assurer. Elle ne savait déjà pas pourquoi elle était là. Peut-être pour voir de ses propres yeux si McGonagall avait dit vrai.
Troublant spectacle que celui de son ennemi endormi.
Quelque chose remuait désagréablement dans son ventre.
Pourquoi était-il là ? Avait-il vraiment été empoisonné ? Était-il surveillé par quelqu'un ?
Soudain, il bougea quelque peu et le cœur d'Hermione manqua de lâcher.
Elle savait très bien qu'elle n'avait pas fait le moindre bruit. Il semblait cependant perturbé par quelque chose. Ses sourcils se froncèrent, ses yeux papillonnèrent, et quelques instants plus tard, il les posait sur elle.
Il n'avait pas l'air de la voir véritablement toutefois, car il n'eut aucun geste de sursaut ou de recul. Son regard demeura vide.
Ils se regardèrent très longuement comme ça, Hermione tétanisée et incapable de faire un mouvement, de peur que cela ne le sorte de sa torpeur.
— Granger.
Il avait murmuré ça, tout bas, la voix rauque et éraillée par le sommeil. Presque inaudible. Elle avait lu sur ses lèvres.
— Aide-moi.
Soufflée, Hermione retint presque sa respiration.
— Ils vont tous mourir, chuchota-t-il.
Il semblait en transe, presque hypnotisé, les paupières lourdes et le regard tombant. Il ne cillait pas.
— Qui ? Souffla-t-elle aussi doucement que possible, fébrile.
— Nous tous, répondit machinalement Malefoy. Ils vont rentrer dans Poudlard.
— Qui ? Pressa-t-elle à nouveau.
— Eux, lâcha-t-il d'une voix exténuée, exaspérée.
Trépignant presque de frustration, Hermione se pencha davantage vers lui.
— Qui, Malefoy ?
Mais Malefoy chuchota quelque chose d'incompréhensible, ce qui ne fit qu'encenser le désespoir d'Hermione qui commençait à suspecter que ses propos ne relevaient pas du cauchemar, mais bien d'une révélation importante.
— Qui va rentrer dans Poudlard ?
— J'ai tout essayé, mais je rate tout… et je ne peux plus vivre sans, confia-t-il en fermant les yeux.
— Sans quoi ?
— Sans la glace. Sans elle.
Il délirait. Délirait-il depuis le début ?
Quoi qu'il en était, il semblait craindre quelque chose.
— Quelqu'un t'a-t-il empoisonné ? Demanda-t-elle sans prendre de pincettes.
— Je n'arrive pas à en trouver, avoua-t-il d'un ton dépité.
— Trouver quoi ?
— Un poison, geignit-il. J'ai cherché.
Quelqu'un l'empoisonnait, et il cherchait à savoir comment ?
Elle ne comprenait rien, et tout devenait de plus en plus confus.
— Pourquoi ne pas demander au professeur Rogue ?
— Il ne doit pas savoir, persiffla Malefoy, les yeux à demi-clos, les sourcils froncés.
— Pourquoi ? S'insurgea-t-elle à moitié.
Pourquoi protéger quelqu'un qui cherchait à le tuer ? Si poison il y avait, Rogue le trouverait aussitôt. Pourquoi Malefoy semblait-il si suspicieux de son professeur favori ? Se doutait-il que Rogue était un agent double au service de Dumbledore ?
— Pas confiance, maugréa Malefoy en refermant les paupières.
Inquiétant.
Existait-il des doutes au sein des Mangemorts quant à la loyauté de Rogue ?
— Va-t'en, ordonna-t-il soudain. Tu m'empêches de dormir, marmonna-t-il de mauvaise grâce.
Il se retourna dans son lit.
— Tout le temps, ponctua-t-il, la voix teintée d'un reproche et d'une lassitude palpables.
Ce furent les derniers mots qu'il prononça.
Hermione eut beau murmurer son nom encore et encore, il ne s'éveilla plus. Elle finit par quitter discrètement l'infirmerie et rejoindre son dortoir, absolument coïte devant leur échange.
