Merci à sur 2 fan absol, ludivinelemalefant, Bonjour, Zeller, Peski, Drasha et hachik0s pour leurs reviews.

sur 2 fan absolu ravie de faire ta connaissance et merci beaucoup pour ta review. Je suis enchantée d'avoir pu te communiquer des émotions avec ce que j'ai écrit, et j'espère que la suite te plaira tout autant !

ludivinelemalefant merci beaucoup pour ta review très chaleureuse, j'espère que la suite va te plaire :)

Bonjour ça m'arrange que tu n'aies pas lu la première version, car elle est vraiment pas terrible (c'est normal, on s'améliore avec le temps). Merci beaucoup d'avoir pris le temps de laisser une review en tout cas et merci aussi pour tes compliments :)

Zeller merci beaucoup pour ta review très gentille, j'espère que la suite te plaira !

Peski merci beaucoup pour ton "petit mot" ! Il m'est allé droit au cœur !

Drasha merci beaucoup pour ton commentaire. Oui, tout à fait j'ai changé le nom de l'histoire car l'occurrence Obduro est trop fréquente, or je surveille mes mots clés quand je publie (oui, je suis ce genre d'autrice LOL). Concernant le fait que c'est une réécriture de Thriving Bones, c'est parce que l'Arc 2 de cette histoire sera exactement le contexte de Thriving Bones et ce qui était initialement des petits flash-backs de Poudlard est devenu un Arc 1 car je souhaitais construire une relation entre Drago et Hermione avant que la guerre n'éclate au grand jour. Donc c'est tout à fait naturel si tu n'y voies pour l'instant aucune similitude...
Concernant Nina/Laetitia d'Univers Alternatif - j'ai pris l'habitude de l'appeler Nina depuis fort longtemps (c'est l'un de ses anciens pseudos) - et après vérification auprès d'elle, cela ne la dérangeait pas. Donc j'ai continué de l'appeler ainsi !
Merci encore pour ton message en tout cas ! J'espère que la suite te plaira autant que le début !

hachik0s merci beaucoup pour tes deux reviews ! elles me vont droit au cœur !


This is me for forever, one of the lost ones.
The one without a name, without an honest heart as compass.
This is me for forever, one without a name.
These lines the last endeavour to find the missing lifeline.

Oh, how I wish for soothing rain.
All I wish is to dream again.
My loving heart, lost in the dark,
For hope, I'd give my everything.

Nemo – Nightwish


Chapitre 12 – Lost in the dark

SAMEDI 12 OCTOBRE 1996 – Début d'après-midi, Infirmerie

La frêle figure encapée de Narcissa glissa le long des pierres froides de l'entrée de Poudlard. Rogue était venue la chercher à l'entrée : elle était entourée de deux Aurors, dont l'air peu amène révélait la mission : surveiller que la femme d'un Mangemort ne pénétrait pas dans Poudlard pour y amener quelque mal.

Dumbledore, en bas des grands escaliers de marbre et accompagné de sa directrice adjointe, la regardèrent pénétrer les lieux, l'un le regard aimable et la seconde avec une expression de retrait.

— Bienvenue, Mrs. Malefoy. Votre voyage s'est-il bien passé ?

Narcissa leva le nez d'un air princier, et quelque peu dédaigneux.

— Autant qu'il l'est possible sous surveillance rapprochée, exécra-t-elle en faisant allusion à ses gardes comme d'une puanteur qui l'aurait désagréablement suivie sur sa route.

Dumbledore ne sembla pas se sentir affecté par son incivilité, ou tout du moins n'en donna pas l'air, puisqu'il lui adressa un sourire franc et lui montra d'un geste cordial les marches en marbre.

— Vous vous souvenez, j'en suis sûr, de l'emplacement de l'infirmerie, annonça-t-il presque gaiement.

Narcissa approuva d'un simple hochement de tête, un peu sèchement, et entreprit de gravir les escaliers, entourée d'une troupe d'ennemis, hormis Severus qui fermait la marche et en qui, elle le savait, elle pouvait avoir confiance.

— Vous serez rassurée d'apprendre que l'état de votre fils est grandement amélioré ce matin. Madame Pomfresh a particulièrement veillé à son bien-être, et il a repris des forces.

— Je n'en attendais pas moins, cingla froidement Narcissa. Vous qui prétendez assurer le bien-être de vos élèves, je suis surprise de constater qu'une telle situation ait pu à ce point échapper à votre contrôle sous le toit de votre précieuse école.

Dumbledore ne perdit pas son sourire, mais ses yeux se firent plus perçants, elle le sentit. Qu'importe, car elle ne lui accordait pas la moindre attention.

— Je pense que la situation a échappé à tout contrôle depuis bien avant la rentrée, Narcissa, dit-il avec douceur mais réserve.

Elle ne répondit rien, car il avait raison, et elle détestait cela.

— Avez-vous des pistes quant à son mal ?

— Plusieurs, révéla Rogue derrière eux. Aucune certitude, cependant.

Narcissa grimaça. Soit Severus rechignait à dévoiler des informations devant cet auditoire, soit lui-même n'était pas parvenu à savoir de quoi il s'agissait, et la situation était donc très alarmante.

Quoi qu'il en était, elle n'avait qu'une envie : revoir le visage de son fils. C'était tout ce à quoi elle pouvait songer.

Quand ils pénétrèrent dans l'infirmerie, les premiers rayons du soleil commençaient à peine à poindre dans la pièce. Les murs aux hautes fenêtres, cependant, permettait une lumière optimale, et Narcissa n'eut aucun mal à trouver le lit dans lequel se rétablissait son fils.

Il était redressé contre le mur faisant dos à la couchette, et les regardait d'un air torve. Ses yeux s'adoucirent quelque peu à la vue de sa mère, mais son expression ne changea pas, comme s'il était trop fier pour cela. Narcissa fut mortifiée par son apparence. Elle ne l'avait jamais vu si souffrant. Son teint blême, ses cernes prononcés sous ses yeux tombants, et ses lèvres pâles, lui évoquaient de mauvais souvenirs de maladies familiales des temps-passés. Son visage était émacié, et elle se demanda s'il se nourrissait bien ou si son mal avait rongé ses forces jusqu'à lui voler son poids.

— Bonjour Mère, salua-t-il en courbant brièvement la tête.

Ses bras, croisés sur sa poitrine, donnaient l'impression qu'il essayait de se protéger : du froid ou de l'oppressante assistance, Narcissa ne le savait.

Elle s'approcha aussi posément que son irréprochable conduite le lui permit et s'assit sur la chaise à son chevet sans y regarder à deux fois, lui décroisant les bras pour lui saisir les mains : glacées.

— Drago, que t'est-il arrivé, mon cœur ?

Drago haussa les épaules, visiblement dans l'ignorance.

— Je vais mieux, désormais, renseigna-t-il d'un ton morne et détaché.

— Tu n'as pas l'air mieux, répliqua-t-elle avec scandale.

Elle aurait aimé qu'ils s'en aillent tous au lieu de les regarder dans cet échange entre mère et fils, mais ils restaient tous plantés là à les observer et les écouter. Quelle bande de racailles impolies. Rapaces.

— Le temps que je retrouve des forces, et je n'aurais plus cette mine de déterré, assura Drago.

Madame Pomfresh s'approcha de la couche et salua Narcissa d'un bref signe de tête.

— Encore quelques jours de potions de force et de sommeil réparateur et il pourra reprendre les cours.

— À moins, bien sûr, murmura soudain Dumbledore, que vous ne souhaitiez le retirer de nos soins, Narcissa. Le choix, évidemment, vous appartient.

Tout le monde se tourna vers elle.

Oh, qu'elle aurait aimé accepter cette proposition. Comme elle aurait aimé rentrer avec son fils bien aimé, prendre soin de lui elle-même, et le préserver de cette mission affreuse dont elle soupçonnait désormais qu'elle lui avait rongé l'esprit, l'âme et le corps à forces de duretés indicibles.

Mais la mission était justement la raison pour laquelle elle ne pouvait se le permettre. Si elle rentrait avec son fils, le Seigneur des Ténèbres serait l'un des premiers à être au courant, et il ne faudrait que quelques heures pour qu'il ne se rende au Manoir Malefoy afin de l'informer qu'elle avait désobéi à ses ordres et que la famille Malefoy devait désormais disparaître.

Pourtant…

— Non, finit-elle par souffler, presque inaudible. Je…

Dumbledore, voyant son trouble, l'arrêta d'un signe gracieux.

— Ne vous en faites pas, nous allons prendre soin de lui. Laissons-les tous les deux, maintenant, claironna-t-il à l'attention du reste de l'assistance.

Les deux Aurors se tournèrent brusquement vers lui, sidérés.

— Nos ordres…

— Vous êtes ici sous la juridiction du directeur de Poudlard, et je vous invite, s'il-vous-plait, à attendre Mrs. Malefoy à la sortie de l'infirmerie, quand elle aura fini de s'entretenir avec son fils, coupa-t-il court d'une voix ferme.

— Je serai également derrière la porte, informa Severus à l'attention de Narcissa.

Les deux Aurors courbèrent l'échine devant le regard bleu électrique que Dumbledore leur adressait par-dessus ses lunettes en demi-lune.

Tous sortirent, sauf Dumbledore. Ce dernier s'approcha de Narcissa et, se penchant vers elle, posa une main douce sur son épaule.

— Vous êtes dévouée à votre famille, Narcissa. Il s'agit d'une qualité que j'estime plus que toute autre. Sachez que vous trouverez toujours assistance à Poudlard, si toutefois votre famille venait à la demander.

Troublée, Narcissa lui jeta un regard décontenancé.

— Lâchez ma mère tout de suite, ordonna Drago, qui n'avait pas pu entendre et à qui la proximité d'un ennemi ne devait pas plaire.

Dumbledore redressa la main en signe de pacification et un sourire calme s'esquissa sur ses lèvres.

— Reste courtois, Drago, exigea Narcissa, toujours très déstabilisée.

— Il ne fait que démontrer ce que je viens de vous confier, Narcissa. Vous l'avez élevé avec amour, et c'est pour cela que des issues sont toujours possibles.

Narcissa déglutit difficilement, mais, reprenant contenance, elle se redressa et lui indiqua la porte de sortie. S'approchant de lui à son tour, elle se glissa à son oreille.

— Écoutez-moi bien, Dumbledore, grinça-t-elle. Veillez sur son bien-être, ou c'est la fureur d'une mère que vous devrez craindre.

— Je veillerai sur lui avec ma vie, Narcissa. Mais êtes-vous bien sûre qu'il en ira de même pour ceux qui exigent de votre famille de sacrifier les vôtres ?

Ulcérée, Narcissa le fusilla du regard.

— Je n'ai pas besoin de vos spéciosités.

— Et vous n'en aurez pas davantage, contra Dumbledore. Je vous quitte à présent. Profitez de la matinée ensemble. Les Aurors ont eu pour mission de vous ramener à dix-heures sonnantes, mais je vous ferai gagner quelques heures en plus.

Sans un mot de plus, il quitta l'endroit, laissant une Narcissa debout, tournée vers lui, et les mains tremblantes, et un Drago décontenancé et méfiant.


LUNDI 14 OCTOBRE 1996 – Matin

Cette matinée était plus difficile que les autres, quand bien même celles qui l'avaient précédé ne paraissaient, à chaque occurrence, pas plus faciles à vivre.

Hermione dormait de plus en plus mal. Ses nuits étaient peuplées de cauchemars de la mort de ses parents, de ses proches : de son entourage général. Tout cela dans un accommodement grotesque dont elle se serait volontiers passé.

Son esprit ne la laissait pas au repos. Éreintée la journée, elle était bien moins efficace à la prise de notes et à la compréhension de ses cours, ce qui n'aidait pas sa tranquillité d'esprit, et la tenait éveillée chaque soir alors qu'elle essayait vainement de s'endormir, culpabilisant de ce cercle vicieux qui ne paraissait pas vouloir s'arrêter de sitôt.

Pourtant, et par la force de l'habitude, Hermione quitta son lit même si sa montre indiquait une heure plutôt prématurée pour un lever. Elle se rendit machinalement à la salle de bain, s'adonna à sa toilette et quitta le dortoir sans un regard pour ses deux camarades de chambre qui dormaient encore à poings fermés. Elle enviait la présente vacuité de leur conscience, tourbillonnant dans des rêves qui, au vu de leurs airs endormis et apaisés, ne s'approchaient pas des siens.

La journée fut aussi longue qu'elle l'avait escompté.

Le soir, elle se rendit dans la salle de bain des préfets. Hermione, les yeux se baladant sur les tesselles colorées des mosaïques de la pièce, écoutait les gouttes rencontrer l'eau de son bain, l'esprit préoccupé.

Harry ne s'était pas réchauffé à son contact et était même plus froid encore depuis que le weekend avait passé. Les discussions entre le trio étaient donc courtes, éparses et désagréables.

Il était inutile d'essayer de désamorcer quoi que ce soit, car la bombe avait déjà explosé, sans que la conversation n'ait eu vraiment lieu. Et Hermione avait préféré passer son weekend plongée dans les devoirs et les études plutôt que s'égarer dans ce qu'elle s'estimait être des pantomimes de sourires auxquels Harry ne prêtait pas la moindre attention, et des paroles congrues qui finissaient inlassablement dans l'oreille d'un sourd. Ron était lui-même occupé par ses discussions avec d'autres Gryffondors, préférant aborder les sujets plus légers du Quidditch ou de rumeurs que de s'exposer au malaise de leurs interactions, particulièrement car il ne souhaitait pas donner l'impression de choisir un camp. Le problème, c'est qu'il évitait donc leur présence à tous les deux, laissant Harry se morfondre probablement tout seul, et se hasardant davantage à des conversations avec Lavande Brown, ce qui avait le don de ficher le cafard à Hermione.

Elle se sentait seule.

Susan avait bien essayé de la dérider de cette humeur morose, mais Hermione ne s'était pas montrée très réceptive et elles avaient passé le plus clair de leur temps en silence, à la bibliothèque. Neville les avait rejointes pendant une partie de l'après-midi du dimanche, ce qui n'avait rien fait pour égayer l'ambiance générale, car il était lui-même particulièrement déprimé.

Dans tous les cas, ce n'était pas la grande forme, ni la grande joie, et c'est la raison pour laquelle elle s'était conduite maussadement à la salle de bain des préfets pour s'y détendre. Un conseil de Susan, qui depuis qu'elle avait découvert la pièce, avait grand-peine à ne pas s'y rendre elle-même tous les soirs. Le lundi soir, c'était le soir de Malefoy, mais toujours alité, elle savait qu'elle ne risquait rien. Madame Pomfresh ne laisserait jamais Malefoy sortir pour un caprice tel qu'un bain.

La journée du lundi n'avait pas été plus intéressante, si ce n'était que les rumeurs allaient bon train dans le château dans les couloirs et les commodités, relatant la présence de Narcissa Malefoy l'avant-veille, et de l'état de Malefoy, qui selon les sources, avait drastiquement empiré, ou s'était grandement amélioré.

Il n'avait pas montré sa tête au petit-déjeuner.

Elle n'avait rien révélé à ses deux amis de son entrevue avec la professeure McGonagall, ni de la visite « involontaire » qu'elle avait faite à l'infirmerie, au chevet de Malefoy. Ce dernier lui ayant sans doute dit bien plus qu'il ne l'aurait voulu en pleine possession de ses moyens. Elle savait que c'était quelque part de l'abus de faiblesse, mais il était usuellement le maître en la matière et en cela n'aurait pu se permettre de lui faire une réflexion à ce propos. De toute manière, pour cela, il aurait dû se souvenir de ce qui s'était produit, et rien n'était moins sûr.

À vrai dire, Hermione espérait sincèrement qu'il ne se souvienne de rien car elle n'aimait pas imaginer ce qui se passerait quand elle croiserait sa route à nouveau. Pourtant, son esprit ne la laissait pas tranquille, et dès qu'elle cessait consciemment de réfléchir à quelque chose de concret, ce dernier se laissait emporter sur les eaux troubles et mouvantes d'une potentielle confrontation. Et cela n'avait rien de probant.

Elle ne savait pas lorsqu'il reviendrait en cours, mais ce moment arriverait bientôt.

Quoi qu'il en était, ce qu'il lui avait confié, dans l'incensure de son indisposition, était relativement bouleversant, qu'il ait déliré ou non.

D'abord, car il existait la possibilité que Malefoy n'ait pas du tout déliré et qu'une menace sérieuse pèse sur Poudlard, et pas des moindres, même si Hermione n'en avait pas tout compris. Ensuite car, s'il s'agissait d'un délire enfiévré, il y faisait constat et concession, que l'imminence de la guerre, des batailles et des complots, émouvaient son caractère glacial.

Lui qui avait gardé une figure inexpressive à l'annonce de la disparition de la mère d'Hannah, voyait vraisemblablement son sommeil se troubler à l'idée que la mort fasse désormais partie intégrante de leur existence.

Hermione, qui avait acquiescé lorsque McGonagall lui avait demandé de continuer, à défaut d'un autre terme, à espionner Malefoy – à observer, avait-elle dit, mais cela revenait au même – se demandait si relater cette rencontre était véritablement indispensable. Elle avait bravé le couvre-feu, et prétendre qu'elle avait eu l'assentiment de McGonagall pour le faire était pure hypocrisie. Elle savait très bien que la professeure ne lui aurait jamais demandé de braver un règlement qui était fait pour leur sécurité, afin d'aller visiter un malade endormi à des heures indues de la nuit.

Non : elle ne lui en parlerait que si quelque chose démontrait que Malefoy abondait dans le sens d'un danger concret. De toute façon, rien ne prouvait que l'Ordre n'était pas au courant d'une telle éventualité. Le fait que les Mangemorts pénètrent dans Poudlard n'était mis en suspens que par la présence de Dumbledore. Présence qui était conditionnelle de son état de santé, or Harry leur avait parlé de la main décharnée de Dumbledore, et Hermione avait sa petite idée de ce à quoi cela ça ressemblait.

Le troisième volume de l'Encyclopédie de Médicomagie offerte par Harry et Ron était dédié aux les blessures magiques pour lesquelles une consultation d'un Magicomage était indispensable. Elle s'était abimée dans ce dernier depuis une dizaine de jours, et grâce à cela, commençait à reconnaître dans l'affliction de Dumbledore une très vraisemblable malédiction. Or les malédictions, bien qu'elle ne s'y connaisse que peu, ne tendaient qu'à s'étendre à mesure que le temps passait. Pas l'inverse.

Tout cela était fort inquiétant.


MARDI 15 OCTOBRE 1996 – Soir

Il avait enfin pu quitter cette maudite infirmerie. Après tout ce temps passé allongé, il se sentait plus faible que jamais. Quand il avait rejoint son dortoir, tout le monde était en train de dîner, et quand bien même il avait faim, et que Madame Pomfresh l'avait enjoint à aller se restaurer afin de regagner des forces, il n'était pas descendu. Il n'avait pas la moindre envie de croiser qui que ce soit.

Ces jours passés dans la solitude et le silence de l'infirmerie avaient été une torture, mais il ne se sentait pas prêt à affronter une foule de regards.

Tout ce temps qui s'était dilapidé, alors même que les assauts du manque se ressentaient plus que jamais. Quand il ouvrit la boîte des fioles d'Obduro, il constata amèrement qu'elles étaient toutes vides et qu'à présent, rien ne pourrait calmer ses colères, ses angoisses, ni l'aider dans sa tâche. Il avait fait exactement ce que Rogue avait craint, et cela créait désormais un méprisable précédent. Rogue ne lui ferait plus confiance avec la drogue et le rationnerait probablement lui-même, si toutefois il revoyait un jour la couleur de cette maudite potion.

Cette infantilisation hypothétique l'agaçait déjà, par avance.

Son cœur battait vite tout le temps, maintenant. Comme s'il était toujours sous les à-coups d'une adrénaline dérangeante, aliénante, qui le faisait constamment se sentir en danger de vie ou de mort. Les soins de Madame Pomfresh lui avaient fait du bien, car évidemment, il devait reconnaître qu'il s'était épuisé à la tâche. Des nuits durant à lire des ouvrages à la bibliothèque, et d'autres à fouiller dans la Salle sur demande, ce n'était pas sérieux. Il n'avait pas pris soin de son corps, ni même de son esprit, et désormais en payait cher le prix.

Ses muscles faiblissaient, ses forces s'étaient amenuisées, et son visage s'était émacié dans une figure d'effroi. Quand il avait pénétré dans la salle de bain du dortoir, il y avait croisé son reflet dans la glace et avait compris sans peine pourquoi sa mère l'avait regardé avec tant d'effarement et de préoccupation, le samedi précédent. Il ressemblait à une ombre de ce qu'il avait autrefois été et peinait lui-même à se reconnaître. S'il identifiait toujours dans ses traits la morgue familiale et la beauté glaciale qu'il avait hérité de sa mère, il n'en avait pas moins l'air dévasté, épuisé, et amaigri.

Il passa sa chemise sale par-dessus sa tête sans prendre la peine de la déboutonner et se retrouva à nouveau face à lui-même. La lunule s'était rabattue sur sa poitrine et brillait sommairement dans les lueurs des bougies perchées sur les candélabres d'étain mouchetés, sur laquelle la cire avait allègrement coulé.

Le bijou semblait l'avoir aidé dans sa réhabilitation, aussi étrange que cela puisse paraître. Rogue avait sûrement dit vrai : plus l'on portait le symbole, plus ce dernier nous protégeait et nous aidait à recouvrer notre magie et à la canaliser. Il ne regrettait plus de l'avoir conservée. Elle faisait partie de lui, désormais, aussi ridicule ait-elle l'air d'être. Le brimborion d'un métal indéfinissable mais de couleur d'argent, ballotait agréablement sous ses vêtements, et sa présence était une réassurance, certes stupide, qu'il n'était pas complètement seul.

Il s'engouffra dans la douche et y passa un long moment, quelque peu confus dans sa notion du temps. Lorsqu'il retourna dans le dortoir, ses camarades de chambre étaient rentrés de leurs dîners et avaient visiblement préféré aller dans la chambrée que de traîner en salle commune.

— Comment ça va ? L'interpella Blaise, assis négligemment sur son lit, faisant apparemment le rangement de son sac pour les cours du lendemain.

— Très bien, éluda Drago. Un coup de fatigue.

— Sacrée fatigue, pointa Théodore d'un coup d'œil sceptique en sa direction, levant le nez d'un épais bouquin.

— Ouais, faut voir ta tronche, approuva Blaise quelques instants plus tard.

Mais Drago n'allait pas tomber dans ce guet-apens. Ils voulaient savoir ce qui lui était arrivé, mais il n'avait rien de bien plausible à leur faire avaler et le silence était donc pour l'instant de mise.

— Des choses intéressantes pendant mon absence ?

Les deux garçons échangèrent un regard avant de hausser les épaules, ayant respectivement peu l'air de vouloir prendre la responsabilité d'y réfléchir.

— La seule chose qui circule, c'est le fait que ta mère t'ait rendu visite, finit par dire Blaise, vu le regard insistant de Drago.

Il soupira. Évidemment.

— Sinon… le trio des saints semble en froid, ajouta-t-il négligemment en refermant son sac de cours et le plaçant près de son valet en bois d'ébène où était déjà préparé son uniforme et sa robe pour le lendemain.

L'information capta évidemment l'intérêt de Drago, car cela avait été l'objet de la manœuvre, quand bien même Blaise avait utilisé un ton placide, comme pour évoquer une banalité.

— Pourquoi donc ? Un a trouvé les deux autres en train de niquer ? Railla Drago avec un sourire quelque peu carnassier.

— Qui sait, hasarda Blaise en haussant les épaules à nouveau, se passant sous sa couette et cognant dans les oreillers pour les faire reprendre une forme acceptable. Mais Granger passe tout son temps avec Bones et Londubat, et Weasley avec Brown et Patil numéro 2. Potter reste tout seul.

— Pauvre petit pote Potter. Orphelin et sans amis, se moqua cruellement Drago en se glissant lui-même sur son lit.

Il avala les quelques fioles que lui avait donné Madame Pomfresh pour l'aider à se remettre et attendit qu'elles fassent effet en regardant le sommet de son baldaquin.

— Je n'aime pas Potter, commença prudemment Théodore, comme pour se dédouaner de ce qu'il dirait par la suite. Mais… ce serait vraiment bien si tu arrêtais de dire ce genre de trucs.

Drago se redressa dans son lit, le cœur quelque peu battant et les dents serrées.

— T'as dit quoi, Nott ?

— Ma mère est morte, rappela-t-il. Blaise a perdu son père. Tout le monde n'a pas le luxe d'avoir deux parents.

Bouillonnant de colère, et, même s'il ne l'aurait jamais admis, d'embarras, alors même qu'il aurait dû cordialement s'en foutre, Drago se sentit prêt à l'invective.

— Et alors ? Tu prends Potter en pitié ?

— Non, mais quand tu l'attaques sur ça, tu nous attaques tous ici présents. Et je trouve ça…

Il devait chercher un mot… Du type « moyen ». Ou « pas terrible », pour modérer. Mais Blaise ne le laissa pas tergiverser plus longtemps.

— Minable, conclut-il.

Drago, trahi, se tourna vers son meilleur ami.

— Minable ? Répéta-t-il bêtement, incapable de trouver une répartie plus probante, les effets de la potion somnifère commençant détestablement à distiller leur engourdissement sur son corps et son esprit déjà affaiblis.

— Oui, approuva simplement Blaise, comme s'il ne s'agissait que d'un aveu sans gravité. On en a déjà discuté, et on s'était dit qu'on devait te le dire. Désolé que ça sorte quand tu es encore souffrant, mais… Puisque tu en parlais. C'était l'occasion.

Drago aurait aimé leur casser la figure à tous les deux, mais l'énergie et le sens lui manquaient.

Il cessa simplement de les regarder, ferma les rideaux de son baldaquin d'un coup de baguette et enfonça son visage dans son oreiller, espérant oublier.

Mais la honte le suivit jusque dans le rêve.

Sa famille avait disparu. Mais ils étaient paradoxalement encore là. Ils avaient adopté Potter. Morts pour lui, mais parents d'un autre. Et tous ses amis avaient rejoint sa bande. Ils riaient tous à ses dépens.

À nouveau, il était un petit garçon. Et il était seul.

Dans la solitude de ce rêve, il parvint à se rendre compte qu'effectivement non, cela n'avait rien de drôle d'être orphelin, ni de n'avoir aucun ami.

C'est le hululement du réveil magique de Théodore qui le sortit de la mélasse putride de ce sommeil sans repos.

Une journée de plus. Une force de moins.


MERCREDI 16 OCTOBRE 1996 – Matin

Étude des Runes, et il était là.

Il ne la regarda pas curieusement, comme s'il attendait de trouver sur son visage la révélation d'une quelconque culpabilité, mais plutôt habituellement, avec son sarcasme naturel, bien qu'il n'ait que peu de résonance, étant donné l'état désastreux de son teint et la fatigue morte de ses yeux.

Elle était assise devant lui et Zabini, accompagnée comme à son habitude de Susan. Le cours passa vite, et tous se quittèrent tandis qu'elle se rendait en Arithmancie. D'après son comportement, rien ne l'amenait à croire qu'il se souvenait de quoi que ce soit. Son état, par contre, avait une sorte de détresse tacite et alarmante : comme une crécelle, un larsen qui bourdonnait dans ses oreilles à chaque fois qu'elle le regardait et se souvenait qu'il allait mal, et que personne ne pouvait expliquer pourquoi. La matinée se termina avec un cours en commun de Potions.

Elle l'observa à la dérobée pendant le cours, mais il semblait avoir abandonné toute compétition dans la matière, du moins pour la journée, car elle le surprit en train de lire avidement un traité de potions dont elle l'avait vu s'en-saisir dans la bibliothèque commune, à côté de l'inventaire d'ingrédients mis à disposition pour les élèves par le professeur Slughorn.

Harry, bien qu'à sa table, l'ignora cordialement pendant tout le cours, comme si l'idée de la surprendre en train de le regarder se servir du manuel qu'elle estimait comme si dangereux lui était insupportable. Ron n'en ficha pas une, et passa les trois quarts du cours à regarder dans le vide, l'air de regretter amèrement d'avoir suivi Harry dans cette classe au début de l'année, et pondérant probablement sa possibilité d'abandonner le cours aussi tard dans le trimestre.

La leçon se termina : le trio partit se restaurer et comme d'habitude, n'échangèrent que des platitudes. Harry baissait les yeux dès qu'ils croisaient ceux d'Hermione, et comme à chaque fois que cela se produisait, Hermione sentit son ventre s'alourdir de nouvelles pierres.

Le cours de l'après-midi, Métamorphose, fut au moins plus dynamique et lui laissa l'occasion d'oublier quelque peu tout le mal-être qu'elle ressentait. La professeure rappela à l'ensemble de la classe que le weekend qui arrivait était celui de Pré-au-Lard, mais Hermione, contrairement aux précédentes années, n'éprouva aucun enthousiasme et pas la moindre hâte à l'entente de la nouvelle. L'assemblée toute entière paraissait de toute façon morose, et le professeur finit par repousser une échéance de devoir pour le mardi suivant jusqu'au mardi de la semaine ultérieure. Cela amassa quelques regards d'espoirs et des sourires timides, mais rien de très flagrant. Les professeurs devaient commencer à remarquer que la maussaderie et la déprime touchaient les sixièmes années de plein fouet.

Une fois les cours finis, elle s'attela à ses devoirs, dîna sommairement, un bouquin sous les yeux, et fit sa ronde sans même y penser. Elle se coucha tôt, car fatiguée, probablement par la nuit qui s'abattait sur la saison, de plus en plus longue, de plus en plus noire.

Rien de plus à attendre de journées qui ne souhaitaient rien offrir.


JEUDI 17 OCTOBRE 1996 – Soir

Drago avait trouvé quelques idées de poisons dans un livre avancé de la salle de classe de Slughorn. Cela tombait à pic, car dans quelques jours, ce serait le weekend de Pré-au-Lard.

Drago n'avait nullement l'intention de s'y rendre avec qui que ce soit, mais plutôt seul.

En froid avec Blaise et Théodore, alors même qu'ironiquement ils lui avaient annoncé que le sacro-saint trio l'était lui-même, Drago préférait passer son temps à lire et à étudier en parfaite solitude.

C'était d'ailleurs grâce à ce manque de distraction qu'il pouvait se féliciter d'avoir trouvé au cours de la semaine plusieurs poisons intéressants mais pour lesquels il avait besoin d'ingrédients.

Depuis son retour, avait pu constater par lui-même que le trio n'allait pas bien, ayant le loisir d'observer à sa guise sans la présence de ses propres comparses. Granger levait à peine le nez des bouquins dans lesquels elle s'abîmait et ne faisait plus attention à quoi que ce soit. Elle ne le regardait pas, et, plusieurs fois, il s'était surpris à s'ingénier de l'imiter, se trouvant en train de suivre son profil alors même qu'il avait l'esprit ailleurs. Ce n'était pas facile de s'empêcher de la regarder toutefois : elle avait une calme posture qui inspirait un apaisement dont il se sentait désespérément manquer, et pour cause.

Malgré les potions salvatrices de Madame Pomfresh, Drago était toujours épuisé, et dormait mal. Il mangeait autant qu'il le pouvait, mais constatait sans peine qu'il n'avait pas le moindre appétit. Il se forçait donc, souvent à s'en donner des maux de ventre : remplissait ses assiettes de nourriture et ses verres de jus. L'épuisement, pourtant, comme une anémie, hantait ses membres et refusait de les en délester. Il gardait constamment avec lui, à la manière d'une cape, une impression de froid et de fébrilité jusque dans le creux de ses omoplates, le faisant se sentir faible comme un oisillon ne sachant pas encore voler.

Les migraines et les saignements de nez continuaient également, et il avait donc une quantité de mouchoirs ensanglantés dans le fond de sa besace de cours et de ses poches de robe. Son relâchement l'empêchait de s'en soucier, et il préférait les collectionner morbidement que les nettoyer, comme s'il s'agissait là d'une quête, d'une presque mesure d'à quel point son mal l'avait rongé jusque au plus profond de ses entrailles, à en faire sortir son jus par ses narines.

Le soir, quand il se coucha, il avait l'impression d'avoir couru dans le froid pendant des heures, et lorsqu'il s'enveloppa dans sa couette, encore fraiche de son absence, il se surprit dans les limbes du début de son inconscience à songer à nouveau au profil si étudié de Granger qui lisait à s'en user les yeux, et au hâle de son teint, comme pour s'en réchauffer.

Se sentait-elle seule, elle aussi ? Pouvait-elle se sentir seule, quand elle parvenait de toute évidence à occuper son esprit avec des triples décimètres de parchemin, et des pages et des pages de grimoires obscurs ? Parvenait-elle à faire une franche séparation avec le monde des mots et le monde réel ? Craignait-elle l'irréparabilité de sa relation avec ses amis ? Craignait-elle la guerre ? Craignait-elle pour la vie de ses parents, comme lui ? Probablement.

Avait-elle dit la vérité à son sujet dans la bibliothèque ?

Il était difficile de ne pas se sentir en phase avec les intentions et les idées qu'il lui prêtait volontiers : les siennes. Et sans devenir quelqu'un de bien, elle était devenue quelqu'un tout court. La détestable culpabilisation qu'il ressentait de ne plus parvenir à la déshumaniser autant ces derniers temps, notamment depuis qu'il l'avait vue nue, ne le touchait pas jusque dans son sommeil, durant lequel il sentait toute responsabilité s'évaporer.

Ce n'était qu'au réveil que la réalité s'amenait à lui, et qu'il se souvenait qu'il n'avait pas le droit de penser à ce à quoi il avait pensé d'imaginer ce qu'il lui plaisait d'imaginer, ou encore d'envisager des impossibles aux accents d'interdits.

Le corps toujours éreinté au matin, de cette course dans le froid qui finalement ne s'était jamais vraiment interrompue, pesait comme un poids sur ses paupières, et c'est avec un lourd soupir qu'il consentit à se lever et à passer d'abord à l'infirmerie pour passer prendre ses potions de la journée. À son cœur vivota l'espoir frêle que Madame Pomfresh ne consente à lui donner une potion de force supplémentaire, car il se sentait à peine capable de tenir sur ses deux jambes.

Elle refusa.

Il ne faut pas abuser des potions, Monsieur Malefoy.

Si seulement elle savait.


VENDREDI 18 OCTOBRE 1996 – Matin

La brume automnale s'était installée pour de bon sur Poudlard, et elle nimbait chaque pan de mur extérieur, comme un voile le fait une veuve. Inexorable, elle ne laissait poindre aucun des toits des serres, et dissimulait – opaque – ses girouettes cardinales, ainsi que le petit clocher qui portait le poinçon de la réincarnation et de la vie éternelle, dirigeant Lavande et Parvati dans une conversation déprimante au sujet de la signification du présage.

Selon elles – et selon professeure Trelawney, évidemment – cela ne pouvait n'être que l'annonce d'une catastrophe. Si Hermione était d'ordinaire très pragmatique, cette discussion la mettait pourtant profondément mal à l'aise.

Ce vendredi matin, arrivés en Botanique, les trois comparses Gryffondors se rassemblèrent autour d'une des souches de Snargalouf que leur avait désigné le professeur Chourave, et Harry leur fit le récit de l'entretien qu'il avait eu la veille avec le professeur Dumbledore. Le jeune Tom Jédusor, dans les souvenirs récoltés par Dumbledore, était proprement effrayant. Hermione se sentait morbidement curieuse d'en apprendre encore davantage à son sujet, et lorsque Ron remit en question la validité d'une telle entreprise de la part du directeur de Poudlard, Hermione prit aussitôt sa défense.

— Je trouve ça fascinant. Il est parfaitement logique d'essayer d'en savoir le plus possible sur Voldemort. Sinon, comment découvrir ses faiblesses ?

N'était-ce pas là le propre de la guerre ? Plus on en savait sur son ennemi, mieux l'on pouvait l'affronter.

C'est malheureusement là qu'Harry choisit de parler de Slughorn et des sauteries auxquelles il tenait tant à inviter Hermione et lui. Ron se renfrogna, et ce qui était d'ores et déjà une conversation décidément bien sombre, le fut davantage lorsqu'ils se firent réprimander par Chourave et que Ron reprocha à Harry de ne pas avoir lancé d'Assurdiato. Ils échangèrent tous des regards à la fois défiants et crispés.

— Ce sera encore une soirée pour les chouchous de Slughorn, bien sûr ? S'enquit Ron à voix basse, la moue aussi rebiffée que possible.

Hermione choisit la diplomatie et se refusa à démentir, tout en bannissant toute animosité de sa voix.

— Oui, il n'y aura que les membres du club de Slug.

Ron laissa vivement échapper la gousse de Snargalouf et cette dernière alla se ficher dans le chapeau de la professeure Chourave, qui chût de sa tête de façon assez ridicule.

— Le club. Le club de Slug, minauda Ron, un faux rictus imprimé sur les lèvres.

Harry quitta la table pour aller chercher la gousse, visiblement très inconfortable. Hermione, elle, continua de regarder Ron sans se déconfire devant son ton.

— Écoute, ce n'est pas moi qui ai inventé ce nom

Le club… de Sluuuug. C'est pitoyable.

Non loin d'eux, une tête blonde se tourna dans leur direction.

— On dirait un nom de limace, argua Ron sans le moindre tact.

Hermione inspira par le nez, sentant sa patience s'étioler. Mais Ron n'avait pas fini de parler.

— Enfin, j'espère que tu t'amuseras bien. Essaye de séduire McLaggen, comme ça, Slughorn pourra vous couronner roi et reine des limaces.

Elle se sentit rougir de honte sous la faible lueur des lumignons de la serre.

— On a le droit d'amener des invités, grinça Hermione. Et je voulais justement te demander de venir avec moi mais si tu penses que c'est vraiment trop stupide, je ne me donnerais pas cette peine !

Harry revint à la table et Hermione lissa les plis nerveusement sur sa robe de sorcier. Avoir cette conversation ici, là où tout le monde pouvait les entendre, était loin d'être ce qu'elle souhaitait.

Si elle se fiait à sa vision périphérique, Malefoy était toujours en train de les observer, et très certainement – elle l'aurait parié, du moins – de les écouter.

— Tu voulais m'inviter ? Reprit Ron, vraisemblablement décontenancé par la nouvelle.

Mais malgré son revirement, Hermione ne se sentait pas moins mortifiée par son appellation précédente. Reine des limaces. Merci pour l'image.

— Oui. Mais si tu préfères que j'essaye de séduire McLaggen, chuchota-t-elle furieusement à son adresse.

— Non, j'aimerais mieux pas, avoua bassement Ron.

Hermione sentit Malefoy se détourner vivement d'eux. Rassemblant son courage, elle lui jeta un coup d'œil. Il semblait concentré sur l'extraction de la gousse, comme si de rien n'était.


SAMEDI 19 OCTOBRE 1996 – Matin, Dortoirs Gryffondors

Le weekend était venu si vite, qu'Hermione peinait à croire que le soleil se levait véritablement sur le samedi. Ayant toujours aussi mal dormi que les nuits passées, elle abandonna encore une fois l'idée d'attendre les garçons pour manger dans la salle commune, car essayer lui demandait trop d'énergie.

Entre Harry qui était à peine poli et Ron qui hier l'avait agressée comme du poisson pourri lorsqu'elle avait parlé du club de Slug…

Ce n'était tout de même pas sa faute s'il n'était pas invité par lui-même. Et pourtant, elle avait tenu à l'inviter pour la célébration de Noël et il aurait pu montrer plus de courtoisie à cet égard. Certes, il s'était calmé ensuite, et avait été d'une compagnie plus agréable, mais la façon dont il lui avait parlé résonnait encore dans sa tête et la mettait de mauvaise humeur.

Elle enfila un pantalon en velours couleur carmin un peu trop usé sur les coutures et un sweat-shirt brou de noix, avant de passer par-dessus sa tête un pull tricoté de Molly. Comme il faisait froid dans les couloirs, et qu'elle n'avait de toute façon pas spécialement envie de devoir retourner dans son dortoir avant la sortie à Pré-au-Lard, elle emporta avec elle son manteau, son écharpe, son bonnet et sa paire de gants.

Nous n'étions qu'à la mi-octobre, et il faisait déjà un froid de canard. Avant de partir petit-déjeuner, elle vérifia qu'elle avait bien pris avec elle son argent et un livre, enfila pour le principe une deuxième paire de chaussettes et de vieilles bottines d'automne ayant appartenues à sa mère quand elle était plus jeune.

Elle descendit sans prêter attention à quoi que ce soit, plongée dans ses préoccupations, et quelque peu mortifiée à l'idée d'aller se divertir en ville seule, alors qu'elle avait pour habitude d'y aller avec Harry et Ron. Bien sûr, elle aurait pu y aller avec quelqu'un d'autre, mais les choix manquaient. Ginny et Luna étaient bien trop occupées par leurs devoirs – et elle ne pouvait leur en vouloir, se souvenant sans peine de la difficulté de la cinquième année, que les BUSE clôturaient. Susan avait été interdite de sortie par ses parents – ce qu'elle comprenait, vu ce qui était arrivé à sa tante tout juste quelques mois auparavant – et Neville avait décidé de lui tenir compagnie.

Mais Hermione n'avait pas envie de rester au château. Quand bien même elle s'y sentait bien, elle éprouvait le besoin depuis sa dispute avec Harry de prendre l'air : de voir autre chose que des pierres grises, de hautes voutes, d'immenses fenêtres, et de sentir partout l'odeur minérale et fumée par l'encens.

Elle avait envie d'aller se balader plus loin que dans le parc : de dépasser les limites du Lac Noir.

Lorsqu'elle pénétra dans la Grand-Salle, il y avait bien plus de monde que d'habitude. Les élèves avaient sacrifié leur grasse-matinée pour s'assurer de profiter de leur weekend de sortie. Il y avait cependant moins d'affluence que les années précédentes. Poudlard, somme toute, était bien moins rempli.

Ayant décidé de bruncher, car ne songeant pas qu'elle rentrerait au château pour le déjeuner, elle s'apprêtait à se faire un vrai festin. Cette idée là en tête, elle posa ses affaires d'extérieur sur le banc et l'enjamba du même coup, regrettant aussi sec de ne pas avoir fait attention où elle mettait les pieds quand elle se retrouva face à Cormac McLaggen.

— Hermione ! Salua-t-il avec son habituelle voix assourdissante.

— Cormac, maugréa-t-elle en retour sans grand enthousiasme.

Aussitôt, il entreprit de lui servir une tasse de thé, ce qu'elle trouva plutôt courtois de sa part, avant qu'il ne décide à sa place, et sans lui demander, d'y glisser deux sucres et une touche de lait. Sur le point de lui faire la remarque, elle ne fut pas surprise d'être interrompue.

— Alors ? Quoi de beau en cette magnifique journée ? Tu vas faire du lèche-vitrine à Pré-au-Lard ?

Hermione maudit son manque de vigilance, ses deux amis de la laisser seule affronter ça, et même les deux jumeaux Weasley d'avoir abandonné Poudlard l'année passée alors même qu'elle aurait volontiers eu besoin de leur verve pour faire déguerpir cet insupportable garçon.

— Peut-être, je ne sais pas encore, grommela-t-elle en s'emparant de la tasse et en jetant sommairement un sort de dé-sucrage sur le liquide fumant.

Sort qu'elle utilisait pour la première fois, et qu'elle se sentait presque troublée de connaître grâce – ou à cause de Lavande et Parvati et de leur obsession avec leurs apports caloriques, en glucides, lipides et autres obscurantismes liés à leurs poids.

Elle ne savait pas comment se débarrasser du lait cependant, et se résolut à le boire tout de même pour ne pas faire de gâchis.

Cormac mangeait un bol d'avoine au lait sur lequel il avait déversé une quantité indécente de miel, vidant par là le pot de la table sans égards pour qui voudrait en manger. Ses bruits de mastication, lui rappelant sans peine ceux de Ron – en pire – étaient le clou du spectacle.

D'un geste de cuillère indolent et impoli, il pointa son manteau posé sur le banc, y projetant quelques gouttelettes de lait sans y prêter attention.

— Tu as pris ton manteau, annonça-t-il la bouche pleine sur un ton qui se voulait observateur. Tu comptes sortir, n'est-ce pas ?

À deux doigts de se ficher de la politesse et de quitter la table, Hermione inspira un grand coup et passa son regard sur l'assistance pour reprendre contenance. Quand ses yeux eurent fini de parcourir presque l'ensemble de la pièce, elle put remarquer que Malefoy rejoignait à présent la table Serpentard. Il choisit délibérément de s'asseoir en son bout, loin de ses camarades habituels. Il avait l'air aussi fatigué que les jours précédents, et d'une humeur désagréable.

Distraite, on la ramena à la table Gryffondor en agitant une main devant ses yeux.

— Hein ? S'enquit-elle impoliment.

— Tu vas sortir, pas vrai ? Répéta McLaggen sans faire le moindre effort pour cacher son irritation à la vue de son manque d'intérêt pour sa personne.

— Oui, oui, je vais sortir, balaya-t-elle sans conséquences, se servant généreusement en œufs au lard et en pommes de terre sautées.

Elle attrapa deux tranches de bacon, quelques rondelles de tomate et une plâtrée d'haricots.

— Mais juste pour me balader, en solitaire, précisa-t-elle, de peur qu'il ne s'invite.

Mais Cormac ne l'écoutait pas du tout, observant plutôt la quantité de nourriture dans son assiette.

— Tu vas manger tout ça ? Demanda-t-il d'une voix forte et choquée. C'est une sacrée portion pour une fille !

Hermione se figea. Au loin, un mouvement de tête attira son attention, mais elle ne pondéra pas le fait qu'elle y fasse inconsciemment attention dans ses périphériques, car les paroles qui venaient d'être prononcées occupaient présentement tout son esprit, sans compter qui les avait entendues.

Malefoy s'était retourné vers eux.

Empourprée et véritablement embarrassée, avec presque toute la tablée Gryffondor observant désormais son assiette bien remplie, Hermione serra simplement ses poings sur ses couverts.

— J'ai faim, dit-elle seulement, ne trouvant rien de plus… pertinent à répondre à cela.

C'était vrai. Elle avait faim. Elle brunchait : c'était un vrai repas. Elle…

Incapable de s'en empêcher, elle glissa une œillade furtive à Malefoy, qui, elle fut presque estomaquée de le constater, regardait McLaggen avec un mépris et un dégoût qu'elle ne l'avait jamais vu adresser à quiconque d'autre qu'Harry ou Ron. Ou même elle-même.

Reportant son regard aussitôt vers Cormac, elle reprit courage. S'il écoutait toute la conversation, raison de plus de ne pas se laisser faire.

— Tu sais, McLaggen, je ne suis pas en train de te dire quoi manger ou non, et tu ferais bien de te préoccuper de ta propre assiette avant de te soucier de la mienne.

— C'est juste que les filles mangent moins que ça d'habitude, ne se désarma-t-il pas du tout.

S'écoutait-il parler ?

— Dans ta tête, McLaggen, cingla-t-elle. Les femmes aussi ont besoin de se nourrir tu sais, expliqua-t-elle lentement, comme à un enfant en bas âge.

— Non, non, ce n'est pas une histoire de se nourrir, c'est une histoire de portion, protesta-t-il, l'air sûr de lui et relativement condescendant. Regarde la portion d'Heather, pointa-t-il une septième année avec son manque de tact habituel.

La dénommée Heather leva le nez vers eux, à moitié endormie. Elle n'avait pas écouté le début de leur conversation, et vu le regard las qu'elle jeta à Cormac, n'avait pas l'intention d'y participer.

— Sinon, elle peut faire ce qu'elle veut ? Suggéra soudain la voix de Ron.

Hermione se retourna et vit le roux enjamber le banc à ses côtés. Il se servit lui-même une assiette absolument énorme. À vrai dire, près du double d'Hermione.

— Pourquoi se priver, quand on a faim, que c'est sur la table, et que c'est bon ? Demanda-t-il d'un ton acide.

McLaggen le regarda comme s'il était véritablement stupide.

— Pour garder la ligne ? Ironisa-t-il.

— C'est toi qui met dans la tête d'Hermione toutes ces idées d'être trop grosse ? S'insurgea soudain Ron.

Hermione sentit toute contenance quitter son corps et toute chaleur abandonner ses jambes. Merlin, quelle humiliation.

Lavande s'assit en face de Ron, mais Hermione eut le plaisir de constater qu'il n'y accorda pas la moindre attention, davantage concentré sur sa défense.

— Je n'ai jamais dit qu'elle était grosse ! Se défendit McLaggen.

La conversation commençait très clairement à partir en pugilat. Hermione était rouge de honte. Si Malefoy écoutait la conversation, il saurait désormais que ses mots l'avaient bien plus touchée qu'elle ne l'avait laissé paraître. Suffisamment pour qu'elle aille se confier à Ron.

Tout cela était tout bonnement mortifiant.

— Arrête de surveiller ce qu'elle mange, alors, car ça en donne l'impression, le renseigna Ron d'une voix mauvaise.

McLaggen reporta son regard vers Hermione, levant les yeux au ciel comme pour la prendre à partie de la bêtise de Ron. Mais Hermione ne le regarda pas, préférant adresser un sourire chaleureux au roux.

— Merci, Ron.

Qui de Lavande ou de Cormac fut le plus vexé ? Nul n'aurait pu le dire.


SAMEDI 19 OCTOBRE 1996 – Matin

Drago ne savait plus très bien qui il avait le plus envie d'empoisonner entre Dumbledore, Cormac McLaggen, Weasley ou la Sang-de-Bourbe. Il essaya de repousser une énième fois cette pensée tandis qu'il avançait à pas célère vers le village en contrebas du château. Sans Obduro, il était très difficile pour lui de calmer ses colères et ses frustrations, et surtout, de vider son esprit de toute pensée parasitaire.

Pourquoi ?

Pourquoi n'était-il pas invité aux sauteries de Slughorn ?

Pourquoi avait-il ressenti une sorte de camaraderie avec Weasley quand ce crétin congénital avait critiqué le « club de Slug » auprès de la Sang-de-Bourbe, la veille, durant le cours de Botanique ?

Camaraderie de deux secondes, car…

Pourquoi cette sale petite conne avait invité Weasley à venir avec elle à la prochaine fête ?

Pourquoi depuis, Weasley se comportait comme un gentleman avec elle ?

Et pourquoi cette petite conne s'était-elle assise en face de Cormac McLaggen ? Pour rendre Weasley jaloux ?

Pourquoi ce cloporte s'était-il permis de lui parler de son poids ainsi ? N'avait-il donc aucune notion de comportement à tenir en société ?

Pourquoi avait-elle mis tant de temps et eu tant de mal à lui répondre ?

Pourquoi Weasley avait-il délaissé Brown lorsqu'il avait vu McLaggen en face de Granger ?

Pourquoi était-il venu prendre sa défense ?

Et pourquoi l'avait-elle remercié, comme une demoiselle en détresse gratifie son sauveur d'un sourire éclatant, sincère et – il en avait presque la gerbe – amoureux ?

Et surtout : pourquoi tout cela avait-il la moindre once d'importance pour lui, Drago Malefoy ?

Il soupira une fois de plus, les mains dans les poches, continuant sa descente en s'enjoignant de cesser de penser à tout cela. Comme en signe de rappel, il songea à sa mère, et la mission lui revint, effaçant le reste temporairement.

Une fois arrivé à Pré-au-Lard, Drago dévalisa quelque peu l'apothicaire, et rentra directement au château.

Il passa le reste du samedi entre la bibliothèque et son dortoir, étudiant différentes potions, poisons et façons de les préparer. Le plus simple, bien sûr, aurait été de solliciter Rogue… Mais ce dernier aurait alors aussitôt suspecté son plan, ou encore l'aurait soupçonné de vouloir concocter de l'Obduro tout seul, ce dont il était absolument incapable pour la bonne et simple raison qu'il n'avait trouvé la recette de la potion nulle-part. Pas même dans Potions de grands pouvoirs.

Demander à Slughorn des renseignements pour un poison semblait encore pire idée : cela serait, à peu de choses près, comme demander à Dumbledore en personne, car il ne savait pas à quel point les deux hommes conversaient. Dans tous les cas, l'essentiel des ingrédients manquait malgré ses achats faits à Pré-au-Lard, et il était en train de peser le pour et le contre de faire un raid dans l'inventaire de Slughorn, jugeant l'aventure un peu trop imprudente vu les capacités magiques du professeur.

Ce ne serait évidemment pas aussi simple que de pénétrer dans le bureau de Rusard.

Un poison en particulier attirait son attention, mais pour le coup, il ne possédait pour l'instant qu'un ingrédient sur treize. Et le temps de préparation était de trois semaines. Il s'agissait d'un poison du Caucase qu'il avait trouvé dans le livre Poisons d'autres contrées et d'ailleurs.

Dörd xal zəhər (Poison des quatre points)

Le poison était décrit comme fulgurant, instantané et indétectable, mais sa préparation demandait d'être parfaite, et sa prise rapide car le poison « expirait » promptement.

Pour le composer, il avait tout d'abord besoin de cucurbitacine, ce qui tombait très bien car Chourave leur avait appris à en extraire de la chair du Cyclanthère épineux, et il savait qu'en mettant la chair sous forte pression et température, il parviendrait à récupérer la fameuse essence. Il lui faudrait juste chiper un fruit dans la serre des sixièmes années. Les autres ingrédients, par contre, seraient bien plus compliqués à obtenir.

Il avait noté la liste sur un bout de parchemin à encre invisible, qu'il gardait dans le sous-cache de son encrier. Bientôt, il n'en aurait plus besoin car il commençait à la connaître par cœur.

Pétales de Rafflesia Manillana (2 pétales)
Venin de Tentacula Arguta (3 gouttes)
Poudre de corail de feu (1 cuillère à thé)
Chevelure de Sphinx (1 cheveu)
Épines de la Rose Melania (5 épines, 6 si les épines sont petites)
Extrait de sève du Saule aquatique (2 gouttes)
Encre de calmar géant (10 gouttes)
Oxyde vert (4 cuillères à thé)
Poudre de mue d'Acromentule (1 cuillère à thé et demie)
Spadice de Serpentaire Commune – Dracunculus vulgaris (1 spadice)
Ailes d'Actias Luna (3 paires = 6 ailes)
Roténone (10 gouttes)
Liant : extrait de myosotis nacré (10 gouttes)

Drago savait que la recette n'avait rien de raisonnable. Les ingrédients étaient très rares, la préparation extrêmement compliquée, la conservation presque impossible – ce qui rendait toute appréciation du timing à la fois difficile en elle-même pour s'assurer que Dumbledore ne boive le poison, mais complexifiant même sa concoction pour que ce dernier soit prêt à un moment opportun, ce qui nécessiterait de faire un rétro-calendrier de préparation.

Pour autant, de tous les poisons trouvés, il était le seul à être véritablement indétectable et instantané.

Par ailleurs, personne n'irait le soupçonner de préparer pareil breuvage tant l'ouvrage qui en faisait recette répétait qu'il s'agissait là d'un poison à préparer pour les Maîtres Potionnistes très avertis et expérimentés. Certains ingrédients pouvaient être récupérés dès maintenant, mais cependant au prix de grands efforts. Pour le reste, il restait à la merci du hasard et de la chance.

De toute façon, ce n'était pas comme si les premiers étaient à portée de main : il y avait le calmar géant du Lac Noir, les Acromentules de la Forêt Interdite et une Tentacula Arguta dans la serre des sixièmes années. Rien que d'y penser, Drago sentait son ventre lui faire mal.

L'Obduro n'était plus là pour taire ses angoisses, et entreprendre de telles aventures dans des lieux si hostiles le faisait frémir d'avance.

Sans Obduro, Drago n'avait pas le moindre courage.

Sans Obduro, il n'était rien.


DIMANCHE 20 OCTOBRE 1996 – Soir, Dortoirs Gryffondors

Hermione, une fois n'était pas coutume, se tournait et se retournait dans son lit. Elle avait passé une journée en tête à tête avec Ron la veille, ce qui était avait été initiablement très inconfortable mais à la fois diablement grisant. Ils avaient passé un très bon moment. Du moins, jusqu'à ce que cet imbécile continue sans vergogne à lancer des œillades pleines de fantasmes à Madame Rosmerta, ce qu'Hermione avait fait remarquer, pincée.

La journée du dimanche avait été passée à travailler à la bibliothèque et il ne s'était rien produit de plus, bien qu'elle ait adressé à Ron de timides sourires qu'il, à son grand plaisir, lui avait rendus.

Demain, il fallait qu'elle parle avec Harry. Il fallait qu'ils s'expliquent à nouveau. Elle avait besoin que le trio passe à autre chose pour sa propre santé mentale : elle avait besoin de s'excuser à nouveau, bien qu'elle sache au fond d'elle qu'elle l'avait déjà trop fait. Harry lui en voulait plus que de raison, sa rancœur sans doute nourrie par la rancune, mais aussi par la culpabilité. Elle en savait quelque chose.

Ne parvenant à s'endormir et se sentant commencer à s'agacer, elle finit par se redresser dans son lit, basculer sur le côté et chercher dans son sac de cours prêt pour le lendemain son agenda carté. En deux temps, trois mouvements, elle constata qu'Harry et Ron étaient bien dans leurs dortoirs que les couloirs étaient vides, si ce n'était les professeurs en ronde et Rusard… Et que Malefoy se trouvait bel et bien…

Non. Il n'était pas dans son dortoir.

Machinalement, elle tourna la page pour voir s'il se trouvait une fois de plus à la bibliothèque, mais elle ne l'y trouva pas non plus. Le front fiévreux, elle se lança donc dans une observation minutieuse du château avant de se rendre compte qu'elle ne l'avait vu nulle-part. Bon sang, lui était-il arrivé quelque chose ? Avait-il été enlevé ?

Elle vérifia dans le bureau de Rogue, la salle commune des Serpentard, des salles de classes, et même le bureau de Dumbledore, car il aurait très bien pu y être convoqué. Mais rien. Son Lumos éclairait pourtant bien les pages : elle ne voyait pas comment elle pouvait rater son point.

Quand soudain, elle le trouva.

Elle vit simplement le point de Drago Malefoy progresser dans un couloir du septième étage, puis disparaître à son détour. Hermione ne pouvait confondre ce lieu avec aucun autre : celui de la Salle sur Demande. Incapable de résister à la tentation de savoir ce qu'il y tramait, elle sortit de son lit, le cœur battant, et veillant à ne pas réveiller ses camarades de chambre, enfila un pantalon sous sa robe de chambre qu'elle retroussa maladroitement en tee-shirt, et se couvrit d'un sweat épais. Elle dissimula l'agenda carté dans la poche ventrale de son pull et y glissa ensuite sa baguette avant de quitter le dortoir à pas de loup.

Lorsqu'elle sortit de la salle commune des Gryffondors, elle put constater que la Grosse Dame dormait à poings fermés, et que personne ne semblait dans les parages. Elle progressa lentement, et prudemment dans les vastes corridors plongés dans la pénombre et un silence de plomb, surveillant l'agenda carté pour s'assurer que ni Rusard, ni aucun autre membre du corps professoral ne soit trop près d'elle, faisant régulièrement des pauses dans des alcôves de pierre, ou derrière des tapisseries. Une fois le septième étage atteint, elle se cacha derrière une des grandes statues vigies du couloir et attendit nerveusement que Drago fasse son apparition. Perdue dans ses réflexions et ses suppositions, elle ne put s'empêcher de vérifier à plusieurs reprises que le point de Drago Malefoy n'était pas réapparu à un autre endroit de la carte. Il aurait été véritablement stupide qu'elle ne finisse par se rendre compte que ce dernier était, par le fruit d'un miracle, de retour dans son dortoir pendant qu'elle perdait son temps à le chercher ici. Mais non, Drago était introuvable sur la carte, ce qui était à la fois rassurant et tout simplement alarmant.

Que pouvait-il bien ficher là-dedans ? Pleine de ressources, cette salle ne pouvait être que dangereuse, si Malefoy en convoitait l'apparition.

Malgré l'adrénaline qui pompait dans son corps et qui l'avait amenée là où elle se trouvait, elle finit par s'ennuyer ferme. Il n'y avait pas le moindre bruit, elle était mal installée et il faisait un froid de sépulcre. Elle se surprit même à somnoler plusieurs fois et s'astreignit à se maintenir éveillée en se pinçant les joues, glacées. Mais elle était gelée, et l'attente alourdissait follement ses paupières.

Enfin, pourtant, elle entendit du mouvement. Des blocs de pierres semblaient bouger. Le cœur battant, et à nouveau l'esprit clair, même si rendu quelque peu hystérique par sa fébrilité, Hermione leva le nez pour regarder par-dessus la statue.

Drago Malefoy émergea de la Salle sur Demande, l'air plus fatigué que jamais et plongé dans ses réflexions. Sa baguette tournait mollement dans sa main droite et il regardait dans le vide, visiblement prêt à rejoindre son dortoir. Mais son manque de vigilance était la seule opportunité qui se présenterait, et Hermione la saisit.

Expelliarmus ! Chuchota-t-elle avec panache.

La baguette de Malefoy quitta aussitôt sa main et elle l'attrapa au vol, sortant prestement de sa cachette. Complètement décontenancé, les sourcils froncés, Malefoy se retourna et lui fit face.

— Sang-de-Bourbe, attesta-t-il simplement, les yeux plissés dans une moue dégoutée.

— En personne, rebondit Hermione sans flancher.

— Rends-moi ma baguette, immédiatement.

— Qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu crois que je ne connais pas ce couloir ?

Malefoy lui jeta un regard d'avertissement et s'approcha d'un pas, mais Hermione dressa sa baguette pour le maintenir en joue.

— N'approche pas plus.

Il ricana, mais même s'il faisait le fier, il n'était pas en très bonne posture.

Pour autant, cela ne l'empêcha pas de redresser son port, se donnant une contenance nouvelle en maintenant une allure droite et condescendante. Il eut même l'audace de plonger ses mains dans les poches de sa robe : mais il n'y avait rien à y piocher, puisqu'elle détenait sa baguette.

— Qu'est-ce que tu comptes faire, exactement ? Me pétrifier ? Me dénoncer parce que je traîne dans les couloirs la nuit ?

— Quelque chose comme ça, oui, concéda Hermione d'une voix égale.

— Comment as-tu su où me trouver ?

Elle n'allait certainement pas lui révéler l'existence de l'agenda carté. Il la soupçonnait déjà de l'observer à la dérobée, autant le conforter dans sa certitude.

— Je t'ai suivi, haussa-t-elle les épaules dans un signe d'évidence.

Une lueur de scepticisme se glissa dans ses yeux.

— Menteuse.

Mais il ne s'attarda pas sur son soi-disant mensonge.

— Rends-moi ma baguette, répéta-t-il, avec hargne.

— Tu rêves éveillé, Malefoy.

— Tu vas regretter amèrement ce geste, siffla-t-il. Me désarmer en traître–

Dit-il, railla-t-elle. Tu ne manques pas d'air.

Il fallait à tout prix qu'elle le pétrifie, qu'elle l'entrave, qu'elle le ligote, mais rien ne lui venait et pour cause : Malefoy faisait tout pour l'empêcher de penser, et la déstabiliser. Il s'avança d'un pas, et quand bien même elle tenait sa baguette et la sienne, elle recula d'un autre. Sa main tremblait un peu.

— Me tenir tête n'est pas ta meilleure idée, souffla-t-il. Tu te souviens comment ça s'est terminé, la dernière fois ?

— N'avance pas, je t'ai dit !

Mais insolemment, il fit un pas de plus.

— Réponds, exigea-t-elle. Qu'est-ce que tu faisais dans la Salle sur Demande ?

Mais elle n'eut pas le temps de continuer son interrogatoire car soudain, il lui lançait quelque chose et une quantité de petits projectiles l'atteignirent au visage. Des perles ? Identifia-t-elle en les entendant cascader autour d'elle.

Une diversion.

Cependant, c'était déjà trop tard. Malefoy se jeta sur elle et ils tombèrent tous les deux à la renverse tandis qu'il extirpait sa baguette de sa main gauche avec aisance, et lui plantait l'embout dans le creux de la gorge.

Suffisamment compétent en sorts informulés, il n'eut rien besoin de prononcer pour que des liens ne viennent s'arranger à serrer ses membres. Un vent de panique terrassa alors Hermione.

— Que ne t'ai-je prévenue, Sang-de-Bourbe, poétisa-t-il avec une pointe de délice dans sa cruauté.

En quelques instants, il la faisait léviter sans prendre de précautions quant aux chocs et la faisait valser contre l'embrasure d'une porte close. Une fois tous les deux dedans, Hermione put constater qu'ils étaient dans une salle de classe adjacente au couloir.

Elle était pieds et poings liés, et lui, debout, à la regarder avec un mélange bâtard entre fureur irrépressible et délectable cruauté. La mixture d'expressions était d'autant plus visible que son visage semblait trop fatigué pour la dissimuler.

— Toi et moi, on a des choses à se dire, annonça-t-il froidement. Je veux savoir tout ce que tu trames.

— Je ne trame rien, siffla-t-elle, essayant vainement de se défaire de ses liens. Tu as un comportement suspect et possiblement un assassin à tes trousses. Je t'ai suivi, argua-t-elle simplement en haussant bêtement – mais difficilement – les épaules.

Mais Malefoy fit un signe négatif de la tête, étouffant un rire.

— Un assassin à mes trousses ? Répéta-t-il avec une certaine dose d'amusement. Tu veux me faire croire que tu m'as suivi pour me protéger ? Railla-t-il, caustique.

Elle n'eut pas le temps de répondre.

— Ne me prends pas pour un con, saleté. Tu m'accuses de te jeter des sorts à ton insu, tu m'observes à tous les instants de la journée, me reproches maintenant de me comporter bizarrement : je veux tes preuves.

— En voilà une, pour commencer, démontra-t-elle ses poignets liés, dont les cordages s'enfonçaient douloureusement dans sa chair.

— Non, non, ça c'est pour le plaisir, Sang-de-Bourbe. Ne va pas jusqu'à remettre en question mes actes, quand tu viens la première à l'offense.

— Oui, c'est de la légitime défense, suis-je bête, ironisa Hermione, qui ne se sentait plus avoir grand-chose à perdre. Que vas-tu faire maintenant, me faire taire ? Le provoqua-t-elle sciemment.

Malefoy fit un geste de baguette et enfonça Hermione dans un siège de classe si brusquement que la chaise racla sur le sol de pierre, jusqu'à ce que le dossier ne rencontre violemment le mur du fond. Visiblement, ce n'était pas le vacarme qui l'effrayait. Il avait dû insonoriser la pièce avec le satané sort qu'Harry leur avait appris. Un sort de Serpentard qui complote et ne veut pas se faire entendre.

Ou même, qui torture dans l'ignorance générale.

Il s'approcha vivement, et elle ploya la tête vers le bas, fermant les yeux, comme craignant l'impact. Mais rien.

Quand elle rouvrit les yeux, il était accroupi devant elle, un sourire narquois sur les lèvres, et les yeux fixés sur sa gorge dénudée.

— On a une petite frayeur ? S'enquit-il en passant la pointe de sa baguette sur la carotide battante d'Hermione.

— Pas du tout, nia-t-elle purement et simplement, sans toutefois oser le regarder. Il en faudrait plus que ça.

— Ne me tente pas, susurra-t-il. C'est rare de t'avoir dans d'aussi bonnes conditions.

— Tu « n'as » rien du tout.

Le regard de Malefoy remonta aussitôt, et il fit poindre un rictus en coin de ses lèvres.

— Les cordes disent le contraire, répliqua-t-il d'une voix presque dogmatique.

— Tu ne pourras pas me garder ici éternellement, fit-elle remarquer avec logique. Et lorsque je me déferais de ces liens, tu devras faire face aux conséquences de tes actes.

— C'est-à-dire ?

— Tu penses que ta présence dans la Salle sur Demande ne risque pas d'éveiller la curiosité des professeurs ? Encore plus à cette heure-ci de la nuit ?

— Il me semble que d'autres élèves n'ont pas été sanctionnés pour avoir fait usage de l'endroit, rétorqua-t-il du tac au tac.

— « D'autres élèves » n'étaient pas des fils de Mangemorts.

Cette fois-ci, Malefoy laissa un rire froid lui échapper plus clairement.

— Attention, Granger, on pourrait te croire prompte aux préjugés.

— Tu es un sale type et une mauvaise personne. L'expérience me l'a appris, pas les préjugés.

Bouhouhou, chouina-t-il. Le méchant Malefoy est méchant avec la gentille Sang-de-Bourbe.

— Si tu cessais d'être une caricature de toi-même, peut-être cesserait-on de t'accuser d'en être une ? Suggéra-t-elle avec impertinence.

Dit-elle, répéta-t-il sur le même ton qu'elle. La rate de bibliothèque vient me faire une leçon, rafraichissant.

Ils se regardèrent longuement, sans rien dire. Une tension supplémentaire se construisit dans le silence et fit serrer les dents à Hermione.

— Ça te plaît, n'est-ce pas ? Demanda-t-elle soudain.

Quelque peu désarçonné, Malefoy haussa les sourcils dans une moue circonspecte.

— Quoi, donc ?

— Me tenir, comme ça, à ta merci, développa-t-elle d'une voix neutre.

Le sourire reprit aussitôt ses droits sur les lèvres de Malefoy.

Elle connaissait ce sourire. Oh, qu'elle le connaissait. Elle se souvenait maintenant, à sa vue, en avoir même rêvé récemment.

— Peut-être.

— Peut-être, imita-t-elle sans ajouter la moindre émotion dans sa voix. Mais pourquoi ?

Malefoy se releva et la regarda de haut.

— Souffre de ton ignorance, tu veux ? Railla-t-il.

— Oh, mais je n'ignore rien, répondit-elle sur le même ton sarcastique. Tu aimes ça, car c'est la seule chose que tu parviens à contrôler dans ta misérable existence, souffla-t-elle.

Il la regarda longuement, sans perdre son sourire, mais ses yeux devinrent plus froids.

— Tu dois espérer avoir tort, alors. Car si je ne contrôle rien d'autre de ma vie, je peux toujours te découper en petits morceaux et te faire bouffer par ton chat.

Un frisson remonta le long de l'échine d'Hermione. Quelque chose de terriblement effrayant et d'exaltant creusait son sternum, serrait sa trachée et accélérait sa respiration.

— Ah, tiens, dit-elle. Dommage.

— Dommage ? Ricana Malefoy.

— Tu ne t'es pas dit que je pensais peut-être véritablement ce que je t'ai dit dans la bibliothèque la dernière fois. Peut-être que malgré toutes les insultes que tu m'assènes, et les atrocités et menaces que tu me fais endurer, je cherche toujours à–

— À quoi donc ? La coupa-t-il. Sauver mon âme ? Vous êtes combien de garces à tenir les paris ?

Interdite par cette réaction, et véritablement confuse quant au sens de ces paroles, Hermione se tût pour le pousser à poursuivre.

— Laisse-moi être clair avec toi, Granger. Je ne suis pas une brebis égarée. Je n'ai pas besoin de ton aide ou de ta pitié.

— Je ne t'offre pas mon aide, mais malheureusement : si, tu me fais vraiment pit–

Malefoy lâcha les baguettes qu'il tenait encore dans sa main et attrapa sa mâchoire en signe flagrant de menace, la défiant de finir sa phrase.

— Ouvre-la encore et je crache dedans.

— Il faut dire que tu as de la pratique, le provoqua-t-elle, ses syllabes déformées par la pression qu'il appliquait sur ses joues.

— Quand il s'agit de te pourrir, j'espère en faire un art.

— Tu as raison, continue de te vanter d'être une ordure, railla-t-elle toujours, les yeux humides. Il y a même des noms pour les gens comme toi.

— Ah, vraiment ?

— Raciste. Bourreau. Violeur.

— Oh, pas si vite. Je tiens à me montrer à la hauteur de ma réputation, glissa-t-il froidement.

— Tu n'as rien de plus à faire, assura-t-elle, les larmes coulant jusque sur la main qui enserrait douloureusement son menton et ses maxillaires.

— Je ne t'ai pas encore violée, à ce que je sache.

Hermione se sentit clouée sur place.

Pas encore, disait-il.

— Tu m'as agressée. Tu en es parfaitement capable.

— Bien sûr que j'en suis capable, avoua-t-il avec un grand sourire, et sans le moindre état d'âme. Mais il faudrait une proposition très alléchante pour que je ne daigne plonger ma noble queue dans une flaque de ton genre.

Hermione grimaça de plus belle.

— Tu n'as rien à faire dans une école. Tu devrais être en prison, comme ton sale père.

Elle n'attendit pas davantage et plongea violemment les dents dans sa main. Il recula vivement et trébucha. Elle se jeta sur lui et, les poings toujours liés devant elle, parvint tout de même à attraper une des deux baguettes gisant au sol.

Finite !

Mais les liens ne se délièrent pas, et Malefoy, fou de rage, la repoussa pour venir la dominer à quatre pattes, lui arrachant la baguette des mains, et, constatant qu'il s'agissait de la sienne, vint lui presser le visage contre la pierre du plat de sa paume ensanglantée.

— Touche encore une seule fois à ma baguette et je te bute, Granger.

— Lâche-moi ! LÂCHE-MOI !

Mais ce n'était pas du tout dans les projets de Malefoy, qui – probablement très vindicatif à l'idée de s'être fait mordre, comme si quelque part, elle était une bête venimeuse – lui maintint les épaules au sol pour qu'elle cesse de se débattre sous lui.

— Tu te prends pour une putain de génie, hein, Sang-de-Bourbe. Avec tes putains de notes, ton putain de cerveau et tes investigations de merde ! Jura-t-il avec colère, et une pointe de délectation quant à son échec. Et pourtant, tu ne sais même pas te délier d'un simple maléfice d'en-tissage.

Ébahie, Hermione le scruta dans la pénombre, discernant sans peine les yeux métalliques qui s'y distinguaient comme ceux d'un félin dans l'obscurité.

Qu'il tire une telle satisfaction dans une aussi simple ignorance démontrait qu'il ne s'agissait pas là de la première fois qu'il songeait à pareil forfait. Il aimait la dominer magiquement. Il y avait pensé, plusieurs fois avant cette entrevue, elle aurait pu y mettre sa main à couper.

— Arriviste du savoir, bonsoir, railla-t-elle, haletante.

— Il y a bien des choses que je pourrais t'apprendre, petite conne, persiffla-t-il.

— Comme quoi ? Dénigra-t-elle sans détours.

— Comme ça.

Tenant sa baguette et en posant l'embout sur les liens d'Hermione, Malefoy plongea profondément ses yeux dans les siens et prononça lentement.

Emancipare.

Les cordes se dénouèrent puis s'évanouirent, mais Malefoy n'avait aucunement l'intention de laisser filer Hermione. Aussitôt ses poignets libres, il les emprisonna avec ses mains et les plaqua violemment au sol.

— La leçon n'est pas finie, nargua-t-il, les yeux glacials.

Quelques secondes plus tard, et Hermione ne s'en rendit compte que lorsque le mal était fait, ses lèvres percutèrent les siennes. Mais il y eut dans ce contact non-consenti comme de sa main une gifle, il lui capturait les lèvres des siennes, et soudain, elle était frappée d'inertie. Elle sentit simplement sa bouche s'entrouvrir, et ses yeux se fermer, et leurs langues se rencontrer comme deux tisons dont la brûlure n'avait d'égale que la moiteur.

Le baiser, si l'on pouvait l'appeler ainsi, car cela ressemblait davantage à une agression buccale, dura longtemps. Il n'y avait aucune parole, rien, sinon les bruits de salives et de succion qui emplissaient les oreilles d'Hermione, et chauffaient horriblement son ventre, rappelant à lui des rêves passés et des fantasmes inassouvis. Et la rumeur se répandait jusqu'entre ses cuisses, sabrant quiconque voulait assaillir et faire taire le messager.

C'était la deuxième fois qu'il l'astreignait à un tel contact, mais pour cette instance, quelque chose avait changé. Il y avait du châtiment dans ce baiser, mais pas que.

Il y avait de la possessivité. Elle la sentait nettement.

L'excitation d'être embrassée par quelqu'un qui la haïssait était quelque chose qu'elle n'avait jamais escompté connaître, mais tout arrivait, et tout d'un coup. Le contact, le baiser, la violence, le rejet et le plaisir. Il n'y avait pas la place pour d'autres émotions que celles suscitées par l'acte aucun jugement, sinon celui à l'encontre de l'autre. Elle ne se faisait pas de procès, ce serait pour plus tard.

La culpabilité n'existait pas dans la bouche de Drago Malefoy, et pourquoi diable, si elle l'avait toutefois cherchée, l'y aurait-elle trouvé là ? Malefoy ne portait en lui aucune graine vertueuse, et pas plus de sagesse quant au terrible de leur geste. Ils trahissaient tout autour d'eux, jusqu'à eux-mêmes. Et il n'y aurait pas de retour en arrière, ce qui n'empêchait rien des va-et-vient de sa langue dans sa bouche, et de ses lèvres contre les siennes.

Les paumes de Malefoy, bouillantes, tenaient toujours fermement et avec autorité les poignets d'Hermione, dont les doigts fourmillaient dans l'absence de circulation sanguine. Elle sentait tout son corps, chacune des parties, et tout à la fois. Il serrait, desserrait, serrait, desserrait. Sa mâchoire se contractait, ses muscles se tendaient, et Hermione, sous cette chape de glace, cambrait son dos pour acculer son désir au fond de ses entrailles et l'y laisser mourir, mais rien n'y faisait. L'engin se relançait, la machine terrible vrombissait, le monstre se nourrissait, et de plus belle, la langue tournait comme une vis dans un écrou.

Une éternité plus tard, il s'écartait, aussi haletant qu'elle. S'arrêter était difficile, et aussi bien, ils auraient pu reprendre l'exercice, ne serait-ce que pour ne pas affronter la suite. C'était ce qu'Hermione se disait. Si leur relation passait nouvellement par le prisme des bouches, autant régler la conversation à coups de langues. Car rien qui ne pouvait être dit ne saurait sauver la situation, ou en sortir des décombres une quelconque survivance. La parole ne serait d'aucune utilité, et c'est sans doute pour ça que lorsqu'il se redressa, et qu'elle l'imita, récupérant sa baguette dans un silence d'urgence pour mieux quitter la pièce, il ne la retint pas, tant ses mots étaient restés dans sa bouche, et les siens dans la sienne.

Y délaisser sa verve, son verbe, sa prose et ses injures : il en fallait beaucoup, et jamais n'aurait-elle misé sur un tel passe-passe de salive pour faire taire enfin les plus viles des choses à dire, ou des coups à porter.

Quand elle s'enfonça dans son matelas, c'était comme dans les ténèbres.

Sa vie toute entière venait de basculer.