PS : les réponses aux reviews se feront en fin de chaque nouveau chapitre
Chapitre 1 : Nightmares
Jim s'y revoyait comme s'il était encore dedans. Il ressentait à nouveau cette sensation que provoquaient les déficits de gravité du vaisseau, cette nausée qui le saisissait alors que ses tripes se retournaient dans son ventre, ce froid mordant s'infiltrant à travers les brèches de la coque. L'adrénaline remplissait bien son travail et maintenait tous ses sens en alerte.
Il courrait à travers son vaisseau, faisant route vers le réacteur, essayant de ne pas se laisser distraire par les membres de son équipage qui hurlaient en tombant des ponts, envahis par la peur et la douleur. Il devait arriver au réacteur le plus vite possible, il devait sauver ceux qui pouvaient encore l'être. Il y avait plus d'une centaine de personnes qui comptaient encore sur lui, sur une aide quelconque, sur l'arrivée d'un miracle qui stopperait la chute de l'Enterprise sur Terre. Il fallait que ce miracle arrive. Il fallait que Scotty et lui réussissent à faire repartir le réacteur.
Son cœur battait si fort qu'il crut qu'à chaque pas qu'il faisait, son cœur allait sortir de sa poitrine. Les veines à ses tempes pulsaient alors que la panique envahissait chaque parcelle de son être. Seule l'adrénaline réussissait à le maintenir calme en apparence et lui permettait de rester concentré sur chaque mouvement qu'il faisait.
Il continuait sa course avec Scotty, ignorant les cris de l'équipage alors que les nacelles de secours se détachaient de leurs rails d'arrimage, réduisant à néant toute fuite du vaisseau. La situation était critique, il le savait. Il était prêt à tout pour sauver son équipage.
Jim regardait Scotty paniquer alors qu'il s'activait sur le panneau de commande. Il se revoyait demander ce qu'il se passait, il entendait clairement la voix de Scotty lui expliquer le problème avec les contacteurs, et… Et Jim avait fait un choix.
Dans l'urgence de la situation, il devait tout tenter. Tout. Son équipage comptait sur lui. Il devait trouver une façon de relancer le réacteur. Il n'était pas question que l'Enterprise s'écrase.
Jim se précipitait vers l'entrée du réacteur. S'il arrivait à aligner à nouveau les contacteurs… Ils auraient tous une chance de survie. Spock, Scotty, Bones et les autres. Il revoyait Scotty tenter de l'arrêter. Il visualisait cet instant où il prenait conscience que s'il y allait, il ne reviendrait pas. Il se souvenait avoir fait un choix. Celui d'entrer.
Il pouvait encore sentir la chaleur sur sa peau lorsqu'il pénétra dans la salle pour accéder au tube de Jefferies menant au réacteur. L'air lui brûlait la gorge, les yeux, mais il avançait malgré la douleur. Sa souffrance n'avait pas d'importance face à celle de ses hommes. Ils lui avaient confié leurs vies, il en était responsable.
Il voyait au bout du tube le réacteur. Il avait vite repéré le problème et il fit de son mieux pour s'y rendre. La machine était si grande face à lui. L'escalader avait été éprouvant, la chaleur était écrasante et le vaisseau continuait de tomber. Jim se souvenait avoir eu les larmes aux yeux quand il s'était attaqué aux contacteurs. Parce qu'il savait qu'il était déjà irradié.
Remettre les contacteurs en place fut probablement l'une des choses les plus difficiles qu'il ait faite de sa vie, à cause de cette douleur et de cette chaleur insupportables. Il s'essoufflait, il avait mal, son corps entier voulait renoncer et abandonner alors qu'il redoublait d'efforts. Jim criait. Parce qu'il devait réussir, il n'avait pas le droit à l'échec.
Il revoyait cette magnifique lumière lorsque les contacteurs furent à nouveau alignés et il ressentit l'immense douleur du choc quand il fut projeté. Mais ça n'avait pas d'importance. Il avait réussi à remettre le réacteur en marche. Il fallait qu'il sache si l'équipage allait bien.
Il arrivait à sentir cette chaleur, cette douleur alors qu'il rampait à travers le tunnel pour atteindre le sas. Il avait senti la décélération brusque du vaisseau et sut que Spock avait réussi. C'était cette victoire qui l'avait motivé à avancer jusqu'au sas. Il devait fermer la porte pour permettre aux radiations d'être contenues. Il étouffait, avançant malgré tout et après une lutte interminable, il put enfin fermer la porte du sas du réacteur.
Jim revoyait encore le visage de Scotty, derrière la porte. Cette expression fermée qui essayait de contenir ses émotions. Jim connaissait son sort. Il savait qu'il n'en avait plus que pour quelques minutes. La douleur se ressentait dans tout son corps, ses muscles, son ventre, sa poitrine, sa tête.
Il revoyait nettement Spock, sa peine sur son visage alors qu'il s'était mis à sa hauteur. Jim était heureux de voir Spock. Heureux d'avoir pu le voir avant de mourir. Chaque inspiration, chaque expiration lui était difficile et douloureuse. Jim ne pouvait s'empêcher de pleurer, encore plus quand Spock lui indiqua qu'ils étaient hors de danger.
C'était tout ce qu'il avait voulu entendre. Plus personne n'allait mourir. Ils avaient tous les deux réussi à protéger le reste de l'équipage. Jim était si soulagé. Et alors qu'il s'était senti serein malgré la douleur, le visage de Spock révélait toute sa peine. C'était si marquant sur son visage, que lorsque Jim avait vu les larmes dans ses yeux, il s'en était senti honoré. Spock libérait ses émotions pour lui.
Puis ses nerfs lâchèrent et il fut incapable de retenir ses émotions, ressentant sa peur face à la mort. Jim avait fait ce choix, mais ça le terrifiait plus que tout. Cette angoisse, cette peur du vide, du noir, du néant… Et Spock qui était incapable de réprimer ses émotions. C'était comme un cadeau. Un honneur. Si seulement il avait eu plus de temps.
Jim se sentit envahir par le noir, par le froid, mais il voulait rester un peu plus longtemps avec Spock, il voulait lutter, lutter pour qu'il comprenne l'attachement qu'il avait pour lui. Jim avait pensé qu'avec Spock, ils avaient vraiment formé un incroyable duo. Qu'ils étaient des partenaires hors pair. Jim était envahi de regrets, mais Spock était là. Il était resté jusqu'à ce que la douleur le surmonte, qu'il soit plongé dans le noir, qu'il soit envahi par le froid. Plongé dans un néant glacial semblable à l'espace, Jim était mort dans une terrible souffrance.
Jim se réveilla en sursaut, paniqué et trempé de sueur. L'angoisse lui serrait encore la poitrine alors que les larmes coulaient sur ses joues. Il manquait d'air. Les images étaient trop nettes dans sa tête pour qu'il reprenne le pied sur ses émotions. Le souvenir avait été vif et Jim pouvait encore en sentir les effets sur lui.
Il mit plusieurs minutes à se calmer, secoué par l'expression de Spock ancrée dans sa mémoire. C'était la première fois que cette scène était si vive dans son esprit. C'était la première fois aussi que ça lui faisait un tel effet. Il aurait voulu ne jamais s'en rappeler.
Il resta assis quelques minutes dans son lit avant de se décider à aller prendre une douche. Sa peau était poisseuse et il avait besoin de sentir l'eau sur son corps pour se remettre les idées en place et laver de son esprit cette image de Spock. C'était peine perdue. Le souvenir était trop net et beaucoup trop réel pour s'en aller aussi facilement. Jim était plus que troublé par tout ce qu'il venait de revivre.
Il décida de se préparer pour prendre son quart quelques heures plus tôt. Comme Spock n'était pas encore en service, il prendrait de l'avance. Il prit le temps de prendre un café dans ses quartiers et de consulter les nouvelles sur son PADD, comme à chaque fois qu'il en avait le temps. La liste était longue et il avait toujours à faire.
Alors qu'il consultait les rapports de nuit, Jim, surveillait l'heure jusqu'à ce que vienne celle de son quart et trouva néanmoins le moyen d'être légèrement en retard. Sortant avec son PADD en main, il continuait de consulter l'objet numérique en se dirigeant vers le turbolift. Il passa par la salle de restauration, récupéra au passage une barre protéinée puis continua sa route dans les couloirs, lisant toujours son PADD.
Les rapports lui indiquaient la trajectoire de l'Enterprise et leur entrée dans une nébuleuse assez dense qui leur avait fait changer de cap. Ils sortiraient de distorsion pour prendre des clichés, recueillir des données et analyser la nébuleuse afin de déterminer si elle était explorable ou non. Dans le cas contraire, Kirk donnerait l'ordre de repartir.
Il consulta sa messagerie. Des notifications habituelles, sans plus de surprise, quelques messages non lus et… et un dont il n'y avait pas de nom d'expéditeur. Ça attira l'attention de Jim, qui savait pertinemment que c'était impossible. Tous les messages avaient forcément un expéditeur. Il ouvrit le message.
Son cœur manqua un battement et une bouffée de chaleur le saisit d'un seul coup. Un fichier était joint au message, et il contenait une liste sur toutes les personnes disparues à bord du vaisseau, un an auparavant. Il y avait leurs noms, les photos de leur dossier, leur âge et leurs assignations. Certains étaient jeunes. Si jeunes. Mortes à son bord, sous son commandement. Sous sa responsabilité.
Sa poitrine se serra alors qu'il était envahi par une vague de remords. Il repensa à tout ce qu'il avait fait, toutes les décisions qu'il avait prises. Quel foutu égoïste. S'il n'avait pas défié Marcus, s'il avait pu le convaincre de laisser son équipage, si seulement il n'avait pas écouté Khan, ou s'il n'avait pas voulu foncer tête baissée pour se venger la mort de Pike, si seulement il n'avait pas violé la première directive… Si seulement… Si seulement durant tout ce temps, il avait réfléchi.
Il percuta quelqu'un de plein fouet, se retournant à peine pour s'excuser, essayant de contenir ses émotions autant qu'il le pouvait alors qu'un message venait de complètement l'ébranler. Une main lui attrapa le bras, le stoppant dans sa course.
_Capitaine ?
Spock. Il ne manquait plus que lui. Jim se retourna sans oser le regarder dans les yeux. Le vulcain le lâcha.
_Un problème ?
Il sentait son regard inquisiteur sur lui. Jim eut le pressentiment que s'il ne levait pas les yeux vers son commandant en second, il ne serait pas convainquant dans sa réponse. Il se força à le regarder, fixant la frange de sa coupe au bol.
_Non, pardon, j'ai la tête ailleurs.
Les images de son souvenir vinrent le frapper. Il revoyait Spock, son visage empreint de douleur. C'était bien cette émotion qui marquait le visage de Spock dans ses cauchemars. Celui de la douleur. A cause de lui. Spock avait rompu le contrôle sur ses émotions parce qu'il avait souffert en le voyant mourir. Cette idée lui retourna l'estomac. Combien d'autres personnes avaient tant souffert à cause de lui ?
Jim fut incapable de rester plus longtemps en la présence de Spock sans attirer encore plus son attention. Il esquissa un sourire avant de tourner les talons et de monter dans le premier turbolift qu'il croisa puis il se pressa dans les couloirs. Il avait quitté rapidement sa messagerie et s'était arrêté en route pour emporter une autre tasse de café sur la passerelle. Il en avait besoin. Du café bien noir.
Assis dans son fauteuil de Capitaine, Jim avait enfilé sa tasse en quelques minutes. Il en aurait bien repris un autre s'il n'était pas en plein milieu de son quart. Ces messages le préoccupèrent une bonne partie du temps, quand il n'avait pas à donner des ordres. Il devait se ressaisir avant que le reste de son équipage de pont ne se rende compte que quelque chose n'allait pas.
_Monsieur Sulu, dans combien de temps serons-nous en bordure de la nébuleuse ?
Sulu se tourna vers lui pour lui répondre.
_D'ici quelques minutes, Capitaine. Nous sommes dans le Quadrant Bêta, près de la zone neutre. Nous sommes encore en territoire fédéré.
Kirk hocha la tête.
_Bien, alors surveillez les écrans, je n'ai pas envie d'avoir de mauvaises surprises.
Jim regardait l'immense vitre devant eux. L'écran projeté avait été retiré pour faire place à la vue sur l'espace. Quelques minutes plus tard, l'Enterprise entra dans l'immense nuage gazeux. Tout l'équipage observa leur entrée dans le nuage, fascinés. Jim trouvait la nébuleuse magnifique. Les teintes de bleu et de jaune se mêlaient dans des teintes plus sombres, faisant ressortir le contraste de couleur.
Elle semblait si dense, si épaisse et immobile qu'on aurait dit qu'elle était consistante. Il enregistra les images dans sa mémoire et considéra que c'était l'une des plus belles choses qu'il n'ait jamais vu, après l'implosion lente d'une planète ou l'exploration d'un monde totalement rose. Jim se força à sortir de sa contemplation.
_Réduisez l'allure en vitesse luminique, Monsieur Sulu. Scannez la zone, prenez des clichés. Si les conditions sont favorables, nous nous aventurerons plus profondément à l'intérieur. (Il marqua une pause, se tournant vers Uhura). Y a-t-il des traces de romuliens dans le secteur ?
_Rien n'indique leur présence sur les fréquences, Capitaine.
_Ni sur les écrans, indiqua Chekov.
Jim réfléchit. Ils n'étaient pas exposés au danger, la zone dans laquelle ils se trouvaient était alliée et pourtant, il avait un mauvais pressentiment. Peut-être que c'était dû à ces foutus messages. Ça lui rappelait que son empressement avait déjà causé trop de dégâts. Il ne pouvait pas faire d'autres erreurs similaires.
_Restez en alerte, on ne sait jamais.
La journée allait être longue. Il s'autorisa à aller chercher à nouveau une tasse de café avant de reprendre sa place. Il reprit son PADD et consulta à nouveau sa messagerie. Ce message anonyme le préoccupait et Jim n'arrivait pas à comprendre comment une telle chose était possible. Il regarda à nouveau le message en question. Envoi interne, mais le nom de l'auteur était crypté. Comment c'était possible ?! Il aurait fallu pirater le logiciel de communication de l'Enterprise pour ça.
Kirk serra la mâchoire et crispa sa main sur l'accoudoir de son fauteuil. Il espérait que l'envoi de ce message n'était qu'une mauvaise farce, ou le fruit d'une rancune passagère. Il l'espérait vraiment. Parce que si cette histoire s'étendait et allait plus loin, ça ne donnerait rien de bon. Pour lui comme pour l'auteur de ce message.
Il prit le temps de mettre à jour le journal de bord rédigé du capitaine, retraçant le parcours de la mission d'exploration de l'USS Enterprise. Il consulta les derniers retours qu'on lui faisait, sur les petits soucis en machinerie ou des requêtes effectuées par l'équipage, les derniers évènements qu'ils organisaient à bord afin d'ajouter un peu plus de vie. D'ailleurs, peut-être qu'il ferait bien d'envisager de s'arrêter à une base de Starfleet avant de quitter le Quadrant. Pour que son équipage puisse voir leur famille avant de s'éloigner.
_Capitaine ! Vous me devez une consultation, veuillez me suivre.
Kirk sursauta dans son fauteuil, à la fois surpris d'entendre McCoy derrière lui et surpris dans sa façon de lui parler. Trop formel. Puis il percuta.
_Quoi, maintenant ?! Ça ne peut pas attendre la fin de mon quart ?
Bones croisa les bras.
_Non, ordre de ton médecin !
Et sans plus attendre, Jim fut entrainé dans le turbolift par le docteur, qui agrippait fermement son bras.
_Bones, je ne peux pas quitter mon poste comme ça !protesta Jim en essayant de se dégager.
_D'habitude, ça ne te gêne pas. Et puis, je me suis arrangé avec le lutin au sang vert.
Jim crut mal entendre.
_Vous avez quoi ?!
Bones soupira et passa devant quand les portes s'ouvrirent. Jim le suivit de près, voulant obtenir plus d'informations mais il se heurta au silence du médecin. Ce n'est que lorsqu'ils furent seuls dans l'infirmerie, l'un armé de son tricordeur et l'autre assis sur un lit que la réponse vint :
_On s'inquiète pour toi, Jim. Et quand je dis « on », ce n'est pas que Spock et moi. C'est Sulu, Uhura, Chekov, Scotty,… Tu es épuisé, Jim. Physiquement c'est le cas et mentalement ça a l'air de suivre. T'es une Ferrarri qui essaie de battre le record de vitesse avec les quatre roues crevées et le frein à main !
Jim balaya les remarques de Bones d'un geste de la main.
_Eh bien, si ça vous inquiète tant, j'irais me reposer à la fin de mon quart. Satisfait ?
McCoy secoua la tête.
_C'est pour plusieurs jours, Jim. Je te mets en arrêt, le temps que tu te stabilises et que tu sois en meilleure forme. Tant que ce ne sera pas le cas, tu ne reprendras pas le poste.
La colère de Jim monta si vite qu'il fut incapable de la contenir. Il se leva d'un bond et s'éloigna de Bones.
_Tu n'es pas sérieux ?! Merde Bones, je vais bien !
L'intéressé se rapprocha avec son PADD à la main, montrant des courbes et des chiffres. Jim n'avait pas besoin d'avoir des connaissances médicales pour savoir ce que son ami voulait lui montrer. Une bonne partie des données étaient en rouge et dans le négatif.
_Je fais ça pour ton bien !insista Bones.
Jim était furieux. Il quitta l'infirmerie en serrant les dents, cherchant à réprimer ce qu'il ressentait pour paraître correct jusqu'aux derniers mètres qui le séparaient de ses quartiers. Il ne repassa pas par la passerelle. S'il croisait prochainement les oreilles pointues de Spock, il les lui ferait bouffer.
Jim était réellement en colère. Il se sentait trahi par ses amis, voyant leur action comme un geste pour lui retirer le commandement de son vaisseau. Commandement auquel il accordait une grande importance. S'en voir ainsi démuni par son premier officier et par son médecin en chef, ça lui fendait le cœur. C'était ses amis les plus proches, les seuls à qui il était susceptible de se confier et ils venaient de lui retirer le commandement de l'Enterprise. Ils ne croyaient plus en ses capacités à diriger son vaisseau. Le pire dans toute cette histoire, c'était que c'était la deuxième fois que ça lui arrivait. Deux fois à cause de Spock. Quel con il était de se faire encore avoir.
Il passa le reste de la journée enfermé dans sa cabine, pestant devant chaque rapport qu'il recevait venant de son premier commandant. Sa première réaction aurait été de tous les ignorer, mais il devait rester professionnel et tenir le rôle qu'il avait, celui de capitaine. Il devait encore montrer qu'il était capable de tenir ce rôle, même si la rigueur et la minutie de Spock dans ses rapports étaient de loin meilleures que les siennes. Cette impartialité qu'avait Spock restait néanmoins un atout. D'une certaine manière, Jim l'admirait et en était jaloux.
Il fût tiré de ses pensées par l'arrivée d'un message. Encore une fois, l'expéditeur était inconnu. Le cœur de Jim se serra. Il hésita à l'ouvrir durant quelques secondes, repensant au contenu de l'autre message similaire lu dans la matinée. Sa curiosité prit le pas sur sa peur. Il ouvrit le message, qui contenait plusieurs fichiers. Il ouvrit le premier. Une photo. Elle représentait ce qui ressemblait à une famille andorienne : un homme et une femme ainsi que deux enfants, tous à la peau bleue et aux cheveux clairs. La femme andorienne, que Jim trouva très jolie, portait l'uniforme rouge de Starfleet. L'image suivante était du même style. Un groupe de cadets de Starfleet faisant la fête, dont Jim reconnaissait certains visages comme étant ceux des disparus. La suite était similaire, mais cela n'empêcha pas le Capitaine de consulter tous les fichiers, une boule de remords lui tiraillant les entrailles.
Quand il eut terminé de tout consulter, il mit quelques minutes à taire ses émotions. Il devait agir de manière plus raisonnée. Quel dommage qu'il ne soit pas vulcain. Il ferma les yeux, essayant de calmer sa respiration. Bon. Quelqu'un à bord du vaisseau semblait lui adresser plusieurs reproches, une année pile après l'incident au QG de Starfleet et la confrontation avec Khan. Certes, ces reproches étaient fondés, mais la manière de le faire était de toute évidence illégale. Pour que l'expéditeur ne soit pas affiché, il avait fallu contourner le système de l'Enterprise. Jim ne s'était jamais essayé à pirater le réseau de communications d'un vaisseau et il se demanda comment une telle chose avait pu se faire.
Et soudain, l'ombre d'une idée naquit dans sa tête, si bien qu'il ne réussit pas à se raisonner lui-même : c'était décidé, il allait profiter de ses journées de repos pour pirater à son tour le système. S'il savait comment son expéditeur avait réussi, il pourrait affiner ses recherches et trouver son identité. Comme ça, Jim et lui pourraient discuter face à face de ce qu'il lui voulait exactement, en envoyant ces messages. Il était prêt à entendre les reproches et à subir la colère de la personne, parce qu'il la comprenait. Parce que c'était mérité. Il n'allait pas détruire une vie de plus en reportant l'incident.
On toqua à sa porte. Jim se leva pour aller ouvrir, réfléchissant encore à la manière dont il allait s'y prendre.
_Capitaine !s'exclama Sulu en face de lui. On est content de voir que vous allez bien. Comme vous n'êtes pas revenu après votre visite à l'infirmerie…
_On voulait savoir si vous vouliez vous joindre à nous au réfectoire pour dîner, ajouta Uhura.
Jim haussa un sourcil et consulta sa montre. Il n'avait pas vraiment mangé dans la journée et maintenant qu'il y pensait, il avait un peu faim. Il hésita quelques instants avant de répondre il n'avait pas envie de voir Spock ou Bones, il était encore en colère contre eux.
_Il y aura qui ?
Etonnés par la question, ses deux interlocuteurs s'échangèrent un regard.
_Scotty et nous deux. Spock étudie encore les données sur la nébuleuse avec le Docteur Marcus, Chekov dîne avec une fille ce soir et nous ne savons pas ce que fait le Docteur McCoy.
Jim afficha un grand sourire.
_Je vous suis !
Quelques minutes plus tard, Jim était assis à côté de Scotty et en face d'Uhura. Il était à nouveau de bonne humeur, la discussion tournant autour de Chekov et sa potentielle future conquête. Qui aurait pu croire que ce cher russe avait autant de succès auprès des femmes ? Cette fois-ci, il semblait avoir jeté son dévolu sur une petite denobulan vraiment charmante, ses longs cheveux blonds ondulés tombant en cascade dans son dos. Les arrêtes de son visage soulignaient ses pommettes sans trop les exagérer. Pavel avait décidément bon goût en termes de femmes. Et les denobulans avaient leur réputation aussi.
_Elle va le croquer tout cru !se moqua Jim en regardant le petit couple.
_Ça lui changera de Méluria, quelle pimbêche celle-là !pesta Uhura avec un air mauvais.
Sulu pouffa avant de répondre sur un ton taquin :
_Tu dis ça parce qu'elle a essayé de draguer Spock quand vous étiez encore ensemble !
Kirk n'eut pas le temps de s'étonner de cette information que Scotty intervint :
_Vous n'êtes plus ensemble ?
Uhura répondit en riant :
_Depuis un moment déjà Scotty, faut te mettre à jour ! C'était une issue évidente, nous n'avons jamais réussi à accorder nos violons. Mais depuis tout va bien, je te rassure !
_Pourtant les sang-verts sont connus pour avoir un cœur aussi dur que de la pierre !
Jim tourna la tête vers Bones, qui arrivait avec un plateau. Il prit place à côté d'Uhura. Le blond lui lança un regard noir bien senti. La jeune lieutenant ne le remarqua pas.
_Tu serais curieux de voir à quel point c'est faux !dit Uhura en faisant un clin d'œil taquin.
Tandis que tout le monde se mit à rire, Jim et Bones s'échangèrent un regard. Jim était en colère. Bones était gêné.
_Au fait Capitaine, pourquoi vous n'êtes pas retourné à votre quart si vous allez bien ?questionna Scotty.
Jim se crispa. Il se tourna vers Bones, qui haussa les épaules, n'ayant aucune idée de ce qu'il pourrait répondre sans inquiéter l'équipage.
_Le Capitaine doit s'occuper d'autres priorités, je suis donc en charge de le remplacer.
Alors que tout le monde se tournait vers le vulcain pour le saluer, Jim serra les poings et se força à sourire en acquiesçant. Il se leva et libéra sa place, sous les regards étonnés de certains.
_D'ailleurs, le devoir m'appelle. Bonne soirée à tous !
Et sur ces mots, il fila, sentant les regards posés sur son dos. Il quitta le mess et préféra vagabonder dans les couloirs de l'Enterprise pour se détendre avant de retourner à sa cabine. Il devait se calmer. Il était à cran en ce moment, mais ça n'était pas une raison pour exploser en public. Il était le Capitaine, il devait donner l'exemple. Quel exemple il faisait…
Il flâna dans les ponts inférieurs, où se trouvaient les quartiers et les zones de détente et de loisirs. Pour une mission d'aussi longue durée, le vaisseau était spécialement aménagé. Il passa devant les salles de sport, les réfectoires, les salles de détentes, la bibliothèque,…
Jim y entra par curiosité, parcourant les rayons riches en diversité, curieux de voir quel genre d'ouvrages il pourrait trouver. Il était heureux que son bâtiment possède encore des ouvrages en papier, le numérique ayant depuis longtemps trouvé une place dans leur monde. Mais si les habitants de la Terre avaient beaucoup évolués en termes de technologies depuis ces derniers siècles, les bienfaits de la lecture d'un livre étaient restés non négligeables et primaient toujours sur les supports numériques.
Il consulta quelques livres, curieux de certains thèmes abordés. Il y avait des livres pour le divertissement, d'autres historiques, d'autres documentaires. Il en trouva même un sur les études comparatives des Romuliens et des Vulcains. Mais c'est après une dizaine de bâillements qu'il se décida à retourner vers ses quartiers.
Bones avait raison, quelque part. Il était fatigué. Il déambula à travers le vaisseau, prenant son temps sur le chemin du retour. Il salua les membres de l'équipage qu'il croisait, certaines têtes étant plus familières que d'autres. Il croisa Carol qui discutait avec une enseigne chargée des opérations, reconnaissable à son uniforme rouge. Il se contenta de les saluer d'un geste de la main, ne voulant pas interrompre leur conversation. Puis il arriva dans son couloir, se dirigeant droit vers ses quartiers… pour tomber sur Spock.
L'homme aux oreilles pointues se tenait devant sa porte, prêt à partir quand il aperçut Jim arriver. Le Capitaine perdit son air habituellement aimable pour saluer fermement son officier.
_Commander Spock.
_Capitaine Kirk.
Le premier officier se décala pour laisser passer son supérieur. Jim composa son digicode pour ouvrir sa porte. Il avait eu dans l'intention de planter Spock devant sa porte, mais quand il entra, le vulcain entra à sa suite sans être invité. Son action surprit Jim l'espace d'une seconde. Il soupira de lassitude, n'ayant pas envie de se lancer dans une conversation avec un homme inflexible. Mais Spock ne pouvait pas être venu pour rien. Il devait y avoir quelque chose.
Le blond attendit alors que son commandant en second prenne la parole pendant qu'il rangeait un peu sa cabine. Il retira son maillot jaune pour ne garder que son t-shirt noir par-dessous. Il retira ensuite ses chaussures et, ainsi plus à l'aise, il reporta son attention sur son visiteur silencieux.
_Vous aviez bien quelque chose à me dire, non ?
Spock, qui l'avait suivi des yeux tout du long, sembla réfléchir avant de se lancer.
_Ce n'est pas important. Peut-être ferais-je mieux de vous en parler demain.
_Faites donc ça, répondit Jim du tac au tac.
Alors que Spock allait partir, il s'arrêta, fixant de nouveau Jim.
_Je perçois de la colère en vous.
_C'est une question ou une affirmation ?
Spock pencha légèrement sa tête sur le côté.
_Un constat. Puis-je en connaître la raison ? Si vous ne jugez pas cela déplacé.
Jim vit rouge en une seconde. Il se leva, couvrant la distance qui les séparait. Il était à deux doigts de le foutre dehors.
_A votre avis, Spock ? Je vais vous aiguiller : je viens de voir le commandement de mon vaisseau m'être retiré par mon médecin en chef et mon Numéro Un qui complotaient dans mon dos. Vous n'éprouvez pas le moindre remords, n'est-ce pas ?! Je suis donc si incompétent à vos yeux ?
Jim soutint son regard avant de se rappeler les derniers messages. Peut-être que Spock n'était pas le seul à le penser. Il se recula et lui tourna le dos.
_Le Docteur McCoy et moi-même ne complotions pas pour vous retirer votre commandement. Nous étions simplement concernés par votre état de santé. En aucun cas cela avait pour but de remettre en question vos capacités à commander cette mission.
Jim tiqua sur le choix des mots et se retourna vers Spock.
_« Concernés » ? Ça ne vous ressemble pas. Ce n'est pas logique.
Il scrutait le vulcain, essayant de l'analyser.
_Rien n'est logique en ce qui vous concerne, Capitaine. Sachez toutefois que votre amitié est pour moi, une chose à laquelle j'accorde beaucoup d'importance.
Jim fut pris au dépourvu. Ça n'était vraiment pas dans les habitudes de Spock de s'exprimer de cette façon. Sa colère redescendit. Il était si pitoyable que ça pour que Spock s'abaisse de cette façon ? Pour susciter une telle inquiétude auprès de son entourage ? Jim essaya de faire bonne figure en esquissant un sourire.
_Et bien, je suis touché. Mais à l'avenir Spock, si vous tenez vraiment à cette amitié, ne me refaites plus un coup pareil. C'est… blessant. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je crois que j'ai du repos à prendre.
Spock hocha la tête. Il se retourna vers la porte et l'ouvrit.
_Bonne nuit, Jim.
_Bonne nuit, Spock.
Puis la porte se referma pour laisser Jim seul face à ses réflexions. Il devait se ressaisir. Il devait montrer qu'il était capable de tenir son rôle de Capitaine. Il jeta alors un regard vers la vitre qui donnait sur l'immensité de l'espace, sur cette magnifique nébuleuse aux nuances si contrastées. Il aimait l'espace. Il y était né. Il ne pouvait pas se laisser abattre. Son regard se posa alors sur le PADD : il y avait d'autres choses qu'il devait régler avant de reprendre son commandement.
Réponses aux Reviews
Minicicile : Merci pour tes compliments et tes encouragements, ça fait chaud au cœur ! J'espère que la suite de l'histoire te plaira. Cette fiction est la première que j'avais commencé à écrire, donc n'hésite pas si tu as des remarques à faire pour m'améliorer !
Julindy : Merci, j'espère que la suite sera tout aussi emballante !
