Merci à Calamar-luciole, Isaya-C, Guest pour leurs reviews.
Je me répète mais c'est vraiment vos retours qui me donnent le courage et la motivation d'écrire et de publier, donc merci à vous.
Calamar-luciole Bonjour et merci pour ta review adorable ! Bonne lecture à toi !
Isaya-C Merci beaucoup pour ta très gentille review. Elle me va droit au cœur. Merci pour tous tes compliments... J'espère que tu continueras à apprécier ta lecture. Bonne lecture, d'ailleurs !
Guest Merci beaucoup pour ton enthousiasme. Je suis vraiment extrêmement contente de parvenir à te changer les idées de ton quotidien, d'autant plus si ce n'est pas facile en ce moment pour toi. C'est ta review qui m'a encouragée à publier ce chapitre plus tôt - je te le dédie, voilà ! Bisettes et à bientôt !
Enemy, familiar friend, my beginning and my end.
Knowing truth, whispering lies, and it hurts again.
What I fear and what I've tried, words I say and what I hide…
All the pain, I want it to end… But I want it again.
I'm still the same, pursuing pain: is it worth all that I've gained?
We both know how this will end.
And it finds me, the fight inside is coursing through my veins.
And it's raging, the fight inside is hurting me again.
And it finds me, the war within me pulls me under.
And without you, the fight inside is breaking me again.
(It's nothing), it's everything!
(It's nothing), it's everything!
(It's nothing), it's everything!
It's breaking me – It's breaking me – I'm falling apart – I'm falling apart…
Fight inside – Red
Chapitre 13 – Pursuing pain
LUNDI 21 OCTOBRE 1996 – Aube, Dortoirs Gryffondors
Évidemment, elle n'en avait pas dormi de la nuit.
Elle sentait ses lèvres brûler et s'entêtait à les toucher du bout des doigts. Elles étaient gonflées et à raison : il ne l'avait pas épargnée. Les à-coups de dents, de langue et les suçotements de lèvres ne l'avaient pas laissée indemne. Jamais n'avait-elle connu une telle sauvagerie, et elle cherchait désespérément à comprendre ce qui avait motivé ses propres mouvements de bouche contre celle de Drago Malefoy.
La lascivité de l'acte et le temps indécent qu'il avait duré, se rappelaient à elle nerveusement à chaque fois qu'elle éprouvait sa langue contre ses dents. Une nouvelle habitude non pas sans rappeler les gestes lents et inopinés de Malefoy, et auxquels elle s'exerçait par mimétisme, lapant l'intérieur de sa mâchoire pour y raviver la mémoire. Quels mouvements primitifs, appliqués mais sans être soigneux, là où l'espace n'avait autrefois fait que filtrer le souffle et qui désormais trouvait négociation dans un plaisir coupable, inexplicable et humiliant.
Ne quitte pas mes lèvres, mais ne les touche pas. Arrête, continue.
Une dissonance inacceptable et inexcusable à laquelle elle peinait à échapper, tout comme il était laborieux de s'y maintenir. La lutte avait estropié sa raison. Voilà là où elle en était.
Tout juste accostée, elle retombait au large. Et pourquoi ? Car c'était une histoire de vagues et de néant.
Le prolongement du baiser, non plus sans contact direct mais par leurs respirations chaudes respectives, se glissant l'une dans l'autre, avait inspiré à Hermione deux noyés cherchant l'oubliance de l'abîme en ayant rejoint l'écume de la surface…
Fermer les yeux et faire comme si tout cela n'était rien que l'abandon n'était pas un égarement mais une volonté, et l'agression un accident. Elle ne savait pas qui condamner, car ils étaient tous les deux coupables de crimes différents.
Son odeur résineuse, ambrée, revenait à ses narines, bien qu'il ne s'agisse que d'une charge de l'imaginaire, et non pas d'une véritable fragrance venue la chercher délibérément, par la proximité de Malefoy.
Comment allait-elle faire pour affronter les regards de qui que ce soit ?
Sa traîtrise défigurait-elle son visage ?
Quelle expression présenterait-elle au monde quand en elle, seul le chaos régnait ?
Mais il fallait se lever. Il le fallait. Et d'ailleurs, robotiquement, ses membres originellement inanimés, et qu'elle pensait atteints d'une forme de tétanie déclinante, s'actionnèrent.
Après sa toilette, mécanique, Hermione descendit mollement jusqu'à la Grand Salle, où elle ne fut pas surprise d'être la première. Elle but une tasse et demi de café et son poignet la força à avaler un bout d'omelette pour ne pas commencer la journée le ventre vide. Elle quitta aussi sec la pièce déserte.
Elle commençait un peu trop bien à comprendre la routine de Malefoy pour ne se risquer à le croiser au petit-déjeuner. Effectivement, lorsqu'elle sortit de la pièce, elle l'entrevit en bout de couloir, la tête plongée dans un gros bouquin et pressa le pas dans la direction opposée.
Non, elle n'avait décidément aucune envie de le croiser. Elle le verrait bien assez tôt, puisque les premiers cours de la matinée, à savoir Étude des Runes et Défense contre les forces du mal, se faisaient en commun. Elle n'aurait un bref répit qu'en Arithmancie, avant d'attaquer l'après-midi un cours long de Potions duquel elle n'attendait rien que d'autre qu'un silence de plomb de Ron, et des compliments à n'en plus finir de Slughorn à l'attention d'Harry, qui la regarderait alors avec un air mi-coupable, mi-réprobateur, ne parvenant pas à se décider entre le repenti ou un regard passif-agressif.
Et ils ignoraient tout. Elle était une traîtresse.
Hermione attendit près d'une heure à côté de la porte de la classe d'Études de Runes, relisant son devoir le cœur battant, et revérifiant des références par deux ou trois fois, tant ses yeux fatigués et vides refusaient toute coopération. Elle ne fut pas le moins du monde surprise de voir apparaître Malefoy bien avant le début du cours, mais s'appliqua à l'ignorer. Il sembla ne rien avoir à lui dire, et l'imita, préférant se plonger dans un livre plutôt que d'évoquer ce qui s'était produit, la veille.
Mais dans ce silence si conscient et palpable, la tension brûlait presque l'air.
Soudain, elle entendit un petit sifflement, et leva le nez. Malefoy l'ignorait superbement, mais sa bouche formait le cercle du coupable, habile subterfuge dont le son évoquait moqueusement des mœurs dissolues. Non, pas seulement le son.
Elle le voyait, et désormais entrapercevait à travers lui le sévère jugement qu'elle portait sur elle-même. Le sifflement continua de flâner entre ses lèvres et elle se demanda à quel point il faisait ça pour qu'elle le regarde, mais surtout pour qu'elle fixe sa bouche.
— Arrête, querella-t-elle au bout d'une minute, ostentatoirement énervée.
Sans doute trop.
Malefoy redressa le visage, l'air las, mais… reposé ? Il avait l'air plus en forme que la veille, et ce constat lui retourna l'estomac.
— Arrêter quoi ? Prêcha-t-il d'une voix traînante.
— Arrête de siffler, précisa-t-elle, les dents serrées.
Elle ne le regardait plus et était replongée dans son ouvrage. Mais le silence fut aussi court que délétère, car enhardi par son injonction, Malefoy recommença insolemment à siffler.
Perdant patience, Hermione rangea rageusement son devoir et son livre, fermant son sac sans y prendre soin.
— Où as-tu appris le maléfice d'en-tissage ? S'enquit-elle soudainement, sans pouvoir s'en empêcher.
Malefoy avait déjà levé les yeux de son livre pour regarder son manège, un rictus sur les lèvres, et la contempla longuement sans répondre, l'air de jauger, de peser le pour et le contre.
— Manuel du Duel, niveau III, révéla-t-il finalement d'une voix fière.
— C'est un livre à destination des Aurors, fit-elle remarquer.
Il la dévisagea comme si elle venait de dire une énormité.
— Et alors ? La magie n'appartient à personne, dit-il simplement.
Hermione s'esclaffa avec ironie.
— Ah, non ? N'est-ce pas là pourtant la fondation même de ton éducation ?
Sa mâchoire se crispa, mais Malefoy laissa simplement apparaître un sourire.
— Laisse-moi reformuler, elle appartient à tous ceux qui sont dignes d'en faire usage.
— Oui, concéda Hermione sans se départir de son rictus. C'est pratique de jouer sur les mots, quand ceux-ci ne veulent plus accommoder nos incohérences.
Malefoy referma brusquement son livre dans un claquement.
— Je suis civil, Sang-de-Bourbe, uniquement parce que je n'ai pas encore décidé du châtiment que tu mérites pour cette nuit… Mais si tu es si impatiente, je peux écourter ma réflexion. Nul besoin de te faire attendre.
— Encore une menace, cela faisait longtemps, répondit-elle sèchement.
— Cesse de me chercher, ou tu vas finir par me trouver, avertit-il.
Elle se rapprocha de lui, prenant son courage à deux mains, et sa migraine à deux tempes. La fatigue, si elle altérait son jugement, avait cela de bon qu'elle octroyait l'adrénaline de l'imprudence. Et, impavide, Hermione ne craignait rien.
— Et alors ? Tu vas m'attacher et m'apprendre des contre-sorts à nouveau ? Le provoqua-t-elle, la voix nettement sarcastique.
— Pourquoi pas, interjeta-t-il d'un ton dégagé. Comme je te l'ai dit, je suis sûr d'avoir beaucoup de choses à t'apprendre.
Il n'était pas aussi glacial que d'habitude.
Quelque chose dans son comportement était moins… maîtrisé. Il n'en était pas plus aimable, bien sûr, et encore moins poli, ni même ne cessait de la menacer… Mais quelque chose dans son regard, dans sa tenue, et dans la froideur de sa voix, était bien plus humain qu'elle ne l'avait vu depuis le début de l'année.
Et ses yeux étincelaient.
— Et si je te le demandais ? Demanda-t-elle, une pointe de folie dans la fatigue.
— Il te faudrait quelque chose à m'offrir, et cela me paraît hautement compromis, rejeta-t-il, toutes dents dehors, tel un prédateur refuserait poliment le cou tendu d'un agneau.
— C'est vrai, consentit-elle.
Malefoy continuait de la scruter, son sourire carnassier se réduisant dans un rictus narquois.
— À moins, bien sûr, que tu ne me demandes un tutorat sous la justification de ton infériorité à mon égard.
— Malefoy, je te surpasse dans toutes les matières, balaya-t-elle d'un air navré pour lui.
— Plus vraiment, s'enjoua-t-il d'une moue goguenarde. Nous sommes coudes à coudes en Sortilèges, Métamorphose et Potions. Je te dépasse totalement en Défense–
— Avec Rogue, quelle surprise, leva-t-elle les yeux au ciel, feignant de ne pas se sentir blessée par ses propos.
— … ainsi qu'en Études des Runes.
— Et je suis meilleure que toi en Botanique.
Malefoy laissa échapper un tic de mépris.
— La Botanique, cracha-t-il le mot. Comme si c'était une matière importante.
— Je suis sûre qu'elle compterait pour toi si tu m'y dépassais, décréta-t-elle avec acidité.
— Tu devrais descendre de ton piédestal, ignora-t-il sa dernière réplique. En duel, tu ne vaux pas un clou, preuves en sont nos dernières altercations. Dois-je te rappeler que j'ai pu aisément récupérer ma baguette, et t'avais désarmée et entravée ?
Hermione ne sut pas quoi répondre. C'était vrai.
— Je… Les duels ne sont pas mon forte.
— C'est le moins que l'on puisse dire. Tu vas devoir travailler plus dur que ça si tu veux survivre là-dehors, railla-t-il en montrant les hautes fenêtres d'un signe de tête insolent.
— Qu'est-ce que ma survie peut bien te faire ? Glapit-elle avec une voix mauvaise.
— Oh, mais pour rendre le jeu intéressant, Sang-de-Bourbe, susurra-t-il, suave.
Le rouge lui monta aussitôt aux joues, évidemment. La façon dont il parlait était plus licencieuse que menaçante.
— Tu n'auras pas le temps de « jouer » à quoi que ce soit. Être un Mangemort, c'est torturer et tuer. Pas faire des parties de cache-cache.
— Tu as l'air d'en savoir beaucoup sur les Mangemorts, Granger, remarqua-t-il avec sagacité. Montre-nous donc ton bras gauche, pour nous assurer que tu ne fais pas partie de leur camp, nargua Malefoy.
— Tu veux dire, du tien ? Répliqua-t-elle.
Leur joute verbale fut interrompue par l'arrivée des autres élèves. Ils firent mine de s'ignorer aussitôt. Zabini rejoignit Malefoy en baillant et Hermione détourna le regard, l'expression du visage fermée.
Pourquoi diable avait-elle engagé la conversation ?
Au déjeuner, Hermione mangea avec nervosité, oubliant de mâcher correctement à plusieurs reprises, et se retrouvant à s'étouffer avec ses haricots verts plus d'une fois. Au bout de la quatrième tape dans le dos de la part d'Harry, elle finit par éclater de rire vu le ridicule de la situation, et le miracle de l'absurde se répandit aussitôt comme une trainée de poudre, entraînant Ron et Harry dans son hilarité. Cela faisait deux semaines qu'Hermione n'avait pas ri comme ça avec Harry, et cela lui mit du baume au cœur. Les accidents de fou-rire. Un remède vieux comme le monde pour aider à réhabiliter une amitié.
Le déjeuner, d'ailleurs, fut bien plus détendu que les précédents repas, et Hermione se demanda si, enfin, Harry n'avait pas décidé de lui pardonner véritablement leur houleuse discussion.
Ce soir-là, elle était invitée à l'une des sauteries de Slughorn. Ayant d'ores et déjà refusé sa première invitation, cette première tombant avec chance le jour de son anniversaire – jour qu'elle préférait désormais ne plus se remémorer tant le souvenir était cuisant – elle ne pouvait décemment plus l'éviter.
Ginny, elle, ne s'y rendait pas car elle avait entraînement de Quidditch avec Ron, Harry et les autres de l'équipe. Le dernier avant le match du samedi suivant, le premier de la saison, contre Serpentard. La rousse lui avait prêté une robe couleur lilas qui, lui avait-elle dit, avait appartenu à Tonks mais cette dernière ne portant jamais de robe, la lui avait offerte l'été dernier. Hermione avait tressé ses cheveux et les laissa en queue de cheval tombante, se dégageant le visage, avant de se rendre dans les cachots. La soirée était assez animée malgré le caractère très intimiste et tamisé des lieux. Tout était en bon goût : le petit buffet, un violoniste, un flûtiste et un accordéoniste rythmaient les paroles de la petite fête, et des sourires – sincères ou non, elle n'en savait rien – sur tous les visages.
Désœuvrée, Hermione se dirigea machinalement vers le buffet, et sans attendre de se faire servir un verre par un elfe, préféra se le verser elle-même. Elle essaya de se rasséréner en se rappelant que la prochaine fois qu'elle irait à l'une de ces fêtes, Ron l'accompagnerait. Cette pensée lui mit un baume au cœur et elle continua de se servir la coupe. La manœuvre, audacieuse, ne passa pas inaperçue, puisqu'elle entendit un petit rire goguenard derrière elle. Hermione roula des yeux.
McLaggen. Bien sûr. Il était invité lui-aussi.
— Je vois que tu prends les choses en main, Hermione, la salua-t-il avec un petit air de connivence, comme s'ils étaient amis ou quelque chose du genre.
Hermione serra un peu les doigts autour de son verre et força un sourire hypocrite sur son visage, sans trop savoir pourquoi. Elle but une grande gorgée de champagne rosé et, se léchant sans pudeur les lèvres, revint s'en servir une bonne lampée. Il n'allait pas la lâcher, elle en était sûre.
Avec une sorte de fausse superbe, il vint s'accouder au buffet, s'approchant un peu trop d'elle et lui jetant un petit mouvement de tête pompeux.
— Tu vois cette femme, là-bas ?
Poliment, Hermione s'intéressa à la personne qu'il désignait.
— C'est Gwenog Jones.
L'air désintéressé d'Hermione sembla l'alerter.
— Des Harpies, crut-il bon de préciser.
— Des harpies ? Répéta Hermione bêtement.
— De Holyhead, élabora McLaggen, sans le moins du monde dissimuler sa surprise à l'égard de sa méconnaissance d'un tel fait.
Hermione fit un « ah » de reconnaissance, bien plus fort qu'elle ne le pensait vraiment. Que ne se moquait-elle du Quidditch et de ses joueurs. À part Viktor, aucun d'entre eux ne l'avaient intéressé. Enfin, sauf si on comptait Ron. Mais… Enfin Ron n'était pas à proprement parler un joueur de Quidditch professionnel. Et Hermione se fichait du sport.
— Je lui ai parlé tout à l'heure, elle m'a dit qu'elle avait des contacts chez les Canons. Elle m'a dit qu'ils auraient certainement besoin d'un nouveau gardien d'ici quatre ans, et qu'elle voulait bien mettre un mot à mon sujet. Cool, hein ?
Une fois de plus, Hermione força un sourire. Oui, cool, du réseautage. Formidable.
Remercier les gens pour leur entregent et leurs relations plutôt que par leurs véritables accomplissements.
Merveilleux.
Évidemment, Hermione savait qu'elle était aussi négative car il s'agissait de Cormac et non pas de qui que ce soit d'autre.
— Bref, éluda-t-il. Content de voir que tu t'es jointe aux festivités. Tu nous as manqué la fois précédente.
— Vraiment ? Ironisa-t-elle.
Il ne sembla pas saisir son intonation car il lui adressa un sourire absolument ravageur, probablement convaincu d'être charmant.
— Surtout à moi. J'avais vraiment espoir de t'y croiser. Mais malheureusement, avec ton indisposition, et tout ça.
— C'était mon anniversaire.
— Oui, mais tu étais à l'infirmerie dès le lendemain, si je ne m'abuse ?
— Oui, acquiesça-t-elle, déjà éreintée par leur conversation qui n'allait nulle-part.
— Je suis venu te rendre visite avec des fleurs, rappela-t-il avec un ton un peu courroucé, comme agacé qu'elle ait pu oublier.
— Oui, je me souviens, dit-elle simplement.
Elle essayait de faire durer son verre, mais la présence de McLaggen ne la poussait qu'à le porter à ses lèvres. Elle se maudissait de ne pas être parvenue à rassembler son courage et à demander à Ron de l'accompagner cette fois-ci également. Elle voulait que Cormac, non seulement lui fiche la paix, mais en plus voie qu'elle préférait nettement la compagnie du roux à la sienne. Mais Ron avait le Quidditch, tout comme Harry et Ginny. Et Hermione était ici, seule.
Passant en revue les personnes dans la pièce, Hermione ne trouva pas la moindre issue : il n'y avait que des inconnus, ou plutôt des adolescents auxquels elle n'avait jamais adressé la parole et qui, donc, ne pouvait pas la sortir de ce mauvais pas. À part bien sûr Zabini, mais ils étaient très loin d'être amis, ce qui à cet instant présent était bien dommage car il était tout seul. Il croisa son regard et dériva ses yeux sur Cormac avant de revenir jusqu'à elle, esquissant un petit sourire narquois dont seuls les Serpentards avaient le secret.
Visiblement, son calvaire était inscrit sur son visage, manifeste aux yeux de tous si ce n'était à ceux de McLaggen, ce qui était plus qu'infortuné.
— Bien, je vais y aller, murmura soudain Hermione, douloureusement consciente que seule une partielle ébriété pourrait rendre cette soirée supportable, or elle n'était pas entourée de famille ni d'amis, et ce n'était donc pas souhaitable parmi tous ces inconnus, dont l'un d'entre eux comptait parmi le corps professoral.
— Déjà ? Se scandalisa Cormac. Mais tu viens tout juste d'arriver !
— Oui, mais j'avais déjà prévu de ne faire qu'une courte apparition. Et voilà qui est fait ! Assura Hermione, de plus en plus mal à l'aise.
Cormac, renfrogné, fit un pas de recul, l'air d'analyser la situation.
— Je te ramène à la salle commune, décréta-t-il sans lui demander son avis.
— Non ! Merci, mais ce n'est vraiment pas nécessaire.
Mais il la suivait déjà jusqu'à la porte, inconfortablement près de là où se trouvait justement Zabini.
— J'insiste.
S'il fallait le flatter pour se départir de sa présence, Hermione n'hésiterait pas.
— C'est très gentleman de ta part, Cormac, et crois bien que je t'en remercie, mais je souhaiterais faire une halte aux toilettes et je préfèrerais donc m'y rendre seule, si cela ne te dérange pas.
Elle prenait des pincettes, utilisait une excuse : il la faisait tourner chèvre !
Esquissant une grimace peu amène, Cormac finit par se résoudre à l'écouter.
— Bon. Eh bien à demain, dans ce cas. J'espère que nous aurons davantage d'occasions de nous voir et de discuter…
Et moi donc…
Hermione quitta l'endroit sans demander son reste.
MARDI 22 OCTOBRE 1996 – Matinée
La matinée avait bien mal commencé. Ron était, sans qu'elle ne sache pourquoi, d'une humeur véritablement e-xé-cra-ble (ndla : voir Les reliques de la mort).
Il l'avait à peine saluée, bougonnait ses réponses sans la regarder, et ne l'attendait pas aux sorties de cours. Harry ne cessait de lui lancer des regards navrés qu'elle ne comprenait pas. Ginny, quant à elle, ne leur adressait plus la parole, et ignorait son frère avec la plus grande application. Hermione n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'était passé durant l'entraînement de la veille, mais certainement quelque chose de déplaisant, vu l'attitude des personnes susnommées et du reste de l'équipe qui ne cessait de foudroyer Ron du regard.
Quand ils sortirent du cours de Métamorphose, juste avant le déjeuner, Hermione s'attarda pour ranger ses affaires et Ron n'attendit pas. Hermione fit signe à Harry de le suivre, agacée et vexée par son comportement. De toute façon, elle souhaitait parler avec McGonagall.
Lorsqu'elle fut certaine que tout le monde était parti, elle prit la peine de fermer la porte de la salle de classe, sous l'œil interrogateur du professeur, et s'approcha de son bureau.
— Je voulais vous informer que Malefoy se rendait dans la Salle sur Demande. Je ne sais pas pourquoi.
— La Salle sur Demande, répéta McGonagall, la voix rendue aigüe par la surprise.
— Oui, confirma Hermione. Évidemment, nul besoin d'observer que ce comportement ne dit rien qui vaille.
— En effet, assentit McGonagall. Sait-il que vous êtes au courant ?
Hermione prit une longue inspiration.
— Oui, finit-elle par avouer.
— Faites attention, Miss Granger, l'enjoignit sévèrement la professeure. Nul n'est véritablement capable de prévoir ses intentions, et il serait malavisé de vous dresser aussi farouchement sur sa route. Je ne vous ai pas demandé de vous interposer.
— Je sais, je sais, éluda Hermione, l'intonation désemparée. C'était un accident.
— Je rapporterai évidemment ce fait au professeur Dumbledore. Lui seul saura si cela est préoccupant ou non.
Hermione n'était pas d'accord : quoi qu'en dise Dumbledore, le fait que Malefoy se rende dans cette salle n'annonçait rien de bon. Personne ne pourrait la convaincre du contraire.
— Ai-je le droit d'en parler à Harry et Ron ?
McGonagall la scruta longuement, l'air de sincèrement pondérer la question.
— Je ne suis pas sûre, murmura-t-elle. Je dois en discuter avec le professeur Dumbledore.
McGonagall se leva de sa chaise, d'un coup de baguette rangea son bureau, et fit apparaître deux tasses de thé fumant, ainsi que deux assiettes de petits club-sandwichs.
— Comment savez-vous qu'il s'y rendait ? L'avez-vous suivi ?
Hermione se mordit l'intérieur des joues. Qu'allait-elle lui dire, au juste ? Que sitôt sortie de son bureau, elle avait commencé à braver ses recommandations et directives ? McGonagall avait spécifiquement demandé à Hermione de ne pas suivre Malefoy. Elle avait purement et simplement désobéi. À plusieurs reprises, pas moins.
— Par hasard, mentit Hermione.
— Quand était-ce ?
Elle ne pouvait pas décemment lui dire que c'était au beau milieu de la nuit.
— Un soir, lorsque je faisais ma ronde.
— Vous n'êtes pas censée aller dans ces étages, Miss Granger : ce sont les lieux de ronde des préfets Serdaigles.
— Je sais, finit par dire Hermione d'un ton désolé.
Même en dissimulant la vérité, elle se mettait dans de beaux draps.
McGonagall but quelques gorgées de thé, la fixant par-dessus sa tasse avec un regard autoritaire.
— Qu'en est-il de votre projet de reprendre votre groupe d'entraînement ? Votre présence dans la salle pourrait décourager naturellement Monsieur Malefoy de s'y rendre.
Hermione n'avait pas songé à cela, mais l'idée avait beaucoup de sens.
— Il faut que j'en discute à nouveau avec Harry, mais c'est effectivement un excellent argument. Cela serait encore mieux si je pouvais lui parler de Malefoy directement…
Et cela aiderait sa conscience coupable. Car sous les secrets, Hermione croulait désormais. Mais McGonagall ne lui donna pas son assentiment, détournant le sujet.
— Cela se passe-t-il mieux entre vous ?
— Un peu, approuva Hermione... Même si quelques tensions demeurent.
Par contre, avec Ron, elle courrait depuis ce matin à la catastrophe, sans ne comprendre pourquoi ni comment ils en étaient arrivés là. Mais elle n'allait pas commencer les déboires de sa vie sentimentale au professeur McGonagall.
— Les temps sont durs. Il faut vous serrer les coudes et vous faire confiance, recommanda McGonagall.
Hermione acquiesça d'un signe de tête, fourrant l'extrémité d'un sandwich dans sa bouche pour ne pas avoir à répondre.
— Je suis contente que vous soyez venue me trouver, Miss Granger, car j'ai quelque chose à vous donner. C'est de la part de vos parents. C'est pour votre anniversaire. Excusez le retard, mais le dispositif de sécurité du courrier est évidemment prioritaire. Je l'ai vérifié moi-même.
Hermione fronça les sourcils : ses parents lui avaient offert la montre qu'elle portait à son poignet pour son anniversaire. Montre superbe qu'elle adorait. Cela avait été tout un cérémonial. Ils avaient convenu qu'il était trop compliqué de lui faire parvenir quoi que ce soit.
McGonagall lui tendit cependant un paquet kraft enjolivé de quelques rubans, signe que c'était sa mère qui l'avait emballé.
Hermione le déballa sans même y penser et trouva un coffret en velours couleur cerise, légèrement élimé. Elle connaissait cette boîte. Elle venait de sa grand-mère, à Waterford. Quand elle ouvrit, elle y trouva ce qu'elle escomptait, et son cœur battit à tout rompre. Il s'agissait du médaillon de sa grand-mère. Il avait été son trésor pendant la Seconde Guerre Mondiale. D'influence victorienne, et portant des ornements de marcassite et de petites perles d'eau douce, le médaillon était tout aussi élégant que sobre. Elle l'avait vu des années durant pendre au cou de sa grand-mère, et lui avait régulièrement demandé de le regarder de plus près car l'objet la fascinait, tant par son aspect, que par l'histoire trans-générationnelle qui l'accompagnait.
Ses grands-parents avaient été mis au courant des capacités magiques d'Hermione, et ce, dès son plus jeune âge. Dans la famille Kelly, nom de naissance de sa mère, la magie n'était pas crainte, mais plutôt révérée. Sa grand-mère avait toujours été très fascinée par le tarot, la bonne aventure, et les mystiques de la vie et de la mort – ironique, lorsque l'on voyait les capacités limitées d'Hermione en matière de Divination.
Lorsque leur petite-fille s'était avérée être une véritable magicienne, ils avaient été ravis. Ses parents paternels, bien moins prompts à agréer à de telles sornettes – bien qu'il s'agisse de gens adorables – n'étaient quant à eux pas informés, et c'était bien mieux ainsi.
Incapable de camoufler son émotion, et ne cherchant pas même à le faire, Hermione s'empara tout doucement du bijou, le coinça entre ses doigts, et l'ouvrit avec prudence. Dedans, une photographie de ses parents d'un côté, et de ses grands-parents maternels de l'autre. Tabitha et Reynold Kelly, dans toute leur splendeur.
Les yeux embués, Hermione referma le coffret et le rangea soigneusement dans son étui kraft, puis dans sa besace.
— C'est un très beau cadeau, Miss Granger, asserta McGonagall d'une voix plus douce qu'à l'ordinaire.
Ne trouvant le moyen d'articuler un mot tant sa gorge était serrée, Hermione ne fit qu'hocher bêtement la tête.
— Vous ne souhaitez pas le mettre ?
— Je… Si.
Elle refit ses gestes à l'envers, les mains légèrement fébriles.
— Laissez-moi vous aider, dit simplement McGonagall en actionnant sa baguette.
Les cheveux d'Hermione se soulevèrent tous d'un même coup, laissant sa nuque nue, et apte à y clore le fermoir.
Le bijou, lourd, retomba dans le creux de son cou. La chaine n'était pas longue, et pour cause, sa grand-mère était une petite femme chétive et gracile, telle qu'on en voyait rarement. À côté, Hermione était bien plus solidement bâtie, et son cou était plus épais. Le bijou lui allait pourtant très bien. C'est du moins ce dont elle eut l'impression quand McGonagall la regarda, un petit sourire fier aux lèvres.
— Ainsi, vous les emmenez toujours avec vous.
Hermione n'était plus habituée aux photographies statiques, et le sourire fixe de ses parents ainsi que celui de ses grands-parents lui auraient presque fait souhaiter qu'elle les immortalise en mouvance. Mais ce n'était pas le moment de songer à cela. Pourtant, un manque cruel s'était avivé à l'agréable brûlure de l'émotion. Désormais, elle se retrouvait à balloter dans son corps comme une noix dans sa coque.
Sa famille lui manquait atrocement.
— Je dois rejoindre les autres, finit par dire Hermione.
— Oui, filez, consentit McGonagall en regardant l'énorme et vieille horloge accrochée au mur de la salle de classe. Et faites attention à vous, Miss Granger.
MERCREDI 23 OCTOBRE 1996 – Aube, Dortoirs Serpentards
Le hululement stupide du réveil magique de Théodore n'a pas encore sonné. Il est tôt.
Drago tend le bras au-dessus de sa tête pour observer sa main. La trace de morsure est évidemment toujours là, refermée mais profonde. Il est mauvais en magie de guérison, et c'est le prétexte qu'il a décidé d'employer pour refuser d'essayer de se soigner. Sa mauvaise foi, bien sûr, taisant toute possibilité d'aller faire soigner cela à l'infirmerie.
Mais la morsure lui plait. Les traces de dents, régulières et incises, crénèlent sa peau dans un arc souple et une fine et subtile douleur s'aiguise dans chaque entaille. Il n'a rien contre cette blessure. Au contraire. Plus il la regarde, plus il s'en amuse. Avoir senti sa bouche contre sa main, sa langue contre sa peau, ses dents s'enfoncer dans sa chair, ce n'était pas si mal. Il avait apprécié la rebuffade et l'insubordination.
Pourquoi ?
Car il avait sous les yeux la preuve tangible que ce qui s'était produit n'était pas le fruit d'un délire ou de son imagination. Leurs bouches s'étaient entrechoquées, avaient guerroyé, vacillantes, recourant l'une à l'autre avec la tacite rancœur d'un voyageur envers un hôte aux manières inhospitalières, mais obligées. Le baiser malveillant, immersif, subversif, excessif, s'était achevé dans un silence désemparé, seulement rythmé par leurs souffles.
Et elle avait honte. Elle n'osait plus lever la tête de son assiette aux repas, ni même en cours. Elle penchait son visage même lorsqu'elle marchait, ne se servant que de sa vision périphérique, et occultant tout regard direct. Sa diligence à l'éviter était telle qu'il se demandait comment elle faisait pour s'y maintenir avec une telle rigueur. Ils avaient de nombreux cours en commun, mais elle fixait le vide, concentrée sur son écriture, sur ses mains ou sur ses pieds. Elle obliquait ses mouvements, se complaisait à lire sans s'arrêter, refusait par des gestes accablés des conversations qui aurait pu réclamer son attention jusqu'à les faire se croiser du regard. Une expression fermée gardait son visage, mais épisodiquement, il voyait fleurir sur ses joues de grandes rougeurs, et à ces moments-là, il se flattait de savoir ce à quoi elle songeait.
Depuis cet épisode, Drago avait été inexplicablement capable de se concentrer avec davantage de facilité. Bien sûr, le sevrage était toujours aussi difficile, mais le magnétisme qui l'attirait à la potion et l'en obsédait n'était plus si… immanent. Le manque traversait bien son corps, et ne lésinait pas à labourer ses membres de courbatures, son crâne de migraines et son nez de saignements. Pour autant, le mal ne causait plus la même causticité à son être.
Cela ne faisait que le persuader davantage qu'exploiter cette bienheureuse incidence était indispensable pour le salut de son corps et de son esprit.
Cette matinée, ils avaient deux cours en commun, et l'après-midi, deux heures et demi de Métamorphose. Il n'avait pas l'intention de la laisser fuir son attention bien longtemps.
MERCREDI 23 OCTOBRE 1996 – Cours d'Études des Runes
Hermione entra évidemment la première dans la salle de classe, ayant été la première à arriver devant la porte du cours, comme d'habitude. Elle était suivie de près par Susan, et continuait de lui raconter à voix basse et sur un ton désespéré que Ron avait passé la soirée de la veille à la vilipender et à travailler avec Lavande sur leurs exercices de Métamorphose qu'elle-même avait terminé depuis bien longtemps, quand elle entendit une masse plus lourde s'installer à ses côtés. Plongée sur la gauche de son pupitre et sortant son livre et son parchemin de notes, elle se détourna de ses affaires et fit soudain face à Drago Malefoy, qui était désormais assis à côté d'elle, le menton sur la paume, et la dévisageait avec une expression exsudant la moquerie et la malice.
— Salut, Granger, déclara-t-il d'un ton impérieux.
— Dégage, Malefoy, grinça Susan derrière lui. C'est ma place.
Mais Malefoy ne lui accorda pas même une œillade.
— Comment ça va ? Continua-t-il sur le même ton amusé.
— Malefoy ! S'écria Susan.
— La ferme, Bones, interjeta-t-il sans la regarder. Cesse les enfantillages, il y a d'autres sièges autour, je te ferais remarquer. Tu n'as qu'à t'asseoir à côté de Zabini.
Absolument ulcérée par son audace et son insolence, Susan resta tout aussi coïte que l'était présentement Hermione. Quand le professeur entra et ordonna à tout le monde de s'asseoir, Susan s'exécuta et s'assit à la place habituelle de Malefoy, autrement dit présentement derrière lui et à côté de Zabini.
Complètement soufflée, Hermione avait bien sûr détourné les yeux aussitôt, et peinait à garder le regard fixe et droit, tant elle sentait le sien sur elle. Ses joues étaient brûlantes, et ses mains crispées sur la table.
— Quel manque de courtoisie, nota Malefoy.
Mais elle continua de l'ignorer et le cours commença. Le professeur de Runes ne prenait pas garde aux élèves, toujours leur faisant dos pour composer des symboles au tableau, les décomposant d'une voix très forte afin que chacun puisse comprendre l'ordre de tracé et l'origine de chaque arc.
Aujourd'hui, il expliquait les runes de polarité, et le sujet le passionnait suffisamment pour qu'il n'accorde aucune importance aux bavardages qui se tenaient dans la classe, et qui de toute manière, n'étaient pas assez bruyants pour couvrir sa voix et attirer son attention.
— Tu as mal dormi, peut-être ? Proposa-t-il, le ton plein de sous-entendus.
— Tu veux te taire, oui ? L'interrompit-elle sèchement sans le regarder. J'essaye de suivre.
Mais Malefoy n'avait visiblement aucune envie de la laisser tranquille, car il laissa simplement échapper un petit ricanement et continua à la scruter. Pendant que son menton s'avachissait toujours plus sur sa paume droite, il gribouillait quelque chose qu'elle ne pouvait pas voir avec l'embout de sa baguette magique. Certainement pour frimer.
— Peur de rater quelque chose ? De ne plus être à la hauteur ? De perdre ton trône de première de la classe ? Nargua-t-il d'une voix suave.
Ses consonnes donnaient presque la sensation qu'elles lui caressaient l'oreille et le contact imaginaire lui donnait des frissons.
— Qu'est-ce que tu veux ? Glapît-elle le plus doucement qu'elle le put.
— Mais rien, plaida-t-il, toujours plus narquois.
— Laisse-moi tranquille, je veux écouter !
— À quel prix ?
Exaspérée, Hermione l'ignora de plus belle.
— Tu es sûre que l'extrémité dextre est aussi ronde ? Pointa-t-il son parchemin à l'aide de sa baguette.
Hermione vérifia plusieurs fois au tableau, et s'aperçut qu'il avait raison. Comment pouvait-il écouter et l'emmerder en même temps alors qu'elle-même ne parvenait pas du tout à suivre les propos et les consignes du professeur à cause de ses distractions ?
— Tu perds ton avance sur les cours, Granger ? Besoin de leçons particulières, peut-être ?
Nul besoin d'avoir l'esprit mal placé pour comprendre ce qu'il entendait par-là. Cramoisie, Hermione préféra ne rien répondre et angula avec plus de précision l'arc à l'extrémité droite de sa rune.
— Je connais déjà les runes de polarité, tu sais, se vanta-t-il à mi-voix en se penchant vers elle, comme ayant l'air de lui confier un secret. Je connais les runes de vibration, de causes et d'effets, et de correspondance.
Cette fois, Hermione ne put s'empêcher de le regarder, et dût presque réprimer une expression admirative. Prétendait-il avoir d'ores et déjà étudié, comme elle-même l'avait fait pendant l'été, les runes du programme ?
Apparemment satisfait d'avoir retenu son attention, Malefoy lui adressa un petit rictus.
— Impressionnée ? Intima-t-il.
— Je… Je les connais aussi, figure-toi, éluda-t-elle.
— Et pourtant, tu te trompes déjà dans l'écriture de la rune apolaire. C'est la plus simple de tout le chapitre sur la polarité, défia Malefoy avec un air goguenard.
— Si tu ne me perturbais pas, je ne me tromperais pas, cingla-t-elle pour le faire taire.
— Oh ? Se scandalisa-t-il presque de son propre comportement. Je te perturbe ?
Redoublant de mortification, Hermione essaya tant bien que mal de fermer ses oreilles à toute incursion sonore venant de sa direction, mais elle savait que le combat était perdu d'avance.
Il continua toutes ses gamineries pendant le reste du cours et à sa fin, la tête d'Hermione était grosse comme une pastèque. Lorsque le professeur les enjoignit à sortir, elle fila aussi vite que l'éclair et le pas furieux, sans jeter un seul regard en arrière. Heureusement, elle avait présentement cours d'Arithmancie, et Malefoy n'assistait pas à ce cours.
Quand elle fut assise à son pupitre, elle remarqua une feuille de parchemin d'un papier avec lequel elle n'était pas familière. Il avait glissé un mot dans son sac.
C'était un parchemin qui contenait une par une toutes les runes du syllabaire qu'ils avaient à apprendre durant l'année. Quel… vantard ! Insupportable.
En bas du parchemin, il y avait écrit en d'élégantes lettres romanes :
Malefoy 1 – Granger 0
Le zéro était souligné avec soin mais légèreté. Agacée, Hermione mit le parchemin en boule et le fit disparaître en flammes.
Saleté de Malefoy.
Susan n'avait plus d'encre dans son encrier et avait oublié le flacon neuf sur sa table de nuit. Si elle avait été assise à côté d'Hermione, elle aurait pu lui en demander, mais à cause de ce détritus ambulant de Malefoy, elle se retrouvait à côté de Zabini. Et il était hors de question de lui demander de l'encre.
Elle se résigna donc à ne pas prendre de notes, jusqu'à ce qu'après un léger soupir, Zabini ne s'empare de son encrier vide et y verse une lampée du sien.
— Tiens, Bones, dit-il. Inutile de me remercier, faisons comme si rien ne s'était produit, ok ?
Elle ne daigna même pas lui répondre, ni même le regarder. Elle ne put par contre réprimer la sensation de honte qui l'envahit à son propre comportement, bien qu'elle ne s'y astreigne. Il était un Serpentard, ami de Mangemorts. Elle préférait manger de la chauve-souris plutôt que de lui dire merci.
— Ravi de voir que nous sommes en phase, chuchota-t-il, avec un rictus dans la voix.
Quand même.
C'était aimable de sa part.
MERCREDI 23 OCTOBRE 1996 – Salle commune des Serpentards
Les tentures vertes battaient dans l'appel d'air de l'étroit et noir couloir d'entrée. Dans la pièce principale, les murs vitrés donnant sur l'eau du Lac Noir laissaient défiler de larges formes floues dans le mouvement lancinant de très hautes algues.
Les candélabres, malgré leurs mèches allumées, illuminaient à peine la pièce, renvoyant plutôt des verdoiements sur les murs et le sol cadetté par d'immenses morceaux réguliers d'anthracite.
Granger était furieuse, et c'était parfait ainsi, se disait-il tout en se laissant tomber sur l'un des nombreux divans de la salle commune. Zabini s'assit à ses côtés, en compagnie de Parkinson.
Nott, bien sûr, était en Arithmancie, et Malefoy lui aurait bien volé sa place l'espace d'un cours, histoire de continuer à la faire tourner chèvre.
— Je n'ai pas envie d'aller en Potions, geignit Pansy. Je déteste ce gros morse.
— Il n'est pas si mauvais, fit observer Zabini en rangeant un livre qu'il avait encore sous le bras dans son sac.
— Sérieusement ? L'interpella Drago. Tu ne préférais pas quand c'était Rogue ?
— Ça m'est égal, dit Blaise en haussant les épaules. Je suis content d'avoir Rogue en Défense. C'est un bon prof. Et Slughorn est intéressant, donc je pense que nous y gagnons au change.
Lui et Blaise s'étaient réconciliés, ou plutôt, avaient fait comme s'il ne s'était rien produit. Comme d'habitude.
Nott, lui, prenait de grandes pincettes avec Drago, mais il lui fallait toujours plus de temps pour que les choses reviennent dans l'ordre.
— Personnellement, je pense qu'on y perd, contrecarra Drago d'une voix mauvaise.
— Rien ne t'obligeait à suivre les matières, récusa Blaise en haussant un sourcil amusé.
— Comme si j'avais eu mon mot à dire, renâcla Drago avec une sorte de lassitude. Mes parents ne voudraient pas que j'abandonne une matière si j'ai eu mes BUSES. Question de prestige apparemment.
— C'est n'importe quoi, intervint Pansy. C'est pareil chez moi, et je pense qu'on nous empêche d'employer notre temps à des activités qui nous intéressent plus.
— De toute façon, tu aurais suivi Drago partout, se gaussa Blaise dans le moindre égard pour la présence du susnommé.
Pansy lui fit les gros yeux.
— Si c'était ça, gros malin, je ne me plaindrais pas d'aller en Potions.
— Pansy, tu t'es plainte d'aller en Potions les cinq dernières années, je ne vois pas pourquoi celle-ci serait différente, interjeta Blaise avec un sourire victorieux à son adresse.
— Bon, j'ai compris, tu veux gagner le débat, se lassa Pansy qui préféra allonger sa tête sur les genoux de Drago.
Le poids de la tête de Pansy sur ses cuisses évoqua à Drago une toute autre proximité féminine, et il sourit narquoisement pour lui-même, donnant certainement l'impression à la Serpentarde que c'était son geste qui lui plaisait.
— Pauvre Nott, soupira Blaise.
— Pourquoi ? S'enquit Pansy en se regardant les ongles de la main droite d'un air détaché.
Drago et lui échangèrent un regard amusé. Nott avait le béguin pour Parkinson, aussi surprenant cela soit-il.
— Il est en Arithmancie, développa Blaise, sans embarras pour son détournement du sujet.
— C'est vrai, minauda Pansy avec un petit rire sournois.
Mais Drago n'avait pas envie de laisser tomber le sujet de Slughorn, et le relança.
— C'est d'aller à ses sauteries enfarinées qui ramollit ton jugement de Slughorn ?
Drago n'avait pas esquissé la moindre grimace, ni n'avait laissé transparaître la moindre animosité dans son regard, et pourtant, il savait que Blaise ne s'y tromperait pas. Il était réellement agacé de ne pas être invité à ces fêtes, alors même qu'elles étaient la mesure de la réputation, et voir la sienne traîner aussi bas, plus bas encore que des traîtres à leur sang ou même des sangs-de-bourbe lui retournait l'estomac.
— Pas vraiment, finit par dire Blaise, en ayant presque fait semblant d'y avoir réfléchi
Le Serpentard expira par le nez pour évacuer un peu de tension.
— D'ailleurs, maintenant que j'y pense…Vous saviez que McLaggen avait des vues sur Granger ? Annonça soudain Zabini.
Interpellé, Drago reporta son regard sur lui, l'invitant silencieusement à élaborer.
— Il lui faisait un sacré rentre-dedans hier soir.
— À Hermione Granger ? Railla Pansy. Cette vieille serpillère ? Comme quoi, tout arrive.
Blaise haussa les épaules, l'air amusé.
— Elle n'en menait pas large, concéda-t-il. Le manque d'habitude, sûrement.
Pansy ricana mesquinement à cette plaisanterie.
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Insista Drago, pour qui Blaise n'était pas suffisamment entré dans le détail.
— Il s'est jeté sur elle dès son arrivée dans la pièce. Il faut dire que c'est toujours étrange de voir Granger en robe de soirée.
— Un laideron, ponctua Pansy.
Mais Blaise ne confirma ni n'infirma, et Drago attendait la suite.
— Aussi sec, elle a voulu décamper. Il tenait à la raccompagner jusqu'à leur salle commune mais elle ne semblait pas être tentée.
— C'est à se demander ce qui la retient, s'exclama Pansy. La pudibonderie ou la lucidité d'être le dindon de la farce.
Drago, cette fois, baissa le visage vers Pansy.
— Pourquoi ?
— Parce que McLaggen ne la lâchera pas tant qu'il n'aura pas obtenu ce qu'il veut, expliqua Pansy d'une voix ennuyée et pleine d'évidence en se regardant les ongles.
— Mais pourquoi tu parles de dindon de la farce ? S'enquit à son tour Blaise, curieux.
Pansy leur jeta un coup d'œil à tour de rôle.
Son visage s'éclaira peu à peu d'une moue ravie et prête à la médisance.
— Vous n'êtes pas au courant ? Murmura-t-elle, enjouée.
Ils firent tous les deux un signe de dénégation muet. Mais Drago n'était pas certain d'ignorer ce à quoi elle faisait référence.
— McLaggen était furieux de ne pas obtenir le poste de gardien contre Weasley. Il a dit qu'il ferait tout pour se taper Granger, quel qu'en soit le prix, pour le pourrir, et par procuration Potter et toute l'équipe de Quidditch.
Drago sentit son souffle se raccourcir mais il n'en laissa rien paraître, car il n'y comprenait rien lui-même. La nouvelle n'en avait rien d'une, et surtout, n'aurait pas dû l'agacer. Et pourtant.
— Comment tu sais ça ?
— Janice a entendu sa bande en parler dans les couloirs.
— La troisième année que vous torturez avec Daphné ?
— On ne la torture pas, on la forme.
— Vous la formez à quoi ? La garcerie ? Se moqua Zabini sans détours.
Agacée, Pansy soupira lourdement.
— Dis, Drago, tu ne veux pas aller faire un tour ?
Oh, bien sûr que si. Surtout après ce qu'il venait d'apprendre. Une rage incompréhensible s'installait dans le fond de son ventre, allant jusqu'à lui donner un goût âcre.
Drago avait plus ou moins toujours envie d'aller faire un tour ces derniers jours. Pas avec elle, mais cela suffirait bien. Qui plus est, il avait une faveur à lui demander, et l'opportunité se présentait.
Il acquiesça donc d'une voix traînante et Pansy prit de l'avance en direction du dortoir des garçons qu'elle savait vide. Ils ne pouvaient décemment pas aller dans le sien, car Daphné devait s'y trouver.
Songeur, Blaise replongea dans sa lecture.
MERCREDI 23 OCTOBRE 1996 – Cours de Potions
L'imbécile ne tenta évidemment trop rien en Potions. Du moins au début.
Les tablées étant réparties par maison depuis le début de l'année, tout changement de place aurait été bien plus flagrant. Cela ne l'empêcha pourtant pas de la strier de son regard couleur fumée, saisissant chaque opportunité imaginable pour provoquer un mot ou un contact visuel qu'il s'agisse d'aller chercher un ingrédient ou encore quand Slughorn les invitait respectivement aux tables des uns et des autres pour observer les états des potions, ce qu'il y avait de bon et de mauvais, afin d'enseigner son art de façon plus ludique.
Toute la classe était penchée sur la table des Serdaigles et préoccupée par ce que le professeur expliquait, quand Malefoy se pencha par-dessus son épaule. Il était très grand, et elle avait l'impression qu'il aimait particulièrement le lui rappeler par le biais de ce genre de mouvements dominateurs. Son odeur d'ambre pénétra ses narines d'une manière trop foudroyante pour être naturelle. Comme s'il avait… fait une sorte d'effort physique ?
Vu l'état embataillé de ses cheveux et le teint rosé de Pansy Parkinson, il n'y avait pas besoin d'y songer trop longtemps.
L'odeur qu'elle inhalait à pleines narines était celle du stupre. Inutile de prétendre que cette conclusion n'amenait pas des images d'ébats entre les deux protagonistes au beau milieu de son esprit, chamboulant toute la réflexion qu'elle avait jusque-là sur la préparation adéquate de la potion du jour.
— Tu as réfléchi à ma proposition ? Chuchota-t-il dans le creux de ses cheveux touffus.
Scandalisée qu'il recommence à agir comme si elle lui avait donné signé qu'elle souhaitait quoi que ce soit à faire avec lui, Hermione choisit de calmer son égo par le mépris.
— Quelle proposition ? S'enquit-elle poliment d'une voix dénuée de tout intérêt.
— Tu veux négocier, peut-être ?
— Je ne sais pas de quoi tu parles, et très honnêtement, je m'en moque, pressa-t-elle dans un murmure agacé.
Il ricana près d'elle et le son suffit à la faire frémir de bas en haut tant cela sonnait mesquin.
— Métamorphose cet après-midi, Granger, rappela-t-il. Ça ne te dérangera pas d'être en binôme avec moi, n'est-ce pas ? Cela aurait du sens, nous sommes les deux meilleurs élèves.
— Tu n'es pas aussi bon que tu le crois, cingla-t-elle. Et je n'ai pas de temps à perdre avec toi.
— Oui ? Interpella Slughorn. Vous avez posé une question, Miss Granger ?
— Non, Monsieur, s'excusa-t-elle aussitôt. Je me parlais à moi-même pour mieux assimiler ce que vous disiez, prétexta-t-elle les joues rouges.
— Votre potion est d'ores et déjà excellente, ma chère, nul besoin de plus de zèle ! Mais je crois que la compétition est très rude dans cette classe, oui, très rude !
C'est le moment que choisit Malefoy pour lui souffler un ricanement dessus. Hermione lui ficha un discret coup de coude dans les côtes avant de s'éloigner promptement afin d'éviter une quelconque rétribution.
Il la regarda effectivement d'un mauvais œil jusqu'à la fin du cours. Elle ne put s'empêcher, même si elle savait que c'était proprement stupide, de prendre un bout de parchemin vierge, et d'inscrire dessus :
Malefoy 1 – Granger 1
Avant de le faire voler discrètement jusqu'à son sac délaissé, le temps d'aller ranger des ingrédients inutilisés durant la séance.
La guerre était déclarée.
Quand vint le temps de se rendre en cours de Métamorphose, Hermione sentit la fébrilité l'envahir de plus belle. Il ne fallait pas être un génie pour stipuler que soit Malefoy avait d'ores et déjà trouvé son mot, soit qu'il le trouverait à l'occasion de ce cours-ci, ce qui achèverait d'ouvrir ce qu'elle devinait comme être d'impitoyables hostilités.
Elle n'était pas certaine que s'engager sur un tel chemin était louable, ni même souhaitable, mais elle avait l'impression par ce biais d'au moins lutter contre la dictature de Malefoy, et l'invasion progressive qu'il avait sur son territoire : celui du savoir et de la réussite scolaire.
Elle avait envie de récupérer ce qui était sien, et si elle devait jouer à d'aussi stupides jeux pour s'en emparer à nouveau, elle le ferait. Plutôt faire ça, que rien.
McGonagall arriva bien assez tôt et, après leur avoir annoncé qu'ils étudieraient aujourd'hui en informulé les transformations physiques mineures, leur assura qu'ils travailleraient la pratique dès la deuxième partie du cours. À cet instant, Hermione tourna le visage vers Malefoy, qui la regardait déjà et chiffonnait une boule de papier entre ses doigts, qu'elle imaginait sans peine être la note parcheminée qu'elle lui avait adressée tout à l'heure.
Quelques instants plus tard, McGonagall proclama à la classe que chacun devait choisir ses binômes et Malefoy quitta aussitôt son pupitre pour se diriger droit sur elle. Ne souhaitant pas avoir l'air en reste, et tenant à sa fierté, Hermione ne se démonta pas et emboita le bas vers lui à son tour.
Si Ron l'ignorait toujours et ne manifesta pas une once de curiosité, Harry, lui, était visiblement choqué de constater qu'elle avait choisi ce binôme-là. Neville, avec lequel elle s'associait d'habitude, se joignit avec Susan et ils la regardèrent également tous deux avec une grande incompréhension. Si eux étaient surpris, les Serpentards n'en menaient pas plus large. Zabini les striait des yeux, sans dissimuler sa surprise, et c'était le plus stoïque d'entre tous : Parkinson et Greengrass semblaient en syncope, Bullstrode avait la mâchoire décrochée, et Nott portait un stupide air ahuri.
Pourtant, rien n'y fit. Les deux jeunes sorciers s'approchèrent l'un de l'autre, et rapidement, McGonagall demanda à la classe de ne pas perdre de temps et de commencer l'entraînement pratique car ils n'avaient plus qu'une grosse demi-heure devant eux pour qu'elle corrige leurs formes.
Chacun se mit donc au travail.
— Tu as reçu mon mot, je vois, nargua Hermione sans perdre contenance.
— Oui, je l'ai reçu, confirma-t-il d'une voix égale. Jolie écriture, Sang-de-Bourbe.
Hermione serra les dents.
— Je commence, grinça-t-elle.
Elle lança vers ses pieds un sort de rotonde, destiné à métamorphoser ses semelles en roulettes et le faire chuter de la manière la plus spectaculaire et ridicule possible. Mais, las, Malefoy dévia le sort comme s'il n'avait s'agit que d'un petit insecte lent.
— Ce n'est pas censé être un duel, au cas où tu n'aurais pas compris l'exercice, lâcha-t-il indolemment. Mais si tu cherches la bagarre, tu vas la trouver.
Dirigeant sa baguette vers elle, il lui lança un minuscule sort blanc qui lui percuta fraichement le menton. Ses dents commencèrent alors à pousser, pousser, pousser. Ce sale rat avait recommencé exactement la même chose qu'en deuxième année. Un Dentesaugmento. Seulement cette fois, elle connaissait le contre-sort. Il n'avait tout de même pas espérer lui faire le même coup deux fois ? Elle renversa la croissance de ses dents, et, tout en lui adressant un sourire aux dents très alignées, lui lança un sortilège à son tour. Un Porcus, certes cruel, mais que Fred et Georges lui avaient appris durant l'été afin de changer toutes les photos de Percy dans la maison, et d'y remplacer son nez par un groin.
Encore une fois, cependant, Malefoy fit un geste leste du poignet pour détourner le maléfice de métamorphose. Il la transperça du regard. Il savait quel type de sort elle venait de lui lancer : un sort d'humiliation. Forcément, il n'avait pas aimé ça.
— Ah, on joue salement ? Argua-t-il comme une menace à voix basse.
Se tenant prête à contrer son sort, Hermione attendit, mais Malefoy ne fit qu'esquisser un fin rictus. Il ferma les yeux, et quelques secondes plus tard, actionna sa baguette dans sa direction. Il ne se passa rien. Aucun sort ne sembla quitter l'embout de sa baguette, et elle ne sentit rien la percuter.
Mais, soudain, elle comprit ce qui se passait. Au début, elle pensa simplement qu'elle était en train de défaillir, et que ses jambes se dérobaient sous elle.
— Monsieur Malefoy ! Interpella vivement McGonagall. Ce sort est tout à fait proscrit dans l'enceinte de mon cours ! Vous n'êtes pas en septième année, je vous le rappelle !
Hermione rapetissait. Encore, et encore, et encore. Tout devenait géant pour elle. Et à sa plus grande horreur, même ses vêtements. Complètement horrifiée, elle se mit à crier mais personne ne sembla rien entendre.
Heureusement, sa décroissance s'arrêta nette et elle recommença au contraire à grandir. Quand elle regagna sa taille normale, Malefoy était toujours en train de se faire sévèrement réprimander par McGonagall, mais cela n'empêchait pas ses yeux de briller d'une triomphante vindicte.
— Je croyais que tous les sorts de métamorphose étaient autorisés. Après tout, nous sommes encadrés. Il s'agit juste de s'entraîner à leur informulation, n'est-ce pas ? Prêcha-t-il d'une voix neutre, mais qui ne laissait pas croire à l'innocence.
— En tant que préfet, je n'ai pas à vous rappeler que les sorts de transformations corporelles de niveau VII – et vous connaissez son niveau puisque c'est dans un manuel de cette année-là que vous avez appris ce sort – sont interdits ! Vous auriez pu aussi bien lui faire faillir un organe, ou perdre un membre ! Ou même la faire disparaître !
— Je savais ce que je faisais. Je me suis déjà entraîné, déclara simplement Malefoy comme si cela réglait toute la question.
— Cinquante points de moins pour Serpentard. Et estimez-vous heureux. Car s'il y a une prochaine fois, ce que je ne vous souhaite pas, menaça-t-elle d'un air sévère, ce sera cent points.
Tout le monde s'était évidemment interrompu dans son entraînement, et la clameur de la pièce donnait le tournis à Hermione. Toute l'assistance les regardait avec curiosité.
Heureusement, McGonagall décida d'arrêter l'entraînement ici, et leur donna les devoirs pour la prochaine leçon avant de clore le cours.
Pourquoi s'était-elle mise en binôme avec Malefoy ?
C'était la question qu'avait répétée Harry durant toute leur session de devoirs, mais Hermione lui répondit simplement qu'il l'avait provoqué et qu'elle avait décidé de lui donner une leçon, ce qui à son grand dam, n'avait pas véritablement fonctionné.
Harry semblait nouvellement très disposé à lui parler, comme ravi qu'elle ait pris activement part à la lutte contre Malefoy jusqu'à le défier en cours. Il avait fait perdre des points à sa maison. Ron, quant à lui, était toujours aussi taciturne et agressif.
Tu as entendu McGonagall ? Il aurait pu te faire bien plus de mal que tu ne l'avais prévu ! C'était stupide.
Bien à lui, désormais et quand cela l'arrangeait, de faire valoir la prudence par-delà la rétribution, alors même que lui et Harry s'étaient toujours engagés dans cette voie là au plus grand désespoir d'Hermione.
Après cette journée riche en évènements et mésaventures, il était peu de dire qu'Hermione était épuisée. Elle fit le plus de devoirs qu'elle le pouvait, dîna rapidement, prit une courte douche et renonça à faire une ronde. D'abord car elle n'avait aucunement l'énergie de la faire, et ensuite car elle était à peu près sûre qu'elle y rencontrerait la saleté de Serpentard, prêt à l'acculer dans n'importe quelle alcôve pour la malmener. Quand elle se glissa entre ses draps, elle s'en-saisit pour la forme de son agenda carté et vérifia sa localisation. Curieusement, elle s'aperçut qu'elle s'était trompée. Il n'était pas du tout en train de traîner dans les corridors.
Il était dans… une arrière salle de la salle commune des Serpentards qu'elle n'avait jamais remarquée avant. Et il n'était pas seul. Il était avec Daphné Greengrass. Vu la proximité de leurs points, il n'était pas très compliqué de saisir ce qu'ils étaient en train de faire.
Quel insupportable Don Juan, au sens littéral. Cela ne lui suffisait pas de faire une conquête dans la journée ? En plus de Parkinson, il devait également séduire Greengrass ? Il avait véritablement un souci avec son orgueil, et probablement sa sexualité, non pas que cela la regarde.
Après tout, les gens faisaient bien ce qu'ils voulaient. S'ils voulaient de la promiscuité, des relations sexuelles à tout va, et avec n'importe qui… Des contacts. Des baisers. De l'affection, peut-être. De la tendresse ? Malefoy était-il capable de donner de la tendresse ?
Secouant la tête pour se débarrasser de ces idées, et refusant la possibilité qu'elle en ait elle-même un peu plus que moyennement envie, Hermione ferma d'un claquement sec l'agenda carté et le rangea dans son sac. Toutes ces péripéties lui retournaient le crâne et cela devait cesser.
Pourquoi Ron était-il si contrarié ? Pourquoi lui parlait-il si mal ?
Elle s'endormit, le cœur triste.
Doigt qui lisse la peau de la cuisse, qui crochète la jupe, qui remonte, qui insolemment persévère.
Le bruissement du tissu, des nœuds qui glissent, des boutons qui se libèrent, des étoffes qui frottent.
Il y a quelque chose de pénible et de magnétique dans l'entrevue.
Bientôt, il n'y a plus que lumière : elle est dans un amphithéâtre et essaye de remonter les escaliers pour en sortir : mais impossible. Les escaliers se transforment en patinoire, en toboggan, et elle retombe près de la scène, dans un fracas de membres.
Le sol s'amollit comme un matelas. Et des liens rêches sur ses membres, qui la tiennent et l'écartèlent, la tirant de part et d'autres, comme pour la déchirer, et devant elle toujours plus de lumière, aveuglante. Une ombre se profile cependant, dentelant sa silhouette d'une coupure froide.
Pâmoison.
Sans bouger, sans même l'approcher, il meut ses mains par-dessus son corps ensoleillé, et par l'ombre, elle en sent le toucher. Et les mains se glissent, et dansent, entourent et creusent dans sa chair, jusqu'à y faire ruisseler une sueur pécheresse. Et même sans sa voix, sans qu'elle ne voie même son visage baigné de pénombre par le contre-jour, elle reconnait à sa silhouette le tranché fin et aiguisé. Elle sent luire, sans rien voir briller, des avidités interdites dans un regard qu'elle sait de plomb.
Véritable poison.
Hermione s'éveilla en sursaut.
JEUDI 24 OCTOBRE – Dortoir Gryffondor
Jeudi. Quatrième jour de la semaine. Bientôt, le weekend arriverait, et avec lui son repos salvateur, car Hermione n'en pouvait plus. Elle dormait si mal que cela en devenait ridicule. Ron lui refilait des insomnies et quand elle parvenait à tomber dans un véritable sommeil, il s'agissait plus d'une prison cauchemardesque que d'un lieu de détente ou de relâchement. Évidemment, Malefoy n'y était pas pour rien, peuplant ses nuits de poursuites sordides, ou, et elle avait sincèrement honte de l'admettre, de nouveaux rêves où leur relation n'avait rien d'aussi haineuse qu'au réveil. Des instants volés, tronqués, des ellipses brûlantes, où il l'avait sous son joug et où elle appréciait chaque contact, souffrait de ses tendresses et convoitait ses cruautés, se perdant dans des limbes d'interdits où l'humiliation et le plaisir coupable étaient les maîtres des lieux.
— Stop, murmura-t-elle à voix basse, comme seul moyen de se sortir de sa frénésie mentale.
Comme elle avait commencé à le faire depuis le lundi dernier, une fois préparée, elle préféra attendre Harry que descendre dans la Grande Salle seule. Bien sûr, Malefoy devait avoir repéré son manège, mais elle n'en avait pour l'instant que faire et préférait se préserver de la sorte.
Lorsqu'il la rejoignit, sans Ron, ils se rendirent petit-déjeuner ensemble, et elle ignora la table des Serpentards autant que faire se peut.
Ils pénétrèrent une bonne demi-heure plus tard dans les cachots, en route vers la salle de Potions. Désormais, quand Hermione se rendait ici-bas, elle se sentait en danger. Il ne faisait pas grand mystère que la salle commune des Serpentards n'était pas bien loin, dans les sous-sols, et sa proximité lui donnait quelques sueurs froides.
Tandis qu'elle conversait avec son groupe – sauf Ron, qui préférait s'entretenir avec Ernie – tournant ostensiblement le dos à l'arrivée du couloir, elle sentit sans peine l'arrivée de la bande Serpentard, et le passage glacé de Malefoy qui ne manqua pas de serrer la marche à leur côté, suscitant les regards méfiants et vindicatifs des autres maisons.
Le serpent sinuait, n'hésitait pas à s'accoler pour montrer sa nonchalance à la menace.
Slughorn les fit pénétrer dans la salle de classe, et avant que chacun ne se mette à sa place habituelle, leur annonça fièrement qu'il ne s'agirait pas d'un cours comme les autres, mais d'une association avec le professeur Chourave
Cette année, Hermione avait remarqué que les cours avaient tendance à se recouper les uns aux autres : Slughorn avait ainsi décidé d'enseigner comment un potionniste expert prélevait sur les plantes les extraits et substances désirés pour la préparation des potions. Le professeur Chourave avait donc prêté une quantité suffisante de plantes pour que chacun s'essaye à plusieurs espèces. Les places étaient donc pour cette fois des pupitres individuels, sur lesquels avaient été distribués des fioles vides, des boîtes rondes en métal nickelé, et des compartiments en bois. Tout cela pour leurs prélèvements.
Hermione prit place au premier rang, tout comme Harry à sa droite. Quelques secondes plus tard, Malefoy s'installait à sa gauche. Elle n'était pas surprise.
Ne pouvant s'en empêcher, elle lui jeta un regard en biais. Il ne la regardait pas, mais réordonnait plutôt son bureau pour pouvoir poser son manuel et ses parchemins. Elle continua donc de l'observer, cherchant chez lui une quelconque trace de la feinte délicatesse qu'elle avait senti dans son rêve, sentant ses cuisses se resserrer machinalement.
Comme s'il pouvait lire dans ses pensées, c'est le moment qu'il choisit pour lui glisser à son tour une œillade et en profita pour esquisser un rictus narquois. Elle s'empourpra violemment et redirigea son regard sur Slughorn.
Hermione décida de ne plus lui accorder la moindre attention jusqu'à la fin du cours.
Elle pouvait bien feindre de ne pas le voir, c'était trop tard. Il avait vu le sang lui monter dans les joues, et avait deviné ce à quoi elle songeait. Sans nul doute, elle devait se remémorer leur altercation du dimanche précédent.
Son embarras était tout à fait le bienvenu, principalement car plus il la voyait mortifiée, mieux il se sentait. Cela le recentrait, rendait paradoxalement son esprit plus clair, et lui permettait de cibler plus nettement ses objectifs.
Il avait commencé à fomenter la récupération impossible des ingrédients rarissimes et ce weekend-ci, il irait soutirer le cyclanthère épineux dans les serres, ainsi que quelques gouttes du venin de la Tentacula Arguta.
Le cours, présentement, tombait dans le mille, et cela n'avait rien d'une coïncidence. C'était Pansy, qui, selon la requête de Drago, était allée s'enquérir du contenu de ce cours auprès du professeur Slughorn en arguant de la difficulté des Serpentards à s'en sortir admirablement en botanique, et particulièrement en herbologie. La persuasion n'avait pas été bien compliquée Drago l'avait convaincue que la classe serait ainsi le théâtre d'un sale coup joué à la bande de Potter. Pansy avait été son obligée.
Et ils en étaient désormais là : Slughorn allait leur enseigner les meilleures façons de soutirer aux plantes leurs agents actifs, et il saurait se débrouiller avec la partie botanique du poison des quatre points.
Il voulait cependant en donner à Pansy pour son argent. De ceux qu'elle détestait le plus de la sainte-bande, et cela l'arrangeait grandement, Granger était la tête de liste.
Appliquée à écouter savamment le professeur, elle exécutait les mouvements préconisés par ce dernier et s'entraînait sur l'une des plantes de son bureau.
Il ne savait pas exactement ce qu'il avait le plus envie de faire : de nombreuses possibilités s'offraient à lui. Des myriades de maléfices, plus humiliants les uns que les autres, lui venaient à l'esprit, mais aucun ne semblait particulièrement ressortir au milieu des autres. Il avait envie de quelque chose de suffisamment spectaculaire pour marquer les esprits, et la faire défaillir de honte, mais d'un autre côté aurait préféré ne pas être soupçonné comme coupable. Affaire difficile.
Explosion ? Maléfice d'engluage ? N'avait-il pas déjà trop utilisé ce dernier avec elle ces dernières semaines ? Il souhaitait quelque chose de nouveau. Sortilège de babillage ? Malédiction de flottaison ?
Le Confundus était trop risqué avec elle, car elle savait – sans qu'il ne sache lui-même d'ailleurs comment – qu'il était le coupable du maléfice à son encontre. Pour l'instant, elle n'avait pas plus soupçonné le pourquoi du lancer du sort. Elle ignorait qu'il l'avait observée dans sa plus grande vulnérabilité : nue, sans baguette à portée, à sa merci.
Au lieu de continuer à songer à quel type de sort il pouvait lui lancer, son esprit divagua sur l'houleuse mer de ce souvenir : il la revoyait se dénuder, se pencher, se prélasser dans son bain, délasser ses membres et les savonner, et bientôt, son anatomie rattrapa ses idées, si bien qu'il dût se reprendre. Il se concentra plutôt sur le cours afin de remettre son esprit dans une course à peu près normale.
Mais il ne pouvait pourtant s'empêcher de s'en retourner à son observation.
C'est ainsi qu'il remarqua que quelque chose s'était ajouté au profil habituellement si simplement frusqué de la Sang-de-Bourbe : une chaine redondante, un bijou à l'apparence onéreuse, qui n'avait strictement rien à faire là. À force de la regarder, il parvint à en détailler les contours.
C'était un médaillon qui brillait un peu trop, comme s'il venait d'être poli, et de couleur argent. Des points de marcassites ornaient l'ensemble, et courbait sa structure en un arc rappelant la forme d'un cœur.
Il n'avait jamais vu ce pendentif auparavant. Était-ce nouveau ? Cela en avait l'air, vu la brillance ostentatoire du métal.
Distrait par sa découverte, ce n'est qu'à la fin du cours qu'il remarqua qu'il n'avait lancé aucun maléfice à la Sang-de-Bourbe, et Pansy lui jeta une œillade expectative et déçue, à laquelle il répondit par une moue agacée, lui-même irrité par son manquement à l'action.
Il était vrai que Granger le troublait un peu trop : entre sa connaissance étrange et malvenue de ses activités, son anatomie qui l'obsédait légèrement, et désormais ce nouveau mystère qui sonnait comme un cadeau romantique…
Mais fort heureusement, le cours suivant était Défense contre les forces du mal. Le groupe de sixième année sortit de la classe de Potions et grimpa les étages en direction du cours de Rogue. Les rouages tournaient à toute berzingue dans le crâne de Drago, qui s'enjoignait à trouver une fameuse idée pour pourrir la vie de la Sang-de-Bourbe avant la fin de la matinée. Bien évidemment, il aurait très bien pu continuer à s'asseoir à côté d'elle et à continuer de la narguer, mais cette frêle course à l'agacement devenait trop maigre, et il ressentait vivement, et de plus en plus cruellement, l'envie de lui bousiller la journée bien plus franchement.
Elle qui, visiblement, s'appliquait autant que faire se peut à l'ignorer, et refusait toute tentative d'approche alors qu'elle avait participé activement au… à leur… Dimanche dernier.
Se faisait-elle offrir des bijoux par un prétendant ? Qui ? La personne qu'elle allait rejoindre le soir de la Bibliothèque ? Weasley avait-il fini par réaliser son penchant amoureux ? Ou pire, Potter…
Une nausée lui vint lorsqu'il envisagea McLaggen, mais il se rasséréna en se disant que jamais la Sang-de-Bourbe n'aurait toléré un présent de cet infâme putois à son cou.
Avant qu'il n'ait pu trouver son épiphanie, cependant, il se retrouvait à pousser Londubat hors de sa place, s'asseyant brutalement à côté d'elle. Londubat essaya bien de protester, mais Rogue l'envoya paître en lui retirant des points, pour le plus grand plaisir de Malefoy qui jeta un regard malveillant dans la direction de la Sang-de-Bourbe, cette dernière le fusillant du regard.
— Tu n'en as pas marre de me suivre partout, Malefoy ? Marmonna-t-elle dans un souffle rageur.
Il ne daigna pas répondre à la question, préférant passer immédiatement à l'offense.
— Comme si les gens se battaient pour s'asseoir à côté de toi.
— C'est pourtant une place que tu sembles vouloir avec passion, fit-elle remarquer sèchement.
Mouché, Drago serra les dents pour accuser le coup avant de rétorquer.
— Continue de faire la fière, Sang-de-Bourbe. Aujourd'hui, tu vas l'avoir, ton duel.
Livide, Hermione se détourna de lui.
— Je n'ai pas l'intention de me mettre avec toi, pas après ton sale coup de la dernière fois en Métamorphose.
— Nous sommes à côté, démontra Malefoy avec un rictus.
— Je m'en moque, cingla-t-elle avec fermeté sans lui jeter un seul regard.
Irrité par son indifférence appuyée, et évidemment incapable de maîtriser sa frustration montante sans une seule goutte d'Obduro, Drago perdit patience.
— Oh… La Sang-de-Bourbe abdique ? Peur du méchant Malefoy ?
— Je n'ai pas peur de toi, balaya-t-elle.
— Prouve-le.
— Je n'ai rien à te prouver ! Finit-elle par s'écrier à moitié, interpellant le reste de la classe.
— Miss Granger, je vous ferai aimablement remarquer que mon cours a commencé, et qu'en ces circonstances, tout bavardage ou exclamation est strictement in-ter-dit, articula précautionneusement Rogue. Vingt points de moins pour Gryffondor. Maintenant, taisez-vous, ou je vous sors de cours.
Ulcérée devant une telle injustice, Hermione ne baissa pas les yeux devant Rogue et pendant un long moment, ils se strièrent du regard. Bien consciente de son insolence, Hermione essaya de se soumettre, mais la colère en elle était trop forte.
— Ça suffit, dehors.
Les mots de Rogue claquèrent le long des murs comme un fouet sur la pierre.
— Elle n'a rien dit ! Protesta Ron pour lui venir en aide, ce qui la troubla plus que de raison étant donné son comportement des derniers jours. Vous voyez bien que Malefoy fait exprès de l'emmerder !
— Trente points de moins pour Gryffondor, Weasley, pour votre intervention indésirable et impertinente, ainsi que pour votre langage inapproprié.
— C'est bon ! S'exclama Hermione sans tempérance et émulée par la réaction de Ron. Je sors, finit-elle par dire. De toute façon, je préfère partir que de rester une minute de plus à côté de ce raciste.
Soufflé par un tel comportement venant de la sage et assidue Hermione Granger, la classe resta muette. Elle ramassa le peu de ses affaires tout justes sorties.
— Cinquante points de moins pour Gryffondor, ponctua Rogue, le teint plus cireux que jamais. Et cinq heures de retenues pour vous avec moi, Miss Granger. Sortez immédiatement, et rendez vous chez le directeur où vous tâcherez de lui expliquer la raison de votre renvoi de mon cours.
Fulminante, Hermione se contint avant de répondre davantage, déjà accablée devant le nombre de points qu'elle venait de faire perdre à sa maison. Elle quitta les lieux en trombe et ne put s'empêcher de claquer la porte derrière elle dans un fracas monumental.
Une clameur monta aussitôt dans la pièce.
— Silence ! Siffla Rogue. Si-lence. Le prochain que je surprendrais en plein bavardage n'aura pas cinq retenues, mais dix.
La classe, aussitôt, se fondit dans un silence plombé.
Une fois le dos de Rogue tourné au tableau pour y inscrire le titre de la classe du jour, Malefoy se tourna vers Harry et Ron et leur adressa un rictus horriblement satisfait.
Ron lui répondit simplement par un doigt d'honneur.
Le pas rageur, Hermione marchait en direction du bureau de Dumbledore.
Lorsqu'elle y parvint, la gargouille lui demanda sans affectation la raison de sa visite, et lorsqu'elle expliqua son renvoi de la salle de classe de Rogue, la gargouille ne sembla pas le moins du monde étonnée. Visiblement ce n'était pas la première fois qu'un élève était envoyé ici pour ce motif.
Toquant à la porte du directeur, elle entendit clairement sa voix à travers le panneau, lui signalant d'entrer.
— Miss Granger, l'accueillit Dumbledore avec un sourire aimable. Que puis-je faire pour vous ?
Pantoise, au bord des larmes, car en complète vexation, Hermione baissa honteusement la tête.
— J'ai été renvoyée du cours du professeur Rogue, pour insolence.
— Ah, tiens ? S'enquit Dumbledore sur un ton vaguement intéressé et à peine concerné. Et qu'avez-vous fait qui ait mérité cela ?
Hermione restitua l'altercation dans son ensemble, sans omission, car elle se doutait bien que Rogue vérifierait quel genre de discours elle avait tenu auprès du directeur.
— Je vois, dit simplement Dumbledore, sans se départir de son sourire. Asseyez-vous, je vous prie, Miss Granger.
Elle s'avança et s'exécuta, le cœur battant et la sueur au front.
— Le professeur McGonagall m'a confié les incartades de Monsieur Malefoy à votre encontre, et j'ai cru comprendre que vous entreteniez des rapports très compliqués.
Un silence s'installa, et Hermione se demanda si elle devait infirmer ou confirmer.
— Oui, finit-elle par dire. Il ne cesse de me manquer de respect.
— C'est ce que l'on m'a dit, éclaircit Dumbledore sans détours.
Un nouveau silence s'introduisit entre eux, pendant que Dumbledore baladait son regard sur ses propres rayonnages, l'air pensif.
— Je n'ai pas l'intention de vous punir, Miss Granger, car j'estime que le professeur Rogue l'a bien assez fait comme ça. Nous discuterons ensemble de votre punition par ailleurs, car il m'apparaît que près d'une centaine de points retirés à la maison Gryffondor en l'espace de quelques minutes est légèrement excessif. Toutefois, je veux que vous compreniez que vous ne pouvez pas vous adresser à un professeur de cette façon.
Mais Hermione en avait assez soupé de se faire marcher sur les pieds, et osa, à son plus grand désarroi, couper la parole à Albus Dumbledore.
— Je vous prie de croire, Monsieur le directeur, que je prendrais la parole à chaque fois qu'il s'agira de me défendre, surtout quand le corps professoral en présence ne s'attèle pas à le faire, mais plutôt à protéger mon assaillant.
Dumbledore lui adressa un sourire un peu trop complice pour être impressionnant.
— Par ailleurs, je ne m'adressais pas à lui, je m'adressais à Malefoy.
— Non, réfuta Dumbledore en levant une main en signe d'apaisement.
Sa chair était complètement brûlée et d'un aspect relativement répugnant. Comme si elle pourrissait de l'intérieur.
— D'après vos dires, vous vous adressiez bien au professeur Rogue, tout en attaquant indirectement Monsieur Malefoy.
— Peut-être, consentit Hermione. Mais ce n'était pas gratuit.
— Miss Granger… la situation est grave, reprit directement Dumbledore. Nous devons serrer les rangs. Or une insubordination à l'égard du professeur Rogue, a fortiori devant vos camarades et surtout devant Harry, est un signe de mésalliance bien trop flagrant pour être ignoré. Encore davantage quand elle vient de vous.
— Je dois me laisser faire pour le bien-être général ? Ironisa Hermione.
Dumbledore la regarda par-dessus les lunettes en demi-lune. Un regard perçant.
— Drago Malefoy est un sujet dont je me préoccupe personnellement, Miss Granger.
— Je n'en ai pas l'impression, lâcha-t-elle involontairement.
Le directeur recula dans son fauteuil, posément, et colla ses doigts les uns contre les autres dans une posture de réflexion.
— J'en ai conscience, répondit-il finalement, l'invitant à développer car il voyait bien à son trépignement qu'elle n'avait pas encore dit tout ce qu'elle souhaitait dire.
— Je me suis plainte à plusieurs reprises du comportement plus que limite de Malefoy, que ce soit au professeur Rogue, ou au professeur McGonagall. Il œuvre toujours en parfaite impunité, et pire, je me fais désormais punir à sa place. Il n'a même pas perdu son grade de préfet !
— Je suis au courant.
— Alors quoi ? Je suis censée prendre tout ça sur moi, sans rien dire ?
Dumbledore ferma les yeux et expira longuement par le nez.
— Et si… Débuta-t-il d'une voix lointaine.
Elle attendit, mais rien ne vint pendant un moment. Finalement, Dumbledore rouvrit les yeux et la transperça du regard, soudainement déterminé.
— Et si cela était un arrangement entre nous ?
Hermione, incertaine, le dévisagea.
— Si cela faisait partie d'une… mission, qui vous incombait ? Considérez cela comme un acte de guerre.
— Êtes-vous en train de suggérer que je devrais me laisser harceler ?
Encore une fois, Dumbledore leva la main en signe de pacification. Sauf que sa main était un spectacle peu rassurant, qui ne faisait rien pour tranquilliser Hermione.
— Vous ne savez pas tout, Miss Granger, et je pense qu'il est grand temps de vous éclairer sur le sujet Malefoy. Mais pas immédiatement. Je dois d'abord prendre certaines dispositions.
Il se leva, contourna le bureau pour se rendre à un rayonnage et ouvrit une vitrine remplie de fioles en tout genre. Il s'en-saisit d'une et vint la déposer sur le bureau entre eux.
— Savez-vous ce qu'est ceci ?
Le liquide vert pomme contenait tant de bulles qu'Hermione sut aussitôt qu'il s'agissait d'une potion gazeuse. La couleur caractéristique, et les lettres placées sur l'étiquette « APR » suffirent à lui révéler de quoi il s'agissait.
— Oui. De l'Antidote à Poisons Rares.
Dumbledore acquiesça solennellement.
— Graines de feu, Dars de Billywig, Carapaces de Ciseburine, Corne de Grapcorne. Un breuvage d'une grande rareté et d'un caractère exceptionnel.
— Mais… que voulez-vous que j'en fasse ? Demanda Hermione d'une voix penaude.
— Je veux que vous le gardiez jusqu'à nouvel ordre. Arrivera un moment où vous en aurez besoin.
— Quelqu'un va m'empoisonner ? S'alarma Hermione.
— Rien de la sorte, l'assura Dumbledore en faisant un doux signe de dénégation apaisant.
— Allez-vous me dire, pour Malefoy ? Insista Hermione.
— Oui, mais d'ici quelques jours. Comme je vous l'ai dit, j'ai des dispositions à prendre.
Mais Hermione ne comprenait pas ce que cela signifiait, et cela titillait sa curiosité très désagréablement.
— Qu'est-il arrivé à votre main, professeur ?
Dumbledore sourit.
— Je vous le dirais également. Pour l'instant, je vous prie de retourner en cours. Votre leçon de Sortilèges va bientôt commencer et je ne veux pas que vous soyez en retard. Je vous enverrai une note pour un rendez-vous.
Hermione se leva, obéissant promptement.
— Une chose, Miss Granger. Personne, je dis bien personne, ne devra être au courant.
— Même-
— Pas même Messieurs Harry Potter et Ronald Weasley, confirma Dumbledore.
Elle hocha la tête, sans trop savoir quoi dire.
— Je vous souhaite une bonne journée, la congédia Dumbledore avant de s'en retourner au parchemin qu'il lisait avant son interruption.
— À vous aussi, murmura Hermione, plus désemparée encore que lorsqu'elle avait pénétré dans le bureau.
Hermione fut la star de l'école pour les heures qui suivirent. Avoir tenu tête à Rogue de la façon dont elle l'avait fait était révéré par toute l'école. Il n'y avait que les Serpentards pour lui jeter des regards mauvais, et même certains d'entre eux dérogeaient à la règle en lui lançant des œillades pleines de curiosité et d'une pointe d'admiration. Personne ne semblait non plus lui tenir rigueur du nombre considérable de points perdus dans la bataille : probablement car chacun était conscient qu'elle tenait au moins pour moitié la quantité de points gagnés par Gryffondor, et que c'était plus ses propres points qu'elle avait perdu, que les points de la maison.
Malefoy, lui, la striait d'un regard à la fois amusé et haineux probablement ravi qu'elle soit réceptrice d'un châtiment alors qu'il s'en sortait, comme d'habitude, sans la moindre anicroche, mais cependant en colère qu'elle ait osé lui parler sur un ton pareil, devant témoins.
Elle reconnaissait à la malveillance dans son regard des promesses de menaces. S'ils se retrouvaient seuls, il aurait tôt fait de lui causer du mal. Pour autant, tout son entourage semblait la pousser dans sa direction. McGonagall souhaitait qu'elle l'observe, Harry appréciait qu'elle se rebelle contre lui et qu'elle le défie, et Dumbledore semblait désormais lui demander de ne plus l'éviter, et même de prendre activement part à une mission qui le concernerait.
Qu'allait-elle faire ? Que devait-elle faire ?
À la table des professeurs, Rogue manquait, et Hermione se demanda si ce n'était pas car il se trouvait chez Dumbledore, en train d'y régler ses comptes.
Encensée à la table des Gryffondors, Harry ne cessait de la féliciter de s'être défendue avec une telle véhémence, et son assiduité à la congratulation l'aurait presque fait oublier sa culpabilité quant à son insolence, pourtant irrépressible. Ron, lui, avait recommencé à l'ignorer.
Drago était assis en face de Rogue et le regardait, tandis que l'autre l'ignorait cordialement, préférant se consacrer à son écriture manuscrite d'une note.
— Je n'ai rien fait de mal, plaida Drago d'un ton las, exaspéré par le silence que lui infligeait sciemment Rogue pour l'impatienter.
— Votre conduite entière pose problème, Drago, répliqua Rogue en continuant d'écrire frénétiquement sur son parchemin.
— Et en quoi ? Râla ce dernier. Je me suis assis au premier rang, je–
— Gardez vos sornettes pour les autres professeurs, voulez-vous ? Cingla Rogue en lui adressant un regard dévastateur.
Il inspira longuement par le nez et se leva d'un mouvement sec, se mettant à tourner dans la pièce, comme à la recherche de quelque chose.
— Je vous avais averti. Je vous avertis toujours, et vous n'en faites qu'à votre maudite tête, poursuivit Rogue en appuyant délibérément sur ses « t », comme pour enfoncer des clous dans le crâne creux de Drago.
Drago ne répondit rien, car il n'y avait rien à répondre. Inutile de nier : cela aurait été une perte de temps à laquelle il n'avait que peu envie de s'adonner. Sans se sentir coupable de quoi que ce soit – car la culpabilité était vertu absente chez lui, sauf exception – il se savait pourtant loin d'être innocent. Et encore, Rogue ignorait la plupart de ses crimes, et la majorité de ses incartades.
— Vous vous fichez bien du trouble que vous causez, et du mal que vous me donnez à vous faire rester dans cette école. Un comportement comme le vôtre justifierait tout à fait une exclusion temporaire, et je suis là, à m'acharner à intercéder pour une bêtise, pendant que vous en commettez une nouvelle.
Drago continua de ne rien répondre.
Il avait l'habitude d'être protégé, peut-être à outrance… et le ton de Rogue n'annonçait rien de bon. Avait-il commis une faute de trop ?
— Par ces temps, il est imprudent, et je dirais même presque suicidaire de prononcer les injures que vous vous permettez quotidiennement. Vous vous attaquez publiquement aux jeunes visages de la résistance, j'espère que vous vous en rendez compte ?
— N'est-ce pas ce qu'on attend de moi ?! S'exclama Drago.
— NON ! S'égosilla Rogue en s'arrêtant net et en plaquant ses mains violemment sur le bureau.
Haletant, Rogue mit quelques instants à se calmer. Si Drago n'avait pas été si fier, il aurait admis que Rogue l'avait presque fait sursauter avec son coup de sang. Il était rare de voir Rogue aussi vertement en colère. Cela était donc assez terrifiant quand cela se produisait.
— Vous êtes ici, Drago, pour accomplir une mission, rappela Rogue d'une voix très basse.
Il se redressa lentement, fit à nouveau le tour du bureau et s'assit sans un bruit dans son siège, comme soupesant tous ses gestes, après son accès de furie.
— Une mission qui vous a été confiée par le Seigneur des Ténèbres. Une mission qui n'a rien d'une plaisanterie, et qui fait tenir sur un fil votre vie et celle et de votre entière famille !
— Parce que vous croyez que je ne le sais pas ? S'insurgea Drago, tout aussi doucement, l'intonation toxique et cynique. Vous croyez que ça m'amuse ?
— Comment le savoir ? Provoqua volontairement le maître des Potions en esquissant un sourire mauvais. Vous n'êtes jamais sérieux. Et quand vous l'êtes, cela ne dure jamais bien longtemps.
Drago serra les dents, au bord de la crise de nerf.
— Cessez de vous préoccuper de Miss Granger, et concentrez-vous sur la tâche qui vous incombe ! Si vous continuez ainsi, je ne pourrais plus assurer votre présence ici.
Impossible de dire si Rogue bluffait, et Drago n'avait pas envie de tester les eaux davantage.
— Vous aussi, vous avez une mission, rappela Drago sans desserrer les mâchoires. Vous devez me fournir cette fichue potion ! Pourquoi donc croyez-vous que je ne parvienne plus à me concentrer ! Je suis en manque !
— À qui la faute ! Railla Rogue sans pitié.
— Je me fiche des détails, balaya Drago avec une insupportable mauvaise foi. Lui aussi, s'en moquera. Il voudra des résultats. Et enfin de compte, vous êtes tout aussi responsable !
— Responsable de quoi ? Je vous enjoins à me confier votre plan, ce qui n'est que de votre ressort, et vous refusez ! S'échauffa encore Rogue, postillonnant à tout va et ponctuant ses syllabes en martelant son index sur la table. Je vous conseille de ne pas abuser d'un outil précieux à la réalisation de la mission, et quoi ! Vous vous en gorgez comme de l'eau, un assoiffé dans le désert ! Je ne peux pas plus vous aider que ce que je ne le fais actuellement ! Aidez-vous, vous-même !
Drago se leva brusquement. Il en avait marre de toute cette mascarade.
— En avez-vous ?
— Bien sûr que non ! Dédaigna Rogue d'un geste vague de la main. Je vous ai dit et redit que c'était un breuvage d'une extrême complexité, et qui demande une très longue préparation. Ce n'est pas un simple philtre de paix à concocter sur le coin d'une paillasse !
— Alors je n'ai rien à faire ici, argua Drago en ramassant son sac et s'apprêtant à quitter les lieux.
— Cessez vos stupidités, ou nous allons tous y passer ! Clôtura Rogue en reprenant son écriture manuscrite.
Mais Drago claquait déjà la porte.
Tout ça à cause de cette putain de saleté de Sang-de-Bourbe.
Ne pouvait-elle pas crever dans un coin ?
Ne pouvait-il pas l'enchainer dans un cachot et lui faire comprendre ce qu'il en coutait de perturber ainsi tous ses plans, et de lui faire récolter les remontrances ? Était-il encore un gosse pour qu'on le sermonne à toutes les messes, de ne pas commettre de débordements, quand elle faisait son maximum pour se dresser sur son chemin ? À le regarder, le soupçonner, le suivre…
Sale petite trainée, à laquelle tout le monde le privait de donner la seule chose qu'elle méritait : une correction en bonne et due forme.
Il se demandait comment même il faisait pour la détester si simplement parfois, tant il voulait purement et simplement sa destruction.
