Chapitre 2 : Insomnia


Penché au-dessus d'un manuel d'apprentissage, Jim cherchait à comprendre le fonctionnement des réseaux de communication internes du vaisseau. Il étudiait le fonctionnement de chaque système et sous-système des réseaux et repérait les zones d'accès aux bornes de communication générale. Seules quelques bornes avaient assez de fonctionnalités et servaient de boîte de transmission, où les données stockées de l'expéditeur étaient temporairement enregistrées pour être retransmises au destinataire.

De ce qu'il comprenait, le piratage devait donc se faire à l'une de ces bornes, pour que les données de l'expéditeur puissent être effacées avant la retransmission. Seulement, la chose ne paraissait pas si simple à faire et contourner les sécurités de l'Enterprise étaient plus que compliquées.

Il tendit son bras pour saisir son énième tasse de café de la journée, sans décoller le nez de ce qu'il étudiait minutieusement. Le manque de sommeil commençait sérieusement à mettre ses nerfs à vif et les messages inconnus sur les victimes de l'incident avec Khan ne cessaient de le harceler. La dernière fois qu'il en avait reçu un, cela lui avait coûté un PADD, qu'il avait violemment envoyé contre le mur de ses appartements.

_Vous allez le fixer comme ça encore longtemps, Monsieur ?

Jim releva la tête pour croiser Caleb, un cadet de la sécurité avec qui il avait sympathisé à force de fréquenter cette salle de pause. Le cadet était assis en face de lui, buvant lui aussi son café. Le blond suivit alors la direction de son regard, qui s'arrêta sur un polo bleu.

_J'estimais simplement le niveau de concentration du Capitaine dans sa tâche, Cadet. (Il croisa le regard de Jim). Je dois admettre que retrouver le Capitaine s'instruire sur son temps libre est fascinant.

Jim le scruta.

_Je ne sais pas si je dois le prendre pour un compliment, répliqua-t-il sèchement.

_Je ne fais qu'effectuer un constat, les compétences requises pour votre poste ne requièrent pas ces connaissances. Mes propos n'avaient pas pour but de vous flatter.

Jim leva les yeux au ciel et se retourna vers le cadet en rouge, qui essayait de ne pas rire. Caleb était un type vraiment sympa. En plus d'être humain, il avait tout pour lui : une bonne carrure, un physique agréable à regarder, un sourire ravageur et une personnalité vibrante. En le côtoyant, il avait compris pourquoi cet homme était si populaire. Peut-être faisait-il aussi parler de lui parce qu'il essayait de draguer Carol Marcus. Dans l'Enterprise, ce genre de petits ragots n'échappait à personne.

_La récrée est finie, je vous laisse. Capitaine. Commander Spock.

Caleb s'était levé et avait joint le geste à la parole, les saluant d'un coup de tête et quitta la pièce.

Il y eut une courte pause où les deux hommes semblèrent se jauger. Spock et lui ne s'étaient pas vraiment parlé depuis que Jim avait été démis de son commandement, quelques jours auparavant. Spock semblait plongé dans ses réflexions. Jim fit le constat que Caleb et le vulcain étaient très opposés. Leur personnalité étaient totalement différentes : Spock était froid comme la glace et introverti alors que Caleb était chaleureux, inspirait la confiance et avait de l'humour. Le courant entre eux pourrait mal passer. Comme c'était le cas parfois en ce qui le concernait personnellement. Jim revint à la réalité.

_Sinon, à part me traiter d'imbécile, vous étiez là pour ?

Spock haussa un sourcil mais ne tint pas compte de la remarque de Jim, l'ayant aisément identifiée comme une pique.

_Nous sommes dans la nébuleuse depuis quelques jours et mis à part quelques orages magnétiques que nous n'avions pas pu détecter avant, nous n'avons rien sur nos écrans.

Jim chercha où pouvait être le problème. Il n'y en avait pas.

_Donc… vous venez me dire qu'il n'y a rien à signaler ?

_Je vous tenais informé. Je venais aussi me renseigner en personne sur votre état de santé, puisque vous semblez adopter un comportement de fuite en vous réfugiant dans cette partie-là du vaisseau.

Jim était halluciné. Il se leva pour faire face à Spock.

_Parce que maintenant, je n'ai plus le droit d'aller où bon me semble sur mon bâtiment ?!

La colère était visible sur son visage et l'absence de réaction du vulcain le frustrait. Il reprit :

_Je suis ici parce que la bibliothèque est à côté mais elle ne possède pas de machine à café, alors je reste à côté pour y faire plusieurs allers-retours. Ça vous pose un problème ?

Il s'était rapproché de Spock dans le but de l'intimider et de le faire reculer, mais l'autre resta de marbre. Une minute s'écoula, puis deux, sans qu'aucun ne bouge ni ne parle. Jim s'impatientait et se rendait compte de la proximité entre Spock et lui. Ça ne semblait visiblement pas déranger le vulcain et ça l'énervait encore plus. Il abandonna et recula, sur les nerfs.

_Bon sang mais réagissez Spock ! Je sais que vous en êtes capable ! Ce que vous pouvez être frustrant !

Spock se contenta de pencher la tête légèrement sur le côté.

_Depuis combien de temps n'avez-vous pas dormi ?

Le sang de Jim ne fit qu'un tour, il expulsa sa colère en criant presque :

_Allez-vous faire foutre si c'est pour me faire la morale !

Il se retourna pour saisir son manuel et se dirigea vers la porte, sans adresser le moindre regard à Spock.

_Je ne vous fais aucun reproche, mais le Docteur McCoy et moi-même pensons que-

Jim se retourna vivement à la mention du médecin.

_Vous continuez les magouilles dans mon dos ? Depuis combien de temps ça dure, ce manège entre Bones et vous ? Hein ? D'ailleurs, depuis quand vous arrivez à vous supporter ? Bientôt je vais apprendre quoi ? Que vous sortez ensemble ?!

Jim était allé dans l'excès sans penser sa dernière phrase. Mais en face, il vit le trouble dans le regard de Spock. Ça voulait dire quoi, ça ?! Non, impossible, il connaissait Bones et son attirance pour Christine. Impossible qu'il soit dans le vrai. Cette pensée le serra le cœur. Il délirait à penser des bêtises pareilles. Il était ridicule. Jim fit demi-tour et continua dans le couloir.

_Capitaine !

Il entendit les pas rapides de Spock. Légers, mais rapides. Foutu vulcain avec ses capacités accrues. Il sentit qu'on lui attrapait le bras pour le retourner.

_Je vous assure qu'il n'y a rien de cet ordre entre le Docteur McCoy et moi et que notre relation est strictement professionnelle.

Il le savait bien. Mais le fait que Spock se sente obligé de le justifier, c'était encore plus étrange. Il ne comprenait pas le comportement de Spock. Il ne le comprenait plus. Il se dégagea de sa prise, s'étonnant que Spock se soit permis de le toucher. Spock, et ses dons d'empathie par le toucher. Jim se sentit agressé. Il fixa son commandant en second, son regard aussi froid que son intonation :

_Ne me touchez pas. Laissez-moi tranquille.

Il retourna dans ses quartiers et cette fois-ci, Spock ne le suivit pas. Il composa rapidement le code pour entrer dans ses appartements et lança ses affaires qu'il tenait sur la table. Il commença à faire les cents pas, incapable de maîtriser le flot de sentiments qu'il ressentait. Colère, frustration, douleur, peine, angoisse, remords, dégoût. Il n'arrivait pas à se sortir de la tête les images de Spock, de Khan, des gens qui étaient morts un an auparavant.

Saisi par la nausée, il se dirigea vers les toilettes pour rendre ce qu'il avait dans l'estomac, une bonne partie sous forme de café à moitié digéré. Son estomac se contracta plusieurs fois avant qu'il ne parvienne à les arrêter. Quand la crise fût passée, il se rinça la bouche plusieurs fois en profitant de l'eau pour se rincer le visage et essayer de se calmer. Lorsqu'il releva la tête pour voir son reflet dans le miroir, il eut pitié de lui-même.

Il avait changé. Il fixait ses propres yeux bleus, vides, soulignés de cernes qui ressortaient encore plus avec son teint pâle. Il était pitoyable. Jamais il ne s'était laissé sombrer de cette façon, jamais il n'avait autant baissé les bras. Ces messages qu'il n'avait cessé de recevoir ces derniers jours, encore et encore, avaient finis par avoir raison de ce qu'il lui restait de son estime.

Depuis quand il était devenu si irritable, si emprunt à la colère ? Où était passé le Jim jovial, impulsif, empreint d'humour pour en arriver au point d'être devenu agaçant ? Où était passé l'homme qui ressentait de la satisfaction chaque fois qu'il accomplissait quelque chose ? De toute évidence, il n'était plus là. Il en était arrivé à un point où même affronter son propre reflet l'angoissait. Il se dégoutait pour ce qu'il avait fait, pour ce qu'il était.

Jim se sentit sale. Il se déshabilla et passa sous la douche, frottant sa peau comme pour faire partir tous ses sentiments négatifs qu'il éprouvait. Il devait se ressaisir avant de finir par craquer et de foutre définitivement sa carrière et sa vie en l'air. Mais il ne réussirait pas à le faire en essayant d'oublier, ni en essayant de tout résoudre.

Il devait réfléchir de manière logique, objective, agissant dans un ordre de priorité certain. C'était clairement ce qui lui faisait défaut et c'est pour cette raison que Spock le secondait parfaitement bien. Jusque-là. Il soupira, se recentrant à nouveau. Il devait se remettre en selle. Il devait dormir. Ensuite, il règlerait son problème de harcèlement anonyme qui devenait de plus en plus pesant. Après ça, il verrait. Il n'avait pas envie de penser à la suite.

Ereinté, Jim décida que sa priorité dans l'immédiat était d'aller dormir. Cette pensée l'angoissait, autant que les cauchemars qu'il faisait, mais il n'avait pas le choix. Enfilant un simple caleçon après s'être séché, il se glissa dans son lit. La fatigue fit le reste : il s'endormit en quelques minutes.


Spock avait regardé Kirk partir sans bouger. Le Capitaine ne réagissait vraiment pas comme à son habitude. Cela faisait quelques temps déjà que Spock avait remarqué ses différences de comportement, mais là, ça devait de plus en plus difficile pour son supérieur de garder son calme. Ce n'était pas dans son caractère de s'emporter si facilement ni d'être si susceptible.

Le vulcain avait repéré les premiers signes de changement de comportement du Capitaine quelques semaines plus tôt. Il connaissait Jim, en le côtoyant tous les jours, en cherchant à l'analyser et en l'observant pour mieux anticiper ses directives. C'était l'un de ses rôles en tant qu'officier numéro 1. Veiller sur son Capitaine et le seconder.

Spock savait que les évènements liés à la traque de Khan l'avaient traumatisé. Il savait que tôt ou tard, Kirk flancherait et il s'était préparé à agir lorsque ça arriverait. Pour l'aider au mieux à faire face. Ça l'avait conduit à être fasciné par les agissements de Kirk, qu'il n'arrivait pas à prévoir malgré toutes les données qu'il avait accumulées sur lui. Il était toujours une inconnue aléatoire dans ses équations et parmi toutes les possibilités envisageables, le Capitaine arrivait à en trouver une autre. Spock ne pouvait que le tenir plus en respect.

Après sa rupture avec Nyota, Spock avait disposé de plus de temps libre qu'il pouvait accorder à ses recherches, ses lectures d'études et à Kirk. Les moments passés en sa compagnie avaient resserré leur lien et, au fil du temps, il avait été plus intrigué par l'aspect personnel de son capitaine, sur son passé qui restait un mystère pour lui. Il y avait encore de grandes zones d'ombre dans sa vie qui ne figuraient pas dans son dossier personnel. Chaque part de lui qu'il découvrait un peu plus ne faisait que le fasciner.

Le commander appréciait la compagnie de son capitaine, bien que tous les opposaient : leur cultures, leurs caractères, leur façon de penser et d'agir. Malgré leurs désaccords et leurs accrochages, ils avaient jusqu'ici toujours eu une bonne dynamique et ils ne restaient jamais en froid. Spock avait même pensé, au fil des mois, qu'il s'était leurré sur ses prédictions et que Kirk irait bien, qu'il s'était remis. Il s'était à nouveau trompé sur son cas.

Il avait remarqué que son sourire s'effaçait, que son attitude extravagante auprès de l'équipage s'atténuait, que le contact physique qu'il effectuait habituellement se faisait plus rare. Il s'isolait des autres personnes, préférant passer plus de temps seul dans ses quartiers ou à errer dans le vaisseau. Il accomplissait leurs missions avec brio, mais il semblait à Spock qu'il revenait de plus en plus lassé chaque fois qu'il remontait à bord. Pour une personne telle que lui, ce renfermement était alarmant. Spock comparait son Capitaine à une flamme qui s'éteignait.

Tout s'était confirmé quand les premiers signes d'un manque de sommeil étaient apparus chez le Capitaine. Le Docteur McCoy l'avait bien évidemment remarqué aussi et, par un rassemblement de circonstances, ils en étaient venus tous les deux à échanger au sujet de l'état de santé de Kirk. Pour le Docteur, il était clair que le Capitaine faisait un début de dépression. Si la situation ne s'arrangerait pas, les conséquences que cela auraient sur sa carrière au sein de Starfleet seraient catastrophiques. Starfleet représentait tout pour lui.

Spock pensa aux conséquences d'une telle perte si Jim venait à la vivre. Sa vie serait probablement détruite à ses yeux. Spock trouva l'idée impensable. Révoltante. Il ne voulait pas laisser Jim sombrer, il ne pouvait pas le laisser partir encore une fois. Ça l'avait trop profondément atteint.

Il avait sollicité l'aide du Docteur McCoy pour l'aider à prendre soin de lui, mais après cette discussion, Spock avait bien conscience que tout ce qu'il avait fait avait eu l'effet totalement inverse. Il s'y était encore mal pris pour comprendre les nuances des émotions humaines et face au Capitaine encore plus imprévisible, il avait empiré la situation.

Il baissa la tête sur sa main, s'arrêtant dans son activité au laboratoire. Quelques jours avant, il avait touché Jim volontairement pour l'arrêter dans un couloir alors qu'ils s'étaient rentrés dedans. Malgré ses défenses, les émotions chez son Capitaine furent si fortes que Spock les avaient captées. Ce qu'il avait ressenti l'avait alerté. Et là, à leur dernière dispute…

Il l'avait rejeté. Jim Kirk, si familier dans les contacts physiques, avait rejeté le sien. Et il était blessé par son geste. Spock n'en avait nullement eut l'intention, il n'avait pas non plus voulu ressentir ses émotions. Il savait respecter l'intimité de ses pairs. Mais les émotions chez son Capitaine étaient si fortes… Malgré ça, elles n'auraient jamais dû percer ses défenses mentales. Toute cette dernière discussion n'avait fait qu'envenimer les choses. Kirk n'allait pas se calmer si facilement.

Spock se leva et quitta le laboratoire, laissant en plan son étude sur la composition gazeuse de la nébuleuse qu'ils traversaient. Il se dirigea sur le pont médical et trouva le Docteur McCoy penché sur une console en train de rédiger ses rapports. L'infirmerie semblait vide.

_Docteur McCoy.

Le concerné leva la tête de sa console en fronçant les sourcils.

_Spock. Vous avez un problème ?

Spock alla droit au but.

_Exact. Je requiers votre aide. C'est au sujet de Jim.

Le médecin lâcha un long soupir.

_Qu'est-ce que vous avez encore dit ?

Spock bascula légèrement sa tête sur le côté.

_Je n'ai fait qu'exposer des faits, mais ça l'a visiblement blessé.

McCoy se passa une main sur le visage.

_Oh non mais ce n'est pas possible… Quand il est sur les nerfs vous êtes le premier à réussir à l'énerver ! Vous êtes l'étincelle qui met le feu aux poudres et maintenant, il est en feu ! J'suis docteur, pas pompier !

Spock se retint de corriger le docteur dans ses propos. Le médecin se leva.

_Il ne voudra jamais que je lui parle, je vais me faire jeter comme si j'avais la peste plasmique ! Mais je vais tenter le coup. Je vous tiendrais au courant. Rah franchement, vous n'en loupez vraiment pas une !

Le médecin passa devant lui pour se diriger vers la sortie.

_Docteur. (Il s'arrêta). Dites-lui que je ne voulais pas le blesser. S'il vous plait.

McCoy hocha la tête puis quitta la pièce. Même si McCoy allait probablement redresser la situation, Spock ne ressentit aucune satisfaction. Il étira ses doigts pour décontracter ses muscles et retourna travailler.


Le Docteur McCoy avait échoué. Le Capitaine ne lui avait pas ouvert la porte de ses quartiers et il avait préféré ne pas insister plus longtemps. Spock réfléchissait sur une solution pour rectifier ses erreurs. Il dîna avec Nyota et Sulu mais ne participa pas à leur conversation, ses pensées tournant autour de James T. Kirk. Il ressassait sans cesse leur dernière conversation, cherchant de nouveaux propos qu'il pourrait faire pour ne pas vexer Jim à nouveau.

Qu'est-ce qui avait pu le déranger dans ces propos ? Spock n'arrivait pas à comprendre. Avait-il tout simplement dit quelque chose qu'il n'était pas prêt à entendre ? De son comportement défensif Spock concluait qu'il avait agressé Jim d'une manière ou d'une autre. Le contact physique. Jim avait-il eu peur qu'il utilise ses capacités d'empathie sur lui ?

Si c'était ça, il devait clarifier les choses. Il devait en parler à Jim avant que leur relation ne se désagrège et que ça ne se répercute sur l'équipage. Il n'y avait pas moyen qu'il retourne étudier les particules composant la nébuleuse ni quoique ce soit d'autre concernant la dernière planète qu'ils avaient visité. Spock repensa alors à cette mission, où le Capitaine s'était retrouvé seul alors qu'il était retourné à bord de l'Enterprise avec leur équipe. Il aurait peut-être au moins pu lui éviter d'être blessé.

Ses pas le guidèrent jusqu'à la porte des quartiers de Kirk. Ils ne s'étaient plus vus de toute la journée et il n'était pas certain qu'il soit présent. Mais il tenta néanmoins sa chance en signalant sa présence en sonnant à l'intercom. Il sonna une première fois et attendit. Il sonna une deuxième fois après deux minutes. Si Kirk était présent, soit il ne voulait parler à personne, soit il était étonnamment long à répondre. Et si c'était une urgence, Kirk se devait de rester joignable. Il sonna une troisième fois. L'instant d'après, la porte s'ouvrit sur Kirk, torse-nu, le visage encore ensommeillé qui se couvrait une oreille.

_J'avais entendu les deux autres fois, grogna-t-il.

Kirk leva les yeux sur Spock.

_Un problème, Commander ?

Spock fut troublé le temps de quelques secondes. Il ne pensait pas que le Capitaine serait capable d'ouvrir sans passer un vêtement supplémentaire. Il releva les yeux pour regarder le blond.

_Je voulais m'entretenir avec vous, au sujet de notre discussion plus tôt ce matin, mais il semble évident que je vous dérange.

Kirk sembla considérer la situation. Ça lui prit plus de temps qu'à l'habitude. Il se dégagea de l'encadrement de la porte.

_Non, entrez. Maintenant que je suis réveillé…

Spock était surpris par cet état de fait. Il entra dans les quartiers alors que Kirk disparaissait dans sa chambre pour passer un t-shirt noir.

_Je vous écoute.

Kirk s'installa à la table où ils avaient tous les deux pour habitude de jouer aux échecs. Spock prit sa place habituelle.

_Je voulais vous présenter des excuses. Je vous ai visiblement blessé et je vous assure que ce n'était pas dans mes intentions, bien au contraire.

Le blond continuait de le scruter de son regard bleu. Spock continua.

_Vous aviez raison. Je me soucie de votre état et c'est ce qui a conduit à mes actes.

Kirk haussa un sourcil. Il se pencha plus en avant.

_J'ai le droit à vos excuses et vous me donnez raison en moins de deux minutes ? Je dois effectivement beaucoup vous inquiéter.

Spock entendait clairement le changement d'intonation dans la voix de Jim. Il l'apparentait à de l'amertume. Il fit un bref hochement de tête.

_Oui. Je suis sincère, Jim. Je ne peux pas vous regarder sombrer sans agir.

Spock vit Jim serrer la mâchoire avant de détourner le regard. D'après ces simples observations, Spock pouvait facilement deviner qu'il avait touché une corde sensible pour Jim. Il reprit.

_Je veux vous aider. Vous êtes mon capitaine, mais aussi mon ami.

Jim sourit en tournant un instant le regard vers lui. Juste un instant, mais le sourire forcé resta sur son visage.

_Je ne suis plus vraiment Capitaine actuellement alors… Mais je suis touché, Spock. Merci.

Le Vulcain nota la réponse dans un coin de sa tête.

_Si vous avez besoin d'en discuter, sachez que je serais toujours disposé à vous écouter.

Jim le regarda dans les yeux. Le bleu de son regard était très vif.

_Je sais. J'y penserais.

Spock regarda attentivement Jim. Ces traits étaient encore marqués par la fatigue. La petite ride qu'il avait entre ses sourcils, une qui n'apparaissait que lorsque Jim était anxieux, était toujours présente. Elle ne le quittait pas depuis des jours, même lorsqu'il travaillait. Spock l'avait remarqué ce matin en l'observant. Ça, en plus de sa posture contractée, son regard se faisant de plus en plus fuyant dans les couloirs et les sourires forcés qui mobilisaient plus de muscles que nécessaire.

_Je vous dois également des excuses, Spock. Pour mon écart de comportement.

Spock haussa un sourcil. Pour lui, il n'y avait nullement besoin qu'il s'excuse.

_Vous ne me devez rien.

Jim sourit. Cette fois, c'était sincère.

_Je vous dois ces excuses, Spock. Je n'aurais jamais dû agir de cette façon ni élever la voix sur vous.

Spock choisit d'accepter les excuses par un hochement de tête. Jim l'accepterait mieux de cette façon. Ce dernier se gratta l'arrière du crâne, hésitant.

_Si… vous n'avez rien de prévu dans la soirée, j'allais prendre un truc à manger rapidement au mess… Si vous voulez…

Jim hésitait à aller au bout de sa demande. Une demande assez simple que Spock pouvait facilement anticiper. Il le rejoignit à mi-chemin.

_Nous pourrions faire une partie d'échecs pendant que vous mangerez.

Jim lui adressa un sourire reconnaissant. Quand il était gêné, Spock avait remarqué qu'il était beaucoup plus hésitant dans ses manœuvres. Il se leva en premier. Jim le suivit dehors. Cette fois, Spock éprouvait de la satisfaction : la situation s'était dénouée plus facilement que ce qu'il avait estimé.


Jim était décalé dans le temps. Il avait passé la journée de la veille à dormir, sa soirée en compagnie de Spock et il avait travaillé le reste de la nuit et le lendemain. Il repensait encore à la visite de Spock. Il avait toujours apprécié sa compagnie et, sa présence lui avait vraiment remonté le moral. Il ne s'était pas attendu à ses excuses et il avait encore du mal à intégrer ce que Spock lui avait dit. Il avait été sincèrement touché par la manœuvre de Spock.

Le vulcain avait été véritablement compréhensif et plus touché par son état que ce que Jim aurait cru. Ça lui avait fait chaud au cœur, d'en faire le constat. Spock lui avait donné quelques conseils, au cours de leur partie d'échecs et il lui avait aussi un peu remonté les bretelles. Mais peut-être qu'il en avait eu besoin. Spock avait eu raison de lui dire de s'ouvrir un peu plus. Il avait conscience de ce que ça pouvait lui apporter. Mais il avait encore du mal à s'ouvrir sur certaines choses. En particulier sur ses craintes.

Il soupira. Il était fatigué, c'était la fin de l'après-midi. Il repoussait comme à chaque fois le moment où il devrait fermer les yeux pour dormir. Il ne supportait plus les cauchemars qu'il faisait, les souvenirs qui refaisaient surface. Il ne pouvait plus voir tout ça. Peut-être que s'il prenait quelque chose pour le sommeil… Il ferma les yeux, entendant déjà la voix de Bones dans sa tête. Il allait lui faire la morale encore une fois. Tant pis, ce serait le prix à payer.

Il se rendit à l'infirmerie, où il se doutait que Bones serait encore en train de travailler. Quand il entra, il était en train d'examiner une enseigne des communications. Jim attendit sur le côté, constatant que l'infirmière Chapel n'était pas là.

_Bon, c'est visiblement un petit manque de fer, sans être alarmant. Prenez ces cachets deux fois par jour pendant trois semaines et d'ici-là je referais un check-up, d'accord ? Si vous sentez d'autres symptômes, du mal à respirer, un manque d'endurance, de l'épuisement, revenez me voir.

L'enseigne hocha la tête en souriant.

_Merci Docteur.

L'enseigne les salua tous les deux et repartit. McCoy se tourna vers Jim et posa les poings sur ses hanches.

_Votre épuisement à vous, mon cher, n'est pas dû à un manque de fer !

Jim leva les yeux face au sarcasme de son ami. Il prit place sur le lit où se trouvait l'enseigne.

_Ok, ok. Je venais justement pour ça. Je… j'aurais besoin d'un truc pour…

Il laissa sa phrase en suspens. Il n'aimait pas faire des demandes qui révélaient ses faiblesses. Bones leva les yeux au ciel et se retourna vers son bureau, où il attrapa une boîte de cachets posée dessus. Il revint vers lui en lui agitant la boite sous le nez.

_Au cas où tu aurais du mal à dormir ? J'attendais ta demande depuis un moment ! Tu veux parler de tes cauchemars ?

Jim était stupéfait.

_Comment tu sais qu-

_Jim, j'ai été ton coloc pendant tout l'internat de Starfleet. J'ai subi tes gueules de bois, ton égo surdimensionné, la pléthore de conquêtes que tu ramenais et j'étais là pour l'un des pires moments de ta vie.

Jim fit une grimace. Le moment auquel faisait allusion Bones l'avait profondément atteint et il était passé par les pires phases. Il en avait fait de nombreux cauchemars aussi et la période n'avait pas été facile pour Bones non plus. Jim soupira et se prit la tête dans les mains.

_Je suis carrément un boulet.

Bones lui tapota l'épaule.

_C'est clair. Mais t'es un boulet Capitaine, maintenant. Remets-toi vite en selle, Jim.

Len n'avait jamais été très fort en termes de réconfort, mais c'était parfait pour Jim. Il lui adressa un sourire reconnaissant alors que Bones était retourné à son bureau. Il sortit de son tiroir deux verres et une bouteille de ce qui ressemblait à du scotch. Il revint avec les verres remplis et lui en tendit un.

_Merci, Len.

Il afficha un rictus alors que Bones s'emportait :

_Rah arrêtes de m'appeler comme ça ! La dernière fois que j'ai entendu ce surnom-

_-C'était dans la bouche de ton ex-femme, je sais !

Jim éclata de rire alors que Bones lui lançait un regard noir. Ils trinquèrent et Bones grommela en buvant une gorgée. Le blond apprécia la chaleur qui se déversait dans sa gorge. Avec ce petit verre et les médicaments que Bones lui donnait, il allait dormir comme un bébé. Cette pensée fit tilt dans son esprit.

_Dis-moi, je ne risque rien en prenant de l'alcool et des médicaments sur un intervalle court ?

Bones le regarda un instant, semblant réellement réfléchir.

_Mais non !finit-il par dire sur un ton léger.

Jim le regarda en plissant les yeux.

_Tu me fais peur parfois comme médecin.

La réponse de Bones se fit tranchante.

_Et toi tu me fais peur en tant que Capitaine. Et pas que « parfois » !

Jim sourit à nouveau, sachant que les piques de Bones n'étaient jamais faites pour blesser. En temps normal, il aurait peut-être ri. Cette fois, il avait plus de mal. Len s'assit à côté de lui.

_Tu ne veux vraiment pas en parler, Jim ?demanda ce dernier sur un ton plus doux.

Le concerné regarda le fond de son verre.

_Pas maintenant. J'ai… encore du mal à remonter la pente.

Il y eut un temps de silence avant que Bones ne reprenne la parole.

_Tu sais Jim, demander de l'aide ne fera jamais de toi quelqu'un de faible. Au contraire, ce sera une force supplémentaire pour t'aider. Il faut parfois savoir accepter l'aide qu'on reçoit.

Jim hocha la tête. Bones avait raison.

_Je sais Len, merci.

Il y eut de nouveau un silence, durant lequel ils sirotèrent tous les deux leur verre. Encore une fois, le docteur brisa le silence.

_Tu sais, si ça a un rapport avec Khan, tu pourrais essayer d'en parler à Spock. Oui, je sais, c'est bizarre que je dise ça, mais il a l'air de s'inquiéter pour toi et il était clairement plus au premier plan que moi ! Enfin, je pense que ça pourrait t'aider. Contrairement à ce qu'il dit, ce foutu sang-vert a quand même des sentiments.

Jim tourna la tête vers Bones. Ils avaient tous été marqués par les évènements, chacun d'une manière différente. Ils n'en avaient pas vraiment reparlé depuis. Spock n'avait d'ailleurs jamais parlé de son ressenti. Jim savait qu'il y en avait eu un. Il s'en souvenait, il l'avait vu. Il y avait aussi eu quelque chose dans le rapport de Nyota qui cachait certains détails sur l'arrestation de Khan, et l'absence habituelle de détails de la part de Spock dans le sien était notable.

_Spock est venu me voir, hier soir, pour s'excuser.

Bones haussa un sourcil.

_Oh, vraiment ?! Après t'avoir fait pété les plombs, ça me parait juste !

Jim lui lança un regard qui se voulait mauvais, mais qui était loin de l'être.

_J'étais aussi énervé contre toi ! Vous avez comploté pour me démettre de mes fonctions !

Bones le pointa avec son index comme un adulte faisant des remontrances à un gamin.

_Et à raison ! Maintenant j'espère que tu vas profiter de ton temps pour te remettre sur pieds et non pas pour te tuer à nouveau à la tâche en faisant autre chose ! Je ne sais pas ce que tu fiches aux ponts inférieurs, mais sache que j'ai des espions partout qui te surveillent !

Jim ne crut pas Bones une seule seconde.

_Christine m'a vu dans les couloirs ?

Bones croisa les bras en faisant la moue.

_Très tôt ce matin, quand elle a pris le 1er quart. Tu étais debout depuis longtemps selon elle.

Jim avoua sa faute.

_Je suis décalé, je fais pas mal de nuits blanches. Je vais essayer de me rattraper avec ton truc.

Il agita le flacon de comprimés.

_Ce ne sont pas des somnifères, Jim. Comme je dois faire attention à toutes tes allergies, ces cachets ont seulement un effet relaxant. Donc pour régler définitivement tes problèmes d'insomnies, tu devras faire un maximum ici.

Il appuya son doigt sur la poitrine de Jim.

_Compris, Docteur.

Bones hocha la tête.

_Sincèrement Jim, je n'ai pas envie de te revoir dans un tel état. Ressaisis-toi.

Jim se leva, reposant son verre derrière lui. Il posa sa main sur l'épaule de Bones.

_Ne t'en fais pas, je ne compte pas sombrer aussi bas.

McCoy n'était pas convaincu.

_Tu as dit ça aussi, et tu avais le cœur tellement brisé que tu étais la plus vieille loque du monde.

Jim afficha un sourire. Pour paraître plus détendu alors que le sujet le blessait encore même après plusieurs années.

_Aucun risque que tout ce qui s'est passé se reproduise ici. Et puis, pour ça, il faudrait que je me trouve quelqu'un et comme je suis capitaine, je suis débarrassé !

Bones restait néanmoins inquiet. Jim enchaina, prenant un air mesquin :

_D'ailleurs toi… où ça en est avec Christine ?

Cette fois-ci Bones se leva.

_Bon j'en connais un qui va aller dormir !

Jim riait encore à gorge déployée lorsqu'il fut mis dehors.


Minicicile : Merci pour ta review et tes compliments ! Je suis contente que l'histoire t'aie plus jusqu'ici, et j'espère que ce chapitre sera à la hauteur ;) J'aime bien explorer le fait que Jim a vécu quelque chose de traumatisant et qu'il vit avec le syndrome du survivant. Pour ce qui est de Uhura, c'est un personnage que j'adore, je la vois comme une amie précieuse plutôt qu'un personnage gênant ou méchant (comme j'ai pu le lire ailleurs). Dans tous les cas, j'espère que la suite plaira ;)